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Full text of "Histoire de la ville de Brie-Comte-Robert"

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HISTOIRE 


DE  LA  VILLE  DE 


Brie-Comte-Robert 


iDas  Ortgtnas  au  XV-  Slèclt) 


Par  Edmond  MICHEL 


PARIS 
DITJABBIC  êc  C",  Éditvurs,  50,  rue  des  Saints-Pères 


•     ^   *  ■   / 


HISTOIRE 


1)1-:  i.A  VIL1.I-;  i)i: 


BRIE-COMTE-ROBERT 


HISTOIRE 


i)i;  i,.\  vii.i.i;  i)i; 


Brie-Comte-Robert 


(D»$  OrIgtiïBS  au  XV'  SlèelB) 


Par   Edmond  MICHEL 


PARIS 
rn'JARRIC  et  d".  Hr.iTKi  lis.  ôi).  nii-  des  Sainls-PiTes.  .'W 


'B^sns' 


DU  /^tj^t  AUTEUR 


JSan  H/cor  et  sa  famille,  Notice,  précédée  d'un  avis  au  lecteur. 
Toulouse,  1897.  Brochure  in-8",  tirage  à  part  des  Annales  du  iMidi. 

Une  receoeuse  des  postes  à  BrleOomte-Robert  en  1870, 

(Mademoiselle  Clara  TOUSSAINT).  Brie-Comte-Robert,  1900.  Bro- 
chure in-8",  ornée  dune  vue  et  de  portraits.  —  Privas,  1901  nouvelle 
édition  in-8",  revue  et  augmentée  avec  illustrations  nouvelles. 

Le  Château  de  Brle-Comte-Robert  Brie-Comie-Robert.  1900. 

Brochure  in-8"  de  8i  pages  sur  simili-japon,  ornée  d'illustrations  et 
de  plans. 

h:X  PRÉPARATION  : 
HISTOIRE  DE  LÀ  VILLE  DE  BRIECOMTE-ROBERT.  2-  partie, 

du  XV' ""^  siécK'  à  nos  jours. 


Hi^toiFe  de  Brie-Gorate-I^obeFt 


AVANT-PROPOS 


Cest  presque,  aujourd'hui,  une  tentative  populaire  que  de  ressus- 
citer clans  certaines  de  nos  campagnes  les  moins  susceptibles  en  ap- 
parence de  «  sentimentalité  historique  »   le  souvenir  du  pa^sé  local. 

«  Le  public,  le  vrai,  écrivait  M'"''  Séverine,  en  ce  moment,  s'émeut 
de  tous  les  petits  côtés  de  l'histoire.  On  veut  du  vécu  :  voir  le  visage, 
le  vrai  visage  des  acteurs,  dans  la  coulisse  des  événements  ;  on  veut 
avoir.tandis  que  le  verbe  et  le  geste  léguaient  des  aphorismes,  quel- 
les émotions  dilataient  ou  serraient  le  cœur  jusqu'ici  inexploré  et 
mystérieux. 

«L'neng^ouement  du  réel  saisit  les  foules,  tandis  que.  d'autre  part, 

une  envolée  mystique  les  jette   vers  l'inconnu.  On  souhaite  que  le 

jadis  s'éclaire  et  devienne  accessible,    non  plus  seulement  dans  ses 

apparences,  mais  dans  son  for  intérieur  :  on  désire  connaître  par  le 

menu  1  existence   des  personnages,   la    topographie  des  lieux   :   ce 

quon  pourrait  appeler  la  géographie  psychologique  quant  aux  êtres, 

matérielle  quant  aux  choses,  sur  quoi  suivre  le  texte  qu'ont  dicté  les 
faits...» 

•H.  Fustel  de  Coulanges,  dans  l'introduction  de  V Alleu,  a  dit  de  son 
cuté  :  «  L'histoire  devient  la  science  des  actes  sociaux.  » 

^•rjohn  Lubbock  en  ouvrant,  en  1892,  le  premier  congrès  Interna- 
tiona, de  sociologie,  s'exprimait  ainsi  :  «  Comme  il  est  triste  que  les 
historiens  aient  négligé  le  côté  social  de  l'histoire  !  Nous  trouvons 
aes  pages  et  des  pages  consacrées  à  des  guerres,  des  batailles  et  des 
luttes  pour  le  pouvoir,  tandis  que  la  condition  sociale  du  peuple  est 
entièrement  omise  ou  traitée  en  une  phrase  ou  deux  !  » 

Rien  n'est  plus  vrai. 

^^îlÇ  histoire   des  sociétés  du  passé  est  depuis  peu  commencée. 


AVANT-PUOPOS 

Beaucoup  s*attachent  à  ce  travail  dont    l'attrait  est  plus  j^rand  qu'on 
ne  pense  à  mesure  qu'on  fouille  l'activité  sociale  des  autres  à^es. 

C'est  ce  que  j'ai  voulu  faire  pour  Brie-(>omle-r^obert,  persuade 
qu'il  serait  intéressant  de  faire  revivre  ses  m(eurs  et  ses  habitants 
d'autrefois,  et  d'étudier  les  conditions  anciennes  de  son  existence. 

Il  était  pour  cela  indispensable  de  fouiller  les  archives  notariales 
où  l'on  retrouve,  écrite  avec  une  sorte  de  naïveté  solennelle,  la  vie 
publique  et  intime  des  ancêtres,  où  les  transformations  foncières  sont 
minutieusement  indiquées. 

Je  remercie,  profondément  ici.  Messieurs  les  notaires,  qui  ont  bien 
voulu  m'ouvrir  libéralement  leurs  minutiers.  On  retrouvera  souvent 
leurs  noms  au  bas  des  payées  qui  vont  suivre  comme  indication  de 
sources  d  information. 

Il  fallait  également  que  dans  nos  dépôts  d'archives,  je  fusse  à  même 
de  recueillir,  en  outre  des  documents,  pour  ainsi  dire  ol(icicls,ce  que 
je  pourrais  appeler  le  côté  anecdotique  de  Ihisloire.  Je  ne  saurais 
dire  la  complaisance  que  j'ai  rencontrée  à  cet  é«;ard  tant  aux  archises 
départementales,  qu'aux  archives  nationales  et  aux  grandes  biblio- 
thèques publiques.  Le  regretté  M.  Lemaire  et  son  érudit  successeur 
^\l.  Hugues,  à  Melun,  M.  Stein,  M.  \'iard,  M.  Legrand  et  beaucoup 
d'autres,  à  Paris,  m'ont  considérablement  facilité  la  tache  que  je 
m'étais  imposée.  Je  me  fais  un  devoir  de  leur  en  témoigner  ma  vi\e 
gratitude. 

.Wais  ce  travail  de  recherches  exige  également  un  effort  matériel 
considérable  Je  me  dois  de  proclamer  ici  le  concf)urs  que  jai  re^;u 
de  quatre  de  nos  concitoyens:  M.  Brandin,  cjnseiller  général  et 
présider. t  de  la  Société  d'histoire  et  d'archéologie  de  Brie,  M.(>amus, 
notaire,  M.  Lepoivre ,  conseiller  municipal,  M.  Blondeau. 
architecte,  tous  les  trois  membres  de  la  Société  d'archéologie  de 
Brie-Comte-Hobert.  Je  n'aurai  garde  d'oublier  ici  les  ncnes,  auxquel- 
les j'ai  puisé,  laissées  par  M.  (Camille  Bernardin  qui  avait  con<;u,  lui 
aussi,  le  projet  d'éciire  une  monographie  de  ikie-Comle-Robert. 

Je  serai  heureux  d'avoir  pu  contribuer,  grâce  à  ces  bienveillants 
concours,  à  faire  sortir  l'histoire  de  Brie-Comte-Robert  du  domaine 
des  généralités. 

l-:i>M0ND  MICIIKL 
zïoùt  nj(Ji . 


HISTOIRE 


Di;  LA  vii.Li;  ui; 


BRIE  -  COMTE  -  ROBERT 


CIIAl'ITHIÎ  PKKMIHU 


11  n'est  pas  besnin  d'autres téim  li^Hiiî^'^s  qu'une  i  ibscrvali<  m 
■iUentiiL',  fortilicc  d'ailleurs  par  les  dDunées  de  l'histnire. 
P"ur  Se  rendre  compte  que  le  sol  sur  lequel  s'élève  Brîe- 
<-"mtc-Ki>bert.  et  en  même  temps  tuut  le  pays  envinmnanl, 
iilaita  l'époque  anlé-rumaine  couvert  d'épaisses  forêts.  ]*eut- 
'-■''■<-',  en  de  rares  endroits,  les  au luch toiles  avaient-ils  essayé 
'Quelques  timides  tentatives  de  défrichement,  mais  c'est  tout  à 
P'-'ine  s'ils  purent  créer  des  clairières  où  véfj:était  une  popula- 
""ti  à  demi  barbare  et,  à  coup  sûr,  bien  plus  ad(,mnée  à  la 
L'hiisse  qu'à  l'agriculture.  Il  est  intéressant,  àce  prnpos,  de 
n^itur  le  nombre  relativement  considérable  de  pointes  de 
Ilécht;  un  pierre  que  l'un  trouve  encore  auji.iurd'hui  éparses 
ourles  pentes  de  la  vallée  du  Cornillot. 


V' 


i>  msToiRK  1)1-:  LA  vrij.K 

Il  scnTblcmit  pourtant  qu'à  une  époque  lointaine,  le  soi  de 
Brie-(^(  )mte-K(  >bert  —  <  )U  de  ses  accincts  immédiats  —  aient  été 
partiellement  le  centre  d'activité  d'une  certaine  civilisation. 

Lorsque  les  (]eltes,  auxquels  n(  )us  aim  )ns  à  nous  rattacher, 
franchirent,  par  une  pous.sée  venue  de  !*(  )rient,  le  Rhin,  entre 
le  7"  ou  letj  siècle  (r)  avant  notre  ère,  ils  trouvèrent  le  pays 
déjà  occupé.  Il  est  aujourd'hui  parfaitement  admis  que  c'est 
à  ces  premiers  habitants  du  sol  qu'il  faut  faire  remonter  les 
mrmuments  méLralithiques  (menhirs,  dolmens,  cromlechs, 
etc..  etc.)  que  l'on  avait  trop  facilementattribuésauxDruides. 

L'existence  de  ces  monuments  témoiirne  tout  au  moins 
d'une  communauté  d'elVorts  qui  peut  donner  une  idée  confuse 
mais  appréciable  de  l'état  social  de  ceux  qui  les  ont  élevés. 
Leurs  conquérants,  les  (Celtes,  n'apportèrent  avec  eux  que 
leurs  m(eurs barbares  et  nomades  et  \raisemblablement  il  se 
produisit  alors  ce  qui  arri\e  après  chaque  invasion,  une 
période  d'arrêt  dans  la  ci\ilisation  préexistante,  période  qui 
peut  avoir  duré  plusieurs  siècles.  (-2) 

Si  les  prémisses  que  je  pose  et  que  je  ne  pose  qu'après  des 
érudits  de  haute  valeur  ont  quelque  fond  de  vérité,  nous 
pouvons,  d'ores  et  déjà,  supposer  que  la  réjjfion  de  Hrie  était 
habitée  par  les  peuplades  conquises  vers  le  y  siècle  avant 
notre  ère  par  les  (Celtes. 

M.  1^.  Rivière,  dans  une  communication  à  l'Académie  des 

d,'  «  Los  l>lti'S  M.  par  M.  Ferdinand  Lot    Revue  Hn»:yclopédique.  iS-^S.  n-  270.  p.  (),2-<j(i2. 

'2.  IVut-étre  cette  population  ancienne,  soumise  par  les  Celtes  ou  relbuléc  par  eux.  ver-i  le 
sud-est  de  la  France,  appartenait-elle  a  un  ranieau  des  ibères.  On  a  avancé  i|ue  les  Sicancs. 
'faction  des  lt>ères  qui  peupla  la  Sicile,  éttient  probablement  d'anciens  habitants  des  bords 
de  la  heine.  d'où  leur  viendrait  leur  nom.  iSequana,  sicanoi.  Il  m  mblerait  même  que  leur 
>éjour  dans  la  contrée  de  Bric  puisse  être  démontré  ce  qui  ne  saurait  étonner  après  la  thèse 
que  nous  rapportons  ci-iiessus  'n  l'empruntant  à  des  auteurs  fo-^t  sérieux. 

On  trouvera  dans  L'  cours  de  cette  histoire  le  nom  d'une  famille  qui  occupa  à  Brie-Comte- 
Robert  un  certain  rang  ;  je  veux  parler  de.s  La  Jarrie.  Iîn  avaient  évidemment  pris  ce  nom 
d'un  o  lieu  dit  »  appartenant  a  la  commune  de  Servon. 

M  I  e  jarriel.  le  Jariel.  la  )arrie.  dit  M.  Maurice  l.ecointe.  ont  pour  origine  un  dérivé  bas  latin 
du  mot  "  an  croma  n  et  peut-être  anléjraulois  »»  (jakkic  qui  vient  plutôt  des  Ib  res  que  des 
I  iiçur^'s.  On  le  trouve,  en  ertet.  en  Espagne  cl  pas  en  Italie.  Hn  outre,  il  survit  dans  les  dia- 
lectes, des  régions  occupées  autrefois  par  les  Ibères  et  nous  savons  par  Festus  Avienus  que 
ces  peuples  occupaient  le  pays  à  j'oueat  du  Rhon*?  et  leur  nom  signifie,  parait-il,  <*  peuple  de 
l'Occident.  «♦  «  Oiigine  et  formation  des  noms  de  lieux  habités  »  par  .M.  .V.aurice  Lecointe.  — 
(Bulletin  de  la  société  dhistoire  et  d'archéologie  de  Provins,  h'  vol.  1892-1894.  p.  3V>S.,. 


\)i:    lîKIK-COMTE-RonKRT  <) 

sciences,  siirnale  Tcxislcncc  d'une  série  de  menhirs  ou  pierres 
levées,  situés  sur  les  bords  de  la  rivière  d' Verres,  tant  sur  la 
oimmune  de  Brunoy  que  sur  celle  de  Boussy-St-Antoine  (i). 
Peut-être  pourrait-on  rattacher  à  ces  vestiires  intéressant| 
une  pierre.  au;r)urd'hui  disparue,  qui  existait  autrelV)is  à 
Hrie-(]omte-Robert,  derrière  rhôtellerie  de  l'I^cu,  sur  le  che- 
min appelé  jadis,  tant(')l  de  la  Mjre  aux  prctres,  tantôt  de  la 
Pierre  nu  relu  f  hic,  auj<>urd'hui  chemin  de  Servon.  (-2)  On  est 
presque  involontairement  amené  en  prononçant  ces  mots  : 
*  Pierre  Marchande  >>  à  év(>quer  le  souvenir  de  la  fameuse 
'Pierre  des  Mji'cJunds  à  Locmariaquer,  surtout  si  l'on  son^^e 
queHrie-Comte-Robert  fut  de  temps  immémr)rial  un  marché 
important  (3).  11  paraîtra  à  beaucoup  que  l'existence  ancien" 
nement  vériliée  de  cette  pierre,  «  une  borne  »,  ainsi  que 
l'indique  le  document  du  X\'l"  siècle  qui  est  visé  ici,  peut  se 
rattacher  à  quelque  monument  mégalithique,  probablement 
un  menhir,  dans  le  ^enre  de  ceux  dont  M.  K.  Rivière,  a 
ûtnstaté  l'existence  à  Brunoyet  à  Boussy-St-Antoine  (4).  Dans 
^^  cas,  elle  serait  la  preuve  que  sur  ce  point  un  groupement 
quelconque,  soit  temporaire,  soit  permanent,  d'habitants 
•"^esi  produit.  Kn  première  analyse,  on  pourrait  déduire  que 

'  *  M.  E.  RiviC're  envoie  deux  mémoires  sur  une  série  de  menhirs  ou  pier'es  'evces.  tous 
''ituosui  les  bords  de  la  rivière  d' Verres,  soit  sur  le  territoire  de  lu  commune  de  Brunoy.  soit 
^"■trluide  Bou-^sy-Saint-Antoine.  Os  menhirs,  mentionnés  autrefois  dans  certains  docu- 
fncnsdu  XV'  siècle,  sous  le  n-^m  de  «  pierres  frittes  ou  fittes  «,  avaient  déjà  été  signalés  par 
pluMfurs  archéologues,  mais  ils  n'avaient  pas  été  d»*crils  jusqu'à  ce  jour.  » 

Journal  officiel  du  S  juin  iSj;.  p.  î.163  —  Compte-rendu  de  l'Académie  des  sciences.; 

-  ^f  nom  de  1  ierre  Ma  chande  se  trouve  plus  particulièrement  répété  dans  une  série  de 
'i«ui  (lit^  contenus  dans  une  «  déclaration  des  terres  en  jachères  de  la  Grivclle  n  du  XVI* 
Médp  Arch.  départementales.  E.  1847.; 

»  I)«  fouilles  rationnelles  exécutées  sur  ce  point  permettraient  assurément  de  vérifier  ce 
P<*'nt  important  pour  l'histoire  de  brje-Comte-Sot>ert.  Il  est  regrettable  qu'on  n'ait  jamais 
^H^  a  les  faire. 

.  On  a  dit  que  le  «  département  de  Seine-et-Marne  n'est  pas  riche  en  monuments 
primitifs  8  dits  celtiques  n  r;  ou  antéc'eltiques.  On  n'y  rencoutre  pas  ces  aéries  de  mono- 
lilhf.s  orientés  qui  existent  dans  le  limousin,  la  Vendée,  la  Bretagne  ...  A  peine  signale-t-on 
quflques  menhirs  isolés...  »  t>la  est  vrai.  .Mais,  disons-nous,  bien  que  nr.us  sommes  dans  un 
pay^  ou  la  terre  a  conquis  des  fermes,  des  châteaux,  des  domaines  dont  on  ne  trouve  plus 
^'a*-"e  visible  alors  que  les  documents  qui  nous  restent  en  signalent  l'existence  au  tejiips  jadis 
""fst  pas  douteux  que  menhirs,  dolmens,  cromlechs  et  autres  monuments  mégalithiques 
ont  subi  eux  aussi  les  assauts  de  la  terre  et  que  nombre  d'entr'eux  ont  disparu  sous  son 
'"«istible  poussée. 


lO  HISTOIRE   DI-:    LA   VILI.K 

des  marchands  se  donnaient  rendez- vous  autour  de 
pierre  au  nom  singulièrement  caractéristique.  De  là 
habitat  humain  stable,   il   n'y  a  qu'un  pas.  Quelle  er 
''importance,    l'étendue    >    Ne  lut-il  pas  considérabler 
amoindri  par  l'arrivée  des  Celtes  >  Existait-il  encore  au  tei 
où  les  légions  romaines  tirent  leur  apparition  > 

Autant  de  questions  auxquelles  il  est  diflicile  de  répon 
puisqu'il  ne  reste  rien  de  cette  époque  et  que  le  seultérru 
cette  pierre  marchande  qui  justifie  toutes  les  hypothèse 
disparu  depuis  longtemps. 

11  n'est  pascependantimpossible,  à  mon  sens,deprèscr 
à  ce  sujet,  quelques  brèves  observations. 

Si  à  la  «  période  mégalithique  »,  un  centre  d'échar 
s'était  établi  autour  de  laPierremarchande,  il  esta  présu 
qu'il  n'a  pas  totalement  disparu  au  cours  des  siècles 
suivirent.  Les  lois  économiques,  créées  par  la  force 
choses,  subsistent  à  toutes  les  révolutions,  à  tous  les  dt 
très,  jusqu'au  jour  où  un  concours  nouveau  de  circonsta 
dictées  par  l'intérêt,  vient  les  modiller. 

Le  point  où  s'élevait  la  Pierre  marchande  était  géogr; 
quement,  à  fort  peu  près,  à  égale  distance  des  Pjm// 
\Meldt\  des  Tricasses  et  des  Senoncs.  Il  était  donc  admir 
ment  désigné  pour  servir  de  centre  à  toutes  ces  peup 
qui  apportaient  avec  elles  leurs  produits  pour  les  échi 
contre  les  produits  de  la  peuplade  voisine.  C'est  peut-c 
cette  cause  que  Brie  doit  d'avoir  été  un  marché  importe 
réputé  jusqu'au  jour  où  les  voies  ferrées  boulevers 
l'économie  générale  et  ruinèrent  des  établissements 
laires  pour  en  créer  d'autres. 

Lorsque  le  Druidisme  vint  propager  sa  philosoph 
milieu  des  Celtes,  on  peut  imaginer  que,  si  ses  prêtres 
vèrent  en  pleine  activité  le  rendez-vous  marchand  dont 
parlons,  ils  se  gardèrent  de  le  laisser  tomber  en  désué 
Les  réunions  temporaires  ou  périodiques,  qui  se  forrr 
en  cet  endroit,  l'agghjmération  permanente  qui  avait  \ 
constituer  ne  pouvaient  queservirleurprosélvtismereli 


DF-:    RRIK-COMTE-ROHKRT  I  I 

cl  asseoir    leur  omnipotence  Ihéocratique.   Les  lieux  leur 
claient  de  tous  points  favorables.  Le   relief  du   sol    laisse 
Voir  à  proximité  de  la  Pierre  marchande  une  sortede  cuvette 
aux  pentes  assez  raides,  au  fond  de  laquelle  jaillissent  de 
puissantes  fontaines  qui,  alors,  devaient  être  plus  considé- 
rables encore,  et  dont  l'écoulement  se  fait  dans  T Verres  par 
un  étroit  vallon  d'environ  deux  kilomètres    de    longueur. 
Jetez  sur  les  pentes  qui  forment  cette  cuvette  et  sur  les  pla- 
teaux au  milieu  duquel  elles  se  creusent,  une  épaisse  forêt, 
presque  inabordable,  et  demandez-vous  si,  dans  cette  soli- 
tude, il  vous  sera  difficile  de  concevoir  un  sanctuaire  drui- 
dique. 

On  sait  combien  la  relig"ion  des  druides  aimait  le  silence 
majestueux  des  forêts,  le  voisinage  des  sources  mystérieuses, 
cedéeor  naturel  qui  inspire  une  vague  terreur  à  la  masse, 
qui  frappe  l'imagination  des  mystiques  et  en  impose  aux  na- 
tures les  plus  brutales. 

Hn  vérité,  on  se  sent  entraîné  à  supposer  que  si  les  druides 
ne  trouvèrent  pas  à  proximité  le  centre  économique  que 
laisse  Soupçonner  Pierre  Marchande,  ils  durent  le  créer,  ou 
'"^ils  le  trouvèrent  diminué,  ils  s'ingénièrent  à  le  relever.  A 
cesêpoques,  et  même  à  des  époques  moins  lointaines,  com- 
merce et  religion  s'accomodaient  assez  bien  et  rien  n'était 
propre  à  la  fortune  d'un  centre  éconr)mique  comme  un  ren- 
J^'z-vous  religieux  voisin,  de  même  que  les  pèlerinages  pro- 
v*»quaient  généralement  une  activité  commerciale  parallèle. 
Croire  que  les  Romains,  en  asseyant  leur  domination  dans 
'-pays  et  même  en  poursuivant  le  Druidisme,  auraient  sup- 
primé ce  centre  d'échanges,  ce  serait  mal  connaître  leurs 
Pi^'Cédés  administratifs.  Ils  durent  au  contraire  l'encourager, 
^'n  favoriser  l'extension,  en  assurer  la  sécurité,  parce  que 
^^*tait  le  meilleur  moyen  de  se  ménager  des  sympathies  au- 
tour d'eux,  de  n<  )uer  des  relations  intéressées  avec  les  peuples 
du  nord  de  la  Gaule,  de  répandre  et  de  fortifier  leur  influence. 
Ce  sont  là  des  hypothèses,  dira-t-on  ?  Sans  doute.  11  n'est 
guère  pour  les  soutenir  que  la  situation  du  pays,  servant  de 


\'2  HÏSTOIRK    1>K    LA    VILLE 

point  de  contact  à  quatre  populations  de  mceurs  et  d'occup 
tions  diverses,  ayant  chacune  d'elles  des  produits  particulie 
à  échanj^er  contre  les  produits  de  leurs  voisins.  Les  Meld< 
apportant  le  1er  qu'ils  travaillaient,  ainsi  que  le  souvenir c 
leurs  ateliers  s'est  conservé  dans  Ferriùres,  dans  Ozoir-l 
Ferrière  et  demeure  prouvé  par  les  amas  de  scories  qu'< 
rencontre  dans  un  ravon  assez  considérable  ;  les  Senoncs.  c 
Melun  et  des  environs,  apportant  leurs  «jrrains  et  autres  pr 
duits  a^nicoles,  les  'J'ricasses  apportant  les  productions  c 
l'Kst  et  de  la  ré^'-ion  montai^neuse  des  \'osg-es  comme  It 
Parisii,  par  leur  Xaiilcs,  apportaient  celles  de  l'Ouest  et  d( 
rivages  de  l'Océan. 

On   ne  saurait  s'étonner  qu'il  ne  soit  rien  resté  du  san 
tuaire  druidique,  s'il  en  lut  un  autour  des  sources  dont  j' 
parlé  (i).  I>e  caractère  particulier  de  cette  reliirion  était 
prohibition  des  temples  bâtis,  ou  des  représentations  ligi 
rées  des  dieux. 

Quant  aux  Romains  leur  présence  en  ce  point  dut  rép»» 
dre  à  une  nécessité  stratéirique  et  de  surveillance.  Poii 
n'était  utile  d'entretenir  dans  ce  but  une  troupe  nombreus 
d'édifier  —  le  terme  n'est  pas  exai^'éré  —  un  camp.  Il  sulïiSii 
pour  observer  le  marché  et  les  populations  qui  le  fréqiie 
taient,  de  quelques  h<»mmes,  peut-être  abrités  derrière  i 
ouvrage  en  bois  —  la  forêt  voisine  fournissait  tous  les  él 
ments  nécessaires  —  recouverts  de  peaux  de  b(euf  et  olïra 
suffisamment  de  résistance  à  une  agression  des  autochtone 
11  est  certain  que  rien  ne  peut  nous  être  parvenu  d'un  édili 
de  cette  nature. 

Mais  à  défaut  de  restes  et  de  vestiges  documentaires,  il 
quelques  déductions  à  tirer  de  certains  textes  sur  lesquels 
crois  bon  d'appeler  l'attention. 

On  n'est  pas  absr)lument  d'accord  sur  l'époque  à  laque 
s'est  faite  févangélisation  de  n<_)S  contrées. 

(ï  '  Les  >ourcos  dans  l'ant^uité  étaient  le  plus  souv.  nt  déiliies  ou  tout  au  moins  r< 
de  la  vénération  populaire.  11  n'était  même  pas  nécessaire  pour  cela  qu'elles  tussent  cha 
ou  minérales.  On  pourrait  citer  de  multiples  exemples  de  ce  culte  pour  les  fontaines  c 
eaux  courantes. 


DE    BRŒ-COMTE-ROlîEUT  l3 

Deux  écoles  sont  en  présence  :  Tune  la  fait  remonter  au 
III'  siècle  de  Tère  chrétienne  ;  l'autre,  avec  des  ariifuments  très 
serrés  et,  disons-le,  bien  près  d'être  décisifs,  assurent  que 
cette évanfrélisation  date  du  r'""  siècle  de  l'ère  chrétienne. 

En  ce  qui  touche  notre  rép^ion,  il  n'y  a  d'ailleurs  aucun 
doute  — et  les  deux  écoles  sont  d'accord  là  dessus  —  que  le 
pays  a  été  évan^élisé  par  Savinien  et  ses  disciples. 

M.  Fabbé  Ilénault  a  publié  in  extenso  (  i  )  ce  que  la  légende 
nous  a  conservé  à  cet  éirard  (2). 

Nnus  apprenons  par  ce  texte  que  lors  de  la  première  per- 
sécution qui  eut  lieu  «  sous  Tlnlame  Néron,  ce  monstre  d'ini- 
quités, les  Saints  Martyrs  Savinien,  Potentien  et  Altin,  pour 
obéiraux  ordres  du  (^ieletàceux  du  Chef  des  Apôtres,  tra- 
versaient l'Italie,  en  toute  hcite,  franchissaient  les  fleuves  au 
péril  de  leur  vie,  erraient  dans  les  montagnes  désertes,  se 
réluiriaient  au  fond  des  cavernes  et  gagnaient  bientôt  les  con- 
linsdelaGaule  », 

I^a  lé^ï-ende  nous  montre  les  saints  voyageurs  évangélisant, 
t^iiptisant  et  arrivant  ainsi  à  Sens  (3). 

I^e  Sens,  Savinien  envoie  Altin  et  Edoald  à  Chartres  par 
^^rléans,  pendant  que  lui  et  Serotin  vr)nt  à  Troyes.  Les  pre- 
miers à  leur  retour  de  Chartres  passent  par  Paris,  <<  mais  n'y 
baptisent  que  quelques  personnes  »  et  de  là,  ils  gagnent  Cré- 
teil(f  village  où  était  un  temple  païen,  réceptacle  d'infâmes 
divinités,  au  milieu  d'une  nombreuse  population  d'idolâ- 
tres ^4). 

f^'està  ce  moment  qu'eut  lieu  à  Créteil  le  martyre  des  chré- 
^'^'ns  qui  a  laissé  à  cette  localité  sa  légende  propre.  Quanta 

'  *  Recherches  historiques  sur  la  fondation  des  églises  de  Chartres  et  des  églises  de 
^n-i.Troyes  et  Orléans  ».  .Paris.  1884.  in-8-). 

-  •  Legenda  sanctorum  y  (Codex  n-  l<X)  de  la  bibliothèque  de  Chartres)  et  en  particulier 
•acNatalis  martirum  Saviani  et  Potentiani  >>  qui  commence  au  n"  213  du  Codex. 

»  ^i  la  léa;end«  dit  vrai,  si  Sens.  Troves.  ('hartr**s  étaient  considérés  au  i"  siècle  comme 
^*confinsde  la  Gaule.  «  ce  que  nous  venons  de  dire  du  marché  de  Brie-(!omtc-Robert.  de 
'*«tualion  des  Romains  sur  ce  point,  poste  avancé  extrême,  se  justifie  et  s'éclaire  du  texte 
^l'xjfcitf. 

"J  'lest  impossible  de  ne  pas  signaler  au  passage  ce  fait,  consacré  par  le  récit  légendaire, 
""existence  de>  temples  païens,  et  aux  alentours,  d'une  nombreuse  population,  au  i"  siècle 
f  »  ère  chrétienne,  non  loin  du  territoire  de  Brie,  à  quelques  kilomètres  de  Pierre  Marchande. 


Î4  HISTOIRE    DE    LA    VILLE 

Altin  et  Kdoald,  ils  regagnèrent  la  ville  de  Sens  «^ù  résidait 
Saint  Potentien.  Ce  n'est  pas  trop  s'avancer  que  de  les  faire 
passer  akirs  par  le  lieu  où  s'élève  Brie-0)mte-R<)bert  aujour- 
d'hui et  de  supposer  qu'ils  évangélisèrent  cet  endnjit  o  »mmc 
les  autres. 

Ma  première  hypothèse  se  vérifie  par  une  considération 
géographique  qui  va  immédiatement  trouver  sa  confirma- 
tion. M.  Hugues  me  la  fournit,  avec  un  des  itinéraires  de 
Bourgogne  indiqués  par  le  «  Guide  des  chemins  »>  du  XVI" 
siècle  drint  il  donne  le  parcours  et  le  tracé  (  i  ). 

w  De  Paris  à  Sens  (par  Alontereau).  (^harenton,  CrêtciU 
Boissy,  la  vallée  de  Grosboys,  Brye-Comte-'Robert ,  Evrry, 
Limoges,  Saint-Germain,  Sivry,  Chastelet.  ^'alence,  Monte- 
reau  ».  (^ette  route,  ajoute  Al.  Hugues,  de  Brie-Comte-Robert 
au  Châtelet  n'existe  plus  aujourd'hui  (2). 

Ma  seconde  hypothèse,  en  ce  qui  concerne  l'évangélisatit  m 
de  la  population  qui,  suivant  toute  apparence,  vivait  non  loin 
de  Pierre-Marchande,  se  vérifiera  par  la  légende  elle-même. 

Que  fait  saint  Savinien  lorsqu'il  arrive  à  Sens?  La  légende 
nous  répond:  «  Il  bénit  et  consacre,  aux  pieds  des  mursdc 
la  ville,  deux  églises  d'une  construction  modeste.  Il  dédie 
l'une  à  la  ^'ierge  Marie,  mère  de  Dieu,  et  place  l'autre  sous 
le  Vocable  de  saint  Etienne,  premier  martyr.  Il  en  consacre 
une  troisième  en  fhonneur  de  saint  Jearî-Baptiste.  » 

Que  font  saint  Alvin  et  Kdoald  en  arrivant  à  Orléans? 
w  Ils  consacrèrent  une  église  sous  le  vocable  de  saint 
Etienne,  dit  la  légende,  et  ils  consacrèrent  une  église  aux 
pieds  des  murailles  de  cette  ville,  la  dédiant  à  la  gloire  de 
la  mère  de  Dieu.  » 

Quelles  sont  les  premières  églises  à  Melun  >  Une  église 
à  Notre  Dame  et  une  église  à  saint  Etienne,  à  côté  l'une 
de  l'autre. 

(i)  a  Les  routes  de  Seinc-ct-Marne  avant  1789  »  par  A.  Hugues,  archiviste  de  Seine-et- 
Marne  (iVîelun.  1897  in-8"'; . 

(2;  Il  en  reste  on  tout  cas  des  vestigoN  imposants  particulièrement  entre  Brie-t'.omtc-Robert 
et  Kvry-les-Chàteaux.  où  l'on  remarque  un  pont  jeté  sur  lYcrrcs,  à  la  hauteur  de  la  ferme  de 
Sansalle  et  qui  est  encore  en  parfait  état  de  conservation. 


DE    BRIE-COMTE-ROBERT  ID 

A  Dijon, à  côté  du  baptistère  Saint-Jean,  était  une  cr^'pte 
dcdicc  à  saint  Etienne  qui  servit  aux  premiers  chrétiens 
de  la  ville. 

A  Lyon,  Pothin,  Irénée,  Bénigne,  érigent  un  sanctuaire 
dédié  à  la  Très  Sainte  Vierge  et,  à  côté,  un  baptistère  saint 
lean. 

Sans  multiplier  ces  citations,  on  peut  dire  que  partout 
"»ù  les  premiers  évangélisateurs  ont  passé,  trois  sanc- 
tuaires se  dressent.  Deux  généralement  voisins  :  Tun 
consacré  à  la  mère  de  Dieu,  l'autre  à  saint  Ktienne.  L'abbé 
Lebeuf  nous  apprend  d'ailleurs  que  beaucoup  d'évêques 
des  (laiiles  avaient  eu  des  pierres  teintes  du  sang  du  pre- 
mier martyr.  Le  troisième  sanctuaire,  baptistère,  est  natu- 
rellement dédié  à  saint  Jean-Baptiste,  mais  il  n'est  pas 
touji>urs  situé  à  côté  des  deux  premiers. 

"  <  Jnjj^inairement,  dit  l'abbé  Lebeuf,  les  baptistères  n'é- 
taient pas  si  proches  des  cathédrales  ou  autres  églises 
qu'un  les  a  vus  depuis.  » 

Leia  se  comprend  de  reste.  Dans  les  premiers  siècles,  le 
baptême  n'avait  pas  lieu,  comme  aujourd'hui,  par  ondoie- 
ment, mois  par  immersion.  (.)n  cherchait  donc  un  endroit 
situe  au  b(>rd  d'une  rivière  ou  d'une  source  pour  y  élever 
nnn  pas  une  basilique  mais  un  sanctuaire  qui  alTectait 
généralement  la  forme  circulaire.  On  appelait  ces  sanc- 
tuaires :  Saint-Jean-le-Rond. 

"  I^c.'n(»mde  Saint-Jean-le-Rond  n'était  pas  singulier  à  la 
cathédrale  de  Paris,  dit  encr)re  l'abbé  Lebeuf;  celles  de  Sens 
et  d'Auxerre  t)nt  aussi  leur  Saint-Jean-le-Rond  comme  leur 
Notre-Dame  et  Saint-Ktienne.  » 

/x- savant  historien  conclut  ainsi  comme  nous  l'avons  fait. 
Les  lieux  primitivement  évangélisés  étaient  par  les  apôtres" 
des  Gaules  tout  d'abord  dotés  de  trois  sanctuaires  :  Notie 
'Jame,  Saint-Etienne  et  Saint-Jean. 

Or,  que  vr)yons-nous  à  Brie-(]omte-Robert? 

/••  L'ne  église  Saint-Ktienne,  encore  debout. 
'2"  l'ne  église  dédiée  à  Notre-Dame,  qui  était  séparée  de 


m)  IIÏSTolKi:    I)H    l.A    VILLK  ' 

la  première  pur  une  simple  rue,  comme  à  Paris,  comme  à 
Melun.  comme  à  Sens,  c«KT!me  à  Orléans,  etc..  etc.  Si  «^- 
sanctuaire,  dédié  à  X»)tre-name,  a  disparu  depuis  trois  siècles 
son  existence  ne  saurait  être  contestée,  car  elle  est  —  corriro 
on  le  verra  au  cours  de  cet  ouvraire  —  affirmée  par  !<• 
archives  d'une  façon  indéniable. 

Du  sanctuaire  Saint-jean,  nous  n'avons  rien;  et.  cepcr 
dant,  son  souvenir  se  retrouve  d'une  fag>n  presque  éviden 
au  bord  même  des  fontaines  dont  j'ai  déjà  parlé,  ("'est  là  ci^ 
fut  construit  le  château  et  des  deux  chapelles  qu'il  c<>ntenti.i 
la  plus  ancienne,  celle  dont  l'origine  était  difficile  à  déto 
miner,  était  placée  sous  le  vocable  de  Saint  Jean-Bapti^^- 
dont  le  nom  se  perpétua  encore  dans  une  des  tours  quiti^<^ 
probablement,  comme  nous  le  verrons  par  la  suite,  existi^ 
avant  le  château  lui-même. 

Nous   nous   trouvons  d(mc,  d'une   façon  difficile  à   o  > 
tester,  en  présence  de  la  trinité  relii^rieuse,  base  de  fapt   ' 
tolat  des  premiers  évanfifélisateurs,  dans  les  (îaules. 

Si   nous  admettons,  avec   l'évidence  ^'"éoirraphique,  q  *- 
saint  Altin   et  l^doald,  à    leur    retour    de  (^réteil   à  Sen 
passèrent    par  le  lieu   où    depuis    s'est  élevé   Brie-Comt. 
Robert:   si   nous   rapprochons   l'existence  des    trois   san  • 
tuaires  primitifs  de  cette  ville,  de  celle  des  autres  sanctuaire::^ 
élevés  par  les  premiers  ap(')tres  des  (laules  dans  les  pay 
qu'ils  évangélisèrent,  nous  sommes  presque  conduits  à  dir^ 
que  le  lieu  où    se    trouve    aujourd'hui    Hrie-(^)mte-Robe^ 
reçut  les  premières  lumières  de  la  foi  chrétienne  par  sair^ 
Altin  et  Kdoald.   «  Ceux-ci,  dit  la  léfj^ende  reproduite  pa 
M.  fabbé    llénault.  durant   leur   trajet,  enseii^rnèrent   aur 
peuples  les  lois  chrétiennes  et  fondèrent  des  éirlisesdans 
les  villes.  » 

Il  faudrait  donc  alors  que  Brie-(>)mte-Robert  fût  une  ville 
Comme  Sens,  comme  Orléans,  C(nnme  Paris,  C(»mme  Melun  ! 

On  m'objectera,  non  sans  rais(»n.que  rien,  ni  sur  le  sol 
ni  dans  la  tradition,  ni  dans  les  documents,  ne  permet  de  dire 
qu'il  ait  existé  sur  ce  point  une  ville  aux  premiers  siècles 


t)E   BRIE-COMTE-ROBERT  IJ 

de  Tère  chrétienne.  Quelques  vicissitudes  qu'une  ville 
semblable  eût  eu  à  souflrir  pendant  les  siècles  qui  sui- 
virent la  prédication  de  saint  Altin  et  de  son  compagnon 
Kd4>ald,  il  serait  extraordinaire  que  le  souvenir,  même 
confus,  d'une  agglomération  importante  en  ce  lieu  ait  totale- 
ment disparu.  De  fait,  on  ne  trouvera  absolument  rien  sur 
l^rie-Comte-Robert,  dans  les  siècles  primitifs,  à  part  une 
rncntir>n  de  saint  Fortunat,  dans  sa  T/V  de  saint  Germain 
niention  que  nous  examinerons  plus  loin. 

I -'objection  est- puissante  et  elle  resterait  absolument 
^'*i<  >mphante  si  je  ne  rapf)elais  ici  tout  ce  que  j'ai  dit  dès  les 
P^<i  mières  pages  de  ce  chapitre. 

Jci  ne  crois  pas,  en  etïet,  et  je  me  garderai  bien  de  dire 
Quo  Brie  fut  à  cette  époque  une  ville  au  vrai  sens  du  mot; 
'^^^^iîi  on  comprendra  aisément  que,  si  saint  Altin  et  Kdoald 
^''<  *vjvèrent  sur  leur  route  un  marché  fréquenté,  un  centre 
ver^  lequel,  à  des  époques  périodiques,  refluaient  les  popu- 
'*^tî«  )ns  des  environs,  si,  d'autre  part,  ce  centre  économique 
^^^^it  en  même  temps  un  foyer  religieux  et  par  conséquent 
^^tl\jent,  bien  propre  à  servir  leur  propre  prosélytisme,  ils  ne 
'^^^nquèrent  pas  d'y  prêcher  la  foi  nouvelle  et  en  même  temps 
^  y  établir  les  trois  sanctuaires  habituels,  d'y  installer  comme 
r^^^ï^tout  (f  des  ministres  choisis  parmi  les  nouveaux  lidèles  ». 
'^  Supposer  qu'un  temple  païen  lût  érigé  en  ce  lieu,  et  tout 
^^n^ble  justilier  cette  hypothèse,  si  mes  prémisses  sont 
^'^îictes.  ils  durent  s'en  emparer,  suivant  la  politique  reli- 
^^^Use  des  premiers  chrétiens.  C'était  pour  eux  une  mer- 
veilleuse fortune  que  de  donner  le  baptême  et  de  pouvoir 
'^VQpjréiiser  non-seulement  les  habitants  à  demeure,  mais 
*^^ssi  ceux  fort  nombreux  qui  venaient  là  appelés,  soit  par  la 
^l'u.dition  religieuse,  soit  par  leurs  alïaires. 

A  ces  déductions  tirées  de  la  légende,  il  me  faut  ajouter 

^'^   autre  témoignage.  Ce  sont  les  médailles   ou   monnaies 

^'^niaines  trouvées  à  Brie  ou  dans  ses  environs  immédiats. 

^^  irnporte  de  faire  observer  que  le  sol  même  de  la  ville  a  été 

autrefois   si    profondément   remué    par    l'exploitation    des 


i8 


HISTOIRE    DE   LA   VILLE 


carrières  qu'on  s'explique  très  bien  la  rareté  de  cette  caté- 
gorie de  documents  dans  son  enceinte. 

Celles  que  nous  connaissons  représentent  deux  périodes 
bien  distinctes  qui  correspondent  d'ailleurs  à  des  époques 
très  nettes  de  l'empire  romain. 

La  première  période  va  d'Auguste  à  Faustine,  du  i"  siècle 
à  la  lin  du  n\  Elle  nous  donne  : 

Une  médaille  en  argent  d'Auguste. 

A)  CAKSAR  A\'(}VSTVS  DIVI  F.  PATER  PATRIAE. 

R)  C.  L.  CAESARES  AVGVSTI  F.  COS.  DESIG.  PRINC 
IVVEXT. 

Cette  médaille,  décrite  dans  Cohen,  a   été  frappée  vet^ 
l'an  752  avant  Jésus-Christ.  Bien  que  beaucoup  de  médaill^^ 
de  ce  type  aient  été  imitées  par  les  peuples   barbares    ^^ 
frappées  à  des  époques  bien  plus  récentes,  j'incline  à  croi 
que  nous  sommes  ici  en  présence  d'un  type  de  la  premier 
manière,  pour  plusieurs  raisons. 

La  frappe,  d'abord,  qui  parait  de  la  bonne  époque  ;  le  li 
où  elle  a  été  trouvée  ensuite,  (^est  tout  au  bord  de  l'une  d 
sources  qui  jaillissent  autour  du  château  —  ces  sources  q 
peuvent  avoir  été  un  lieu  de  pèlerinage  —  que  des  ouvrier 
à  i  m.  7<  )  de  profondeur,  c'est-à-dire  au  niveau  de  l'ancien  so 
ont  trouvé  la  médaille  en  questi()n. 

La  trouvaille  d'une  médaille  de  cette  époque  n'est  pas  ui 
fait  isolé. 

M.  Lézier,  sur  la  route  de  Mclun,  dans  un  champ  où  k 
charrue  ramène  d'assez  nombreux  «  tuileaux  »  et,  en  particu 
lier,  des  tuiles  à  rebords  gallo-romaines,  a  trouvé  un  bronz 
portant  refligie  de  Claude  (CLAUDITS  CŒSAR  AUG.P.M.). 
empereur  en  41  et  dont  le  séjour  dans  les  Gaules  est  fort 
Connu. 

Dans  Brie,  même,  mais  en  un  point  dont  il  n'a  pas  été  pris 
note,  il  a  été  trouvé  un  bronze  de  Néron  (LMP.  NERO.  CAES. 
AVG )  tète  de  Néron  à  gauche,  (i)  (54-G8). 


(I)  II  a  ctc  trouve  à  Rcau  un  fort  beau  Néron  que  M.  G.  Leroy   cite  dans  son  opuscule 
Les  CdllQ-Ro^uiins  à  Rcau-cn-Dric,  p.  6.  La  tétc  de  Néron  dans  ce  bronrc  regarde  à  droite. 


DE    BRIE-COMTE- ROBERT  K) 

l'n  bronze  de  Vespasien,  tète  laurée  à  droite  (IMP.  C.l^S. 
VKSPASIAXVS.  AVG.)  a  été  trouvé  dans  les  mêmes  con- 
ditions à  Brie.  On  sait  que  Vespasien  fut  appelé  à  l'empire 
après  la  mort  de  X'itellius  ((yj)  et  qu'il  dut  se  rendre  rapide- 
ment en  Occident  où  les  (îaules  se  soulevaient. 

Ainsi,  nous  rencontrons  à  Brie,  depuis  Auguste  jusqu'à 
Vespasien,  une  suite  suffisamment  continue  de  médailles 
romaines  pour  en  déduire  la  présence  à  peu  près  certaine 
d'un  centre  de  population  plus  ou  moins  important  à  Brie  ou 
dans  ses  environs  immédiats.  Cette  constatation  serait  d'ac- 
cnrd  avec  la  légende  dont  j'ai  parlé  plus  haut  en  en  tirant 
semblable  conséquence  ;  elle  ne  serait  pas  détruite  alors  mê- 
me qu'on  adopterait  le  r""  siècle  de  l'ère  chrétienne — suivant 
une  certaine  école  —  comme  point  de  départ  de  l'évangélisa- 
tinn  de  la  contrée. 

Avec  le  bronze  de  Vespasien  et  deux  médailles  de  l^\iustine, 
l'une  découverte  à  Brie  (I),  l'autre  au  chemin  duGrand-Xoyer, 
chez  M.  Lacroix  ;  c'est  tr^ut  ce  que  l'on  a  de  l'époque  des  Fla- 
viens.  au  moins  pour  le  moment  (2). 

11  ne  semble  pas  que  la  période  des  Antonins  ait  enrichi 
la  numismatique  locale.  Il  importe  cependant  de  tenir  compte 
de  ce  fait  que  les  médailles  que  je  cite  sont  empruntées  à  un 
unique  Collectionneur —  et  j'en  explique  la  raison  plus  bas  — 
que  d'autres  types  des  époques  précitées  ont  été  certaine- 
ment trouvées,  mais  réunies,  malheureusement,  sans  indi- 
cation d'origine. 

Il  n'en  reste  pas  moins  que,  jusque  vers  la  lin  du  IV  siècle 
de  l'ère  chrétienne,  des  traces  évidentes  de  l'habitat  humain 

1  Cette  médaille  est  fort  bien  conservée  FAVSTINA  AVGVSTA.  —  R)  IVNONI 
i.\C,WAi.  :  La  déesse  debout  regarde  à  gauche,  couronnant,  de  la  main  droite,  un  paon  et 
de  la  gauche  faisant  le  geste  d'adoration. 

2  Je  n'examine  ici  que  les  monnaies  et  médailles  que  M.  Rousseau  a  pu  réunir  dans  ces 
dernières  années  et  qu'il  a  obligeamment  mises  à  ma  disposition.  M.  Rousseau  ne  s'est  pas 
d'i*illeur<  contenté  de  se  faire  donner  les  trouvailles  de  quelques  amis,  il  s  est  efforcé  de  faire 
préciser  en  quel  point  ex-'Ct  du  territoire  elles  ont  été  faites  au  lieu  de  réaliser  —  comme 
on  en  a  trop  souvent  l'habitude  —  une  simple  collection  san:>  intérêt.  Il  est  évident  que 
d'autres  trouvailles  ont  été  faites,  mais  fauts  de  rcns^iijnements,  il  est  impossible  d'en  fajrç 
état  dans  cet^e  discussion. 


20  HISTOIKK   I)K   LA    VILLK 

sont  constatées  sur  le  sol  où  s'élève  aujourd'hui  Brie-Comtcî 
Robert. 

A  partir  du  II''  siècle  jusqu'au  troisième,  c'est-à-dire  pen 
dant  prés  de  rG:  >  ans,  une  lacune  se  présente  dont  nous  devons 
tenir  compte.  C'est  le  moment  de  la  grande  guerre  civile 
dans  les  Gaules,  de  l'invasion  des  Alamands,  de  la  premier 
apparition  des  Bagaudes.  Tout  fut  bouleversé,  au  cours  da^ 
ces  événements,  dans  ce  pays,  et  ce  qui  résista  aux  lureurev 
des  guerres  intestines  fut  balayé  en  2:^4  par  les  Francs  qui 
traversèrent  la  Gaule  du  nord-est  au  sud-ouest. 

Certes,  la  population  agricole  de  l^rie  ou  celle  des  commer- 
çants qui  pouvaient  fréquenter  son  marché,  durent  succom- 
ber s<')us  le  coup  de  ces  calamités  incessantes,  et  on  s'expli- 
que, dès  lors,  cette  extraordinaire  lacune  dans  les  monnaies 
et  médailles  que  recèle  le  sol  de  cette  ville.  Il  semble  que  ce 
silence  soit  un  témoignage  de  la  ruine  et  de  la  désolation  de 
la  contrée. 

(>e  qui  vient  fortifier  cette  réflexion,  c'est  que  la  première 
médaille  qui  se  retn  >uve  à  Brie  après  ces  terribles  et  sanglants 
événements,  est  un  bronze  de  Postume,  trouvé  à  Brie  même. 
(CASS.  LAT.  POST...,  tète  couronnéeà  droite,  R)  une  galère, 
la  proue  tournée  à  droite). 

Postume  qui  s'intitulait  «  restaurateur  des  Gaules  »  rame- 
nait, avec  son  avènement  au  pouvoir,  une  paix  bienfaisante. 

«  La  vie  reprit  dans  des  conditions  à  peu  près  régulières. 
La  prospérité  sembla  renaître...  Le  retour  de  la  fortune,  la 
félicité  des  temps,  l'abondance  d'Auguste,  telles  sont  les  ex- 
pressions qui  reviennent  à  chaque  instant  sur  les  monnaies 
(de  cette  époque)  avec  les  emblèmes  qui  y  correspondent,  et 
quoi  qu'on  en  doive  rabattre,  il  n'est  pas  douteux  qu'elles  ne 
renferment  une  large  part  de  vérité  (i )  ». 

L'observation  de  l'érudit  professeur  auquel  j'einprunte  ces 
ligne  va,  en  elïet,  se  vérifier  par  la  suite  continue  des  médail- 

I  /.c.t  orifiines,  la  GiUilf  mdip'ndanl:  et  Li  GitiiU  ri>:rjii:nc,  par  M.  E.  Bloch,  ilans  l'H-ytotre  de 
France  de  M.  Lavisi.e.     Paris,   Hachette  elCie,  tome  I.  2-   p.trlic.  p,  2ï;  et  >u;vj.ite>  . 


ÙK    HRlK-(:OMTK-R0Ht:RT  '21 

les  que  nous  allons  rencontrer  dans  le  sol  de  Brie.  Sans  doute, 

nr»us  sommes  <  )bligés  de  faire  un  saut  de  Postume  à  iMaximien 

auquel  appartient  le  premier  bronze  qui  suit  (LMP.  MAXI- 

AlIANVS...  AVG...  tête  laurce  à  droite,  R)  VOT.  XX),  mais 

il  ne  faut  pas  oublier  que  Maximien  vint  en  personne  écraser 

lesBafjraudesdans  la  presqu'île  de  Saint-Maur,où  ils  s'étaient 

fortifiés,  et  où  ils  combattirent  avec  l'énergie  du  désespoir. 

Nous  devons  donc  admettre  que  la  région  de  Brie-Comte- 

P^f)bert  dut  subir,  du  fait  des  révoltés,  comme  du  fait  des 

i>.rmées  romaines  qui  les  assiégeaient,  de  nouveaux  désastres. 

Mais  aussitôt  la  paix  revenue,  le  calme  rétabli,  les  mon- 

x-^aies  réapparaissent  d'autant  plus  nombreuses  que  la  quié- 

t:  ude  est  plus  complète.  Elles  semblent,  en  vérité,  tracer  en 

<-^aractères  lumineux,  les  alternatives  de  paix  et  de  guerres 

,ue  le  pays  traversa  à  ces  époques  lointaines  et  obscures. 

Constantin,    celui  qu'on    a  appelé   Constantin-le-Grand, 

lonte  sur  le  trône  impérial  en  3i3,  pour  l'occuper  24  ans,  un 

uart  de  siècle  !  C'est  merveille  comme  alors  se  multiplient 

1  <es  types  monétaires  de  l'époque,  ici  comme  ailleurs.  On  en 

ï^encontre  immédiatement  quatre  de  provenance  certaine. 

Dans  Brie  d'abord,  le  bronze  bien  connu  (IMP.  CONSTAX- 
^ilXVS.  AVG.,  tète  laurée  adroite  R)  SOLI INVICTO.  CO- 
^-VlITI.  le  soleil  marchant  à  gauche  avec  l'indication  P.  L  V. 
-^\nxnssa  Lugduno,  frappée  à  Lyon).  C'est  un  type  commun, 
^  »bservé  par  xM.  G.  Leroy,  à  Réau. 

-  M.  Rousseau,  dans  son  clos,  au  vieux  chemin  de  Grégy,  en 
^^cncontre  une  autre  CONSTANTIXVS.  PL  AVG.  tète  laurée 

'=^>.  droite  R) REPARATIO.) 

AL  Saugrin,  dans  le  clos  des  Minimes  (i),  en  trouve  deux, 
tLoutes  deux  avec  la  mention  P.  L  V.  Frappée  à  Lyon.  L'une 
p^orte  au  revers  un  génie  avec  cette  inscription  GEXI VS  POP. 
l^OM. 

La  dernière,  qui  provient  de  la  propriété  de  M.  Lacroix,  au 
crhemin  du  Grand-Noyer,  présente,  au  revers,  deux  soldats 
l 'épée  à  la  main  séparés  par  une  enseigne  militaire  avec  cette 

0;  Aujourd'hui  propriété  de  M.  Baron. 


212  IIISTOIRK    DK    LA   ViLI.K 

légende  (jLORLK  KXKR(]ITVS,  type  à  peu  près  semblable  -^ 
celui  que  M.  Leroy  a  trouvé  à  (.halemaison,  sur  le  territoire 
de  Limoyes-l^'ourches. 

Les  mêmes  observations  nous  conduisent  à  relever  un 
bronze  de  Licinius  (LMP.  LI(]I\IVS.  PL  AVCL,  tète  laurée  ri 
gauche)  beau-frère  de  (Constantin  et  successeur  de  Galère.  Cc^ 
type  a  été  trouvé  au  chemin  des  (Chaperons,  au-dessus  de  lii 
rue  du  Martinet.  Puis  un  Magnentius  (R)  deux  génies  ailés 
tenant  un  bouclier  sur  lequel  on  lit  :  VOT  XXII).  Magnentius 
prit  la  pourpre  à  Autun  en  34(). 

Ensuite,  un  Valentien  (\'ALKXTIANVS.  AVG  ),  tète  ceinte 
d'un  ruban  à  droite.  Valentien  qui,  en  3(o,  vint  en  (jaulc 
pour  arrêter  les  invasions  des  (lermains,  aimait  à  séjourner 
à  Paris. 

Signalons  également  un  bronze  à  l'efligie  de  ( jraticn  qui 
mourut  en  'M\\  bronze  trouvé  à  Brie  (I).  X.  (jRATIAXVS. 
AVG.).  AL  Leroy  en  a  trouvé  un  semblable  à  (Chalemaison, 
et  une  autre  médaille,  la  dernière  de  la  série,  avec  cette  exer- 
gue D.  X.  TIIKODO Il  s'agit  évidemment  de  Théodose 

que  l'rm  peut  considérer  comme  le  dernier  empereur  romain 
avant  autorité  sur  les  Gaules. 

Le  même  phénomène  que  nous  avons  signalé  plus  haut  se 
reproduit  ici.  Après  Théodose,  les  trouvailles  de  médailles 
s'arrêtent  net,  justifiant  une  lois  de  plus  l'observation  que 
nous  avons  laite  à  ce  sujet. 

Ainsi  donc,  le  sol  de  Brie-(>omte-Robert  fournit  des  certili- 
cats  d'habitation  continue  depuis  Auguste  jusqu'à  TelTondre- 
mentde  l'empire,  sauf  pendant  un  siècle  et  demi,  période 
tout  entière  consacrée  à  la  guerre,  à  l'invasion,  au  pillage  et 
à  la  dévastation. 

On  pourrait  même  établir  peut-être  d'une  façon  moins 
ri-Tcaireuse,  mais  suflisamment  approximative,  le  séjour 
d'une  p(>pulation  antérieure  par  les  haches  en*  pierre  polie, 
en  bronze,  les  instruments  divers  trouvés  soit  le  long  du  ("or- 
niilot.  Soit  près  de  l'usine  à  gaz  (  i  ),  dans  les  caves  de  la  mai- 

(1     Aux  abordî»  do  la  propiietc  de  M.  Poiré. 


bK  i3r<it:-(:oMTf:-R()Bl:i<T  20 


snn  autrefois  dite  des  Piliers  (i),  dans  le  puits  de  M.  Houiiier 
(mute  de  Paris)  non  loin  de  Pierre  Marchande.  Et  cependant 
de  cette  époque,  il  ne  reste  aucun  autre  vestig-e,  aucune  trace 
de  construction. 

(^ette  absence  extraordinaire  de  la  moindre  substruction, 
rapprochée  cependant  de  l'habitat  indéniable  d'une  popula- 
ti«>n,  me  parait  une  nouvelle  preuve  de  l'existence  d'un  mar- 
ché rê^^ulier,  conclusion  dont  j'avais  déjà  posé  les  prémisses, 
en  les  déduisant  d'autres  considérations. 

Au  surplus  chez  les  Gaulois  la  ville  proprement  dite  telle 
que  la  connaissaient  les  Latins,  n'existait  pas.  «  Sans  doute, 
dit  \l.  Bloch,  les  nécessités  de  la  défense  et  du  trajic  avaient 
fait  sur|J!:ir  sur  tous  les  points  de  la  Gaule  une  multitude  de 
bourjjrades,  fortifiées  ou  ouvertes,  avec  une  population  fixe, 
mais  ce  n'étaient  là,  malgré  tout,  que  des  refuges,  des 
^narchês.  Les  maisons  isolées  étaient  extrêmement  nom- 
breuses... Elles  étaient  situées,  dit  le  même  auteur,  à  la 
lisière  des  bois  ou  au  bord  des  rivières.  Les  nobles  gaulois 
^^    plaisaient  dans  ces  demeures  écartées.  Ils  v  vivaient  en- 

^  ml 

tourésde  leurs  hommes  d'armes  et  de  leurs  serviteurs,  se 
^^^■ï'a.nt  à  leur  goût  pour  la  chasse,  surveillant  la  culture  de 
leurs  terres  et  l'élevage  de  leurs  troupeaux....  Les  habitudes 
^r<  ^f^-lody tiques  étaient  fortement  enracinées  sur  les  bords  de 
1^1  I  -<  >ire  et  de  la  Seine..» 

^ -os  extraits  cadrent  si  bien  avec  l'idée  que  nous  pouvons 

"*  *^:r^  faire  du  territoire  de  Brie-Comte-Robert  que  je  n'ai  pu 

^^'^is;ter  à  les  donner  ici.    Xon-seulement,    ils  peignent  le 

'"Oc^^^^  yjyendi  de  la  population  dont  l'existence  ici  se  trouve 

^'^*niîrmée  par  des  témoignages  légendaires  et  par  des  don- 

"^^^  positives,  mais  ils  expliquent,  du  même  coup,  pourquoi 

^^  ootte  agglomération,  il  ne  nous  est  absolument  rien  resté. 

^-os  habitations  isolées  des  chefs  étaient  en  bois  et  par 

^^Ute  aussi  vite  réédilîées  qu'elles  avaient  été  rapidement 

détruites,  ne  laissant  derrière  elles  et  après  leur  ruine  nulle 

trace  appréciable.  La  partie  moins  aisée  de  la  population  se 

U  j  Appartenant  actuellement  à  .V..  Wosmeck. 


1Î4  HISTOIRE    DE   LA   VILLK 

creusait  au  flanc  des  vallées  des  grottes  qui  leur  servaient 
d'habitation.  Si,  dans  les  siècles  postérieurs,  ces  s^rottes, 
chanjieant  de  destination,  n'étaient  pas  devenues  autant 
d'entrées  de  carrières,  peut-être  pourrions-nous  les  retrouver 
encore. 

Mais  à  côté  de  cette  population  fixe  tantôt  prospère,  tantôt 
misérable,  vivant  au  f^rand  jour  aux  temps  de  paix  ou  se 
terrant  aux  temps  de  f^uerre,  se  réunissait  à  Brie  une  popu- 
lation flottante,  réunion  dont  la  Pierre  marchande  nous  a 
laissé  le  Souvenir. 

Les  deux  séries  de  médailles  que  j'ai  étudiées  ci-dessus, 
montrent  bien  les  fluctuations  de  ce  centre  économique, 
fréquenté  aux  époques  tranquilles,  désert  aux  époques  trou- 
blées. 

Si  l'on  a  prêté  quelque  attention,  aux  indications  d'oritjrine 
de  ces  monnaies  et  médailles,  on  s'apercevra  facilement  en 
jetant  les  yeux  sur  le  croquis  ci-après  du  terrain  que,  toutes, 
sans  exception,  se  rencontrent  sur  la  rive  droite  du  0)rnill(>t. 
Il  en  est  de  même  des  haches,  soit  de  répoqu2  de  la  pierre 
polie,  soit  de  l'époque  du  bronze,  des  pointes  de  flèches  que 
j'ai  signalées.  Toutes  ces  traces  antéromaines  ou  romaines 
de  l'habitat  humain  sont  g'roupées  sur  le  versant  nord  de  la 
cuvette  que  domine  le  clocher  de  Brie-(>omte-Robert. 

("est  ici  le  lieu  de  parler  d'une  nécropole  mise  à  jour  dans 
ces  dernières  années  et  malheureusement,  selon  toute  pro- 
babilité, encore  incomplètement  explorée.  Telle  qu'elle  se 
présente,  néanmoins,  elle  ofl're  d'intéressantes  particularités, 
qui  ont  été  très  judicieusement  étudiées  par  M.  F.  Rous- 
seau (I). 

(]elte  nécropole  estdésiiJ^née  en  A  sur  le  croquis  ci-contre. 
La  profondeur,  à  laquelle  se  retrouvent  les  restes  humains 
découverts,  varie  de  2,.^o  à  S  m.  S),  profondeur  relativement 

•  I     Sur  un  cimetiirc  gallo-romain  dicouwit  à  Bru-ComU-Rohjrt.  par  M.  F.  Rousseau.  [BalUtin  de  la 
Socul:  d'hiUotrc  it  d'archcologie  de  Bnc-i'omU  Robert,  tome  I,  p.   1^9,  ï^)8  et  suiv.; 


consiiicfiible,  qui  semble  s'expliquer  par  la  descente  des 
terres  venant  d'une  butle  voisine  (  i). 

Le  iTHibilier  funéraire  n'est  pas  banal.  Pniirccrtains  corps. 


il  lait  à  peu  près  défaut  et  sa  présence  se  révèle  par  des 
débris  inft>rmes  ou  des  vases  ^rrossiers  :  pnur  d'autres  les 
poteries  s'aftinent  et  même  sont  décorées  d'une  façon  pres- 
que artistique  ;  pour  d'autres,  la  poterie  traditionnelle  fait 
presque  défaut  et  n'est  représentée  que  par  un  vase  en  terre 

1     II  nf  fiul  pis  oubli"  q-jr  h  m^JalIlf  d'AuguMe.  trouver  lui  bords  Junf  d«  fonUinc 


.  profoo 


'2h  iustoirf:  dk  la  VILLt: 


fDUfire,  commun  de  forme  ;  par  contre  le  cadavre  a  été  entouré 
d'une  collection  complète  d'outils  en  fer  et  de  vases  métal- 
liques d'une  extrême  sin^i^ularité.  Il  s'agit  de  tout  un  attirail 
d'ouvrier  qui,  à  première  vue,  pourrait  être  rangé  dan[3 la 
catégorie  des  boisseliers  ou  des  tonneliers  ;  et  cep>endant,  à 
côté  d'une  anse  en  fer  qui  semblerait  par  sa  forme  avoir 
servi  à  un  vase  en  bois,  tel  que  les  brocs  de  tonnelier  en 
usage  chez  tous  les  marchands  de  vins  de  Paris,  se  rencon- 
trent des  vases  en  bronze  argenté,  dont  l'un  rectangulaire,  à 
bords  plats,  formant,  en  son  centrç,  un  récipient  ovoïde,  est 
décoré  au  burin. 

Tous  ces  Corps  se  rencontrent  à  peu  près  à  égale  profon- 
deur, mais  on  se  dirait  en  présence  de  trois  civilisations  diffé- 
rentes. Il  semblerait  même,  et  c'est  l'hypothèse  de  M.  Rous- 
seau dont  j'analyse,  ici,  le  travail,  qu'on  pourrait  également 
se  trouver  en  présence  d'une  autre  époque  de  Thumanité. 

Kn  effet,  sous  un  des  corps,  celui  qui  n'était  accompagne 
que  d'une  ampoule  en  terre  grossière,  à  une  profondeur  de 
un  mètre  ont  été  trouvés  les  os  et  les  dents  d'un  ruminant 
d'assez  forte  taille  qui  ne  semblent  avoir  aucun  rapport  direct 
avec  le  squelette  qui  reposait  sur  eux,  séparé  par  une  couche 
de  terre  épaisse  d'un  mètre. 

Sans  vouloir  pénétrer  ce  que  cache  cette  dernière  décou- 
verte, je  m'en  tiens  aux  trois  sortes  de  vestiges  humains  dont 
je  viens  de  parler.  Ils  me  paraissent  susceptibles  d'être 
rangés  en  trois  catégories. 

Dans  la  première  catégorie,  nous  placerons  les  squelettes 
trouvés  accompagnés  uniquement  de  débris  de  poterie  ou  de 
poteries  grossières. 

Dans  la  seconde,  ceux  autour  desquels  il  a  été  recueilli  des 
poteries  élégamment  ornées,  voire  des  pinces  en  bronze 
Ilnement  travaillées  et  une  cuiller  à  sacrifice  en  argent.  Je 
reproduis  ci-contre,  au  tiers  de  sa  grandeur,  un  des  vases 
trouvés  dans  cette  catégorie  de  tombes.  Bien  que  mutilé,  il 
présente  encore  une  décoration  suftisamment  développée  et 


bK  HHii:- 


-sa  forme  estassez  bien  cunser- 
vée  pour  tOmdifïner  de  l'art  un 
peu  maniéré  de  l'époque. 

Dans  hi  troisième,  enlin,  nous 
classerons  le  squelette  à  côté 
duquel  avaient  été  déposés  les 
outils  en  fer  et  les  vases  en 
bronze  argenté  dont  j'ai  parlé 
ci-dessus. 

Il  y  a  là,  comme  je  viens  de 
le  dire,  trois  éttipcs  évidentes 
de  la  civilisation,  et  pourtant, 
puisque  ces  habitants  de  Brie 
aux  siècles  antérieurs  ont  été 
ensevelis  ci'itc  ;\  c'itc,  ju  même 
iii}\'.iu  du  soi,  il  est  bien  difli- 
ci  le  d'admettre  que  ces  inhumations  ont  été  faites  à  des 
cliiles  très  éloignées  les  unes  des  autres.  Or.  le  mobilier 
ftinéraire  de  chacune  d'elles  dénote  des  civilisations  si  dill'é- 
rentes  qu'il  faudrait  mettre  entre  elles  un  nombre  relative- 
ment considérable  d'années,  des  siècles  peut-être. 

I^<j^  deux  propositions  sont  inconciliables  en  apparence, 
CLiv  il  n'y  a  aucune  probabilité  que  des  individus  ayant  vécu 
il  J<j  S  époques  aussi  distantes  les  unes  des  autres  reposassent 
sur  le  même  sol  et  dans  des  conditions  à  peu  près  analogues. 
l'  osi.  en  elTet,  un  fait  à  noter,  c'est  que,  dans  toutes  ces 
^*ipultures,  on  a  trouvé  des  clous  en  fer  identiques  dont  la 
pi"'  «venance,  encore  mal  détinie,  n'olVrc  ici  aucun  intérêt. 
^l;ii  s  ces  clous  donnent  à  ces  trois  vestif^cs  du  passé,  si  dilTé- 
'"'-'riis entre  eux.  la  même  date  d'inhumation. 

;V  mon  sens  ces  singulières  difïércnces  viennent  fortilier  la 
ihCït^e  que  je  soutiens  de  l'existence,  à  la  place  du  Brie  actuel 
'"J    tout  proche,  d'un  centre  d'échanges  important. 

*  >n  comprendra  très  bien  que  sur  un  tel  point  se  soient 
d"Ti  lus  rendez-vous  des  individus  venus  d'horizons  opposés, 
appartenant  à  des  centres  ethnographiques  différents  et, 


2H  IIISTOIRK   DK   LA  VILLE 

par  conséquent,  plus  encore  qu'aujourd'hui  de  mrLurs,d'ha 
bitudes  et  de  conditions  essentiellement  diverses.  L'habile 
artisan  v  coudovait  le  o-rossier  nomade,  le  rude  cultivateu 
se  rencontrait  avec  l'efleminé  citadin,  tout  était  et  devait êtr 
contraste,  et  contraste  frappant,  dans  ces  populations  accoi 
rues  de  plusieurs  journées,  peut-être  de  plusieurs  semaine 
de  marches.  Il  me  semble  que  ces  sépultures,  que  tout  accus 
être  contemporaines,  nous  laissent  précisément  la  sensatio 
très  nette,  vivante  presque,  si  le  mot  pouvait  se  hasarder,  d 
ces  rapprochements  bizarres  que  seul,  un  marché  fréquent! 
connu  d'une  foule  de  peuplades  et  leur  servant  de  cenli 
réfi:ulier  d'échanges,  peut  expliquer. 

A  quelle  date  peut  rem(.)nter  la  création  de  ce  foy 
économique  dont  l'existence  paraîtra  maintenant  à  beaucoi 
probable  sinon  certaine  ?  Faudrait-il  croire  qu'elle  fut  le  f; 
des  populations  auxquelles  nous  devons  les  monumen 
mégalithiques,  de  celle,  en  particulier,  qui  éleva  Pier 
marchande  > 

Dans  les  pages  qui  précédent  j'ai  clairement  laissé  entend 
que  ce  serait  plutôt  à  l'époque  druidique  que  ce  cent 
commercial  a  pris  quelque  essor.  Ce  fut  vraisemblableme 
autour  d'un  vieux  menhir  auquel,  par  la  suite,  fut  donné 
nom  caractéristique  de  Pierre  marchande  (i),  à  deux  pas» 
sanctuaire  druidique  caractérisé  par  des  sources  abondant 
et  vénérées,  suivant  l'usage,  sous  les  frondaisons  de  la  foi 
qui  couvrait  les  pentes  nord  du  rù  du  Cornillot  (2)  que,  pei 

(i)  l'iiTre    marchande    se  trouverait    placée  ainsi  dans  les    environs  de  Serron.  Il  y 
ce    sujet  un  rapprochement  à   faire.    Dans  la    Nièvre  est  une  commune    du  nom  de  Cer 
aux  environs  de  laquelle  est  un  bloc  de  pierre  connu  sous  le  nom  de  Belle-Pierre,  qui  est 
la  part  dos  habitants  du  pays,  l'objet  de  fréquents  pèlerinages.  (Pierre  marchande  qui  r 
occupe  s'est  aus>\  appelée  Pierre  blanche;. 

'  i)  Ce  qui  frappait  tout  d'abord  dans  les  Gaules,  c'était  l'immensité  des  forets.  Elles 
disparu  aujourd'hui  presque  enticrcment.  et  les  débris  qui  en  subsistaient  au  moyen-àge  i 
peuvent  donner  qu'une  faible  idée.  Plies  s'étalaient  alors  dans  toutes  les  directions,  r 
c'est  surtout  au  nord  de  la  I.oire  qu'elles  présentaient  une  mas*»e  profonde,  impénétrabli 
quasi  continue.  les  bois  des  TainutcN  couvraient  la  Beauce.le  (îatinais,  le  Blaisois,  le  Pen 
Ceux  des  Beilovaques.  des  A  nubiens,  des  Atrébatfs  se  développaient  à  travers  les  pla 
limoneuses  de  la  Mandre  au  delà  de  la  Mtuse  et  du  Rhin.  .A  l'est,  se  déroulaient  par  m< 
et  par  vaux,  la  forêt  de  lArdenne.  Elle  touchait,  par  les  bois  des  Sénons  et  des  Meld* 
yeux  des  liarnutcs.    Hi<-tûirc  de  France  par  M.  Lavisse,  tome  1,  p.  6;. 


bE  BRIE-CO.MTE-ROBERT 


29 


\ 


peu,  se  réunirent  les  habitants  des  environs,  puis  ceux  des 
récrions  limitrophes. 

I.c  prosélytisme  druidique,  tout  autant  que  la  nécessité  des 

échanges,  dut  accroître  en  peu  de  temps  l'importance  de 

ce  marché  que,  sans  doute,  les  Romains  trouvèrent  en  pleine 

activité,  à  en  jug'er  par  les  pièces  de  monnaie  retrouvées.  La 

politique  romaine,  comme  celle  de  tous  les  conquérants  du 

reste,  ne  pouvait  d'ailleurs  que  développer  à  l'excès  un  tel 

centre  commercial,  mais  elle  devait,  en  même  temps,  l'ob- 

scrver  étroitement  (i)    car   c'est   dans    ces    foules   que   se 

pnipa^^ent  les  nouvelles,  se  fomentent  les  révoltes  et  parfois 

aussi  éclatent  les  séditions.  11  fout  en  conclure  qu'ils  avaient 

là  un  poste  d'observation,  quelque  blockausen  bois  servant 

t"ut  à  la  fois  de  poste  militaire,  de  station  liscale  et  peut-être 

*iiissi  de  temple  religieux,  trilogie  fort  en  honneur  chez  les 

t-^^'Hquérants  romains.  Kn  jetant  un  regard  sur  le  croquis  du 

'^*n-ain  donné  plus  haut,  on  remarquera  un  point  marqué  B, 

^'*^t    indiqué  pour  l'établissement  d'un  tel  poste  ;  c'est   là 

y^'c^ist  aujourd'hui  le  clocher  de  l'église. 

L^?t  coupe  du  terrain  ci-après  montre  qu'en  dominant  le  gué 


=r3-uif 


i 


vervcvto/*' e' 


Echelle  ^  :  loooo 
L'échelle  des  hauteurs  a  été  grossie  cinq  fois 

verî^i    lequel  convergent  toutes  les  voies  venant  du  nord  — 

voicLi^  qui    traversaient    alors    l'épaisse    forêt    descendant 

iusczj  xi'au    Cornillot   —    un    ouvrage    militaire    quelconque 

corr^  mandait  les  routes  qui  du  gué  se  dirigent  vers  le  sud  en 

dîflCi  rentes  directions.  De  plus  placé  au  centre  géométrique 

de    tous  les  établissements  dont  j'ai  pu  indiquer  ci-dessus 

Vex.\stcnce,    cet    ouvrage,    à    proximité    des    fontaines    où 

^*     Nous  ne  faisons  pas  autre  chose  pour  les  marchés  arabes  en  Algérie, 


3<)  niSTr>IRK    DE  LA    VILLE 

pouvaient  se  réunir  les  adeptes  des  Druides,  les  survei 
étroitement  de  façon  cependant  à  ne  pas  gêner  leurs 
tiques  religieuses. 

C'est  peut-être  parce  qu'un  tel  poste  fut  élevé  sur  ce  f 
que  le  marché,  qui  semble  avoir  eu  pour  centre  autr 
Pierre  marchande  fut  déplacé  et  transporté  aux  pieds  n 
de  l'ouvrage.  C'était,  dans  tous  les  cas,  un  moyen  habil 
le  protéger  au  besoin,  de  l'observer  facilement,  et  enlln 
sf)ustraire  à  l'influence  des  Druides,  généralement  enn 
de  la  domination  romaine.  J'aurai,  du  reste,  à  revenir  s 
point. 

Si  nous  supposr>ns  démontrée  l'existence  d'un  centi 
population,  tout  au  mc)ins  au  commencement  de 
chrétienne,  au  point  occupé  par  Brie-(>omte-Robert,  par 
nom  le  désignait-on  >  11  ne  portait  assurément  pas  celu 
nous  lui  connaissons  aujourd'hui,  \qs  mots  Comie-Rote, 
venant  d'un  personnage  ayant  vécu  beaucoup  plus  tan 
l'i*"  siècle.  A  entendre  l'abbé  Lebœuf,  dans  son  I liston 
Diocèse  de  Paris,  il  ne  portait  même  pas  le  nom  de  Brie, 
autre  addition.  Le  savant  abbé  s'exprime  ainsi  à  ce  sujet 

«  A  mesure  que  les  Français  altérèrent  la  langue  1j 
qu'ils  avaient  trouvée  en  usage  dans  les  Gaules,  ils  en  î 
gèrent  une  infinité  de  noms  propres  et  réduisirent  à 
simple  syllabe  ce  qui,  dans  le  latin,  était  composé  de  tn 
même  de  quatre.  Ils  tirent,  par  exemple,  de  St'/ïo/ïe^s,  S 
de  Tiironi,  Tours.  C'est  ainsi  que  de  Bradeia,  du  pa 
Paris,  ils  tirent  Braye.  Car  Fortunat,  dans  sa  vie  de  îri 
Germain  de  Paris,  es^t  un  témoin  assuré  que  ce  que 
appelons  aujourd'hui  Brie-Comte-Robert  était  appelé  a 
siècle  Bradeia.  Il  dit  que  ce  saint  prélat  étant  arrivé,  dan 
visites,  «  in  Bradeia  vico  pa<j!'i  "Parisii  »,  on  lui  prés 
après  la  messe,  dans  la  sacristie,  une  lillc  paralytique  de 
le  corps,  que  l'ayant  ointe  avec  de  l'huile  bénite,  aussitô 
fut  guérie  de  manière  à  pouvoir  faire  par  la  suite  une  tur 
à  celui  qui  lui  avait  rendu  la  santé.  I)om  Mabill«  m  ne  c 
pas  qu'il  s'agisse  là  de  Brie-(>omle-Kobcrt  et  il  a  vérit 


DE    BRlE-COMTE-ROHliRT  3l 

me  n  t  raison,  n'y  ayant  aucun  lieu  du  diocèse  de  Paris  auquel 
Br^srdeia  puisse  convenir.  » 

J  €^  n'ifrnore  pas  les  objections  que  suscite  la  transformation 
de  ^Jrjdcij  en  'Braya.  Cependant,  dans  une  certaine  mesure, 
kl  ir^yncope  du  ci  et  la  leçon  en  résultant  Brada  ne  présente 
paîr^  une  difficulté  insurmontable.  Le  malheur  est  que  nous 
n'ci.>'i<ms  de  Hradeia  qu'un  seul  exemple  qui  date  du  VI''  siècle 
et  c:iui  postérieurement  ne  reçoit  sa  justitication  nulle  part. 

l^oublet,  dans  son  histoire  de  Saint-Denis,  cite  bien  une 
chi\rtc  de  Louis-le-Bègue  où  il  est  question  de  dons  à 
prc^ndre  «  in  burgo  Briensi  »,  ce  qui  s'applique  sans  nul 
doux  te  à  Brie;  mais  il  v  a  une  distance  considérable  entre 
^Bf^Jidcia  et  sa  transformation  en  Braeia  du  (V'  siècle  et  le 
'Bf'tensi  du  if. 

C^e  sont  cependant  les  deux  seules  appellations  de  Brie  qui 
n(  »i.is  soient  paYvenues  avant  le  iS*"  siècle.  Au  commencement 
de  ce  dernier  (de  1200  à  I233),  nous  constatons  comme 
^e  présentant  assez  fréquemment  la  forme  Breia,  Breya  à 
l^icjuelle  succède  celle  de  Braia,  Brava.  On  ne  saurait  contes- 
^^^'  ciUG  Brjt'a  se  rapproche  beaucoup  de  Braeia  que  nous 
^^>nne  Bradcia  après  la  syncope  du  c/.  La  transformation  de 
^^^^<~'ia  en  Braia  ou  de  Breya  en  Braya  ne  surprendra  pas 
^^oucoup  ceux  qui  sont  habitués  à  la  phonétique  de  ce  coin 
^^    VIle-de-France. 

^'ous  noterons  éf^'alement  des  formes  assez  rares  et  qui  se 

^^  ï^^contrent  particulièrement  au  commencement  du  i3''siècle, 

^''^    1204,  par  exemple,  Bri  ou  Bry,en  \'2i)b,Bria.  Ces  dernières 

'''^      rattacheraient    plus    difficilement   à    Braeia.  venant  de 

^^adeia.  Klle  me  paraîtrait  avoir  une  parenté  plus  étroite  avec 

^     -/inV;2.s7  du  8"  siècle,  d'autant  qu'en   1235  on  retrouve  cette 

'  V^  pellation  légèrementaltérée  dans  Idïormc Braiensisfecciesiiv 

^^':iiej2sisj. 

II  semblerait  donc  que  nous  soyons  en  présence  de  deux 
"  »ms  Unissant  à  la  riy^ueur  par  se  confondre  mais  ayant  deux 
^  ^ÎRines  ditïérentes. 

L'une  remonterait  à  Briireius  (Salins  Bri^eius)  ou  Brifreia, 


^2  in<T««IHE    I>E    LA    VILLE 


Bri^ria  Sylva  —  le  N  ôs  «  •u  la  f<  «rél  de  Brie  —  par  Bri^ensh, 
liriensis,  Brii^is  {\\\V  sicclei  Bri'^ij  (.Vi  et  Bria  (XIll'). 

L'autre,  par  Braeia  rem«  »nteraii  directement  au  BraJeu  de 
P^»rtunat. 

La  première,  n<  «m  de  V  «ule  une  o  mirée  donnée  à  une  ville, 
à  une  localité  ne  saurait  n<»us  ét<»nner.  Senones  est  devenu 
Sens.  Parisii.  Paris,  etc.  (Test  celle  a  laquelle  nous  sommes 
peu  à  peu  revenus.  Dune  faorn  a  peu  près  frénérale.cm  a  cru 
donner  aBni/ents,  Brï^û,  Bri^jj,  l'étymolog'.ie  Brick,  signi- 
fiant terre  argileuse  et  ^^rasse.  <  >n  a  même  appliqué  cette 
étvmoloirie  à  la  f<»rme  Bijù,  Brjvj  «lu  Bradia.  Il  semblerait 
cependant  plus   loirique  de  rattacher  Brigcius,   Brigu  et 
Briffa  à  la  racine  Brii:  qu'il  ne  faut  pas  confondre  commet 
on  l'a  fait  quelquef^fis  avec  cette  autre  racine  celtique  Briv, 

Brir  s'applique  à  un  p<  mt.  Bhg,  Briga  à  une  éminence.  (0 

Je  ne  m'arrêterai  pas  d'ailleurs  à  épiloguer  sur  ce  point,  si 
intéressant  qu'il  puisse  être.  Le  n«)m  de  Bria,  ainsi  donné  à 
Brie-Comte-Kobert  ne  proviendrait  ni  de  sa  situation,  ni  de 
la  nature  du  sol,  mais  uniquement,  par  condensation,  si  l'on 
peut  s'exprimer  ainsi,  du  n(>m  de  la  contrée  qui  Tavoisine. 

Reste  la  seconde  forme  Bradeia  donnée  par  Fortunat  et 
que  je  crois  pouvoir  retrouver  dans  Breia  t^iBrJu  ou  Breya 
et  Brava. 

Bradeia  me  parait  pouvoir  être  facilement  pris  pour 
Bradia  ;  je  ne  crois  pas  que  la  chose  soit  contestable.  Il  s'agit 
a  coup  stn*  la  d'un  archaïsme  comme  quei  pour  qui,  qiteis 
pnuVi/uis  et  quihiis,  elc^^eia  pour  t'/c'.vM,  lieic  pour  hic,  sei 
pour  si,  etc. 

Or,  Bradia,  nous  dit  du  ('ange,  est  la  même  chose  que 
Itriida,  et  a  rarlicle  Bradium,  il  écrit  :  «  vide  Bradia  et 
Briidt  :  camyus  ». 

"   Braiila  \nrayila\,  dit-il,  campus  vel  a<^rcr  suhurhanus,   » 

hr;i(lia   ou    l'raida  est  donc  un  champ,  un  fonds  de  terre 

I,  i  «  ■;  n\uAn\fur%  /fii-.s  rt  il'Arhois  l'.c  {ubainviile  admettent  que  la  racine  Brig  z  été 
<-»ii|>l«iV>  <■  |..ir  \i  .  I  .iiiiii  jivr»  uru*  Nii^nifioation  voisine  de  durum  ou  de  dunum  :  Liunohrigii, 
Inii.MH  I  MIDI' II' <  .\iii>i-'!:-.i^  I  (ilhiM-  pifrrruM'  :  Hiif^iintinm,  Besançon  ;  Bri^anta,  nom  de  peu- 
plitiii  4  ..iii    !•  .   liiiiM  .     orii|ii<'t%  lir  lliliuulr. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  33 

SU t> urbain.  Il  ne  faut  cependant  pas  par  cette  expression 
en  tiendra  uniquement  Tti^er,  le  champ  cultivé  par  excellence. 
Dans  les  exemples   qu'il  cite,  du  Gange  emploie  celui-ci  : 
«    I£t  iotam  BraJiam  fosscv  noviv  cum  ecclesiaS.  Marci  et  ciim 
hr>ffiinibiis  super  eam  secientibiis.  »  Il  s'agit  ici  d'un  lieu  pou- 
va.nt  contenir  une  agglomération  vivant  autour  d'une  église. 
Ce     peut  être  un   viens,   un    hamjau,    un   assemblage    de 
iTia.isons,  avec   le  bâtiment  religieux  qui  en  est  la  consé- 
quence, et  le  terrain  avoisinant.    On  y  perçoit  des  dîmes 
<'    <^r>ficedimus  décimas  Braidarum  episcopalium  curtium  »   ou 
^ien  «  cum  decimis  Bradiiv  »,  pour  citer  deux  autres  exemples 
^<^   du  Gange.  Il  faut  cependant  entendre  le  campus,  Wifrer 
qiae   signilie  Braida  en  un  sens  assez  étroit  comme  étendue. 
L'exemple  suivant,  cité  par  du  Gange,  en  est  une  preuve  : 
*-    ^t^lfori  braidam  muro  cingere  adorlus  est.  »  Je  citerai  enfin 
c^t  eiutre  exemple  :  «  burgum  prope  dictam  "Braydam  »  qu'on 
P<^iat  rapprocher  de  celui-ci  :  «  in  'Brayda  veronensi  ». 

liraida  pouvait  donc  être  ceinte  d'une  muraille,  c'est-à-dire 
ï^'embrasser  qu'un  terrain  relativement  restreint  ;  c'était  un 
^^^3.mp  touchant,  non  pas  seulement  à  une  ville,  mais  à  un 
^innple  bourg  et  portant  alors  le  nom  du  lieu  habité  dont  il 

<^tait  l'extension,  en   quelque   sorte   le  développement,   la 

c*>ntinuation. 

Xous  voici  conduits  à  examiner  de  nouveau  le  texte  de 
^'ortunat  et  même  celui  attribué  par  Doublet  à  Louis   le 

Fortunat  classe  très  nettement  le  lieu  dont  il  parle  parmi 
les  viens  du  territoire  de  Paris.  «  Le  mot  vicus,  écrit  M.  Lon- 
?rion(i),  qui  chez  les  auteurs  latins,  désigne  plus  souvent 
un  quartier  ou  une  rue  de  ville  qu'un  groupe  d'habitations 
rurales,  est  presque  exclusivement  employé  avec  cette  der- 
nicre  acception  chez  Grégoire  de  Tours.  On  pourrait  même 
dire  qu'à  l'époque  mérovingienne,  ce  terme  répondait  assez 
exactement  à  notre  mot  village,..    Vicus  s'entendait  donc 

,l;  Géographie  d£  la  Gaule  au  Vh  siècle  par  Aug.  Longnon.  (Paris,  1878,  in-8'  . 

3 


34  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

parfois  d'un  groupe  d'habitations  sans  égard  aux  ouvrage^ 
qui  pouvaient  enclore  cet  ensemble  de  constructions...  » 

Fortunat  étant  contemporain  de  Grégoire  de  Tours,  on^ 
peut  très  bien  admettre  qu'il  ait  employé  le  mot  vicus dansl^ 
même  sens  que  ce  dernier.  Le  lieu  où  saint  Germain  accom- 
plit le  miracle  rapporté  par  son  historiographe  était  donc  un 
village,  c'est-à-dire  un  groupement  d'habitations  peut-être 
enclos  d'ouvrages  de  défense.  Ce  qui  le  laisserait  supposer 
c'est  que  deux  siècles  plus  tard,  Louis  le  Bègue  le  désigne 
sous  le  nom  de  bourg  (in  biirgo  Briensi). 

Il  est  ici  besoin  de  s'abriter  derrière  l'opinion  très  autorisée 
de  M.  Flach  (i).  A  ses  yeux,  «  les  fermes  isolées  disparurent 
presque  entièrement  au  neuvième  et  au  dixième  siècles.  Le 
besoin  de  sécurité  prime  tout.  L'habitation  se  concentre  dans 
les  villages  fortifiés,  des  bourgs  nés  autour  des  châteaux- 
forts  et  des  monastères,  des  villes  repliées  sur  elles-mêmes 
dans  d'étroites  enceintes.  »  Ce  tableau  en  ce  qui  concerne  la 
région  que  j'étudie  ne  saurait  être  plus  vrai.  Il  est  absolument 
certain  que  toutes  ces  habitations  isolées  que  j'ai  montrées, 
dans  les  pages  ci-dessus,  s'étageant  sur  la  rive  droite  du 
Cornillot,  du  chemin  des  Chaperons  jusqu'à  Pierre  mar- 
chande en  passant  par  le  chemin  du  Grand  Noyer  et  le  pied 
de  la  butte  du  moulin,  face  à  la  forêt  qui  couvrait  Tautre 
versant,  toutes  ces  habitations,  dis-je,  durent  disparaître 
devant  les  invasions  des  Francs  et  surtout  lorsque  la  guerre 
civile  s'alluma  entre  les  descendants  de  Clovis.  Réduite  par 
les  maladies,  la  misère,  les  massacres  et  les  charges  de  la 
guerre,  la  population  eut  hâte  de  se  concentrer  par  ce  besoin 
de  sécurité  qu'invoque  si  justement  AL  Flach. 

Telle  serait,  selon  moi,  l'origine  du  viens  indiqué  par  For- 
tunat, du  bourg  dont  parle  Louis  le  Bègue. 

J'ai  insisté  sur  ce  point  parce  que  j'y  trouve  l'explication 
de  la  Braidd  ou  Bradia  dont  nous  parle  Fortunat.  Telle  que 
nous  pouvons  la  concevoir,  cette  Braida  était  un  champ  tou- 

(\,  L'origine  et  les  viciiùtudes  histonquei  de  l'habitation  en  franc^r (V.cmoirc  lu  par  M.  Flach  à   l'A- 
cadémie  des  sciences  morales  et  politiques  en  1898;. 


DE   BRIE-COMTK-ROBERT  35 


^^ant  au  vicus  ou  au  bourg  —  les  deux  pouvant  être 
considérés  comme  synonymes  (biirgum  prope  dictam  Bnir- 
'-iviî).  Cet  exemple,  donné  par  du  Gange,  reçoit  ici  son  appli- 
cation directe,  et  je  serai  tout  disposé,  en  raison  de  cet  autre 
exemple  que  cite  le  même  auteur  :  «  in  braida  veronensi  », 
d'imaginer  que  la  braida  qui  nous  occupe  était  à  l'époque 
désignée  ainsi  :  braida  ou  bradia  briensis  ou  brigiœ. 

Supposons,  par  exemple,  qu'une  Braida  ou  Bradia  —  il 
pouvait  s'en  trouver  plusieurs  dans  un  périmètre  restreint 
puisque  c'est  un  terme  d'acception  générale  —  serve  à  un 
f>bjet  déterminé  et  particulièrement  remarquable,  que  cette 
Braida  fixe  l'attention  de  tous  ;  qu'elle  devienne  un  marché 
très  connu,  un  centre  très  actif  d'échanges  célèbre  dans  la 
contrée,  réputé  à  plusieurs  lieues  à  la  ronde,  les  habitants 
n'auront  plus  en  vue  parmi  toutes  les  Braida  ou  Bradia  qu'ils 
connaissent  que  celle  qui  leur  est  si  familière,  qu'ils  ont 
coutume  de  fréquenter. 

Il  y  a  un  peu  de  cela  dans  ce  que  nous  voyons  de  nos  jours. 
Un  agriculteur,  parlant  de  son  absence  le  mercredi,  dira  : 
«  Ce  jour-là  je  suis  au  marché  »,  et  son  interlocuteur  le  com- 
prendra sans  autre  explication,  traduisant  ainsi  sa  phrase  : 
<f  Ce  jour-là,  je  suis  à  Paris,  à  la  Bourse  du  Commerce.  »  11  ne 
lui  viendra  pas  même  à  l'idée  de  croire  que  l'agriculteur 
puisse  aller  à  une  autre  Bourse,  la  Bourse  financière,  par 
exemple.  Non,  la  Bourse  du  Commerce  tient  ici  lieu  de  tout 
parce  que  c'est  le  centre  vers  lequel  convergent  les  esprits, 
les  intérêts  et  les  habitudes. 

Si  donc  sur  le  lieu  où  s'élève  Brie-Comte-Robert,  à  coté  du 
vicus  ou  du  bourg,  nous  avons  un  champ  (i),  une  Bradia  ou 
Braida,  sur  laquelle  se  tient  un  marché  tel  que  celui  dont  je 
parlais  plus  haut,  unique  pour  ainsi  dire  dans  le  pays, 
rendez-vous  de  peuples  ou  de  peuplades  vivant  à  plusieurs 

(l)  Assurément,  un  marché  aussi  impoitant  ne  pouvait  se  tenir  dans  le  vicus,  dans  le  bourg, 
probablement  très  restreint.  C'est  dans  un  champ  voisin,  spécialement  consacré  à  cet  usage, 
que  devaient  se  réunir  les  commerçants  «u  autres  le  fréquentant.  Nous  aurons  à  reparler  de 
l'emplacement  de  ce  champ  qui  méritait  bien  alors  le  nom  de  campus,  d'ager  suhurbanus  que 
donne  du  Cange. 


36  liîSTOIRE   DE   LA   VILLE 

journées  de  marche,  attirant  â  lui  les  productions  de  toute  la 
contrée,  cette  Bradu  restera  beaucoup  plus  connue  que  le 
vicus  lui-même,  c'est-à-dire  plus  que  le  hameau,  le  village  ou 
le  bourg  attenant.  Tout  le  monde,  en  parlant  dans  le  pays  de 
Bradia  sait  à  quoi  s'en  tenir,  comme  tout  le  monde,  en  dési- 
gnant la  Hourse,  sait  qu'il  s'agit  pr>ur  les  agriculteurs  d'une 
Bourse  spéciale  dont  le  siège  est  à  Paris. 

Cette  dénomination  sera  encore  plus  forte  si,  par  tradition, 
ou  par  fait,  il  s'y  attache  le  souvenir  ou  l'existence  d'un  pèle- 
rinage ou  d'un  lieu  sacré.  Dans  cet  r»rdre  d'idées,  lorsque 
deux  catholiques  se  disent  :  «  J'irai  à  la  Grotte  »,  tous  les 
deux  savent  qu'il  faut  entendre  la  Grotte  de  Lourdes,  bien 
que  cependant  il  y  ait  d'autres  grottes  sanctifiées,  mais,  uni- 
quement, parce  que  la  Grotte  de  Lourdes  l'emporte,  en 
réputation,  sur  toutes  les  autres.  Le  nom  de  lieu  disparait 
complètement.  On  va  à  la  Grotte,  comme  on  pouvait  se  ren- 
dre à  la  'liradij.  De  là  Braida  Briensis  ou  Brigia  —  nom 
qu'elle  pouvait  porter  à  cause  de  sa  situation  à  la  limite  de  la 
forêt  de  Brie  —  il  ne  reste  plus  que  B;\iidj  ou  Bradia,  tout 
comme  de  la  Grotte  de  Lourdes,  il  ne  demeure  plus  que  la 
Grotte. 

Si  cette  explication  est  exacte,  elle  fortifie  singulièrement 
l'hypothèse  d'un  centre  très  ancien,  non-seulement  de  popu- 
lation, mais  d'échanges  sur  le  territoire  qu'occupe  Brie- 
C^omte-Robcrt.  11  fallait,  en  effet,  que  la  célébrité  de  la  Braida 
Brigia  fût  assise  depuis  très  longtemps,  qu'elle  correspondit 
à  une  fréquentation  séculaire  pour  devenir  ainsi,  sous  un 
nom  commun,  une  expression  géographique  fort  nette  et 
acceptée  de  tous.  Du  même  coup,  aussi,  elle  justifie  l'opinion 
de  l'abbé  Lcbeufetdedom  Mabillon,  en  ce  qui  touche  l'iden- 
tification de  Bî'adcia.  Non-sculemenl,  en  elïet,  par  l'allitéra- 
tion et  par  la  difliculté  de  trouver  ifi  pago  Pan'sictîsL  une 
autre  localité  que  Brie  se  rapprochant  de  ^Bradei\u  mais  aussi 
parce  que  si  Bradeia  est  bien  ce  que  nous  dit  du  Gange,  si  on 
a  pu,  comme  je  l'ai  Soutenu,  prendre  la  partie  pour  le  tout, 
il  n'y  a  pas,  je  crois,  in  pago  Paj'isicftsi^  un  autre  pays  qui  ait 


DE   BRIE-COiMTE-ROBERT  07 

u  un  champ  suburbain,  un  marché,  aussi  réputé  que  le 
marché  de  Brie. 

Il  m'a  fallu,  un  peu  longuement  peut-être,  mais  avec  le 
^Jésir  d'éclairer  aussi  complètement  que  possible  la  question, 
<J3tablir  l'existence  d'un  lieu   habité  là-même  où  se  dresse 
^aujourd'hui  Brie-Comte-Robert,  bien    avant   la    prétendue 
It'ondation  attribuée  à  Robert,  frère  du  roi  Louis  VII,  en  i  iS3. 
_fle  ne  crois  pas  qu'on  puisse  mettre  en  doute  son  ancienneté 
^ui  semble  résulter  des  observations  exposées  ci-dessus.  Par 
ssuite,  (>n  imagine  par  quelles  traverses  dut  passer  ce  pays  à 
l 'époque  des  invasions  ou  des  guerres  qui  les  suivirent.  Nous 
^vons  vu,  dans  les  monnaies  et  médailles  trouvées  sur  le  sol 
l3riard,   une  première  lacune  se  produire  qui  correspond 
<ixactement  aux  premières  incursions 'des  barbares,  à  la 
révolte  des  Gaulois  contre  Rome  et  aux  soulèvements  des 
Bagaudes.  De  même  après  Théodose,  on  ne  retrouve  plus 
iiucune  trace  de  document  monétaire.  Attila  avait  passé  par 
là.  La  chancelante  domination  romaine,  le  royaume  éphé- 
mère de  Syagrius,  dans  lequel  était  compris  le  territoire  de 
Brie-Comte-Robert,  ne  durent  ni  rassurer  les  intérêts,  ni 
^'ontribuer  à  leur  développement. 

L'arrivée  des  Francs  ne  vint  pas  seulement  accumuler 
ruines  sur  ruines,  elle  transforma  complètement  le  pays.  Le 
^souvenir  s'est  conservé  de  cette  période  sanglante  et  désas- 
treuse. 

M.  Gustave  Prévost  (i)  rappelle  avec  raison  l'histoire  de 
5>aint  Remy  et  du  vase  de  Soissons,  comme  une  preuve  de  la 
c:onquète  franque.  accompagnée  de  pillage. 

Salvien  —  un  témoin  oculaire  —  dit  (2)  que  les  cadavres 
laissés  par  les  Francs  après  leur  passage  étaient  en  tel  nom- 
tre  qu'on  ne  pouvait  les  enterrer  et  que  les  bêtes  fauves  les 
dévoraient.  «  Les  Francs,  dit-il,  dépouillent  tous  les  habitants 
et  les  réduisent  immédiatement  en  esclavage.  » 

'i;  Us  Invasions  barbares  au  V»  siècle  et  la  condition  des  G  allô -Romains    par    M.    Gustave    Prévost 
{Revue  des  questions  historiéfues,  juillet  1879;. 

(2)  De  CubernattoM  Dei,  —  Salvianus. 


38  mSTOIRK    DE    LA    VILLK 

Grc^ijire  de  Tours  montre  le  pays  ruiné,  pillé  et  des  quan- 
tités innombrables  de  captifs  emmenés  en  servitude,  les 
Francs  massacrant  indistinctement  Gaulois  et  Romains.  Ce 
fut  la  conquête  avec  toutes  ses  horreurs. 

La  trace  de  ces  terribles  événements  se  retrouve  sur  le 
territoire  briard  même,  sinon  à  Brie,  du  moins  dans  les 
environs. 

«  Chalemaison,  dit  M.  G.  Lerov  (r),  vient  de  Karoli  mansio. 

ma  ^ 

la  manse  (^\^  le  domaine  de  Karl.  Or,  Karl  est  un  nom  de 
source  germanique,  inconnu  chez  les  Romains.  On  peut 
donc  tenir  pour  certain  que  la  métairie  de  Chalemaison  eut 
pour  fondateur  un  conquérant  barbare  du  nom  de  Karl, 
arrivé  en  Gaule  à  l'éprjque  des  grandes  invasions  de  la  lin  du 
V*  siècle,  ou  plutôt  que  ce  barbare  déposséda  le  Gallo- 
Romain  établi  précédemment  en  ce  lieu  et  s'y  substitua  sans 
autre  forme  de  pn^cés,  sinon  après  l'avoir  exproprié  violem- 
ment dans  des  circonstances  plus  ou  moins  tragiques.  11  est 
admis,  en  elïet,  que  les  barbares  d'outre-Rhin  trouvèrent 
plus  commode  d'expulser  les  propriétaires  des  domaines 
ruraux  de  la  Gaule,  plutôt  que  d'entreprendre,  avec  les  diffi- 
cultés de  travail  et  de  charges  qu'elle  comporte,  la  création 
de  nouveaux  établissements.  Si  donc,  comme  il  est  probable, 
les  faits  se  S(>nt  passés  de  la  sorte,  nous  avons  dans  ce  mot 
(Chalemaison,  la  preuve  que,  vers  le  V**  siècle,  un  barbare 
arrivé  de  la  Germanie,  nommé  Karl,  s'implata  dans  le  do- 
maine d'un  précédent  propriétaire,  de  race  gallo-romaine,  et 
qu'il  lui  donna  son  nom  (2).  Les  travaux  de  Montesquieu, 
d'Augustin  Thierry,  de  Fustel  de  Coulanges,  de  Guizot  et 
d'autres  historiens  viennent  à  l'appui  de  cette  présomption.  » 

Peut-être,  plus  près  de  Brie  encore,  trouvons  nous  un 
exemple    analogue.    On   me  pardonnera,    ici,    une    courte 

I.  Lti  Gallo-Romains  à  RJau  en  liric  et    à    Limoges- Fourches  par  G.  Leroy  (Melun,  Drosne  1891, 


'n-i2,. 


2)  Chalemaison  est  un  lieu  dit  dépendant  de  la  ferme  de  Mauny,  près  de  Limoges-Four- 
ches. Sur  les  indications  de  M.  Arthur  Grandin,  de  Galande.  des  fouilles  entreprises  ont  mis 
à  jour  des  fondations  de  murs  ancior.s,  des  aires  d'habitation,  s'étendant  sur  une  superficie 
de  }(X)  mètres  carrés. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERt  ^9 

digression,  mais  on  en  comprendra  la  nécessité  par  ce  qui 
va  suivre.  Au  reste  j'ai  mon  excuse  dans  cette  parole  de 
Montesquieu  :  «  Ceux  qui  font  des  digressions,  a-t-il  dit, 
sont  comme  les  gens  qui  ont  de  grands  bras  ;  ils  atteignent 
plus  loin.  » 

Un  lieu  qui  me  paraît  pouvoir,  comme  Chalemaison,  rap- 
peler une  origine  franque  n'est  autre  que  Villemain  qui 
touche  le  territoire  de  Brie. 

A  en  croire  l'abbé  Lebœuf,  il  ne  faudrait  pas  entendre  les 
choses  ainsi.  Le  savant  auteur  de  l'Histoire  du  diocèse  de 
Paris  parle  de  Villemain  en  deux  endroits  diflerents  et  donne 
chaque  fois  de  ce  nom  la  même  étymologie  tantôt  sous  une 
forme  dubitative  tantôt  sous  une  forme  affirmative. 

Cette  dernière  se  rencontre  dans  l'article  consacré  à  Cou- 
bert  (r)  «  11  y  avait,  dit-il,  au  XIIP  siècle,  dans  les  environs 
de  Coubert,  un  lieu  appelé  Coudray  où  était  bâtie  une  église 
ou  chapelle  du  titre  de  Sainte-Geneviève.  Ce  lieu  de  Coudray 
appartenait  alors,  avec  une  partie  de  Mind,  dit  depuis  Ville- 
min,  à  l'abbaye  Sainte-Geneviève  de  Paris.  » 

L'abbé  Lebœuf  tout  en  reproduisant  la  même  assertion,  se 
montre  plus  réservé  dans  l'article  qu'il  consacre  à  Grisy  (2). 
«  Je  n'ai  vu,  dit-il,  aucun  ancien  titie  où  soit  le  nom  de 
Villlemain  à  moins  qu'il  ne  faille  attribuer  à  ce  lieu  quelques- 
uns  de  ceux  que  j'ai  ouï  parler  de  Mainville  qui  est  le  même 
nom  renversé  sur  la  paroisse  de  Dravet  (Draveil),  De  même 
que  Mainville  est  le  nom  de  Maindeville  altéré,  aussi  celui 
de  Villemain  me  paî'ait-il  n'être  autre  que  celui  du  village  de 
Minde  qu'on  a  corrompu  dans  la  suite.  Or  il  est  parlé  d'un 
lieu  de  Minde  dans  le  cartulaire  de  Sainte-Geneviève  de  Paris 
j  Van  I2JJ.  Cette  abbaye  avait  un  bois  qui  confinait  à  celui 
de  l'abbave  de  Chaumes.  On  lui  donna  dans  cette  même 
année  (1277)  une  vigne  située  sur  le  ruisseau  dit  en  latin 

1)  Coubert,  village  du  canton   de   Brie-Comte-Robert,  à  8  kilomètres  de  cette  dernière 
ville.  V.  Histoire  de  la  ville  et  du  diocèse  de  Paris  (Paris,  1754,  tome  XIII  p.  245). 

;2,  Grisy,  village  du  canton  de  Brie-Comte-Robert,  à  6  kilomètres  de  cette  dernière  ville. 
V.  Histoire  de  la  ville  et  du  diocèse  de  Paris  (Paris,  1754,  tome  XIll  p.  259). 


-♦< 


HISTOIRK   dp:   la   VILLE 


Calidi  furni  et  continue  aux  murs  du  couvent  de  Sainte- 
(jcncvicvc. 

»  Tout  cela  me  parait  n'avoir  pas  été  ailleurs  que  vers 
Villemin  qui  est  un  peu  éloig-né  du  prieuré  de  Vernelle 
dépendant  de  Chaumes  et  de  Coubert.  Le  ruisseau  Calidi 
Furni  ou  de  Chaulour  serait  celui  qui  passe  à  Villemin,  et  le 
(^)udray,  où  il  y  avait  une  ég-|ise  Sainte-Geneviève,  Jz/rjiV 
existé  autrefois  entre  (jrisv  et  (Coubert  vers  l'endroit  où  il 
reste  encore  une  fontaine  dite  dj  Sainte-Geneviève,  » 

H  n'est  pas  possible  de  faire  ces  citations  sans  les  rappro- 
cher de  la  suivante  empruntée  au  même  auteur  parlant  de 
Brunoy  (i). 

«  Kn  1270,  écrit  Tabbé  Lebœuf,  vivait  Philippe  de  BrunoY 
(de  Bruneioj.  Ce  même  Philippe  est  qualilié  armiger  daO- 
l'acte  suivant  qui  est  de  i-jj-j ,,. 

»  Par  ce  dernier  acte  Philippe  de  Brunoy  et  Mabile  ^^^ 
femme  quittent,  pour  une  sompne  d'argent  à  l'abbé  de  Saint::;^ 
(jeneviêve  le  bois  de  Mindeyo,  depuis  sa  portion  de  boisqi 
l'abbaye  avait  déjà  en  ce  lieu  de  Mindeyum  ».  Et  plus  loi 
l'abbé  Leb(euf  ajoute  que  cette  vente  dut  être  agréée  par  Gu 
le  Bouteiller,  écuyer,  seig'neur  de  Dravet,  comme  d'un  bie^ 
mouvant  de  son  lief. 

Il  n'y  a  d'ailleurs  aucun  doute  pour  lui  au  sujet  de  Templa 
cément  de  Mindeyum.  «  ("est,  dit-il,  ce  qu'on  appelait  alor^'' 
apparemment  alors  Mind,  dont  on  a  fait  Minville  qu'on  écrir    -■ 
communément  Mainville  et  qui  est  dans  l'étendue  de  VeT^^ 
paroisse  de  Draveil   ». 

Ainsi  donc,  le  savant  abbé  applique,  ici,  une  charte  de  1277^ 
à  un  lieu  de  Minde,  voisin  (ai  faisant  partie  d'un   Coudray^^ 
qui  Jz/;\7/7  existé  entre  (îrisy  et  (Coubert  ;   là,  il  applique  la 
m  jme  charte  à  un  autre  lieu  Minde,  devenu  Mainville,  et 
situé  à  Torée  de  la  forêt  de  Sénart,  à  quelques  vingt  kilomè- 
tres du  précédent. 
Il  est  impossible  d'admettre  la  mtândre  analogie  entre  ces 


1 1  Brunoy,  chef-lieu  de  canton  de  Seine-et-Oise,    à    8    kilomètres  de  Brie-Comte-Rob«rt. 

V.  Hiiloiri'  de  la  vilh  et  du  dio^^ln'  de  Paris  (.Paris.  1754,  tome  XIII,  p.  537). 


bt*:    HRIE-C'.OMTÈ-ROBËRr  4f 

deux  assertions.  Si  le  Mindeyum  de  la  charte  de  1277  s'ap- 
plique au  Miiinville  qui  existe  encore  non  loin  de  Brunoy  et 
à  côté  de  Draveil  (i)  —  et  tout  semble  ici  justilîer  cette 
hypothèse  —  il  ne  peut  servir  à  désigner  un  problématique 
Minde,  devenu  suivant  Tabbé  Lebeuf,  Mindeville,  puis  Ville- 
minde,  puis  Villemin  et  enfin  Villemain. 

L'étymologie  proposée  pour  cette  dernière  localité  par 
l'historien  du  diocèse  de  Paris  me  paraît  (2)  injustifiable 
d'autant  que  dans  d'anciens  aveux,  Villemain  était  ortho- 
graphié Villememain.  Si  la  contraction  de  Villememain  en 
Villemain  est  explicable,  il  est  impossible  de  soutenir  encore 
toutes  les  difficiles  conjectures  de  Tabbé  Lebeuf,  au  sujet  du 
lieu  de  Minde  transformé  en  Villemain. 

Que  l'on  voie  dans  Villememain,  la  forme  Wilhelmi  (3) 
mansio,  ou  bien,  d'après  la  thèse  de  Quicherat  sur  les  suffixes 
..7/;/,  une  forme  n7//^t'/mmc%queronrattacheenfinVillememain 
à  une  forme  Wilhelmi  manus  avec  tous  les  sens  qui  dériv^ent 
de  ce  dernier  mot  (travail,"  industrie,  coup  de  main,  coup  de 

(\)  Cela  semble  il'autant  plus  vraisemblable  que  non-seulement,  d'ap'ès  la  charte  de  1277, 
citée  par  l'abbé  Lebeuf.  Philippe  de  Brunoy,  vend  à  l'Abbaye  de  Ste-Geneviève  le  bois  de 
Minde  —  oj  Ion  peut  voir  Mainville  -  mais  il  lui  donne  en  outre  une  vigne  sur  le  ruisseau 
de  Chaufour.  contiguë  aux  biens  q  ie  cette  abbaye  avait  au  Coudray.  L'abbé  Lebeuf  dit  qu'il 
n'a  pu  identifier  le  Coudray.  Or,  dans  la  commune  de  Soisy  existe  précisément  le  château  de 
Coudray  et  à  Soisy,  lAbbaye  de  Ste  Geneviève  possédait  des  biens  :  «  Apud  Soryacum,  juxta 
Corbohum,  terrai  et  crnun  d.  ;C».i///u  Chriit.  tome  7,  instr.  col.  24)).  De  p'us,  toujours 
■d'après  Lebeuf.  le  bois  de  a  Vtindeyo  »  précité  a  voisinait  deux  marchais  sur  lesquels  l'Abbaye 
d'Ycrrcs  avait  des  droits  ce  qui  ne  saurait  étonner  étant  donné  que  l'Abbaye  d'Yerres  s'élevait 
dans  ces  parages  tout  près  de  Brunoy.  Enfin,  Tabbé  Lebeuf,  dit  que  le  bois  de  a  Mindeyo  » 
s'étendait  jusqu'au  bois  de  l'abbï  de  Chaumes.  Or,  précisément  il  est  question,  dans  l'histoire 
du  diocèse  de  Paris,  d'un  jugement  rendu  en  1224  au  sujet  de  ce  qui  était  en  contesta- 
tion, entre  l'abbi  de  Sainte -Geneviève  et  celui  d:  Chaumes,  sur  le  droit  d'usage  dans  le 
territoire  dit  de  Sénart,  et  sur  le  moulin  de  Rocheel  qui  était  dû  par  Tabbé  de  Chaumes, 
situé  entièrement  dans  sa  seigneurie  de  Buciaco  (Boussy-St-\ntoine,  commune  de  Seine- 
el-Oise,  située  non  loin  de  Brunoy  i.  Enfin  il  n'est  pas  jusqu'à  un  seigneur  de  Chaufour  dont  il 
ne  soit  question  comme  vendant,  en  1248,  des  biens  mouvant  du  seigneur  de  Soisy. 

Après  ces  rapprochements,  tirés  de  l'abbé  Lebeuf,  que  peut-il  1  ester  de  la  légende  d'un 
ruissenu  de  Chaufour,  d'un  Minde  et  d'un  Coudray  entre  Grisy  et  Coubert,  légende  d'ailleurs 
inutile  puisque  Villemain  et  son  ruisseau  sont  situés  entre  Brie-(^omte-Robert  et  Grisy  à  2 
kilomètres,  à  vol  d'oiseau,  de  l'emplacement  que  désigne  l'abbé  Lebeuf. 

(2;  Aveux  du  commencement  du  ly  siècle. 

0<  Villemain  sur  les  cartes  de  l'Etat-raajor  est  écrit  IVillemain,  comme  Villemenon, 
château  d«s  environs  de  Brie-Comte-Robert,  à  Servon,  est  écrit  Wiilemenon,  rappelant  la 
forme  iVilhelmi  dunum.  Par  contre,  Villemeneux,  ham«au  de  Brie-Corate-Robert,  qui  vient 
à  n'en  pas  douter  de  de  Villa  minor,  est  orthographié  sur  la  carte  d'état-major  avec  un 
V  et  non  un  W. 


4^  Histoire  de  la  Ville 

force  (i),  il  ne  me  paraît  pas  possible  de  ne  pas  y  distinguer 
la  racine  Wilhelm,   nom  de  source  germanique  autant  que 
Karl  (2).  Et,  remarque  qui  viendra  fortifier  ma  manière  de 
voir,  une  rue  de  Brie,  amorce  du  chemin  qui  va  de  Bric- 
Comte-Robert  à  Villemain,  porte  le  nom  de  rue  des  BeauS-- 
Guillaumes  ou  du  Beau-Guillaume  dans  lequel  on  n'a  aucuno 
peine  à  voir  J^osci  Wilhelmi,  du  bois  de  Guillaume. 

Ce  qu'il  y  a  de  certain  c'est  que  Villemain  a  gardé,  à  en. 
croire  les  lieux  dits,  le  souvenir  d'horribles  ou  de  terrifiante^^ 
aventures.  (Voir  la  note  ci-dessous). 

Il  y  aurait  donc  quelque  apparence  que  nous  avons,  sur  \c^ 
sol  briard  même,  l'indication  fort  nette  que  M.  Leroy  a^ 
trouvée  ù  Chalemaison  de  la  conquête  franque  et  en  même^ 
temps  des  excès  épouvantables  dont  Salvien  et  Grégoire  de=- 
Tours  nous  ont  laissé  le  récit. 

Ce  dut  être  une  époque  assurément  désastreuse  pour  les 
populations  de  ce  pays  que  celle  de  l'invasion  franque.  La 
prise  de  possession  violente  du  sol  ne  vit  pas  la  fin  de  leurs 
maux.  A  la  guerre  de  conquêtes  succédèrent  les  disputes  à 
main  armée  entre  les  frères  royaux,  entre  leurs  leudes  et 
leurs  antrustions.  Le  V"  siècle  vit  les  hordes  germaines 
s'abattre  sur  le  territoire,  le  VP  vit  ces  mêmes  hordes  aux 
prises  entre  elles,  pillant  et  saccageant  tout. 

«  Alors,  dit  M.  Rethoré  (3),  l'antique  civilisation  agonisante 
s'éteignit  presque  complètement.  Durant  cette  immense 
perturbation  sociale,  les  populations,  les  villes...  disparurent 
presque  complètement,  frappées  par  des  calamités  de  toutes 
sortes.   Le  peu  qui  était  resté   debout,  après  le  passage 

(1)  Ce  coin  du  terroir  laisserait  plutôt  supposer  qu'il  faudrait  interpréter  le  mot  manu^ 
dans  ce  sens.  En  eifct,  tout  à  côté  se  dresse  le  Me<inil,  anciennement  appelé  Mesnil- 
Ordoux  et  l'on  sait  quelle  signification  s'attachait  au  mot  ordoux  dont  nous  avons  tiré 
ordure,  ordurier.  Dans  l'espèce,  ordoux  voulait  dire  surtout  mal  famé,  repaire  de  bandits.  De 
plus,  au-dessous  de  Villemain  la  va'lée  dans  laquelle  il  est  bâti  portait  le  nom  singuliè)-ement 
suggestif,  si  on  le  rapproche  du  précédent,  de  coupe-gorge. 

(2)  A  noter  le  ruisseau  aux  bords  duquel  s'éleva  Villemain  ce  ruisseau  que  Lebœuf  appe- 
lait (^haufour  porte  le  nom  de  Barhançonne  dans  lequel  il  est  bien  difficile  de  ne  pas  voir 
le  mot  Brabariionne.  Or,  les  Francs  sortaient  du  Brabant. 

(3;  Note  sur  Us  vilU  nova  et  la  proprUté  foncière.  (Bullelin  de  la  Société  Archéologique  de 
Mclun). 


nÈ    BRIE-COMTÉ-ROBERT  4^ 

d'Attila,  dans  nos  riches  campagnes,  les  hordes  de  Sigebert, 
le  renversèrent  en  bjb.  De  tant  de  ruines  accumulées,  il  ne 
resta  pour  ainsi  dire  que  les  débris  enfouis  sous  le  sol. 

c(  Au  commencement  du  VIP  siècle,  sous  l'impulsion  émi- 
nemment civilisatrice  de  Saint-Colomban,  un  des  hommes 
les  plus  remarquables  de  la  cour  de  Dagobert...,  les  débris 
des  familles  des  colons  et  d'esclaves  qui  avaient  surv^écu  aux 
désastres  vinrent  se  grouper  autour  de  missionnaires, 
comme  Saint-Faro,  Saint-Fiacre  et  tant  d'autres...  Faibles 
par  le  nombre  et  privés,  comme  ils  Tétaient,  de  puissants 
instruments  aratoires,  ces  pauvres  esclaves,  récemment 
christianisés,  ne  durent  pas  étendre  leurs  cultures  à  de 
grandes  distances...  Il  est  vraisemblable  qu'ils  appliquèrent 
de  préférence  leurs  elTorts  aux  champs  voisins  de  leur 
ancien  viens  où  toute  trace  de  la  culture  romaine  n'avait  pas 
probablement  disparu.  Mais  des  terres  restèrent  incultes. 
Les  anciennes  voies  romaines  continuèrent  à  ne  plus  être 
tréquentées  et  peu  à  peu  se  couvrirent  dliumus  ;  les  villes 
incendiées,  saccagées  et  dépeuplées  croulèrent  sous  l'étreinte 
du  temps  et  demeurèrent  ignorées  au  milieu  des  brous- 
sailles... » 

M.  Alfred  Maury  (i)  dit  de  môme  :  «...  En  une  foule  de 
lieux,  les  colons  abandonnèrent  leurs  cultures  pour  se 
réfugier  dans  les  villes.  Les  champs,  laissés  en  friche,  se 
recouvrirent  peu  à  peu  d'une  végétation  arborescente.  La 
forêt  ressaisit  son  empire.  Plusieurs  forêts  s'élevèrent  là  où 
avaient  existé  des  viens  et  des  habitations.  Quand  les  bar- 
t^^^res,  Alains,  Suèves,  Vandales,  Goths  ou  lluns  s'abatti- 
''^nt  sur  la  Gaule,  ils  détruisirent  bien  des  centres  de  popu- 
lation et  sur  les  ruines  qu'ils  avaient  faites,  les  forêts  repa- 
rurent... » 

Ces  tableaux  m'ont  semblé  si  fortement  traités,  ils  m'ont 
P^ru  si  bien  peindre  la  situation  du  sol  briard  et  de  ses 
"^bitants  à  cette  époque  tourmentée  que  j'ai  cru  devoir  les 
reproduire  ici. 

l'}  Us  fonts  de  la  Gaule  et  l'ancienne  France.  ^Paris,  1867,  in  8*). 


44  Histoire  de  la  Ville 

Et  cependant  puisque  j'ai  admis  avec  Lebeuf  et  par  i 
interprétatic)n  raisonnée  de  son  opinion  qu'au  Vil'  siê( 
Brie  était  encore  un  viens,  puisque  Doublet  nous  dit  c 
Brie  au  LV  siècle  était  un  bour^.  admirons  la  force  de  ré* 
tance  des  habitants  de  la  vieille  Bradeia  au  milieu  < 
calamités  qui  les  assiégeaient. 
Quel  était  ce  viens  ?  quel  pleuvait  être  ce  bourg  ? 
De  toutes  les  stations  agric  )les  qui  s'élevaient  à  l'époq 
romaine  sur  le  plateau  situé  au  sud  de  ("ornillot  et  c 
sources  qui  le  forment,  il  ne  restait  plus  rien  à  coup  s 
(]es  habitations  isolées  n'olTraient  aucune  sécurité.  Lapoj 
lation  décimée  par  les  massacres,  les  maladies,  en  ùh 
d'ailleurs  réduite  à  sa  plus  simple  expression. 

C'est  alors  qu'elle  chercha  un  refuge  qui  pût  la  mettre 
moins  à  l'abri  d'un  coup  de  main,  sinon  la  soustraire  ce 
plètement  aux   déprédations    des  gens  de  guerre  et  c 
bandits. 
Un  lieu  unique  s'offrit  à  elle. 

Les  nombreuses  et  abondantes  sources  qui  jaillissent 
fond  de  la  cuvette  dont  j'ai  déjà  parlé,  creusée  au  milieu 
plateau  où  s'élève  Brie-Comte-Robert,  formaient  par  le 
réunion  un  étang  de  surface  relativement  considérable, 
suffisait,  d'ailleurs,  d'un  barrage  convenablement  placé pc 
relever  le  niveau  des  eaux  et  accroître  encore  les  dimensio 
de  cette  nappe  d'eau.  (>e  barrage  pourrait  avoir  été  place 
l'endroit  le  plus  étroit  de  la  vallée  de  Cornillot,  à  la  r 
appelée  aujcmrd'hui  des  Tanneries,  par  exemple. 

Les  fontaines  de  Brie,  ai-je  dit  par  ailleurs,  (i)  dévale 
certainement  s'épandre  en  un  étang  à  large  surface  ;  ma 
la  réflexion  aidant,  on  devine  le  colmatage  de  cette  nap 
s'accomplissant  siècle  par  siècle.  Aujourd'hui  encore,  bi« 
que  les  pentes  aient  perdu  de  leur  rapidité,  le  glisseme 
des  terres  s'opère  toujours  et  le  fond  de  la  cuvette  s'enli 
sous  nos  yeux.  De  là  à  admettre,  au  sein  de  l'étang  précit 
l'existence,  dès  les  premiers  siècles,  d'un  ilôt,  sorte  de  mot 

(1^  Li  chJtcau  de  Hrie-Comle-Robert.  ^Brie-Comtc-Robert,  Thomas,  impr.  19X),  in  S-;. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  40 

de  lert"^,  plus  ou  moins  solide,  plus  ou  moins  marécageux, 
cela  ne   semble  pas  devoir  souffrir  de  difiîculté.  Et  cela  se 
démontre  d  autant  mieux  que,  de  toute  évidence,  la  main  de 
Vhomme  a  fixé,  en  réalité,  l'ilot  en  question.  Le  travail  de 
l'homme  n'est,  le  plus  souvent,  surtout  aux  âges  primitifs, 
que  la  copie,  le  développement  ou  l'exagération  du  travail 
de  la  nature  :  le  colmatage  naturel  de  l'étang  devait  être 
suivi  d'un  colmatage  artificiel  donnant  à  la  forme  de  terre 
émergée  une  forme    régulière  et  créant  autour  d'elle  une 
ceinture  continue  dont  les  contours  s'offrent  encore  à  nos 
veux. 

• 

Je  citais  à  ce  propos  les  exemples  suivants. 
M.  Poiré,  un  Briard,  qui  travailla,  comme  entrepreneur  de 
maçonnerie,  sur  la  face  N-E  des  fossés,  il  y  a  quelques 
années,  rencontra  des  pilotis  à  rangs  pressés,  bois  d'essences 
diverses  où  dominait  le  chêne,  tous  noirs  comme  de  l'ébène, 
restes  vénérables  de  travaux  remontant  à  plusieurs  siècles 
en  arrière. 

Dans  un  Mémoire  dressé,  vers  la  fin  du  XVI^  siècle,  pour 
le  président  de  Mesmes,  il  est  dit  que  les  ponts,  murailles  et 
édifices  du  château  (le  château  était  bâti  au  milieu  de  l'étang 
dnnt  je  parle)  sont  très  anciens,  d'une  grande  étendue  et 
bâtis  sur  pilotis  J// m/7/(?// t^wn  malais  presque  impraticable. 
Il  est  possible  que  ces  pilotis,  que  la  forme  régulière 
donnée  à  l'ilot  qui  porta,  depuis,  le  château  datent  d'une 
époque  relativement  postérieure  aux  V"  et  VI''  siècles  ;  mais, 
à  Coup  sûr,  il  existait  là  un  étang,  avec  une  motte  de  terre 
^u  milieu.  Il  est  même  très  probable  —  et  cela  se  voit  en 
jetant  un  regard  sur  la  carte  —  que  cette  motte  ait  été  formée 
par  les  dépôts  alluvionnaires  des  différents  ruisseaux  qui 
descendent  du  versant  nord  de  la  cuvette,  notamment  par  le 
^  de  Tubœuf  et  par  le  rû  des  Ecorcheries. 

Il  est  vraisemblable  que  l'ilot  tenait  â  la  terre  ferme  par  ce 
^'^-•té,  que  le  travail  de  l'homme  après  l'avoir  complètement 
isolé  éleva  en  face  de  la  chaussée  d'accès  un  ouvrage,  très 
certainement  en  bois  à  l'origine,  qui  devint  plus  tard  la  tour 


HISTOIRE  DL   LA  VILLE 


DE    BRIE-COMTE-ROBERT  47 

Saint-Jean.  Cet  ouvrage  défendait  l'entrée  de  Tilot  qui  de 
tous  les  autres  côtés  se  trouvait  protégé  par  une  large 
ceinture  de  fosses  naturels  ou  artificiels. 

Nous  verrons  postérieurement  que,  jusqu'au  milieu  du 
XIV"  siècle,  il  y  eut  sur  ce  point  particulier  des  habitations 
particulières. 

Je  ne  crois  pas  trop  m'avancer  en  disant  que  le  vicus  de 
Fortunat  ou  le  bourg  de  Louis-le-Débonaire,  se  resserra  sur 
cet  étroit  espace.  Il  ne  mesure  pas  plus,  il  est  vrai,  tel  qu'il 
se  présente  aujourd'hui  à  nos  yeux,  de  cent  mètres  sur 
chaque  face  de  son  carré  régulier,  mais  peut-être,  avant 
d'avoir  cette  régularité,  embrassait-il  une  étendue  plus 
considérable,  quoique  moins  nettement  définie. 

Dans  tous  les  cas,  rappelons-nous  que  l'Ile  de  la  Cité,  à 
Paris,  qui  renfermait,  à  cette  même  époque,  la  ville  principale 
de  la  royauté  Mérovingienne,  ne  mesurait  pas  plus  de  740 
mètres  de  long  sur  une  largeur  moyenne  de  25o  mètres,  et  il 
s'y  trouvait  le  palais  royal,  les  églises  Saint-Etienne,  Notre- 
Dame,  le  baptistère  Saint-Jean-le-Rond,  et  au  milieu  une 
place  destinée  au  commerce. 

Il  faut  d'ailleurs  considérer  l'îlot  de  Brie  comme  un  lieu 
de  refuge  servant,  en  cas  d'alerte,  à  abriter  la  maigre  popu- 
lation qui  pendant  ces  temps  tourmentés  se  hasardait  au 
dehors  à  cultiver  les  champs  dans  un  rayon  restreint.  La 
place  destinée  au  commerce,  le  marché,  quand  les  guerres 
P^'rmettaient  sa  tenue,  était  également  en  dehors  de  cette 
enceinte.  Il  y  a  même  lieu  de  croire  que  les  sanctuaires  élevés 
par  les  premiers  évangélisateurs,  très  vraisemblablement  au 
lieu  où  se  trouve  encore  aujourd'hui  l'église  du  pays,  au 
moins  par  respect  pour  la  tradition,  n'avaient  pas  changé  de 
place.  On  a  trouvé  (i),  en  elïct,  tout  dernièrement  en  exécu- 
tant certains  travaux  dans  le  sous-sol  du  chevet  de  l'église, 
des  traces  ipdéniables  de  sépultures  qui  paraissent  remonter 
^'époque  Méroving'ienne,  à  en  juger  par  les  fragments  de 

•  'J  V.  Bulletin  de  la  Société  d'Histoire  et  d'Archéologie  de   Bric-Comte-Robcrt  (tome  i. 


^8  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

poterie  qui  accompagnaient  les  squelettes.  Obsen^ation  a 
noter  :  à  côté  de  squelettes  assez  régulièrement  rangés  à  côté 
desquels  étaient  placés  des  vases  contenant  encore  des  restes 
de  charbon  à  moitié  brûlé,  il  s'en  trouvait  d'autres  étrange- 
ment disposés.  Ils  se  présentaient  manifestement  la  tète  en 
bas,  comme  s'ils  avaient  été  culbutés,  jetés  la  tête  la  première, 
dans  une  fosse  hiitivement  comblée.  Les  premiers  avaient 
donc  été  ensevelis  avec  tous  les  rites  funéraires  en  un  temps 
de  paix  et  de  tranquillité  comme  il  convient  dans  un  cimetière 
où  une  population  vient  de  longue  date  enfouir  ses  morts.  Lqi 
position  extraordinaire  des  seconds  laisserait  indiquer  que  la 
cérémonie  s'est  accomplie  avec  précipitation, sans  doute  parce 
qu'elle  était  troublée  par  quelque  pressant  danger..,  témoi- 
gnage inattendu  de  l'insécurité  qui  régnait  alors  dans  le 
pays. 

L'existence  avérée  de  ce  cimetière  permet  de  supposer  que 
l'église,  l'église  où  Saint-Germain  accomplit  son  miracle,  était 
tc)ut  proche. 

Quoiqu'il  en  soit,  on  peut,  sur  ces  données  se  figurer,  à 
cette  période,  l'état  du  pays.  Sur  l'îlot,  dont  j'ai  parlé,  se 
dressait  le  viens,  plutôt  lieu  de  refuge  que  de  séjour  perma- 
nent ;  à  deux  cents  mètres  environ,  là  où  aujourd'hui  se 
dresse  l'église,  était  placé  le  sanctuaire  chrétien  primitif  avec 
snn  cimetière.  Aux  alentours,  mais  à  très  courte  distance 
s'échelonnaient  quelques  exploitations  agricoles  qui  dispu- 
taient faiblement  à  la  forêt  le  terrain  que  celle-ci  avait  en 
partie  reconquis.  Entre  le  sanctuaire  et  le  viens,  la  Bradij  ou 
Braida,  le  campus  suburbamis  où  se  réunissait  le  marché,  où 
il  se  réunit  encore  aujourd'hui. 

Les  habitants  de  Brie  purent,  après  les  désastres  du  V" 
siècle  respirer  avec  Dagobert  et  (^harlemagne  ;  mais  ce  ne  fut 
qu'une  éclaircie  dans  cette  période  calamiteuse.  Après  Dago- 
bert, les  convulsions  de  la  dynastie  mérovingienne  ne  contri 
buèrent  pas  peu  à  anéantir  les  ressources  du  pays,  et  après 
Charlemagne,  l'incapacité  de  ses  faibles  successeurs,  d'une 
part,  les  Normands  de  l'autre,  mirent  le  comble  à  la  ruine 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT*  49 

publique.  Hélas  !  ce  n'était  pas  tout.  A  ces  fléaux,  vinrent 
s'ajouter  les  déprédations  des  seigneurs. 

«  La  propriété  particulière  et  libre,  dit  M.  Alfred  Maury 
(  I  ),  disparaissait  chaque  jour  pour  faire  place  à  la  domination 
seig-neuriale.  En  dehors  des  forêts  du  domaine  de  la  Cou- 
ronne, ou  possédées  par  des  abbayes  auxquelles  elles  av^aient 
été  concédées,  le  reste  était  graduellement  employé  dans  le 
domaine  seigneurial.  » 

Un  des  abus  les  plus  odieux  dont  le  cultivateur  eut  à  souf- 
frir fut  le  droit  de  garenne.  Ce  mot  de  garenne  ou  Warenna 
est  dérivé  du  mot  germain  Waren,  (défense,  interdiction). 
Championnière  a  dit  que  «  l'établissement  des  premières 
«rarennes  n'est  que  la  continuation  des  ravages  de  la  conquête, 
mais  plus  odieux  que  les  incendies  et  les  meurtres»  (2).  Le 
seigneur  qui  usait  du  droit  de  garenne  ne  s'appropriait  ni  le 
sol,  ni  le  tteuve  auxquels  s'appliquait  sa  défense  de  chasser 
ou  de  pêcher.  «  Il  se  bornait  à  s'y  réserver  les  avantages  de  la 
chasse  et  à  empêcher  tout  travail  pouvant  nuire  à  la  propaga- 
tion du  (gibier.  Cette  interdiction  avait  pour  effet  d'entretenir 
et  de  favoriser  la  présence  des  bêtes  fauves  et  des  animaux 
nuisibles  qui  pullulaient  souvent  au  point  que  les  paysans  se 
voyaient  souvent  réduits  àabandonner  la  culture  et  à  émigrer 
ailleurs,  désertion  dont  le  seigneur  profitait  pour  s'emparer 
du  territoire.  »  (3) 

On  se  rend  compte  de  l'horrible  situation  des  habitants  de 
Brie  devant  les  ruines  fumantes  de  leurs  chaumières,  en  temps 
de  guerre,  et,  en  temps  de  paix,  chassés,  par  les  animaux 
féroces,  du  terrain  sur  lequel  ils  vivaient  et  que  confisquait  à 
son  prolit  le  seigneur  (4).  Le  vicus  dont  j'ai  parlé  plus  haut 
qui  pouvait  les  abriter  contre  les  gens  de  guerre  ne  suffisait 
plus  à  les  défendre  contre  les  exactions  seigneuriales.  Mais 
ces  htjmmes  courageux  ne  désespérèrent  pas. 

i\j  Op.  cit. 

(2)  'Du  droit  du  riverain  à  la  propriété  des  eaux  courantes  (1845,  in  8'). 

■  ?^  Mathieu-Paris  Chronic,  i22f,  trad.  par  Huillard-Bréhollcs  (tome  II!,  p.  285). 

(4j  Le  vilhge  de  Varennes  (S.-ct-O.)  aux  portes  de  Brie,  la  Varcnne  de  Viliemeneux  dont 
parient  plusieurs  titres  soDt  la  preuve  que  l'épouvantable  droit  de  garenne  désola  le  sol  briard* 

4 


5o  HISTOIRE  DE  LA  VILLE 

N'y  a-t-il  pas  dans  1  ame  du  cultivateur  une  sorte  de  lien 
invisible  qui  l'attache  à  cette  terre  dont  il  est  momentanément 
dépossédé?  Peut-il  abandonner  son  champ  qu'il  arrosa  de  ses 
sueurs  ?  Certes,  s'il  en  fut  qui,  pris  de  désespoir,  s'enfuirent 
du  pays  sans  esprit  de  retour,  émigrant  définitivement  dans 
les  cités  environnantes,  et  surtout  vers  Paris  qui  déjà  exerçait 
son  attraction  autour  d'elle,  il  en  fut  aussi,  de  cœur  plus 
résolus,  d'espérance  plus  nourris,  qui  demeurèrent  quand 
même,  cherchant  sur  ce  sol  dévoré  un  abri  pour  traverser 
l'orage. 

Peut-être  même,  malgré  tout,  malgré  les  bandes  armées, 
malgré  les  violences  seigneuriales,  malgré  les  calamités  de 
toute  nature  qui  pleuvaient  autour  d'eux,  fùt-il  de  ces  héros 
obscurs  de  la terrequi conduisaient sereinementleurcharrue, 
essayant  encore  de  travaillera  l'abri  des  haies  naturelles  que 
la  foret  faisait  renaître  autour  d'eux  ou  qu'ils  créaient  eux- 
mêmes,  pour  s'enclore  comme  dans  les  bocages  du  Poitou 
et  de  la  Vendée. 

Faible  barrière  qui  ne  pouvait  protéger  ni  la  famille,  ni  les 
réserves  agricoles,  ni  les  bestiaux  du  paysan,  puisque  l'ilôt 
des  Fontaines,  celui  sur  lequel  vivait  encore  une  population 
misérable  n'était  même  plus  un  lieu  de  sûreté  contre  les 
ennemis  de  toute  sorte  qui  la  guettaient.  C'est  en  la  terre 
seule  que  le  paysan  eut  confiance.  Son  amour  pour  elle  lui 
enseigna  qu'elle  devait  le  protéger  et  Bradeia  devint,  comme 
en  beaucoup  de  lieux,  une  ville  souterraine.  Les  anciennes 
demeures  troglodytiques  se  virent  envahies  par  la  foule  des 
proscrits  et  des  paysans.  Ne  pouvant  élever  sur  le  sol  une 
chaumière  qui  pût  résister  aux  envahisseurs  et  aux  bandits, 
ils  agrandirent  ces  retraites  d'un  autre  âge,  creusèrent  des 
réduits  où  ils  s'enfermèrent  pour  trouver  au  moins  quelque 
sécurité. 

Tout  le  monde  sait  qu'il  existe  un  Brie  souterrain.  Il  n'est 
pas  douteux  que  les  galeries  que  l'on  connaît  ont  servi  à 
autre  chr)se  qu'à  l'extraction  de  la  pierre  ;  un  autre  travail  se 
fait  sentir  dans  ces  méundr(\s  obscurs,  ctt.mnement  de  beau- 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  :>! 

coup,  qui  témoigne  d'une  idée  générale  appliquée  pendant 
de  longues  années,  peut-être  même  pendant  plusieurs  siècles. 
C"e  n'est  que  d'hier  qu'on  s'occupe  de  repérer  ces  voies  qui 
s'engagent  sous  le  sol,  présentant  parfois  un  double  étage 
qui  déconcertent  ceux  qui    les   découvrent.    Rien  ne  sera 
difficile  que  d'arriver   à   fixer  leur  emplacement,  car  une 
fj^rande    partie,     éboulée,     comblée,     disparue     empêche 
toutes  recherches  continues.  Mais  du  peu  que  l'on  connaît, 
on  sent  comme   une  direction,   comme    une  sorte  de  plan 
préconçu  dans  les  couloirs  que  le  hasard  a  fait  découvrir. 
11  semblerait  que  deux  artères  principales,  ayant  ou  à  peu 
près  leur  point  d'origine  vers   le  Petit   Louvre,  c'est-à-dire 
à  l'endroit  où   l'ancienne   route  de  Paris  se  sépare    de   la 
nouvelle.  —  non  loin  de  la  Pierre  Marchande  —  se  propa- 
gent vers  l'Est,  chacune  d'entre  elles   suivant  les  versants 
<»pposés  de  la  cuvette  de  Brie.  La  première,  sous  le  versant 
Nord  irait  débrjucher  vers  Belle-Fontaine  et  serait  dans  une 
certaine  mesure  parallèle  à  l'ancienne  route  de    Paris  ;   la 
seconde,  creusée  sous  le  versant  Sud,  se  dirigerait  vers  l'an- 
cien hôpital    et  aurait   son   débouché   vers  le  chemin  des 
Vignes  entre  la  route  de  Melun  actuelle  et  la  rue  des  Fours-à- 
(>haux. 

En  l'état  actuel  des  observations,  il  est  impossible  de  rien 
préciser  à  cet  égard  et  je  ne  peux  que  coordonner  des  indica- 
tions qui  m'ont  été  fournies  de  divers  côtés.  S'il  n'y  a  que 
présomption  sur  les  données  qui  précèdent  et  au  sujet  de  la 
direction  des  voies  qui  viennent  s'embrancher  sur  les  voies 
regardées  comme  principales,  il  y  a  certitude  sur  l'existence 
de  ces  souterrains  dont  quelques-uns,  parcourus  sur  une 
assez  grande  longueur,  montrent  quelquefois  des  travaux  de 
Soutènement  soigneusement  exécutés.  Il  ne  serait  pas  impos- 
sible que  dans  les  siècles  postérieurs,  notamment  au  XIVs 
quelques-uns  de  ces  souterrains,  connus  et  encore  dégagés, 
aient  été  employés  et  consolidés  pour  assurer  et  faciliter  leur 
parcours. 
A  mesure  que  les  habitants  de  Bric  cherchaient  dans  le 


r2  HISTOIRE  DE  LA  VILLE 

sol  un  refuge  crmtre  les  maux  qui  les  menaçaient,  ils  s'iso- 
'aient  peu  a  peu  du  reste  du  pays.  Comment  voyager,  cr>m- 
ment  se  rendre  d'un  lieu  habité  à  un  autre,  même  à  courte 
distance,  lorsque  les  environs  du  malheureux  vicus,  que 
Frirtunat  appelait  Bradeia,  lorsque  le  vicus  lui-même  n'of- 
fraient plus  qu'insécurité  r 

Les  chemins  qui  desservaient  autrefois  Tantique  marché 
s'étaient  prr^bablement  elTacés  et  s'étaient  couverts  d'humus. 
Dans  la  partie  boisée,  situéeau  nord  du  ruisseau  de  Cornilli  »t, 
la  forêtavaiteu  tôt  fait  d'envahir  ces  voies  de  communication, 
plutôt  sentiers  que  chemins,  et  les  traces  en  curent  vite  dis- 
paru. Mais  dans  la  direction  de  Melun,  vers  ces  plaines 
fécondes  qu'arrose  le  rù  des  Hauldres,  la  disparition  fut 
mr)ins  complète.  On  en  trouve,  même,  encore  des  vestiges 
enfouis  sous  le  sol  entre  Réau  et  Brie  tantôt  à  gauche,  tantôt 
à  drfiite  de  la  route  actuelle,  à  quelque  distance  :  et,  parfois, 
au  mr)ment  où  les  terres,  fraîchement  labourées,  ne  sont 
point  revêtues  de  leur  parure  verdoyante,  on  peut,  sur  le  sol, 
en  suivre  les  méandres  dans  les  pierres  qui  jonchent  le  sol, 
sur  une  longueur  à  peu  près  constamment  égale,  pierres  que 
la  charrue  ne  cesse  pas  de  ramener  à  la  surface.  Ce  sont  bien 
là  les  chemins  dont  parle  M.  Rethoré  (  i  ). 

«  Des  vestiges  prononcés  de  voie  romaine,  dit-il  en  parlant 
de  (>hoqueuse,  subsistent  encore  couverts  d'humus.  Con- 
vient-il de  rattacher  ces  tronçons  à  de  grandes  voies  de 
communication  mettant  en  rapport  les  cités  éloignées  les 
unes  des  autres  ? 

0  L'empierrement  existe  encore...  arraché,  ici,  depuis  une 
quinzaine  d'années,  là,  recouvert  d'une  couche  d'humus  de 
trente  centimètres.  Des  terrassements  exécutés  (  m t  permis  d'é- 
tudier la  structure  de  la  voie.  Sa  I  irgcur  ne  dépasse  pas  3'"  K). 
VA\c  se  compose  de  deux  lits  bien  distincts  de  pierre  meulière 
du  pays.  Le  lit  inférieur  est  formé  de  petits  blocs  juxtaposés 
sur  le  plat  et  mesurant  quinze  à  trente  centimètres  de  côté 
sur  dix  à  vingt  d'épaisseur.  Le  lit  supérieur  se  ccjmpose  de 

^i,  Op.  cit. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  53 

cailloux  analofTucs  à  notre  macadam,  mais  plus  grc^s.  Ces 
cailloux  comblent  les  interstices  des  blocs  inférieurs  formant 
une  couche  variable  ne  dépassant  pas  quinze  centimètres. 
Ivn  raison  de  sa  composition  cette  voie  me  paraît  devoir  être 
classée  parmi  celles  de  deuxième  ou  même  de  troisième 
< >rdre...  » 

("'est  certainement  à  cette  catépforie  de  voies  de  commu- 
nication et  non  aux  f^randes  voies  romaines  dont  M.  Hugues 
a  si  bien  étudié  et  tracé  la  direction  dans  le  départemeut 
de  Seine-et-Marne  (i),  que  l'on  doit  rattacher  les  traces  de 
chemins  qu'on  peut  relever  non  seulement  sur  larivegauche 
de  TYerres,  mais  encore  sur  la  rive  droite,  notamment  à 
gauche  de  la  route  de  Melun,  dans  le  champ  de  M.  Weïss, 
précisément  à  l'endroit  où  des  fouilles  exécutées  par  MM. 
Bernard  et  Rousseau  mirent  à  jour  des  tuiles  romaines  et 
révélèrent  des  traces  de  parties  consummées  par  le  feu. 

Tout  autour  du  vicus,  ainsi  replié  sur  lui-même,  privé 
on  peut  le  dire  de  communications  avec  le  dehors,  tout  autour 
de  ces  malheureux  habitants  à  peine  en  état  de  cultiver  le 
sol  à  quelques  cents  mètres  de  leurs  lieux  de  refuge,  la  forêt 
reprenait  son  empire  recouvrant  peu  à  peu  les  défrichements 
exécutés  pendant  la  période  romaine. 

Du  coté  du  nord,  rien  n'était  changé,  sinon  que  le  domaine 
f<>restier  s'était  accru  et  étendu,  s'il  était  possible.  Au  sud,  la 
reconstitution  de  la  forêt  donnait  naissance  à  ce  qu'on  appe- 
lait, à  l'époque,  les  haies.  «  Le  nom  de  haies,  nous  dit  M. 
Alfred  Maury,  désignait  non  une  haie,  une  enceinte  comme 
aujourd'hui,  mais  une  portion  de  forêt  assez  étendue.  Elle 
tira  son  nom  de  la  cl(">ture  {ILiga  ou  haie)  qui  la  circonscri- 
vait »  et,  en  un  autre  passage,  M.  Maury  nous  apprend 
comment  se  formaient  ces  haies.  Les  buissons  associés  à 
quelques  baliveaux  C(  instituaient  pour  l'agerde  chaque  pagus, 
de  chaque  vicus,  une  enceinte  naturelle.  Les  haies  dont 
(>ésar  signale  la  présence  chez  les  Xerviens  s'élevaient  comme 
les  témoinsdes  forêts  primitives  dont  elles  étaient  les  débris. 

(  I  :  Op.  cit. 


:^4 


niSTOIRl-:    DK    l.A    VlLl-i-, 


Si  Ton  considère  que  le  mot  g^arenne  —  tout  en  conservant 
la  source  que  je  lui  ai  donnée  ci-dessus  —  avait,  en  mèmc 
temps,  <>ri*2^inairement  la  même  signification  que  forestelii 
du  m(ii  Jbt'esia  (i),  on  peut,  après  ce  que  j'ai  dit  plus  haut  du 
droit  de  g^i^renne,  après  les  indications  qui  vont  suivre,  se 
rendre  compte  des  progrès  que  la  forêt  avait  faits  sur  les 
terres  précédemment  défrichées. 

J'ai  pu  établir  sur  le  croquis  (page  25)  la  situation  approxi- 
mative des  établissements  agricoles  qui  formaient  l'ensemble 
de  Brie  à  l'époque  romaine.  Ces  établissements  occupaient 
tout  le  versant  sud  du  (^)rnillot,  depuis  la  Pierre  iMarchande 
jusqu'au  (^ornillot.  C'est  précisément  sur  leur  emplacement, 
rangés  en  demi  cercle  autour  de  l'églisq,  que  nous  voyons 
s'étendre  les  haies  et  les  bois  (hafrjs  et  furestelLis)  dont  le 
souvenir  nous  est  resté. 

Kn  partant  du  (]ornillot,  nous  trouvons  la  haie  Guépin 
qui  existait  encore  au  XV"  siècle  et  dont  le  chemin  dit  de  la 
Haie  (îuépin  —  faisant  suite  à  la  rue  du  Martinet  — conserve 
la  trace. 

La  rue  appelée  aujourd'hui  du  Martinet  a  porté  le  nom  de 
rue  des  Beaupaires,  et  même  des  beaulx  paires  (2).  Il  est 

'l  ;  M.  Maury  citr  ri  cet  c^ard  une  charte  de  I20)  où  il  est  dit  :  a  ForesUtla  iltû  qu^  garenna 
vocatur,  etc.,  etc  » 

(2)  Acte  de  Noc  du  4  octobre  1608  (Ar,h.  not.  de  (M  Ca-nus,  notaire  à  Brie-Comtî-Robcrt). 
«  Balthasar  Suraudun,  masson.  et  Martine  Reboursin  vendent  à  Kstiennc  C'erc,  manouvrirr, 
deux  travées  de  .ba>se  mai>on.  couverte  de  chaume,  cour  et  jardin,  assis  sur  la  rue  des  beaulx- 
pires  qui  est  tendant  de  !•«  porte  de  beau-Guillaume  au  giand  moullin.  » 

Un  autre  acte  de  Dt'slojjes,  en  date  du  22  mai  1626  (Jtude  de  M'  Camus)  nous  fixe  sur 
l'emplaeement  du  bois  de  Pierre  ou  beaulx-pères.  «  Jehan  Reboursin,  marchand  thuilirr» 
bulle  à  titie  de  rente  à  André  Lhoste  deux  travées  de  logi-i  couvert  de  chaurpe,  Hans  Tune 
desquelles  y  n  cheminée,  assis  au  lieu  dit  la  (lourl  Ménard,  autrement  dit  des  B:aupaires.  sur 
la  grande  rue  tendant  au  Grand  mou'lin,  tenant  dune  part  etc...  et  d'autre  bout  sur  la  ccur 
commune.  » 

Il  faut  chercher  ce  te  (3ourt  Ménard  du  latin  curtii,  espace  découvert  entouré  de  maisons 
d'habitation)  a  droite  dans  la  rue  du  Martinet  actuelle  un  peu  avant  d'arriyer  au  chemin 
des  Vignerons.  Hn  ijV^.  la  court  .V.énard  était  divisée  en  trois  immeubles  appartenant  à 
Ftienne  Merlin  14  perches  1,2  .  François  Merlin  20  percnes  lii),  Pierre  Galpin  (7  perche>!. 
Ce  dernier  touchait  la  maison,  cour  et  jardin  a  Jean  C'otret  «  faisant  l'encognure  de  la  rue 
de  Laval  Martinet)  f.rmé  de  payes  et  sur  le  bord  du  sentier  de*  Vignerons  du  côt^è  drr»ite 
entrant  par  la  rue  du  Martinet  ».  La  rue  de  Laval  commençait  au  carrefour  des  rues  Tanquard 
et  du  Martinet... 

Il  est  a  rennarq-jer  à  prop<i>  de  l'orthographe  beaulx-pc'es  ci-dessus,  que  dans  un  acte  de 
Doguet  du  24  décembre  \Ht^  {itude  de  A/"  Camui)  le  nom  de  porte  de  beau  Guillaume  est 
ainsi  ortho^çraphié  :   rf«  beaulx  gmllaumes. 


ik  ^ 


DF   BRIE-COMTË-ROBKRT  ^.■> 

impossible  de  ne  pas  voir,  ici,  comme  pour  le  mot  beaulx- 
^uillaumeî>,  Tétymologie  fort  nette  de  bosci  peiri,  le  bois  de 
Pierre.  La  rue  des  Saints-Pères,  à  Paris  tire  elle  aussi  son 
nom  de  l'église  St-Pierre  à  laquelle  elle  menait. 

Nous  avons  donc,  là,  au  Cornillot,  la  preuve  de  Texistence 
d'un  bois  et  d'une  haie.  Une  autre  rue  de  Brie  qui  jusqu'à  la 
lin  du  XVIIP  siècle  s'est  appelée  rue  du  Boissanté,  nom  dans 
lequel  j'estime  voir  Bosci  sancii,  aujourd'hui  rue  des  Juifs, 
indiquerait  l'ancienne  existence  à  Fouest  de  la  ville  d'un 
bois  qui  devait  s'étendre  dans  la  direction  de  la  garenne  de 
Villeneuve.  Dans  ce  cas,  il  était  encadré  par  les  hayes  de 
Brie  et  la  luye  Dieu.  Cette  ceinture  forestière  trouvait  son  pro- 
longement dans  la  haye  Passard,  les  Saulces-la-Vieille,  le 
chemin  herbu,  l'épinelle  ouépinette,lesormeteaux,  etc.,  etc. 

De  toutes  ces  données  on  concluera  facilement  à  la  déca- 
dence, sinon  à  l'effacement  du  vicus  de  Fortunat,  du  bourg 
de  Louis-le-Bèguc.  Combien  de  localités  durent  sombrer  au 
cours  de  ces  siècles  calamiteux  et  combien  peu  ressusci- 
tèrent du  milieu  de  leurs  ruines.  Brie  eut  tout  au  moins  la 
fortune  de  survivre  aux  désastres  qui  l'avaient  accablée. 
C'est  une  période  nouvelle  qui  va  commencer  pour  elle, 
période  dont  l'étude  pourra  se  poursuivre  à  l'aide  de  docu- 
ments et  sortira  par  suite  en  partie  du  domaine  de  l'hypo- 
thèse. 


.l'ai  essayù.diins  lu  fhapilrL-  procùdo n i .  d'ùuihlir  IV-xislcnco, 
peut-ijtrc  anLcromainc;,  d'un  centre  d'habitat   humain,  sur  I 
le  Icrriinirc  i>ù  s'Olcvy  atijimrd'hLii  Briiî-I^nmlc-Robcrt.  J'ufI' J 
ai  pi'ursuivi  les  lltictuations  diverses  au  cours  des  dix  pre-""^ 
micrssit-'clcsde  l'ère  ch retienne  et  j'en  cnnstatais  l'elTacemcnt 
sinon  la  disparition  au  moment  nù  l'invasion  des  Normands, 
les  luttes  intestines  des  derniers  (^aroling'iens,  rafl'aiblisse- 
ment  de  l'auturité  centrale  jetaient  le  pays  dans  des  calamités 
aussi  désastreuses  que  celles  qui  suivirent  la  conquête  par 
les  Francs  et  la  disparition  de  l'empire  romain.  Néanm^iins  j'ai 
réservé  les  indicatjiins  rapides  qu'il  est  bon  de  donner  sur  l; 
situation  administrative  de  ce  territoire  pendantccttc  longue 


5^8  llîSTOÎRK   DE   LA   VILLE 

période,  parce  que  ce  n'est  qu'à  dater  du  XII*  siècle  que  c^:^  ^^' 
période  présente  un  certain  intérêt. 

Il  importe  de  dire  cependant,  que  ce  territoire  a  suivi  ^ 
fortune  de  Lutèce  qui  devint  Paris  dans  la  suite.  Avant  '- 
conquête  par  Jules  César,  il  faisait  partie  de  la  Celtique  (^^ 
ans  av.  J.-C).  A  la  mort  dWuguste  (74  ans  après  J.-C),  I  ^ 
Celtique  avait  reçu,  sauf  une  minime  fraction,  le  nom  d^ 
Lugdunaise  ou  Lyonnaise,  dont  faisait  encore  partie  1  ^^ 
territoire  de  Brie-Comte-Robert. 

Au  V*  siècle,  la  réforme  préparée  par  Dioclétien  et  exécuté"^ 
par  ses   successeurs,  amena  une   division   des   ancienn 
grandes  provinces.  Le  territoire  de  Brie,  avec  Paris,  Melu 
Sens,  etc.,  fut  compris  dans  la  IV'  Lyonnnaise  Sénonai±^ 
(Senonia). 

Après  l'invasion  des  Barbares  du  V'  siècle  le  territoire  Ti 
érigé  en  royaume  avec  Syagrius  pour  chef  qui  résidait  soit 
Paris,  soit  à  Melun. 

11  est  bien  difticile  de  dire  à  quelle  date  exacte  Paris  et  {>  - 
conséquent  le  territoire  de  Brie  se  soumit  aux  Francs.  Il  \^ 
ù  cet  égard  au  moins  trois  opinions  que  cite  M.  Longnon  (C 
Ce  qui  est  certain,  c'est  que  Clovis  posséda  Paris  et  en  fit 
capitale  de  son  royaume  au  retour  de  son  expédition  vict 
rieuse  contre  les  Visigoths  (5()8)  et  qu'il  y  demeura  dans  1 
dernières  années  de  son  règne.  Paris  appartint  ensuite 
Childebert  (3 11-558).  (2) 

Après  Clotaire  et  lors  du  partage  qui  eut  lieu,  Paris  fu^ 
l'objet  des  convoitises  de  ses  fils.  Chilpéric  s'y  établit  (56  f  - 
sans  prendre  l'avis  de  ses  frères  qui  s'unirent  contre  lui  et 
attribuèrent  cette  ville  à  Charibert,  le  plus  âgé  d'entre  eu.K. 
A  la  mort  de  Charibert  (SGy),  ne  pouvant  accepter  que  Tun 
d'eux  trônât  à  Paris,   les  trois  lils  survivants  de  Clotaire 
décidèrent  qu'il  serait  fait  trois  parts  de  la  Civitas  parisiorum 
(c'est-à-dire  du  territoire  des  Parisiens)  et  proclamèrent  la 

il)  Géographie  de  la  Gaule  au  17'  siècle,  par  Auguste  Longnon  (Paris,  Hachette,  in-8*). 

i'2)  C'est  sous  le  règne  de  Childebert  que  Saint-Germain,  cvéque  dont  Fortunat  a  écrit 
l'histoire,  monta  sur  le  siège  de  Paris,  en  555.  C'est  donc  vers  cette  époque  qu'il  faut  placer 
)ç  miracle  raconté  par  Fortunat  et  dont  Brie  aurait  été  le  théâtre. 


bË   BRlË-COMtE-ROIŒRt  T^() 

neutralité  du  chef-lieu  (i).  Cependant  Sigebert,  d'abord, 
occupa  Paris,  puis  Chilpéric  qui  y  célébra  solennellement  la 
Pâques  en  583. 

Le  traité  d'Andelot, (587)  mit  Contran,  roi  de  Bourgogne, 
en  possession  de  Paris.  A  sa  mort,  Childebert  demeura 
maitre  de  la  cité  parisienne,  qui,  après  lui,  tomba  pour 
quatre  ans  au  pouvoir  du  jeune  Clotaire. 

KnG.vj,  les  pctft8-flls  de  Brunehaut  reprirent  le  dessus  et 
la  cité  royale  fut  attribuée  en  entier  à  Théodoric  II,  le  second 
des  successeurs  de  Contran  sur  le  trône  de  Bourgogne. 

Dagobert  réunit,  par  la  suite,  tous  les  royaumes  francs  en 
sa  possession  et  devint  ainsi  maître  de  la  dviias  Parisiis.  On 
sait  qu'il  donna  à  Tabbaye  de  St-Cermain-des-Prés,  dite  alors 
de  Saint-Vincent,  toutes  les  possessions  du  domaine  royal 
à  Combs-la-Ville  et  notamment  le  village  lui-même  (936). 
Après  Dagobert,  commence  la  décadence  de  la  race  mérovin- 
gienne que  je  n'ai  pas  à  rapporter  ici.  Le  territoire  de  Brie 
tlnit  enfm,  comme  toutes  les  possessions  franques,  par  faire 
partie  de  Tempire  carolingien. 

Mais  lorsque  disparut  Charlemagne,  la  faiblesse  de  ses 
successeurs  ébranla  l'unité  politique  si  longuement  préparée 
et  si  chèrement  achetée.  Les  grands  fiefs  concédés  temporai- 
rement se  perpétuèrent  geignant  en  puissance  et  en  auda- 
cieuses prétentions  tout  ce  que  le  pouvoir  royal  perdait  en 
autorité  et  en  prestige.  Une  multitude  de  fiefs  secondaires, 
créés  surtout  en  vue  de  la  guerre  et  dont  le  plus  grand 
nombre  datait  des  invasions  normandes,  s'érigèrent  en  maî- 
tres et  en  seigneurs  indépendants.  La  féodalité,  en  un  mot, 
s'établissait  sans  craindre  d'entrer  en  lutte  contre  la  monar- 
chie impériale.  La  défense  du  pays,  abandonnée  par  l'im- 
puissance des   empereurs  à  l'initiative   individuelle,  avait 

Ml  Ce  pa<lage  laissa  la  cité  et  sa  banlieue  immédiate  indivises  entre  les  trois  frères.  Quant 
au  territoire  parisien,  chacun  joignit  à  ses  états  un  tiers,  .^'après  la  division  suivante  déter* 
minée  d'ailleurs  par  !a  jonction  de  la  Seine  et  de  la  Marne  :  v*  portion,  à  droite  de  la  Marne 
et  de  la  Seine  :  2*  entre  la  Marne  et  la  Seine  ;  y  à  gauche  de  la  Seine:  La  4"  portion  entre 
la  Seine  et  la  Marne  dut  ainsi  logiquement  être  attribuée  à  Sigebertf  comme  limitrophe  de 
la  ville  de  Meaux.  alors  unie  au  royaume  d'Austrasie.  Ce  fut  cette  portion  qui  forma 
1  archidiaconé  de  Brie,  division  religieuse  qui  subsista  Jusqu'en  1790. 


(yi  Histoire  de  la  ville 

contribué  à  ce  résultat  tout  autant  d'ailleurs  que  le  bri- 
g-andage,  si  bien  qu'au  X**  siècle  le  pays  était  couvert  de 
donjons  et  de  forteresses  où  se  cachaient  trop  souvent  de 
rapaces  et  impitoyables  bandits. 

Dans  les  grands  feudataires  que  créa  la  monarchie  impé- 
riale et  qui  se  lirent  la  part  du  lion,  il  en  est  un  qui  intéresse 
à  un  double  titre  Brie-Comte-Robert,  d'abord  parce  que  ses 
successeurs  montèrent  sur  le  trône,  en  second  lieu  parce 
qu'ils  furent  dès  la  lin  du  LV  siècle  les  maîtres  incontestés 
de  la  cité  parisienne,  devenue  le  duché  de  France.  Ces  grands 
seigneurs,  qui  portèrent  le  titre  de  comte  de  Paris,  paraissent 
se  rattacher  à  une  branche  cadette  des  Carolingiens  par 
Rotrude  qui  épousa  Gérard  I*"',  comte  de  Paris,  en  747  ^^ 
mort  avant  779. 

D'après  M.  Joseph  Depoix  (i),  la  généalogie  de  cett 
famille,  qui  on  le  verra  plus  loin  peut  être  considérée  comrr^ 
ayant  eu  des  intérêts  à  Brie-Comte-Robert,  s'établirait  comrT» 
suit  : 

Gérard  I'',  comte  de  Paris  —  et  vraisemblablement  le  prc:: 
mier  comte  de  Paris  —  avait  épousé  Rotrude,  dame  de  Ruei 

Son  successeur  serait  l^égon  qui  épousa  Alpaïde,  lîlle  d 
Charlemagne,  et  non  de  L(»uis-le-Pieux  ou  le  Débonnaire 
comme  le  fait  observer  M.  Depoix.  (]e  Bégon  mourut  le  2- 
octobre  SiG.  II  eut  deux  tils.  L'ainé,  Etienne,  comte  de  Pariîv 
du  vivant  de  son  père,  dont  nous  allons  avoir  à  nous  occuper 
et  qui  mourut  entre  81 1  et  814,  probablement  sans  postérité 
Le  comté  de  Paris,  après  la  mort  de  Bégon  en  8j6,  échut  c 
son  tils  cadet,  Leutard. 

Leutard  eut  deux  tils  :  Gérard  (2)  et  Adalard.  Gérard  ayant 

(1)  Communication  de  M.  Joseph  D'poix,  secrétaire  géné-al    de  la   Société  historique   di 
Vexin,  au  conjures  des  Sociétés  Navantes  f  Séance  du  20  avril  18971. 

12,.  M.  Joseph  Depoix  voit  dans  Gérard,  fils  de  Leutard,  le  célèbre  Gérard  ou  mieux  Girar 
de  RouisiUon,  le  héro*  dune  chanson  de  geste  du  X'I'  siècle  qui  porte  ce  nom.  D'après  lui 
Gérard  épousa  Berthe.  fille  d  Hugues,  comte  de  Tours,  et  sœur  dBrmengarde,  femme  d« 
1  eniotreur  l.othaire,  et  ayant  piis  le  parti  de  celui-ci  contre  Charles  le  (>hauve,  il  fut  priv» 
c'u  conïté  de  l'aris  en  841.  Il  est  certain  que  la  chanson  de  geste  raconte  les  guerres  sans  lii 
entre  Thu-rry  d'Ascane  et  Girart  de  Roussillon  ;  niais  le  roi  de  France,  appelé  ici  Charles 
Martel  bien  que  l'auteur  ait  visé  ("harlcs-le-C  hauve  embrassa  le  parti  de  Thierry.  La  lutt' 
trst  alors  entre  Girard  et  la  royauté.  Girard  et  sa  femme  Berthe  doivent  prendre  la  fuite  et  S' 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  Gl 

pris  le  parti  de  Lothairc,  son  beau-frère,  contre  Charles-le- 
Chauve,  fut  privé  du  comté  de  Paris,  en  841,  et  fut  remplacé 
par  son  frère  Adalard. 

Il  est  fort  probable  qu'une  tille  de  Leutard,  sœur  de  Gérard 
eld'Adalard,  épousa  (Conrad,  tils  de  Welf  et  frère  de  Judith, 
femme  de  Louis-ie-Débonnaire  ou  le  Pieux.  Ce  Conrad  qui 
pnriait  par  cette  alliance  le  titre  de  comte  de  Paris,  se  re- 
maria avec  Adélaïde,  tille  issue  du  premier  m.iriage  de  Louis- 
le-Dvibonnaire,  devenant  ainsi,  commj  Ta  fait  observer  M. 
Foncemagne  (i)  à  la  tois  l'oncle  et  le  beau-frère  de  Charles- 
Ic-Chauve.  Conrad  mourut  vers  l'an  85o,  laissant  le  titre  de 
comte  de  Paris  à  Eudes,  tils  de  Gérard  et  delà  tille  dellug-ues, 
comte  de  Tours,  et  frère  d'Ermentrude  qui  se  maria  avec 
Charles-le-Chauve.  Eudes  était,  en  etïjt,  comte  de  Paris  en 

m. 

Mais  Adélaïde,  veuve  de  Conrad  se  remaria  avec  Robert- 
le-Fort  (2)  que  d'aucuns  ont  considéré  comme  le  lils  de 
Richier  de  Heau^^encv^  et  di  la  tille  d'un  boucher  nommé 
Simon.  Ce  Robert-le-Fort  avait  toutefois  reçu  le  tief  du  comte 
d  Anjou  des  mains  de  (]harles-le-Chauve. 

Adélaïde  eut  donc  de  son  premier  mariage  Conrad  et 
Hu^^ues-l'Abbé  (3)  ;  de  son  second  mariage  avec  Robert-le- 
l''»rt  :  Eudes  et  Robert  qui,  tous  deux,  eurent  la  fortune  d'être 
proclamés  rois  de  l'rance.  (4) 

f^onrad,  tils  d'Adélaïde,  portait  en  881  le  titre  de  Comte  de 

cacher.  Ils  vont  dans  la  forêt  des  Ardennes  où  Girart  gagne  sa  vie  comme  charbonnier  et  sa 
If nimc  comme  couturière  Suivant  quelques-uns,  ce  Giraid  fut,  au  IX'^  siècle,  un  des  plus 
puissants  seigneurs  de  la  Bouro;oî;ne. 

'   Mémoires  de  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles  lettres  (t.  XXXIV.) 

\'-  On  ne  sait  exactement  d'où  sortait  ce  chevalier  si  connu  dans  1  histoire  sous  le  nom 
oeKobert-Je-Fort,  dou  sortit  la  race  capétienne.  Le  P.  Lelong.  dans  sa  b:bUothh]U'.  historique  d^ 
^'^^^-  t.  Ili  donne  la  liste  de  S2  ouvraiçeN  sur  cette  question.  Les  Bénédictins,  dans  leur 
lonif  X  des //.>/().:. ns  d:  France  ré>um:int  un  mémoire  de  V..  de  h'oncemagne,  ramènent  à  sept 
'«hypothèses  sur  les  o  igines  de  Robert. 

'  ^'5  Contes  de  Pnrii  par  M.  Mourin  ^  i^a-is,  in  8'i. 

'4   rud*s  fut  proclame  roi  à  la  déposition  de  Charles-le-Gros,  à  l'exclusion    de  Charles-le- 
simple  Par  un   traité    survrnu  avec    ce  dernier,  (Charles  garda  le  pavs  entre  la  Seine    et  le 
Knm,  laissant  à  Eude>,  Paris  et  la  France  occidentale.  Robert  fut  proclamé  roi.  sous  le  nom 
«  Robert  1,  le  30  juin  c)22    à  Reims.    La    guerre   éclata   entre  Charles-le-Simple  et  lui.  A  la 
bauille  de  Soissons,  Robert  1  fut  tue. 


62  HISTOIRE   DE    LA   VILLE 

Paris,  qu'il  laissa  à  son  frère  du  second  lit,  Eudes,  mort 
898.  Ce  titre  passa  ensuite  à  son  neveu  Hugues-Ie-Blanc  cr 
le  Grand,  fils  de  Robert  I,  et  enfin  au  fils  de  Hugues-le-Grancf  *» 
qui  fut  Hugues-Capet,   le  fondateur  de   la  dynastie  cape- 
tienne  (i). 

Hugues  Capet,  investi  non-seulement  du  comté  de  Paris, 
mais  du  duché  de  France,  qu'il  tenait  de  Eudes,  son  aïeul, 
occupé  de  ses  intérêts  dynastiques,  se  créa  des  lieutenants 
parmi  lesquels  Bouchard  ou  Burchard  qui  eut  pour  sa  part 
le  comté  de  Melun  et  de  Corbeil.  Bouchard  ou  Burchard 
occupait  ainsi  une  position  stratégique  facile  à  comprendre. 

D'une  part,  tenant  Melun  et  Corbeil,  il  assurait  la  liberté  de 
navigation  sur  la  Seine -et  par  suite  le  ravitaillement  de 
Paris,  la  capitale,  définitivement  choisie  par  Hugues  Capet 
pour  le  royaume  de  France  ;  de  l'autre  le  comte  Burchard 
avait  pour  mission  de  couper  toute  communication  entre  la 
Champagne  et  la  Beauce.  C'était,  de  la  part  du  fondateur  de 
la  dynastie,  un  acte  de  sage  politique  et  ses  successeurs  ne 
manquèrent  pas  d'y  persister.  Ils  avaient  d'au  tant  plus  raison 
que  lescomtes  de  Champagne  devenaient  de  jour  en  jour  plus 
puissants.  Au  moins  aussi  habiles  et  aussi  actifs  en  politique 
que  les  Capétiens,  ils  s'efforçaient  de  se  créer  un  territoire 
qui,  des  bords  de  la  Loire,  s'étendrait  jusqu'à  la  Marne  en 
contournant  Paris  et  le  duché  de  France. 

Déjà,  Herbert  de  Vermandois,  au  comté  de  Troyes,  avait 
ajouté  ceux  de  Meaux,  de  Provins  et  de  Melun.  Eudes  H, 
comte  de  Blois,  par  son  mariage  avec  la  fille  d'Herbert,  réu 
nissait  à  ses  propres  domaines  ceux  de  la  maison  de  Ver- 
mandois. Si  le  comté  de  Corbeil  tombait  entre  les  mains  de 
la  maison  de  Champagne,  c'en  pouvait  être  fait  de  l'avenir 
de  la  race  Capétienne.  Sa  puissance,  en  effet,  tenait  surtout  à 
la  possession  de  Paris,  ville  déjà  forte  par  son  assiette  et 
prépondérante  par  son  développement  intellectuel  et  écono- 
mique. Or,  ce  qu'il  importait  avant  tout  à  Hugues  Capet  et  ù 
ses  successeurs,  c'était  de  ravitailler  sans  cesse  leur  capitale- 

{i)  Sacré  roi  de  France,  à  Noyon  le  i"  juillet  987. 


bE   BRIE-COMTE-ROBERT  63 

devenue  le  rendez-vous  d'étudiants,  de  clercs,  de  moines, 
d'industriels,  de  marchands.  La  banlieue  immédiate  de  Paris 
—  ce  que  nous  appellerions  aujourd'hui  la  petite  banlieue,  — 
d'où  la  vieille  Lutèce  tirait  aisément  sa  subsistance,  ne  pouvait 
plus  suffire  à  nourrir  la  nouvelle  capitale.  Dès  le  premier 
moment,  les  Capétiens  sentirent  que  le  grenier  de  Paris  était 
la  Brie  d'abord,  la  Beauce,  ensuite.  Grâce  à  la  politique  de 
Hugues  Capet,  ils  tenaient  la  Brie  (la  Brie  française)  par  le 
comté  de  Corbeil  ;  la  Beauce  leur  échappait  encore. 

Ce  fut  sous  Philippe  I  que  les  Capétiens  tentèrent  de  percer 
la  muraille  qui  séparait  Paris  de  cette  fertile  province.  L'abbé 
Ix'bœuf  l'indique  très  nettement  : 

«  Guy-Trousseau,  écrit-il,  étant  devenu  grand  seigneur  do 

•Montlhéry  après  Milon,  son  père,  qui  avait  excité  bien  des 

^^oubles  dans  le  royaume,  présenta  au  roi  Philippe  I,  qui 

^"^^  disait  vieilli  des  inquiétudes  et  maux  que  lui  avait  causés 

'^château  de  Montlhéry,  une  occasion  de  les  calmer.  Il  avait 

^u  de  Mabille,  sa  femme,  une  fille  nommée  Elisabeth  ;  il 

trouva  le  moyen  de  lui  faire  épouser  Philippe,  comte  de 

•Plantes,  que  le  roi  avait  eu  dé  Bertrade  de  Montfort.  De  cette 

fiçofî  la  liaye  gui  empêchait  depuis  tant  de  temps  le  libre 

^'*nirnerce  d'Orléans  avec  Paris  et  qui  était  même  aux  rois  la 

liberté  d'aller  à  Estampes  fut  rompue,  ainsi  que  le  dit  Suger. 

'^  ^arde  du  château  fut  confiée  au  fils  du  roi,  gendre  de 

Guy-Trousseau,  et,  même,  le  roi  Philippe  y  fit  quelque  rési- 

^^Hce,  avec  les  grands  du  royaume,  la  première  année  du 

"^^riage  de  son  fils.  » 

l^hilippe  taisait  là  le  premier  pas,  combien  chancelant,  vers 

1^^  Heauce  et  l'Etampois.  Qu'il  réussit  dans  ses  négociations 

'•^  ses  entreprises  postérieuses  de  ce  côté,  avec  un  lieutenant 

^'^r  à  Corbeil,  il  restait  maître  de  la  situation  puisqu'on 

d'»nnantde  l'air  à  sa  capitale  il  en  assurait  le  ravitaillement. 

Il  est  facile  de  se  rendre  compte  de  ce  que  pouvait  être  la 

P<>sition  du  comte  de  Corbeil.* Placé  entre  le  roi  et  le  comte 

d^  Champagne,   ces  deux   seigneurs  à  ce   moment  aussi 

puissants  l'un  que  l'autre,  il  devait,  s'il  n'était  attaché  par 


64  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

des  liens  étroits  au  roi,  tantôt  obéir  au  chef  que  l'Etat" s'étx3.Jt 
donné,  tantôt  au  grand  leudataire  qui  rêvait,  lui  .aussi,  ^^ 
conquérir  à  son  protit  la  puissance  royale,  suivant  .s^>^ 
penchant  ou  ses  intérêts.  Ce  péril  se  montra  bientôt,  f  ^^ 
descendant  de  Burchard,  comte  de  (]orbeil,  mourut  san^ 
laisser  d'enfants  ;  aussitôt  les  compétitions  s'ouvrirent  qui^ 
Tabbé  Leb(L'uf  nous  fait  admirablement  toucher  du  doiirt. 

«  luides,  cnmte  de  (j)rheil,  dit-il  dans  son  Histoire  de  l^'^ 
ville  et  iiii  iiiocèse  Je  Pjris  (i),  n'ayant  point  d'enfants,  l^ 
terre   ne    pouvait    passer   qu'à   des    collatéraux.    Hugues- 
seigneur  de  Puiset  en  Heauce,  qui  était  tils  de  sa  sœur,  y  eu  t. 
prétention,  mais,  malheureusement  pour  lui,  il  était  retenu* 
par  Louis-le-(jrns  {2)  en  prison  (a  (^hâleau-Landon).  Pendan  t^ 
ce  temps,  André  de  Ik^iudimont.  frère  de  la  veuve  d'Eudes  ^ 
gardait  et  défendait  c^'tte  ville  (de  (^)rbeil)  Je  crainte  que  ct^ 
prince  ne  s'en  emparât.  D'un  autre  côte   Tbibaud, comte  t/c^ 
Cliampai^me,  essayait  d'en  devenir  maître  afin  d'avtn'r  un  passagt^ 
pnur  aller  de  la  Brie  dans  la  Beauce  et  en  revenir  de  même  (3)^ 
Dans  ces  entrefaites,  Lnuis-le-(in)S  voulant  prévenir  l'empê- 
chement du  commerce  sur  la  Seine  qui  s'en  serait  suivi  si  le 
comte  de  (Champagne  eût  joui  de  cette  terre  ménagea  par  le 
moven  de  Suuer  une  conférence- à  Moissv,  seigneurie  de 
Tévêque  dé  Paris,  il  une  grande  lieue  de  Corbeii,  du  côté  de 
la  Brie  (-i).  Il  fut  con\enu,en  ce  lieu,  que  Hugues  de  .Puiset 

(I    Article  (^orbcil. 

(2)  M".  G.  Leroy  a  très  bien  -fait  ressortir  le  caractère  de  ce  seigneur,  à  propos  du  siège 
que  Louis-le-Gros,  allié  au  comte  Thibaud,  fait  du  Puiset  avec  les  gens  de  la  région  et  les 
chevaliers  bannerets  venus  de  la  Beauce.  de  la  Brie  et  de  l'Ile-de-France  (  Brie-Comte-Robert 
y  concourut  certainement  >  \\ .Bulletin  de UiSocuti  d'Huioire  et  d' tirch.'ologU  de  Brie-ComtCr'I^ohert 
tome  1,  p.  178]. 

(3)  I.a  politique  de  ce  seigneur  s'étale  ici  avec  une  certaine  naïveté.  Allié  du  roi  de  France, 
'année  précédente,  pour  réduire  le  prétendant  l'^aiitiine  au  comté  de  Corbeii  à  l'mipuissance, 

et  lui  permettre  de  prétendre  à  la  posse.ssion.  par  la  force,  de  ce  précieux  p&s'iage.  il  contre- 
carre Tannée  suivante  le>'vues  du  roi  de  Irance,  qui  du  reste  le  joua  complètement.- 

^4  «  Moissv  ou  Moissy-i'Hvéque,  dit  M.  Leroy,  est  un  lieu  neutre,  possession  de  l'evéque, 
de  Paris,  dans  la  Brie  Irançaise.  a  peu  près  à  égale  distance  d«  Corbeii  et  de  Melun.  Moissy 
appartient  à  l'église  de  Paris,  dt'puis  Us  temps  mérovingiens.  Avec  Combs-la-Ville,  Evry, 
Brie  en  partie,  c'est  un  dis  plus  va>tes  domaines  de  l'evéque  et  de  la  cathédrale.  L'agri- 
culture y  est  pratiquée  dans  dfs  conditions  rudimentaires  par  les  habitants  du  lieu,  serfs  de 
l'évèque,' soumis  a  des  lois  et  a  des  usages  qui  conservent  la  marque  barbare  des  âges  pré- 
cédents. A  peine  de  rares  aflVanchissements  sont-ils  comme  de  premières  lueurs  de  la  liberté 
que  le  temps  consacrera.   L'evéque  y  possède  une  grande  villa,  manoir  rural  ou  métairie,  ou 


DE   DRIE-COMTE-ROBERT  65 

serait  mis  en  liberté  en  cédant  au  roi  son  droit  sur  Corbeil  et 
ses  dépendances.  Ce  fut  ainsi  que  Corbeil  devint  une  terre  du 
d»)maine  royal,  environ  Tan   1120  (i),  après- avoir  eu  sept 
comtes  dans  l'espace  de  deux  siècles  ou  à  peu  près.  » 

C<>rbcil  perdit  son  titre  de  comté  pour  devenir  simple 
châtellenie  royale.  11  est  à  peu  près  évident  que  dans  cette 
nouvelle  division  administrative  dut  être  compris  tout  le 
territoire  de  l'ancien  comté.  Or,  l'abbé  Lebeufa  trouvé,  dans 
un  ancien  manuscrit,  et  il  publie  (2)  la  liste  des  vassaux  et 
vavasseurs  de  Corbeil  «  qui  payaient,  chaque  année,  à  eux 
tous  au  roi  une  redevance  formant  la  somme  de  quarante- 
huit  livres.  »  Selon  lui,  cette  liste,  dressée  en  1202,  indique 
bien  letendue  de  la  châtellenie  à  cette  époque. 

Voici  d'abord  la  liste  des  vassaux  du  roi. 

«  Isti  sunt  milites  de  castellania  Corbolii  tènentes  de  rege 
cthabentes  LX  libratas  redditus. 

Balduinus  de  Corbol.  Robertus  de  Messis.  Hugo  Beliart. 
Pelrus  de  Damonio.  Johannes  Beliart.  Fredericus  de  Mali- 
gnon.  Andréas  Polin.  Fredericus  de  Brunay.  Guido  de  Don- 
K>n.  Thomas  de  Braia.  Vicecomes  Corbolii.  Villelmus  de 
Aallegrinosa.  Guillelmus  Pasté.  Petrus  Panier.  Petrus  de 
Courbaart. 

(l-es  vavasseurs,  c'est-à-dire  ceux  qui,  dans  la  même  châ- 
tellenie, tenaient  des  biens  en  arrière-tîefs,  étaient  plus  nom- 
breux.) 

'i^ti  sunt  milites,  tènentes  de  aliis  dominis,  in  eadem 
castellania,  et  qui  habent  LX  libratas  terra:^. 

'^nsellus  de  Brunaio,  Rodolfus  frater  ejus,  Adam  de  Nau- 
Ziiiaco,  Robertus  de  Milliaco,  Adam  de  Loco  Sancto,  Rey- 
ïiaudus  de   Ties,    Girardus   Chalam,   Ansellus  de   Cocini, 

Il  séjourne  pendant  une  partie  de  l'année.  Avec  l'église,  c'est  le  principal  édifice  du  pays. 
Autour,  sont  groupées  les  manses  des  serfs  dont  l'aspect  témoigne  de  la  pauvreté  et  de 
' "umilité  de  leurs  tenanciers.  La  propriété  individuelle  est  inconnue.  Tout  est  à  l'évêque, 
'"Tes,  bois,  vignes,  cours  d'eau.  C'est  la  continuation  du  fisc  impérial  romain,  accaparant 
lout,  possédant  tout.  Les  rois  francs  s'en  sont  emparés  par  droit  de  conquête  et  l'ont  donné 
fn  majeure  partie  à  l'Eglise  à  titre  d  œuvres  pies  ou  pour  Iç  rachat  de  leurs  âmes.  »  (Op.  cit.) 

'■}>  L'abbé  Lebœuf  donne,  ici,  une  date  inexacte.  Le  traité  de  Moissy  est  du  commence- 
ment de  1112. 

.2;  Huioirt  du  diocèse  et  de  la  ville  de  Paris,  article  Corbeil. 

5 


66  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

Anscllus  de  Tigcri,  Johannes  Moutier,  Ansellus  de  Plesset^'^' 
Simon  de  Manneris,  Evrardus  de  Chevri,  Ansellus  de  Grar  ^- 
chia,  Ansellus  de  Malonido,  Guillelmus  de  Glesera,  Petru^  s 
de  Pung...,  Thomas  Pasté,  Andréas  Pan...,  Gilebertus  A  < 
Plesseto,  Petrus  de  Egrenello,  Fredericus  Beliart,  Petrus  d^ 
Tigeri,  Petrus  de  Buinelle,  Thibaudus  de  Buinelle.  » 

Thomas  de  Brie,  soldat,  était  donc  un  des  vassaux  du  roî  - 
appartenant  à  la  châtellenie  de  Corbeil. 

Il  importe  de  rapporter,  au  sujet  de  ce  Thomas  de  Brie,  c^ 
qu'en  ont  dit  l'abbé  Lebeuf  et  les  historiens  qui  l'ont  suivi. 

((  Il  est  difficile,  écrit  l'abbé  Lebeuf,  de  rien  avancer  de  certain  suf 
les  premiers  seigneurs  de  Brie  ;  il  a  dû  y  en  avoir  avant  que  cett^ 
terre  passât  à  la  maison  de  France,  vers  le  milieu  du  Xll*  siècle,  mai  3 
tout  ce  qu'on  trouve  se  réduit  à  un  Thomas  de  Braia,  mentionné  dans^ 
une  charte  de  1157  qui  regarde  le  prieuré  de  St-Martin-des-Champîf^ 
et  dans  laquelle  il  est  dit  que  les  dîmes  dont  il  jouissait  à  Brie  sont 
chargées  de  dix  livres  envers  ce  monastère.  Ce  Thomas  de  Braia  eut: 
un  fils  du  môme  nom  que  l'on  trouve  enregistré  dans  le  rôle   detf^ 
chevaliers  de   la    châtellenie  de  Corbeil  qui,  sous  la  fin  du  régn^ 
de  Philippe-Auguste,  tenaient  leur  fief  du  roi  et  possédaient  soixantcf^ 
livres  de  revenus. 

))  C'est  probablement  avec  l'ancien  Thomas  de  Braia  que  Louis  VI  I 
traita  de  la  terre  de  Brave  pour  Robert,  son  frère,  connu  sous  le  noa'i. 
de  Comte  de  Dreux  et  peut-être  fut-ce  la  relation  où  le  comte  RoberC 
se  trouva  avec  Thomas  de  Braia  son  co-seigneur  qui  lui  donna  l^i- 
faculté  d'employer  une  partie  des  diximes  de  Braye  pour  fonder  3- 
Paris  entre  l'an  1173  et  fi88  les  chanoines  de  Saint-Thomas-de — 
Cantorbéry...  C'est  tout  ce  qu'il  y  a  de  constant  sur  ce  premie  ï' 
comte  de  Brave )) 

Après  Lebeuf,  Michelin  a  dit  là-dessus  :  (1) 

«  Louis  \ni,  à  son  avènement  au  trône,  en   '137,  voulant  forme  f 
l'apanage  de  son  frère  Robert,  comte  de  Dreux,  acheta  de  Thoma  î? 
de  Braye  ou  de  Brie,  homme  d'armes  (nnles)  cette  terre  qu'il  érigea 
en  comté.  La  vente  en  fut  faite  à  la  charge  de  la   mouvance  féodale  ^ 
foy  et  hommage  envers  l'évèquc  de  Paris. ...» 

Le  docteur  VùWx  Pascal,  auteur  d'une  histoire  de  Seine-et- 
Marne  a  traité  de  la  façon  suivante  le  même  sujet  : 

(l)  E$sais  liistoriijucs  sur  Seine-et-Marne  (Melun,  1852,  p.  521  et  suiv.) 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  67 

ce     Un  Thomas  de  Brave  mentionné  dans  une  charte  de  l'an   11 57 
(:taît  alors  seigneur  de  Brie.  C'est  avec  lui  que  Louis  V^II  traita  de 
ce\  te  terre  pour  augmenter  l'apanage  de  Robert,  comte  de  Dreux,  son 
kùrepuiné.  La  vente  en  fut  faite  toutefois  à  la  charge  de  la  mou- 
vance féodale,  foi  et  hommage  envers  Tévcquede  Paris.  Les  évéques 
de  Paris  et  même  d'autres  particuliers  conservèrent,  malgré  cette  vente 
quelques    droits    sur  la  terre  de  Brie,    mais   on  ne    sait   rien   de 
certain  sur  ses  premiers  seigneurs  jusqu'au  temps  qu'elle  appartint  à 
la  maison  de  Dreux,  vers  le  milieu  du  12*=  siècle.  A  cette  époque  la 
ville  de  Brave  eut  ses  comtes  particuliers  :  i"  Robert  de   Dreux, 
cinquième  tils  du  roi  Louis-le-Gros.   Ce  prince  fit  bâtir  l'église  de 
St-Thomas   du  Louvre  avec  une   partie  des  dixmes   de  Braye.   Il 
mourut  en  1 188.  En  1 153,  Brie  fut  érigée  en  ville  et  reçut  le  surnom 
de  Comte-Robert » 

Il  est  inutile  d'insister  sur  la  similitude  de  ces  versions. 
Les  deux  dernières  proviennent  évidemment  de  la  première 
qu'elles  reproduisent  parfois  avec  une  parité  d'expressions 
au  moins  frappante.  Mais  il  importe  de  faire  remarquer  que 
l'abbé  Lebeuf  donne  à  son  récit  une  forme  dubitative  tandis 
que  les  deux  historiens  qui  l'ont  suivi  présentent  le  leur 
avec  une  allure  aflirmative. 

Sur  les  premiers  seif^neurs  de  Brie,  le  savant  auteur  de 
^llisloire  du  diocèse  cl  de  la  ville  de  'Paris,  se  borne  à  dire 
'^li'on  en  esi  réditii  à  un  Thomas  de  Braîa.  mentionné  daPF 
une  charte  de  i  iSy  et  il  ajoute  que  c'est  probablement  avec  ce 
Thomas  de  Braia  que  Louis  VII  traita  de  la  terre  de  Braye. 

^Michelin  déclare,  lui,  que  Louis  VU  acheta  de  Thomas  de 
Bric  la  terre  de  Brie  et  le  docteur  Pascal,  après  avoir  avancé 
qu'un  Thomas  de  Braye  était  seigneur  de  Brie,  ajoute  que 
c'est  avec  lui  que  Louis  VII  traita  de  cette  terre  pour  augmen- 
ter l'apanage  du  comte  Robert. 

Xous  trouvons  aux  archives  départementales  une  Instruc- 
tion sur  la  châtellenie  de  Brie-Comte-Robert,  (i )  où  il  est  dit  : 

«  Il  paraît,  par  le  Traité  des  droits  du  Roy  de  M.  Dupuis,  que  la 
terre  de  Brie-Comte-Robert  a  appartenu  à  Robert  de  P'rance,  dit  le 
Grand,  comte  de  Dreux,  quatrième  tils  de  Louis  V'I,  dit  le  Gros,  mais 

(i,  Archivas  départementales  de  Seine-et-M^rnc 


OO  HISTOIIŒ   DE   LA  VILLE 

on  ne  sait  s'il  l'a  eue  en  apanage  avec   le  comté  de  Dreux  ou  s' 
comtesse  Je  lÎT.iiiic  l.i  tut  .ippmtu  Jjiis  son  p.itrimoine.   » 

On  ne  contestera  pas  qu'il  y  ;i  là  une  différence  sensit 
entre  cette  version  et  celle  de  l'abbé  Lcbctuf  dnnt  pr()cède 
les  autres.  On  y  rencdntre.ldrmellomenténoncée.rhypotht; 
d'un  apport  matrimunial.  .Mais  voici  une  troisième  versicj 


SCEL   ET   CÙ' 


DE   KOBEKT 


bien  difVOrente  des  autres.    Nmlis  la  puisons  dans  un  m 


Il84(*.  N.   L.  146q,. 


t  SIGILL-  COMn  IS  FOBERTl. 
(Si^am  amilii  Rotin/.; 
(Oonct  d'Arcq,  7»). 


t)Ë   BUIË-COMTË-RÔBERT  69 

nuscrit  conservé  à  la  bibliothèque  Sainte    Geneviève  (i). 

«  ...Après  la  mort  et  fortune  du  dit  Philippe,  son  frère,  ledit 
Rob>ert  avait  fait  vœu  d'aller  au  saint  voyage  de  Jérusalem  lequel  il 
voulait  accomplir,  et  qu'il  voyait  le  roi  Louis-le-Gros  son  pèie  fort 
paralytique  et  en  grande  maladie  :  considérant  que  si  son  dit  père 
allait  de  vie  à  trépas  pendant  son  voyage  le  royaume  pourrait  être 
en  inconvénient,  ycellui  Robert  consentit  que  le  roi  son  père  fit 
couronner  Loys  son  frère  plus  jeune  que  le  dit  Robert  et  ycellui 
Robert  retint  le  comté  de  Dreux  et  de  Perche  et  la  seigneurie  de 
Vycnne  en  Dauphiné  et  plusieurs  autres  pour  entretenir  son  état....   )) 

Ici  les  terres  données  à  Robert  représentaient  sa  renon- 
ciation à  la  couronne,  et,  de  plus,  ce  marche  aurait  été  passé 
du  vivant  même  de  Louis-le-Gros  qui  aurait  cédé  à  Robert, 
son  fils,  les  biens  dont  il  jouissait. 

Que  l'on  rapproche  cette  version  du  traité  de  1 112  et  on 
se  rendra  compte  qu'elle  serre  de  très  près  la  vérité.  Que 
résulte-t-il  du  traité  de  1112?  L'abandon  au  roi  du  comté  de 
Corbeil  et  de  ses  dépendances,  11  est  indubitable  que  Brie 
faisait  partie  de  ce  comté  comme  elle  faisait  partie  de  la 
châtellenie  de  Corbeil  en  1202,  comme  elle  en  faisait  partie 
encore  dans  les  dernières  années  du  i3"  siècle. 

Louis-le-Gros,  devenu  maître  de  ce  comté,  n'eût  rien  de 
plus  pressé  que  de  s'en  assurer  définitivement  la  possession. 
Si  nous  nous  en  tenons  au  manuscrit  de  la  bibliothèque  Ste 
tieneviève,  ce  serait  en  ii3r  que  Robert  reçut  le  comté  de 
I^reux,  la  seigneurie  de  Vienne  en  Dauphiné  et  plusieurs 
autres.  Je  crois  à  la  vérité  qu'il  reçut  le  territoire  de  Dreux  de 
son  premier  mariage  avec  Agnès  de  Garlande,  comtesse  de 
Rochefort  (2),  dame  de  Gournay  (3)  et  de  Gometz  (4),  veuve 

(0  Bibliothèque  Sainte  Geneviève,  section  des  manuscrits  (c.  5/67,  un  vol.  in-f").  Ce 
manuscrit  coipTiience,  selon  le  P.  Leiong  dans  sa  Bibliographie,  à  Louis-le-Gros  et  va  à  1359  ; 
'^P- Lelong  le  fait  continuer  jusqu'en  I768  par  Mathieu  Herbelin,  trésorier  de  l'abbaye  de 
Saint-Yved-de-Brainc. 

U)  Rochefort  est  aujourd'hui  un  modeste  village  de  760  habitants  dans  le  canton  nord 
<^«  Dourdan  (Seine-ct-Oise).  Cest  le  berceau  de  la  célèbre  famille  des  Rochefort.  Guy  de 
Monthlcry,  Surnommé  le  Rouge  ou  Trousseau  (Rousseau),  que  nous  avons  vu  nux  prises 
*vrc  Louis-le-Gros  à  cause  de  Corbeil  (ayant  épousé  Elisabeth  de  Crécy  veuve  d'un  comte 
•^cLorbeil)  était  comte  de  Rochefort.  A nseau  de  Garlande,  père  d'Agnès,  était  également 
«>»te  de  Rochefort. 

())  Gournay,  village  sur  la  .Marne  (canton  de  Raincy,  Seine-ct-Oise).  Cette  seigneurie 
•^*it  été  apportée  en  dot  par  Agnès  de  Garlande.  Les  Garlande  étaient  seigneurs  de 
Tournon,  d'où  dépendait  Gournay. 

U)  Gometz-le-Chastel,  Gomctz-la-ville  du  canton  de  Limours  (Seine-et-Oise). 


70  HISTOIUE   DE   LA  VILLE 

d'Amaury  III*  du  nom,  seigneur  de  Montfort  TAmaury  e 
lille  unique  d'Anseau  de  Garlande,  sénéchal  de  France^ 
comte  de  Rochefort.  Dreux  appartenait  à  la  seigneurie  de 
Montfort  et  Louis-le-Gros  érigea  ce  territoire  en  comté  pour 
donner  à  son  tils  une  autorité  réelle  sur  cette  partie  du 
domaine  royal  et  assurer  ses  débouchés  sur  la  Beauce,mais 
Robert  dut  apporter  en  dot  autre  chose  qu'une  érection  de 
comté  et,  à  mon  sens,  Louis-le-Gros  lui  donna  dans  Tancien 
comté  de  Corbeil  quelques  seigneuries  devenues  du 
domaine  royal  par  le  traité  de  1112  et  notamment  celle  de 
Brie.  Il  mettait  ainsi  dans  la  même  main,  celle  de  son  fils, 
les  clefs  des  deux  greniers  de  Paris,  la  Beauce  et  la  Brie  ;  il 
lui  confiait  en  quelque  sorte  une  partie  des  marches  de  Tlle- 
de-France. 

Il  est  possible  néanmoins  qu'il  y  ait  eu  entre  la  famille  de 
Braia  ou  de  Brai  et  le  roi  ou  Robert,  son  tils,  des  échanges 
ou  des  ventes  de  territoires.  La  trace,  une  trace  û  peine 
appréciable,  de  ces  transactions  se  retrouve  dans  les  actes 
de  Louis  VII. 

Une  première  fois,  en  avril  1 1^9,  Louis  VII,  sur  la  demande 
de  l'abbé  Eude,  concède  à  Tabbave  de  Saint-Denis  tout  ce 
qu'il  avait  reçu  à  Touri,  aujourd'hui  Toury,  en  Beauce 
d'Herbert,  lils  de  Thomas  de  Braia. Une  seconde  fois,  en  1 175, 
le  même  roi  —  «  comme  suzerain  de  Herbert  de  Brai,  Ois  de 
Thomas,  seigneur  de  la  terre  de  Châtillon  —  confirme  une 
vente  qu'avait  approuvée  Herbert.  » 

Ces  deux  actes,  informes  quant  au  fond,  nous  apprennent 
qu'Herbert  de  Brai  —  personnage  jusqu'ici  inconnu  dons 
l'histoire  de  Brie  —  a  donné  (vendu  ou  échangé)  des  biens  à 
Louis  VII,  que  ce  même  Herbert  est  vassal  de  ce  dernier.  Ils 
nous  disent  aussi  que  cette  famille  de  Braie  avait,  ailleurs 
qu'à  Brie,  des  terres  et  des  revenus.  D'une  part  à  Toury  (i), 
non  loin  du  château  du  Puiset  dont  Louis-le-Gros  lit  si 
longtemps  le  siège  ;  de  l'autre,  à  Châtillon  (2),  terre  dont 
Thomas  de  Braie  était  seigneur. 

[i)  Toury.  commune  dans  le  canton  dejanvillc  i  Eure-et-Loir,  sur  la  limite  du  Loiret. 

(2)  11  est  difficille  ici  d'identifier  le   ("hàtilon  dent  parlent  les  actes.   11  semble  toutefois 


hË   BRiË-COMTË-ROBËRt  /f 

Ces  deux  documents  semblent,  on  le  voit,  éloigner  l'idée 
émise  par  Tabbé  Lebœuf,  reprise  par  ceux  qui  s'inspirèrent 
de  lui  en  parlant  de  Brie-Comte-Robert,  de  seigneurs  parti- 
al liers  à  Brie,  et  en  portant  le  nom.  Sans  doute  il  est  bien 
dit  dans  la  charte  citée  par  l'abbé  Lebœuf  que  Thomas  de 
Braia  jouissait  en  i  rSy,  de  dîmes  à  Brie,  mais  il  n'était  point 
le  seul  ;  nous  en  trouverons  d'autres  au  cours  de  cette 
hii^toire,  qui,  cependant  n'ont  jamais  été  qualifiés  seigneurs 
de  Brie.  Le  fait  d'avoir  part  aux  dimes  du  pays  n'implique  en 
rien  l'idée  d'une  seigneurie.il  est,  d'autre  part,  très  claire- 
ment indiqué  dans  les  actes  de  Louis  XII  que  Thomas  de 
Br-jii  était  seigneur  de  Châtillon  et  que  cette  famille  avait  des 
propriétés  en  Beauce. 

Chose  à  remarquer  —  le  rapprochement  n'a  jamais  été  fait 
jusqu'ici  —  un  des  seigneurs  dont  Louis-le-Gros  se  servit 
dans  sa  lutte  contre  Gui-le-Rouge  ou  Gui-Trousseau  et  son 
fils  Huguede  Crécy,  portait  le  nom  de  Milon  de  Brai.  Voici 
c^  que  disent,  à  cet  égard,  les  actes  de  Louis-le-Gros. 

•  Pendant  la  majeure  partie  du  XI*=  siècle,  partout  s'étaient  élevés 
dans  les  moindres  recoins  de  l'Ile-de-P'rance  des  lignées  de  châte- 
'^*ns  illégitimes.  Le  sol  capétien  s'était  couvert  de  donjons  hostiles, 
'léaux  redoutables  pour  la  sécurité  du  commerce  et  les  habitants  de 
^  campagne.  (Pour  le  roi>,  la  terre  ennemie  commençait  à  deux  pas 
°^  sa  capitale.  Pendant  trente-cinq  ans  (1101-1135),  Louis-le-Gros 
"**"igea  des  expéditions  militaires  contre  ces  féodaux.  Gui-le-Rouge 
^^  Son  fils  Hugues  de  Crécy  comptèrent  parmi  ses  ennemis  les  plus 
^^tifs  et  les  plus  irréconciliables.  .Mais  Louis  soutint  contre  eux  leur 
parents  Milon  de  Brai  et  llude  de  Corbeil.  Le  coup  décisif  fut  porté 
^^  ï  1 18  quand  on  apprit  les  détails  de  la  mort  dramatique  de  Milon 
^^  Brai,  étranglé  à  Chateaufort  (i)  par  son  cousin  Hugues  de  Crécy- 
^^  dernier  battu,  poursuivi,  se  jeta  dans  un  monastère  et  ses  biens 
tinrent  grossir  les  uns  le  domaine  royal,  les  autres  le  patrimoine 
^^s  frères  de  Garlande  (Tournan,  etc.).  Louis  put  dès  lors  commu- 

^^«  la  vente  est  confirmée  par  Louis  VII,  comme  suzerain  d'Herbert,  agissant  comme 
*«»gneur  de  Châtillon,  par  la  succession  de  son  père.  Ce  pourrait  être  alors  Chàtillon  (Seine), 
^^  mieux  Chàtillon-sur-Seinc,  ou  Viry-Chàtillon,  commune  de  Seine-et-Oise,  canton  de 
^'^'^Sjumeau.  Je  penche  pour  cette  dernière  hypothèse  parce  que  —  nous  le  verrons  plus 
tard  —  Viry  était  un  arrièrc-fief  de  la  seigneurie  de  Brie-Comte-Robert.  D'ailleurs  Robert, 
irére  de  Louis  VII,  était  seigneur  de  Longjumeau. 

v';  Lhateaufort,  canton  de  Palaiseau  (Seine-et-Oise). 


7^2  HISTOIRE   DE  I^\   \nLLE 

niqucr  plus  librement  avec  les  anciennes  villes  capétiennes  de  Dreux, 
Dourdan  et  Melun.  Maître  de  Corbeil,  de  Melun,  de  Moret,  il  n'avait 
plus  à  craindre  que  les  relations  entre  Paris  et  Sens  fussent  inter- 
ceptées.  M 

Ce  Milon  de  Brai,  frcre  de  Gui  Trousseau  et  de  Gui  de 
Rochefort  (mais<»n  de  Monthlëri-Chateaufort)  était  vicomte 
de  Trr»yes.  Je  ne  peux  m'empêcher  dobsener  que  les  actes 
de  Louis  VII  orthographient  le  nom  d'Herbert  de  Brai,  fils 
de  Thomas.  c<»mme  les  actes  deL<iuis-le-Gros  orthographient 
celui  de  Milon  de  Brai.  D'autre  part  il  est  intéressant  de 
constater  que  le  drame  fé<Kial  qui  se  joue  entre  Louis-le- 
Gros  et  la  famille  Rochefort-Mnnthléry  a  particulièrement 
pour  théâtre  ce  coin  de  la  Beauce  où  se  dresse  la  forteresse 
du  Puiset,  non  loin  de  laquelle  à  Toun%  Herbert  de  Brai, 
lils  de  Thomas,  possédait  des  biens,  et  le  territoire  sur  lequel 
était  bâti  Monthlér^'  â  courte  distance  de  Châtillon  dont 
Thomas  de  Brai  était  seigneur  et  deChatcaufort  où  Milon  de 
Brai  était  assassiné.  Je  crois  difficile  après  ces  rapproche- 
ments de  ne  pas  voir  dans  Milon  de  Brai,  Herbert  de  Brai, 
Thomas  de  Brai,  des  personnages  de  la  même  famille.  Il 
n'est  pas  douteux,  d'après  les  bonnes  relations  qui  ont  existé 
entre  Louis  VU,  Thomas  et  Herbert  de'Brai  que  ces  derniers 
aient  autant  que  Milon  prêté  leur  concours  aux  rois  capétiens 
dans  la  lutte  sans  merci  contre  les  féodaux  de  ce  coin  de  rile-dc- 
France.  D'où  l'on  peut  conclure  que  Louis-le-Gros,  fort  pro- 
bablement, en  récompense  de  leur  zèle,  leur  accorda,  dans 
le  comté  de  (Corbeil,  certaines  concessions  territoriales. 

Quelle  était  cette  tamille  ?  Il  est  bien  diffice  de  le  dire. 

On  trouve  dans  le  cartulaire  de  Xotre-Dame-de-Paris  (i) 
un  Robertus  de  Braya  qui,  vers  1212,  est  témoin  dans  un 
acte  ;  un  diplôme  de  Louis-le-Gros,  daté  de  ii22,énumèreles 
dons  faits  au  monastère  de  Saint-Martin-des-Champs  pour 
l'église  de  Gournay  par  Ansel  de  (jarlandc,  sénéchal,  et  par 
Albert  de  Br)\  Ce  dernier  donne  tout  ce  qu'il  avait  dti  propre 
dans  le  lieu  dit  Canoilum,  savoir  l'église  avec  la  dime  des 

^i)  Tome  I,  p.  yfi. 


DE  Brui>a)MTE-ROiH:RT  73 

prés,  une  terre,  un  bois, tout  cela  du  consentement  du  même 
Ansel  de  Garlande  de  qui  il  le  tenait  (i).  Bien  qu'il  y  ait  une 
dilTércnce  sensible  entre  l'orthographe  des  noms  Thomas  dô 
Braic  et  Albert  de  Bry,  on  est  tenté  cependant  de  rapprocher 
ces  deux  noms  par  cela  seul  que  tous  deux  font  un  don 
à  la  même  abbaye  de  Saint-Martin  des-Champs. 

A  ces  remarques,  il  convient  d'ajouter  celles  qui  suivent. 
Nous  verrons  plus  tard  que  le  territoire  de  Bric-Comtc- 
Robert  avait  d'étroites  relations  avec  celui  de  la  Ferté- 
Aleps  (2).  Il  existait  autout  de  cette  ville  des  fiefs  mouvants, 
en  arrière  liefs  de  Bric-Comte-Robcrtet  parmi  ces  derniers 
l'un  portait  le  nom  de  «  Grange-de-Brye  »,  orthographe  scru- 
puleusement observée  dans  divers  aveux.  Ce  fief  relevait  des 
seigneurs  de  Villemain,  qui  au  XV*' siècle  orthographiaient 
leur  nom  de  Braya,  mais  qui  au  XIV"  siècle  s'appelait  Brie  (3). 

La  forme  Braia  et  même  Bri  se  rencontre  bien  dans  le 
cartulaire  de  Notre-Dame  dans  des  noms  tels  que  Petrus  de 
Braia  (1248),  Thomam  de  Braia  (1270),  Furcandus  de  Bri 
(1204)  ;  mais,  en  admettant  qu'elle  s'applique  à  des  représen- 
tants d'une  seule  et  même  famille,  elle  ne  saurait  prévaloir 
contre  l'orthographe  ofiicielle,  si  l'on  peut  s'exprimer  ainsi, 
que  nous  fournissent  les  sceaux.  Or,  de  l'examen  des  écus  de 
ces  sceaux,  il  ressort  bien  que  Artus  de  Braye  —  dont  nous 
trouverons  le  nom  par  la  suite  —  appartient  bien  à  la  famille 
qui  portait  le  nom  de  Brie,  et  l'on  ne  saurait  douter  que  cet 
Artus  de  Braye  eut  des  biehs  à  Brie-Comte-Robert. 

(l)  Hist.  du  diocèse  et  de  la  ville  de  Paris,  par  l'abbé  Lcbœuf  (article  Gournay). 

(2;  Le  prévôt  de  Erîe-('omte-Robert  était  aussi  prévôt  de  la  Fcrté-Alais.  Un  certain  nom- 
bre   de    fiefs    autour    de  la    Ferté  Alais  et  dans  la  vallée  d«  l'Essonne  étaient  mouvants,  en 
arrieres-fiefs,  de  la  châtellerie  de  Bne. 

I  V;  On  trouve  dans  la  collection  Clérambau't  trois  sceaux  de  diverses  époques  qui  sans  nul 
doute  appartiennent  à  la  même  famille. 

L'un  est  de  Jean  de  Brie,  chevalier,  — sceau  rond  de  18  mili.  Ecu  à  deux  haches  adossées  en  pal. 
LigeHde  onciale    S'  lE lE  CHEVA....  (quittance  de  gages  du  29  mars  ni5). 

L'autre  est  de  Pierre  de  Brie,  écuyer.  —  Sceau  rond  dé  18  mill.  Ecu  à  deux  haches  adossées 
en  pal.  Légende  f  S  PiERRES  DE  BillE  (quittance  de  gages  du  7  novembre  lî9«).). 

Le  troisième  est  de  Artus  de  Brie,  chevalier  -  sceau  rond  de  27  milL  Ecu  à  deux  haches  en 
pal  aJoisées,  penché,  timbré  d'un  heaum:  couronné  et  cime  d'une  tête  de  lion.  Dans  le  champ 
deux  cameaux.  Légende  gothique  ARTVS  DE  BRAYE.  ((Quittance  de  gages  donnée  à  Rouen 
le  5  octobre  1415. 


74  HISTOIRE   DE  LA   VILLE 

Il  est  donc  curieux  de  constater  que  pendant  que  le  nom 
de  la  ville,  dont  je  m'occupe,  hésitait  tout  d'abord  entre  les 
formes  Bra/a,  Bre/j  pour  s'affirmer  ensuite  dans  celle  de  Brava 
ou  de  /irjje,  la  famille  dans  laquelle  on  a  cru  voir  les  seigneurs 
de  Brie,  appelée  d'abord  dans  des  notes  contemporaines 
'Urai,  se  soit  dans  les  siècles  suivants  affirmée  sous  le  nom 
de  'Br/e.  Il  me  semble  pouvoir  en  conclure  que  cette  famille, 
venue  du  dehors,  n'a  jamais  reçu  ou  pris  son  nom  de  notre 
ville  et  que  même,  elle  s'est  surtout  préoccupée  de  nette- 
ment distinguer  ce  nom  de  celui  de  Brie-Comte-Robert, 
peut-être  pour  rappeler  ses  origines.  Si  l'on  veut  à  cet  égard 
toute  ma  pensée,  je  serais  près  à  croire  que  les  Brai  et  les 
Brie  sortent  de  Brie-sur-Marne  que  l'on  trouve,  dans  le 
cartulaire  de  Saint-Germain-les-Fossés,  par  exemple,  ortho- 
graphiée/^raù,  en  1197,  1244,  1264,  etc.,  etc. 

D'où  je  tire  cette  conclusion  opposée  à  l'hypothèse  de 
l'abbé  Lebœuf  et  aux  affimations  de  ceux  qui  l'ont  suivi  que 
Louis  VII  n'eut  pas  à  traiter  avec  un  Thomas  de  Brie  ou  tout 
autre  homonyme  pour  donner  à  son  frère  Robert  en  apanage 
la  terre  de  Brie-Comte-Robert. 

Tout  d'abord  s'il  y  eut  des  arrangements  territoriaux  dans 
la  famille  royale  au  sujet  du  comté  de  Corbeil,  je  m'en  tiens 
au  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Sainte-Geneviève,  déjà 
cité,  d'après  lequel,  ces  arrangements  furent  faits  du  vivant 
même  de  Louis-le-Gros,  après  la  mort  de  son  fils  Philippe 
(1 129)  et  au  moment  du  couronnement  de  Louis  VII,  sacré  à 
Reims  le  r*"  août  i  i3i.  Ils  concordent,  du  reste,  avec  la  date 
probable  du  premier  mariage  de  Robert,  fils  de  Louis-le- 
Gros,  avec  Agnès  de  Garlande,  fille  unique  d'Anseau  de 
Garlande. 

Le  comté  de  Corbeil  devient  châtellenie,  nous  l'avons  dit, 
et  cela  dès  le  règne  de  Louis  VI  ;  on  peut  dire,  presque  à 
coup  sûr,  que  la  conséquence  de  ces  arrangements  territo- 
riaux fut  la  création  de  cette  châtellenie. 

«  Je  ne  doute  pas  que  pour  la  formation  de  cette  châtellenie, 
écrit  l'abbé  Lebœuf,  il  n'ait  été  besoin  de  traiter  quelque- 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  7D 

foii^  avec  révêquc  de  Paris  et  que  de  là  ne  soit  venue  la  rede- 
va.nce  du  cierge  de  20  sols  dont  le  château  de  Corbeil  était 
te  r~i  u  envers  cet  évêque.  » 

^\  mon  avis,  c'est  là  qu'il  faut  chercher  le  mot  de  la  rcvo- 
Ili  tiun  terrienne  accomplie  à  cette  époque. 

Dans  la  préface  du  cartulaire  de  N.-D.  de  Paris,  il  est  dit  : 

«  Les  fiefs  possédés  par  l'évêque  de  Paris  étaient  les  châ- 
teaux et  chatellenies  de  Tournan,  de  Montjay  (anciennement 
M«>ntjoie),  de  Conflans  Sainte-Honorine,  de  Luzarches,  de 
(tourna}',  de  Chevreuse,  de  Brie-Comte-Robert  ;  les  châteaux 
de  Corbeit,  de  Montlhêry,  laFerté-Aieps,  le  bourg  St-Marcel 
^  Saint-Denis.  » 

i^e  son  côté,  Tabbé  Lebœuf,  auquel  il  faut  bien  sans  cesse 
'"avenir,  a,  dans  un  travail  de  ce  genre,  écrit  ce  qui  suit  : 

*  Entre  plusieurs  corps  ecclésiastiques  qui  ont  possédé  le 
princ:ipal  lief  de  la  terre  de  Brie-Comte-Robert  ou  d'autres 
llef^^  subalternes,  il  paraît  qu'on  doit  donner  le  premier  rang 
à  1  Elgjise  de  Paris.  Elle  pouvait  tenir  le  chef-lieu  du  territoire 
^^  <^  uelque  évêque  qui  l'avait  gouvernée  avant  le  XII"  siècle, 
en  :5>()rte  que  ce  seraient  les  guerres  arrivées  en  différents 
terri  pj^^  soit  celles  des  Normands,  soit  celles  du  X^^etXP 
siècrles  qui  auraient  fait  perdre  la  connaissance  du  donateur 
e^  <^ui  soit  cause  que  Ton  se  souvient  seulement  que  la  terre 
devrait  foi  et  hommage  à  l'église  de  Paris.  » 

^  ous  verrons  au  XV*  siècle  l'évêque  de  Paris  exiger,  au 

^^^tn  des  droits  que  l'église  de  Paris  avait  sur  Brie,  qu'une 

^e\ne  de  France  lui  rendit  foy  et  hommage  et  celle-ci,  ne 

v^>ulant  pas  se  prêter,  en  personne,  à  cette  démonstration 

humiliante  de  vassalité,   la  faire  exécuter  par  un  délégué 

spécialement  désigné  à  cet  effet. 

Les  droits  de  l'église  de  Paris  étaient  donc  incontestables 
puisqu'ils  étaient  reconnus.  L'abbé  Lebœuf  en  explique 
l'origine  comme  nous  l'avons  vu  ci -dessus.  Il  me  semble 
qu'on  pourrait  peut-être  présenter  à  ce  sujet  une  opinion  plus 


76  HiSTômE   DE   LA  VILLE 

précise.  Le  savant  auteur  de  l'histoire  du  diocèse  de  Paris 
dit  quelque  part  (i)  : 

«  Un  comte  de  Paris  nommé  Etienne  et  Almatrude  ou 
Armantrude,  son  épouse,  donnent  (811)  aux  chanoines  de 
Paris  la  terre  de  Sucy,avec  l'église  St-Martin  in  loco  qui  vocatur 
Sulcianus,  par  un  acte  passé  à  Bonneuil...  L'acte  (?)  par 
lequel  le  comte  Etienne  donne  à  l'église  Notre-Dame,  Saint- 
Etienne  et  Saint-Germain  qui  composait  ces  trois  noms  et  la 
cathédrale  de  Paris,  tout  le  bien  qu'il  avait  à  Sucy  et  aux 
environs  est  peut-être  le  plus  ancien  de  cette  illustreéglise. 
Outre  Téglise  de  Saint-Martin  de  ce  lieu  qu'il  joignit  à  ce 
don  avec  ses  dépendances,  on  y  trouve  le  Mansus  inciomini- 
catus  qui  était  le  manoir  seigneurial,  avec  les  autres  maisons, 
les  serfs,  les  bois,  les  prés,  les  moulins,  les  eaux,  sans  aucune 
mention  de  vignes. 

»  Lui  et  sa  femme  firent  encore  présent  à  la  même  Eglise 
du  manoir  seigneurial  qu'ils  avaient  in  alio  loco,  in  ipsopago 
'Parisiaco,  in  loco  qui  vocatur  Nocetus,  et  là  il  est  fait  mention 
de  vignes,  de  bois,  de  prés  et  de  l'eau  qui  faisait  tourner  les 
moulins. 

»  La  troisième  terre  qu'ils  donnèrent  était  située  dans  un 
lieu,  dit  \Moulins,  sans  qu'on  indique  la  situation. 

»  Et  la  quatrième  dans  un  lieu,  dit  Buxidus,  avec  pareille 
mention  de  vignes,  bois,  prairies,  moulins  et  cours  d'eau. 

»  Ce  qui  fait  que  je  n'ose  pas  assurer  qu'il  s'agit  là  de 
Noiseau,  ni  de  Boissy-saint-Léger,  qui  ne  sont  pas  assez 
éloignés  de  Sucy  pour  qu'on  ait  pu  dire  in  alio  loco,  in  quarte 
loco  et  qui  d'ailleurs  ne  sont  pas  situés  dans  un  pays  propre 
à  bâtir  des  moulins,  en  ce  temps-là,  vu  qu'on  ne  connaissait 
pas  encore  les  moulins  à  vent.  » 

Cette  charte,  citée  par  l'abbé  Lebeuf  et  d'autres,  a  étc 
étudiée  par  M.  R.  deLasteyrie  (3).  «  11  s'agit,  dit-il,  d'un  acte 
de  81 1  dressé  par  un  comte  nommé  Etienne  et  connu  seule- 

(il  Hist.  EccL  Paris,  (tome  I.  p.  345). 

(z)  Ibid.  p.  304. 

(î;  La  charte  de  donation  du  domaine  de  Sucy  à  l'Eglise  de  Paris,   par  M.   R.    de    Lasteyrie    >  Bibl. 
de  l'Ecole  des  Chartes,  année  1882,  tome  XLIII,  pp.  60-78). 


DE    BRIE-COMTE-ROBERT  77 

ment  par  des  copies  dont  les  plus  anciennes  sont  du  XI* 
siècle.  »  M.  de  Lasteyrie  donne  une  de  ces  copies,  celle  qu'il 
considère  comme  la  plus  ancienne,  et  la  compare  avec  deux 
autres,  à  peu  près  contemporaines  ou  paraissant  telles,  et  fait 
ressortir  ainsi  quelques  différences  de  rédaction  entre  elles. 
Il  établit  ainsi  que  cet  acte,  «apocryphe,  au  point  de  vue  diplo- 
matique, a  une  valeur  historique  à  cause  des  détails,  con- 
temporains de  sa  rédaction,  qui  paraissent  exacts.  » 

Ce  point  acquis,  examinons  la  teneur  du  document  en  ce 
qui  touche  la  troisième  terre  donnée  par  le  comte  Etienne  et 
située  dans  un  lieu,  dit  Moulins, 

«  Et  in  tertio  loco,  quœdicitur  (var.  vocatar)  ^olinis  (var. 
\Mulinis),  manso  dominicato,  ciim  omni  inte^ritate,  » 

(Dans  un  troisième  lieu,  la  terre,  qui  est  dite  ou  appelée 
Moulins,  avec  le  manoir  seigneurial  et  tout  cequ'elle  comporte 
intégralement.) 

Quelques  lignes  plus  bas  l'acte  explique  ce  qu'il  entend 
par  cette  donation  complète. 

<f  Et  quicquid  in  mancipiis  vel  terris,  vineis,  silvis,  pratis, 
pascuis,  aquis,  aquarum  ve  decursibus,  farinariis  {var,  aquis, 
farinariis,  decursibus),  mobile  et  immobile,  totum  etadinte- 
I^Tum,  rem  inexquisita  (vjr,  rem  inquisita)  litis,  libertis, 
cultis  et  incultis,  servis  et  ancillis,  et  omnia  mérita  colonorum 
tam  ibi  (var.  inibi)  oriundi  quamque  aliubi  translati  sunt, 
quem  (var.  que)nosante  hos  dies  per  jussionem  domni  impe- 
ratoris  Karoli,  de  partibussanctœ  Mariœ,et  sancti  Stephani 
vel  domni  Germani  de  rébus  nostris  propriisexcamiavimus.» 

Le  comte  Etienne,  on  le  voit,  ne  fait  aucune  réserve.  Il 
donne  tout  ce  qui  existe  dans  sa  propriété  dite  Moulins  :  les 
terres,  les  vignes,  les  bois,  les  prés,  les  pâturages,  les  chutes 
d'eau,  les  greniers  à  farine,  tout  ce  qui  est  meuble  ou 
immeuble,  les  serfs,  les  serviteurs,  les  récolles  des  cultiva- 
teurs,soit  qu'elles  naissent  là,  soit  qu'elles  soient  transportées 
ailleurs.  Il  fixe  enlin  l'origine  de  sa  propriété.  «  Toutes  ces 
choses,  dit-il,  proviennent  d'échanges  accomplis  par  ordre  de 
l'empereur  Charles...  » 


78 


HISTOIRE   DE   LA   VILLE 


Je  n'examinerai  pas  ici  la  discussion  ouverte  par  M.  de 
Lasteyrie  sur  l'identification  de  V\jocetus  et  de  Buxidiis. 
Sur  ce  point,  il  ne  semble  pas  être  absolument  d'accord  avec 
Tabbé  Lebeuf.  En  ce  qui  touche  Moulins,  M.  de  Lasteyrie 
s'exprime  ainsi  : 

«  L'emplacement  du  lieu  nommé  Molinis  est  moins  facile 
à  déterminer.  Les  environs  de  Sucv  et  de  Noiseau  ne 
contiennent  aucun  village  ou  groupe  de  maisons  répondant 
à  ce  vocable.  Peut-être  le  retrouverait-on  si  on  possédait  la 
liste  des  lieux-dits  dans  un  certain  ravon  autour  de  Sucv. 
Kn  tout  cas,  cela  ne  nous  renseignerait  pas  sur  son  histoire 
puisque  la  donation  du  comte  Etienne  est  la  seule  qui  en 
fasse  mention.  » 

Je  proposerai  de  placer  cette  terre  des  Moulins  à  Brie  même 
ou  plutôt  dans  ses  alentours. 

Les  fontaines  qui  sourdent  au  fond  de  la  cuvette  de  Brie, 
grossies  par  les  rus  descendant  des  plateaux  voisins,  notam- 
ment les  rus  de  Tubeuf  et  des  Ecorcheries,  s'épanchent,  je 
l'ai  dit,  dans  la  rivière  de  l'Yères  par  un  ruisseau  appelé  le 
Cornillot  qui  a  un  cours  de  quelques  cents  mètres  de 
longueur.  Ce  ruisseau  court,  au  fond  d'un  vallon  assez 
resserré,  en  deux  branches,  toutes  deux  issues  des  fossés  du 
chciteau  et  se  réunissant  à  i-nx)  mètres  environ  de  là. 

En  jetant  un  coup  d'œil  sur  le  croquis  ci-contre,  on  se  rend 
aisément  compte  que  de  ces  deux  branches  l'une  est  naturelle 


et  l'autre  est  le  résultat  du  travail  de  l'homme.  Cette  dernière, 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT 


79 


qui  porte  le  nom  de  rù  des  Moulins,  a  été  creusée  de  façon  à 
relever  le  plan  d'eau  le  plus  possible  de  façon  à  obtenir,  en 
un  point  quelconque  de  son  parcours,  une  chute  pouvant 
aller  de  2  à  3  mères  environ.  Il  y  avait  là  une  force  que  ne 
devaient  pas  laisser  inutilisée  des  êtres  habiles,  d'ailleurs, 
dans  les  travaux  hydrauliques.  Cette  force  devait  d'ailleurs, 
à  l'origrine,  être  considérable  et  constante.  D'une  part,  en 
elTet,  les  sources  du  Château  coulaient  plus  librement 
qu'aujourd'hui  où  les  vases  et  l'exhaussement  graduel  du  sol 
prénent  leur  épanchement, de  l'autre  les  rus,  venant  de  la  plaine, 
fournissaientune  quantité  d'eau  plus  grande  et  plusréguliôre 
que  de  nos  jours,  surtout  avant  les  travaux  de  défrichement 
qui  ont  successivement  fait  disparaître  les  bois  couvrant  le 
versant  nord  de  la  cuvette  de  Brie,  et  avant  les  drainages 
exécutés  sur  ce  point. 

Le  rû  des  moulins,  qui,  dans  ces  dernières  années,  était 


LE    GRAND    MOULIN 

(D'après  un  croquis  sans  date  et  sans  échelle,  recueilli  par  Camille  'Bernardin 
aux  archives  de  la  famille  dVrUans.) 


8v3  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

devenu  impuissant  à  faire  marcher  le  Grand  Moulin,   (i) 
devait  à  cette  époque  mettre  en  mouvement  non  pas  un,  mais 
plusieurs  moulins  à  eau.  Je  n'en  veux  pour  preuve  que  ce  -] 
passage  extrait  d'un  bail  à  rente  du  moulin  de  Cornillau,  en  *' 
date  du  .■>  octobre  1470.  Il  y  est  dit  très  nettement  que  le  " 
moulin  «  appelé  Moulin  de  Cr)rnillau  est  assis  lès  Brie-Comte-  * 
Robert,  ju  dessous  des  moulins  â  eau  de  la  Ville.  »  Il  existait  . 
donc,  en  dehors,  du  moulin  de  Cornillot,  plusieurs  moulins  à 
eau  (2),  ce  qui  explique  d'ailleurs  très  bien  la  dénomination 
de  Grand  Moulin  dot\ï\ù  à  l'un  d'eux  et  qui,  sous  ce  nom,,. 
existait  encore,  il  y  a  quelques  années. 

Dans  une  désignation  de  tenants  et  d'aboutissants  d'un 
jardin,  appartenant  à  «  Jehan  Boudeaulx,  bourgeois  de 
de  Melleun  »,  en  date  du  6  mars  ix)3,  il  est  dit  que  ce  jardin 
tient  d'une  part  «  au  long  des  rus  des  Moullins  ». 

Dans  les  lieux  dits,  employés  en  1438,  une  vigne  est  ainsi 
spécifiée  :  «  Vigne  des  Moulins  »  :  on  y  retrouve  également 
le  rù  des  moulins. 

Le  3  mars  i5?i .  «  Loys  Moteau  délaisse  six  sols  parisis  de 
rente  à  la  fabrique  sainct  Etienne  de  Braye-Conte-Robert  à    ' 
prendre  sur  ung  arpent  de  vigne  assis  aux  moulins.  » 

Le  lx.>  mars  iSvj,  deux  marchands  tanneurs.  Devis  et  Jehan 
du  chemin,  se  disent  propriétaires  de  «  granches,  maisures, 
court,  jardin...  tenant  par  bas  au  Grand  ^F(u  des  Mollins.  » 

Guillaume  de  Villemeneux,  autre  marchand  tanneur, 
déclare,  le  même  jour,  posséder  «  une  maisure  et  jardin 
derrière  tenant  au  ///  des  nmllins  »>.  Dans  l'aveu  de  laGrivelle, 
rendu  le  lô  septembre  i?î^r,  il  est  question  d'une  pièce  de 
terre  sise  à  la  tome  des  moulins,  tenant  au  ru  des  dits  moulins 
cl  au  /J//.V  ;*//. 

Je  pourrais  multiplier  ces  citations  qui  tendent  toutes  à 

I     Détruit,  depuis,  par  un  incendie, 

;  V*  e>t  l'on  probable  que  ce'i  moulins  ne  servaient  pas  tous  à  moudre  Je  la  farine.  Ils 
devaient  >e'\:r  aux  tanneries  îo't  nomi>reu>es  sur  ce  potnt  et  dont  le  souvenir  s'est  conservé 
dans  le  nom  donne  a  une  rue  de  la  ville.  Hn  ertet,  dins  un  compte  d'Oudart  de  l^ignv, 
receveur  de  la  reine  leanne.  se  trouve  un  article  ainsi  con^u,  en  recette  :  «  De  la  value  de 
Kane  aj\  îuUJons  »  l.e  sejj:neur  du  îjeu  pouv,«it  en  etlet.  a  son  gre.  fermer  ou  ouvrir  la 
\ar..".e  d-  --  -.'.  *::-  -"-  .il  u  lirait  donc  un  dro:l  de  i  eau  servant  ainsi  de  force  motrice. 


t>E   BRIE-COMTE-ROBERT  83 

cette  affirmation  légitimée  et  justifiée  par  le  bail  du  moulin 
de  Cornillot,  ci-dessus  reproduit,  que  soit  en  dessus,  soit  en 
dessous  du  Grand  Moulin,  il  en  existait  d'autres. 

Ce  qu'il  y  a  de  singulier,  c'est  qu'en  plusieurs  documents, 
ces  moulins  sont  désignés  ainsi  :  les  moulins  le  comte. 

Dans  des  lieux  dits,  de  1467,  nous  trouvonsla  rue,  que  nous 
appelons  aujourd'hui  du  Martinet  ou  des  Martinets  (i), 
indiquée  comme  il  suit  :  Laval  ou  allant  aux  moullins  le 
compte  (sic). 

En  1438,  nous  trouvons  le  clos  des  moulins  le  conte, 

A  plusieurs  reprises,  dans  des  actes  de  l'époque  se 
retrouve  cette  appellation,  à  tout  le  moins  suggestive. 

Dans  les  comptes  de  la  reine  Jeanne,  notamment,  on  relève 
souvent  cette  expression  :  «  De  la  value  de  Tycaue  le  conte 
dite  Vrenelles.  » 

Mais  voici  qu'un  aveu  du  28  juillet  1476  nous  dit  que  le 
fief  de  Sensalle  commence  «à  la  Fosse  au  Comte  au  long  de  la 
vallée  de  Suynes  »  et  continuant  sa  description  parle  de 
«  toute  la  rivière  attenant  à  la  Fosse  au  Comte  en  venant  au 
moulin  de  Vernelle  et  du  dit  moulin,  etc.,  etc.  » 

Que  l'on  rapproche  ces  indications  delà  chaussée  ou  levée 
de  terre,  faite  évidemment  de  main  d'homme  (2)  sur  la  rivière 
d'Yerres,  un  peu  au  dessous  du  confluent  de  la  Barbançonne, 
en  face  de  Tile,  encore  visible  et  semblant  dessiner  un  bief 
de  moulin  et  le  faux-rû  subséquent,  et  on  a  peut-être  l'expli- 
cation de  ce  qui  précède.  Dans  tous  les  cas,  nous  voyons 
encore  le  mot  comte  associé  à  un  travail  hydraulique  quel- 
conque touchant  à  un  moulin. 

Est-il  téméraire  de  dire  d'après  ces  données  venues  de 
sources  différentes  que  le  comte  Etienne  (3)  possédait  — 

(0  II  est  à  remarquer  que  ce  nom  de  mirtinet  est  donné  à  un  marteau,  mù  le  plus  souvent 
par  la  force  de  l'eau,  et  qui  sert  dans  les  moulins  à  papier,  à  tan,  k  foulon,  etc.  Ne  serait-ce 
pas  là  le  souvenir  des  anciens  moulins? 

(2)  La  rivière  d'Yerres  présente  en  cet  endroit  plusieurs  trous  ou  fosses  qui  ont  chacune 
leur  nom.  Chose  singulière  le  nom  de  Fosse  au  comte  est  totalement  inconnu  aujourd'hui 
autant  que  le  moulin  dont  il  est  parlé  ici. 

())  Le  comte  Etienne  dont  il  est  question  appartient  à  cette  famille  dont  je  donne  la 
généalogie  au  commencement  de  ce  chapitre  (v.  p.  60). 


84  HISTOIRE  DE  LA  MLLE 

non  pas  â  Brie  même  —  mais  dans  les  environs  —  des  moulins, 
et  avec  eux  des  territoires,  lignes,  prés,  pâturages,  bois, 
eaux,  chutes  d'eaux,  etc.,  etc.?  La  vallée  du  Cornillot  ne  nous 
présente-t-elle  pas  toutes  ces  particularités  au  moins  autant 
que  la  vallée  de  Suisnes  et  peut-être  d'autres  que  Ton  retrou- 
verait en  serrant  davantage  la  question  ? 

Et,  lorsqu'on  y  réfléchit,  on  s'explique  après  ce  qui 
précède  que,  dans  son  testament,  le  comte  Ktienne  ne 
pouvait  préciser  en  quel  endroit  étaient  situés  les  moulins 
qu'il  donnait  au  Chapitre  de  Paris.  Il  était  difficile  de  rattacher 
ceux  de  la  vallée  du  Ojrnillot  au  viens  ou  au  b<»urg  qui 
s'élevait  à  près  de  deux  kilomètres  de  là,  ainsi  que  nous 
l'avons  démontré;  de  même  que  le  moulin  de  Vernellc,  isolé 
et  perdu  sur  la  rivière  ne  portait  probablement  aucun  nom. 
Si  nous  ajV)utons,  comme  nous  le  verrons  par  la  suite,  que 
lEglise  de  Paris  aflirmait  sa  propriété  du  moulin  ou  des 
moulins  élevés  sur  le  territoire  de  Brie,  qu'elle  était  proprié- 
taire du  terroir  de  Grisy,  de  Suisnes  et  par  suite  du  moulin 
qui  pouvait  s'élever  à  Vernelle,  il  ne  paraîtra  surprenant  â 
personne  qu'elle  ait  été  investie  de  ces  biens  par  le 
testament  de  811  dont  j'ai  donné  les  principales  disposi- 
tir)ns. 

Dans  tous  les  cas,  pour  revenir  à  Robert,  j'incline  à  penser 

que  L()uis-lc-(jros,en  constituant  la  châtellenie  de  Corbeil  et, 

en    mariant   sr>n    lils   â   Agnès    de    (jarlande,   voulut    lui 

constituer  un  apport  digne  de  son  titre  de  prince  royal  et 

prop(  >rti(  >nné  aux  terres  que  les  (  larlande  avaient  dans  le  pays. 

11  dut  donc  —  l'abbé  Lebojuf  le  dit  explicitement  —  traiter 

avecl'Kglisede  Paris  et  c'est  d'elle  qu'il  acheta,  avec  d'autres, 

une  partie  de  la  terre  de  Brie.  L'Eglise  de  Paris  se  réserva 

d'ailleurs  la  meilleure  part  dans  ce  marché,  car  elle  resta  en 

possession  des  grasses  plaines  qui  de  Brie  vont  à  l'Yerres, 

paraissant  avoir  abandonne  au  domaine  royal  les  terrains 

boisés  qui  sont  au  nord,  et  dont  il  restait,  au  commencement 

du  siècle,  une  trace  certaine  sous  le  nom  de  Bois  du  Parc. 

Il  me  semble,  dès  lors,  qu'une  fois  nanti  de  ces  terres 


h\Z   HRlE-COMTE-ROBERt  8r» 

R<:)bert  ait  eu  une  préocupation  naturelle  :  celle  de  les  mettre 
en  valeur  et  de  les  faire  garder  par  une  personne  sûre. 

Pour  cette  dernière  fonction,  il  dût  à  mon  sens,  s'adresser 
à  un  de  ses  vassaux  de  la  seignerie  de  Longjumeau,  par 
exemple  àThomas  de  Hrai  ou  à  Herbert  son  tils,  et  lui  concéder 
un  coin  de  ses  propriétés  pour  y  élever  un  manoir  sous 
réserve  de  sa  suzeraineté  féodale.  Ci^ntrairement  à  ce  que 
l'on  s'est  plu  à  établir  S(3us  forme  d'hypothèses,  le  seigneur 
n'a  eu  rien  à  demander  à  son  vassal.  Il  a  simplement  investi 
un  de  ses  soldats,  de  ses  lieutenants  dévoués,  miles,  de  la 
garde  de  sa  nouvelle  propriété.  Cette  garde  d'ailleurs  avait 
son  importance. 

Il  est  absolument  évident  que  le  premier  souci  de  Robert 
fut  de  faire  revivre  —  s'il  était  tombé  en  désuétude  —  l'antique 
marché  de  Hrie  ou  d'en  accroître  l'importance  en  protégeant 
contre  toutes  les  entreprises  ceux  qui  s'y  donnaient  rendez- 
vous.  Il  dut  aussi  se  préoccuper  de  rassurer  la  population 
agricole  dont  j'ai  montré  la  pénible  situation  à  ces  époques 
troublées.  C'est  certainement  dans  ce  sens  qu'il  faut  entendre 
la  version,  répétée  et  admise,  (i)  que  Robert  fonda  Brie  en 
1 153.  Contradiction  à  relever  :  ceux-k\  même  qui  citent  à  cet 
égard  l'ccuvre  précieuse  des  bénédictins  de  Saint-Maur  s'ef- 
forcent, avec  l'abbé  Lebeuf,  de  faire  revivre  des  seigneurs  de 
Brie,  antérieurs  à  Robert,  montrant  par  cela  même  combien 
peu  le  frère  de  Louis  \\\  fonda,  au  sens  exact  du  mot,  la  ville 
sur  laquelle  ils  ont  écrit.  En  réalité,  Robert  releva  Hrie  de  ses 
ruines,  encouragea  les  cultivateurs  à  reprendre  la  charrue  et 
à  reconquérir,  sur  la  forêt,  les  champs  des  siècles  passés,  en 
même  temps  qu'il  rétablit  ou  développa  le  centre  d'échanges 
institué  depuis  des  siècles  en  ce  lieu. 

Or,  pour  cette  œuvre,  la  date  fixée  par  VArt  de  vérifier  les 
djtes  parait  exacte. 

On  n'est  pas  absolument  sûr  du  rang  qu'occupait  Robert 
parmi  les  enfants  de  Louis-le-Gros.  Le  P.  Anselme  (2)  le  dit 

(i .  L'art  de  vérifier  les  dates. 

[2,  Paris,  1726,  tome  I,  p.  433  et  126. 


8(1  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

cinquième  (i);  d'autres  généalogistes  lui  donnent  le  quatrième 
rang  en  plaçant  Hugues,  mort  jeune,  après  Philippe,  archi- 
diacre de  Téglise  de  Paris  (v.  la  généalogie  à. la  note  i).  Si  on 
veut  bien  se  reporter  à  la  citation  que  j'ai  faite  ci-dessus,  en 
l'empruntant  à  un  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte- 
Geneviève,  on  voit  que,  d'après  l'auteur,  Robert  occupait  le 
deuxième  rang  et  que  si  Louis  VII  fut,  du  vivant  de  son  père, 
sacré  à  Reims  (i  i3i),  ce  fut  parce  que  Robert  aurait  consenti 
à  céder  à  son  frère  la  couronne  qui  lui  revenait. 

Je  ne  m'efforcerai  pas  de  rechercher  ce  qu'il  peut  y  avoir 
d'exact  dans  cette  assertion  que  je  signale  au  passage.  Elle 
pourrait,  dans  quelque  mesure,  expliquer  certains  actes 
politiques  de  Robert.  Il  est  certain  que  la  plus  parfaite  har- 
monie ne  régna  pas  toujours  entre  les  deux  frères.  Robert, 
peut-être,  nourrissait  au  fond  de  son  âme  un  secret 
dépit  d'avoir  renoncé  à  la  couronne.  Ce  fut  au  retour  de  ce 
qu'on  est  convenu  d'appeler  la  2*=  croisade  (2)  (i  147-1 149)  que 
la  mésintelligence,  qui  existait  déjà,  sourde,  entre  les  deux 
frères,  éclata  au  grand  jour  (3).  Certains  grands  seigneurs 
encouragèrent  Robert  et  le  clergé  lui-même  ne  lui  ménagea 
pas  son  approbation.  C'est  ce  que  nous  dit  Suger  lui-même 
en  un  récit  d'une  discrétion  toute  diplomatique  (4).  Je  n'ai  pas 
ici,  à  faire  le  récit  de  cette  conspiration  ;  il  sortirait  du  cadre 

(1)  De  son  mariage  avec  Adelaîs  ou  Adélaïde  (fille  de  Humbert  11,  comte  de  Savoie  et  de 
Giblc  de  Bourgogne),  Louis-lc-Gros  avait  eu  huit  enfants  :  l*  Philippe  d'abord  associé  au 
trône  mort  en  1129.  !•  Louis,  qui  régna  sous  le  nom  de  Louis  V!l  ;  y  Henri,  moine  de  Clair- 
vaux,  d'abord  cvéque  de  Beauvais.  qui  mourut  en  1174,  archevêque  de  Reims  ;  4»  Hugues  ; 
5«  Robert  devenu  comte  de  D.eux.  de  Braine,  seigneur  de  Brie-Comte-Robert  et  autres  lieux  ; 
6»  Philippe,  archidiacre,  puis  évcque  de  l'Eglise  de  Paris,  mort  en  1161  après  avoir  cédé 
lévéché  de  Paris  à  Pierre  Lombard  ;  7  Pierre  de  Courtenay  ;  8»  Constance  qui  se  maria 
d'abord  avec  Eustache,  comte  de  Boulogne,  puis  à  Raymond  V,  comte  de  Toulouse. 

(2)  11  est  constant,  en  effet,  qu'il  y  eut  d'autres  expéditions  du  même  genre,  mais  qui  ne 
sont  pas  historiquement  classées. 

())  Sous  ce  titre  a  Conspiration  féodale  dirigée  contre  Louis  V!l,  le  Jeune,  par  Robert  de 
Dreux  »  M.  R.  Camus,  a  publié  dans  le  Bulletin  de  la  Société  d'Archéologie  de  Brie  (tome  1,  p.  204 
et  206)  un  travail  intéressant  sur  cette  affaire. 

(4)  «  Deinde  cum  ante  régis  reditum  contigisset  fratrem  illi  us  (Robert)  de  Hierosolymis 
reverti,  quidem  statim  populares,  qui  ad  nova  facile  consistantur,  ceperunt  occurrere,  vitam 
que  illi  cum  imperio  imprecari.  Sed  et  de  clero  nonnulli  qui  a  secus  quam  vellent  in  regno 
aliqua  fièrent,  fœda  cœperunt  adulatione  blandiri  et  hune  regii  sanguinis  fiducia  ad  quœdam 
i.lioita  incitare  ;  quorum  hic  nomina  idcirco  supprimimus,  ne  quem  ex  destinaio  loedere 
videamur.  » 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  87 

de   cette  histoire.  Mais,  à  la  louange  de  Robert,  comte  de 

Dreux  et  seigneur  de  Brie,  j'ai  le  droit  de  rappeler  le  concours 

décisif,    qu'il  apporta   au    roi   dans  sa   campagne  contre 

Thibaut  de  Champagne,  en  occupant  militairement  Reims  et 

Châlons  (i  142- 1 143),  aussi  bien  que  dans  sa  guerre  nationale 

contre  les  Anglais.  Je  ne  veux  pas  m'appesantir,  d'ailleurs, 

sur  ce  point  qui  demanderait  une  étude  très  approfondie  des 

causes  de  la  désaffection  passagère  dont  Louis  VII  faillit  être 

uae  victime.  Ce  que  je  noterai  simplement,  c'est  que  les 

partisans  de  Suger  désarmèrent  difficilement  et  que  Robert 

resta  pour  eux,  même  après  la  conférence  de  Soissons  et  après 

le  retour  du  roi,  et  par  conséquent  en  plein  apaisement,  un 

ennemi  déclaré.  Je  n'en  veux  pour  preuve  que  cette  lettre  du 

pape  Eugène  III  qui  demande  à  Suger  (  1 1 5o)  s'il  est  nécessaire 

qu'il  intervienne    «   pour    arrêter    l'entreprise    du    comte 

d'Anjou,  qui  veut  envahir  avec  une  armée   les    terres   de 

Robert,  frère  du  roi  (i).  » 

Robert  avait  perdu  en  1 148  sa  première  femme,  Agnès  de 
Garlande  ;  il  se  remaria  avant  1 146  avec  Harvise  d'Evreux, 
veuve  de  Rotrou  II,  comte  du  Perche,  fille  de  Gauthier 
d'Evreux,  baron  de  Salisbury  en  Angleterre  et  de  Sybille  de 
Chanort.  De  sa  première  femme,  il  n'avait  eu  qu'un  fils, 
Simon  de  Dreux,  mort  de  bonne  heure  ;  sa  seconde  mourut 
en  ii52  ne  lui  laissant  qu'une  fille,  Alix  de  Dreux,  qui  se 
maria  quatre  fois.  Enfin,  en  ii52,  Robert  épousa'Agnès  de 
Beaudimont,  dame  de  Braine-sur-Vesle,  de  Fère  en  Tardenois, 
de  Xéelle,  de  Pontarcy,  de  Longuevillc,  de  Quincy,  de  Beau- 
dimont, veuve  de  xMilon  V,  comte  de  Bar-sur-Seine  et  fille 
unique  de  Guy  de  Beaudimont,  seigneur  de  Braine  et  d'une 
dame  Alix. 

On  a  fait  de  Robert,  bien  à  tort,  un  comte  de  Brie  —  on  l'a 
même  appelé  le  premier  comte  de  Brie  —  de  même  qu'on 
lui  a  attribué  la  fondation  du  château  de  Brie-Comte-Robert. 
Rien  ne  prouve  ces  assertions.  Dans  le  domaine  territorial 
qui  lui  avait  été  concédé  ou  qu'il  avait  reçu  de  ses  trois 

(I)  V.  Duchesne.  IV  et  D.  Bnal,  XV. 


88  HISTOIRE   DK   l.h  VILLE 

mariag-es^ne  et  son  territoire  n'occupaient  point  lapremièr* 
place.  Néanmoins  ce  prince  dut  confier  la  f^^arde  et  la  surveil 
lance  du  marché  à  ce  miles,  ce  Thomas  de  Brai  dont  il  a  étc 
déjà  parlé  et  dont  nous  verrons  bientôt  la  famille  en  posses- 
sion d'un  des  plus  vieux  fiefs  de  Brie.  Quant  à  Robert  lui- 
même  son  histoire  est  lort  peu  liée  à  celle  de  la  ville.  Aprée 
la  <j:ueiTe  de  Louis  VII  contre  Thibaut  de  Champagne,  après 
la  deuxième  croisade  et  après  la  campagne  dirigée  contre  les 
Plantagenets  (i),  le  frère  du  roi  parait  s'être  plus  particuliè- 
rement intéressé  à  la  ville  de  Vienne,  en  Dauphiné.  Il  y  lit 
construire  l'église  St-Pierre  et  une  abbaye  dans  laquelle  il 
mit  des  religieux  de  St-Benoit.  Certains  biographes  assurent 
même  qu'il  y  mourut  et  qu'il  fut  enterré  dans  l'abbaye  de 
Saint-Pierre,  à  la  fondation  de  laquelle  il  avait  contribué. 
D'autres  au  cc^ntraire,  comme  le  P.  Anselme,  disent  qu'il  fut 
inhumé  à  l'église  de  l'abbaye  Saint-Yved,   fondée  par  sa 
troisième  femme.  Les  premiers  prétendent  qu'à  ses  funé- 
railles assistèrent  «  Loys  le  Jeune,  son  frère,  roi  de  France  et 
Alyénor  sa  lemme».()r,ladissolutiondu  mariage  entre  Lraiis- 
le-jeune  et  Aliénor  avait  eu  lieu  le  dimanche  des  Rameaux 
21  mars  iir>2,  et  Robert  parait  être  mort  le  ii  octobre  1188. 
Cela  seul  suflit  à  jeter  quelques  doutes  sur  les  renseigne- 
ments que  nous  apportent   ces   biographies.   Il   est  avéré, 
d'autre  part,  que   son   tombeau  ne  ligure  pas  à  St-Yved, 
comme  le  prétend  le  P.  Anselme.  Ce  point  est  d'ailleurs  sans 
intérêt  pour  l'histoire  de  Brie-(^omte-Robert. 

Tout  au  plus  devons-nous  enregistrer  qu'ayant  fondé  à 
Paris  un  chapitre  en  l'honneur  de  Saint-Thomas  de  Cantor- 
béry  (2),  il  employa  à  cette  fondation  une  partie  des  dimes 
de  Brie.  «  Agnès  de  Braine,  sa  veuve,  dit  l'abbé  Lebœuf,  lit 

;i     Robert,  comte  de  Dreux,  s'engagea  par  un   serment  sur  l'Evangile  avec  les  barons  de 
France,  à   soutenir  contre   leur  père  le.s    lils  d'Henri  11,  roi  d'Angleterre  et  à  aider  Henri-le- 
Jeune,  leur  aine,  à  conquérir  la  couronne. 

{2)  Autrement  appelée  Swint-Thomas  du  Louvre.  Cette  église  co'légiale  était  située  dans 
la  rue  de  ce  nom,  près  du  l  ouvre.  Le  is  octobre  1759,  vers  onze  heures  du  matin,  lorsque  les 
chanoines  se  reunissaient  pour  tenir  chapitre,  la  voûte  de  cette  église  s'écroula  ■  tiois 
d  entre  eux  lurent  écrasés,  deux  purent  échapper  à  la  mort  par  la  fuite  et  sauvère  un  autre 
chano  ne  p  es  d'entrer  en  L*  poussan;  d-viors.  Djjaure  Hist.  d:  Parii,  Paris,  1834  '"-3  tome 
il,  p.  2)b. 


bt:   nRIE-COMTE-ROBERT 


^1 


est 
frùr 
ïav< 
ave  < 
tro 


contïrmov  cette  donation  des  dimes  de  Braye  à  ce  nouveau 
c/îapitre  par  une  bulle  de  Clément  III,  de  Tan  i  i8r).  » 
/^' tiistorien  du  diocèse  de  Paris  veut  voir  dans  cette 
/'oncJ^tion  une  marque  de  la  dévotion  que  les  chevaliers  de 
C2  I:c2mps-là,  et  naturellement  Robert  de  Dreux,  portaient 
cn\-<:^rs  ce  saint  évêque.  La  chose  est  possible,  de  même  qu'il 
pjossible  aussi  que  la  politique  ait  dicté,  au  moins  chez  le 
î^  de  Louis  Vil,  cet  hommage  pieux  à  la  mémoire  de 
r  hevéque  de  Cantorbéry.  On  sait  les  démêlés  de  ce  prélat 
zr  Henri  II  roi  d'Angleterre,  l'appui  et  l'hospitalité  qu'il 
va  en  PYance  enlin  sa  mort  sur  les  marches  de  l'autel 
Iorîr=i^u'il  succomba  sous  le  poignard  d'assassins  quV>n  voulut 
v«  »i  "n^   dirigés  par  Henri  II  lui-même. 

1  ^^1  fondation  d'une  église  en  l'honneur  de  St-Thomas  de 
Car>.  torbéry,  pouvait  bien  n'être  qu'un  acte  politico-religieux, 
en  ^zre  temps  où  la  religion  et  la  politique  étaient  si  étroitement 
uni  ^^s,  une  sorte  de  manifestation  éclatante  contre  le  roi  d'An- 
gleterre à  l'endroit  duquel  s'élevait  la  ré- 
probation de  tous  pour  avoir  laissé  ses  ba- 
rons souiller  un  lieu  sacré  du  sang  de  l'oint 
du  Seigneur.  Il  ne  faut  pas  se  dissimuler, 
en  elïet,  que  Robert  de  Dreux,  malgré 
l'autorisation  qu'il  donna  à  sa  troisième 
femme  de  fonder  l'église  Saint-Yved  à 
Braine,  malgré  ses  propres  libéralités  pieu- 
ses, n'était  rien  moins  qu'inféodé  à  l'Eglise. 
Ce  fut,  en  réalité,  à  rencontre  de  son  frère 
le  i^oi  Louis  VII,  un  prince  plutôt  pénétré  de  l'esprit  laïque 
en  politique  autant  qu'on  pouvait  l'être  de  son  temps  et  c'est 

*    \)  (>  portrait  est  extrait  du  manuscrit  de  la  Bibliothèque  de  Sainte-Geneviève.  Il  se  dé- 
tache en  couleur  dans  un  cartouche  carré   sur  un  fond    bleu    encadré  de  rouge.  La  tête  est 
enroulée  d  une   L  dorée  dont   la   partie  supérieure   représente   un   pavillon    de    trompe  de 
chasse.  Celte  L  est  la  première  lettre  de  l'article  consacré  à  Robert  1  de  Dreux.    Les  autres 
articles  donnent  de  semblable  fa<;on  les  portraits  de  Robert  II,  de  Pierre  Mauclerc. 

Mais  aucun  de  ces  portraits  ne  saurait  être  donné  autrement  que  comme  figure  de  fantaisie. 
tes  létes  de  Robert  II  et  de  Pierre  de  Mauclerc  ne  se  rapprochent  en  quoi  que  ce  soit  de 
celles  de  ces  seigneurs  qui  sont  gravées  sur  leurs  pierres  tombales.  11  doit  en  être  de  même 

de  celle  de  Robert  I. 

J'ai  donné  cependant  celle-ci,  à  litre  de  document,  et  parce   qu'il   m'a    été  impossible  de 
retrouver  une  ref  réscntation  autre  du  seigneur  capétien  de  Brie-Comte-Robcrt. 


«OBERT    I    DE    DREUX 

Seigneur  de  Brie      (  i  ) 


9t>  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

peut-être  là,  en  partie,  la  cause  de  la  brouille  des  deux  frères. 
La  guerre,  que  dans  les  premières  années  de  son  règne, 
Louis  VII  soutint  contre  Thibaut  de  Champagne  et  que 
Robert  de  Dreux  mena  avec  vigueur  —  j'en  ai  dit  deux 
mots  —  était  aussi  bien  dirigée  contre  le  seigneur  féodal  que 
contre  le  pape  lui-même  qui  encourageait  le  vassal  du  roi.  En 
réalité  Robert  de  Dreux,  prince  éminemment  français,  imbu 
de  la  politique  de  son  père  contre  les  féodaux,  entendait 
rendre  la  couronne  de  France  indépendante,  d'où  la  part 
considérable  qu'il  prit  dans  la  lutte  contre  les  Plantagenets, 
et  son  attitude  vis-à-vis  de  l'Eglise,  représentée  alors  en 
France  par  Suger. 

Quant  à  sa  dévotion  à  Saint-Thomas  de  Cantorbér)',  nous 
allons  la  juger  par  la  lettre  suivante.  On  y  verra  l'opinion 
que  Jean  de  Salisbury  (i),  le  secrétaire  de  Thomas  Becket, 
canonisé  par  la  suite,  avait  du  dévouement  de  Robert  de 
Dreux  envers  son  maître. 

((  . . .  Quod  versans  apud  me  attentiùs,  écrit  Jean  de  Salisbury  à 
Thomas,  archevêque  de  Cantorbéry,  revolvebam  et  metiebar  in 
animo  meo  quid  sperare  possimus,  cùm  rex  Anglias  prœsens  fuerit, 
proponens  multa  pro  se,  multa  contra  vos,  et  in  oresuo,  nunc  minis, 
nunc  promissis,  variis  fractionnibus,  faciles  et  fluctantes  animos  sit 
moturus  ;  prœsertim  cùm  allexerit  sibi  pincernam  Régis,  et  quod 
magis  est,  Comitem  Robertum,  cujus  uxor,  cum  aliis  mnnusculis 
trecentas  ulnastelarum  Remensium  Régi  nupertransmisitin  Angliam 
ad  camisas  faciendas.  Est  enim  prudens  mulier  ;  et  praeter  munera 
que  fréquenter  accipiunt  maritus  et  ipsa,  sperat  quod  liberis  eorum, 
quos  multos  habent,  provideat  Rex  in  matrimoniis  nobilium  perso- 
narum.  Archiepiscopus  vero  Remensis  Robertum  Comitem  tenerrimô 
diligit  et  liberos  ejus  ;  unde  timeo  ne  amicos  hujusmodi,  cùm  ad  id 
ventum  fuerit.  facile  fortuna  excutiat...  (2)  »  (Année  1 165). 

((  Je  crains,  dit  Jean  de  Salisbury  en  parlant  de  Robert  de 

(l)Jcan  de  Salisbury  était  né  à  Salisbury  en  Angleterre  en  llio.  C'était  un  disciple  d'A- 
bailard.  11  ouvrit  une  école  à  Paris  en  I140,  revint  en  Angleterre  où  il  fut  secrétaire  de 
Thomas  Becket  (canonisé  après  sa  mort  sous  le  nom  de  saint  Thomas  de  Cantorbéry)  qu'il 
suivit  dans  son  exil.  Louis  VII  le  nomma  évêque  de  Chartres.  Il  mourut  dans  cette  dernière 
ville  en  I180. 

(2)  Tlecueil  des  historiens  de  France  p.  Brial.  (Paris,  1813,  in-f%  tome  XVI,  p.  510.  Ad  Thomam 
Cantuariensem  archiepiscopum,  Joannes  Saresberiensis. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  QI 

Dreux,  que  suivant  que  l'occasion  se  présentera,  la  fortune 
n'éloigne  des  amis  comme  lui  »  et  il  représente  le  comte  de 
Dreux  et  sa  femme  (i)  comme  prêts  à  abandonner  la  cause 
de  son  archevêque  contre  des  présents,  même  de  peu  d'im- 
portance, citant  ce  trait,   digne  d'être   recueilli,  qui  nous 
montre  la  comtesse  de  Dreux  envoyant,  en  Angleterre,  trois 
cents  aunes  de  toile  de  Reims  pour  y  faire  confectionner  des 
chemises.  Jean  de  Salisbury  le   dit  d'ailleurs   nettement  : 
«  La  comtesse  —  Robert  et  Agnès  de  Beaudcmont  avaient  eu 
dix  enfants  —  espère  que  le  roi  d'Angleterre  s'emploiera  à 
unir  quelques-uns  de  ses  nombreux  enfants  à  des  personnes 
de  haute  noblesse.  »  A  ses  veux  Tamitié  de  Robert  de  Dreux 
pnur  Thomas  Becket  ne  résisterait  pas  à  la  réalisation  de  ces 
espérances.  N'est-ce  pas  la  meilleure  preuve  que  la  cause 
même  de  l'archevêque,  le  champion  des  droits  de  l'Eglise 
contre  Henri  II  d'Angleterre,  ne  comptait  dans  Robert  de 
Dreux  qu'un  défenseur  assez  mou,  prêt  à  l'abandonner  si  la 
paix  se  faisait  entre  la  France  et  l'Angleterre  sur  des  bases 
acceptables. 

Un  autre  trait  de  mœurs  nous  mettra  à  même  de  mesurer 
combien  Robert  de  Dreux  ne  craignait  pas  de  s'affranchir  de 
certaines  obligations  matérielles  imposées  par  l'Eglise. 
Brial,  dans  son  Recueil  des  historiens  de  France  (2),  donne 
une  lettre,  dont  il  ne  peut  préciser  la  date  (anno  /;7cer/o),  dans 
laquelle  les  moines  cisterciens,  s'adressant  au  Roi,  le  prient 
d'inviter  son  frère  Robert  à  ne  pas  manger  de  viande  lors- 
qu'il est  reçu  dans  les  bâtiments  appartenant  à  l'Ordre. 

«  ....  Cùm  enim  ab  initio  nostris  ordinis  statutum  sit,  et  sub 
excommunicatione  gravi  prohibitum,  ne  quis  in  domibus  nostris  vel 
grangiis  hospitatur,  comedat  carnes.  Cornes  Robertus,  frate/  vester, 
hoc  forsitan  nesciens,  sœpius  agit.  Undè  et  fratri  nostri  turbantur  et 
cumoffendere  et  peccatum  incurrere  et  nostram  lœdere  parvitatem 
sciaiis.  Ea  pi  opter  majestatem  vestram  flexis  genibus  imploramus, 
ût  pro  amore  Dei  et  huic  suadere  dignemini,  ut  à  talibus  abstinere 
causa  Dei  et  vestrâ  debeat  :  quoniam  non  desunt  in  honestiora  hos- 

(1)  Agnès  de  Beaudîmont,  dame  de  Brame. 

(2)  Tome  XVI,  p.  i68. 


qû  HK^Toit^È  t)E  La  Ville 

pitia.  quam  apud  grangias  de  Pruliaco  et  aliarum  domorum  nost 
rum  ;  nec  débet  ei  grave  videri  quod  tam  de  levi  corrigere  potest,      ^^ 
et  alii  ejus  exemple  talia  faciebant.  » 

Ces  documents  irrécusables  sont,  en   quelque  sorte,      i^ 
préface  de  ce  qui  va  suivre.  On  y  démêle  aisément  un  espi^i^ 
indépendant  —  comme  il  s'en  trouve  un  petit  nombre  encor'i^ 
de  nos  jours  —  un  patriote  convaincu  plus  préoccupé  de  la 
prédominance  de  l'Ktat  civil  que  de  le  courber  devant  l'omni- 
potence de  l'Eglise,  plus  enclin  à  faire  prospérer  son  pays 
qu'à  s'attacher  à  des  causes  d'c^rdre  religieux. 

De  là  à  une  tolérance  extrême,  dans  les  choses  de  la 
conscience,  il  n'y  a  qu'un  pas,  et  ce  pas,  il  semble  bien  que 
Agnès, de  Beaudimont,  femme  de  Robert  de  Dreux,  l'ait 
franchi.  On  ne  peut  certes  dénier  à  cette  femme  une  profonde 
piété.  L'église  de  Saint-Yved  demeure  encore  comme  un 
témoignage  de  sa  foi  ardente,  mais  on  ne  peut  nier  aussi 
qu'elle  ait  dans  Braine,  dont  elle  avait  la  seigneurie,  protégé 
une  caste  à  cette  époque,  bien  souvent  la  proie  des  persécu- 
tions dictées  par  l'intérêt  au  moins  autant  que  par  l'esprit 
religieux. 

Il  est  un  fait  contre  lequel  jamais  personne  n'a  songé  à 
s'élever.  C'est  le  récit  un  peu  naïf,  d'après  les  chroniqueurs 
du  temps,  de  cette  jeune  juive  de  Braine  qui  se  convertit  au 
catholicisme,  entraînant  après  elle  plusieurs  de  ses  coreli- 
gionnaires, à  la  suite  d'un  miracle  (i).  La  jeune  juive  avait 
tout  uniment,  pendant  le  sacrifice  de  la  messe,  vu  dans 
l'hostie,  au  moment  de  l'Elévation,  Jésus-Christ  lui-même 
sous  les  apparences  d'un  enfant.  On  comprend  que  je  n'entre- 
prendrai point  ici  une  discussion  sur  ce  fait,  puisqu'il  n'appar- 
tient en  rien  à  l'histoire  de  Brie.  Je  ne  le  retiens  que  parce 
que  la  jeune  juive  était  une  protégée  de  la  femme  de  Robert 
de  Dreux  et  que  cette  dernière,  à  la  suite  de  cette  affaire,  se 
montra  particulièrement  bien  disposée  pour  les  juifs  qui 
dépendaient  de  son  autorité. 

(i!  Certains  objets  sacrés  relatifs  à  ce  miracle  étaient  encore,  au  18'  siècle,  conservés  dans 
reg;lise  Saint-Yved,  de  Braine. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  93 

11  y  a  quelque  poésie  dans  révénement  que  je  viens  de 
raconter  aussi  sobrement  que  possible  :  c'est  une  sombre 
tragédie  que  le  récit  que  je  vais  faire  et  qui  met  en  vedette 
une  colonie  juive,  tout  comme  à  Braine.  Je  le  dis  bien  vite. 
Un  assez  grand  nombre  d'auteurs  se  sont  refusés  à  croire 
que  Brie-Comte-Robert  fut  le  théâtre   des  épouvantables 
excès  que  j'ai  à  rapporter.  On  pense  bien  que  je  ne  revendique 
en  rien,  pour  Brie,  le  cruel  honneur  de  crimes  fanatiques.  Il 
est  nécessaire  cependant  que  je   mette,  sous  les  yeux  du 
lecteur,  les  pièces  du  procès.  A  lui  de  juger,  car  je  ne  me 
sens  pas  plus  le  C(jurage  de  placer  à  Brie-Comtc-Robcrt  les 
tristes  scènes  qui  vont  suivre  que  d'en  rejeter  l'horreur  sur 
un  autre  pays,  qui  serait  au  dire  de  certains  :  Bray-sur-Seine. 

Je  crois  devoir  reproduire  ici  le  récit  des  chroniqueurs, 
mais  auparavant  et  pour  les  expliquer  en  partie,  je  donnerai, 
en  l'empruntant  à  M.  Maurice  Leconte  (i),  un  bref  récit  des 
faits. 

ff  Un  jour  qu'il  se  trouvait  à  Saint-Germain-en-Laye,  le  i5" 
jour  des  calendes  d'avril,  en  1 192  (date  généralement  admise) 
Soit  le  18  mars,  Philippe-Auguste  apprend  que  dans  une 
Incalité  que  des  textes  disent  13raia,  les  juifs  ont  ignomi- 
nieusement mis  à  mort  un  chrétien.  Il  part  brusquement, 
arrive  en  hâte  à  Braia.  place  des  gardes  aux  portes  de  la 
ville,  fait  saisir  les  juifs  qui  s'y  trouvent,  en  fait  brûler  plus 
de  quatre-vingts.  » 

Après  ce  résumé,  fort  clair,  je  reproduis  scrupuleusement 
ICI  les  récits  de  cet  événement  faits  par  les  historiens. 

Voici  ce  qu'écrit  Rigord  (2)  : 

((  Anno  Domini  millesimo  centcsimo  nonagesimo  primo  decimo 
quiniû  kalendas  aprilis,  Philippus  rex,  existens  apud  Sanctum  Gcr- 
manum  de  Laia,  audila  cujusdam  christiani  morte  ignominiosa  a 
judœis  perpetrata,  tidœi  et  religioni  christianac  compatiens,  suhilo 
nescieniibus  suis  familiaribus  quô  pergebat,  iter  arripuit,  et  gresso 
velocissimo  ad  castrum  quod  Brjtam  vocant,  velociter  venil,  positis 

(1}  U  C^ouvelliite  de  (Melun.  Brùlement  de  juifs  à  Brie-Comtc-Robert  ou  à  Bray-sur-Seinc. 
Hi  Rigord,  chroniqueur,  né  en  Languedoc,  mort  en  1207  â  l'abbaye  de  St-Denis.  Auteur  de 
la  chronique  :  de  Cestis  Philippi  Augusti,  Francorum  régis. 


94  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

in  portis  ipsius  castri  custodibus  ;  et  comprehensis  judœis.  octa- 
ginta  et  eo  amplius  facit  combusti.  Comitissa  enim  ipsius  castra 
magnis  judœorum  muneribus  corrupta,  tradiderat  eis  quemdam 
christianum,  cui  falso  impoaebant  furlum  et  homicidium.  Quem 
judœi,  antiquo  odis  commoti,  manibus  a  tergô  ligatis,  spinis  coro- 
natum,  per  totam  villam  fustigantes  duxerunt  et  posteà  patibulo 
suspendeverunt  ;  cum  ipsi  tempore  dominici  passionis  dixerent  : 
Non  nobis  licet  interjicere  qiiemqitam  (i).  » 

Guillaume  le  Breton  dit  de  son  côté  (2)  dans  sa  chronique 
de  Gestis  Plïilippi  Augusti  (3)  : 

«  Sequenti  martio.  judœi  quemdam  christianum,  permittente  comi- 
tissa Campaniae,  apud  castrum  quod  ^raiam  vocant,  spinis  coronatum 
et  fustigatum  per  vicos,  crucifixerunt.  Quo  audito,  Philippus  magna- 
nimus  christianitati  compatiens,  in  propr.â  personà  ad  praenomi- 
natum  castrum  accedcns,  octaginta  judœo^  et  amplius  comburi 
fecit.  » 

Dans  sa  Philippide  (4),  Guillaume  le  Breton  fait  le  même 
récit  dans  les  termes  suivants  : 

745       fl[  Terra  Briensis  habet  castellum  nomine  ©rj;am, 
In  qua  Judœos  plures  comitissa  Brenensis, 
iMore  suo  nummos  dantes  ad  fœnus,  habebat. 
Contigit  ut,  fidœi  nostrac,  confessor,  agrestis 

750       Quidam,  quamplures  solidos  deberet  eisdem  : 
Qui  cum  non  esset  solvendo,  contulit  illis 
Arbitrio  comitissa  suo  punire  misellum, 
Prœcipuè  quoniam  Judœis  probra  tulisset, 
Chfisti  membra  ferox  exponens  hostibus  ejus 
Feminea  levitate,  Dei  privata  timoré. 

7S5  Taliter  expositum  nudant,  spinisque  coronant, 
Per  vicos,  per  agro^,  sic  spinea  serta  gerentem 
Fustigant  colaphis,  feriunt,  cœduntque  flagellis, 

(i)  Recueil  des  historiens  de  France.  Duchesne,  lomc  V.  p.  îj.  Brial,  tome  XVII,  p.  36. 

(2)  Guillaume,  dit  le  Breton,  chroniqueur  et  poète,  mort  à  Senlis  vers  1227.  Il  fut  chapelain 
de  Philippe-Auguste,  qui  le  chargea  de  quelques  unissions  diplomatiques.  On  a  de  lut  une 
chronique  latme,  les  Gestes  de  Philippe -Auguste,  continuation  de  la  vie  de  ce  prince  par  Rigord 
et  qui  s'étend  de  120S  à  1219,  continuée  elle-même  par  un  moine  de  Saint-Denis  jusqu'en 
1223  ;  la  Philippide,  chronique  en  vers  latins,  qui  retrace  les  événements  les  plus  importants 
de  la  vie  de  Philippe-Auguste.  (Larousse-Claude  Auge,  Paris,  in-4*). 

{"i)  Recueil  dis  historiens  de  France.  Duchesne,  tome  V,  p.  108.  Brial,  tome  XVll.  p.  71. 

(4)  Recueil  des  hi^ioriens  di  Frana.  Gaillermi  Britonis-Armorici  Philippidos  Liber  1.  Djchesnc, 
tome  V,  p.  108.  Brial,  tome  XVll,  p.  135. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  fp 

Denique  tractatum  malè  tollunt  in  cruce,  cujus 
llasta  latus,  plantas  clavi  palmasque  cruentant, 

760       Ut  Domini  pené  similis  sit  passio  servi. 
Quo  rex  audito,  nimia  turbatus  ab  ira, 
Et  sancto  Christi  zelo  pià  corde  comestus, 
In  propriû  veniens  personà,  prœpete  cursu, 
Quotquot  apud  Braïam  Judœos  repperit  omnes 

765       Igni  supposito  Domini  pugil  incineravit 

Nonaginta  novem,  flammâ  sic  vindice,  Christi 
Dcdecus  ulciscens  ignominiasque  suorum.  » 

A  ces  chroniqueurs  qui  s'expriment  en  langue  latine  ^ 
j'ajouterai  l'extrait  suivant  des  Chroniques  de  Saint-Denis  (i) 
qui  continua  l'œuvre  de  Guillaume  le  Breton. 

«  En  la  W*-  kal.  du  mois  d'avril  séjornoit  H  Roi  à  St-Germain-en- 
Laie  ;  là  lui  furent  noveles  aportée*^  de  la  honteuse  mort  d'un  crestien 
que  li  juis  avoient  martyrisé  ou  chastel  de  Br  aie  en  despit(par  haine) 
de  Nostre  Seigneur  et  de  la  crestienne  religion  ;  car  la  dame  de  ce 
chastel,  deceue  et  corrompue  par  leur  granz  dons,  leur  avoit  livré  ce 
crestien  pour  faire  leur  volenté.  En  prison  le  tenoit  pour  ce  que  on 
li  mettoit  sus  par  fauseté,  larrecin  et  homicide.  Li  desloial  Juis,  qui 
d'anciene  haine  heent  sainte  crestienté,  le  pristrent  et  li  loierent  les 
mains  darrière  le  dos,  despines  le  coronerent  et  le  menèrent  fustant 
par  toute  la  ville  et  à  la  parfin  le  crucifièrent  eu  despit  de  Nostre 
Seigneur,  cum  (quoique)  ils  deissent,  ou  tens  de  la  passion  Jésus- 
Christ  à  Pylate,  que  il  ne  povient  nului  tuer.  Quant  li  Roi  entendit 
tel  novele,  il  ot  moult  grant  pitié  et  moult  grand  compassion  de  la 
crestienté  qui  en  son  tens  estoit  à  tel  viuté  (avilissement)  tornée  ; 
tantost  monta  et  se  mist  au  chemin  devant  tote  sa  gent,  si  que  nus 
ne  savoit  quel  part  il  devoit  aler,  pour  ce  que  il  voljit  les  desloiaux 
juis  seurprendre  avant  que  ils  oïssent  de  lui  ule  novele,  si  que  nus  ne 
se  peut  destorner  ;  à  Braie  vint  au  plus  tost  que  il  pot,  ses  gardes 
mist  aux  portes  et  aux  issues  de  la  vile  que  nus  n'en  peust  eschaper. 
Lors  fîst  cerchier  les  ostiex  et  prendre  quonque  on  en  pot  trover  ; 
par  nombre  furent  LXXX  et  plus,  que  il  fist  trcstoz  ardoir  en 
venjance  de  la  honte  que  il  avoient  faite  à  Nostre-Seigneur. 

L'abbé  Lebeuf  répète  le  même  récit  d'après  Rigord  ce  qui 
prouve,  dit-il,  qu'Agnès,  «  connue  sous  le  nom  de  comtesse 
de  Braine  faisait  sa  résidence  à  Brie  au  mois  d'août  1191 
avant  Pâques.  On  connaît,  par  ce  trait  historique,  ajoute-t-il 

(l;  Historiem  de  France  Brial,  tome  XVli  p.  377. 


90  MiStOînE  DE  LA  VILLI? 

après  avoir  reproduit  te  version  de  Rigord,  que  Brie  était 
devenu  un  lieu  considérable  puisqu'il  était  fermé  de  murs- 
Les  historiens  n'osaient  le  qualifier  ni  ifurbs  ni  tf oppidum, 
mais  de  cjstnim  et  de  ville.  » 

Michelin  (i)  est  du  même  avis  : 

«  Agnès  de  Beaudemont,  dit-il,  veuve  de  Robert  I,  y  lit 
(à  Brie)  sa  résidence  habituelle.  Elle  y  avait  attiré  un  grand 
nombre  de  juifs  commerçants.    » 

Il  reproduit  ensuite  le  récit  de  Rigord,  y  ajoute  celui  de  Guil- 
laume le  Breton,  extrait  des  Philippides,  sans  mettre  en 
doute  qu'il  s'agit  d'Agnès  de  Braine,  veuve  de  Robert  1, 
comte  de  Dreux.  Cependant,  Michelin  introduit  dans  son 
texte  cette  simple  phrase  :  «  (]ette  anecdote  est  rapportée 
textuellement  dans  Talmanach  de  Sens  (année  1772,  p.  1^4)  à 
l'article  Bray-sur-Seine  (2).  »  11  laisse  ainsi  entendre  que 
l'événement  pourrait  bien  s'être  déroulé  dans  cette  dernière 
localité  et  non  à  Brie-(](>mte-Robert. 

C'est  également  l'avis  de  Brial  (3).  En  reproduisant  le  récit 
de  Rigord  dans  le  Recueil  des  Ilisloriens  de  France^  le  savant 
Bénédictin  identifie  Bmiam  dont  parle  le  chroniqueur  de  la 
façon  suivante:  Bmiam,  Bray-sur-Seine.  M, Maurice Lecomte 
partage  la  même  opinion. 

«  Brie-Comte-R(jbert  et  Bray-sur-Seine,  ayant  été  appelés 
tous  les  deux,  alors  Draia,  quelle  ville  les  textes  désignent- 
ils  ?  Je  crois  que  les  deux  chroniques  (celle  de  Rigord  et 
celle  en  prose  de  Guillaume  le  Breton)  tranchent  la  question 
pour  Bray-sur-Seine  ...Rigord  écrit  :  Comilissa  enim  ipsius 
casiri,  mjgnis  jiidneorum  minierihits  corrupLi,  Iradidemi, 
etc.  etc. 

«  Quelle  était  cette  comtesse  >  La  chronique  de  Guillelmiis 
armoricus  précise  que  l'acte  de  cruauté  des  juifs  fut  accompli 
permittenle  comilissa  Campaniiv,  (Recueil,  t.  XVIH,  page  71  a). 
Il  s'agit  donc  de  la  comtesse  de  Champagne.  Or,  en  1192, 

(\)  Op.  cit. 

(2)  Bibl.  Nat.  (L  ji  c.  507.) 

[\\  Michel-Jean-Joseph  Dom  Brial.  historien,  bénédictin  de  Saint-Maur,  né  à  Perpignan  en 
I  743,  mort  à  Paris  en  1818. 


bE   BRIE-COMTE-ROBERT  97 

c  est  Marie,  veuve  de  Ilenri-le-Libéral,  qui  était  comtesse  de 
Champagne  et  de  Brie,  par  conséquent  maîtresse  du  castrum 
^û  eut  lieu  le  drame,  avec  sa. complicité,  Or,  nous  ne.  pou- 
vons traduire  que  par  ville  (alors  fortifiée,  de  Bray-sur-Seine), 
'a  /ocalité  que  les  textes  appellent  castrum  Braiam  et  dont  la 
comtesse  de  Champagne  était  seigneur,.,  Y^eit  suite  le  fameux 
brCilement  des  juifs  n'eut  pas  lieu  à  Brie-Gomte-Robert.  » 

Ce  raisonnement  serait  absolument  inattaquable  si  les 
prémisses  de  M.  Maurice  Lecomte  ne  soulevaient  quelques 
objections. 

Et  d'abord,  une,  tirée  du  bénédictin  Brial  lui-même  qui 
semble  s'être  contredit  dans  le  Recueil  des  Historiens.  En  un 
P<>int,  je  l'ai  dit  plus  haut,  il  identifie  la  7?rjû  de  Rigordavec 
Hrei y-sur-Seine,  mais  dans  son  Index  onom.isticus  du  tome 
XV II  du  Recueil,  je  relève  la  contradictoire  indication  sui- 
vante :  «  Agnès  de  Baldimenio,  —  De  qua,  tacito  nomine, 
'^S'îiur,  71  a  et  i33a.  »  Brial  indiqua  ainsi  comme  mention- 
nant, sans  la  nommer,  Agnès  de  Baldimont,  précisément  le 
texte  de  Guillaume-le-Breton  sur  lequel  s'appuie  M.  Maurice 
Lecomte,  pour  attribuer  à  Marie,  veuve  de  Henri-le-Libéral, 
lî^  responsabilité  de  l'événement  qui  nous  occupe. 

Il  y  a  plus,  Guillaume-le-Breton  dit  bien,  dans  sa  chronique 
^'^  Gestis  Philippi  Augusti,  que  l'acte  de  cruauté  des  juifs  fut 
^^crompli  p^^rmittenie  comilissj  campanix,  mais  il  écrit  aussi 
^^ris  son  autre  chronique  rimée,  les  Philippides,  «  Terra 
^^iensis  liabebat  castellum  nomine  Braiam,  in  quo  Judœos 
P^^^res  Comitissa  Brenensis...  hab3bat,  »  11  est,  dès  lors, 
"irficile  de  faire  état  de  son  témoignage,  soit  dans  un  sens, 
^*^it  dans  un  autre,  puisqu'il  soutient  deux  versions  en 
^E^parence  contradictoires. 

-:\  ces  objections  tirées  des  textes,  il  faut  ajouter: . 

r  Que  —  cela  ne  fait  aucun  doute  —  AgnêsdeBeaudimont 

^^Va  de  Briàine  était  en  relations  plus  ou  moins  constantes 

^Vec  des  juifs,  ainsi  que  le  prouve  le  récit  du  miracle  qui  eut 

^  ^lise  deî  Saint-Yved  pour  théâtre  et  que  j'ai  brièvement 

^^pporté. 


Cj$  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

2**  Que,  certainement,  Robert  de  Dreux  en  restituant  au 
marché  de  Brie  son  ancienne  importance  dut  accepter  le  con- 
cours des  juifs  qui  tenaient  alors,  à  peu  près,  tout  le  négoce 
dans  leurs  mains. 

3"  Qu'il  a  existé  une  très  forte  colonie  de  juifs  à  Brie, 
probablement    cantonnés    dans    les    rues    de    la   Graterie 

(aujourd'hui  des  Halles)  et  des 
Fripiers  (aujourd'hui  de  la  Made- 
leine), attendu  qu'au  XIV**  siècle, 
encore,  il  est  fait  mention  d'un 
cimetière  qui  leur  était  spéciale- 
ment aiTecté  (2). 

Enfin,  n'est-ce  pas  le  moment  de 
se  rappeler  les  termes  de  la  lettre 
AGNES  DE  BEAUDiMONT  dont  j'ai  dottnéplus  haut  le  texte, 

Comtesse  de  Braine  (i)  et  quc  Jcan  dc  Salisbury  adressait 

)•  femme  de  'Robert,  comt:  de  ^reux  .     , ,  ,  ^      ^        .       t    , 

a  1  archevêque  de  Cantorbéry  .- 
«  Est  enim  prudens  mulier  »,  disait  le  secrétaire  de  Thomas 
Becket  en  parlant  précisément  d'Agnès  de  Beaudimont.C'est 
une  femme  avisée,  écrivait-il,  et  il  signalait  en  même  temps 
les  présents,  les  dons  que  son  mari  et  elle  acceptent  facile- 
ment (munera  que  fréquenter  accipiunt  maritus  et  ipsa)  laissant 
entendre  leur  âpreté  au  gain  et  leur  souci  d'accroître  par  tous 
l3S  movens  leur  fortune  et  celle  de  leurs  enfants.  Involontai- 
rement,  on  se  sent  entraîné  à  rapprocher  les  termes  dont  se 
sert  Jean  de  Salisbury  en  parlant  d'Agnès  deBeaudimont,  de 
ceux  qu'emploient  Rigord  et  le  chroniqueur  de  St-Denis,  en 
parlant  de  la  comtesse  sur  laquelle  retombe  la  responsabilité 


(1)  Cette  tête  a  été  copiée  sur  un  dessin  de  l'ouvrage  de  Prioux  {(Monographie  de  l'abbaye  d: 
Sâint-Yv:d  à  Draine.  Paris,  1859,  in  f*)  représentant  la  pierre  tombale  d'Agnès  de  Beaudimont. 
Sur  cette  pierre,  la  femme  de  Robert,  comte  de  Dreux,  est  représentée  ^n  pied  et  en  gran- 
deur naturelle,  les  nuins  jomtes,  les  pieds  appuyés  sur  un  chien. 

2;  Voici  a  cet  égard  un  article  d'un  compte  dressé  par  Oudart  de  Lagny.  receveur  de  la 
reine  Jeanne,  en  1311  ;  «  D.*  la  value  dou  louage  du  cymetere  auz  juys,  ensemble  une  mai- 
S3nnette  qui  est  dedans  que  Jehan  Granviller  tient  à  ferm?  pour  xxiiij  Ib.  chascun  an  de  vi 
ans  encommanciez  à  la  Saint-Remy  cccxxvin,  à  deux  termes,  Pacques  et  la  Saint-Remy 
pour  ce  ans  diz  termes  cccxxxi,  xxviiij  Ib.  et  doit  soustenir  à  ses  cous  durans  les  années  la 
•lite    maison    et    les    murs  dudit  cymetere  de  couverture  soufisantc.  [\.  N.  KK  5.  p.  I15  et 

SUiv.; 


t)E   BRIE-COMTE-ROBERT  99 

du  brùlcment  des  Juifs,  a  Comitissa  ipsius  castri  magnis 
judxorum  muneribus  corriipta,  dit  Rigord  ;  la  dame  de  ce 
chastel  corrompue  par  les  granz  dons  des  juis,  écrit  le  chro- 
niqueur de  Saint-Denis.  » 

Il  y  a  là,  dans  les  termes,  une  telle  similitude  qu'on  est 
tenté  de  voir  dans  les  deux  comtesses  mises  en  scène  par  des 
auteurs  différents,  une  seule  et  même  personne,  parce  que 
leur  caractère  semble  identique. 

Je  terminerai  en  rappelant  que  la  terre  de  Braine,  dont 
Agnès  de  Beaudimont  était  comtesse  (comitissa  Brenensis, 
dit  Guillaume  Le  Breton),  était  auparavant  entre  les  mains 
dcThibaut-le-Grand,  comte  de  Champagne,  qui  la  donna  à  sa 
lille  en  la  mariant  à  André  de  Beaudimont  (i).  Peut-être  cela 
permettrait-il  d'expliquer  pourquoi  Guillaume  Le  Breton 
désigne  l'héroïne  de  la  tragique  aventure  qu'il  raconte,  tantôt 
œmme  comtesse  de  Braine  (comitissa  Brenensis),  tantôc 
^'onnme  comtesse  de  Champagne  (comitissa  Campaniœ). 

Quelle  que  soit  celle  des  deux  femmes,  Agnès  de  Beaudi- 
n^ont  ou  Marie  de  Champagne,  qui  ait  provoqué  par  son 
imprudente  attitude  le  drame  dont  on  ne  saurait  contester 
'exactitude,  il  semblerait,  à  entendre  la  chronique  de  Saint- 
Denis,  que  Philippe-Auguste  se  montra  sévère  à  son  endroit. 
^^  Et  la  dame  de  la  ville,  ajoute  le  chroniqueur  après  le  récit 
^ue  j'ai  rapporté,  (Philippe-Auguste)  lit  tenir  prison  tout  le 
cours  de  sa  vie.  »  D'où  il  résulterait^  les  faits  s'étant  passés 
en  1192,  si  Agnès  de  Beaudimont  en  était  l'auteur  respon- 
sable, qu'elle  serait  restée  incarcérée  pendant  dix  ans,  puis- 
qu'elle mourut  en  1202  (2). 

I  Cet  André  de  Beaudimont  est  celui-là  mime  que  nous  avons  vu  (p.  64)  défendre 
Corbeil  contre  Louis-lc-Gros.  André  de  Beaudimont  s'était  marié  avec  Agnès,  fille  de 
Tnibaut-Ie-Grand,  comte  de  Champagne.  Il  en  eut  trois  fils  et  trois  filles.  L'aînée  de  ces 
•dernières,  Eustachie  de  Braine,  se  maria  avec  Euiles,  comte  de  Corbeil,  mort  sans  enfants. 
Cest  à  tort,  on  le  voit,  que  i'abbé  Lebœuf  prétend  qu'André  de  Beaudimont  était  le  frire  cPe 
'a  veuve  d'Eudes  ;  il  en  était  le  père.  Des  trois  fils  qu'André  avait  eu  d'Agnès  de  Champagne 
aîné,  Guy  dé  Beaudimont,  se  maria  à  une  dame  Alix.  C'est  de  cette  union  que  naquit 
Agnès  de  Beaudimont,  fille  unique,  qui  fut  la  y  femme  de  Robert,  comte  de  Dreux.  Cette 
Agnes  était  comtesse  de  Braine.  Elle  pouvait  être  confondue  avec  sa  grand'mère,  comtesse 
comme  elle,  s'appelant  Agnes  comme  elle,  mais  sortant  de  la  Champagne. 

(2)  Après  ,dit  le  manuscrit  de  Ste-Geneviève,  la  mort  de  la  comtesse    Agnès  qui  avait  élu 
par  son   testament  en    réT;Iis;   de    Brayne,    son  corps  fut  honnestem^nt  et  honorablement 


lÔÔ  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

Dans  tous  les  cas,  si  le  brûlement  des  juifs  par  Philippe- 
Auguste  a  eu  lieu  à  Brie-Comte-Robert,  il  n'y  aurait  pas  lieu 
de  s'étonner  que  les  chroniqueurs  l'eussent  qualifiée  de 
castrum. 

Jetons,  en  effet,  un  coup  d'œil  sur  la  situation  qu'offrait 
Brie-Comte-Robert  à  cette  époque.  Si  on  veut  bien  se  repor- 
ter à  ce  que  j'ai  dit  (p.  47)  du  viens  que  fut  Bradeia,  on 
voit  que  la  maigre  population  qui  existait  encore  en  ce  lieu 
après  les  guerres  qui  désolèrent  les  .V  et  XI*  siècles  avait  dû 
trouver  un  refuge  sur  Tîlot,  que  j'appelai  des  Fontaines,  et  sur 
lequel  s'éleva  plus  tard  le  château. 

Il  y  a  tout  lieu  de  croire  que  lorsque  la  paix  fut  assise,  que 
Robert  de  Dreux  eut  réussi  à  rendre  au  marché,  ou  lieu 
d'échanges  de  Brie,  tout  ou  partie  de  son  ancienne  importance , 
il  lui  fallut  donner  à  cette  ville  la  sécurité  dont  elle  avait 
manqué  jusque  là  ;  sinon  c'était  retomber  dans  les  désas- 
treuses années  précédentes.  Il  me  semble,  comme  je  l'ai  dit 
plus  haut,  que  ce  fut  à  un  de  ses  lieutenants  que  Robert  dut 
confier  la  garde  d'un  poste  aussi  considérable  et  qu'il  ne 
pouvait  tenir  lui-même,  absorbé  qu'il  était  par  les  soins  à 
donner  à  ses  autres  domaines  et  par  ses  expéditions  de 
guerre. 

Je  persiste  à  croire  qu'il  fit  appel  à  cette  famille  de  Brai 
dont  j'ai  déjà  parlé  en  essayantd'expliquer  sinon  son  origine, 
du  moins  son  séjour  ailleurs  qu'à  Brie.  Je  crois  que  son 
origine  serait  difficile  à  étudier  (i).  Dans  tous  les  cas,  il  me 

cnsevely,  embeaumé  et  mis  en  un  cercueil  d?  plomb...  inhumé  et  enterre  au  milieu  du 
chœur  de  1  église  de  Saint-Yved  de  Brayne.  dessous  une  tombe  élevée  comme  l'on  peut 
vo'r  à  présent  au  dit  lieu  sur  laquelle  sépulture  se  sont  vues  de  grandes  lumières  par  plu- 
sieurs fois  et  autres  signes  démontrant,  par  grande  évidence,  la  dite  comte- se  être  glo- 
rieuse. 

i.i,  je  me  borne  ici  à  faire  un?  remarque  sur  laque'le  je  reviendrai  dans  un  trav.iil 
complémentaire,  mais  qui  ne  sau''ait  trouver  sa  place  dans  cet  ouvrage. 

Si  on  veut  bien  s»  reporter  à  la  note  de  la  page  75,  on  aura  vu  que  les  écus  de  la 
famille  de  B.le  ou  de  Brai  consi.staient  surtout  en  deux  haches  adossées.  Je  me  suis  demandé, 
et  je  pose  la  question  sans  !a  résoudre  encore,  ici,  si  ces  haches  n'avaient  pas  une  origine 
symbolique. 

Dans  une  communication  faite  par  M.  Pottiers  i  l'Académie  des  Inscriptions  et  belles 
lettres,  en  1901,  il  esl  question  des  fouilles  faites  à  Cnossos,  dans  l'île  de  Crète,  par  M.  Ar- 
thur Evans.  *  L'explorateur  anglais  a  découvert  un  important  édifice  mycénien  qu'on  croit 
ilre  le  palais  de  Minos, construit  sur  les  débris  d'une  station   néolithique  très  ancienne  ; 


bE    BRIE-ftOMTË-ROBEht  lOI 

parait  que  Robert  de  Dreux  lui  confia  la  garde  de  la  position 
de  Brie  et  de  son  marché. 

Il  est  absolument  indéniable  qu'il  existait,  sur  Tilot  des 
Fontaines,  des  habitations,  puisque  nous  en  retrouverons 
une  partie  au  14''  siècle,  dans  les  comptes  de  la  reine  Jeanne 
et  il  semble  indiqué  que  ces  habitants  n'étaient  venus  là  que 
pourôtre  à  Tabri  de  surprises  etdesdéprédations  des  bandes 
armées. 

Cet  ilôt  devait,  àcoup  sûr,  n'avoir  été  complètement  séparé 
de  la  terre  ferme  que  par  la  main  de  l'homme  ;  au  point 
même  où  ce  travail  avait  été  fait  —  c'est-à-dire  au  point  le 
plus  faible  —  dut  s'élever  un  ouvrage  militaire  destiné  à  en 
défendre  l'accès.  Cet  ouvrage,  d'abord  en  bois,  sans  nul 
doute,  fut  réédifié  en  pierre.  11  est  demeuré  debout,  en 
partie,  jusqu'à  ces  dernières  années,  sous  le  nom  de  tour  St- 
Jean.  Il  est  à  peu  près  probable  que  cette  tour  fut,  pour  une 
bonne  part,  l'œuvre  de  Robert  de  Dreux.  Ce  fut  là  tout  le 
château  que  se  construisit,  à  Brie,  le  seigneur  capétien  ;  l'on 

l'importance  du  culte  de  la  Hache  y  est  attesté  par  de  nombreux  signes  gravés  sur  les  murs  et  sur 
les  hauts  piliers  servant  d'autel...  » 

Ai'leurs,   il  est   dit   à  ce  sujet  :  o  M.  Evans  se  base  (pour  émettre  son  opinion)...  sur  les 
grandes  figures   de  taureaux,  peintes  à  fresque  et  en  relief  qui  ornaient  les  murs,  marquis  de  la 
ioahle  hûche,    emblème   du  dieu   crétois...  et  sur  d'mnombrables  débris  (statuettes,  armes. 
doublti  haches  votives),.,  p 

M.  Drumont,  dans  la  France  juive  (  t.  I.  page  142)  écrit  ;  a  C'est  en  Bretagne  que  l'existence 
dune  colonie  sémitique  pourrait  se  soutenir.  Les  signes  sculptés  dans  les  grottes  de  Gavinis 
présentent  plus  d'une  analogie  avec  la  hache  symbolique^  gravée  sur  les  monuments  égyptiens...» 

Or  le  mot,  hache,  en  langage  carien,  se  dit  labrus  d'où  on  a  fait  labyrinthe.  Faut-il  un 
effort  considérable  d'imagination  pour  voir  dans  la  brie  une  traduction  littérale,  presque  un 
un  jeu  de  mots,  plus  fréquents  qu'on  n'imagine. 

^e  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  qu'une  famille  de  Brie  —  et  j'insiste  sur  ce  point  —  s'efforçait, 
wéme  habitant  la  ville  de  Braye  (c'est  ainsi  qu'on  appelait  Brir-Comte-Robert),  de  mainte- 
*»"■  officiellement  sur  ses  armes  le  nom  de  Brie  ;  qu'elle  portait  dans  son  écu  la  double  hache 
.emblème  symbolique  de  l'Orient)  où  le  mot  hache  se  dit  labrus  en  langage  carien  ;  enfin  qu'à 
coté  même  de  l'un  des  fiefs  qu'occupait  cette  famille,  il  en  était  un  portant  le  nom  de 
°^'gny  de  Boviniacus,  lieu  du  bœuf,  au  confluent  du  rû  de  Tabauf  zytc  le  Cornillot. 

Or  la  double  hache  se  retrouve,  nous  dit  M.  Evans,  dans  la  représentation  de  figures  de 
taureaux. 

Je  ne  conclus  pas,  j'expose  ;  mais  il  m'a  paru  que  cette  exposition  et  les  rapprochements 
Qu  elle  comporte  étaient  nécessaires. 

Peut-être,  en  prenant  possession  du  fief  du  Colombier,  situé  à  côté  des  fontaines  de  Brie, 
c^^tc  famille  trouva-t-elle  tracée  quelque  part  la  figure  symbolique  de  la  double  hache  ce 
<iui  ne  saurait  étonner  si  quelque  culte  oriental  était  venu  établir  en  cet  endroit,  un  sanc- 
tuaire ;  peut-être  aussi,  un  de  ses  membres,  à  la  première  croisade,  fut-il  initié  à  quelques- 
uns  des  mystères  de  l'Orient  qui  provoquèrent  en  Occident  l'éclosion  de  sociétés  secrètes. 

test  là  une  question  que  je  me  propose  d'étudier  à  part. 


iO'2  HISTOIUK   DE   LA  VlLLt! 

ne  saurait  s'étonner  que  lui  ou  sa  famille  y  ait  séjourné. 
L'abbé  Lebeuf  décrit  une  tour  ou  donjon  (i)  qui  présentait 
un  aspect  extérieur  se  rapprochant  beaucoup  de  la  tour 
Saint-Jean.  (Cette  tour),  dit-il,  «  est  bâtie  entièrement  en 
pierres  de  taille.  Quatre  tourelles  terminées  en  cul  de  lampe, 
et  surmontées  par  une  couverture  d'ardoise  en  cône,  flan- 
quent cette  tour.  LV5Cc7//(?ré/t7/7  construit,  par  le  dehors,  du 
côté  méridional.  Cette  tour  n'était  pas  indigne  de  loger  une 
reine  dans  les  temps  (XIIP  et  XIV"  siècles)  que  j'ai  marqués 
ci-dessus.  ». 

Si  ce  que  dit  l'abbé  Lebœuf  pour  le  treizième  siècle  est 
exact,  combien  cela  ne  l'est-il  pas  davantage  pour  le  dou- 
zième î 

Quant  c\  la  tour  elle-même,  comme  toutes  les  constructions 
de  ce  genre,  à  l'époque,  elle  ne  comportait  au  rez-de-chaus- 
sée qu'un  passage  allant  du  dehors  de  l'étang  au  dedans  ; 
l'accès  du  premier  étage  de  la  tour  ne  pouvait  se  faire  que 
par  un  escalier  extérieur,  précisément  situé  sur  la  face 
méridionale,  et  menant  aune  des  tourelles  dans  lesquelles  se 
développait  un  autre  escalier  conduisant  aux  étages  supé- 
rieurs. C'estla  disposition  commune  et  bien  souvent  décrite 
qui  constituait  un  excellent  moyen  de  défense  puisqu'il 
rendait  les  divers  étages  du  donjon  où  se  tenaient  les  défen- 
seurs absolument  inaccessibles.  Toutes  ces  considérations 
reviendront  d'ailleurs  lorsque  je  parlerai  du  chiiteau  de 
Brie-Comte-Robert. 

Mais  cet  ouvrage,  défensif,  ne  sufiisait  pas  ;  s'il  couvrait 
très  efficacement  l'accès  de  l'ilot  des  Fontaines,  il  était  im- 
puissant à  défendre  le  marché.  Or,  j'ai  pu  dans  les  pages 
qui  précèdent,  me  montrer,  dans  une  certaine  mesure, 
hésiter  sur  l'existence  et  sur  remplacement  de  ce  marché.  Il 
n'est  plus  possible,  à  la  date  où  nous  sommes  arrivés,  de 
contester  Tune  ou  l'autre  de  ces  questions.  Dans  le  chapitre 
qui  va  suivre  elles  recevront  leur  consécration  oHicielle,  par 
un  acte  authentique  en  bonne  et  due  forme.  Le  marché  qui  a 

(l)  Histoire  du  dio.c>:  d:  Paris,  article  Lay. 


ô 


bÈ   DÛlfe-dOMTÈ-ROBËRt  lo3 

fait  et  fait  encore  la  réputation  de  Brie,  existait  au  moins  à 
la  fin  du  XII**  siècle  et  se  tenait  exactement  à  l'endroit  même 
où  il  se  réunit  actuellement. 

On  verra,  par  la  suite,  que  le  seigneur  capétien  de  Brie 
n  était  pas  seul  à  avoir  des  droits  sur  ce  marché.  L'Eglise  de 
Paris  n'avait  pas  renoncé  aux  siens  et  il  se  produisit  même 
des  contestations  entre  les  deux  parties.  Nous  examinerons 
plus  loin  comment  elles  furent  réglées.  Mais  il  est  croyable 
que  chacune  voulut  avoir  sur  place  un  représentant  capable, 
en  même  temps,  de  veiller  à  la  sécurité  des  commerçants  et 
à  ses  propres  intérêts.  Ce  me  parait  être  l'origine  de  deux 
lîefs  que  l'on  peut  considérer  comme  les  plus  anciens  de 
de  Brie.  Ils  ont  d'ailleurs  disparus,  l'un  depuis  la  fin  du  XV" 
siècle  et  l'autre  bien  avant,  et,  non  seulement  la  trace  s'en  est 
perdue,  mais  leur  souvenir  est  à  peu  près  complètement 
éteint. 

L'un  était  le  lîef  que  je  qualifierai  du  seigneur.  C'était  le 

Colombier,  que  tenait  cette  famille  de  Brai  ou  de  Brie  dont 

i'ai  déjà  parlé.  Il  était  placé  en  dehors  de  l'ilot  des  Fontaines, 

non  loin  de  celles-ci  sur  les  routes  ou  chemins  ayant  Pans 

pour  direction.  Sous  sa  protection  se  dressa  un  faubourg, 

dont  nous  allons  avoir  à  constater  presque  immédiatement 

l'existence,  le  faubourg  de  Saint  Christophe. 

L'autre  fief  était  celui  de  l'Eglise,  si  on  peut  s'exprimer 
ainsi.  Non  loin  de  lui,  également  dans  la  direction  de  Paris, 
se  groupaient  quelques  maisons  qui  donnèrent  naissance  à 
un  autre  faubourg,  celui  de  Chantepie. 

Le  premier  fief  couvrait  les  fours  banaux  du  seigneur  et  sa 
pladoye  —  c'est-à-dire  le  lieu  où  la  justice  était  rendue 
en  son  nom.  L'un  et  l'autre  se  trouvaient  dans  ce  que  nous 
appelons  aujourd'hui  la  rue  du  Marché,  dans  la  portion  qui 
s'étend  entre  la  place  du  Marché  et  la  rue  des  Poulettes  (i)  et 
tenaient  aux  fossés  appelés  aujourd'hui  fossés  du  château. 
Tous  deux  se  trouvaient  à  proximité  de  l'ilot  des  Fontaines, 

(')  Cet  emplacement  est  tctuellement  occupe  par  le  s  immeubles  —  complètement  déserts-<T 
dt  Mme  Faucenberghc. 


i()4  iiisToiun:  de  la  ville 

et  par  suite  de  la  population  du  seigneur,  c'est-à-dire  du 
casirum  de  Bria,  et  en  même  temps  tout  à  côté  du  marché.  Le 
manoir  du  Colombier  —  placé  près  des  Fontaines  (i)  tenait 
ces  deux  établissements  sous  ses  vues.  (2) 

Le  lîef  du  F'ourjdont  le  nom  indique  pour  ainsi  dire  Tobjet. 
répondait,  du  côté  de  l'Eglise,  aux  mêmes  besoins.  Lui,  aussi, 
couvrait  le  four  banal  de  l'Eglise,  lui,  aussi,  couvrait  la  p/jt/ojc- 
de  l'Eglise.  J'aurai  à  en  parler  en  temps  et  lieu.  11  suffit  de 
dire  pour  l'instant  que  ce  lief  était  placé  à  peu  près  où  se 
trouve  aujourd'hui  la  maison  Sylvestre,  ayant  dans  ses  vues 
le  four  banal  (3)  et  la  pladoye,  ou  lieu  de  justice,  à  rentrée  de 
la  rue  du  Beau-Guillaume.  (4) 

Entre  ces  deux  fiefs  s'étendait  le  marché,  auprès  duquel 
nous  allons  voir  s'élever  les  halles  et  la  maison  de  Dieu  ou 
Hôtel-Dieu. 

Si  on  s'arrête  un  moment  à  ces  dispositions,  on  voit  en 
étudiant  le  terrain  que  le  marché  était  couvert  au  Nord  par  le 
fief  du  Colombier,  c\  l'Est  par  le  donjon  de  l'ilot  des  Fontaines, 
au  midi  par  le  rù  du  Cornillot  et  le  marais  qui  s'était  formé 
en  aval  de  filot  des  Fontaines,  à  l'Ouest  par  le  lîef  du  Four. 
C'était  bien  à  la  fois  le  castrum  et  la  villa  dont  parlent  les 
chroniqueurs  que  j'ai  cités  ci-dessus.  D'où  il  suit  que  leur  récit 
peut  "aussi  bien  s'appliquer  à  Brie-Comte-Robert  qu'à  Bray- 
sur-Seinc. 


C>/i\0 


>> 


(\)  L'immeuble  où  se  trouve  la  maison  Dcspîats  et  Desmars  représente  une  partie  de  ce 
fief  dont  j'aurai  à  reparler. 

(2)  A  la  fin  du  XV"  siècle  ces  deux  établissements  n'existaient  plus  depuis  fort  longtemps 
en  cet  endroit.  Ce  qui  se  comprend  d'ailleurs  car  on  avait  voulu  dégager  les  abords  du 
château. 

{^^)  Il  se  trouvait  alors  à  fort  peu  près  là  où  est  la  maison  Bonaud  sur  la  place  de  l'Hôtel 
de  Ville, 

(^)  Cet  emplacement  appartient  actuellement  à  M.  Wosmeck.  Des  bâtiments  qui  s'éle- 
vaient en  cet  endroit,  il  ne  reste  plus  aujourd'hui  que  des  caves,  dont  une  partie  a  été 
comblée.  Dans  l'un  de  ces  souterrain.;  est  une  source  qui  al. mente  d'aiileurs  un  puits  com- 
munal. 11  a  été  trouvé  un  fragment  de  hache  en  pierre  polie,  non  loin  de  cette  source. 


CHAPITRE  III. 


Robert  I,  de  Dreux,  était  mort  le  ii  octobre  1188.  selon  le 
martyrologe  de  Notre-Dame  de  Paris,  laissant  neuf  en- 
fants (2)  ;  mais  il  dut,  avant  de  mourir,  prendre  une  part 
active  à  !a  coalition  féodale  de  trSi,  dirigée  contre  Philippe- 
Auguste  que  Louis  Yll  avait  associ6  au  trône  depuis  le  1" 
novembre  1 179. 

Le  jeune  roi,  écrit  M.  Luchaire  «  n'attend  pas  que  son  pérc 
soit  mort  pour  exercer  le  pouvoir  dans  sa  plénitude.  Il  agfit,  à 
certains  égards, comme  si  Louis  VH  n'existait  plus  «  (3).  Pour 
échapper  à  la  tutelle  de  sa  mère  Adèle  et  de  ses  beaux-fréres, 
les  princes  Champenois  (liés  au  duc  de  Bourgogne)  il  s'allie 
étroitementaucomtede  Flandre,  dont  il  épousa,  malgré  tous,  la 
nièce,  Elisabeth,  tille  du  comte  de  Hainaut,  BaudoinV.Ce  fut 
le  signal  de  la  rupture  entre  Philippe  Auguste  et  sa  famille. 


(1)  Ci-tî 


:e  chupitri  ;  Alii.  î-  femme 


cette  tombe.    Le  motif  ci-drs! 

'qUF  j'Orléansen  1186  qui  mourut  le  i^i 

sire  de  Coucy.tuéiu  siège  ci'Acif,  en  il 
Jt.  en  H'fi,  mariée  à  Hugues  J[[,  seigneu 
r  ou  Bisilii,  qui  mourut  le  i)  juin  lîoc 


.   plus 


ic6  InéTOil^È  DE  La  villË 

Or,  Robert  de  Dreux  ayait  marié  son  fils  aîné  —  qui  prit  le 
nom  de  Robert  II  —  avec  Mahaud  de  Bourgogne,  fille  unique 
de  Raymond  de  Bourgogne  et  de  Agnès  de  Thiern.  Il  fallut 
bien  que  cette  alliance  fut  dictée  par  la  politique,  car  Mahaud 
avait  été  mariée  trois  fois  (i)  ;  elle  était  donc  de  bien  plus 
âgée  que  Robert  II,  de  Dreux,  qui  Tépousa  lorsqu'il  eût  à 
peine  atteint  sa  majorité  (2).  L'intérêt  politique  se  devine, 
d'ailleurs,  puisque  nous  savons  que  le  duc  de  Bourgogne 
faisait  partie  de  la  coalition  féodale  dirigée  contre  Philippe- 
Auguste.  Sans  doute  Robert  I,  de  Dreux,  en  voyant  son  frère 
Louis  VII  dépérir  et  s'éteindre  le  19  septembre  1 180,  conçut- 
il,  sinon  pour  lui,  au  moins  pour  son  fils  Robert,  de  nouvelles 
visées  sur  la  couronne  de  France.  Le  manuscrit  de  Sainte- 
Geneviève,  dont  j'ai  déjà  parlé,  le  dit  en  termes  explicites  : 
«  Robert  second,  fils  aîné  de  Robert  I,  comte  de  Dreux,  fit 
beaucoup    de   troubles    et    de    fâcheries,    prétendant  à  la 
couronne  et  au  dit  royaume  de  France.  » 

Mais,  en  juillet  ii85,  Philippe-Auguste  avait  eu  raison  de 
la  grande  féodalité  et,  parle  traité  de  Boves  ayant  réduit  les 
seigneurs  à  l'état  de  serviteur  dociles,  avait  afin  mé  avec  éclat 
la  supériorité  de  la  dynastie  capétienne.  Ce  fut,  peut-être, 
plus  que  toute  autre  considération  ce  qui  provoqua  la  nullité 
du  mariage  de  Robert  II  avec  Mahaud  de  Bourgogne.  Prioux 
le  dit  d'ailleurs  en  propres  termes  (3).  «  Le  divorce  fut 
prononcé  pour  lien  de  parenté  prohibé,  mais  sans  doute 
imposé  par  d'autres  circonstances  ».  Des  raisons  de  consan- 
guinité furent,  en  efiet,  mises  en  avant  pour  justifier  la 
séparation,  mais  on  peut  dire  que  la  politique  défit  ce  que  la 
politique  avait  fait. 

Robert  II  qui  avait  donné  suite  aux  projets  de  son  père 
dut,  dès  cet  instant,  se  soumettre  sans  arrière  pensée  à 
Philippe-Auguste.  On  en  pourrait  trouver  la    preuve  dans 

(1)  Elle  était  veuve  de  Eudes  !1,  seigneur  d*fs.>oudun,  de  Guy  I,  comte  de  Ncvcrs,  et  de 
Pierre  d'Alsace.  La  maison  d'Alsace,  par  Philippe,  s'était  engagée  dans  la  coalition  dirigée 
contre  le  jeune  roi  de  France. 

(2)  Robert  était  né  vers  ii^î- 

(3)  Monographie  Ac  l'abhaye  de  St-Yved  à  'Braine  (Paris,  1859  in-*"»). 


t>E    BRIE-COMTK-ROBERT  lO/ 

son  second  mariag-e.  Il  n'attendit  pas  la  fin  de  la  lutte  engagée 
entre  le  roi  et  les  féodaux.  Dès  1184,  lorsque  le  comte  de 
Hainaut,  beau-père  de  Philippe-Auguste  eut  abandonné  la 
coalition,  Robert  II  se  maria  avec  une  de  ses  parentes,  une 
de  ses  nièces  probablement,  Yolande  de  Coucy,  (ille  de 
Raoul  I,  sire  de  Coucy,  et  de  Agnès  de  Hainaut..  sa  première 
femme  (i)  ;  il  s'allia  ainsi  à  Philippe-Auguste  lui-même. 

Je  ne  suivrai  Robert  II  ni  au  siège  et  à  la  prise  de  la  ville 
de  Saint-Jean  d'Acre,  en  1191,  ni  dans  sa  campagne  contre  les 
Anglais,  ni  lors  de  son  intervention  dans  l'Albigeois  pour  se- 
courir Simon  de  Montfort,  à  la  famille  duquel  il  se  rattachait. 
Tous  ces  faits  sortent  du  cadre  de  l'histoire  de  Brie.  Ce  n'est 
qu'à  partir  du  commencement  du  XIII'' siècle  que  Robert  II 
appartient  à  notre  histoire  locale.  Devenu  par  la  mort  de  sa 
mère,  Agnès  de  Beaudimont,  en  1202,  seigneur  de  Bpe,  un 
des  premiers  actes  de  son  administration  fut  de  résoudre  les 
diflicultés  pendantes  avec  l'évèque  de  Paris. 

jai  montré,  au  chapitre  précédent,  que  l'Eglise  de 
Paris  avait  été,  à  une  époque  difficile  à  préciser,  mise  en 
possession  d'une  très  grande  partie,  sinon  de  la  totalité  du 
territoire  de  Brieet,auxdernières  lignes  de  ce  même  chapitre, 
jexposais  la  situation  respective  des  deux  parties.  On  se 
lend  aisément  compte  des  contestations  nombreuses  qui 
devaient  s'élever  entre  elles  à  propos  du  marché.  L'antago- 
nisme entre  les  deux  justices,  dont  les  maisons  s'élevaient  à 
une  faible  distance  l'une  de  l'autre,  devait  provoquer  des 
contlits  de  juridiction  incessants.  Les  choses  durent  en  venir 
iuin  point  qu'il  fallut  transiger,  pour  ne  pas  laisser  s'enve- 
nimer la  situation.  C'est  cette  transaction  qui  nous  a  valu 
'^charte  de  1208.  Ce  document  que  nous  possédons  en  son 
entier  a  une  importance  qui  n'échappera  à  personne.  M.  G. 
Leroy  (2)  a  dit  à  ce  sujet  avec  beaucoup  d'autorité  :  «  C'est 
^n  témoignage  curieux  de  la  condition  des  personnes  et  des 

n)  Ranul  de   Coucy  épousa  en  secondes  noces  une  des  sœurs  de  Robert  H  qui  fut  ainsi 
^n  beau-frère  et  son  beau-père. 

(2'  Les  Coûtâmes  de  Brie-Comte-Robert  au  XIIl''  siècle  (Melun,  1896,  plaquette). 


Histoire  r>l-;  i.h  vu.iM 


[V.  le  coiUrt  sc«u)  SrGlLL'  COMlTiS  KOBERTl  DROCENSS- 

Au  conlrf  scou  :  l'écu  Je  Drcui  (échiquflèd'or  et  d'amr  à  la  botdurt  de  gueuleJ. 
t  CONFIRMA  HOC  0ËVS. 
fCoaûrma  ho^  Deui]. 


Apr+S   la   mort   d'Agnès,    le   sceau   de   Robert   resta   le  nr 
léeeremenl  modifiée.  Ule  porta  : 
t.'  COMiTlS  ROBFRTl  («MINI  DROCARVM  HT  BRAS'E. 
(f,K,((™  œmw^  Qo^ffli  Domni  Z)™..,,,.,  .,  -«..«r.) 


Irgende  ; 


DE    r.RIE-COMTE-ROBERT  loO 

propriétés  à  Brie-Comte-Robert,  au  temps  de  la  floraison  du 
système  féodal,  et,  par  induction,  dans  les  temps  antérieurs, 
si  l'on  veut  bien  observer  que  le  progrès,  plein  d'activité  de 
nos  jours,  avait  alors  un  mouvement  insensible.  Ce  qui 
existait  en  1208  ne  devait  guère  différer  de  ce  qui  était  en 
vigueur  plusieurs  siècles  auparavant,  au  temps  de  Charles- 
le-Chauve  par  exemple,  à  Tépoque  de  la  consécration  du 
principe  de  l'hérédité  des  licfs  et  de  l'institution  de  la  fcoda- 
lité.  » 

On  conviendra  qu'il  n'étaitpas  possible  de  ne  publier  de  ce 
document  précieux  pour  l'histoire  de  Brie  que  des  extraits. 
Je  le  donne  ci-après,  in-extenso,  en  m'en  tenant  à  la  version 
publiée  par  Benjamin  Guérard,  le  savantéditeurdu  Cariulaire 
deNotre-'Djme  de  Paris  (i)  et  du  Polyplique  d'Irminon, 

DETERRA   BRAYE  ET  DE  JUSTITIA        SUR  LES  DROITS  ET  JURIDICTION 
QLAM  HABET  ECCLESIA  QUE  POSSÈDE  L'i-X;LISE  DE 

PARISIENSIS.  PARIS  DANS  LA  TERRE  DE  BRIE 

EgoRobcrtus  cornes,  dominus  Moi,  le  comte  Robert,  seigneur 
^rocarum  et  Brave,  et  Yolendis  de  Dreux  et  de  Brie,  et  la  comtesse 
comitissa,  uxor  niea,  notum  Volende,  ma  femme,  faisons 
iacimus  ûuiversis,  presentibus  et  savoir  à  tous,  présents  et  à  venir  : 
futuris  quod,  cum  esset  contro-  attendu  le  débat  qui  s'est  élevé 
versiainternosetecclesiam  Béate  entre  nous  et  l'église  de  la  Bien- 
Marie  Parisiensis  super  hiis  que  heureuse  Marie,  de  Paris,  sur  les 
habet  apud  Brayam,  tandem,  pro  droits  qu'elle  a  à  Brie  pour  en 
bono  pacis,  assensu  Roberti,  filii  finir,  et  pour  le  bien  de  la  paix, 
°ostri,  composimus  in  hune  mo-  du  consenlcrncnt  de  notre  fils 
dum  :  Robert  (2),   nous  avons  transigé 

de  la  manière  suivante  : 
Des  moulins  et  de  la  mouture 

ïn  molendino  quod  habct  vcl  Dans     le     moulin     que     pos- 

babebit    ecclesia  Parisiensis    in      séde  ou  possédera  (3)  l'Eglise  de 
Panibus  illis,  ad  quiod   bannarii      Paris   en   ce    lieu,  et  auquel  ses 

0  Cf.  p.  299  et  suivantes. 

y^)  Nous  le  verrons  plus  loin  sous  le  nom  de  Robert  iU. 

'^^  Cette  rédaction  ne  saurait  pr^'tcr  à  l'ambi-iiuitc    :  l'Fglise  de  Paris  possédait  le  grand 
"^•^uiin,  maij;  cWc  envisageait  l'éventualité  d'un  changement  possible. 


lïO 


HISTOIRE   DE   LA   VILLt- 


sui  de  Braya  ire  tenebuntur, 
habebit  ecclesia  duas  partes  et 
dominus  Brave  tertiam  partem. 

Et,  si  plura  molendina  habuerit 
ecclesia,  ad  melius  ire  tenebun- 
tur bannarii  sui  ;  dominus  autem 
Braye  nihil  habebit  in  altero, 
cum  illud  possitsuffîccrc. 


Et,  si  molendinum  non  habuerit 
ecclesia,  nisi  portionarium,  simi- 
liter  crit  de  portionario. 


De  omnibus  provcntibus  et  de 
justitia  molendini  vel  molendino- 
rum  ad  quod  vel  ad  que  ire 
tenebuntur  bannarii  ccclesicsimi- 
liter  habebit  ecclesia  Bcate  Marie 
Parisiensis  duas  partes  et  domi- 
nus Braye  tertiam  partem  ;  ita 
tamen  quod,  si  serviens  ecclesie 
vel  domini  Braye,  vel  alius  inve- 
nerit  bannarium  ecclesie  ad  aliud 
molendinum  cuntem  vel  redcun- 
tem,  eum  capiet,  et  in  Braye,  per 
servientem  ecclesie  et  per  servien- 
tem  domini  Braye,  judicabitur 
hoc  modo  : 


propres  banniers  seront  tenus  de 
se  rendre,  (les  profits)  seront  par- 
tagés par  tiers,  deux  pour  l'église 
et  un  pour  le  seigneur  de  Brie. 

Et,  si  TEglise  avait  plusieurs 
moulins  les  banniers  du  seigneur 
seraient  tenus  dallcrau  meilleur; 
toutefois  le  seigneur  de  Brie 
n'aurait  rien  à  prétendre  des 
profits  d'un  autre  si  celui-là  peut 
suffire. 

Au  cas  où  l'Eglise  ne  posséde- 
rait pas  la  totalité  du  moulin, 
mais  une  portion  seulement,  les 
profits  de  cette  portion  seraient 
partagés,  comme  il  a  été  dit  ci^ 
dessus  (deux  tiers  pour  le  sei- 
gneur). 

De  tous  les  produits  (et  de  ceux) 
que  les  droits  de  justice  peuvent 
donner,  du  moulin  ou  des  mou- 
lins, auquel  ou  auxquels  les 
banniers  de  l'église  seront  tenus 
d'aller  l'Eglise  delà  bienheureuse 
Marie,  de  Paris.,  aura,  comme  il 
est  dit  ci-dessus,  deux  parts  et  le 
seigneur  de  Brie  une  part,  les 
trois  parts  faisant  le  tout  ;  et  si 
rhomme(  i  jderEgliseoul'homme 
du  seigneur  de  Brie,  ou  tout  autre 
trouve  un  bannier  de  l'Eglise  al- 
lant à  un  autre  moulin  ou  en  reve- 
nant, il  se  saisira  de  lui,  et,  dans 
la  ville  de  IVie,  (le  délinquant) 
sera  jugé  à  la  fois  par  l'homme  de 
l'Eglise  (t  par  l'homme  du  sei- 
gncurdeBrie  de  la  façon  suivante: 


ij^  Homme  Aoii  être  pris,  ici,  dans  le  sens  de  reprcsentant,  garant,  intendant. 


le  roi^-r'VT'i-i' tiî-rr 


^     Litt 


-Txiuxsun 


ruTTîâafcru. 


ir  iiiiCïw  TSj- 


^S^  M  ^IM     ^"^  t  — ■  4^*         1  iA* 


iii  tr 


amutr.LPLiii   si: 


r'J"^^^?srr=±^:c  a::  ecjlc>:a3î 
tî  s:3i^2zzi  Brave,  dca>  panes 


Si  ciiam  scriicntcs  doaiini 
'^''ayc,  bona  fidc ,  in  ali.i 
ni3lcndino  competenter  majus 
^omniodum  cccicsic  repererini, 
d  Jaimodo  non  sit  domini  Brave, 
''cquisito  ser\  iente,  ad  illud  ibuni 
bannariiecclesiemolendinoeccle- 
^*c  et  de  proventu  pertinente 
3^  ecdesiam  et  ad  dominum 
"raye  duas  partes  habebit  ecclc- 
^'3  et  dominas  Brave  tertiam 
Pariem 


-T^     ,.^   .^      ^  .»^      J      ,.    >  V      V^     J^ 

•jcrrrcs^z  ^x  r^-.:t»:i:r-  «ic  :  ,"v:^3^ 
Tii:i.r':tt   :    ^^^    ^-^^    r^,k.>    >v-"c-^ 

*►-  *     ^^— .  -      ^.  —     r^^  ...^.^...^    ■'^— .  »»  Jl>    .  <«. 

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-  -    r-*      - 

B>  .  -  •  ^  « 

à  rEi:I:<<  c:  au  >>:*i:ncur  àc  Htc 
serait  partage  par  licî'S.  vicuv 
p.^ur  i  enlise,  îc  t:oi>:dmc  pvHxr  le 
seiirneur  de  IVie. 

Si,  de  bv^nne  foi  ^et  Jans  une 
excellente  intention'  les  iiens  via 
seigneur  de  Hric  iuj^eaient  plus 
commode  de  taire  moudre  ;\  un 
autre  moulin  qu  à  celui  de  rilgli- 
se. pourvu  qu  il  n'appartienne  pas 
au  seijjneur  de  Hrie,  les  banniers 
de  ri'-j^lise  pourront  se  rendre  ;\ 
ce  moulin,  au  lieu  du  moulin  de 
ri*!y:lisc  àcondiliv^n  que  l'homme 
de  celle-ci  ail  OlO  ciuisulic.  Ix 
profit  qui  en  résultera  pour  TIC- 
glise  et  pour  le  sei{4:neur  de  Hrie 
sera  (encore)   partn^'d  par   tiers, 


\\'2 


HISTOIRE   DE   LA   VILJ-E 


In  omnibus expansis  molendini 
vel  molendinorum  in  quo  vel  in 
quibus  dominas  Brave  sumet 
lertiam  partepi,  ponet  dominus 
Braye  terliam  partem,  quociens 
erit  neccssarium  ;  ecclesia  vcro 
duas  partes. 

Si  molcndinum,aut  partem  vel 
partes  molendini  vel  molendino- 
rum ab  alio  vel  ab  aliis  condu- 
xerit  ecclesia,  vel  ad  firmam 
receperit,  quod  cum  consilio  do- 
mini  Brayp  vel  servientis  ejus 
facere  tepetur,  dominas  Brave 
tertiam  partem  ponçt  et  ecclesia 
ducis  partes  ;  et  sumet  dominus 
Braye  tertiam  partem  proven- 
tuum,  ecclesia  vero  duas  partes  ; 
et  si  alibi  invenerit  .  serviens 
domini  Brave  commodiorem 
iirmam  vel  locationcm,  illam  te- 
nebit  ecclesia.. dummodo  non  sit 
domini  Braye. 


deux  pour  l'Eglise,  le  troisième 
pour- le  seigneur  de  Brie. 

Le  seigneur  de  Brie  paiera  le 
tiers  de  toutes,  les  dépenses  qu'il 
sera  nécessaire  de  faire  pour  le 
moulin  et  les  moulins  dont  il 
prendra  le  tiers<ies  revenus  ;  l'E- 
glise en  paiera  les  deux  autres 
tiers. 

Si  l'Eglise  loue  de  quelque 
personne  ou  de  plusieurs  un 
moulin  ou  plusieurs  moulins  en 
partie,  si  elle  en  prend  à  ferme, 
ce  qu  elle  devra  faire  après  avoir 
pris  l'avis  du  seigneur  de  Brie 
ou  de  son  représentant,  le  sei- 
gneur de' Briè  paiera  un  tiers  (du 
loyer)  et  l'Eglise*  les  deux  autres 
tiers  ;  le  seigneur  de  Brie  aura 
un  tiers  des  '  profits  et  l'Eglise 
les  deux  autres  tiers;  et  si  le 
représentant  du  seigneur  de  Brie 
trouve  ailleurs  un  moulin  ou  des 
moulins,  soit  à  ferme,  soit  en 
location,  plus  commodes, l'Eglise 
en  prendra  sa  part,  à  la  condition 
que  le  moulin  ou  les  moulins 
n'appartieniienr  pas  au  seigneur 


de  Brie. 
De  Li  justice 


Prœtcrea  in  terra  beatè  Marie 
apud  Brayam,  justicia  et  in 
domibus  et  extra  plenarie  est 
ecclesie,  et  sanguis,  et  latro,  et 
rolagium,  et  foragium  et  omnis 
justitia. 


l'insuite  dans  la  terre  de  la 
bienheureuse  Marie,  auprès  de 
Brie,  la  justice  plenière,  tant  dans 
les  maisons  que  hors  des  mai- 
sons, appartient  à  l'Eglise  (de 
même  que  la  connaissance)  des 
meurtres,  des  vols,  du  rouage  (  i  ), 


I    Taxe  levée  sjr  les  voitures  comm.»   indiMiinité  des  dommages  que  celles-ci  causaient 
aux  cheinm>  .  impôt  sur  le  transport  des  vin^. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT 


Il3 


MjrcJîJfids  de  sel. 

De  salinariis  vero  et  mcrceriis, 
composuimus  in  hune  modum  : 
videîicct  quod  de  omnibus  reddi- 
libus  corum  et  foris  faclis  mcdic- 
latcm  habcbit  ecclcsia  et  dominus 
Brave  ait  .Tarn  m'jdictatem  . 


Et  de  redditu  gallinarum  quas 
rcgrratarii  dcbcnt.  et  de  foris 
factis  eorum  habebit  ecclesia  et 
dominus  Brave  altcram  mcdieta- 
tem. 

Foris  facta  vero  eorum  in  com- 
mun curia   levabuntur,  pro    om- 
nibus hiis   in  quibus  ecclesia  et 
dominus  Brave  participes  sunt. 


Serment 
Servions  ecclesie  domino  Brave 
prestahit  juramenluni    fidelitalis 
observande  ;  et  ejus  serviens  ec- 
clesie, quolicns  liet    pcrmutatio 


forage  (i),  enfin  de  tout  ce  qui 
est  du  ressort  de  la  justice. 

merciers,  regrattiers 

En  ce  qui  touche  les  marchands 
de  sel  (2)  (sauniers)  et  les  mer- 
ciers (3),  nous  nous  entendons 
comme  il  suit  :  ri£y:lisc  aura  la 
moitié  de  tous  les  revenus  prove- 
nant d'eux  et  de  tous  les  délits 
qu'ils  pourront  commettre  ;  le 
seigneur  de  Brieaura  l'autre  moi- 
tié. 

De  plus  l'Eglise  aura  la  moitié 
du  revenu  des  poulesque  doivent 
les  regrattiors  (4)  et  des  délits 
qu'ils  pourront  commettre. 

Les  délits  commis  par  les  uns 
et  les  autres  seront  jugés  dans 
la  maison  commune  pour  tous 
ceux  sur  lesquels  l'Eglise  et  le 
seigneur  de  Brie  ont  droit  de 
partage. 

de  Jidùlilé 

Le  représentant  de  l'Eglise 
prêtera  serment  de  fidélité  au 
seigneur  de  Brie,  de  même  que 
le   représentant  du   seigneur  de 


U  Droit  perçu  sur  les  vins  vendus  au  détail.  Il  était  perçu  en  argent  ou  en  pintes  de 
vin.  d'une  façon  généiale  sur  chaque  pièce  conduite  dans  le  ressort  du  justicier  ou  qu'on 
y  détaillait. 

(2;  Peut-être  d'objets  salés,  de  salaisons.  Dans  tous  les  cas,  la  gabelle  du  sel  (impôt  sur  le 
sfl'  n'était  pas  encore  créé;  il  ne  fait  son  apparition  que  d'une  façon  temporaire  en  1246  et 
aune  façon  définitive  en  1340. 

''  Le  commerce  des  merciers  comprenait    des    objets   très    divers  (servant,  en  général 

pour  1  habillement  et  la  parure).  Ce  devait  être,  déjà  à  cette  époque,  un  commerce  très  flo- 

"^^nt  qui    devait    attirer  beaucoup  de  monde  ou  marché  de  Brie,  si  on  en  juge  par  Le  du 

"'  ^<^fch:ani  à  la  suite  des  Prov.  et  dut.  popu!.  publié  par  Crapelet. 

Et  reviennent  de  toz  pais 
Les  bons  marchéans  à  Paris 
For  la  mercerie  achater.... 

U)  Regrattiers,  ceux    qui  vendent  de  s-^conds  main.  11  y  avait  à  Bric  une  ru2  de  h  Gr.ite- 

"^.  aujourd'hui  rue  des  Halles. 


114 


HISTOIRE  DE  LA  VILLE 


alicujus    servientis    ecclesie  vel      Bric  prêtera  serment  de  fidélité  ù 
domini  Brave.  l'Eglise.  Il  en  sera  ainsi  chaque 

fois  que  le  représentant  du  sei- 
gneur ou  de  l'Eglise  sera  change. 

Franchise  Je  la  terre  de  V Eglise 
In  terra  vero  ecclesie,  nec  do-  Ni  le  seigneur  de  Brie,  ni  au- 

minus  Braye  nec  alius  e.xtra  do-      cun  autre  ne  pourra  lever  un  droit 
mum  poterit  staullum  levare.  hors  des  maisons  dans  la  terre  de 

l'Eglise. 

Vente  du  pain 


In  domibus  et  in  fenestris  do- 
muum  suarum  poterunt  hospites 
ecclesie  panem  vendere  qualibet 
die  et  in  die  fori,  nec  inde  thelo- 
neum  habebit  dominus  Brave. 


Les  hôtes  (i)  de  l'Eglise  pour- 
ront vendre  du  pain  soit  dans 
leurs  maisons,  soit  aux  fenêtres 
de  leurs  maisons,  tous  les  jours 
aussi  bien  que  le  jour  de  marché, 
sans  que  le  seigneur  de  Brie 
puisse  pour  cela  prétendre  à  un 
tonlieu  (2). 

Vert  te  des  grains 
In  quacumque  terra  fuerit  apud  L'Eglise  a  la  propriété  de  cha- 


Brayam  mina,  vel  extra  infra 
banleugam,  ecclesie  est,  et  mina- 
gium  est  ecclesie. 


que  mine  qui  existe  en  quelque 
terre  que  ce  soit  auprès  de  Brie 
ou  dans  la  banlieue  (3)  et  le  droit 
de  mesure  lui  appartient  en  tota- 
lité. 

Vente  du  blé 


Ubicumque  fuerit  venditio 
bladi,  a  nona  hora  diei  mercurii 
usque  ad  horam  primam  diei 
veneris  ecclesie  est  minagium. 


En  quelque  lieu  que  ce  soit 
que  se  fasse  une  vente  de  blé, 
depuis  la  neuvième  heure  du 
mercredi  jusqu'à  la  première 
heure  du  vendredi,  le  droit  de 
mesure  appartient  à  l'Eglise. 

Mesures  de  capacité 
In  quacumque  terra  falsa  mina  En   quelque  terre  que  soit  si- 

(i)  Fermiers  occupant  une  tenure  et  vivant  de  ses  produits  moyennant  une  redevance. 

il)  Droit  qui  se  payait  pour  les  places  dans  les  marchés. 

(,5)  La  banlieue,  étendue  «.le  pays  dans  laquelle  le  seigneur  avait  le  droit  de  faire  les  bans 
ou  proclamations  reconnues  par  les  chartes  ou  les  coutumes  et  qui  s'étendait  généralement 
à  une  lieue  de  distance. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT 


IIO 


rcperta  fuerit  et  quandocumque, 
justicia  est  ecclesie.  Serviens 
ecclesie  minam  tauliabit,  et  inde 
sextarium  vini  habebit,  nec  ad 
eam  mensurabitur  antequam  tra- 
dita  sit  servicnti  ecclesie,  et  ab 
eo  approbata. 


gnalée  une  fausse  mine,  et  en 
tous  temps,  la  connaissance  du 
délit  appartient  à  la  justice  de 
l'Eglise.  L'homme  de  l'Eglise 
marquera  chaque  mine  et  recevra, 
pour  ce,  un  septier  de  vin  et  on 
ne  pourra  se  servir  d  une  mine 
pour  mesure  sans  qu'elle  ait  été 
apportée  à  l'homme  de  l'Eglise 


et  par  lui  approuvée. 
Vente  des  animaux 


Scmblablemcnt,  l'Eglise  aura, 
sur  le  marché  du  seigneur  de 
Brie,  le  tonlieu  pour  chaque  ani- 
mal acheté  ou  vendu,  delà  neu- 
vième heure  du  mercredi  à  la 
première  du  vendredi. 

Le  tonlieu  sur  la  laine  brute, 
c'est-à-dire  non  filée,  appartient 
à  l'Eglise  ;  également  le  tonlieu 
du  mcrrain  travaillé  ou  non  ap- 
partient à  l'Eglise  à  quelque 
heure  que  la  vente  soit  faite, 
depuis  la  neuvième  heure  du 
mercredi  jusqu'à  la  première  du 
vendredi  ;  excepté  ce  qui  a  été 
écrit  au  sujet  des  merciers  et  des 
vases  de  madré  (i).  L'Eglise  a 
droit  de  justice  sur  toutes  les 
matières  quelles  qu'elles  soient  ; 
le  tonlieu  et  le  droit  de  mesure 
lui  appartient  aussi  sauf  ce  qui  a 
été  écrit  au  sujet  des  sauniers  et 
des  regratiers  (2). 

(i)  ï  a  madré  est  le  cœur  et  racine  des  différents  bois  employés  pour  faire  des  vases  à  boire, 
des  brocs,  etc.  D'après  cet  article,  il  semblerait  que  les  mots  cyphis  ou  cupis  de  madré  s'appli- 
quent aux  mines  dont  il  est  parlé  ci-dessus.  Rien,  en  effet,  dans  les  articles  précédents  ne 
vise  d'autre  récipient  que  la  mesure  de  grains,  appelée  mine.  On  voit  par  le  même  article 
que  les  merciers  vendaient  de  la  laine  non  filée. 

(2^  Pour  ceux-ci  l'Eglise  et  le  seigneur  de  Brie  se  partageaient  par  moitié  les  droits  à  per- 
cevoir comme  on  l'a  vu  plus  haut. 


Similiter  ecclesia  habebit  telo- 
neum,  in  foro  domini  Brave,  de 
quolibet  animali  empto  vel  ven- 
dito  a  nona  hora  dici  mercurii 
usque  ad  horam  primam  dici 
veneris. 

Teloneum  lane  crude,  videlicet 
non  infilo,  est  ecclesie  ;  et  telo- 
neum merrenii  opcrati  vel  non 
operati  est  similiter  ecclesie,  in 
quacumque  hora  vendita  sint,  a 
nona  hora  diei  mercurii  usque 
ad  primam  horam  diei  veneris  ; 
excepto  quod  scriptum  est  de 
merceriis  et  cyphis  de  madré.  Jus- 
titie  sunt  ecclesie  de  quibuscum- 
que  rebus  ;  teloneum  suum  est 
et  minagium,  salvo  eo  quod 
scriptum  est  de  salinariis,  de 
merceriis  et  regratariis. 


n6 


HISTOIRE  DE   LA  VILLS 


Fraudes  sur  les 

Si  servions  ecclesie  inveniat 
hominem  qui  portet  redditus  ec- 
clesie ad  prescns  foris  factum, 
,  ipsum  capiet,  et  pmendabit  ec- 
clesie ;  et  si  portet  redditus  ec- 
clesie, serviens  ecclesie  eum 
sequi  poteril  usque  ad  banleu- 
gam,  et  si  poterit,  eum  capiet  ; 
et  quando  eum  ceperit.  si  foris 
factum  recognoverit.  ipse  ecclesie 
redditus  reddet  et  ecclesie  emen- 
dabit  foris  factum  ;  et  si  non  con- 
fiteatur,  per  sacramentum  suum 
i-c  liberabit. 


ci  roi!  s  de  l'Es^lise 

Si  l'homme  de  l'Kglise  trouve 
un  homme  portant  des  objets 
susceptibles  de  droits  pour  lE- 
gliseen  flagrant  délit,  il  se  saisira 
de  lui  et  lui  fera  payer  une  amende 
pour  1  Eglise  :  et  s'il  rencontre 
un  homme  portant  des  objets 
susceptibles  de  droits  pour  \\l- 
glise  il  pourra  le  suivre  jus- 
qu'à la  banlieue  (c'cst-à-dirc  à 
environ  une  lieue)  et  s'il  le  peut 
se  saisiia  de  lui  :  et  lorsqu'il 
l'aura  arrêté,  si  le  délit  est  re- 
connu, le  délmquant  devra 
opérer  la  restitution  des  droits  à 
l'Eglise  et  lui  payer  une  amende  : 
mais  si  le  serment  lui  est  déféré 
et  qu'il  nie,  il  sera  cru  sur  son 
serment  et  mis  en  liberté. 


Les  Corvées 


Apud  Brayam,  in  terra  Béate 
Marie  has  corveias  habebit  tan- 
lummodo  dominus  Braye  : 

Dcunoquoque  homine  habente 
bestiam  trahentem  ad  carrucam, 
ter  in  anno  habebit  dominus 
Braye  corveiam  et  in  unaquoque 
saison,  una  die  ;  et  qui  bcstiim 
trahentem  nd  carrucam  non  ha- 
buerit,  nichil  persolvet  pro  cor- 
veiis  illis.  Dominus  autem  Brave 
pro  singulis  carrucis  duos  dena- 
lios  dabit  scrvicnlibus  canuja- 
rum. 


Auprès  de  Brie,  dans  la  terre 
de  la  bienheureuse  .Marie,  le  sci 
gneur  de  Bric  a  droit  seulement 
aux  corvées  suivantes  : 

Le  seigneur  de  Brie  aura  cha- 
que année  trois  corvées  et  dans 
chaque  saison  un  seul  jour,  pour 
chaque  homme  possédant  une 
bote  tirant  la  charrue  :  celui  qui 
n'a  pas  de  bête  tirant  la  charrue 
ne  paiera  rien  pour  ces  corvées. 
D'autre  part  le  seigneur  de  Bric 
donnera  deux  deniers  pour  cha- 
que charrue  aux  ser\i leurs  em- 
ployés au  t:a'»  -lii  des  chirnics 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT 


II 


Etprcterca  omnes  hospiics  de 
Brava  ccdesic  insimul,   propriis 
cxpensis   suis      singulis    annis, 
adduccnt  triginta  scptcm  modios 
vini  de  \'illa  Nova  Sancli  Gcorgii 
u<^]ue  ad  IVayam,  ad   ccllarium 
domini  Brave,  ad  modium  X'ille 
Nove  ;  et  ab  initie  vindemiarum 
usque  ad  quindenam  Sancti  Dyo- 
nis'i,  adducetur  vinum  determi- 
natum,  et  ex  tune  non  tenebantur 
adducere  eo  anno.  Servions  do- 
mini Brave  submonebit  hospites 
Bcate  Marie  de  corveya  vini,  et 
crasiina  die   poterunt   remanere 
ad  prcparandum  se  ;  tertia   vero 
die.  ilunt    ad    corvcvam.    et     si 
presto  invencrint  vinum  illa  die, 
adduccnt  illud  ;  sinautcm,  liberi 
a  corveya  vini,  de  tôt  modiis  pro 
quotfuîrint  submoniti,  usque  ad 
annum  revertentur. 


Item,  nec  domino  Braye,  ncc 
servientibus  ejus  culcitras  com- 
modaretenebuntur  hospites  Bcate 
Marie. 


En  outre  tous  les  hôtes  de 
l'Eglise  de  Brie  devront  cha- 
cun à  SCS  dépens,  transporter, 
par  chaque  année,  trente - 
sept  muids  de  vin,  mesure 
de  Villeneuve,  de  Ville  Neuve 
Saint-Georges  à  Brie,  dans  le 
cellier  du  seigneur  de  Brie  ;  cette 
quanrité  de  vin  devra  être  amenée 
depuis  le  commencement  des 
vendanges  jusqu'à  la  quinzaine 
de  Saint-Denis  (i)  ;  passé  cette 
dernière  date,  les  mêmes  hâtes 
ne  seront  plus  tenus  de  faire  le 
même  transport  pour  l'année. 
Lhomme  du  seigneur  de  Brie 
devra  prévenir  les  hôtes  de  la 
Bienheureuse  Marie  lorsqu'il 
voudra  leur  réclamer  la  corvée  du 
vin  ;  ceux-ci  auront  toute  la  joui- 
née  du  lendemain  pour  se  pré- 
parer, mais  le  troisième  jour,  ils 
iront  à  la  corvée  et  si  ce  jour  la, 
ils  trouvent  le  vin  prêt  à  être 
emporté,  ils  l'amèneront  ce  même 
jour  ;  smon  ils  seront  déchargés 
de  la  corvée  du  vin  pour  la  quan- 
tité de  muids  qu'on  leur  avait  dit 
d'amener  et  ce  jusqu'à  Tannée 
suivante. 

En  plus,  les  hôtes  de  la  Bien- 
heureuse Marie  ne  seront  tenus 
de  fournir  des  matelas  (garnitures 
de  lit),  ni  au  seigneur  de  Brie,  ni 


à  ses  hommes. 
Lj  borne  de  séparation 
Item,  meta  que  dividit  terram  II  est  bien  entendu   d'irilleurs 


(I)  La  Saint-Denis  se  célébrant  dans  le  diocèse  de  Paris  lo  9  octobre,  il  faudrait  entendre 
que  la  corvée  du  vin  prenait  fin  le  24  octobre. 


ti8 


HISTOIRE   DE  LA  VILLE 


ecclesie  a  terra  domini  Braye, 
que  communi  assensu  posita  est 
a  neutra  partium  poterit  remo- 
veri. 


que  la  borne  qui  sépare  la  terre 
de  l'Eglise,  de  la  terre  du  seigneur 
de  Brie,  borne  qui  a  été  posé* 
d'un  commun  accord,  ne  pourra 
être  déplacée  par  aucune  des 
deux  parties. 
Le  ban  de  vendante 


Item  hospites  ecclesie  bannum 
quod  dominus  Braye  habetapud 
Brayam,  de  vino  vendendo  quo- 
libet anno,  per  très  menses  no- 
minatos  observare  tenebuntur. 


Les  hôtes  de  l'Eglise  seront 
tenus  en  plus  de  respecter  le 
ban(i)  que  le  seigneur  de  Brie  a 
sur  le  vin  qui  se  vendra  auprès 
de  Brie,  n'importe  quelle  année, 
pendant  les  trois  mois  désignés. 
Forlifications  de  la  ville 


Ad  communem  clausuram  ville 
de  suo  ponere  tenebuntur  hos- 
pites ecclesie  rationabiliter,  sicut 
alii  homines  ville,  per  videntiam 
et  per  manum  servientis  ecclesie. 


Les  hôtes  de  l'Eglise  seront 
tenus  de  contribuer  chacun  du 
sien,  dans  une  mesure  raisonna- 
ble, à  l'édification  de  la  clôture 
commune  de  la  ville,  comme  les 
autres  habitants  de  la  ville;  cette 
contribution  sera  recueillie  par 
les  soins  et  versée  entre  les  mains 
de  l'homme  de  l'Eglise. 
Prises  d\v'J7ies 


Debent  etiam  hospites  ecclesie 
armaturas  compétentes  habere, 
sicut  alii  homines  ville,  et  cum 
armis  illis  ire  cum  domino  Braye, 
vel  cum  servientibus  cjus.  in  che- 
valcheiam,  vel  in  alias  nécessi- 
tâtes ejus,  cum  communi  ville  ; 
ita  quod  ipsa  nocte  hospitia  sua 
possint  reverti  ;  et  si  de  hoc  foris 
facerent,  emendarcnt  ei  ;  et  si 
negaverit  quis  se  audisse  clamo- 
rcm  vel  submonitionem,  jura- 
mento  suo  libcratur. 


Les  hôtes  de  l'Eglise  doivent 
même  posséder  les  armes  (et  ar- 
mures) suffisantes,  comme  les 
autres  habitants  de  la  ville,  et, 
avec  ces  armes,  accompagner  le 
seigneur  de  Brie  ou  ses  hommes, 
en  chevauchée  ou  suivant  les 
autres  nécessités  qu'il  jugera 
convenables  ;  mais  ils  devront 
pouvoir  regagner  leur  domicile 
la  nuit  même.  Ceux  qui  cherche- 
raient à  échapper  à  ce  service 
devront  l'amende   au    seigneur. 


(i)  Ceci  doit  s'cnteiulre.  je  crois,  du  ban  d:  vendange  qui  avait  pour    but    de    faciliter  au  sei- 
gneur la  perception  de  la  dime  et  de  lui  permettre  de  vendre  plus  tôt  et  plus  cher  sa  récolte. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT 


ti9 


(Cette  levée  d'armes  devant  se 
faire  à  cor  et  à  cri)  celui  des  hôtes 
de  TEglise  qui,  sous  la  foi  du 
serment,  déclarera  n'avoir  en- 
tendu ni  l'avis,  ni  la  clameur, 
sera  déchargé  envers  le  seigneur. 

Les  oblifrations  du  seigneur  de  Brie 


Pour  toutes  les  corvées  insé- 
rées dans  le  présent  acte,  et 
auxquelles  sont  tenus  les  hôtes 
de  l'Eglise  de  Brie  envers  le 
seigneur  de  Brie,  celui-ci  devra 
s'enquérir  d'eux  et  les  aider  de 
bonne  foi,  s'ils  étaient  faits  pri- 
sonniers par  quelqu'un  ou  déte- 
nus en  prison  ou  d'une  manière 
quelconque  retenus,  comme  il 
doit  le  faire  pour  les  autres 
habitants  de  Brie. 
Profits  de  Vhoinme  du  Seigneur 
Tcnctur  etiam  quilibet   bospi-  Chacun   des  hôtes  de  l'église 


F^ro  hiis  corveiis  que  nominate 
>unt  inprescnti  carta,quas  tenen- 
»Jï*  Facerc  hospites  eulcsie  de 
'^^^ya  domino  Biayesi  ipsi  capti 
«^<^t~int  ab  aliquo  vcl  detenti,  vel 
nno do  quolibet  impediti,  tenctur 
^*^s  requirere  etjuvare  bonû  fîde, 
SIC  vit  aiios  homines  Brave. 


tum     ecclesie   reddere    servienti 

^*^rnini  Brave,  singulis  annis,  in 

^^asiina    natalis   Domini,    unum 

toriellum,  vel  unum  obolum  pro 

tortello,   si  maluerit   hospes,    et 

hospites  ecclesie  habebuntomnia 

^issiamenta  ville,  sicut  aliishomi- 

nes  de  villa. 


sera  tenu  de  donner  à  l'homme 
du  seigneur  de  Brie,  chaque 
année,  au  lendemain  de  la  Nati- 
vité, une  petite  tourte,  ou,  à  la 
place  de  ce  gâteau,  une  obole, 
si  cela  lui  convient  ;  mais  les 
hôtes  de  l'Eglise  jouiront  de  tous 
les  droits  dont  jouissent  les   au- 


tres habitants  de  la  ville. 
Transport  du  bois 
Si  aliquis  hospitum  de  Braya  Si     quelqu'un    des    hôtes    de 


ecclesie,  a  prima  die  adventus 
Domini  usque  ad  natale  Domini, 
inventus  fuerit  extra  Brayam 
adducens  boscum  cum  quadriga 
vel  cum  summario,  tenctur  red- 
dere   denarium    unum    servienti 


l'Eglise  de  Brie,depuis  le  premier 
jour  de  l'Avent  jusqu'à  la  Nati- 
vité, est  trouvé  hors  de  Brie, 
amenant  du  bois  avec  une  char- 
rette ou  une  bête  de  somme,  il 
devra    donner    à    l'homme    du 


I2() 


HISTOIRE   DE   LA  ViLLË 


domini  Brayc,  sine  emcnda  ;  et 
si  inventus  fuerit  aiïercns  ad 
collum,  tenctur  rcdderc  obolum 
sine  emcnda. 

Et  scicndum  est  quod  circata 
ista  non  polcrit  lieri,  nisi  in 
adventu  Domini  et  una  sola  die. 
Si  vcro,  hospites  ecclesie  venerint 
de  bosco  de  Coti^ny,  nichil  red- 
dent  ;  et  de  hoc  credetur  eis  per 
interposilionem  lidei  sue. 


seigneur  de  Brie  un  denier  sans 
amende  ;  et  s'il  est  trouvé  portant 
la  charge  sur  le  dos  il  ne  devra 
qu'une  obole  sans  amende. 

Mais,,  il  faut  qu'on  sache  bien 
que  cette  ronde  (pouvant  amener 
la  perception  de  cette  ledevance) 
ne  pourra  se  faire  que  durant 
l'Avenl  et  pour  un  seul  jour  (tout 
le  reste  de  l'ann^^e,  le  transport 
du  bois  n'est  assujetti  à  aucun 
droit).  D'ailleurs,  si  (même  le 
jour  où  ils  sont  arrêtés)  les  hôtes 
de  l'Eglise  venaient  du  bois  de 
Co5signy,ils  seraient  exempts  de 
toute  taxation,  et.  à  cet  égard, 
leur    dire    suffira    s'ils    prêtent 


serment. 
Scrmjut  de  JïAclitè  au  Sei\rncur 


Hospites  esclesie  debcnt  facere 
iidelitatem  domino  Braye,  cum 
communi  ville,  quoticns  muta- 
bilur  dominus  Braye,  et  sicut 
alii  homincs  ville. 


Les  hôtes  de  l'Eglise  doivent 
prêter  serment  de  fidélité  à  cha- 
que nouveau  seigneur  de  Brie, 
comme  les  autres  habitants  de  la 
ville. 


Garde  de  la  ville 

Dcbçnt  etiam  hospites  ecclesie  Les  hôtes  de  lEglise   doivent 

excubias  ville,  per  ordinem  sicut      chacun    à    leur   tour   monter    la 
alii  homincs  ville.  garde    de    la    ville    comme    les 

autres  habitants. 

Les  droits  de  poilevine  sur  la  renie  du  blé 

Ilabct   etiam  ecclesia  pictavi-  L'église  a  le  droit  de  prélever 

nam    in    telonco    bladi,    in    foro  sur  le  tonlieu  du  blé  vendu  en  la 

domini     Brayc    ;      videlicet     de  place   appartenant   au  seigneur, 

quolibet     scxtario     empto   pict-  une    poitevine  (i)    ;    c'est-à-dire 

(\)  I.a  poitevine  était  la  plus  petite  de  toutes  l-j-s  monnaies.  Du  Cange  cite*  à  cet  égard 
diflcronts  exe:nples  empruntés  à  des  chartes  de  I20f),  d-*  1230  {:%  Tabula  Fossat.nSii  à  l'hiNtoiie 
de  St-loi:ii  C-./.i  .S\  Liiio:- c-  tome  S  //■''•  rrancor,  p.  3  )|,  rt  il  conclut  :  und:  apparrt  ut  nnnnn^ 
fu:rinl  pictavinx,  d'où  il  appert  que  les  poitevines  étaient  de  valeur  minime.  11  cite  également 
une  cl.;:rlc  de   nyi^  a^ud  Lo^idlutn  in  /î./.'t vjko  qui  s'cxpiimc  ainsi  ;  Vint  deniers  Beauvaisiens, 


bE  BRIE-COMTE-ROBLIRT 


i'2i 


avinam  unam. 

Quicumque     autem    de     villa 

Brava  bladum  cmcrit,  non  causa 

niercatore,    illas    quital   ecclcsia 

pictavinas   illas    in    perpetuum. 

Quicumque  autem  emerit  bladum 

ad     scminandum    infra    decima- 

rium     Brave,    nichil    solvet    pro 

ilio   blado. 


Mesure 

^Icnsure  vini  in  terra  de  Brava 

ecclesie  sunt  domini  Brave,  quas 

serviens  ejus  capere  poterit  cum 

voluerit,     vocato    serviente     ad 

illas  capiendas  ;    sed  si   serviens 

ecclesie  vocatus  non  ierit,  vel  si 

inventus  non  fuerit,  vocatis  duo- 

t>us  de  hospilibus  ecclesia  ;  et  si 

"^'ocaii   non   ierint,    posterit  illas 

capere    sine    aliis    ;    et   si    falsc 

fuerint,  emenda  erit  domini  Bra- 


Si  autem  non  credatur  servienti 
ejus  quod  illos  vocaverit,  per 
juramentum    suum    ei    crcdetur 


une  poitevine  sur  chaque  setier 
vendu. 

Mais  quiconque  de  la  ville  de 
Brie  achète  du  blé  pour  son 
usage  personnel,  et  (par  consé- 
quent) pour  ne  pas  en  faire  le 
commerce,  est  exempt  du  droit 
de  la  poitevine  envers  l'Eglise. 
De  même  est  exempt  du  même 
droit  quiconque  achète  du  blé 
pour  ensemencer  dans  l'étendue 
de  la  dime  de  Brie. 

du  vin 

Le  mesures  du  vin  dans  la 
terre  de  l'Eglise  de  Brie  appar- 
tiennent au  seigneur  de  lirie. 
L'homme  du  seigneur  pc-urra, 
quand  il  le  voudra,  les  prendre, 
mais  ne  pourra  le  faire  sans 
avoir  convoqué  l'homme  de  1  E- 
glise.  Si  ce  dernier,  bien  que 
convoqué,  n'était  pas  présent, 
ou  si  la  convocation  n'avait  pu 
le  toucher,  l'homme  du  seigneur 
devra  appeler  deux  hôtes  de 
l'Eglise  ;  au  cas  où  ces  derniers, 
dûment  prévenus,  ne  se  seraient 
pas  rendu  à  l'appel  qui  leur  a  été 
fait,  l'homme  du  seigneur  pourra, 
en  leur  absence  prendre  les  dites 
mesures  et  s'il  s'en  trouve  de 
fausse,  l'amende  prononcée  sera 
pour  le  seigneur  de  Brie. 

Mais  si  ceux  qui  ont  été  appe- 
lés prétendent  le  contraire, 
l'homme   du    sei^^neur  sera    cru 


lcsqu-\s  valaient  chacun  un  denier  parisis  et  demie  poitevine  parisis  —  Grégoire  (Dict.  de 
'ancien  langage  français;  cite  une  charte  de  1273  (Ponthieu)  où  il  est  dit  :  Une  poitevine  est 
le  quart  d'un  parisi. 


122 


HISTOIRE  DE  LA  VILLE 


quod  illos  vocaverit,  quod  si 
jurarenoluerit,  mensuram  reddet 
et  in  pace  remanebit  ille  cujus 
era  mensurat. 


sur  la  foi  de  son  serment  et  les 
hôtesde  l'Eglise  seront  considérés 
alors  comme  ayant  été  régulière- 
ment convoqués.  Si,  toutefois, 
l'homme  du  seigneur  ne  voulait 
pas  prêter  serment,  il  rendrait 
la  mesure  incriminée  et  celui 
auquel  elle  appartient  ne  sera  pas 
poursuivi. 
T>es  étraufrers 
Onmes  albani  de  terra  de  Braye  Tous  les  étrangers  qui  résident 


ecclesie  sunt  domini  Braye.  Sed 
si  in  terra  ecclesie  foris  tacerint, 
justitia  est  ecclesie,  si  ad  presens 
forisfactum  capti  fuerint,  vel  si 
forisfactum  appareat,  et  in  villa 
Braye  judicabuntur. 


sur  la  terre  de  l'Eglise  de  Brie 
sont  justiciables  du  seigneur  de 
Brie.  Cependant  si  des  étrangers 
commettaient  un  délit  sur  la 
terre  de  l'Eglise,  la  justice  en 
appartient  à  TEglise.  Mais  si  les 
étrangers  sont  pris  en  flagrant 
délit  ou  si  le  délit  est  évident, 
ils  sont  alors  jugés  dans  la  ville 
de  Brie. 
^lanquement  aux  présentes  obligations 
Ilospites  ecclesie,  si  submoniti  Les  hôtes  de  l'Eglise,  invités  à 


fuerint  pro  hiis  que  debent,  de 
quibus  mentio  facta  est  in  hac 
carta,  submonitionem  domini 
Braye  vel  servientis  ejus  non 
obmittent ,  etiam  si  servicns 
ecclesie  eos  prius  submonuerit  ; 
et  SI  de  hoc  forisfacerent,  emen- 
darent  ei. 


remplir  les  obligations  que  leur 
impose  le  présent  accord,  seront 
redevables  d'une  amende  envers 
le  seigneur  s'ils  ne  tiennent  pas 
compte  de  l'avertissement  qui 
leur  aura  été  fait  soit  par  le  sei- 
gneur, soit  par  son  représentant  ; 
et  si  le  représentant  de  l'Eglise 
les  a  prévenus  auparavant  et  s'ils 
ne  satisfont  pas  aux  obligations 
qui  leursont  imposées,  ils  devont 
également  l'amende. 
Des  Juifs 
Judeos  non  potest  habere  ec-  L'Eglise  ne  peut'avoir  de  Juifs 

clesia  in  terra  sua  apud  Brayam.       dans    la     terre     qu'elle    possède 

auprès  de  Brie. 


bÉ   BRIE-COMTE-ROBKRT 


2.1 


Exemption  du  ban  de  bois 


Item  nec  furnum  ecclesie  te- 
nentes,  pro  furno  ecclesie  cale- 
faciendo,nechospites  terre  eccle- 
sie, per  bannum,  ad  boscum 
domini  Brave  emendum  ire  tene- 
buntur. 


Les  tenanciers  du  four  de 
l'Eglise  ne  seront  pas  tenus  d'a- 
cheter du  bois  au  seigneur  de 
Brie  pour  chauiTer  le  four  de 
l'Eglise  et  les  hôtes  de  celle  ci  ne 
seront  pas  davantage  tenus  d'en 
acheter  par  banalité. 

T>roits  perçus  en  nature  par  VEglise 

De    unoquoque   vendente    ci-  L'Eglise  perçoit  sur  chacun  de 


phum  ligneum,  habet  ecclesia 
Parisiensîs  unum  per  annum 
apud  Brayam,  in  foro  domini 
Braye  ;  et  in  ciphis  de  madré 
nichil  habet  ecclesia. 

De  hiis  qui  vendunt  scutellas, 
habet  ecclesia,  singulis  mercatis, 
unam  scutellam  de  unoquoque  ; 
et  si  alicui  fuerit  residuum  de 
scutellis  in  aliquo  mercato  Braye, 
de  quibus  solutum  fuerit  telo- 
neum,  pro  illis  residuis  de  cetero 
quicquam  reddere  non  tenebitur. 

De  vendentibus  palas  vel  fur- 
cas,  singulis  annis,  habet  ecclesia 
palam  vel  furcam  de  unoquoque. 


ceux  qui  vendent  des  vases  de 
bois  sur  le  marché  du  seigneur 
de  Brie,  auprès  de  Brie,  un  de 
ces  vases  par  an  ;  mais  elle  n'a 
rien  à  percevoir  sur  la  vente  des 
vases  de  madré. 

L'Eglise  perçoit,  à  chaque 
marché,  une  écuelle  sur  chacun 
de  ceux  qui  en  vendent.  Et  si 
dans  un  marché  de  Brie,  il  est 
des  écuelles  qui  n'ont  pas  été 
vendues,  si  le  tonlieu  a  été  perçu, 
l'Eglise  ne  sera  tenue  de  rendre 
quoique  ce  soit  pour  les  écuelles 
invendues. 

Chaque  marchand  de  pelles  ou 
de  fourches  est  tenu  de  donner  à 
l'Eglise  une  pelle  ou  une  fourche 
par  an. 


Le  marché,  sa  situation,  son  changement  prévu 
Conjuctus     fori     est     domini  Le  louage  de  la  place  du  mar- 


grave, quocumque  duxerit  vel 
^ecerit  forum  suum,  salvo  jure 
ecclesie  in  hiis  que  scripta  sunt 
in  hac  carta. 


ché  appartient  au  seigneur  de 
Brie  en  quelque  endroit  qu'il 
transférera  ou  tiendra  son  marché 
à  la  condition  que  les  droits  de 
l'Eglise  inscrits  dans  la  présente 
charte  restent  entiers. 


1^4 


IIISTOIRE    DF.    LA    VILLE 


Quocumque    domînus    BMve         En    quelque    endroit   que    le 
du\trit  vel   feceril  forum  suum,      seigneur  de  Brie  tian^fcre  ou  five 
omnia  que    habebat    ecclesia    in      son  marché. l'Eglise  jouit  de  tous 
foio  illo  ubi  prius  siium  fueral,      les  droits  et  de  toutes  les  rcdc— 
habebit  eadem  ecclesia  Parisien-      vances  dont  elle  jouissait  sur  la 
sis  ubi  (luclum  vel  factum  fueril      place  où  se  tenait  I  ancien  mar- 
in posierum.  cbé  et  elle  en  jouira  de  même  en 
quelque  endroit  que  serait  irans- 
féié  le  mardis  dans  l'avenir. 
Apposilion  lies  scc\iii.v 
Quod,  ut  lalum  et  fiunum  sît,  Pour  ralifier    et  confirmer   ce 
prcsenlem    paginam    sigillorum      que    dessus   nous    avons  apposé 
nostrorum  appositione  conlirma-      nos  sceaux  sur  la  présente  page. 


Liidalcdecet  important  document  n'est  point cuntrovcrs 

(i)Scf»uroncideîînim. 


iiy8)(l)oui.tdArcq73j.J 


DE   DRIIi-COMTE-ROBERT  I2r> 

Guérardia  fixe  à  Tannée  1208  (i209nouvcau  style  (i)^  «  Aclum 
m\o  1208  »  écrit-il  au  bas  du  texte  que  je  viens  de  transcrire 
et  il  ajoute  en  note  «  sic  scriplinn  in  codice  nolis  arabicis  et 
nxentiore  manu.  )>  Mais  il  ne  met  pas  en  doute  cette  date, 
quoique  écrite  en  chilïres  arabes  et  d'une  main  plus  récente  • 
Parailleurs  (2)  il  se  montre  plus  explicite  à  ce  sujet.  La  charte 
en  question  serait  du  mois  de  janvier  «  Actum  Parisis  anno 
Jbincanutiofîc  Domini  îM.  CC,  octjvo,  mensejanuario    » 

Ce n  est  là  qu'un  point  de  détail  sur  lequel  il  est  à  peine 
besoin  de  s'arrêter.  Ce  qui  est  certain,  c'est  que  la  transaction 
définitive  entre  le  seiirneur  de  Brie  et  l'église  de  Paris  appar- 
tient aux  toutes  premières  années  du  XIIP  siècle.  Elle  en 
consacre,  en  quelque  sorte,  le  début,  mettant  un  terme  à  des 
contestations  diverses  et  venant  après  d'autres  tentatives  du 
même  genre. 

Le  Court  préambule  de  la  charte  laisse  échapper  quelques 
choses  de  ces  contestations,  je  trouve  la  preuve  de  précédents 
àccoïà^,  dans  un  Mémoire  adressé  à  rarchevéque  de  Paris,  en 
ly^^i.lou  ultérieurement)  sur  l'hôpital  de  Brie  (3)  où  il  est  dit: 

"  Il  est  vraisemblable  qu'il  avait  été,  par  la  charte  de 
partacrc  de  829  (4)  réservé  à  l'Eglise  de  Paris  quelques  droits 
^"^urBric,  car  on  voit  qu'en  1 1()5,  Robert  2  et  sa  femme  tran- 
^i^ent  avec  la  même  b^glise  sur  ces  droits  et,  après  de 
nouvelles  diflicultés,  passent  avec  le  chapitre  de  Paris  l'accord 
Je  i2()8.  » 

Je  ne  m'attarderai  pas  à  relever  les  contradictions  qui 
peuvent  se  rencontrer  dans  la  partie  du  Mémoire  que  je  viens 

(')  '1  est  a  peine  utile  aujourd'hui,  c«r  c'est  une  chose  que  tout  le  monde  sait,  de  dire  que 
Jnnce,  autrefois,  commenç^iit  généralement  à  Pâques.  Le  mois  de  janvier  i2d3  appartenait 
"onc  a  l'aunée  120)  d'après  le  nouveau  mode  mis  en  vigueur  sous  Charles  IX. 

^2)  Ton»?  II.  p.  24S. 

î)A.N.  LL.  185.  p.  5O9. 

U*  Au  commencement  du  cf  siècle,  dit  le  Mémoire  précité,  Braye.  présentement  dit  Brie, 
"^  «-tait  quun  village  et  une  simple  paroisse  de  campagne.  La  terre  et  seigneurie  de  Brie  apparte- 
'^sifntarHglisedeParis.  Suivant  qu'il  avait  été  ordonné,  dans  le  8'  concile  de  Paris  ouvert  le  6 
juin  82().  Incade,  évcque  de  cette  ville,  y  présenta  une  cl.aitc  qui  contient  le  partage  entre  lui 
" '<^s  chanoines  des  biens  de  la  cathédrale.  Cette  chatte  fut  approuvée  et  souscrite  parles 
fVw-ques  et  archevêques  du  concile.  Incade.  qui  était  aveugle,  n'ayant  pu  souscrire,  y  fît  une 
^^f^ou  pour  marque  de  sa  signature.  Par  ce  partage.laterreet  seigneurie  de  Brie  furent  comprises 
aulot  lie  l'cvéque.  L'un  des  successeurs  d'Incade  vendit  ces  terre  et  seigneurie  avec  réten- 
tion de  la  mouvance  en  plein  fief  foy  et  hommage  au.x  cvéques  de  Paris...»*  (V.pius  haut.  p.  84.'' 


126  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

de  citer.  Je  me  borne  à  constater  que  son  rédacteur  semble 
avoir  eu  connaissance  de  transactions  —  probablement  par- 
tielles —  entre  le  seigneur  de  Brie  et  l'Eglise  de  Paris. 
De  ces  transactions,  une,  au  moins,  était  de  1 195. 

Cette  remarque  ne  peut  que  donner  une  autorité,  une 
importance  plus  grande  à  la  charte  de  1208  dont  le  texte  est 
arrivé,  intact,  jusqu'à  nous.  Cette  importance,  Guérard 
Taffirme  dans  ses  prolégomènes  du  cartulaire  de  Paris. 
M.  G.  Leroy,  le  remarquable  auteur  de  l'histoire  de  Melun, 
s'y  arrête  également  (i)  pour  apprécier  l'état  des  personnes 
et  des  propriétés  à  Brie-Comte-Robert  au  commencement  du 
XIIP  siècle. 

«  Quelques  uns  deshabilants,  dit-il,  y  sont  serfs  de  l'évêque  et  du 
comte,  ne  jouissant  d'aucune  liberté  personnelle  ou  civile,  soumis 
envers  leurs  seigneurs  à  de  nombreux  devoirs  féodaux,  à  des  services 
en  nature,  des  corvées  et  des  redevances,  celles-ci  non  excessives  il 
est  vrai,  mais  qui  sont  généralement  blessantes  pour  la  dignité 
humaine.  Cependant  ce  qui  ressort  des  termes  de  cette  charte,  c'est 
que  l'arbitraire  absolu  n'existe  pas.  Il  y  a  progrés  sur  les  âges  précé- 
dents. Les  services,  auxquels  les  habitants  de  Brie-Comte-Robert  sont 
tenus,  sont  fixés  par  un  contrat  ;  ils  peuvent  en  appeler  à  la  justice,  et, 
dans  beaucoup  de  cas,  ils  sont  crus  sur  serment. 

((  Il  faut  remarquer  le  rôle  du  serment  dans  les  rapports  des  vas- 
saux avec  leurs  feudataires.  Déféré  aux  vassaux,  le  serment  les  libère 
des  créances  ou  i-edevances  injustement  réclamées.  Il  les  exempte  de 
servir  à  la  guerre  ou  de  suivre  leur  seigneur  dans  ses  chevauchées 
s'ils  jurent  qu'ils  n'ont  pas  d  armures  ;  il  les  affranchit  des  droits 
perçus  sur  le  bois  introduit  dans  Brie  s'ils  déclarent  qu'il  provient 
du  bois  de  Cocigny.  Si  l'on  attachait  autant  d'importance  aux  effets 
du  serment  et  à  sa  valeur,  c'est  qu'à  cette  époque  de  croyances  reli- 
gieuses, on  ne  le  prêtait  pas  vainement  et  que  la  mort  semblait 
préférable  au  parjure.   )) 

Si  justes  que  soient  ces  considérations  générales,  une 
remarque  s'impose.  Elles  ne  s'appliquent  qu'aux  hôtes  de 
l'Eglise  pour  lesquels  la  charte  a  été  spécialement  dressée. 
On  sent  qu'elle  n'a  d'autre  but  que  de  mettre  fm  à  des  conflits 
devenus  intolérables. 

(i)  Us  Coutumes  de  BrU-Comu-Robcrt  au  XJll'  sicde  par  M.  G.  Leroy.  (Melun,  1896,  in  18'.) 


DE  13Ril:-comte-robert  127 

Si  l'on  veut  bien  se  représenter  la  situation  du  terroir,   on 
comprendra  la  nature  et  on  devinera  Torigine  de  ces  conflits. 

Les  habitants  de  Braya,  à  l'étroit  sur  leur  ilôt,  s'étaient 
répandus  au  dehors  et  leur  nombre  s'était  évidemment  accru, 
grâce  aux  années  de  tranquillité  intérieure  relative  dont  on 
jouissait  dans  les  dernières  années  du  XIP  siècle.  Les  encou- 
ragfements  de  Robert  I  et  de  son  fils,  en  ce  qui  touche  le 
marché,  durent  surtout  amener  à  Brie  une  population  com- 
merçante ou  vivant  du  commerce.  Les  cultivateurs,  tout  au 
contraire,  se  groupèrent,  pour  la  majeure  partie,  sous  la 
tutelle  de  l'Eglise,  par  cela  même  que  celle-ci  s'était  réservée 
—  comme  je  l'ai  déjà  fait  observer  —  la  portion  productive 
du  terroir.  Entre  ces  deux  éléments,  l'un  étranger  au  sol, 
l'autre  faisant  corps  avec  lui,  tous  les  deux  ayant  des  occu- 
pations dilTérentes,  des  contestations  ne  pouvaient  manquer 
d'éclater.  Ceux-ci  se  réclamaient  du  seigneur,  qu'ils  consi- 
déraient comme  tout  puissant  parce  qu'il  était  de  sang  royal, 
ceux-là  s'abritaient  derrière  la  juridiction  ecclésiastique,  la 
rivale  en  puissance  de  celle  du  seigneur.  Les  marchands  qui 
fréquentaient  le  marché,  sous  la  protection  d'un  prince, 
devaient  résister  aux  injonctions  des  agents  de  l'Eglise  et  les 
i^ujets,  serfs  ou  vassaux  de  celles-ci,  se  refusaient  à  rendre  au 
i^eigneur  les  devoirs  qui  lui  étaient  dus. 

Tout  cela  se  retrouve  dans  la  charte  qui  précède,  pour  qui 
veut  lire  entre  les  lignes.  On  y  sent,  en  quelque  sorte,  les 
difficultés  pendantes  par  le  soin  avec  lequel  elles  sont  pré- 
vues et  résolues.  Mais,  je  le  répète,  à  ne  la  considérer  que 
dans  son  ensemble,  le  document  que  j'ai  reproduit  in  extenso 
ne  s'occupe  que  des  iroits  et  devoirs  des  hôtes  de  TEglise. 
C'est  une  charte  transactionnelle,  rien  de  plus.  Sans  doute, 
comme  le  fait  très  justement  remarquer  M.  Leroy,  elle  éman- 
<^ipe,  en  partie  au  moins,  au  point  de  vue  moral,  toute  une 
catégorie  d'habitants,  mais  elle  paraît  au  premier  abord 
muette  sur  le  sort  d'une  autre  catégorie,  celle  des  sujets 
directs,  des  hôtes  du  seigneur.  Il  n'est  rien  dit  de  ceux-ci,  sauf 
deux  ou  trois  allusions  établissant  que  les  hôtes  de  l'Eglise 


FV      D        F         S     t.   Nfcr    KPF      C     E         OTCL  D  t-L 


I 

qu«    ^^H 


DE   BRIE-COMTE-ROIBERT  I29 

doivent  dans  certains  cas  agir  ou  être  traités  comme  les 
autres  hommes  de  la  ville  (ville).  Ce  n'est  donc  point  une 
charte  communale,  au  sens  absolu  du  mot.  Néanmoins,  on  y 
peut  démêler  comme  un  reflet  de  l'émancipation  qui  caracté- 
rise cette  époque.  Je  n'ai  nulle  prétention  de  faire  ici  l'histo- 
riquo  du  mouvement  communal  ;  on  sait  que,  suivant  les 
besr>ins  de  leur  politique,  les  rois  se  montrèrent,  tantôt  lavo- 
rablos,  tantôt  hostiles  aux  associations   urbaines,    que  la 
noblesse  eut  à  leur  égard  une  attitude  variable  et  que  le 
clergé  ne  cessa  de  les  combattre.   Sous  Philippe-Auguste, 
noti.\  mment,  il  y  eut  comme  une  recrudescence  dans  la  forma- 
tion  des  villes  libres.  Les  seigneurs  favorisaient  leurorganisa- 
tion  pour  créer,  parexemple,  des  centres  d'industrie  et  de  com- 
mei-ce.  Il  ne  serait  pas  étonnant  que  les  comtes  de  Dreux 
aieo  t  agi  dans  ce  sens  pour  Brie-Comte-Robert,  n'eut-ce  été 
quo  pour  le  développem.ent  du  marché,  dont  on  sent  toute 
l'importance  en  lisant  la  charte  ci-dessus. 

^Cc  serait-ce  pas  ainsi  qu'il  faudrait  entendre  ce  passage  de 
la  charte  > 

«    Hospites  ecclesie  debent  fjcere  fidelitatem  domino  Braye, 

cum  communi  ville...  »  Lss  hôtesde  l'Eglise doiv^ent  serment 

de  tîdélité  au  seigneur  de  Brie,  avec  la  ville  commune.  Il  me 

parait  impossible  de  trouver  une  traduction  plus  exacte.  Si 

le  rédacteur  eut  voulu  exprimer  l'idée  d'un  serment  de  tidé- 

Ulé  prêté  en  commun,  il  se  serait  servi  du  mot  :  communiler, 

en  commun,  ensemble.  Ville  commune  me  parait  devoir  être 

interprété  comme  il  suit  :  la  ville  élevée  au  rang  de  commune, 

ayant  droit  de  commune,  la  ville-commune,  par  opposition 

aux  ville  —  et  on  sait  que  ce  nom  était  donné  à  n'importe 

quel  groupement  de  maison  —  qui  n'étaient  pas  commune. 

Or,  cette  ville  commune  c'était  Brava  ;  la  charte  le  dit  net- 

tement.  «  Apud  Brayam  in  lerra  Béate  Marie  (à  Tarticle  des 

corvées),;  auprès  de  Brie,  dans  la  terre  de  la  Bienheureuse 

*Marie...  »  La  signification  (Xavud  ne   saurait  faire   doute 

quand  on  lit  l'article  de  la  charte  relatif  à  la  borne  limite. 

«  Meta  que  dividit  terram  ecclesie  a  terra  domini  Brave  ;  la 

9 


l3o  HISTOIRE   DE   LA   VILLt^. 

borne  qui  sépare  la  terre  de  TEg-lise  de  la  terre  du  seigrneur.  » 
Il  s'agit  bien  là  de  deux  terres  différentes  quoique  limitro- 
phes, ayant  chacune  leur  seigneur.  Et,  ce  qui  vient  fortilier 
cette  manière  de  voir,  c'est  le  passage  relatif  aux  délits 
commis  par  les  étrangers.  «  Si  in  ten-ade  Braye  ecclesie  fot'is 
facerint, . .  justitia  est  ecclesie. . .  et  in  villa  Braye  judicabiintiir  ; 
s'ils  commettent  le  délit  sur  la  terre  de  TEglise  de  Brie...  ils 
sont  justiciables  de  TEglise...  et  ils  sont  jugés  dans  la  ville  de 
Brie.   » 

La  ville  de  Brie,  ville-commune  à  mon  sens,  et  la  terre  de 
TEglise  étaient  donc  deux  choses  absolument  distinctes.  Les 
habitants  de  l'une  et  les  hôtes  de  l'autre  avaient  leurs  juges 
distincts,  leur  seigneur  distinct,  leurs  droits  distincts.  C'est 
ce  qui  ressort  implicitement  de  la  clause  relative  aux  étran- 
gers. C'est  parce  que  ceux-ci  sont  déclarés  sujets  du  seigneur, 
même  s'ils  habitent  la  terre  de  l'Eglise  de  Brie  «  omnes 
albani  de  terra  de  Braya  ecclesie  s  uni  domini  Brave  »  qu'ils 
sont  jugés  dans  la  ville  bien  que  les  amendes  prononcées  à 
leur  encontre  appartiennent  à  l'Eglise,  si  le  délit  pour  lequel 
ils  sont  punis,  a  été  commis  sur  sa  terre.  Nous  allons  voir 
bientôt,  d'ailleurs,  apparaître  les  hôtes  du  seigneur  dans 
une  charte  qui  leur  est  propre.  Du  reste,  ces  hôtes  du 
seigneur  sont,  à  n'en  pas  douter  les  alii  homines  ville  dont  il 
est  deux  ou  trois  fois  question  dans  le  document  de  120S. 

Ainsi  apparaît  la  villa,  le  caslrum  énoncés  dans  les  chroni- 
ques de  Rigord  et  de  Guillaume-le-Breton,  à  propos  du  brù- 
lement  des  juifs.  Castrum  si  l'on  s'en  tient  à  l'îlot  sur  lequel 
s'élève  le  donjon  de  Robert  I,  de  Dreux  ;  villa  si  on  englobe 
tous  les  hôtes  du  seigneur  de  Brie,  réunis  autourde  ce  point. (]e 
n'était  pas,  en  effet,  sur  la  terre  de  l'Eglise  que  l'on  pouvait 
chercher  des  juifs,  puisque  l'Eglise,  on  le  voit  par  la  charte  de 
I2u8,  se  défendait  de  leur  donner  asile  ou  tout  au  moins  ne 
pouvait  les  recevoir  «  Jiidœos  non  potest  habere  ecclesia  in 
terra  sua  apud  Brayani  »,  ce  n'était  que  dans  la  ville  de  Brie 
a  villa  Braye  )>. 

J'ai  déjà  fait  pressentir,  à  la  fin  du  chapitre  précédent. 


bE   BRIE-COMTE-ROlîERT  I.H 

quelle  était  au  point  de  vue  du  sol  là  situation  respective  du 
seigneur  et  de  l'Eglise.  La  charte  de  1208  justifie  mes  obser- 
vations premières.  Reste  à  savoir  où  pouvait  se  trouver  la 
borne-limite  dont  il  est  question  dans  le  document  ci-dessus. 

Il  existait,  en  réalité,  deux  marchés,  voisins  et  limitro- 
phes :  celui  du  seigneur  et  celui  de  TEglise.  Le  premier  nous 
est  nettement  spécifié  par  la  charte  ci-dessus  ;  c'est  le  forum 
domini  Brave,  qu'il  pouvait  changer  —  que  peut-être  il  médi-- 
lait  de  changer  —  de  place,  à  ce  que  semble  dire  la  charte 
que  nous  étudions.  L'existence  du  second  marché  nous  est 
révélée  par  l'arrêt  de  Servon  (i),  contirmatif  du  reste  d'une 
situation  facile  à  comprendre.  C'est  le  marché  spécial  à 
l'Eglise  et  relevant  immédiatement  de  sa  juridiction,  c'est-à- 
dire  établi  sur  la  terre  qui  lui  appartient.  Ce  marché,  que 
nous  retrouverons  dans  la  suite,  lorsqu'il  sera  question  des 
procès  du  sieur  Verthamoni  portait  en  dernier  lieu  le  nom  de 
tiefet  prévôté  de  Saint-Denis.  Il  était  situé  là  où  est  aujour- 
d'hui la  place  de  l'nôtel-de-\'ille  et  la  disposition  des  lieux 
i^ontre  qu'il  faisait  la  suite  du  marché  du  seigneur  établi  sur 
lii  place  du  Marché  actuelle. 

Les  deux  places,  séparées,  dans  le  moment  présent,  par 
un  petit  norribre  de  maisons,  n'en  faisaient  assurément 
qu'une  seule  au  commencement  du  XîlL  siècle  ;  une  partie 
<ie  celle-ci  était  du  territoire  seigneurial  laïque,  l'autre  était 
^u  domaine  ecclésiastique;  de  sorte  qu'on  peut  conclure  que 
•i^  borne  qui  limitait  les  deux  juridictions  devait  se  trouver  à 
très  peu  près  à  l'intersection  de  la  rue  des  Halles  et  de  la  rue 
^^  l'Eglise,  au  carrefour  qu'on  a  appelé  jusqu'à  la  fin  du  18^' 
siècle  le  coin  Cantin.  Sur  le  marché  de  l'Eglise  —  qui  fut  la 

0)  Cet  arrêt,  qui  servira  plusieurs  fois,  dans  ce  travail,  à  établir  des  points  controversés  de 
I  histoire  locale,  date  de  i66f).  Il  fut  prononcé  par  le  Conseil  du  Roi  à  la  suite  de  requêtes 
dressées  par  l'archevêque  de  Paris  ;  Henry  de  Lionne,  chevalier,  seigneur  de  Servon  :  Joan- 
Uaude  Tartereau.  écuyer.  sieur  de  Berthemon  ;  Claude  de  Marie,  écuyer.  sieur  de  Forcillc.et 
Jean  Perrin,  bailly  de  Brie-Comte-Robert,  contre  François  de  Verthamon.  sieur  de  Villemenon 
^'«requêtes  portaient  sur  différents  droits  que  le  sieur  de  Verthamon  s'était  à  tort  ou  à  raison- 
attribués.  Par  suite,  les  considérants  de  l'arrêt  visent  des  titres  antérieurs,  des  documents 
"ont  ils  donnent  la  teneur,  ce  qui  sert  à  fixer  certains  points  de  l'histoire  locale.  L'abbé  Le- 
'^^uf  scst  à  plusieurs  reprises  appuyé  sur  ce  document  pour  la  rédaction  de  sa  notice  sur 
Bric-Comte-Robert. 


1^2  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

place  du  Marché  aux  pourceaux  —  le  seigneur  de  Brie  n'avait 
que  des  droits,  mais  nulle  justice,  ce  qui  explique  pourquoi 
en  1416,  1448,  1472,  les  religieux  de  Saint-Denis,  alors  déten- 
teurs du  dit  marché,  obtinrent  des  lettres  royaux  contre  le 
prévôt  de  la  justice  du  duc  d'Orléans  (seigneur  de  Brie) 
«  lequel  entreprenait  sur  la  justice  des  religieux  «.De  même 
sur  le  marché  du  seigneur  de  Brie,  l'Eglise  percevait  des 
droits,  mais  n'avait  pas  de  justiciables.  Tout  cela  résulte 
d'ailleurs  de  la  charte  de  1208  qui  explique  clairement  cette 
situation  quand  on  l'analyse  de  prés. 

Il  est  naturel  qu'une  sorte  de  concurrence  s'établit  entre 
les  deux  marchés  et,  par  suite,  on  peut  inférer  que  le  sei- 
gneur de  Brie  fit  tous  ses  efforts  pour  donner  à  son  marché 
le  renom  qu'il  a  conservé  jusqu'à  nos  jours  bien  que 
considérablement  amoindri  aujourd'hui.  Nous  verrons  ce 
que  firent  les  religieux  de  Saint-Denis  pour  soutenir  cette 
concurrence  et  attirer  à  eux  une  partie  du  commerce,  lors- 
qu'ils furent  les  possesseurs  du  marché  de  l'Eglise. 

Le  seigneur  de  Brie  s'efforça  d'attirer  les  étrangers,  de  leur 
faciliter  l'accès  du  territoire,  de  les  protéger.  Une  colonie 
juive  fut  appelée  à  Brie  et  vint  se  fixer  aux  alentours  du 
Marché.  Des  bâtiments  s'élevèrent  pour  abriter  des  mar- 
chands permanents  ;  nous  en  parlerons  plus  loin  quand  il 
s'agira  des  halles.  Le  seigneur  de  Brie  n'oublia  pas  également 
qu'il  faut  à  cette  foule,  qui  fréquentejes  lieux  de  commerce, 
un  abri  pour  ceux  que  la  fortune  n'a  pas  favorisés  et  c'est  à 
lui  que  l'on  doit  sinon  la  fondation,  tout  au  moins  le  déve- 
loppement de  la  Maison  de  Dieu.  On  sait  combien  ces  établis- 
sements hospitaliers  s'ouvraient  non  aux  malades,  mais  aux 
voyageurs  pauvres  ou  peu  fortunés  qui  se  trouvaient  dans  la 
nécessité  de  séjourner  temporairement  au  lieu  où  ils  se 
trouvaient. 

Telle  est  l'origine  de  la  Maison-Dieu  de  Brie-Comte-Robert 
comme  de  toutes  les  autres.  L'étranger  savait  trouver  au 
marché  de  Brie  un  accueil  bienveillant,  plein  de  sollicitude, 
c'était,  en  soi,  la  meilleure  manière  de  l'attirer,  de  le  retenir, 


BRIE-OOMTÎi-ROKirr  K\> 

et  conséquemment  d*achalander  ce  rendez- vous  commercial 
et  en  grossir,  par  voie  de  oiinsequence.  les  pp>lîls. 

Peul-êlre  Robert  I.  de  Dreux,  eui-il  la  pensée  de  cet  établis- 
sement, ce  qui  me  paraitrait  assez  kigique.  En  tout  cas.  on  en 
fait  l'honneur  à  s-in  lîls  Robert  II.  Il  est  \Tai  qu'une  pièce 
documentaire,  constituant  le  lien  lepîus  anciennement  connu 
entre  le  seigneur  de  Brie  et  la  Mais-im  Dieu  de  cette  ville, 
metencauseRobertII.ee  qui  explique  p:»urquoi  celui-ci  a 
été  considéré  comme  f«»ndateur  de  cet  établissement  de 
bienfaisance.  Une  lettre  du  pape  Innocent  III.  en  date  du  21 
septembre  I2l»7.  nous  apprend  que  Robert  de  Dreux,  se 
précKTcupant  de  ce  que  la  maison  Dieu  de  Brie  manquait 
de  chapelle,  a  eu  la  pensée  d'en  élever  une  et  d'y  installer  un 
chapelain  qu'il  rétribura  à  ses  frais.  Le  pape  en  instruisant 
l'évêque  de  Paris  de  l'intention  de  Robert,  donne  son  appro- 
bation sous  résene  des  droits  de  la  paroisse  (i). 

Ce  document  est  la  preuve  même  que  la  Maison  de  Dieu 
de  Brie  existait  déjà  avant  1207.  puisque  le  seigneur  de  Brie 
se  propose  de  la  doter  de  la  chapelle  qui  lui  manque  ;  il  est 
la  seule  preuve  dont  on  se  serve  pour  établir  que  Robert  II 
est  le  fondateur  de  l'HOtel-Dieu. 

Dans  le  Mémoire  adres«^é  à  Tarchevêque  de  Paris  (2),  on 
lit,  en  effet  : 

«  Ce  fut  en  cette  même  année  (1208)  que  Robert  II  fonda 
l'Hùtel-Dieu  sous  l'épiscopat  d'Eudes  de  Sully.  Ce  fait  est 

'OGufrarJ  dans  le  CartaUr:  d:  Sjtri-Dm:  d:  Paris    (t.  I,  p.  4^'    donne    le  texte  de  cette 
i^tre.  Je  la  reproduis,  puisqu'elle  est  un  des  éléments  constitutifs  de  l'histoire  locale. 

^i  Cipella  domus  Dei  de  Braya  cottitis  l(ohirt:. 

21  septembre  1207.  —   Innocentus    episcopus.   servus  servorum    D.m,    venerabili   parisiens! 
9'**opo,  salutem  et  apostolicam  benedictioneni.  Dilectus  filius,  vir  nobilis  Drogensis   cornes 
intiraare  curavit   quod.  cum  domus  Dei  de  Braia,  parisiensis   diocesis,  oratorio  careat.  ipse 
ibidem  de  suis  facultatibus  capellam  œdificare  et  sacerdotero  disposuit,  cui  de  bonis  propriis 
çompetens   vult  beneficium   assignare.  Cum   erg"»,  tanquam    vir  sapifns.    nostrum    requitat 
»M«nsum,  pium  propositum  ejus   impedire  nolentes,  fraternitati  suac.  per  apostolica  scripta, 
™«ndamu$,  quatenus  infra  septa  domus  Dei,  justa  pretaxati   nobilis  petitionem,    capellam 
«dificari  permittatis  et  instituas  sacerdotem,  salvo  in  oninibusjure  parrochie  illiutcujus  intra 
^nninos  memorata  domus  fundata  est. 

Oatum  Viterbii  XI*  Kalend.  octobris  pontificatus  nostri  anno  X. 

(2)  Ce  mémoire,  auquel  j'ai  fait  allusion,  appartient  aux  Archives  Nationales  oi  il  fi  jure  sous 
la  cite  185.  LL.  p.  569. 


104  IIISTOIRK    DE    LA    VîT.LE 

prouva  par  une  lettre  du  pape  Innocent  III,  élu  pape  le  8 
janvier  i  ic)8  et  datée  de  la  ic  année  de  son  pontiticat.  » 

Une  notice  manuscrite  qui  se  trouve  aux  archives  de 
rilôtel-Dieude  Brie,  mais  dont  la  rédaction  est  du  i8"  siècle, 
s'exprime  ainsi  à  ce  sujet  : 

«  On  ignore  le  nom  du  fondateur,  mais  une  lettre  écrite 
par  le  pape  Innocent  III  à  l'évêque  de  Paris,  au  sujet  d'une 
chapelle,  fondée  à  Hrie  par  le  comte  de  Dreux,  fait  présumer 
que  c'est  ce  prince  qui  en  est  le  fondateur,  parce  que  dans  la 
ville  de  Brie,  il  n'y  a  jamais  eu  d'aulre  chapelle  que  celle  de 
riIàlel-^Dieu  et  d'ailleurs  parce  que  ce  comte  de  Dreux  nommé 
Robert,  4"  tils  de  Louis  VI,  dit  le  Gros,  était  seigneur  de  Brie 
par  apanage.  »  Il  serait  difticile  de  trouver  une  rédaction 
plus  inexacte  et  plus  incertaine. 

D'ailleurs,  tout  le  monde  n'est  pas  d'accord  pour  attribuer 
à  Robert  de  Dreux  la  fondation  de  cet  établissement  hospi- 
talier. Dans  une  note  qui  me  fut  communiquée  par  M.  Camille 
Bernardin,  malheureusement  sans  références,  il  est  dit  : 

«  L'Hotel-Dieu  de  Brie-Comte-Robert  fut  fondé,  selon  les 
uns,  en  r2()8  par  Robert  de  Dreux,  deuxième  comte  de  Brie  ; 
selon  les  autres  vers  l'an  1200  par  Alexandrine  de  Pons,  com- 
tesse de  Champagne,  qui  aimait  à  soulager  les  pauvres  et 
même  les  visitait  souvent  pour  les  consoler  de  leurs  maux, 
afilictions  et  soulïrances.  » 

Il  est  au  moins  curieux  de  retrouver  encore  une  comtesse 
de  (Champagne  mêlée,  à  ce  propos,  à  l'histoire  de  Brie,  comme 
nous  en  avons  eu  une,  plus  haut,  à  propos  du  brùlement  des 
juifs.  Mais  je  ne  suis  guère  plus  convaincu  de  l'intervention 
d'Alexandrine  de  Pons  dans  les  affaires  de  Brie  que  je  ne  l'ai 
été  de  celle  de  la  veuve  d'IIenri-le-Libéral.  Ce  que  je  relève 
dans  la  note  de  (Camille  Bernardin,  c'est  que  son  rédacteur 
fait  remonter  la  fondation  de  THôtel-Dieu  à  l'année  12a).  En 
cela,  elle  parait  plus  rapprochée  de  la  vérité  que  ceux  qui 
placent  cette  fondation  en  1208.  La  lettre  du  pape  Innocent 
III  le  prouve  surabondamment  puisqu'en  1207,  THôtel-Dieu 


DK    BRIE-COMTE-ROBERT  l3r> 

existait  déjà  et  que  Robert  II  demandait  Tautorisation   d'y 

construire  une  chapelle. 

Voici  ce  que  dit  à  ce  sujet  M.  Léon  Le  Grand  : 

«D'après  une  note  conservée  aux  archives  de  cet  hôpital 
(de  Brie-Comte-Robert),  sa  fondation  remonterait  à  Tannée 
\2œ  et  serait  due  à  la  comtesse  de  Champagne.  Cette  attri- 
bution est  fort  douteuse,  puisque  la  seig^neurie  de  Brie, 
n'appartenait  pas  au  comte  de  Champagne,  mais  la  date 
indiquée  est  vraisemblable,  car,  en  1207,  le  comte  de  Dreux, 
voyant  que  la  Maison-Dieu  de  Brie,  n'avait  pas  encore  d'ora- 
toire, sollicita  du  pape  l'autorisation  d'en  construire  un  à 
ses  frais  et  d'y  établir  un  chapelain.  Innocent  III  lit  droit  à 
cette  requête  et  prescrivit  à  l'évêque  de  Paris  d'en  permettre 
Térectirm  sauf  la  conservation  des  droits  de  la  paroisse.  La 
Construction  fut-elle  ajournée  ou  la  chapelle  fut-elle  promp- 
tement  ruinée  r  nous  ne  savons.  Toujours  est-il  qu'en  1282, 
Innocent  IV  dut  renouveler  cette  autorisation  et  y  ajouta  le 
Jroit  de  posséder  une  cloche  (i).  » 

L'érudit  écrivain  me  parait  avoir  nettement  tranché  la 
question.  Mais  en  faisant  tomber  la  légende  qui  donne,  à 
tort,  l'année  1208,  comme  étant  celle  de  la  fondation  de  notre 
Hôtel-Dieu,  il  ruine  également  celle  qui.  croit  retrouver  la 
chapelle  éditiée  par  Robert  II  dans  la  salle  qui  nous  reste  de 
l'ancien  Hôtel-Dieu.  (V.  la  planche  de  la  page  81.) 

Il  est  vrai  que  le  service  divin  a  été  très  postérieurement 
célébré  dans  cette  salle.  Le  plan  par  terre  que  je  reproduis 
d'après  les  archives  de  THôtel-Dieu,  le  plan  par  terre  avec 
coupe  et  élévation,  que  je  donne  également  grâce  à  l'obli- 
geante communication  de  M.  Blondeau,  inspecteur  des 
monuments  historiques,  montrent  bien  que  cette  portion 
d  édifice  a  servi  de  chapelle.  Mais  la  disposition  même  du 
lieu  indique  clairement  que  ce  bâtiment  n'étaitpas,  à  l'origine, 
destiné  à  un  service  religieux. 

On  voit,  en  effet,  que,  pour  obéir  à  l'orientation  usitée,  si 

{\)  Ui  Maisons- DUu  et  léproseries  du  diocèse  de  Paris  au.  milieu  du  XIV*  siècle,  d'après  le  registre  de 
fiiites  du  délégué  de  l'évêque  (i  jfi -i ^ôcj)  par  Léon  le  Grand  (Mémoires  de  la  société  de  THistoire 
de  Paris  et  de  Tlle  de  France,  tome  XXIV,  p.  60- 


i  ub:l^(:inn:cnlpar  M.  BI(nd;3u,  \myto 


l38  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

non  imposée  par  la  liturgie,  on  a  été  obligé  de  placer  Taiitel 
et  de  disposer  le  chœur  de  la  façon  la  plus  incommode  et  la 
moins  rationnelle.  Il  est  certain  que  ce  n'est  pas  là  lachapelle 
que  fonda  Robert  II. 

J'emprunte  encore  à  M.  Léon  Le  Grand  son  opinion  à  cet 
égard  : 

«...  Comme  dans  toutes  les  constructions  hospitalières  du 
moyen  âge,  écrit-il,  la  partie  essentielle  du  b:\timent  de 
rilôtel-Dieu  consistait  en  une  grande  salle  destinée  au  loge- 
ment des  pauvres,  et  c'est  cette  salle  que  Jean  de  \'illescou- 
blain  (i),  ici  comme  dans  ses  autres  procès-verbaux,  désigne 
sous  le  nom  d'Iiospitatitas.  A  Brie,  d'après  une  reproduction 
donnée  dans  Y  Architecture  civile  et  domestique,  une  rangée 
de  quatre  colonnes,  offrant  le  caractère  architectural  du 
XIIL  siècle  partageait  la  salle  des  pauvres  en  deux  nefs.  » 

Les  auteurs  de  Y  Architecture  civile  et  domestique  {-i)  cités 
par  M.  Le  Grand,  s'expriment  comme  il  suit  :  «  Le  plan  par 
terre  est  de  la  plus  grande  simplicité.  Il  présente  une  salle 
voûtée  (3)  qu'un  rang  de  quatre  colonnes  divise  en  deux  nefs. 
La  longueur  de  cette  pièce  est  presque  double  de  sa  largeur. 
Deux  portes  lui  servent  d'entrée,  l'une  antérieure  sur  la  voie 
publique,  l'autre  ouverte  en  face  conduit  sur  une  cour.  Deux 
fenêtres  les  accompagnent  sur  chaque  façade  et  deux  autres 
sont  percées  sur  le  petit  côté  du  parallélogramme.  Huit  baies 
portaient  l'air  et  la  lumière  sous  les  trois  travées  de  voûtes  à 
nervures  qui  abritaient  sans  doute  deux  liles  de  lits  disposés 
perpendiculairement  à  l'axe  longitudinal.  » 

(]ette  disposition  intérieure  parait  assez  judicieusement 
déduite,  car  en  plaçant  les  couches,  tète  à  tète,  le  long  des 

fi)  Ce  Jean  de  Villescoublain  (ou  de  Villacoub'ay)  nous  intéresse  indirectement,  non- 
seulement  parce  qu'il  visita,  comme  délégué  de  i'Evéque  de  Paris,  nos  établissements  hospi- 
taliers, mais  parce  qu'il  était  —  ainsi  que  nous  l'apprend  M.  Le  Grand  —  prêtre  et  doyen  de 
Saint-Thomas-du-Louvre  ;  or,  nous  savons  que  l'Eglise  de  Saint-Thomas-du-Louvre  avait  été 
fondée  par  Robert  1,  de  Dreux, 'et  que  ses  chanoines  étaient  rétribuéssur  les  dimes  de  Brie. 
Jean  de  Villescoublain  mourut  àCorbeil,  le  II  octobre  1552.  à  la  suite  d'une  maladie  contractée 
au  cours  d'une  station  à  la  léproserie  de  Corbeil  (Cf.  le  travail  de  M.  Le  Grand, cité  notep.  135,. 

(2)  Vcrdicr  et  Cattois,  l'Architicture  civile  et  domestiijue,  1857,  in-4"  11,  p.  lof)  et  107. 

(j)  V.  le  plan  en  coupe  et  élévation  dressé  par  M.  Blondeau  (fig.  p.  137). 


DR    BRIE-COMTE-ROBF.Rt  1^9 

colonnes,  il  restait  un  espace  très  suflisant  pour  circuler  tout 
autour. 

On  voit  que  cette  portion  de  bâtiment  de  THôtel-Dieu  ne 
pouvait  avoir  été,  dans  le  principe,  destinée  à  un  édifice  reli. 
irieux.  J'ajouterai  que  l'inscription  dont  il  restait  encore  des 
vestiiires  sur  la  fij^rande  porte  au  i8**  siècle  (i)  :  «  A  l'Hôtel-Dieu 
pour  les  pauvres,  tout  vient  de  Dieu  »  laisse  parfaitement 
entendre  la  destination  primitive  de  cette  portion  de  bâtiment. 

Où  se  trouvait  alors  lachapelle  fondée  par  Robert  II  ?  Cette 
chapelle  a-t-elle  même  jamais  existé  ?  M.  Léon  Le  Grand,  nous 
lavons  vu  plus  haut,  paraît  en  douter.  «  Sa  construction, 
dit-il,  fut-elle  ajournée  ou  la  chapelle  fut-elle  promptement 
ruinée  ?  Nous  ne  savons.  »  Guérard,  en  eilet,  résume  dans 
le  Cartulaire  de  Nntre-Dame-de-Paris  (2)  v  trois  lettres,  par 
lesquelles  le  pape  Innocent  IV,  donne  aux  frères  de  la  Maison 
de  Dieu  de  Brie  (3)  l'autorisation  d'élever  une  chapelle  dans 
leur  maison  (in  eoriim  domoj  et  d'avoir  une  cloche,  en  don- 
nant mission  à  l'évèque  de  Paris  de  nommer  le  chapelain.  » 

Ceci  me  laisserait  à  penser  que  la  construction  du  bâti- 
ment dont  nous  avons  encore  sous  les  yeux  la  façade  ne  fut 
pas  exécutée  aussitôt  qu'on  pourait  le  croire.  Sans  doute, 
comme  je  l'ai  dit  et  comme  d'autres  l'ont  écrit,  la  Maison  de 
Dieu  existait  avant  1207,  ^^  P'^^  probablement  dès  la  fin  du 
\IV  siècle.  Mais  il  est  fort  possible  qu'au  moment  où  on 
s'apprêta  à  édifier  la  chapelle  de  Robert  II,  d'autres  projets 
suririrent.  Peut-être  trouva-t-on  les  anciens  bâtiments  insuf- 
fisants ;  peut-être  aussi  songea-t-on  à  déplacer  la  salle 
destinée  au  lotrement  des  pauvres,  pour  la  rapprocher  du 
Marché  par  exemple.  Il  ne  serait  pas  impossible  que  l'éta- 
blissement hospitalier  qui  nous  occupe  eut  été  situé  de 
l'autre  côté  de  la  rue  des  Halles.  On  trouve  dans  les  caves 

O:  «.  ...  Une  inscription  gothique  dont  il  reste  des  vestiges  sur  la  porte  où  on  voit  ces 
mots  gravés  sur  la  pierre...»  (Note  relevée  aux  archives  derHôtel-Dicu  de  Brie-Comte-Robert). 

2;  Tome  III.  p. 252. 

(3  L'Hôtel-Dieu,  dit  M.  Léon  Le  Grand,  d'après  le  registre  des  visites,  était,  en  1551.  ad- 
ministré par  deux  frères  et  deux  sœurs.  Il  résulte  des  lettres  d'Innocent  IV  que  les  frères 
l'administraient  en  1252. 


Î40  Histoire  de  la  viLLr! 

des  maisons  situées  en  face  l'Hôtel-Dieu  des  traces  de  cons- 
tructions importantes.  Sans  parler  de  la  cave  de  la  maison 
Lépagnol  (i),  il  existe  sous  la  maison  Jourde,  au  droit  de  la 
deuxième  arcade  à  gauche  de  la  façade  du  vieil  Hôtel-Dieu, 
une  cave  voûtée,  divisée  en  deux  nefs  par  un  rang* de  colonnes 
portant  actuellement  trois  travées  visibles  de  voûtes  à  nervu- 
res, c'est-à-dire  présentant  le  même  caractère  architectural 
que  l'ancien  bâtiment  de  l'Ilôtel-Dieu.  Cette  cave  voûtée  est 
longitudinalement  orientée  de  l'Ouest  à  l'Est  ;  elle  peut  très 
bien,  par  conséquent,  avoir  servi  de  sous-sol  à  une  chapelle. 
Le  soin  avec  lequel  ce  travail  de  maçonnerie  a  été  exécuté 
permet  de  supposer  que  l'éditice  qui  le  surmontait  devait 
présenter  un  intérêt  exceptionnel.  Peut-être,  à  l'origine,  les 
bâtiments  de  l'IIôtel-Dieu  étaient-ils  situés  sur  cet  emplace- 
ment ;    il   se  pourrait  alors  que,   en   cette    place,    ait   été 
élevée  la  chapelle  de  Robert.  Dans  ce  cas,  chose  peu  vrai- 
semblable, ou  bien  cette  chapelle  n'aurait  pas  été  terminée  ou 
elle  aurait  été  démolie  lorsqu'on  construisit  le  bâtiment  dont 
il  nous  reste  les  ruines.  Il  peut  se  faire  aussi  que  lors  de 
l'érection  de  ce  bâtiment,  la  maison  des  frères  de  la  Maison 
de  Dieu  fût  demeurée  dans  les  locaux  anciens  et  que  la  cave 
de  M.  Jourde  fût  le  sous-sol  de  la  chapelle  qu'ils  furent  auto- 
risés à  élever  en  1252.  Enfin,  ce  peut  être  sur  ce  point  spécial 
qu'existait   la  primitive  salle  des    pauvres  qui   aurait  été 
remplacée  par  celle  dont  la  façade  demeure  encore  debout, 
(c  En  i35i,  dit  M.  Léon  Le  Grand,  les  bâtiments  de  l'Hôtel- 
Dieu  étaient  en  bon  état  et  on  en  construisait  même  de 
nouveaux.    »  Je    déduirai    assez  bien   de  cette   remarque, 
empruntée  par  son  auteur  à  l'étude  du  registre  de  visites 
dont  il  fait  l'étude,  que  le  transfert  de  la  Maison  de  Dieu 
s'achevait  alors  et  que  les  constructions,  tout  d'abord  élevées 
sur   le    nouvel    emplacement,    n'étaient    pas   extrêmement 
anciennes,  à  cette  date.  Ceci  tendrait  à  donner  quelque  poids 
aux  hypothèses  qui  précèdent. 

(i)  Une  vieille  tradition  veut  qu'il  y  ait  eu  une  synagogue  sur  ce  point.  (Angle  de  la  rue 
de^  Halles  et  de  la  rue  appelée  actuellement  rue  des  Juifs.; 


DE    BRIE-COMTK-ROBERT 


M' 


rchitccturi 
lemeureab 


J'ignore  où  M.  I.i><>n  I.o 

Grand  a  puise  ce  rensei- 
fjrnemcnt,   mais  il  aflirme 
a  façade  qui  imus  reste  est 
de  KÎ4>H.  ^'e^die^  et.  (^attois 
■!iil-!cturc  cirile  cl  domL'sILjiii.' 
cinnmc    un    mrinument  du 
.  .\1.  Hlonjeau  dit  que  son 
die    le    XIII'-    siècle    (i).    je 
;nt  de  leurs  avis.  Il  m'a  semblé 
t'iutcfiiis  qu'il  ne  serait  pas  absrilument  impas- 
sible de  mieux  préciser  la  date  probable  de  la 
cijnstructinn. 

Si  on  jette  un  coup  d'ceil  sur  le  miitii"  archi- 
tectural ser\-ant  de  frontispice  ù  ce  chapitre,  on 
sera  frappé  de  l'analoyic  qui  existe  entre  le 
trilobé  de  la  porte  d'entrée  de  l'IIôtel-Dieu  et 
celui  qui  encadre  la  partie  supérieure  de  la 
tombe  de  Robert  U.  Par  le  dessin  qui  borde 
cette  page,  dessin  reproduisant  l'encadrement 
de  la  tombe  de  Robert  III.  tils  du  précédent,  on 
peut  se  rendre  compte  du  chemin  parcouru  par 
les  architectes  de  la  région.  Ici  l'influence  des 
croisades  se  fait  si  bien  sentir  que  la  tombe  de 
Robert  III  en  porte  l'empreinte  caractéristique  : 
en  même  temps  le  trilobé  s'aftîne  en  une  ogive 
pron(incée  qui  laisse  déjà,  loin  derrière  elle,  la 
courbure  de  la  tombe  de  Robert  II. 

Or,  la  première  tombe  a  été  exécutée  en  i-Jit) 
(date  de  la  mort  de  Ri)bert  H)  ou  i-j-ju  et  la 
seconde  est  datée  de  1-233.  Il  y  a  donc  tout  lieu 
V  de  croire  que  la   fai^ade  fut  exécutée  soit  du 

S  vivant  de  Robert  II,  sfiit  dans  les  toutes  prc- 

1  mières  années  qui  suivirent  sa  mort. 

se  pourrait  même,  à  en  juger  par  l'archivolte  d'extrémité 

îulletin  dt  la  Société  d'Archéologie  à-^  Bric-Comlc-Roberl,  toniï  \.  p.  185, 


142  insToiru:  in:  i..\  vii.i.R 

qui  est  au-dessus  de  la  porte  d'entrOe,  que  l'architecte  de 
celte  fai^ade  fut  celui  nu  unde  ceux  qui  travaillèrent  à  l'cg-lise 
de  Braine.  On  rctniuvc.  en  eflct.  à  l'église  Saint- Yved  une 
archivolte  semblable,  limitée  également  aux  deux  départs 
par  deux  petites  têtes  humaines  (!)■  Nous  savons  que  la 
fondatrice  de  l'église  Saint- Yved  fut  Agnès  de  Beaudimnnl, 
mère  de  Robert  II,  morte  en  1202,  X'y  a-t-il  pas  là  des  indices 


Bl:STI^S   Pl.ACÊS   AUX   DEUX   COTES   IlE   LA   l'OKTE   l)  ENTRIil-; 
DE  LA   FAÇADE   DE   L'ANCIEN    HOTEL-DIEU    DE   WKIE-COMTE-HOBERT 


suTlisants  pour  llxer,  à  un  très  petit  nombre  d'années  près. 


JE 


nt',  niiih:-t:o.MTE-nnLit:r<T 


1^0 


l'érection  de  la  fLii,-ndc;  qui  nous  ficcupc  et  du  hi  salli;  qui  l'ac- 
Ciimpagnail  > 

On  conviendra  qu'il  faut  tenir  compti,-  éLralcmenl  de  cer- 
tains détails  curieux  de  cette  fai^ade. 

•  Cetîc  façadi;,  dit  M.  Liion  Le  Grand,  'ilTre  cinq  arcades 
linement  travaillées; entre  chacune  d'elles  se  vuît  unelîg:ure, 
à  cheveux  lunss,  tenant  entre  ses  mains  un  bâtun  et  surtant 


X    i:XTKKMlTi:S    ME    LA    laÇAD!': 
)[■:    lliME-CnMTM-HMIlIvRT 


a  mi-corps  d'nndulalii^ns  qui  scmblenl  représenler  de  l'eau 
[  Ou  des  muges.  » 

t  C'est  aux  deux  ciités  de  ces  ouvertures  (de  la  façadel, 
■  écrivent  Verdier  et  Cattnis,  qu'ont  été  exécutées    sur    ies 


I-J4  HISTOIRE    DE    I  A    VILLE 

chapiteaux  de  séparation  quatre  tig-urcs  qui  semblent  reposer 
sur  des  nuages  assez  grossièrement  accusées  sur  les  tailloirs. 
Deux  de  ces  statuettes  occupent  les  places  d'honneur  et  por- 
tent des  couronnes  ;  les  deux  plus  éloignées  de  l'entrée  n'ont 
pas  ces  insignes.  Xe  seraient-ce  pas  là  des  personnages  qui 
auraient  contribué  à  cette  charitable  fondation  et  le  comte 
Robert,  tils  de  France,  qui  a  laissé  son  nom  à  la  ville  ne  pour- 
rait-il être  dans  leur  nombre  ?  L'absence  de  tout  attribut  de 
sainteté  nous  donnerait  à  croire  que  ces  représentations  ne 
sont  que  des  témoignages  de  la  reconnaissance  publique.  » 

L'abbé  Lebeuf  estime  que  «  les  figures  qu'on  voit  au- 
dessus  des  quatre  colonnades  du  portail  semblent  faire 
allusion  à  quelque  vœu  qui  aurait  été  fait  dans  un  naufrage 
ou  à  quelque  maladie  pour  laquelle  le  bain  était  salutaire  », 
et  il  ajoute  :  «  A  chacun  des  chapiteaux  de  trois  de  ces  colon- 
nes est  sculpté  un  homme  nu  qui  est  dans  l'eau  jusqu'au 
bas-ventre.  Dans  la  quatrième  sont  tigurés  deux  jeunes  gens 
habillés,  l'un  ayant  couronne  sur  la  tète  et  l'autre  irm  ». 
L'inexactitude  de  cette  description  est  flagrante,  mais  elle 
laisse  subsister  l'impression  que  les  bustes  paraissent 
émerger  d'un  fluide  ou  d'un  liquide. 

C'est  ce  que  M.  Blondeau  appelle  «  une  décoration  en 
gravure,  simulant  une  série  de  lignes  ondulées.  »  Kn  etTet, 
ces  lignes  ondulées  sont  nettement  visibles.  Pour  l'abbé 
Lebeuf  et  ses  imitateurs  (Michelin  et  Pascal),  ces  lignes 
représentent  de  l'eau.  M.  Le  Grand  hésite  entre  l'eau  et  les 
nuages.  Verdier  et  Cattois  se  prononcent,  résolument,  pour 
cetre  dernière  interprétation. 

On  peut  se  demander,  par  exemple,  comment  on  a  vu  dans 
ces  statuettes  des  personnages  nus.  L'hésitation  n'est  pas 
possible  en  ce  qui  concerne  les  deux  bustes  placés  aux 
deux  extrémités  les  plus  él(^ignées(i).  Pour  toutes  les  deux 
—  pour  celle  de  droite  notamment  —  les  draperies  sont 
parfaitement  visibles.  L'inspection  attentive  des  deux  autres 
laisse  très  bien  voir  également  les  vêtements  que  le  statuaire  a 

(1;  V.  p.   145. 


DE  HRIE-COMTE-ROIlliRT  14:^ 

voulu  reproduirc(i).  Cette  remarque  empêche  d'admettre  que 

ces  ligures  représentent  des  persDnnajjessnrtant  de  l'eau.  Il 

apparaîtra  plus  rationnel  que,  par  les  «  lignes  ondulées  »  qui 

ks  supporlent,  on  ait  voulu  représenter  des  nuages.  L'inten- 

liun  de  l'artiste  se  révèle  alors  d'elle-même  :  <■  Ce  sont  des 

personncsdéfuntes  admisesaux  félicités  du  cie!  n.  C'est,  tout 

au  moins,  l'interprétation  la  plusraisi>nnable  et  la  plus  claire. 

Dès  lors,  aussi,  on  peut  entrevoir  la  signification  deces 

lijjures  bizarres  et  presque  inexplicables.  Ne  serait-ce  pas  la 

ligfuration   des  premiers  seigneurs  capétiens.  ?  Deux  de  ces 

bustes,  ceux  placés  aux  extrémités  opposées,  ne  semblent 

ni  de  la  même  main,  ni  de  la  même  pierre,  ni  delà  même 

éfwiquc  que  les  deux  autres.  Chez  ceux-ci  le  trait  est  plus  vif 

cli'attitude  plus  raide.  Ceux-là  scmt  plus  mollement  traités 

et  beaucoup   moins  fouilles.  Peut-être   les  deux  premiers 

appartiennent-ils  à  un   plus   ancien  édilice.     L'idée  serait 


TÈTES   FOU.M.VNT   DL;P.\HT  13E  L  .MiCLilVOLTE  D  EXTRE.MITL 


alnrs  venue  de  les  utiliser  pour  perpétuer  le  siiuvenir  de 
Mux  dont  elles  reproduisaient  les  traits  et  d'y  joindre  de 
nouveaux  personnages  en  usant  du  même  motif  d'arnemen- 
taiion. 
Il  serait  intéressant  de  savoir  quels  sont  ces  personnages. 


14^  HISTOIRE    DE   LA  VILLE 

grenouille  OU  un  crapaud,  et,  à  droite,  un  lion,  comme  si 
l'intention  de  l'artiste  eût  été  de  rappeler,  d'une  part,  l'eau, 
de  l'autre,  la  terre,  avec  leur  faune  et  leur  flore  respectives.  » 

Et,  de  fait,  l'examen  des  chapiteaux  semble  corroborer  cette 
manière  de  voir.  Tandis  que  les  uns,  à  gauche,  reproduisent 
des  plantes  aquatiques,  ceux  de  droite  reproduisent  des 
plantes  terrestres. 

On  aura  remarqué,  dans  certains  des  plans  ou  croquis,  que 
j'ai  donnés,  de  cette  façade,  l'existence  d'un  premier  étage, 
aujourd'hui  absent,  ainsi  qu'en  témoigne  la  photographie 
reproduite  à  la  page  8i.  M.  E.  Blondeau  me  parait  dire  avec 
raison  que  ce  premier  étage  —  tel  qu'il  est  arrivé  à  notre 
connaissance  —  a  dû  remplacer  une  construction  primitive 
car,  à  son  avis,  son  architecture  est  bien  postérieure  au  style 
du  rez-de-chaussée  (i). 

Pendant  que  s'établissait,  avec  une  recherche  d'architec- 
ture remarquable,  cet  établissement  hospitalier,  à  Brie,  un 
autre,  d'une  fondation  peut-être  plus  ancienne,  poursuivait 
paisiblement  et  modestement  son  existence.il  est  même  bon 
de  mettre  en  parallèle  ces  deux  manifestatir>ns  de  la  bienfai- 
sance publique:  l'Hôtel-Dieu,  créé  par  le  seigneur,  en  vue 
évidemment  de  secourir  et  d'abriter  les  pauvres  et  les  mal- 
heureux voyageurs,  mais  avec  l'arriêre-pensée  de  doter  son 
marché  d'une  institution  qui  en  accroissait  le  renom  ;  la 
lépn)serie,  organisée  par  les  habitants,  pour  se  défendre 
d'une  horrible  maladie  contagieuse,  en  donnant  aux  malheu- 
reux qui  en  étaient  atteints  les  s<  ans  matériels  convenables. 

Il  n'est  pas  douteux  que  la  léproserie  ne  lut  l'œuvre  de  la 
communauté,  c'est-à-dire  du  peuple. 

C^ette  réllexioa  rappellera,  sans  nul  doute,  ce  que  j'ai  déjà 

(\  I  Ce  qui  fst  singulier,  cest  que  les  dessins  qui  nous  ont  été  conservés  de  ce  premier 
étage  ne  sont  pas  d'accord  entre  eux.  Fichot.  dans se$ Monuments  de  S(ine-et-{Marnc  lui  donne 
trois  fenêtres.  fV.  fljr.  p.  128.)  Verdier  et  Cattois.  dans  Yc'./lrchitfctiire  civile  et  domestique,  Tont 
dessine  avec  quatre  fenêtres.  «  Nous  l'avons  rétabli,  disent-ils.  d'après  un  dessin  fait  avec 
exactitude  avant  la  démolition  de  cette  partie  ».  J'ajoute  que  le  croquis  grwsier  du  iS'  siècle, 
que  j'ai  reproduit  comme  venant  des  archives  de  l'Hôtel-Dieu  (carton  de  Bernardin  1.  indique 
quatre  ouvertures  au  premier  étage  exactement  placées  comme  l'indiquent  Verdier  et  Cattois. 


Dt:   lîRIK-COMTE-ROUEKT  l^Çf 

dit  de  la  ville-jommunc,  c'est-àdire  de  Tcxistence  adminis- 
Iriitive  d'une  communauté,  avant  même  le  XIH*  siècle.  La 


DE  L  1I0TEI--I)1EL- 


'OifTE    D  ENTHl- 


:(l) 


^iJ  i  te  ne  pnurra  que  furtifitîr  enci>re  cette  impression,  qui 
ï'-'i  1  lit,  bien  nette  ;!  mon  avis,  des  textes  étudiés. 

*'  A  une  époque  que  nous  ne  saurions  préciser,  écrit  M. 
*-*i«  m  Le  Grand  en  pariant  de  la  léproserie  de  lirie-Comte- 
'^*>bert  (-2).  mais  qui  certainement  est  antérieure  au  XI1I° 
^'<icle,  les  habitants  de  Bric  avaient  fait  construire,  en  dehors 


.  pagï  81. 


i:^<>  HÎSTOIRE  DE   LA  VILLE 

du  bourg,  une  maison  destinée  à  recueillir  les  lépreux  du 
pays  pour  préserv^er  de  leur  contact  les  personnes  saines  (i)... 
Il  est  presque  toujours  impossible,  dit  le  même  auteur 
ailleurs,  de  fixer  la  date  de  fondation  des  léproseries.  On  a 
beau  recourir  aux  plus  anciens  textes  parvenus  jusqu'à 
nous,  on  ne  peut  généralement  que  reculer  plus  ou  moins 
Tépoque  à  laquelle  leur  existence  est  constatée,  sans  arriver 
à  déterminer  leur  origine.  » 

Il  en  est  ainsi  pour  la  léproserie  de  Brie-Comte-Robert.  Le 
plus  ancien  document  qui  en  fasse  mention  est  de  1201  ;  elle 
existait  donc  déjà  probablement  bien  avant  cette  époque. 
Ce  document  publié  par  Guérard  (2),  est  une  ordonnance 
prise  de  concert  par  Pierre,  archevêque  de  Sens,  et 
Eudes,  évêque  de  Paris,  concernant  les  léproseries  des 
chàtellenies  de  Corbeil  et  de  Melun.  Après  avoir  flétri 
les  actes  dissolus  des  lépreux  et  les  désordres  dont  ils 
donnent  le  spectacle,  les  deux  prélats  signalent  les  dangers 
que  font  courir  aux  habitants  les  libres  sorties  que  les 
lépreux  se  permettaient  hors  des  léproseries.  Ils  prennent 
dès  lors  la  résolution,  d'après  les  ordres  de  la  reine  Adèle  (3), 
de  répartir  tous  les  lépreux  des  deux  chàtellenies  (4)  dans  les 
maladreries  de  Corbeil  et  de  Melun,  aflectant  les  hommes  à 
celle  de  Melun  les  femmes  à  celle  de  Corbeil. 

(0  M.  Le  Grand  cite  à  ce  propos  le  texte  suivant  emprunte  aux  Archives  nationales  X'*" 
41,^236  (54  juillet  1594)- 

a  Cum  habitantes  ville  de  Braya   comitis  «  Les  habitants  de  la  ville  de  Brte-Comte 

Roberti  et  matricularii    ecclesie   sancti  Ste-  Robert  et  les  marguilliers  de  leglise  de  St- 

phani  ejusdem    ville  exponi  fecissent  quod  Etienne   nous   ont  fait  exposer  que   depuis 

licet   pcr   habitantes    ville   predicte   dudum  longtemps  les  habitants  de  la  dite  ville  ont 

domus  leprosarie  prope  et  extra  dictam  villam  fondé  près   de  celle-ci,  mais  en  dehors,  une 

existens  pro  recipiendis  ibidem  illis  de  dicta  léproserie  pour  recevoir  ceux  de  1&  dite  ville 

villa   vel    ipsius  suburbiis,  qui  morbo  lèpre  ou  des  villes  voisines  qui  sont  infectés  de  la 

fcrent  infccti,  fundata   et  per  ipsos  compe-  maladie  de  la  lèpre  ;  que  cette  maison  a  été 

tentibus  edificiis   pro  dictis  infirmis  ac  ma-  faite  et  construite  pour  abriter  convenable- 

gistro    et    administratore     domus    predicte  ment  les  malades  et  le  maitre  et  l'adminis- 

separatis  ab  invicem,  sub  uno  tamen  circuitu  trateur   de   l'établissement    de    façon    qu'ils 

seu  pourprisio,  facta  et  constructa  fueri,  sic  soient     complètement     séparés,    bien     que 

quod   non  sani  a  sanis   et  eorum    societate  renfermés  dans   la  même  enceinte  ou  pour- 

omnino  commorari  potcrant...  »  pris,  et  qu'ainsi  les  malades  demeurent  tout 

à  fait  en  dehors  des  personnes  saines...  d 

(2)  Guérard.  cartul.  de  N.-D.,  L  87. 

(3)  Adèle  de  Champagne,  mère  de  Philippe-Auguste,  morte  en  juin  1206. 

'4'  Les  maladrrric*;  de  la  chàtellenie  de  Corbeil  étaient  :  la  maison  de  Gnsy,  'a  maison  de 
Montirason.la  maison  de  la  Q.ueuo,  et  la  maison  de  Brie. 


nE   BRIE-COMTE- ROBERT 


«  Le  service  divin  devait  cependant  continuer  à  être  célé- 
bré dans  les  chapelles  de  ces  dilTérentes  maladreries,  et  les 
revenus  ne  devaient  pas  être  confondus,  afin  que  chaque 
maison  pût  reprendre  son  individualité,  si  on  venait  à 
renoncer  à  cette  concentration. 

Combien  de  temps  cette  mesure 
fut-elle  appliquée  ?  Il  est  impossi- 
ble de  le  dire,  mais  elle  dut  être 
assez  viteabandonnée  comme  nous 
le  verrons  par  la  suite.  11  était  in- 
dispensable néanmoins  de  consta- 
ter l'existence  de  cet  établissement 
hospitalier  d'une  façon  indiscuta- 
ble,tout  au  moins  dès  la  première 
année  du  XIII'  siècle. 

En  I2t8,  le  jourdeslnnocents  — 
ainsi  que  l'indique  sa  tombe  — 
Robert  II  mourut.  !1  fut  enterré 
dans  l'église  de  St-Yved.  «  Robert, 
en  son  vivant,  fît  faire  sa  tombe  de 
cuivre,  moyennement  élevée,  en 
laquelle  il  est  en  pourtraicture, 
tenant  â  la  main  droite  une  fleur 
de  lys  démontrant  d'où  il  était 
descendu  (i)  ». 

Le  manuscrit  auquel  j'emprunte 
ces  lignes  donne  comme  il  suit  la 
traduction  de  son  épitaphe  : 

•  Cygist,  aux  pieds  de  madame 
sa  mère,  haut  et  puissant  sei- 
gneur, Robert,  comte  de  Brayne, 
issu  du  noble  sang  royal  qui,  de  son  temps,  fut  doulx  et 


SCfit    dt 

)  Bibliolhèqu 

e  Sain 

e-Gen 

e  réduite 
i.  à  Bnin 

,  (La  XtU  ft 

ieJde 
ipnft 

Robe 

I?*J  HlSTOIRt:   DH   LA   VILLK 

humain  et  des  loix  C)bservatcur,  lequel  trépassa  le  jour  des 
Innocents  de  l'an  de  grâce  mil  deux  cents  XVIII.  »  A  part  les 
formules  laudatives  interpolées,  la  traduction  est  à  peu  près 
exacte  (i).  Klle  rend  hommage  à  des  qualités  que  les  actes 
de  Robert,  en  ce  qui  touche  Brie,  paraissent  justifier. La  part 
qu'il  a  prise  à  la  fondation  de  notre  Hôtel-Dieu,  la  charte  dont 
j'ai  donné  plus  haut  le  texte  et  dont  il  est  l'auteur,  montrent 
bien  que  ce  seigneur  féodal  était  accessible  à  certaines  idées 
de  justice  pour  ceux  qui,  suivant  les  idées  du  temps,  étaient 
ses  serfs  et  ses  sujets.  Il  était,  à  cet  égard,  manifestement 
imbu  des  idées  capétiennes, déjà  en  honneur  sous  Louis-lc- 
Gros,et,  continuées  sous  Louis  VII  et  Philippe-Auguste.  11  est 
impossible  de  ne  pas  se  souvenir,  en  écrivant  l'histoire  de 
Brie,  que  ce  prince  concéda,  en  quelque  sorte,  aux  habitants 
de  ce  pays  une  certaine  liberté  en  donnant  à  leur  parole,  à 
leur  serment,  la  valeur  d'un  acte  intangible,  (tétait  créer, 
d'un  mot,  des  hommes  dignes  de  ce  nom,  là  où  il  n'y  avait 
auparavant  que  de  malheureux  esclaves.  Si  faible  que  soit 
cette  lueur  d'émancipation,  comment  ne  pas  s'émouvoir  de 
ce  premier  pas  fait  par  les  ancêtres  vers  la  conquête  de  leur 
propre  dignité  et  de  leur  indépendance. 

Il  faut  associer  à  Robert  II,  sa  femme  Yolande  de  Coucy 
qui  prit  part  à  l'o-uvre  de  son  mari,  puisque  nous  l'avons 
vue  contresigner  la  charte  de  1208.  Du  reste,  veuve,  elle 
conserva  jusqu'à  sa  mort  la  seigneurie  de  Brie.  C'est  ce  qui 
résulte  d'une  charte,  signée  de  Robert  (Robert  III)  et  de  ses 
frères  Pierre...  et  Jean  (2). 

Yolande  de  (>oucy  mourut  le  22  mars  1222,  et,  suivant  la 
coutume  adoptée  par  la  famille,  se  Ht  enterrer  à  Saint-Yved 
a  c<")tédeson  mari.  Il  paraît  que  sa  tombe  était  en  cuivre  doré 

-i:  F.n  voici  le  texte  tel  quil  se  déroule  autour  de  la  tombe  :  <*  Stirpe  satus  '^irçu7i  plus 
cuk'dui  Li:u'n  Hramt  'l{ob.'TUi-  siorna  hic  rtijmsicil  opcrtwi  et  y.uv/  a^nctui  situi  ad  v.'itigdi  matm.  »» 

12'  V  (OlbiTt.vol.  r)2  ('artulaire  de  Champagne,  p.  H^..  —  <*  Reverendse  domina?  comitess;r 
t-ecensiN  palatiii;e  Kobertus  primogenitus  ('omilis  Robrrli  Domini  Drocarum  et  Braia:  ot 
fratres  e|us.  Petru<<.  .  et  joannes,  salutem.  Ei  dilectione  novcritis  quod  nos  et  Yolenla 
comiteNï,a  kari>î.iina  mater  nostra  ita  coniposuimus  super  dote  ejus  quod  de  assensu  et 
volontate  nostra  qui  aUjuxit  in  integro  tcnebit  t.-rram  Braiic...  sicut  eam  tenuit  bona  memoria 
Agnes  comitessa  temporibus  suis...  » 


UF.   ItRm-COMTK-ROUERT  |  5? 

cr-t  enrichie  de  pkisiciirs  ornements  qui  tc-ntcrcnl  la  cupidité 
dtjs  soldats  cspa^^nols  en  lOro,  Il  est  certain  qu'elle  a  disparu. 
Du  mariage  de  Robert 
II  et  de  Yolande  de  Coll- 
ey, sa  dernière  femme, 
il  était  né  quatre  lils  et 
cinq  lilles.  Avant  de 
parler  des  successeurs 
de  Hubert  II,  il  importe 
derappellerque  l'un  de 
scsfrèrcs,(îuillaume  (i). 
porta  pendant  quelque 
temps  le  titre  de  sei- 
gneur de  lirie.  Il  est 
ainsi  qualilié  en  iiHi) 
dans  une  charte  repro- 
duite au  cartulaire  de 
St-Maur,  et  contenant 
permission  donnée  à 
Adam  de  llritii  (-j)  de 
vendre  à  l'abbaye  de 
Saint-.Maur  (.^)  des  près 
situés  à  Ozouer-la-I'"er- 
sa  tombe  dans  l'église 


rière.  L'abbé  Lcba-uf  cn.it  avoir  v 
de  Saint-Ktienne  de  lîrie. 
■  J"^  n'y 


vu,  dit-il,  que  deux  tombes  anciennes  qui 
■ment  le  marchepied  de  l'autel  du  Sauveur,  au  fond  de 


!c  Kcand  dans  si  notice  sur  FciulK'>-AUilly  fort  liirn  fait  rcs'umr 
4:  Sc»u  ojivi]  de  8»  milliin..  ii-pdidu  à  une  charte  de  1207  :a 
La  comlc&sr  deboul.  vur  de  lier,  en  robe  et  mintrau  ;  let  deui 
t  S:iilI.L'  Y...  COMITISSE  IX)MINK  [)RO(:aR  bT  bKANt. 

Le  cor-t-csieiu  dt  la  cor.-.tcjr.c  c'.aiî  le  i;i,';-.:c  qut  celui  it  ?.<>'. 


ir>4  MistoiRÈ  t)E  La  ville 

Taile  méridionale.  Leurs  inscriptions  difficiles  à  lire  sont  en 
gothique  du  XII?  siècle.  Sur  Tune  est  représenté  un  militaire 
dont  les  armes  sont  placées  à  côté  de  la  tête.  Ce  sont  trois 
billettes.  Peut-être  est-ce  ce  Guillaume  de  Braye,  chevalier, 
qui  vivait  en  1248.  » 

Le  passage  de  Guillaume  de  Dreux  à  la  seigneurie  de  Brie 
ne  semble  pas  avoir  laissé  d'autres  souvenirs.  Il  est  vrai  que 
c'est  à  peine  si  l'auteur  de  l'histoire  du  diocèse  de  Paris  fait 
mention  de  Robert  III,   fils   et  successeur  de  Robert   II. 

Michelin  n'en  souffle  mot  et  Pascal  se 
borne  à  cette  courte  mention  :  «  Robert 
III,  mort  en  I233.  »  Ce  seigneur  a  cepen- 
dant quelque  droit  de  figurer  dans 
l'histoire  locale  et  il  est,  au  moins 
curieux,qu'il  ait  été  méconnu  à  ce  point. 
Poursuivant  l'œuvre  de  son  père,  il 
apportait   aux  habitants   de   Brie  une 

ROBERT  m  DE  DREUX  ^  ^ 

seigneur  de  Brie  (1)  modificatîon  profonde  dans  leur  situa- 
tion. Rouillard  (2)  dans  ses  Reliefs  foreuses,  nous  apprend 
qu'en  i23o,  au  mois  de  janvier,  Robert  III,  signait  une  charte 
d'affranchissement  dont,  malheureusement,  le  texte  complet 
n'est  pas  venu  jusqu'à  nous.  Telle  quelle,  Rouillard  nous  en 
donne  un  aperçu,  dans  le  langage  emphatique  du  temps  : 

(1)  Cette  tête  est  la  reproduction  réduite  de  celle  gravée  sur  la  tombe,  en  pierre,  en  l'église 
Saint-Yved  de  Braine,  où  Robert  111  est  représenté  en  grandeur  naturelle.  (L'image  de  ce 
seigneur  est  encadré  par  le  motif  dont  j'ai  donné  la  moitié  page  141). 

(4)  Sébastien  Rouillard  est  l'auteur  d'une  histoire  de  Melun.  II  était  avocat,  et  il  nous  a 
laissé  quelques  uns  de  ses  plaidoyers  en  un  volume  intitulé  Reliefs  forenses.  Cet  ouvrage,  qui  est 
divisé  en  deux  parties,  contient  dans  la  première  (p.  257)  une  plaidoirie  prononcée  par  lui. 
d«vant  la  Chambre  civile  du  Châtelet  de  Paris,  pour  les  habitants  de  Brie,  défendeurs,  contre 
Balthazard  Gobelin,  seigneur  engagiste  du  lieu.  Ce  dernier  réclamait  l'exécution  de  la  charte 
de  1208,  en  ce  qui  touche  les  corvées. 

Au  moment  où  j'écrivais  ceci,  M.  G.  Leroy,  le  distingué  continuateur  de  Rouillard,  en  ce 
qui  touche  l'histoire  de  Melun,  publiait  dans  le  bulletin  de  la  Société  d'Archéologie  de  Brie-Comte- 
Robert  (tome  1,  p.  210),  une  note  sur  ce  procès,  sous  ce  titre  :  Un  procès  au  sujet  des  anciennes 
corvées  de  Brie -Comte-Robert.  11  y  citait  naturellement  l'œuvre  de  Rouillard  avec  cette  indication 
bibliographique  :  «  in  12*  de  1800  pages  paru  à  Paris,  en  1607,  chez  Thomas  de  la  Ruelle,  au 
Palais,  devant  la  porte  de  la  Sainte-Chapelle.  *  j'y  ajouterai  que  l'édition  que  j'ai  pu  consulter 
à  notre  Bibliothèque  nationale  porte  la  date  de  1610,  ce  qui  justifie  tout  le  bien  que  pense 
M.  Leroy  de  son  compatriote,  puisque  les  Reliefs  forenses  semblent  avoir  eu  plusieurs  éditions. 

M.  Leroy,  d'ailleurs,  dans  la  note  qu'il  consacre  à  ce  procès  et  à  la  plaidoirie  de  Rouillard, 
fait  délicatement  ressortir  les  erreurs  historiques  considérables  qui  avaient  cours  à  l'époque, 
notamment  cette  fantastique  transmission  de  la  seigneurie  de  Brie,  de  Robert,  premier  fils  du 
roi  Louis-le-Gros,  à  son  fils,  Pierre,  qui  épousa  l'héritière  de  Bretagne  (?) 


t)E   BRIE-COMTE-ROBERT  I  ^?> 

«  Robert,  comte  de  Braye.  du  consentement  de  ses  sieur  pore  et 
mère,  par  Tavis  aussi  de  son  frère,  et  du  conseil  des  gens  de  bien, 
(i)et  par  une  postérieure  cogitation,  à  qui  le  commun  proverbe 
attribue  un  surcroit  de  sagesse,  auroit  converti  toutes  les  corveez  par 
iuy  acquises  sur  les  dictz  hontes  et  justiciables,  en  la  dite  estimation 
à  prix  d'argent,  de  six  sols  huict  deniers,  afin  d'abolir  tous  les 
vestiges  de  ces  corveez  ou  servitudes  personnelles,  demourez  des 
restes  du  paganisme,  au  préjudice  de  la  liberté  de  la  France  et  du 
chistianisme  établi  en  icelle.  » 

Je  ne  m'arrêterai  pas  aux  commentaires  de  Rouillard  qui 

P<'>urraient  appeler  Tinterruption  bien   connue  :    «  Avocat, 

passez   au   déluge  »,  je  m'arrête   seulement  au   minuscule 

Pussage,  contenu  dans  cette  longue  et  broussailleuse  plaidoi- 

^ic,  concernant  directement  Brie.  C'est  un  court,  trop  court, 

extrait  de  la  charte  concédée  par  Robert  III.  Voici  les  termes 

^^  préambule  de  ce  document  : 

«  Nous  avons  quitté,  à  jamais,  nos  hostes  de  Braye,  qui 
^e  sont  pas  nos  serfs,  pour  toutes  choses  et  maletoltes, 
^omme  tailles,  corveez,  reliefs,  révocations,  aides  pour 
rtiarier  filles,  pour  faire  nouveaux  gens  d'armes  et  pour 
P^rison,  moyennant  sept  sols  païables  mc)itié  à  laSaint-Remy 
^t  moitié  à  Noël.  » 

Ces  sept  sols  devaient  être  payés  a  par  chaque  feu  de 
maison.  » 

Rouillard  ajoute  :  «  Le  dit  seigneur  quittait  les  habitants 
des  droits  de  gros  et  huitième  de  vin  (2)  et  même  le  ban  de 
la  forêt  qui  était  une  redevance  qu'ils  lui  payaient  pour  droit 
de  chauffage  (3). 

Robert  III  n'avait  cependant  pas  abandonné  tous  ses  droits, 

car  en  l'article  de  la  charte  de  i23o,   nous  dit  Rouillard,  il 

était  expressément  spécifié  :   «  Nous  n'avons  point  quitté  les 

corveez  de  charruages  qui  nous  sont  dues  trois  fois  Tan.  »(4) 

Ces  corvées  sont  nettement  spécifiées  dans  la  charte  de 

I;  Rouillard,  en  écrivant  ce  passage  ajoute  en  parenthèse  :  a  car  ce  sont  les  mots  du 
tiltrc  ».Ces  premières  lignes  sont  donc  le  texte  officiel  de  la  charte  de  1230. 

(2.  On  percevait,  sous  le  nom  de  groi.  un  sou  par  livre  —  et  dans  l'espèce  il  s'y  ajoutait 
un  huitième  —  sur  le  commerce  des  boissons. 

(5;.  V.  la  charte  de  1208.  ci-dessus. 

(4)  Mars,  mai  et  juillet. 


I?0  HISTOIRE  DE  LA  VILLE 

1208  :  «  Quiconque  possède  une  bête  traînant  la  charrue  doit 
au  seig-ncur  de  Brie  trois  corvées,  d'un  seul  jour  chacune, 
par  an  et  à  chaque  saison  ».  Rouillard  nous  dit  qu'originai- 
rement cette  corvée  était  un  labour  de  cinquante-deux  ar- 
pents qui  fut  converti  postérieurement  en  une  redevance  de 
six  sols  huit  deniers  pour  chaque  charrue,  au  choix  du  cun- 
tribuable. 

Tout  le  procès,  intenté  par  Gobelin  aux  habitants  roulait 
sur  cette  conversion  en  argent  d'une  corvée  due  en  nature. 
Il  nous  a  valu  quelques  indications,  étrangères  à  la  contes- 
tation, sur  la  charte  de  r23(),  ne  nous  en  plaignons  pas. 

iMème  avec  la  restriction  de  l'article  3,  les  concessions 
faites  par  Robert  III  étaient  appréciables.  Elles  se  résument, 
d'ailleurs,  dans  cette  lin  de  titre  que  nous  rapporte  Rouil- 
lard : 

«  Sera  tenue  la  postérité,  c'est-à-dire  tous  ceux  qui  nous 
succéderont,  garder  cet  ordre  successivement,  de  jurer  par 
le  seigneur  de  Braye,  quel  qu'il  sera,  de  ne  demander  ny 
don,  nv  service,  nv  aide  aucune  auxdits  hostes.  » 

Si  cette  charte,  mal  connue,  de  123;  > constitue  un  allèire- 
ment  des  charges  qui  pesaient  sur  les  habitants,  elle  ne  nous 
en  otïre  pas  moins  le  spectacle  pénible  de  serfs,  appartenant 
au  seigneur,  à  côté  d'hommes  libres 

Je  n'ai  rien  retrouvé  sur  les  alïranchissements  des  serfs  de 
Brie.  Il  n'est  cependant  pas  permis  de  douter  que  les 
seigneurs  —  à  en  juger  par  leurs  dispositions  manifestement 
humanitaires  —  les  accordèrent  de  bonne  heure.  Peut-être 
est-ce  à  eux  que  les  habitants  de  Moissy-l'Flvèque  obtinrent 
la  charte,  datée  du  mois  de  juin  1258,  que  Guérard  a  repro- 
duite dans  son  édition  du  Carlulaù'c  de  \\i)trc-Damc  de  'Paris. 
M.  Cl.  Leroy,  qui  a  commenté  ce  document  (i),  montre  bien 
l'esprit  de  résistance  qui  animait  l'I^glise  contre  cette  trans- 
formation sociale. 

«  Les  rois,  dit-il,  qui  comprennent  la  nécessité  de  s'asso- 
cier la  bourgeoisie  et  le  peuple  favorisent  ce  mouvement  et 

(l)  G.  Leroy,  /.;:  condition  civile  en  Tir'V  au  Xllh  siècle  (NouveW.st'  df  Se:n:-ct-Marne,  juillet  iSo") 


DE   BRIK-COMTE-ROBERT  1:^7 

donnent  cux-mcmes  Texcmple  des  alTranchissemcnts  dans 
leur  domaine.  Ils  se  réservaient  des  droits  sans  importance, 
honorifiques  le  plus  souvent.  L'Eg-lise,  moins  libérale, 
semblait  se  dessaisir  à  regret,  voulait  bien  imiter  leur 
exemple,  mais  non  leur  muniticence.  A  Moissy,  en  échange 
de  son  abandon  de  servage,  le  seigneur  évéque  retient  les 
tailles  jurées,  nonobstant  prescription  de  temps  ou  privilège 
de  quiconque,  les  cens^  rentes,  corvées,  dimes,  redevances  et 
toutes  autres  coutumes  et  droits  précédemment  dus.  » 

Comparez  ces  réserves  de  la  charte  ecclésiastique  de  1258 
à  Moissy  avec  l'abandon  de  la  charte  seigneuriale  de  r23oà 
Bric.  Sans  doute,  les  concessions  fiscales  faites  par  Robert 
III  ne  s'appliquaient  qu'aux  hôtes  et  non  aux  serfs,  mais  dès 
que  ceux-ci  étaient  par  la  main  du  seigneur  mis  hors  de 
leur  condition  servile,  ils  jouissaient  évidemment  des  mêmes 
franchises  que  les  habitants  libres,  et  c'est  précisément  là 
qucgit  la  différence  de  traitement  entre  les  sujets  de  l'Kglise 
et  ceux  du  seigneur.  I^^ncore  doit-on  bien  se  persuader  que 
î^i  l'évêque  de  Paris,  <c  supplié  à  cet  elïet  »,  ainsi  que  le 
rapporte  M.  G.  Leroy,  affranchit  du  joug  de  la  servitude  et 
main  morte  un  certain  nombre  d'habitants  de  son  tief  de 
Moissy,  c'est  qu'il  y  fut  forcé.  Le  «  supplié  à  cet  elTet  »  n'est 
Ji^ins  la  pièce  officielle  que  pour  masquer  une  concession 
iirrachée  peut-être  par  une  émeute  ou  quelque  autre  reven- 
dication menaçante.  Comment  ne  pas  comprendre  que  les 
î^erfs  de  Moissy,  mis  en  contact  avec  la  population  relevant 
Ju  seigneur  de  Brie,  n'aient  pas  senti  se  révolter  leur  dignité 
d'homme  et  s'éveiller  leurs  aspirations  vers  un  état  moins 
dépendant.  Ce  m'est  quelque  lierté  d'écrire  ces  lignes,  non 
Piis  qu'elles  soient  une  louange  des  seigneurs  de  Brie  — 
hélas!  ce  qu'ils  accordaient  était  si  minime,  si  restreint,  si 
éloifrné  encore  de  la  liberté  conquise  plus  tard  —  mais  elles 
niettent  en  relief  cette  pensée  que  de  ce  centre  rayonnèrent 
dans  les  campagnes  environnantes  les  premières  et  vacillan- 
tes lueurs  de  la  rénovation  sociale. 

On  conviendra  peut-être  qu'il  était  bon  de  rendre  à  Robert 


irS  HISTOIRE  DE   LA  VILLE 

III,  si  parfaitement  oublie  et  méc<  »nnu  par  les  historiens  qi 
ont  parlé  de  Brie,  la  justice  qui  lui  était  due.  Le  manuscr 
de  Sainte-(jeneviéve,  auquel  j'ai  déjà  fait  souvent  allusi<»r 
ru  »us  représente  ce  prince  comme  <*  preux,  hardi  et  de  irrand 
science.  Il  étoit  un  des  grands  conseillers  du  roy  Saint  L<  »ui; 
et  il  étoit  bien  aymé  de  ce  roy  ».  Il  mourut  jeune  à  pein 
âgé  de 48  ans  et  cependant,  il  eut  une  vie  bien  remplie.  Oé 
chevalier  à  Compiêgne  par  Philippe-Auguste  le  17  mai  I2<i 
(jr>ur  de  la  Pentecôte),  il  assista  quatre  ans  après  a  Tasserr 
blée  tenue  à  Soissons  pour  résoudre  la  guerre  contre  le 
Anglais  (8  avril  I2i3).  Dès  l'ouverture  des  hr)stilités,  i)  ail 
se  jeter  dans  la  ville  de  Nantes  pour  la  défendre  contre  le  n 
Jean  d'Angleterre.  11  l'obligea  à  lever  le  siège,  mais  il  fut  pri 
dans  une  embuscade  et  emniené  prisonnier  en  Angleterre 

Robert  III  ne  put  ainsi  assister  à  la  célèbre  bataille  d 
Houvines,  alors  que  son  père  (Robert  II),  son  oncle  (Philippe 
comte  et  évèque  de  Beau  vais),  son  beau-père  (Thomas  d 
SaintA'aléry)  (1),  combattaient  à  l'aile  gauche.  (_)n  a  dit,  no 
sans  raison,  que  «  la  bataille  de  Bouvines  est  le  premit 
événement  national  de  notre  histoire,  le  prélude  de  cett 
unité  morale  et  matérielle  que  les  rois  du  XIII'  siècle  étaier 
appelés  à  réaliser  »  (2).  Il  ne  me  déplait  pas  de  constater  qu 
Brie  y  était  représenté  par  ses  seigneurs  et  probablemer 
aussi  par  d'obscurs  mais  vaillants  soldats  nés  sur  le  S( 
et  enfants  de  la  vieille  cité  briarde. 

A  l'aile  gauche  de  la  «  bataille  française  »  quecommar 
daient  Robert  11,  de  Dreux,  et  son  frère  Philippe,  étaier 
opposés  Renaud  de  Boulogne  et  Guillaume  de  Salisbur\ 
Détail  à  noter  :  «  Philippe,  évèque  de  Beauvais,  se  tint  d't 
bord  tranquille,  pour  nepas  violer  la  prescription  canoniqu 
qui  lui  défendait  de  verser  du  sang.  Puis,  lorsqu'il  vo 
Salisbury  enfoncer,  avec  ces  mercenaires,   les    milices  d 

(n  Robert  III  s'était   marié  vers   1210,  ou  peut-être  en   1211.  avec  Œnor   ou   Eléonor 
Saint-Valéry,  fille  unit|ue  et  héritière  de  Thomas,  seigneur  de  Saint-Valérv.  Gamaches,  Ai 
et  d'Adèle  de  Ponthieu.  En  1237.  —  Robert  III  mourut    en    1235  —  >a  veuve  se  remarii  av 
Henri  I,  seigneur  de  Sully  ;  elle  vivait  encore  en  I2S()  et  mourut  peu  après  le  15  novembre  < 
cette  même  année,  selon  le  martvroloi^e  de  Saint-Victor,  de  Paris. 

(2,  A.  Luchaire,  Histoire  de  France  publiée  par  M.  Lavisse,  III  p.  194. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  IX) 

Ponthieu  et  menacer  le  pont  de  Bouvines,  il  lance  ses  soldats 
etb'avance,  son  énorme  masse  d'armes  à  la  main,  au  devant 
de  la  cavalerie  anglaise,  il  atteint  Salisbury,  et,  d'un  seul 
coup  sur  le  heaume,  le  fait  tomber  à  demi  assommé  (i)  ». 
Philippe  venait,  du  même  coup,  de  rendre  la  liberté  à  son 
neveu.  En  eOet,  l'année  suivante,  la  paix  était  signée,  entre 
l'Angleterre  et  la  France,  à  Chinon,  le  i8  septembre  1214. 
Robert  III,  de  Dreux,  fut  mis  en  liberté  en  échange  du  comte 
de  Salisbury  qui  avait  survécu  à  sa  blessure. 

La  charte  concédée  par  Robert  III  a  d'autant  plus  de  valeur 
pour  Brie  que  ce  prince  dut  fort  peu  séjourner  dans  cette 
ville.  Ses  extraordinaires  chevauchées  l'entrainaient  cons- 
tamment en  dehors.  Après  Bouvines,  à  peine  de  retour  en 
France,  il  repasse  le  détroit  à  la  suite  de  Louis,  ills  de  Phi- 
lippe Auguste,  qui  allait  se  faire  couronner,  à  Londres,  roi 
d  Angleterre.  Puis  il  revient,  prend,  avec  ce  prince,  Avignon, 
I ''iccompagne  dans  son  expédition  contre  les  Anglais  et  les 
Albigeois,  et  meurt  enfin  en  i233  (2). 

La  fin  de  la  vie  de  Robert  III  fut  étrangement  mêlée  à  celle 
de  son  frère,  Pierre  (3).  Ce  dernier  fait  dans  l'histoire,  à  vrai 
dire,  une  autre  figure  que  ceux  de  sa  famille.  Il  est  appelé 
^^ucltfrc  ou  mauvais  clerc,  à  cause  de  son  caractère  indomp- 
table, dit-on,  mais  cette  explication  ne  suffirait  pas  si  nous 

^';  A.  Luchairc,  Histoire  de  France  publiée  par  M.  Lavissc,  IIÎ  p.  197. 

^2; J'ai  déjà  dit  qu'il  fut  enterré  sous  une  tombe  en  pierre  dans  l'église  Saint-Yved.  de 
"•"aine.  Son  épitaphe  mérite  d'être  rapportée  :  «  Hic  jacet  illustris  ex  regum  semine  natus,  T)roca' 
^ui  Branaqiu  cornes  Robertus  humatus.  Hic  in  amicitia  Theseus  fuit  :  altar  in  armis  Ajax  ;  consiUo  pollens 
f'j^i  alitr  misses  »,  ce  que  le  rédacteur  du  manuscrit  de  Sainte-Geneviève  traduit  à  peu  près 
"ttéralenient  cette  fois  :  «  Cy  gist  illustre  et  puissant  seign  eur,  extrait  de  noble  sang  royal, 
Robert,  comte  de  Dreux  et  Brayne.  Ce  fut  en  amitié  Theseus  tout  revenu,  en  'aits  d'armes 
"n second  Ajax,  dans  les  conseils  un  autre  Ulysse.  »  On  ne  sait,  guère,  pourquoi  Guillaume 
'e  Breton,  dans  sa  Philippide  (livre  9)  a  surnommé  Robert  111  GâtebU  ou  Gâtebled.  De  son  ma- 
•""ge  avec  AHénor  de  Saint-Valéry,  Robert  eut  trois  garçons,  qui  ne  touchent  en  rien  à 
'nistoirede  Brie  et  une  fille,  Yolande,  dont  le  2"  fils.  Jean,  se  maria  avec  Agnès  de  Bourgo- 
gne, dame  de  Bourbon  ;  cette  dernière  mariée  plus  tard  avec  Robert  de  France,  comte  de 
^'trmont  en  Beauvaisis,  fut  la  souche  de  la  maison  royale  de  Bourbon. 

V;  Comme  je  l'ai  indiqué  plus  haut  (p.  \^y,,  Robert  II  avait  eu  d'Yolande  de  Coucy  cinq 
Suçons  et  sept  filles.  Les  premiers  dans  l'ordre  de  naissance  furent  Robert  III  ;  Pierre  fdon^ 
'•  va  être  question)  ;  Henry  qui  devint  archevêque  de  Reims  ;  Jean  (dont  le  nom  a  été  cité 
dans  une  charte  ci-dessus,  p.  150».  qui  mourut  sans  e  nfant  en  Orient  et  dont  la  veuve  fut 
Pfcmière  abbesse  du  Lys,  près  Melun  ;  Geoffroy.  Parmi  les  filles,  il  faut  citer  Alix  qui.  par  ^on 
2*  mariage  avec  Raynard  111,  seigneur  de  Choiseul,   a  donné  naissance  à  cette  illustre  famille* 


I^X)  HISTOIRE   DE  LA  VILLE 

ne  savions  que  Pierre  cultiva  les  lettres.  Il  est  l'auteur  de 
plusieurs  pièces  de  poésie  «  très  estimées  et  très  connues, 
dit  Rioux  (i),  des  personnes  qui  s'occupent  de  la  littérature 
du  moyen  âge  ».  M.  L.  Paris  enapublié  quelques-unes  dans 
son  choix  de  fabliaux.  Je  lui  emprunte  les  deux  strophes 
suivantes  qui  mettront  en  évidence  les  qualités  littéraires  de 
ce  seigneur  de  Brie  : 

liante  chanson  de  haute  estoire  Jî\, 
"De  haut  renom,  de  haute  au  ton  té. 
Du  haut  Sei faneur  Je  qui  fattnt  merci. 
Du  haut  Se{<yneur  dont  sont  tuil  mi  f^ensè 
Haute  chose  est  de  fcre  ton  dite  ; 
lîn  vainc  i^toire  ni f>ens,  mes  en  lui 
Tôt  proprement  et  en  sa  grant  honlj. 

''Dame  don  ciel,  qui  portastes  Jhcsu^ 
'I\ir  qui  le  mont Ju  tôt  rnluminê^ 
Leritage  quAden  avoit  perdi» 
Par  son  péchiê^  /'ut  par  l'ous  recouvré  : 
De/ fendez-moi  que  ne  soie  vaincu 
^7\ir  l'anemi  qu'est  fol  et  desvà. 

Pierre  Mauclerc  ne  nous  est  pas  représenté  seulement 
comme  doué  de  qualités  littéraires,  mais  comme  animé  de 
passions  fougueuses.  Kn  1200,  étudiant  à  Paris,  il  se  montre 
turbulent,  tapageur,  mêlé  à  toutes  les  émeutes  dont  l'his- 
toire a  gardé  le  souvenir.  Son  portrait  ne  nous  est  seulement 
pas  arrivé  perpétué  par  la  gravure  funéraire.  (  )n  nous  le 
d(mne  comme  «  étant  d'une  taille  élancée,  ayant  une  cheve- 
lure blonde  et  llottante,  une  physionomie  d'une  douceur 
extrême  et  d'une  grande  noblesse,  le  nez  droit  cl  lin,  de^^ 
yeux  vifs  et  ouverts,  la  bouche  parfaitement  dessinée,  ayant 
les  coins  un  peu  relevés  expriment  la  fierté  ou  l'audace  dan^ 
l'ovale  un  peu  allongé  de  sa  ligure  ». 

i<  C'était  le  grand  homme  de  la  famille,  dit  par  ailleur.^ 
M.  Ch.-V.  Langlois  (2).  Veut  d'Alix  Çh.  Théritière  de  hi 
Bretagne  française  et  du  comté  de  Richmond  en  Angleterre, 

Cl  :  CYonographie  de  Saint-Yvcd  'op.  cit.) 
2,.  histoire  de  France,  publiée  par  M.  I. avisée  (t.  III.  2'  partie,  p.  4\ 

(  V  Pierre  de  Dreux,  dit  Mauclerc,  s'était  marié  en  i2n  avec  Alix,  comtesse  do  Bretagne 
fille  ainee  et  héritière  de  Guy  de  Thouars.  comte  dj  Bretagn.*,  a  cause  de  (instance  s; 
femme  ;  elle  mourut  en  1221. 


t)E   BRIE-COMTE-ROBERT  l6l 

il  a\^it,  depuis  1221 ,  la  garde  de  ces  deux  fiefs  au  nom  de  son 
fils  mineur,  Jean  le  Roux  ;  il  était  hautain,  hargneux  et 
tenace  ;  il  avait  passé  son  temps,  jusque-là,  à  guerroyer 
contre  le  clergé  et  la  noblesse  sauvage  de  Bretagne,  et  contre 
ses  voisins  de  Poitou  et  d'Anjou  ;  on  disait  qu'il  avait  fait 
murer  des  fugitifs  dans  des  lieux  d'asile  consacrés,  et  enter- 
rer vif  un  prêtre.  Son  ambition  passait  pour  être  sans 
'imites  :  le  bruit  courait  que  Robert,  fondateur  de  la  maison 
^e  Dreux,  avait  été  le  premier-né  de  Louis-le-Gros  et  que  sa 
race  était  justement  écartée  du  trône  (i).  » 

Avec  Philippe-Auguste,  Pierre  Mauclerc  s  était  tenu  à  peu 

près  tranquille  (2).  «  Philippe-Auguste,  écrit  M.  Luchaire, 

'^'^Vant  pu  amener  directement  la  péninsule,  avait  donné  aux 

^ï^etons,  depuis  1212,  un  capétien  de  la  maison  de  Dreux, 

Pierre,  qu'il  saura  tenir  dans  sa  main  ».  Mais  après  la  dispa- 

'"^tion  de  ce  roi,  le  turbulent  ambitieux,  dont  le  portrait  nous 

^^t  dressé,  ne  contient  plus  la  fougue  de  son  caractère. 

C>ès  1225,  Pierre  Mauclerc  s'allie  avec  le  roi  d'Angleterre 

^1)  On  retrouve  ainsi  sous  la  plume  de  M.  Langlois,  le  distingué  chargé  de  cours  à  l'Uni- 
^rs£té  de  Paris,  la  trace  de  la  formelle  assertion  que  j'»i  relevée  dans  le  manuscrit  de  la 
*"liothcque  Sainte-Geneviève,  où  se  trouve  l'histoire  des  princes  de  la  maison  de  Dreux 
^«r  plus  haut  p.  69  et  86. 

.    i"^)  ♦  Pierre  de  Dreux,  comte  de  Bretagne,  mérita  son  surnom  de  Mauclerc  (mauvais  clerc)  : 

^    passa  sa  vie  à  combattre  l'Eglise  plus  puissante,  il    est   vrai,  en    Bretagne,   que    partout 

^'-ïleurs.  Dans  ce  pays,   le  clergé  paroissial  percevait,  outre  la  dîme,  les  redevances  abusives 

^^  tierçage  (impôt  portant  sur  le  tiers  des  successions  mobilières)  et  du  past  nuptial  (droit  sur 

*'^s  mariages).  Les  évéques  jouissaient  des  droits  régaliens  et  prétendaient  ne  pas  reconnaître 

•^suzeraineté  du  comte.  Aussi,  dès  1217,  Pierre  de  Dreux  fait  une  guerre  très  vive  à  l'évé^ue 

^e  Nantes.  Il  laisse  ses  agents  piller  et  brûler  les  maisons  épiscopales,  s'emparer  des  terres  et 

^es  revenus,  emprisonner,  maltraiter  et  même  torturer  des  clercs.  L'evéque  et  son  chapitre, 

obligés  de  quitter  la  Bretagne,  cherchent  asile  dans  les  diocèses  voisins. 

«  Plusieurs  fois  excommunié'  par  sa  victime,  Pierre  de  Dreux  brave  même  le  Pape.  Honorius 
III.  en  1218,  lui  reproche  tous  ses  méfaits  et  l'engage  à  s'abstenir  de  ses  œuvres  de  mort  ijui  en- 
traîneront, s'il  ne  se  repend  pas,  sa  damnation  éternelle  ;  sa  résistance  à  l'excommunication,  qu'il  y 
prenne  garde,  l'expose  au  soupçon  d'hérésie.  En  tout  cas,  s'il  persiste  dans  son  attitude,  c'est 
l'autorité  apostolique  elle-même  qui  le  frappera,  et  qui  en  viendra,  s'il  le  faut,  à  délier  ses 
sujets  et  ses  vassaux  du  serment  de  fidélité  :  «  Ouvre  les  yeux,  lui  dit  le  Pape  en  terminant, 
et  prends  garde  de  mettre  les  pieds  dans  un  filet  tellement  dangereux  que  tu  ne  pourras  plus 
t'^n  retirer.  ^  L'excommunication  et  l'interdit  ne  furent  levés  qu'après  la  pleine  soumission 
du  comte,  le  28  janvier  1220.  Les  conditions  qu'on  lui  imposa  étaient  sévères.  Il  restituait  tout 
ce  q\i'il  avait  pris,  désavouait  et  promettait  de  punir  lui-même  ses  agents,  indemnisait  tous 
les  sujets  épiscopaux  qui  avaient  souffert  des  violences  de  la  guerre,  renonçait  à  recevoir 
leurs  hommages,  enfin  s'engageait  à  replacer  l'evéque  de  Nantes  et  son  église  dans  la  même 
situation  qu'ils  se  trouvaient  avant  l'ouverture  des  hostilités.  >»  (Histoire  de  Frunee  publiée  par 
M.  Lavisse,  tome  III,  p.  116,  ^17)- Je  n'ajouterai  qu'un  seul  mot.  Philippe-Auguste  n'intervint- 
îl  pas  pour  calmer  Pierre  Mauclerc  et  lui  imposer  sa  soumission  ? 

Il 


l62  HISTOIRE  DE  LA  VILLE  . 

Henri  III,  fils  de  Jean-sans-Terre,  contre  lequel  avait  com- 
battu  Robert  III,  son  frère.  Pourprix  de  cette  alHance,  Pierre 
recevait  une  partie  du  comté  de  Richmond  et  la  promesse  de 
faire  de  sa  fille,  Yolande,  la  reine  d'Angleterre. 

C'était  là  une  première  tentative  contre  Tautorité  royale 
qui  n'avait  plus  comme  représentant  que  Louis  VIII.  Encore 
ce  prince  était-il  susceptible  de  mettre  Pierre  de  Dreux  à  la 
raison  ;  mais  il  régna  si  peu  !  Sa  mort  subite,  qui  autorisa 
tous  les  soupçons,  laissa  le  royaume  aux  mains  d'un  enfant 
de  douze  ans.  Toute  l'ambition  de  Pierre  fut  éveillée.  Il  fut, 
dès  Ife  sacre  du  jeune  roi  (2g  novembre  1226),  Tâme  d'une 
coalition  dirigée  contre  lui.  La  régente,  Blanche  de  Castille, 
accompagnée  du  légat,  de  Robert  de  Dreux,  seigneur  de 
Brie,  marcha  contre  lui,  à  la  tête  d'une  armée. 

Le  16  mars  1227,  Pierre  Mauclerc  fit  sa  soumission.  L'in- 
tervention de  son  frère,  devenu  maintenant  un  de  ses  adver- 
saires, n'était  pas  étrangère  à  cette  trêve,  qui  fut,  du  reste, 
de  courte  durée. 

En  1228,  nouvelle  coalition  des  seigneurs,  à  l'instigation 
de  Pierre  de  Dreux  qui  vit  un  de  ses  châteaux,  le  château- 
fort  de  Bellème,  au  Perche,  emporté  d'assaut  par  l'armée 
royale  commandée  par  la  reine  et  le  jeune  roi,  accompagnés 
de  Robert  III,  de  Dreux  ;  coalition  suivie  encore,  du  reste, 
d'une  prompte  soumission. 

'Ces  guerres  civiles^  suscitées  par  une  noblesse  impatiente 
de  secouer  l'autorité  royale  que  l'on  croyait  faible  parce 
qu'elle  était  aux  mains  d'une  femme  et  d'un  enfant,  eurent 
leur  retentissement  jusqu'au  portes  de  Brie,  sinon  à  Brie 
nicme. 

Dans  une  notice  qu'il  a  publiée  sur  le  château  de  la  Barre 
et  Férolles  (i),  M.  G.  Drouin  cite  un  passage  emprunté  â  un 
cahier  manuscrit  appartenant  au  dossier  de  l'abbaye  d'Hiver- 
naux (2),  déposé  aux  Archives  Nationales  :  «  Thibaut  comte 

(1)  bulletin  d:  la  Société  d'ArchJologi:  d:  Brie-Comt:-Rob:rt  [tome  II.  p.  ^2.) 

(2)  L'abbaye  d'Hivernaux,  fondée  dans  les  premières  années  du  XIII»  siècle  se  dressait  sur 
le  territoire  de  Férolles.  au  bord  du  Réveillon,  à  environ  5  kilomètres  de  Brie -Comte-Robert. 
Il  ne  rcite  plus  aujourd'hui  de  cette  abbaye  que  quelques  bâtiments  à  usage  de  ferme. 


DE  BRIE-œMTE-ROBERT  l63 

e  Champagne,  écrit  le  rédacteur  de  ce  cahier,  s'étant  révoltjé 
ontre  la  reine  régente,  Blanche  de  Castille,  et  se  trouvant 
Sioutenu  de  Pierre  de  Dreux,   comte  de  Champagne^  et  de 
Hugues  deLusignan,  comte  de  la  Marche,  leva  le  masque. 
Il^a  régente  Talla  attaquer  dans  ses  propres  états  et  la  Brie 
oîevint  le  théâtre  de  la  guerre.  Le  peu  qu'elle  dura  ne  laissa 
jpas  que  de  causer  quelques  incommodités  à  Tabbaye  d'Hiver- 
naux. Elle  eut  besoin  de  secours...  » 

Comme  il  arrive  dans  ces  échauffourées  et  ces  luttes  entre 
crourtisans  ou  barons  ambitieux,  les  alliés  de  la  veille  devien- 
nent aisément  les  ennemis  du  lendemain,  au  gré  de  la 
passion,  de  la  faveur  royale,  ou  des  caprices. 

En  122g,  Thiljaut  de  Champagne,  devenu  Tallié  de  la 
régente,  voyait  se  diriger  contre  lui  la  coalition  de  tous  ses 
anciens  complices.  Pierre  Mauclerc,  à.  la  tête  de  ces 
derniers,  prétendait  épouser  Alix  de  Chypre,  cousine  de 
Thibaut,  qui  se  disait  héritière  de  Champagne.  Dans  sa  rage 
ambitieuse,  il  alla  faire  hommage  au  roi  d'Angleterre  de  ses 
domaines  et  de  ceux  qu'il  visait,  faisant  notifier  à  Louis 
IX  qu'il  ne  se  considérait  plus  comme  son  vassal.  Cette  levée 
de  boucliers  finit  par  une  trêve  (Juillet  I23i).  Mauclerc  s'en- 
gagea à  ne  pas  paraître  en  France  pendant  trois  années.  (En 
France,  veut  dire,  ici,  sur  le  territoire  soumis  directement  à 
l'autorité  royale). 

Par  un  revirement  inexpliqué,  Mauclerc  se  rapprocha  de 
Thibaut  de  Champagne,  son  adversaire  de  la  veille,  au  point 
que  ce  dernier  fut  près  d'épouser  sa  fille.  «  La  journée  fut 
prise,  lit-on  dans  Joinville,  que  le  comte  de  Champagne  dût 
épouser  la  demoiselle  en  une  abbaye  de  Prémontré,  près  de 
Château-Thierri,  que  l'on  appelle  Valsecret.  »  Le  roi  empê- 
cha cette  union  qui  pouvait  créer  à  la  Couronne  les  plus 
graves  périls  par  la  réunion  dans  une  même  main  de  la 
Bretagne,  de  la  Champagne  et  des  comtés  de  Dreux  et  de 
Braine.  Joinville  nous  dit  que  Louis  IX  envoya  Geoflroi  de 
la  Chapelle  à  Thibaut  de  Champagne  et  lui  fit  tenir  ce  lan- 
gage comminatoire  :  «  Le  roi  vous  mande  de  n'en  rien  faire, 


164  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

(du  mariage  projeté)  si  vous  ne  voulez  pas  perdre  tout  ce  que 
vous  avez  au  royaume  de  France,  car  vous  savez  que  le 
comte  de  Bretagne  lui  a  fait  pis  que  nul  homme  qui  vive.  » 

Par  une  singulière  bizarrerie  des  choses,  Mauclerc  conti- 
nua la  lutte  contre  le  pouvoir  royal  jusqu'au  moment  où 
mourut  son  frère.  Définitivement  vaincu,  en  novembre  1284, 
il  s'abandonna  «  haut  çt  bas  »  à  la  volonté  de  la  reine  et  du 
roi  de  France.  Saura-t-on  jamais  les  causes  qui  jetèrent  ainsi 
les  deux  frères  dans  les  camps  adverses  "?  Y  eut-il  réellement 
quelque  corrélation  entre  la  soumission  totale  de  Mauclerc 
et  la  mort  de  son  frère;  ou  bien  Pierre  s'assagit-il  subitement 
grâce  à  son  deuxième  mariage  célèbre  vers  la  fin  de  cette, 
même  année  1234  (i)?  Comme  à  l'époque  de  la  Fronde,  avec 
laquelle  la  révolte  des  féodaux  du  XlIP  siècle  "offre  beaucoup 
d'analogie,  —  la  remarque  n'est  pas  de  mon  fait  —  les 
causes  les  plus  futiles  provoquèrent  chez  ces  seigneurs 
ambitieux  les  déterminations  les  plus  inattendues.  Quoi 
qu'il  en  fût  de  Pierre  de  Dreux,  ce  prince,  qui  n'avait  pas 
craint  d'aller  jusqu'à  appeler  l'Anglais  sur  le  sol  national 
pour  servir  ses  visées  et  ses  rancunes,  se  montra  ensuite, 
jusqu'à  salin,  un  soldat  dévoué  de  la  Couronne  de  France.  Sa 
mort,  à  coup  sûr,  efi'aça  en  grande  partie  les  trahisons  de 
sajeunesse  contre  son  pays.  J'en  emprunterai  le  récit  à  Join- 
ville,  le  chroniqueur  par  excellence  de  cette  époque. 

t(  11  (les  Sarrazins)  nous  firent  lever  de  là  où  nous  estions  et  nous 
misrent  en  prison  à  la  sente  de  la  galie  ;  et  cuiddrent  moult  de  nostre 
gent  que  il  l'eussent  fait,  pour  ce  que  il  ne  nous  voudroient  pas 
assaillir  touz  ensemble,  mes  pour  nous  tuer  lun  après  1  autre  Céans 
fumes  à  tel  mcschicf  le  soir  que  nous"  gisions  si  a  estroit  que  mes 
picz  cstoicnl  endroit  le  bon  conte  Perron  de  Bretuingne.  etles  siens 
estoicnt  endroit  le  mien  visage...  Le  samedi  devant  l'Ascension^ 
lequel  samedi  est  le  lendemain  que  nous  fumes  deslivres,  vindrent 
prendre  congiô  du  roi  le  conte  de  F'Jandres  et  le  conte  de  Soissons... 
En  leurs  galies  montèrent  et  s'en  vindrent  en  FVance  et  en  amenèrent 

(1)  Pierre  épousa  Marguerite,  dame  de  Montagu  et  de  la  Garmache  en  Poitou,  veuve,  après 
1226,  de  Hugues  II,  comte  de  Thouars  et  fille  de  Brient,  seigneur  de  Montagu  et  de  la 
Garmache. 


;  iMi: 


VILl.fC 


i(ô 


avec  eulz  le  bon  conte  Hei 


PIERRE    DE  DHEUX.  DIT  MAUCIE 

Comte   dt   Bretagne,  Seigneur  de  Bli 

{J-dprii  la  figuri  grcWi  lur  la  loi-ii) 


de  .Bretaingne,  qui  estoit  si  ma- 
lade (r).que  il  ne  vesqui  plus 
que  trois  semaines  et  mourut  sur 
mer,  ■  (2} 

Pierre  Mauclerc  n'a  pas  laissé  ' 
à  Brie  le  mcrnc  souvenir  que 
son  père  ou  son  frère.  Ce  batail- 
leur et  cet  ambitieux  avait  pro- 
bablement d'autres  soucis  que 
de  légifOrcr.  Tout  ce  que  l'on 
peut  dire  de  son  passage  à  la 
seigneurie  de  Brie,  c'est  qu'il 
.  se  trouva  en  lutte,  au  moins  pour 
.une  fois,  avec  le  Chapitre  de 
Paris.  On  sait  combien  Mau_ 
clerc  faisait  bon  marché  des 
agents  de  l'Eglise  et  même  de 
de  ses  dignitaires.;  ses  repré- 
sentants devaientnaturellement 

imiter  et,  comme  il  arrive  par- 
fois chez  les  subordonnés,  exa- 
gérer l'attitude  .du  maître  pour 
faire  preuve  de  zèle. 

Ce  fut  vraisemblablement  la 
cause  de  la  contestation  qui 
s'éleva  en  \-2M)  entre  les  deux 
pouvoirs  qui  se' partageaient  le 
terr  itoire  de  Brie.  Nous  la  con-  • 
naissons  par  une  lettre  adressée 


ir  du  saint  voyage  de  Jêniulem,   paya  le  deu  de 


it)b  kistoiRÊ  DÉ  LA  Ville 

par  Guillaume,  évêque  de  Paris,  (i)  aux  curés  de  Brie  et  de 
Cossigny.  Elle  nous  apprend  que  le  bailli  de  Pierre  de  Braine, 
comte  de  Bretagne  (c'était  le  titre  de  Pierre  Mauclerc)  avait 
violé  l'accord  de  1208  en  arrêtant  un  homme  sur  le  territoire 
de  l'Eglise  et  en  le  retenant  indûment  dans  la  prison  du  sei- 
gneur (2).  L'évêque  ordonne  aux  deux  curés  d'excommunier 
le  bailli  dans  le  cas  où  il  ne  relâcherait  pas  aussitôt  son  prison- 
nier «  sur  la  terre  où  il  a  été  appréhendé  »  ou  si  le  bailli  ne 
venait  pas  exposer  devant  le  procureur  du  Chapitre  les  justes 
motifs  qui  avaient  provoqué  l'arrestation. 

Si  l'excommunication  ne  s'adressait  pas  à  Pierre  Mauclerc 
lui-même,  elle  devait  frapper  son  représentant  et  Guillaume 
de  Paris  le  dit  nettement.  «Vous  excommunierez  ce  chevalier, 
en  sa'qualité  de  bailli  du  comte  précité  et  vous  publierez  en 
même  temps  le  nom  (et  la  qualité)  de  l'excommunié.  C'était 
dire  que  Simon  de  Cossigny,  le  bailli  en  question,  n'était  ici 
aux  yeuxdel'évêque  Guillaume  que  le  comte  Pierre  lui-même. 

nature,  dont  le  corps  gyst  ici.  Dieu  tout  puissant  qui  se  réjouit  par  la  victoire  de  sa  passion 
et  la  conversion  du  pescheur  le  veuille  mettre  en  gloire  perdurable.  y> 

L'emphase  du  tradncteur  n'a  guère  respecté  du  texte  que  le  portrait  rapide  que  ce  monument 
de  la  piété  filiale  nous  a  laissé  de  Mauclerc.  Il  suffirait  à  lui  seul  pour  nous  prouver  que  ce 
prince  capétien  occupa  parmi  ses  contemporains  une  place  considérable. 

(i)Ce  Guillaume,  dit  de  Paris,  appelé  aussi  Guillanme  d  Auvergne,  était  né  à  Aurîllac,  vers 
1180.  Il  ^devint,  en  1228,  évéque  de  Paris  et  mourut  en  1249.  Il  devait  peu  estimer  Pierre 
Mauclerc,  non  seulement  à  cause  de  ses  exactions  envers  lEglise,  mais  parce,  qu'il  fut  appelé 
à  surveiller  ses  agissements  en  Bretagne.  Guillaume  présida  même  l'assemblée  d'Ancenis 
(1250)  ou  Pierre  Mauclerc  fut  déclaré  déchu. 

(2)  Cette  lettre  a  été  reprodute  dans  le  Cartulaire  de  N.-D.  de  Paris  par  Guérard,  tome  II, 
p.  262.  En  voici  le  texte  : 

«(  Guillelmus,  permissione  divina,  ecclesie  Parisiensis  ministerindignus,  dileëtis  in  Christo, 
de  Braya  et  de  Coscigniaro  presbiteris,  salutem  in  Domino.  Cum  ad  instanciam  venerabilium 
virorum  diccani  et  capituli  Béate  Marie  Parisiensis,  moneri  fecerimus  Symonem  de  Cosci- 
gniaro, militem,  ballivum  nobilis  viri  Pétri  de  Brena,  comitis  Britannie,  ut  quendam  homi- 
nem  nuper  captum  in  terra  Béate  Marie  Parisiensis,  sita  apud  Brayam,  inqua  siquidem  terra 
ecclesie  Parisiensis  habere  dicitur  omnem  justiciam,  quem  etiam  hominem  prefatus  Symon. 
tanquam  fcaliivus  dicti  nobilis,  detinere  dicitur  incarceratum  apud  Brayam.  in  prisione  dicti 
nobilis,  libcraret  et  restitueret  in  eadem  terra  a  qua  extractus  fuerat,  ut  dicitur,  minus 
juste  ;  cum  etiam  homo  cruccsignatus  sit,  ut  dicitur  ;  alioquin  idem  miles  excommunicaretur, 
ni>i  justam  causam  allegaverit  ;  ad  quam  probandam  si  pretenderet,  mandavimus  diem  sibi 
assignaricoram  nobisaddiem  mercurii  post  cathedram  sancti  Pétri  ;  necidem  ballivuseundem 
hominem  Irberavit,  ut  dicitur,  nec  die  predicta  coram  nobis  comparuit,  nec  pro  se  misit, 
predictam  causam,  ,si  allegasset,  ostensurus,  scilicet  probalurus,  coraiu  nobis,  procuratore 
prefati  capituli  contra  eum  coram  nobis  expectante,  vobis  mandamus,  in  virtute  obedi.encie, 
d  istricte  precipientts,  qu«tinus  predictum  militem,  tanquam  ballivum  predicti  comitis 
excommunicatis  et  excommunicatum  publiée  denuncietis,  nisi  incontinenti  predictum  homi- 
nem restituerit  in  predicta  terra  ;  et  quid  inde  feceritis.  quilibet  vestrum  nos  certificat  per 
rp'»ers'onem  sigilli  sui.  Datum  anno  Dommi  millesimo  ce  xxx-octavo,  die  mercurii  predicta.» 


bE   imife-COMTE-ROBKRT  1(37 

Simon  de  Cossigny  (i),nous  devons  retenir  ce  nom  comme 
crelui  d'un  des  premiers  magistrats  connus  de  Brie,  ce  magis- 
tirat  était  un  soldat,  miles,  un  chevalier,  ce  qui  s'explique  ai- 
sément par  le  tempérament  guerrier  de  son  maitre.  Ce  nous 
ost  en  même  temps  une  occasion  de  montrer  que  si  l'Eglise, 
comme  nous  l'avons  dit,  inclinait  peu    à  libérer  ses  serfs, 
elle  savait,  du  moins,  les  défendre  contre  les  abus  d'au- 
torité des  seigneurs,  si  puissants  et  si  violents  qu'ils  fussent. 
L'arme  dont  elle  se  servait  nous  paraît,  à  l'heure  présente, 
émoussée,  mais,  à  l'époque,  elle  était  terrible.  11  est  pénible 
de  constater  que  c'était  le  subordonné  qui,  cette  fois  encore, 
devait  être  frappé  de  la  sorte,  alors  que  c'était  le  maitre,  le 
seigneur,  qui  était  visé,  mais  que,  trop  haut  placé,  on  n'osait 
atteindre. 

Si  j'ai,  avec  quelques  détails, parlé  des  premiers  seigneurs 
capétiens  qui  eurent  notre  ville  dans  leurs  fiefs,  c'est  que  ce 
sont  des  personnages  historiques  ayant,  dans  leur  siècle, 
occupé  une  place  presque  prépondérante. Ce  furent,  certaine- 
ment, des  hommes  remarquables  que  leur  intelligence,  leur 
profonde  connaissance  des  hommes  et  des  choses  mirent 
hors  de  pair  au  moins  autant  que  leur  situation  toute  particu- 
lière comme  membres  de  la  famille  royale. 

Après  eux,  la  seigneurie  de  Brie  tomba  presque  en  que- 
nouille. Pierre  Mauclerc,  en  mariant  son  fils,  Jean  I,  avec 
Blanche  de  Champagne,  fille  de  Thibaut  -—  celui-là  même 
avec  lequel  et  contre  lequel  il  guerroya  durant  la  minorité  de 
Louis  IX  —  put  croire  un  instant  que  sa  maison  pourrait 
contrebalancer  la  maison  royale  et  peut-être  la  supplanter. 
Réunir  sur  la  même  tête  la  Bretagne,  la  Champagne,  la  Brie 
champenoise, la  Brie  française  et  une  partie  de  l'Ile-de-France 
était  un  coup  hardiet  gros  de  conséquences  pour  la  monarchie 
française.  Il  n'en  fut  rien  cependant  et  Jean-le-Roux  -  c'était 
le  surnom  donné  au  fils  de  Mauclerc  —se  montra  beaucoup 

(I)  a  Ce  Simon  de  Cossigny,  nous  dit  M.  Th.  Lhuillitr  (Almanach  de  Seine-et-Marne,  1885, 
p.  96),  chevalier,  bailli  du  comte  de  Bretagne,  avait  dans  son  Hef  la  voirie  de  Sucy,  tenue  de 
lui  par  Milon  de  Servon  et  Pétronille  sa  lemmeii».  Il  appartenait  sans  doute  à  cette  famille 
dont  l'un  des  membres.  Ansel  ou  Anseau,  figure  au  nombre  des  chevaliers  de  la  chatellenie 
de  Corbeil,  dont  j'ai  donné  la  liste. 


i()8  Histoire  de  la  Ville 

plus  paisible  que  ne  Tavait  été  son  père.  Sa  vie,  pas  plus  que 
celle  de  sa  femme,  n'appartiennent  à  Brie  (i),  sinon  qu'ils 
laissèrent,  entre  autres  enfants,  une  fille  Alix  de  Breta- 
gne, dame  de  Pontarcy  et  de  Brie-Comte-Robert  née  le 
6  juin  1243. 

Alix  épousa,  par  contrat  de  1254,  c'est-à-dire  à  l'âge  de 
on^e  ans,  Jean  de  Châtillon,  premier  comte  de  Blois,  qui 
mourut  en  1279. 

Durant  la  vie  de  ce  seigneur  se  passa  un  incident  rap- 
porté par  les  Olim  (2).  Cet  incident  a  pour  Brie  son  impor- 
tance. Il  établit  nettement  qu'à  cette  date  (i26o]f.  Brie  n'était 
pas  encore  une  châtellenie,  bien  qu'elle  eut  eu,  depuis  cent 
ans,  des  seigneurs  de  sang  royal. Ceci  est  clairement  dit  dans 
l'enquête  menée  par  Etienne  Tasté-Saveur,  bailli  de  Sens, 
pour  savoir  comment  le  comte  de  Blois  doit  en  user  à  l'égard 
d'un  voleur  et  d'un  meurtrier  arrêtés  en  dehors  des  portes  de 
la  ville  de  Brie,  sur  ses  fiefs,  sur  les  chemins  qui  dépendent 
de  ses  fiefs  et  dans  la  partie  de  ses  domaines  qui  dépend  de 
la  châtellenie  de  Corbeil. 

«  Le  comte  de  Blois,  soutenait  le  prévôt  de  Corbeil  dans 
cette  enquête  où  il  parlait  pour  le  Roi,  n'a  droit  à  aucune 
justice  en  dehors  des  portes  de  Brie  ni  en  dehors  de  son 
domaine  et,  ajoutait-il,  il  est  de  notoriété  publiJjue  dans  la 
châtellenie  de  Corbeil  que  la  ville  de  Brie  ne  possède  pas  de 
châtellenie  ;  bien  plus,  qu'elle  appartient  à  la  châtellenie  de 
Corbeil.  «  Pour  conclure  le  dit  prévôt  affirmait  que  la  «  saisine 
de  la  justice  appartenait  au  comte  de  Blois  en  dehors  des 
chemins,  extra  cheminos,  mais  que  sur  les  chemins  la  ques- 
tion restait  pendante  entre  les  deux  parties.  > 

C'était,  â  proprement  parler,  enlever  au  seigneur  de  Brie 
tout  droit  de  châtelain.  Ce  droit  ne  consistait  pas  seulement, 
en  efiet,  à  posséder  un  château  ou  une  maison  revêtue  de 

(I)  Jean  suivit  Louis  IX  à  Tunis  et  mourut  le  8  octobre  1286.  Il  fut  enterre  dans  Tabbaye 
de  Notre-Dame-des-Pricres.  qu'il  avait  fait  bâtir.  Blanche,  sa  femme,  qui  accompagna  son 
mari  en  Afrique,  mourut  à  Hédé  le  mercredi  II  août  1285  et  fut  enterrée  dans  l'abbaye  de  la 

)oie-Notre-Dame,  près  Mennecy,  qu'elle  avait  fondée. 

12}  Olin  ou  Rcgiitn  da  arrêts  du.  PcrltTicnt  de  I2f4à  1^18,  publié  par  Beugnot  (1840*1848,  J 
vol.  in-4")-  —  Enquêtes  (I,  vu,  107)  ;  Arrêts  {\,  v,  595). 


bP.  BRir:-(:oMTE-RonKRT  i6ç) 

tours  et  enclose  de  fossés,  il  donnait  également  la  Justice  sur 
l<is  chemins  de  la  châtellenie.  «  Celui  qui  a  droit  de  châtelle- 
nie,  porte  la  coutume  d'Anjou,  est  fondé  d'avoir  châtel  grands 
chemins  péageaux,  la  connaissance  des  délits  faits  en  iceuxche- 
fnins.  acquits,  blanchiers,  travers,  prévôté,  etc  ,  etc.  »  Tout 
cela' le  bailli  de  Sens  le  concédait  bien  au  comte  de  Blois  sur 
son  domaine,  et  dans  Brie,  mais  pas  au  dehors.  Passé  les 
portes  de  Brie,  le  seigneur  de  cette  ville  perdait  tous  ces 
droits. 

L'arrêt  du  conseil  royal  qui  suivit  cette  enquête  n'érigeait 

pas  encore  Brie  en  châtellenie  ;  il  reconnaissait  toutefois  au 

czomte  de  Blois  —  en  ce  qui  touche  la  terre  de  Brie,  que  ad 

^psum pertinet  racione  comitisse uxoris  sue,  qui  lui  appartient 

^n  raison  de  la  comtesse  son  épouse  —  le  droit  de  justice  sur 

ses  arrière  fiefs  tout  autant  que  sur  ses  fiefs.  L'arrêt  ne  parle 

pas  des  chemins,  mais,  la  question  semble  vidée  d'elle-même. 

Le  seigneur  de  Brie  avait  pleine  justice  sur  les  chemins  qui 

traversaient  ses  arriêre-fiefs  comme  il  Tavait  sur  ceux  de  son 

fief  personnel,  de  son  domaine.  «  Determinatum  fuit,  per 

totum   consilium,  quod  sicut  habuerat  justiciam  feodorum 

suorum,ita  debebat  habere  justiciam  retrofeodorum  suorum 

ibidem.  .  » 

C'était  un  acheminement  à  la  reconnaissance  des  préroga- 
tives du  châtelain.  Ce  point  litigieux  nous  fixe  sur  la  situation 
de  Brie,  à  cette  époque.  Elle  n'avait  pas  encore  conquis  son 
indépendance  judiciaire  et  administrative.  11  est  vrai  qu'elle 
appartenait  à  la  châtellenie  royale  de  Corbeil,  et  que,  même 
en  faveur  des  princes  de  sang  royal,  le  Roi  devait  tenir  peu  à 
se  dessaisir  d'une  portion  de  son  autorité. 

Cet  incident  administratif  peut  être  invoqué  comme  une 
nouvelle  preuve  que  Brie  —  comme  je  l'ai  dit  —  fut,  au  dou- 
ziènie  siècle,  détachée  du  comté  de  Corbeil  lorsque  Louis-le- 
Gros  s'en  empara,  et  remise,  sous  certaines  conditions,  à  son 
fils.  Mais  il  semblerait  indiquer  aussi,  précisément  à  voir  la 
résistance  opposée  à  sa  reconnaissance  comme  châtellenie,  la 
grosse  importance  que  les  représentants  du  Roi  attachaient  à 


iia 


HistoiRE  DE  i.A  Ville 


conserver  ce  territoire  dans  leur  ressort.  Ne  doit-on  pas  voir 
là  le  signe  de  la  prospérité  du  lieu  et  du  développement 
économique  qu'il  avait  pris  soit  au  point  de  vue  agricole,  soit 
au  point  de  vue  des  transactions  commerciales  > 

Le  comte  de  Blois,  dont  il  vient  d'être  ici  question, mourut 
en  1279  ;  sa  femme,  Alix,  après  la  mort  de  son  mari,  lit  le 
voyage  de  Terre  Sainte  et  mourut  à  son  retour,  le  2  août 
1288.  Tous  deux  furent  enterrés  dans  Tabbaye  de  la  Guiche 
qu'ils  avaient  fondée  prés  de  Blois. 

Mais,  déjà  en  I2()3, la  terre  de  Brie 
avait  changé  de  seigneur.  Jeanne, 
lUIe  de  Jean  de  Châtillon,  comte 
de  Blois  et  d'Alix  de  Bretagne 
s'était.ù  cette  date,  mariée  avec 
Pierre,  cinquième  fils  de  Saint- 
Louis,  qui  ajouta  ainsi  à  son  titre 
dccomted'Alençon,  celui  de  comte 
de  Blois  et  de  seigneur  de  Brie.  En 
cette  dernière  qualité,  il  amortit 
{1282)  une  dime  donnée  au  monas- 
tère de  Saint  -  Pierre -des-Fossés 
par  Marescallus,  chevalier  de  Cen- 
Dim>d<ar:,  teny  (1).    Enfin,  en  1290,   Pierrg 

(de  gr.ndfur)  d'Alençon  étant  mort  en  I283,  sa 

veuve,  Jeanne,  amortit  en  faveur  du  trésorier  et  des  frères  de 
l'ordre  du  Temple,  à  Paris,  moyennant  la  somme  de  mille 
livres  parisis,  les  liefs  et  arrière-liefs  situés  à  Senteny  qui 
relevaient  de  la  seigneurie  de  Brie  (2). 

L'union  de  Pierre  d'Alençon  et  de  Jeanne  de  Châtillon 
étant  restée  stérile,  à  la  mort  de  cette  dernière,  la  seigneurie 
de  Brie  revint  à  sa  nièce,  Blanche  de  Bretagne. Cette  dernière 
qui,  par  son  père  Jean  II,  marié  à  Béatrix  d'Angleterre,  était 

<i|  C(Ht  dlmf-uncdimcdc  vin   i  Scnttny  -  aVïit   été  donnée  au  momslèr»  de  Siint- 


bË    nRlE-COMTE-ROBÈRt  Iji 

petite-fille  de  Jean-le-Roux  et  par  suite  arrière-petite-fille  de 
Pierre  Mauclerc,  se  maria  avec  Philippe  d'Artois,  fils  aîné  de 
Robert  II,  comte  d'Artois,  neveu  par  son  père,  Robert  I,  de 
saint  Louis.  Avec  elle  s'ouvre  pour  Brie  le  XIV"  siôcle  qui  va 
suivre. 

Il  est  temps  de  jeter  un  coup  d'œil  sur  le  territoire  dont  je 
viens  d'énumérer  les  seigneurs.  Comme  nous  l'avons  vu,  à 
côté  d'eux,  existait  à  Brie  une  autorité  fonciêreau  moins  aussi 
considérable  que  la  leur  et  avec  laquelle  il  leur  fallait  compter. 
C'était  TEglise  de  Paris  dont  la  charte  de  1208  nous  a  révélé 
toute  la  puissance  et  l'incontestable  prééminence. 

Mais,  à  coup  sûr,  le  terroirde  Brie  n'était  pas  uniquement 
la  propriété  de  TEglise  et  du  seigneur  capétien.  La  preuve 
nous  en  est  restée  dans  un  certain  nombre  de  ventes,  donations 
ou  échanges  sur  lesquels  il  importe  de  s'arrêter.  Le  peu 
qui  nous  reste  de  ces  transactions  témoigne  de  leur  activité 
et  nous  donne  déjà  un  aperçu  suftîsant  de  la  vie  sociale  de 
Brie  au  XIIl*  siècle.  Je  ne  surprendrai  personne  en  disant 
que  les  documents  parvenus  jusqu'à  nous  et  certainement 
très  i'ncompletsconcernentsurtoutdestransactionsfaites  dans 
un  but  religieux  ou  charitable.  Il  est  évident  que  les  contrats 
entre  particuliers  ont  disparu  ;  seuls,  ou  à  peu  près,  possé- 
dons-nous ceux  qui  intéressaient  soient  l'Eglise,  soit  les 
institutions  publiques,  telles,  par  exemple,  que  les  hôpitaux 
En  d'autres  endroits,  on  peut  y  ajouter  les  actes  passés  avec 
les  seigneurs  et  probablement  il  en  existe  encore.  Malheu- 
reusement les  documents  de  cette  nature  sont  devenus  la 
propriété  de  la  famille  d'Orléans  qui  les  conserve  avec  un  soin 
jaloux  dans  ses  archives  (i)  et  n'a  guère  le  souci  de  les  com- 
muniquer aux  chercheurs  (2). 

(\)  Transportées  de  la  rue  de  Varennes  à  Paris  à  Oreux. 

(2)  Voici  la  communication  que  j'ai  reçue  des  Archives  de  la  famille   d'Orléans  sous  le  n" 

*...  J'ai  le  regret  de  vous  dire  que  les  autorisations  de  visiter  les  archives  déposées  à  Dreux 
dans  une  vastegalcrie  très  jroide  (ces  deux  mots  sont  soulignés  dans  le  texte)  ne  sont  pas  ac- 
cordées en  hiver,  sauf  les  cas  spéciaux  ou  d'urgence,  vu  l'impossibilité  d'y  faire  du  feu. 

«  Même  dans  la  belle  saison,  vous  auriez  à  vous  pourvoir  d'une  autorisation  que  l'adminis- 
tration de  la  rue  de  Varenne  peut  ieuU  accorder,  >i  elle  n'y  voit  aucun  inconvénient.  » 

Je  recevais,  d'autre  part,  par  une  voie  officieuse  un   renseignement  de  même  nature,  mais 


i'j'l  Histoire  de  la  vili>; 

Si  privilégiée  que  fût,  Bric,    TEglise  de  Paris,  elle  n'en 
cherchait  pas  moins  à  accroître  son  domaine.  A  cet  égard  la 
cartulaire   de  Notre-Dame-de-Paris,    dont  nous    devons  Ici 
précieuse  publication  à  Guérard,  nous  donne  des  renseigne- 
ments  fort  nets. 

Un  des  premiers  actes  que  Ton  y  rencontre  concernant 
Brie  touche  cette  famille  de  Bri  ou  de  Brie  dont  j'ai  déjà  parlé 
à  plusieurs  reprises  dans  les  chapitres  précédents.  Il  est  daté 
de  juin  1204  et  a  été  passé  devant  Odon,  évêque  de  Paris. 
Fîcrcandiis  de  Bris,  miles,  y  ratifie  le  don  que  sa  grand'mère 
maternelle,  Richolde,  avait  fait  à  TEglise  de  Paris  de  trois 
arpents  de  près  situés  auprès  de  Brie. 

En  r2CX),  un  certain  Milo  Parisiensis  (Milon  le  Parisien) 
miles,  abandonne  à  son  lils  Barthélémy  le  fief  qu'il  tenait, 
auprès  de  Brie,  d'Odon,  archidiacre  de  Paris,  et  Barthélémy 
vend  ce  lief  à  l'église  de  Paris  pour  le  prix.de  vingt  et  une 
livres.  Cet  Odon  (i)  devait  être  un  des  gros  propriétaires 
fonciers  du  territoire,  car  deux  ans  après  la  vente  précitée, 
Emeline,  veuve  d'Herbert  de  Belse,  avec  le  consentement  de 
ses  enfants,  vend  à  l'Eglise  de  Paris,  pour  cent. quarante 
livres,  tout  ce  qu'elle  possédait  auprès  de  Brie,  dans,  le  fief 
d'Odon,  l'archidiacre. 

En  1258  (décembre)  Nicolas  le  Charron  (2)  et  sa  fe.mme 
Epiphanie  vendent  au  chapitre  de  Paris,  pour  soixante  livres 
parisis,  une  maison,  à  Brie,  située  proche  le  four.  Il  faut 
entendre  ici  le  four  banal  du  Chapitre,  dont  j'ai  déjà  parlé  et 
qui  donna  son  nom  à  un  fief  voisin. 

il  était  ajouté  a  que  les  autorisations  ne  sont  données  que  très  rarement  et  pour  les  motifs  les 
plus  graves.  » 

Je  publie  ces  pièces  documentaires  sans  acrimonie,  mais  uniquement  pour  appeler  sur  cet 
état  de  choses  l'attention  du  monde  lettré.  Je  comprends  que  des  archives  privées  demeurent 
impénétrables  aux  indiscrets,  l.a  famille  d'Orléans  a  l'incommensurable  honneur  d'être  histo- 
rique et  conséqucmmcntune  partie, au  moins,  de  ses  dossiers  devrait  ctre  facilement  accesssible 
aux  écrivains. 

(1)  Ne  serait-ce  pas  le  même  que  celui  dont  il  est  parlé  plus  haut  et  qui  fut  évéque  de 
Paris.  Dans  ce  cas,  Brie  aurait  donné  à  Paris  un  de  ses  évéques. 

(2)  Nom  donné  probablement  à  raison  de  la  profession,  car  à  cette  époque  le  changement  du 
nom  patronymique  était  fréquent.  On  y  substituait  Vagnomen  résultant  le  plus  souvent,  d'inc 
particularité  de  l'individu.  Ainsi  Bovart  ou  Bouard  dont  il  est  question  quelques  lignes  plus 
bas  est  peut-ctie  un  surnom.  Le  Bouart  était  un  gros  marteau  employé  autrefois  dans  lafabri' 
cation  des  monnaies. 


DE    tîRIE-COMTIi-ROnERT  IjS 

Lorsque  ce  n'était  pas  une  vente  ou  une  donation,  le 
Chapitre  prenait  ses  précautions  contre  les  difficultés  possi- 
bles. De  cet  ordre  est  une  charte  du  2  février  1212,  signée 
de  Gilles  de  Versailles,  de  Thibaud  le  Maigre,  de  Godefroy 
de  la  Chapelle,  baillis  du  Roi,  dans  laquelle  Ameline  ou 
Emeline,  veuve  de  Thibaud  Bovàrt,  et  son  fils  Jean  déclarent 
que  la  maison  qu'ils  détiennent  à  Brie  en  censive  de  TEglise 
de  Paris  leur  vient  de  cette  Eglise  et  non  de  quiconque. 
Cette  reconnaissance  était  peut-être  nécessaire  pour  soutenir 
un  procès,  mais'  voici  une  charte  plus  curieuse  encore,  car  • 
elle  indique,  vaguement  il  est  vrai,  mais  suffisamment 
l'esprit  de  résistance  à  cette  extension  de  la  main-morte. 

C'est  un  document  qui  nous  intéresse,  bien  qu'il  vise  le 
territoire  d'Egrenay  et  des  environs,  dans  la  paroisse  de 
Combs-la-Ville.  11  met,  en  effet,  en  scène  un  clerc  du  nom  de 
Jeande  Villemencux  que  nous  verrons,  ailleurs,  qualilié  de 
chantre  de  l'église  de  Melun,  et  son  neveu,  Simon.  Exacte 
nous  dit '^que  ces  deux  personnages  sont  les  premiers  sei-  . 
gneursdù  fief  ;  il  en  nomme  également  deux  autres,  Pierre 
d'Egrenay  et  Thomas  de  Vignely  (>),  tous  deux  hommes 
d'armes,  mais  qui  sont  déclarés  être  l'un  second  seigneur, 
l'autre  troisième.  11  parait  que  la  vente  consentie  par  Simon 
d'Aulheuil  (r)  et  sa  femme,  Agnès,  de  la  dîme  en  blé  et  en  vin 
Qu'ils  avaient  le  droit  de  percevoir  à  Egrenay  n'avait  pas 
'assentiment  de  Thomas  de  Vignely.  Les  précautions  sont 
prises,  en  elTet,  pour  le  cas  où  ce  troisième  seigneur  cher- 
^'îierait  noise  au  chapitre  et  à  son  doyen.  Les  donateurs,  les 
^*^%neur^,  premiers  et  seconds,  s'engagent  formellement  à 
l^'s  garantir,  à  les  défendre  au  cas  où  le  fait  se  produirait  et 
l^ur  promesse  solennelle  est  ratifiée  par  des  témoins  dont  le 
nombre  et  la  qualité  paraissent  devoir  lui  donner  plus  de 
force.,Çe  sont  d'abord  deux  hommes  d'armes  :  Adam  Bolié 
^'t  Guillaume  de  la  Grange  ;  un  personnage  qui  n'est  pas 
qualilié,  mais  qui  devait  être  un  homme  important  ou  tout 

t  ■    :  ..        • 

'')  Authcuil  est  un  hnmcau  de  l.i  comr.iunc  de  Prc>les  .'arronJ.  de  Mclun,   cant.  de   Tour- 
nau).  • 


174  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

au  moins  jouissant  d'une  haute  réputation,  on  rappelle  maî- 
tre Jean  de  Teralle  (i)  ;  puis  viennent  un  neveu  du  donateur, 
Jean  de  Cossigny  (2),  Drogon  et  Symon  d'Autheuil,  frères  du 
donateur  (3). 

Ces  deux  derniers  nous  intéressent  tout  particulièrement  ; 
cai'  l'acte  les  qualifie  «  burgenses  de  Braya  et  manentes  in 
eadem  villa;  bourgeois  de  Brie  demeurant  dans  cette  ville.  > 

L'apparition  de  bourgeois  de  Brie  n'est  pas  un  fait  isolé. 
Antérieurement  à  l'acte  précédent,  qui  est  daté  de  mars  I235, 
en  1224,  nous  trouvons  également  deux  bourgeois  de  Bric, 
Pierre  et  Thibault,  ainsi  nommés  dans  un  acte  qui  concerne 
l'abbaye  de  Saint-Victor;  il  s'agit  du  don  d'une  vigne. 

«  Petrus  et  Theobaldus,  burgenses  de  Braia  et  uxores  eis, 
scilicet  Avelina  et  Margarita,  sorores,  Adan  presbiteri  ferunt 
donationem  vinee  quam  idem  Adam  presbyter,  ferit  ecclesie 
Sancti  Victoris  parisiensis  (4)  ». 

Dans  un  autre  acte,  contemporain  des  deux  premiers 
(mars  I235),  ce  ne  sont  plus  des  bourgeois  isolés,  dont  il  est 
question,  c'est  du  corps  des  bourgeois  «  in  nostra  presencia 
constituti  burgenses  de  Braya,  et  precipue  procuratores  ecclesie 
Braiensis  »  et  particulièrement  les  procureurs  de  l'église  de 
Brie. 

J'aurai  à  reparler  de  cet  acte,  mais  je  le  retiens  ici  parce 
que  je  le  considère,  à  l'égal  des  deux  précédents,  comme 
une  preuve  nouvelle  de  ce  que  j'avançais  au  sujet  de  la  ville- 
commune  à  propos  de  la  charte  de  1208.  Il  est  la  démonstra- 
tion indéniable  que  le  droit  de  bourgeoisie  était  acquis  à  un 
certain  nombre  d'habitants  de  Brie  et  cela,  dès  les  premières 
années  du  xiir  siècle  tout  au  moins  (5). 

(i)  N'y  a-t-il  pas  là  une  inversion  et  ne  faudrait-il  pas  lire  ;  Maitrcjean  de  Retalle  ;  Retal 
est  un  hameau  de  la  commune  de  Liverdy. 

(2)  Cossigny  était  une  paroisse  voisine  d'Autheuil.  II  est  orthographie  dans  l'acte  :  Coissi 
gniaco,  ce  qui  à  prendre  cette  dénomination  comme  origine  étymologique   nous  écarterait 
singulièrement  du  Gallo  Ranain  Cosinius,  imaginé  par  l'abbé  Lebeuf. 

(^)  Il  n'était  pas  rare  que  le  même  prénom  fût  donné  à  deux  frères. 

(4)  A,  N.  —  (S.  2142.) 

(5)  On  peut  dire  que  l'avènement  de  la  bourgeoisie  date  de  l'apparition  des  communes.  Les 
bourgeois  n'étaient  pas  la  totalité  des  habitants  d'une  ville  mais  ceux  qui  étaient  suscepti- 
bles de  l'adminisitrcr.  Brie  fut-elle  commune  libre  ou  compiune  franche  ?  Il  est  plus  probable 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  I7D 

Un  des  bienfaiteurs  du  Chapitre  de  Paris  —  qui  le  fut 

également  de  l'abbaye  d'Yerres  et  de  celle  d'Yvcrneaux  — 

Raoul  de  Chevry,  devenu  évêque  d'Evreux,  lui  donna  toute 

la  dime  quMl  avait  acquise  soit  dans  la  paroisse  de  Brie,  soit 

dans  les  territoires  et  lieux  circumvoisins,  tant  en  terres, 

qu'en  vignes  el  autres  propriétés.  Cette  donation  fut  l'objet 

de  deux  contrats,  l'un  du  2  avril  1240,  l'autre  de  juin  1263. 

Dans  le  premier, l'évaluation  du  don  est  fixée  à  environ  cinq 

muids  et  deux  septiers,tant  en  blé  qu'en  avoine;  il  est  vrai 

qu'il  fallait  en  distraire  deux  septiers  et  un  muid,  ce  dernier 

devant  être  servi, notamment, à  l'abbaye  d'Yerres.  Le  second 

acte  se  borne  à  dire  que  le  don  est  fait  en  échange  du  service 

anniversaire  pour  lui  et  ses  parents  et  à  la  célébration  de  la 

fête  de  Sainte-Marie-Egyptienne,  instituée  par  le  donateur. 

Mais  la  valeur  de  ce  don  nous  est  en  quelque  sorte  connue 

puisque  un  acte  antérieur  (octobre  1257)  établit  que  Raoul 

de  Chevry  a  acheté  à  Henri  de  Aubert  Villers  (1)  sa  dîme  de 

Brie  pour   deux  cents  livres  parisis,    dont  quatre-vingt  à 

donner  à  l'abbaye  d'Yerres. 

Ces  documents  m'ont  amené  à  faire  une  constatation. 
Certes,  il  n'est  personne  qui  doute  que  Brie  fût  une  paroisse 
et  possédât  son  église  ;  mais  la  trace  de  son  existence  ne 
remontait  guère,  document  en  mains,  qu'à  I2-|8.  L'abbé 
Lebeuf  a  brièvement  rapporté  le  fait.  «  L'église  d'un  tel  lieu 
que  Brie,  dit-il,  qui  appartient  à  des  princes  de  sang  royal 
fut  dotée  dans  les  temps  qu'on  la  bâtit.  Dès  l'an  1248,  elle 

<îuclle  crait  commune  libre,  c'est-à-dire  lice  au  seigneur  par  une  ou  plusieurs  chartes  dont 
«■elle  de  1250,  qui  a  été  rappoitée  plus  haut,  peut  nous  oflTiir  le  type.  Il  est  cependant 
douteux  que  le  priviic^e  de  la  commune  s'étenc'.it  aux  habitants  vivai.t  sur  la  terre  de 
i"E§lise. 

")  Cette  famille  des  Hauberviliiers  (il  existe  encore  sur  le  territoire  de  la  commune  de 
'^^'■olles-Attilly  deux  fermes,  le  grand  et  le  petit  Bcrvillers.  qui  occupent  l'emplacement  de 
'ancien  fief)  paraît  s'être  livrée  à  des  opérations  de  vente  et  d'achat  de  terres  ou  de  droits 
lerritoriaux.  M.  G.  Drouin  dans  son  étude  sur  Férolles-Attilly  {'Bulletin  de  la  Société  Archlolo- 
g'^u:  de  Bn:-Comt:-Robsrt)  nous  la  montre  vendant  ou  cédant  à  l'abbaye  de  Saint-Pierre-les- 
'"O'^sès  des  héritages  dans  ou  auprès  de  Férolles,  pendant  que,  d'autre  part,  un  de  ses  mem- 
"''^S|  Henri,  le  mime  que  dessus,  acheté  de  Simon  dit  Baraz,  écuyer,  et  de  sa  femme  Margue- 
rite tous  leurs  droits  à  la  dîme  de  Brie  (124S).  En  1257,  H^nri  de  Haubervillers  revend  ces 
Q'oits  à  Raoul  di  Cli.'vry,  en  moine  de  Paris,  depuis  évêque  élu  d'Evreux,  qui  donna,  dès 
^^h  tout  ce  qu'il  avait  de  la  dime   de  Brie  à  l'Eglise   de  Paris. 


176  HISTOIRE   1)1-:   LA   VJLLE 

avait  été  en  état  de  prêter  à  Raoul  dWttilly,  homme  d'armes, 
une  somme  de  (3')  livres  pour  laquelle  il  engagea  envers 
cette  église  2  muids  de  blé  dont  fut  caution  Guillaume  de 
Brave,  chevalier.  »  A  part  une  légère  erreur  sur  le  nom  du 
garant  qui  est  Jean  de  Brave  et  non  Guillaume,  et  celui  du 
principal  intéressé  qui  est  Henri,  ce  que  dit  Tabbé  Lebeuf 
est  exact.  Mais  ce  qui  a  passé  inaperçu  à  Tauteur  de  Y  Histoire  , 
du  diocèse  de  Paris,  c'est  l'existence,  dès  cette  époque,    de  ; 
deux  curés  à  Brie, bien  qu'il  ne  soit  question  que  d'une  église  . 
paroissiale.  Cette  singularité  a  bien  été  mise  en  lumière  par 
l'abbé  Lebeuf,  mais  au  XIV'  siècle  seulement,à  propos  dw 
testament  de  la  reine  Jeanne  d'Evreux  en  iSyi).  .   . 

Il  est  hors  de  doutç  que  le  fait  existait  au  XIIP siècle.  ^Le  ■ 
passage  de  la  charte  de  1248  relatif  à  l'engagement  d'HeDrï 
d*Attilly,  au  sujet  de  la  paroisse  de  Brie  et  de  ses  curés  (dictis  . 
preshyteris)  est  significatif.  Je  conviens  toutefois  qu'il 
appelle  peu  l'attention,  mais  il  est  singulièrement  fortifié  par 
d'autres  documenta  de  la  même  époque.  11-  en  est  un,  en 
particulier,  qui  est,  sur  ce  point  d'une  nette  té.  parfaite:  c'est 
une  vente  faite,  le  i"  mai  i235,  à  l'HOtel-Dieu  de.  Paris.- II 
semble  bien, à  le  lire, que  cet  acte  est  le.complément  de.ceiui 
que  je  signalais  plus  haut,  dans  lequel  apparaissait  le  corps 
des  boitrireois  de  Brie.  Aussi  bien  est-il  nécessaire  de  les 
examiner  l'un  et  l'autre  car  ils  fournissent  aussi,  tous  deux, 
leur  contingent  à  la  topographie  locale  (i). 

Le  titre  qui  porte  la  date  du  V  mai  i235  débute  ainsi  : 

((  Omnibus  présentes  litteras  inspecturis,  ofhcialis  Johannis  ecclesie 
Parisiensis  archidiaconi  eternam  in  Domino  salutem.  Notum  facimus 
quod  ma^islcr  Pctrus  presbiter  et  Galterus,  curati  ecclesie  de  Bria 
et  Johannes  de  Capriaco  prourator  parrochianorum  dicte  ecclesie, 
coram  nobis  recognoverunt  se  vendidisse  et  quitasse  pro  undecim 
libris  parisiensium  rcctori  et  fratribus  Domus  Dei  Parisiensis  quara- 
dam  pecie  terre  arabilis  site,  ut  dicitur,  apud  Brayam  in  territorio  . 
quod  dicitur  Rivus  Berte....  ». 

(I,    Archives   de   IHôtcI-Dieu   de   Pa:is   ^11^7-1500;    publiées  par    Léon    Btièle  et  Tmest 
Coyeci]ue. 


IjS  HISTOIRE    DE    I.A   VILLE 

«  A  tous  ceux  qui  verront  ces  présentes  salut  éternel,  dans  1 
Seigneur,  de  l'official  Jean,  archidiacre  de  l'Eglise  de  Paris.  Nou 
faisons  savoir  que  maître  Pierre,  prêtre,  et  Gautier,  curés  d 
l'Eglise  de  Brie  et  Jean  de  Chevry,  procureur  des  paroissiens  de  Is 
dite  Eglise,  ont  reconnu  devant  nous  avoir  vendu,  et  être  payés  pai 
onze  livres  parisis,  au  recteur  et  aux  frères  de  la  Maison  de  Dieu  de 
Paris  une  certaine  pièce  de  terre  arable  située,  comme  il  est  dit, 
auprès  de  Brie,  dans  le  territoire  appelé  Ru  Berte...  » 

Telle  est  la  traduction  littérale.  Les  deux  curés  de 
l'Eglise  de  Brie  sont  indiqués,  ici,  par  leur  nom,  il  n'y  a  pas 
de  contestation  possible.  Il  est  à  remarquer  toutefois  que 
l'un  est  qualifié  :  maître  et  prêtre  ;  tandis  que,  seul,  le 
nom  de  l'autre  ligure  sans  aucune  qualité  ou  titre  ;  mais,  à 
tous  les  deux  est  donnée  la  désignation  de  curé. 

Rapprochons  ce  document  de  celui  qui  le  précède,  à  la  date 
de  mars  i235. 

Ce  dernier  est  ainsi  rédigé  dans  son  préambule  : 

((  Universis  présentes  litteras  inspecturis,  Laurencius,  capellanus 
de  Brava,  salutem,  in  Domino.  Noveritis  quod  in  nostra  presencia 
constituti  burgenses  de  Braya,  et  precipue  procuratores  ecclesie 
Braiensis,recognoveruntcoram  nobis  quod  gratam  etratam  habebant 
venditionemquam  Albericus  le  Klament  fecerat  fratribus  Domus  Dei 
Parisiensis  de  quodam  pecia  terre  site  apud  Ru  Berte...  > 

«  A  tous  ceux  qui  verront  ces  présentes,  Laurent,  chapelain  de 
Brie,  salut  dans  le  Seigneur.  Vous  saurez  qu'en  notre  présence 
comparurent  les  bourgeois  de  Brie,  et  principalement  les  procureurs 
de  l'Eglise  de  Brie,  qui  reconnurent  devant  nous  avoir  pour  agréable 
et  ratifier  la  vente  que  Aubry  Le  Flament  a  faite  aux  frères  de  la 
Maison  de  Dieu  de  Paris  d'une  certaine  pièce  de  lerre,  sise  auprès  de 
Ru  berte.. .  » 

Il  résulte  de  ces  deux  actes  qu'il  existait  à  Brie  au  \\\V 
siècle  trois  autorités  ecclésiastiques  :  deux  curés  et  un 
chapelain.  C^'est  à  dessein  que  j'ai  mis  en  parallèle  le  pluriel 
employé  dans  le  premier  document,  et  le  singulier  employé 
dans  le  second.  (>e  dernier  exprime  fort  clairement  qu'il  y 
avait  à  Brie  un  seul  chapelain  et  non  un  autre.  A  mon  sens, 
ce  chapelain  serait  celui  du  seigneur  de  la  ville  de  Brie,  le 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  IJÇ) 

chapelain  de  la  chapelle  Saint-Jean,  que  des  documents 
ultérieurs  nous  diront  être  fondée  de  temps  si  ancien  que  les 
titres  de  fondation  n'existent  plus.  Quant  aux  deux  curés, 
leur  existence  dans  la  paroisse  unique  de  Brie  s'explique 
plus  aisément  après  ce  que  nous  connaissons  de  la  division 
du  terroir  entre  deux  seigneurs  égaux,  ou  paraissant  tels,  en 
autorité,  et  ce  que  nous  venons  de  voir  de  la  constitution  d'un 
corps  de  bourgeois. 

Il  n'est  pas  difficile  d'imaginer  que  l'Eglise  pour  ses  liâtes, 

pour    ses  serfs,   pour    ses  sujets   en   un    mot,  avait  une 

chapelle,  et,  en  même  temps,  que  les  marchands,  la  frairie 

flui  dut,  dès  l'origine,   se  constituer  autour  du  marché,  en 

avaient  une  autre.  Que  cette  dernière  fut  devenue  Téglise 

paroissiale,    cela  ne  peut  paraître  surprenant.   Soutenue, 

administrée  par  des  habitants  riches,  s'entendant  en  affaires 

et  étroitement  unis  dans  une  pensée  de  jalouse  indépendance, 

cette   Eglise  devait  primer  l'autre  bien  plus  faite  pour  les 

serfs  agricoles  du   Chapitre  de  Paris,  réduits,  par  leur  état 

s^^cial  même,  à  une  vie  miséreuse  et  à  la  pauvreté.  Delà  la 

Pï'êciominence  d'une  Eglise  sur  l'autre,  qui  devait  se  terminer 

P^^  la  décadence,  l'effacement  de  cette  dernière  jusqu'à  son 

absorption  par  la  paroisse  triomphante.  Nous  verrons  alors, 

P*^s  tard, les  deux  curés  se  partageant  la  nef  de  l'Eglise  prin- 

^^Pale,  devenue  l'unique  Eglise  du  lieu,   en  dexire    et  en 

^^nestre  portion  ;  nous  verrons  le  temporel  de   la  portion 

^^présentant  l'antique  chapelle  réduit  à  une  portion  si  con- 

S'ï^Vie  qu'il  faut  confier  au  titulaire  l'administration  de  la  cure 

^^  Grégy  ;  nous  verrons,  enfin,  cette  dernière  portion  s'éva- 

^^uir  totalement  et  les  deux  cures  n'en  plus  ftiire  qu'une 

^^ulc. 

Mais  ce  qu'il  y  a  lieu  de  retenir  à  l'époque  où  nous  sommes 

^e  cette  histoire,  c'est  que,  dans  la  paroisse,  deux  lieux  de 

tarières  existaient  ayant  chacun  leur  curé,  car  il  n'est  point 

encore  question  ni  é^dextre  ni  de  senestre  portion,   et  que, 

cJans  la  tour  Saint-Jean,  il  y  avait  une  chapelle  seigneuriale, 

desservie  par  un  chapelain.  Les  faits  nous  ramènent  ainsi 


l80  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

aux  déductions  que  Ton  a  pu  lire  dans  le  premier  chapitre^ 
leur  apportant  une  démonstration  plus  solide  que  le  raison 
nement. 

Il  importe  maintenant  de  revenir  aux  deux  actes  précité 
qui  vont  nous  fournir  un  éclaircissement  sur  la  topographi 
locale. 

.  Les  deux  pièces  de  terre  dont  il  est  question  sont,  nous 
est-il  dit,  situées  au  rû  ou  rue  Berte.  Ces  deux  pièces  n'en 
formaient  évidemment  auparavant  qu'une  seule.  L'acte  de 
vente  du  i"  mai  I235  dit,  en  effet  : 

((  Cujus  terre  medietas  ad  dictos  curatos  nomine  presbiterii  sui  et 
alla  medietas  ad  fabricam  dicte  ecclesie  (Braiensis)  ex  testamen:o 
Ilerbertis  militis  spectabat...  b 

♦  De  laquelle  terre  la  moitié  appartient  aux  dits  curés  à  cause  de 
leur  presbytère  et  l'autre  moitié  à  la  fabrique  de  l'Eglise  (de  Brie) 
par  le  testament  d'Herbert,  homme  d'armes...  » 

Dans  l'acte  de  mars  rj35,  on  lit  : 

«...    Quam    peciam    defunctus,  Ilerbertus,   chevaliers     ad  opus 
fabrice  ecclesie  Brayensis  misericorditererogavit. . .  b 

»/...  Laquelle  pièce  défunt    Herbert,  chevalier,  légua  pieusement 
aux  œuvres  de  la  fabrique  de  l'Egiise  de  Brie...  » 

II  est  évident  que  la  pièce  vendue  le  r'  mai  I235  est  celle 
qu'Herbert  donna,  par  testament,  aux  deux  presbytères, 
représentés  par  les  deux  curés  et  celle,  vendue  en  mars  de 
la  même  année,  provient  du  don  testamentaire  fait  par  le 
même  Herbert  à  la  fabrique.  L'une  et  l'autre  devaient  être 
d'égale  valeur  puisque  le  défunt  avait  partagé  sa  propriété 
par  moitié  entre  les  deux  ayants  droits  après  sa  mort.  Je 
i*emarquerai  que  l'une,  celle  des  curés,  se  vend  onze  livres 
parisis,  et  que  l'autre,  celle  de  la  fabrique,  est  achetée  cent 
dix  sols  parisis  (r).   D'où  il  faudrait  conclure,  d'après  l'éga- 

(l)  La  quittance  de  cette  somme  est  du  samedi  vei'le  du  Jour  des  Rameaux,  51  mars  I2îs. 
Elle  fut  reçue  par  Guillaume,  dit  de  Mescrille,  et  Aubry  le  Flamand.  Tous  deux  s'engageaient 
à  restituer  la  somme  si  le  prêtre  et  les  paroissiens  de  Bric  ne  ratifiaient  pas  la  vente  avant 
l'Ascension.  Il  semblerait  d'anrès  ce  qui  est  dit  ici  que  des  deux  curés  de  Brie,  il  n'y  avait 
quun  prêtre  ;  l'autre  ne  devait  être  qu'un  administrateur,  un  chargé  de  soins,  un  curatus.  C>st 
ce  que  j'ai  fait  lemarquer  plus  haut. 


bP.   nRlE-COMTÈ-ROBÈRt  l8l 

lité  d'étendue  et  de  valeur,  que  la  livre  parisis  valait,  à  cette 
époque,  dix  sous  parisis. 

Il  reste  encore  un  point  sur  lequel  j'appellerai  l'attention. 
Beaucoup  se  demandent  aujourd'hui  quelle  est  l'origine  de 
l'appellation  Rubcrtin  donnée  à  ce  coin  du  territoire  briard. 
Il  semble  que  les  actes  ci-dessus  en  expliquent  l'étymologie. 
Rue  ou  Ru  Berte,   écrivait-on  au  XIIP   siècle,    avec  cette 
observation  qu'il  faut  prononcer  Derté.  Dans  d'autres  actes 
Ju  même  temps,  nous  trouvons  le  même  mot  orthographié 
«  Huberteim,  Rubertain  »  probablement  résultat  de  la  pro- 
nonciation locale  de  Berté,  en  allongeant  sur  Vé  final.  Je 
^'errais  assez  bien  dans  Ru  Berté,  Ru  Herberte,  la  première 
'\^"'Iabe  ayant  disparu  simplement  par  euphonie.  Le  chevalier 
^'c^rbert  dont  il  vient  d'être  parlé  devait  avoir  une  certaine 
"*'»toriété.  Sa  libéralité  envers  l'Eglise  et  les  curés  justifierait 
assez  qu'on  ait  donné  son  nom  au    ruisseau  qui  coule  à 
travers  la  dépression  de  terrain  où  étaient  ses  propriétés. 

l^ans  les  documents  analysés  ci-dessus,  une  particularité 
"  ^Ura  pas  échappé  au   lecteur.  C'est  l'intrusion  de  l'Hôtel- 
^ieu   de   Paris  dans  les  propriétés  foncières  de    Brie.   Ce 
^*>Uvement  est    sans   doute    antérieur  au    XIIP   siècle  et 
^  explique  assez  par  les  possessions  du  Chapitre  de  Paris 
^^r  le  territoire  briard.  Il  indique  d'autre  part  quelle  devait 
^^î'e  la  richesse  du  pays,  tant  au  point  de  vue  agricole  qu'au 
P^'^int  de  vue  commercial,  puisque,  du  dehors,  des  adminis- 
^^utions,  généralement  jalouses  de  leurs  intérêts,  comme  le 
^ -hapitrc  et  l'Hôtel  Dieu,  y  venaient  apporter  leurs  capitaux. 
L'Hôtel-Dieu  de  Paris  constitua  d'ailleurs  les  éléments  d'un 
^uubourg  qui    prit   le    nom  de    l'hôpital    parisien  :    Saint 
Christophe.  II  avait  là  une  maison,  dite  la  maison  de  Saint 
<i2lirislophe  ;    la  ferme   actuelle   qui  porte  ce  nom  occupe 
probablement  l'emplacement  de  cette  maison.  Autour  de  cet 
immeuble  il  y  en  avait  d'autres,  appartenant  à  divers  pro- 
priétaires  ;  quelques-uns  étaient   même  mitoyens   avec  la 
maison  de  l'Hôtel-Dieu.  De  cela  le  sentiment  se  dégagera 
aisément  en  lisant  un  acte  tel,  par  exemple,  que  le  suivant  • 


l82  HISTOIRE   DE   LA  VILLÈ 

Une  difficulté  s'était  élevée  entre  le  maître  et  les  frères 
la  maison  de  Dieu  de  Paris,  située  devant  l'église  majeure,  (  ^ 
et  Herbert  le  Couturier,  de  Brie  «  inter  magistrum  et  fratr^ 
Domus  Dei  Parisiensis  site  ante  majorem  ecclesiam 
Herbertum  Costurarium,  de  Braya.  d 


Idem  Ilerbertus  dicebat  quod  gutta  cujusdam  domus  qua 
magisteret  fraires  edificaverant  apud  Brayam  cadebat  super  quanB- 
dam  domum  dicti  Ilerberti  contiguam  mûris  dictorum  magistri  et 
fralrum  in  ipsius  Ilerberti  prejudicium  et  gravamen. .. 

if  €  Ledit  Herbert  disait  que  les  eaux  qui  tombaient  d'une  maison, 

que  le  maître  et  les  frères  de  TMôtel-Dieu  avaient  construite  auprès 
de  Brie,  tombaient  sur  une  maison  appartenant  au  dit  Herbert, 
contigtke  à  la  précédente,  lui  causant  préjudice  et  incommodité  ». 

L'acte,  après  avoir  exposé  les  griefs  d'Herbert,  énonce 
l'explication  des  administrateurs  de  l'Hôtel -Dieu.  Il  en  résulte 
que  la  maison  de  l'Hôtel-Dieu  était  construite  avant  celle  du 
préopinant,  et  que  les  eaux  de  cette  maison  tombaient  alors 
sur  une  borne  placée  contre  les  murs  de  l'Hôtel-Dieu.  Herbert 
a  fait  bâtir  sa  maison  à  la  place  de  cette  borne  ;  c'est  à  ses 
risques  et  périls.  C'est  devant  l'ofticial  de  la  curie  de  Paris 
que  les  deux  adversaires  exposaient  leur  dire.  L'aflaire  se 
termine  par  une  transaction.  Heureux  temps  où  les  questions 
de  mur  mitoyen  ne  soulevaient  pas  d'âpres  colères  et  de 
vindicatives,  en  même  temps  que  très  coûteuses,  procédures  ! 
Et  l'acte  nous  donne  tout  au  long  cette  transaction  que  je 
rapporterai  dans  toute  sa  saveur. 

«  Predictus  Ilerbertus  vult  et  concedit  quod  gutta  dicte  domus 
cadat  super  domum  suam  in  perpetuum  quam  habet  ibi  modo,  et 
etiam  super  alias  domos,  si  alias  ibi  editicaverit,  de  novo  cadat  gutta 
dicte  domus  et  aliarum  domuum,  si  quas  ibi  edificare  voluerint  dicti 
fratres...  » 

«  Ledit  Herbert  veut  et  accorde  que  les  eaux  de  la  dite  maison  de 
riIôtel-Dieu  continuent  à  tomber  i  perpétuité  sur  la  demeure  qu'il  a 
en  ce  lieu  ;  et  même  s'il  fait  élever  au  môme  endroit  d'autres  maisons, 

(I)  On  sait  que  l'hôpital  Saint  Christophe,  à  Paris,  était  en  face  l'église  Notre-Dame. 


DE    BUIE-COMTE-ROBERT  l83 

il  consent  à  ce  que  celles-ci  reçoivent  toutes  les  eaux  qui  tomberaient 
de  toutes  les  maisons  que  les  frères  de  1  IIôtel-Dieu  pourraient 
s  aviser  de  construire  ! . . .    » 

On  n'est  pas  de  meilleure  composition,  et  Ton  ne  saurait 
reprocher  à  Herbert  le  Couturier  de  s'être  montré  intraitable. 
Cepondant  THôtel-Dieu  veut  bien  lui  faire  à  son  tour  une 
concession  : 

«  A^lagister  et  fratres  concedunt  quod  liceat  ipsi  Herbcrto  crescere 
domxxm  suam  quando  voluerit  edificare  juxla  murosdomus  sueusque 
3d  V  i  sm^  ita  quod  nec  lapsis  aliquis  nec  aliquid  lignum  domus  quam 
ipse  cditicaverit  ponatur  in  domus  dictorum  (ratrorum,  nec  ipsa 
donrà  VIS  excédât  guttam  domus  ipsorum  fratrorum...  » 

•  Le  maître  et  les  frères  (de  TIIôtel-Dieu)  accordent  audit  Herbert 
1  au  tiorisalion  d  accroître  sa  maison  quand  il  voudra  construire  contre 
les  rriurs  de  sa  maison  jusqu'à  la  voie  publique,  mais  de  façon  que 
m  >A  r^e  pierre,  ni  une  pièce  de  bois,  soit  engagée  dans  le  mur  de  'a 
n^a*5^on  des  dits  frères,  ni  que  la  maison  ainsi  construite  dépasse  la 
chiit^  des  eaux  delà  maison  des  dits  frères...  » 

^-^n  appréciera,  peut-être,  que  les  concessions  obtenues 
P^^  Herbert  le  Couturier  étaient  de  minime  importance, 
"^^^is  il  s'en  contenta,  à  ce  que  nous  dit  l'acte  et  peut-être  en 
cel^X  lit-il  preuve  de  sagesse.  X'eut-il  pas  risqué  en  allant 
P^'-^  5S  loin  de  voir  sa  maison  réduite  à  la  borne,  dont  les  frères 
^^  1  "Hôtel-Dieu  signalaient  l'existence  avant  que  leur  voisin 
^'^t    songé  à  édifier  son  immeuble. 

-^\.  en  juger  par  les  actes  qui  nous  restent,  ce  coin  de  Brie 
^^"^^ait  être  particulièrement  animé.  La  maison  d'Herbert  le 
^^^Vjturier  n'était  pas  la  seule  qui  s'élevîit  à  côté  de  celle  de 
l'Hotel-Dieu. 

Var  son  testament  de    1271,    Marotte   de  Rrie,    dite  la 

^*  >viquesse  —  c'est-à-dire  fille  ou  femme  d'un  nommé  Bouqué 

^^U  Bouquet  —  légua  à  l'Hôtel-Dieu  de  Paris  une  maison  et 

^n  arpent  et  demi  de  terre  à  Brie  «  tenant  d'un  côté  à  la 

t^aison  et  aux  terres  de  f  Hôtel-Dieu  et  d'autre  part  à  la 

maison  d'Héloïse  la  Pichonarde(i).  11  semble  cependant  que 

ce  legs  fut   l'objet  d'une  contestation  entre  l'Hôtel-Dieu  et 

[l'j  La  Pichonarde  rappelle  le  mot  languedocien  pichoune,  pour  exprimer  la  petite  filU. 


18-1 


lilbTulltE   DE  L.\  VILLE 


■tlE    imiE-COMTE-ROnEIiT 


,  jra         ni    p    l      p. 


l86  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

probablement  les  fils  de  cette  Marotte.  Un  acte  de  1283  nous 
apprend,  en  effet,  que  «  Pierrot  et  Jean not  Bouquet  se  sont 
désistés  de  leurs  prétentions  sur  une  maison  appartenant  à 
THôtel-Dieu,  située  à  Brie,  rue  Chantepie,  joignant  d^ine 
part  à  la  maison  appelée  Saint  Christophe,  qui  est  à  V Hôtel- 
Dieu  et  d'autre  part  à  la  Pichonarde,  en  la  censive  de  Jean 
de  Laval.  » 

Ce  dernier  acte  a  pour  nous  son  importance  puisque  non 
seulement  il  prouve,  commeceux  qui  précédent  et  ceux  qui 
vont  suivre,  l'existence  d'une  agglomération  d'habitations 
sur  ce  point  mais  il  contribue  à  fixer  l'emplacement  de  la 
maison  de  l'Hôtel-Dieu  —  qui  a  gardé  son  nom  de  Saint- 
Christophe  jusqu'à  aujourd'hui,  et  nous  fournit  la  dénomina- 
tion de  la  voie  le  long  de  laquelle  étaient  bâtis  ces  immeubles. 
La  rue  actuelle  de  Saint-Christophe  portait  au  XIII'  siècle  le 
nom  de  rue  de  Chantepie  (i).  Nous  y  trouvons,  déplus,  le 
nom  d'un  autre  magistrat  de  Brie  ;  la  menace  d'excommuni- 
cation, lancée  par  l'évêque  de  Paris  et  que  j'ai  rapportée  plus 
haut,  nous  avait  donné  celui  de  Simon  de  Cossigny,  bailli, 
en  I23c);  l'acte  précité  dit  qu'il  fut  passé  devant  Baudouin 
de  Villiers,  garde  du  baillage  de  Brie  (2). 

Citons  encore  dans  l'agglomération  de  Saint-Christophe, 
une  autre  maison  qui  fut  la  propriété  de  Raoul  Cochet  et 
que  sa  fille,  Erembourg,  nous  dit  un  acte  de  février  1242, 
vendit  à  l'Hôtel-Dieu  de  Paris  pour  soixante  sous  parisis. 
Puis,  la  grange  de  l'Hôtel-Dieu  contre  laquelle  était  bâtie 
une  masure  et  ses  dépendances  qui  appartenaient  à  Raoul 
Bienvenu.  Son  fils,  également  nommé  Raoul  et  sa  femme 
Pétronille  vendirent  le  tout,  en  décembre  1248,  à  l'Hôtel- 
Dieu  de  Paris  pour  treize  livres  parisis.  Mais,  par  le  même 

(1)  Dans  le  Cartulaire  de  N.-D.  de  Paris,  il  est  question  d'une  famille  de  Chantepie.  En  iloj, 
on  trouve  :  Maria  et  Petrus  de  Chantepie  ;  en  juin  1258  ;  Robertus  de  Chantepie  et  Hou- 
doninus  de  Chantepie  ;  Mathilde,  veuve  de  Dyonisius  de  Chantepie,  vend  le  29  juillet  1277,  à 
l'Eglise  de  Paris,  une  maison  proche  Saint-Cloud.  Cette  dernière  circonstance  laisse  supposer 
qu'il  ne  s'agit  pas  des  Chantepie,  de  Brie.  Le  nom  de  lieu,  Chantepie,  est  du  reste  assez 
commun  en  France. 

(2)  Ce  Baudouin  de  Villiers  est  peut-être  le  successeur  de  Simon  de  Cossigny,  car  ce  der- 
nier, vivant  encore  en  1261,  ratifiait  le  don  fait  par  Marguerite  de  Brie,  sœur  de  l'Hôtel-Dieu 
de  Paris,  audit  Hôtel-Dieu  de  sept  arpents  et  demi  de  terre. 


DE  BRIE-COMTË-ROBÈRt  187 

iacte,  ils  s'engageaient,  au  cas  où  quelqu'un  viendrait  à  faire 
valoir  des  droits  sur  la  dite  masure  et  ses  dépendances,  à 
rembourser  au  maître  et  aux  frères  de  l'Hôtel-Dieu  soixante 
sous  parisis,  c'est-à-dire,  au  décompte  que  nous  avons  eu 
l'occasion  de  faire  plus  haut,  un  peu  moins  de  la  moitié  de 
ce  qu'ils  avaient  reçu  !  La  singularité  de  cette  clause  laisserait 
supposer  que  les  vendeurs  avaient,  d'un  autre  côté,  fait 
d'abondantes  aumônes  à  la  maison  hospitalière. 

Il  serait  presque  inutile  de  parler  d'une  autre   maison, 

contiguë,  elle  aussi,  à  la  maison  de  FHôtel-Dieu  pour  prouver 

l'existence  et  l'étendue  du  faubourg  de  St-Christophe  à  cette 

époque,  si  l'acte  qui  en  fait  mention  ne  présentait  pas  une 

particularité  à  noter.  L'immeuble  dont  il  s'agit  avait  été  légué 

à  riIôtel-Dieu  par  un  certain  Manessier  (i),  avec  plusieurs 

arpents  de  terre.  Un  document  de  février  1287  dit,  en  elTet, 

que  Jean  de  Brie,  forgeron,   Anseau   de  la  Borde,  Raoul 

Borobtre  et  Jean  Baillane  reconnaissent  que  Manessier  de 

Brie  a  légué  à  l'Hôtel-Dieu  trois  arpents  de  terre  labourable, 

situés   au  terroir  de  Brie,  au  lieu    dit  Niverin  (il  m'a  été 

impossible  d'identifier  ce  nom  de  lieu)  et  la  moitié  d'une 

maison  située  à  Brie,  contiguë  à  la  maison  appartenant  à 

THôtel  Dieu.  Il  ne  faudrait  pas,  toutefois,  supposer  que  les 

choses  se  soient  passées  aussi  placidement.  Si,  en  1287,  les 

personnages  cités  semblent  d'accord  avec  l'Hôtel-Dieu,  deux 

ans  auparavant  ils  semblaient  l'être  moins.   Une  contestation 

assez  bizarre  p'éleva  entre  eux  d'une  part,  le  frère  Baudouin, 

de  l'Hôtel-Dieu  de  Paris,  et  le  curé  de  Brie,  de  l'autre  (2). 

C'est,  du  moins  ce  que  nous  dit  une  charte  du  6  février  I235 

(I  )  Manessier  ou  Manassé,  nom  juif  assez  commun  à  l'époque. 

(2)  ....  et  le  curé  de 'Brie,  de  l'autre.  Cette  expression  "n'enlève  rien  à  ce  que  je  disais  plus  haut 
de  Texistence  avérée  de  deux  curé*  à  Biie.  J'ai  déjà  fait  remarquer  qu'on  donnait  à  l'un  le 
titre  de  maître  et  la  qualité  de  presbiter  (prêtre), tandis  que  le  nom  de  l'autre  n'était  ni  précédé, 
ni  suivi  d'aucun  titre  ou  qualité  ;  tous  les  deux  toutefois  étaient  avoués  comme  curati,  curés, 
Ue  l'église  de  Brie.  Cette  désignation  devait  s'entendre,  Je  l'ai  dit,  dans  le  sens  d'administra- 
teur. Il  n'y  avait  qu'une  paroisse  et  conséquemment  un  seul  curé,  prêtre,  ayant  le  spirituel  et 
le  temporel  de  la  paroisse.  L'autre,  curatus,  n'avait  que  le  temporel  d'une  partie  de  la 
paroisse.  Plus  tard,  et  peut-être  dès  cette  époque,  ce  dernier  fura  fus  fut  un  ecclésiastique,  un 
clerc,  comme  on  disaft  alors,  ce  qui  a  établi  'a  confusion  dans  laquelle  est  tombée  l'abbé 
Lebejf  qui  voyait  lorsqu'il  n'y  eut  plus  qu'un  seul  curé,  au  commencement  du  XVI«  siècle,  la 
fusian  de  deux  paroisses  en   une  seule. 


iSH  HIStOIRi:   DE    LA   VlLLÈ 

qui  nous  rapporte,  avec  une  concision  et  sous  une  form( 
dignes  de  remarque,  l'objet  de  la  contestation.  J'en  donne, 
ici,  la  traduction,  aussi  littérale  que  possible. 

€  Devant  ddus  (l'acte  ne  dit  pas  de  quelle  autorité  il  s*agit,  mais 
c'est  vraisemblablement  l'official  de  Paris,  juge  ordinaire  de  ce; 
causes)  est  venu  le  procès  pendant  entre  le  prêtre  de  Bric  (presbi- 
terum  de  Braia)  et  le  frère  Baudouin  de  la  maison  de  Dieu  de  Paris^  -^. 
d'une  part  et  Raoul  Boz  Odite  (i),  Anseau  des  Bordes  (2)  et  Jean  l^^  e 
Fèvre  (Johannem  Fabrum^  (3),  d'autre  part,  l'an  du  Seigneur  miU 
deux  cent  trente  quatre  le  jour  de  Mars  après  la  purification  de  l; 
bienheureuse  Marie,  assigné  aux  parties  pour  être  statué  sur  leui 
différend,  le  dit  jour,  les.  deux  parties  étant  présentes  devant  h 
tribunal  et  chacun  des  sus  nommés  ayant  prêté  serment,  les  susdit* 
Baudouin  et  le  prêtre  soutinrent  que  défunt  Manessier  ordonna  ei 
voulut  par  son  testament  que,  de  huit  arpents  de  terre  situés  aupré* 
de  Brie  qu'il  disait  avoir  achetés,  deux  arpents  devaient  être  venduî 
et  que  la  somme  résultant  de  cette  vente  devait  être  distribuée  poui 
lui,  Manessier,  aux  pauvres  par  les  mains  dudit  Baudouin  et  dudil 
prêtre. 

Interrogés  sur  ce  point,  lesdits  Raoul,  Anseau  et  Jean  ont  répondu, 
qu'ils  croyaient  cette  affirmation  exacte. 

Alors  lesdits  Baudouin  et  prêtre  ont  déclaré  que  leurs  adversaires 
voulaient  empêcher  la  vente  de  ces  deux  arpents,  ce  que  Raoul^ 
Anseau  et  Jehan  reconnurent  vrai.   » 

L'acte  pose  ainsi  la  question  mais  reste  muet  sur  les  rai- 
sons que  pouvaient  avoir  les  trois  Briards  à  s'opposer  à  la 
vente  susdite.  Furent-ils  même  admis  à  les  développer  >  Le 
jugement  n'en  suit  pas  moins  et  —  j'allais  écrire  :  naturel- 
lement —  il  condamne  Raoul,  Anseau  et  Jean  auxquels 
«  défense  est  faite  d'empêcher  la  vente  projetée  ». 

S'il  eut  été  intéressant  de  connaître  les  motifs  qui  dictaient 
l'opposition  des  trois  Briards,  il  ne  nous  en  reste  pas  moins 
un  monument  de  la  justice  du  XIII*  siècle  pris  sur  le  vif. 

(1)  Dans  l'acte,  cite  avant  celui-ci  ce  Raoul  Boz  Odite  est  appelé  Raoul  Borobtre.  Je  m'en 
tiens  là-dessus  a  la  traduction  et  à  la  reproduction  de  l'un  et  de  l'autre  acte  telles  que  les 
donnent  Léon  Briéle  et  Ernest  Coyecque  (Op.  cit.) 

(2)  Sous  la  réserve  de  la  note  qui  précède  j'observe  que  cet  Anseau  des  Cordes  est  aussi 
appelé  Anseau  de  la  Borde. 

,?  C'est  évidemment  le  même  que  celui  désigne  dans  l'acte  de  1237  par  l'appellation  Jean 
de  Brie,  le  forgeron. 


bË   BRIE-COMTE-ROBERT  iH) 

On  peut  dire  que  chacun  des  raies  actes  de  ce  temps  qui 
nous  sont  parvenus  apportent  quelques  renseignements 
intéressants  sur  l'époque.  Telle  est  la  charte  qui  enregistre 
la  vente  faite  à  l'Hôtel-Dieu  de  Paris,  au  mois  de  février  I233, 
par  Guillaume  Morins  et  Alix  sa  femme,  du  consentement 
de  Pierre  Morins,  de  Jean  xMorins  et  sa  femme  Ameline, 
frères  de  Guillaume.  Il  y  aura  lieu  de  rappeler  cette  vente 
lorsque,  dans  les  chapitres  suivants,  j'aurai  à  parler  des 
Kordes-Morin,  dont  une  est  devenue  la  Borde-Fournier 
encore  existante. 

Cette  vente  nous  livre  en  outre  le  nom  du  prévôt  de  Brie  à 

'^'Poque  ;  il  se  nommait  René  de  Brie.  C'est  devant  lui  que 

^comparurent  les  parties  et  leurs  témoins  qui  furent  :  le  frère 

'^^udouin,  dont  il  est  déjà  question  dans  l'acte  précédent  ; 

Guillaume   de  (îrégy,    clerc  ;    Terric,   chapelain  ;  Guiard 

^^rdiers,  avec  ses  fils  Mensier  et  Herbert  ;  enfin  Reynaud 

^^  r^icrre,  les  propres  fils  du  prévôt.  Ce  dernier  — remarque  à 

'aipQ -«était  assisté  de  maître  Pierre  et  du  seigneur  Philippe, 

P''^tresde  Brie   «  magister   Pctrus  et  dominus    Philippus, 

P^'^sbiteri  de  Braia  ».  Il  n'est  pas  douteux  que    ce   maître 

i  i^rre,  prêtre,  soit  le  même  que  celui  dont  il  est  parlé  dans 

'^'^^  vente  précédente  et  qui  est  qualifié  de  curé,  en  compa- 

P^ied'un  nommé  Gautier.  D'où  cette  conclusion,  en  rappro- 

^•^eint  les  actes,  que  Pierre  aurait  été  appelé  à  la  cure  de  Brie 

^r^rês  février  1*233  et  avant  le  i"  mai  I23.S. 

l^e  territoire  vendu  parl'actc  précité  contenait  trois  arpents 

^Ui  furent  cédés  pour  la  somme  de  quarante  livres  parisis. 

^l  était  situé  «  versus  bordam  leprosorum  de  Braia  »  vers  la 

^orde  (1)  des  lépreux  de  Brie,  autrement  dit  aux  alentours 

^c Saint-Lazare,  au  lieu  dit  Vilers  ou  Villiers. 

Arrêtons-nous  un  moment  sur  cette  appellation  de  terroir 
qui  n'existe  plus  aujourd'hui  ;  peut-être  se  retrouve-t- 
elle  dans  le  nom  de  lieu  Saulx  ou  Sau  1  ces-la- T/V/V/c^  qui  est 
situé  dans  ces  parages.  Mais,  en  nous  souvenant,  que  quel- 
ques lignes  plus  haut,  nous  avons  rencontré  un  Baudouin 

(I    Le  nom  de  borde  était  donne  aux  maisons  isolées. 


ICp  HISTOIRE  DE  LA  VILLE 

de  Villiers,  bailli  de  Brie,  il  nous  faut  retenir  encore  ce  nom 
de  Villiers,  car  nous  y  reviendrons  au  XV*  siècle,  dans  des 
circonstances  toute  particulières.  Ajoutons  enfin  que  cette 
vente  fut  ratifiée  par  Pierre  de  Brie  (i),  chevalier,  moyennant 
douze  deniers  de  cens  annuel. 

Ce  sera  également  par  plusieurs  donations  ou  ventes  à 
THôtel-Dieu  de  Paris  que  nous  aurons  connaissance  d'un 
fief  totalement  disparu  depuis  longtemps,  dont  le  nom  e 
remplacement  sont  à  peu  près  inconnus  à  beaucoup  aujour 
d'hui,  et  qui  n'existait  plus  qu'à  letat  de  masure  au  XVIII 
siècle.  Le  fief  du  Breuil  —celui  dont  il  s  agit  — doit  remonte 
à  une  date  très  ancienne. 

Nous  relevons  dans  deux  actes,  datés  Tun  de  mai  I23? 
Tautre  de  janvier  i236(2)  la  mention  suivante  à  propos  d(^^ 
pièces  de  terre  :  «  siiam,  in  parrochia  de  Braia,  apud  viaii^^ 
que  dicitiir  vêtus  via  ^î'olii  »  ou  «  sitam  in  veieri  via  Brolii  »_ 

Il  existait  donc,  dès  cette  époque,  un  vieux  chemin,  un- 
ancien  chemin  du  Breuil  (3).  Quant  au  fief  lui-même  dont 
l'existence  ancienne  est  ainsi  prouvée,  il  était  à  la  date  indi- 

(I  )  Je  dois  mentionner  certains  documents  dans  lesquels  figurent  des  individus  appartenant 
probablement  à  la  même  famille. 

Tout  d'abord  une  lettre  adressée  par  Alfonse,  comte  de  Poitiers,  à  ses  exécuteurs  testamen- 
taires ;  au  nombre  de  ceux-ci  figurait  un  l^etrus  de^'Braya,  canonicusparisiensis.  (J.  I02.  Poitou  III, 
n*  4  original  scellé).  Cette  lettre  est  datée  d'août  1249,  à  Aiguesmortes 

Alphonse,  comte  de  Poitiers,  frère  de  Saint  Louis,  résidait  souvent  à  Corbeil,  ce  qui  expli- 
querait assez  ses  relations  avec  la  famille  de  Brie. 

Dans  deux  autres  documents,  l'un  du  II  mai  1258,  l'autre  du  12  mai  de  la  même  année,  tous 
les  deux  datés  de  Corbeil.  apparaît  un  Anselme  on  Anseau  de  Brie,  évidemment  le  même 
personnage.  Le  premier  de  ces  documents  est  l'instrument  de  paix  entre  Saint  Louis,  roi  de 
France,  et  Jacob,  roi  d'Aragon  (J.  389  Aragon  II  n»  5,  original  scellé).  Parmi  les  témoins  de 
l'acte,  je  relève  Anselme  de  Brie.  Le  second  est  le  contrat  de  mariage  entre  Philippe,  fils  du 
roi  de  France,  et  Isabelle,  fille  du  roi  d'Aragon  (J.  787.  Aragon  I.  n"  8,  original  scellé  — J.  19^ 
Champagne  III,  n"  99,  copie  ancienne).  Un  des  témoins  de  cet  acte  est  Anscllus  de  Braia, 
Anselmuset  Ansellus  de  Braia  sont  tous  deux  qualifiés,  miU$. 

(2)  Le  premier  de  ces  actes  concerne  une  donation  faite  par  Jean  de  Chevry  et  sa  femme 
Gile  à  l'Hôtel-Dieu  de  Paris.  Ils  avaient  acheté  cette  terre  à  Adam  dit  le  Marchand. 

Le  second  acte  enregistre  la  vente  faite  par  Thibaud  de  Noyer  et  Héloîse  sa  femme,  Herbert 
dit  Corberans  et  sa  femme  Haïse,  d'un  arpent  de  terre,  mesuré  à  la  mesure  de  BnV.pour  la  somme 
de  sept  livres  parisis.  Héloîse  et  Haïse  étaient  deux  sœurs  et  l'arpent  vendu  provenait  de  leur 
patrimoine.  Les  témoins  de  cette  vente  étaient,  entre  autres,  Herbert  li  Maçons  de  Portes 
Odon  li  Bourreliers. 

Il  est  à  remarquer  que  la  vente  fut  faite  devant  Godefroy  et  Lambert  qualifiés,  tous  le* 
deux,  de  prêtres  de  Brie  «  presbiteri  de  Braia.  » 

(3)  Breuil,  Broïlum,  viendrait  d'un  mot  bas  latin,  celte  corrompu  BrajUum^  (?)  signifiant  bois 
entouré  d'une  haie,  peut-être  un  lieu  éc  chasse. 


DE   BRIE-COMTE> ROBERT  KJI 

cquée  la  propriété  de  Richaude  ou  Richeut  de  Moncellet. 
Tout  au  moins  possédait-elle  les  terres  avoisinant  le  manoir, 
dont  il  n'est  d'ailleurs  fait  qu'une  vague  mention  dans  les 
documents  que  j'analyse. 

Richeut  de  Moncellet  disait-  posséder,  «  in  parrochia  de 
Braia  versus  "Bî'otlum  »,  dans  la  paroisse  de  Brie,  vers  le 
Breuil  (ce  qui  peut  signifier  du  côté  du  manoir  du  Breuil), 
huit  arpents  de  terre  arable  et  «  circa  dictum  Brolium  > 
viM/oz/rdudit  Breuil,  quinze  sous  de  menus  cens  en  terres 
arables,  à  cause  de  son  domaine,  sur  lesquelles  terres  elle 
avait  toute  justice,  comme  dame  du  domaine,  et  touslecasuel 
et  revenus  qui  pouvaient,  avec  la  totalité  du  domaine,  lui 
revenir  à  raison  de  la  seigneurie.  C'est  là  ce  qui  me  laisse 
supposer  que  le  manoir  était  en  sa  possession. 

La  dame  du  Breuil  donnait  un  cinquième  des  biens  précités 
à  rH<^tel-Dieu  de  Paris,  à  titre  d'aumône  et  lui  vendait  le 
restant  pour  quarante  sept  livres  parisis.  La  donation  et  la 
vente  étaient  faites  du  consentement  de  ses  fils  Adam,  Jean, 
Reynaud,  Thibaud,  Marie  de  Bellancourt,  Edouarde  de 
Villiers  et  de  Martin,  mari  de  cette  dernière.  Elle  eut  pour 
parant  Thibaud  de  Saint  port  (Sacro  portu)  —  aujourd'hui 
Seine-Port  —  chevalier. 

La  dame  du  Breuil  avait  déjà  donnéà  l'Hôtel-Dieu  de  Paris 
à  titre  d'aumcme,  ses  droits  sur  la  dîme  d'un  demi  arpent  de 
pré,  mouvant  du  même  lief.  Mais  un  de  ses  fils,  Reynaud, 
et  son  gendre  Martin ,  se  refusèrent  à  approuver  cette 
donation. 

Cependant  Richeut  de  Moncellet  était  en  puissance  féodale. 
Il  nous  est  ainsi  donné  d'apprendre  que  le  Breuil  était  mou- 
vant de  Gile  de  Rctalle.  C'est  à  ce  titre  que  Gile  amortit  pour 
quinze  livres  parisis,  la  vente  et  donation  de  sa  vassale.  La 
dame  de  Retalle  agissait  en  cette  circonstance  pour  ses 
Cîafants  mineurs  Simon  et  Anceau  avec  le  consentement  de  ses 
i'.utres  enfants,  Jean,  Pierre  et  Jeanne,  celle-ci  mariée  avec  un 
nommé  Jean.  Tous  deux  déclarèrent  avoir  reçu,  sur  les  quinze 
livres,  montant  de  l'amortissement,  la  somme  de  cent  sous. 


U)2  niSTOlUK    DE    LA   VILLK 

Au  dessus  de  Gile  de  Retalle,  enfin,  étaient  placés  féoda- 
lement  Robert  de  Servigny  (i),  chevalier,  et  sa  femme  Cécile, 
qualifiés  premier  seigneurs  du  fief.  Ils  amortirent  la  vente  et 
donation  pour  neuf  livres  parisis. 

On  saisit  ainsi  sur  le  fait  le  mécanisme  foncier  féodal.  Sur 
la  même  terre,  un  seigneur  dominant,  un  vassal,  un  arrière 
vassal  ont  des  droits  et  l'acquéreur  n'est  quitte  que  lorsque 
les  uns  et  les  autres  sont  désintéressés.  Dans  l'espèce,  ici. 
nous  voyons  qu'une  vente  consentie  primitivement  pour 
quarante  sept  livres  s'est  élevée  successivement  à  71  livres, 
soit  presque  So  p.  ux)  en  sus  du  prix  primitif. 

On  se  rend  compte,  également,  de  l'inextricable  réseau 
administratif,  financier  et  judiciaire  dans  lequel  se  trouvait 
enveloppé  le  territoire.  A  côté  de  l'Eglise,  du  seigneur, 
hauts  justiciers,  grands  propriétaires  indépendants,  sinon 
en  querelle,  entre  eux,  se  trouvent  les  féodaux  de  plus  mince 
envergure,  comme  cet  Herbert  de  Ruberte,  cette  Richeut 
de  Monsellet,  cette  Gile  de  Retalle,  et  tant  d'autres.  Ce  n'est 
pas  tout.  Sur  le  territoire  même  de  Brie,  des  seigneurs  du 
dehors  ont  des  prétentions  à  faire  valoir,  une  autorité  à 
exercer.  La  réciproque  est  naturellement  vraie.  Si  un  Robert 
de  Servigny,  si  un  Pierre  de  Huinsele  (2)  ou  Buisnele  ont  des 
vassaux  briards,  des  seigneurs  de  Brie  en  possèdent  hors  des 
limites  du  sol  de  Brie.  Témoin,  par  exemple,  cette  famille  de 
l^rie  dont  j'ai  eu  l'occasion  déparier  déjà,  (^'est  ainsi  que  par 
actes  de  12.48,  Guillaume  de  Brie  chevalier,  et  sa  femme 
Marguerite,  qualifiée  nobilis  millier,  noble  femme,  Jean  de 
Brie  et  sa  femme  Jeanne  —  probablement  les  deux  frères  — 
ratifient  la  donation  faite  par  un  Renaud-Polin  à  l'Hôtel- 
Dieu  de  la  mr)itié  d'une  grange,  appelée  Apollinais,  située  à 
Vert-le-(jrand. 

(\)  Servigny  est  peut-i"tre  dans  la  paroisse  de  Lieusaint.  11  existe  encore  là  une  ferme  de  ce 
nom  dans  la  commune. 

2)  En  1234,  au  mois  de  mars,  Raoul  de  la  Foret  ou  du  Bois  {de  Nemore),  chevalier  et  son 
frère  Adam  donnèrent  à  rHôtel-Dieu-  de  Paris  deux  arpents  de  terre  à  Bric,  au  terroir  de 
Morvilliers.  L'amortissement  fut  consenti  par  Jean  de  Buinsele,  écuyer,  probablement  marie  a 
Isabelle  de  Lissy.  car,  en  1249,  pour  le  même  acte,  intervient  Pierre  de  Buinsele  fils  d'Isabelle 
de  Lissy  et  Jeanne  sa  femme.  Peut-être,  comme  cria  a  été  propo>c.  faudrait-il  voir  d;ins  la 
Burelle,  hameau  de  Soignolles.  une  corruption  de  Buisnele. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  ]Ç)3 

En  synthétisant  tous  les  actes  que  je  viens  d'énuméreret 
de  citer,  il  est  une  remarque  qui  doit  être  faite  :  c'est  que 
tous  visent  des  terres  ou  immeubles,  situés  d'abord  au  dehors 
de  la  ville  même  de  Brie  ensuite  sur  la  partie  nord  du  terri- 
toire de  Saint-Lazare  à  Rubertin.  Nul  ne  vise  cette  partie  de 
la  plaine  qui  s'étend  de  la  route  de  Périgny  et  de  la  rive 
droite  du  Cornillot  à  TYcrres.  Ce  n'est  pas  là  évidemment 
le  liiit  du  hasard.  Puisque  ni  l'Eglise,  ni  l'Hôtel-Dieu  de  Paris 
n'acquéraient  rien  de  ce  côté  soit  par  don,  soit  par  vente, 
c'est  qu'ils  étaient  —  et  surtout  l'Eglise  de  Paris  —  déjà 
propriétaires  du  sol.  Cette  remarque  vient  corroborer  ce  que 
j'aiditdéjà  de  remplacement  de  la  terre  de  «la  Bienheureuse 
•Marie  »  dont  parle  la  charte  de  1208  et  qui  appartenait  au 
^-hapitre  de  Notre-Dame  de  Paris.   Cette  terre  s'étendait  au 
sud  de  la  ville  dans  la  direction  de  Villemcneuxet  vers  Grégy. 
^^y  nous  savons  que,  sur  cette  terre,  existaient  des  hôtes  de 
'  %lise  puisque  la  charte  de  1208  stipule  plusieurs  réserves 
^1  leur  égard.  Où  étaient  ces  hôtes  >  Nous  verrons  plus  tard 
^^  ils  formaient  eux  aussi  une  agglomération  comme  THôtel- 
'^U  de  Paris  en  avait  formé  une  autour  de  sa  maison  de 
^^nt-Christophe.  J'ai,  du  reste,  dans  un  chapitre  précédent 
^*ssé  pressentir  l'existence  de  ce  faubourg. 
^ï   ne  faudrait  pas  croire  que  l'Hôtel-Dieu  et  l'Eglise  de 
^ï^is  fussent  seuls  à  s'étendre  sur  le  territoire  de  Brie.  Les 
^^lig-ieux  de  Saint-Martin  des  Champs  s'efforçaient  euxaussi 
^    rnordre  à  cette  riche  et  belle  contrée.  Ceux-ci,  déjà  en 
^'-^î^session  de  Limoges,  grâce  à  Etienne  de  Senlis,  évêquede 
*^vis(ii33),  de  Fourches,  par  le  roi  Louis  VII  (1187),  delà 
^irrie  de  Grégy  (i  i5o)  travaillaient  à  arrondir  leurs  domaines 
^^  côté  de  Brie.  Ils  Unirent  par  prendre  pied  sur  son  terri- 
^<~>ire  dès  1 194,  sous  l'épiscopat  de  Manassé,  évéque  de  Paris. 
*^  cette  date  Milon  de  Courtery  et  son   lils  engagèrent  à 
l'abbaye    de    Saint-Martin    des  Champs,    pour    120  livres 
parisis  par  an,  la  dîme  qu'il  avait  à  Brie.  Cet  engagement  fut, 
peu  après,  transformé  en  vente  déllnitive,  en   i  itp  (i),  faite 
par  Milon,  fils,  à  l'abbaye  de  St-Victor. 

I.  AN    s.  2142. 

n 


194  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

Nous  ne  sommes  pas  au  courant  des  difficultés  que  l'in- 
trusion des  religieux  souleva  ;  tout  ce  que  nous  pouvons 
constater,  c'est  qu'il  s'en  produisit  car,  pour  les  résoudre, 
il  fallut  qu'un  accord  fut  passé,  en  1240,  entre  les  deux  curés 
de  Brie  et  les  procureurs  des  abbayes  qui  avaient  droit  de 
dîmes  sur  le  territoire,  (i) 

Cet  accord  n'empêcha  point  l'abbaye  de  Saint-Victor  de 
travaillera  son  extension.  Ses  efforts  paraissent  s'être  surtout 
portés  du  côté  de  Villemeneux.  Elle  rencontra  dans  Jean  de 
Villemeneux,  chantre  de  l'église  de  N.-D.  de  Melun,  dont  j'ai 
eu  l'occasion  de  citer  le  nom  plus  haut,  un  donateur  empressé 
ou  un  vendeur  bienveillant  ;  circonstance  favorable  pour  elle, 
puisque  ce  clerc  avait  des  terres  dans  les  paroisses  de  Brie, 
Mardilly  et  Evry.  Par  acte,  sous  le  scel  de  l'oflicialité  de 
Paris,  daté  de  1248,  Simon  de  Vaux,  chevalier  et  Héloyse,  sa 
femme,  desquels  mouvaient  et  relevaient  ses  terres,  permi- 
rent à  Jean  de  Villemeneux  de  les  vendre  ou  de  les  donner  en 
main  morte,  à  son  gré. 

Pareille  autorisation  fut  donnée  au  même,  en  I25i,  par 
Regnault  d'Egrenay,  chevalier,  de  qui  relevaient  les  dîmes 
que  Jean  de  Villemeneux  possédait  sur  le  territoire  de  Brie.  En 
même  temps,  Pierre  de  Villemeneux,  son  neveu  et  Jacqueline, 
femme  de  ce  dernier,  ratifiaient  les  dons  et  ventes  consenties 
par  leur  parent,  qui  ne  s'arrêta  pas  là,  puisque,  par  son  testa- 
ment, il  abandonna  encore  à  l'abbaye  de  Saint-Victor  deux 
muids  de  seigle  et  d'avoine  à  prendre  sur  les  dîmes  qu'il 
possédait  à  Brie. 

Déjà,  en  1227,  Simon  de  Cornilluel  —  probablement  de 
Cornillot  —  avait  donné  à  la  même  abbaye  un  arpent  de  pré 
situé  «  m  territorio  ville  minoris,  dans  le  territoire  de  Villeme- 
neux ». 

De  toutes  ces  transactions,  de  ces  legs,  de  ces  dons,  nous 
pouvons,  avec  une  approximation,  —  j'oserai  dire  presque 
suffisante  —  nous  rendre  un  compte  de  la  situation  territo- 


(I)  Malingre  dit  dans  son  Histoire  des  Antiquités  de  Paris,  p.  481  :  o  C'est  au  frère  Anselme  de 
Saint-Victor,  supérieur  de  l'abbaye  d'Hivernaux  qu'on  attribue,  communément,  la  transaction 
passée  entre  les  deux  curés  de  Brie  et  l'abbaye...  Cette  transaction  est  de  1241.  » 


DE   BRIE-COMTE- ROBERT  IQS 

rlale  de  Brie.  En  première  ligne,  le  Chapitre  de  Paris  pro- 
priétaire de  la  partie  la  plus  riche  et  la  plus  anciennement 
cultivée  ;  puis  le  seigneur,  propriétaire  plutôt  nominal  ayant 
entre  ses  mains  le  marché  dont  la  prospérité  va  apparaître 
dans  des  documents  ultérieurs  ;  après  eux  les  bourgeois, 
corps  constitué,   peut-être  plus  anciennement  établi  que  les 
deux  premiers,  mais  officiellement  admis  par  des  chartes  et 
des  titres  divers  à  une  sorte  d'indépendance  et  de  vie  propre  ; 
concurremment  l'Eglise  de  Brie  —  la  paroisse  —  avec  ses 
deux  administrations   temporelles  représentées    par  deux 
curés,  dont  l'un  était  toujours  prêtre  et  l'autre  pouvait  ne  pas 
l'être.  Enfin  de  gros  propriétaires,  comme  l'Hôtel-Dieu   de 
Paris,  et  déjà,  probablement,  l'Hôtel-Dieu  de  Brie,  un  ou 
deux  seigneurs  importants, commela  famille  de  Brie,  brochant 
sur  le  tout  quelques  parcelles  du  territoire  appartenant  à 
deux  ou  trois  abbayes  (i),  ou  à  des  seigneurs  des  environs. 

Ce  n'est  que  dans  le  siècle  suivant  que  vont  apparaître  des 
seigneuries  diverses  de  moyenne  importance  formées,  en 
ëri'ande  partie,  aux  dépens  du  domaine  de  l'Eglise. 

L*évêqueet  le  Chapitre  de  Paris  se  virent  alors  contraints 
^^  démembrer  leur  domaine  et  d'en  aliéner  peu  à  peu  des 
Partions  importantes,  d'où  la  constitution  de  propriétés, 
jouissant  de  droits  seigneuriaux,  dont  nous  suivrons  la  pro- 
Si^ession. 

î^ar  deux  fois,  il  nous  a  été  donné  d'entrevoir  deux  magis- 

'■^^ts  de  Tépoque.  Ce  sont  deux  baillis  ou  gardiens  du  bail- 

^^êre,  tous  deux  appartenant  au  seigneur  :  Simon  de  Cossigny 

^^    Baudoin  de  Villiers.  11   ne  faut  pas  attribuer  à  ce  titre 

^niportance  qu'il  prit  par  la  suite  et  qu'il  garda  pendant 

'  *)    Parmi  ces  dernières  figurait»  comme  cela  a  été  dit  plus  haut,  l'abbaye  d'Yerres.  Celle-ci 

'^*sé<iait  sur  la  dîme  de  Brie  ce  que  lui  avait  donné  Raoul  de  Chevry,  évéque  d'Evreux,  par 

-.      *cte  dont  j'ai,  d'ailleurs,  rapporté  la  date  et  la  substance.    Mais  l'exercice  de  ses  droits  ne 

Pas  sans  soulever  quelques  difficultés  avec  le  Chapitre  de  Paris  qui  avait  la  gouverne  d'une 

*^  '^ie  de  l'Eglise  de  Brie  —  la  partie  ecclésiastique,  s  il  est  parmis  de  s'exprimer  ainsi.  De  là, 

"   accord  transactionnel  réglant  les  contestations  ;  il  est  de  février  1274.  L'abbesse  d'Yerres 

P^^argeait,  par  cet  acte,  de  recevoir  la  totalité  de  la  dîme  donnée  par  Raoul  de  Chevry  au 

^^*Pttre,  à  l'Eglise  de  Brie  o  presbiteris  de  Braya  »,  au  monastère  <*  de  Footello  »  comme  à  sa 

P  **pre  abbaye.  L'Eglise  de  Brie  avait  pour  sa  part  quatre  septiers  de  blé  et  d'avoine.  L'abbesse, 

^  >^oin  de  son  couvent,  prenait   l'engagement  de  servira  chacun  sa  rente  ou  son  équiva- 

'^^t  au  cas  même  où  les  intempéries,  le  manque  de  récolte  ou  quelque  cause  que  ce  soit, 

'^'■^uite  ou  non,  aurait  détruit  ou  diminué  la  récolte. 


196  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

une  assez  longue  période.  L'étendue  de  la  juridiction 
dépassait  pas  le  domaine  seigneurial  et,  peut-être,  dans  J 
principe,  s'arrêtait-elle  aux  limites  du  fief  proprement  d . 
sans  s'étendre  aux  arriêre-ficfs.  Au-dessous  du  bailli  était  I 
prévôt,  officier  que  la  charte  de  1208  semble  désigner  pa 
ces  mots  «  l'homme  du  seigneur  »,  d'une  part  et  «  fhommc 
de  l'Eglise  »  de  l'autre,  c'est-à-dire  le  représentant  attitré  des 
deux  pouvoirs. 

Il  y  avait  donc  probablement  deux  prévôts  et  peut-être 
cette  charge,  pour  la  terre  de  fEglise,  s'acquérait-elle  à  prix 
d'argent.  C'est  ce  qui  semblerait  ressortir  de  ce  texte  em- 
prunté à  Guérard. 

(1216.)  De  ordinatione  prepositurarum  Parisiensis  ecclesie.  — 
Item  magister  Petrus  Bleseasis  reddere  tenetur,  interposito  jura- 
mento.  LX  libras  Parisieases,  pro  emptioae  facta  apud  Brayani, 
videlicet  XXIX  libras  rcddendas  infra  octavas  Pentecostes,  et  XL 
solidos  circa  festum  Sancti  Domiai  et  XXIX  libras  infra  octavas 
Purificationis 

Comme  l'exigeait  la  charte  de  1208,  le  prévôt  du  seigneur 

devait  prêter  le  serment  de  respecter  les  droits  de  l'Eglise. 

Il    nous    est  resté    une    trace   de   cette    formalité    dans    le 

(^artulaire  de  Notre-Dame  (i). 

IJnivcrsis  présentes  Hueras  inspecturis  offjcialis  curie  Parisiensis. 
salulem  in  Domino.  Noluni  facimus  qaod,  anno  Doinini  niillesimo 
ducenlesimo  sepluagesimo  secundo,  die  mercurii  post  octabas 
Purilicalionis  bcale  Marie  Vir^^inis  (2),  Johanncs  dictus  Roichefort, 
prcposilus  de  Brava  juravit  in  presencia  nostra,  in  capitulo  Pari- 
siensi.  se  servaturum  jura  ecclesie  Parisiensis,  que  habet  in  villa  de 
Brava,  prout  in  instrumento  super  hoc  confecto  plenius  continetur. 
In  cujus  rei  testimonium.  présentes  litteras  sigillo  l^arisiensis  curie 
fecimus  sigillari.  Datum  anno  et  die  predictis. 

Nous  verrons  au  chapitre  suivant  les  modifications  que 

subit  l'assiette  judiciaire  à  Brie,  pendant  le  XIV'*  siècle. 


:,l)  Cartitlaire  de  ÎXûtre-Dilme,  I.  p.  593. 

(2)  La  fête  de  la  Purification  est  fixée  au  2  février.  Il  s'agit  ici  de  l'année  1273  nouveau  style. 


i-COMTL-KOlSI-JHT    (!) 


CHAPITRE  IV 


t'n  changcnicnt  notable  se  fait,  dès  les  premières  années 
du  XlV"  siècle,  sinon  dès  les  toutes  dernières  du  siècle  précé- 
•^■-'"t.  dans  la  situation  administrative  et  judiciaire  de  Brie. 
'-Ile  acquiert,  enlin,  le  ranj^  de  chàtellenie  que  lui  déniait  si 
'-'bstind-mcnt  le  prévôt  du  nii,  â  (](irbeil,  ainsi  que  je  l'ai 
'"''PPorté  d'après  les  Olim. 


igS  HISTOIRE  DE  LA  VILLE 

La  date  exacte  de  cette  transformation  est  difficile  à  préci- 
ser. J'incline  cependant  à  croire  qu'elle  coïncida  avec  la 
modification  apportée,  à  la  même  époque,  au  nom  de  la 
ville. 

Jusqu'à  la  fin  du  XIII*  siècle,  Brie  s'est  toujours  appelée 
Bray,  Braya  ou  Bria,  Il  n'est  pas  un  document  de  cette 
époque  qui  porte  une  adjonction  quelconque  à  cette  dénomi- 
nation. Au  XI V'  siècle,  seulement,  Braya  devient  Braya- 
Comilis-Roberti,  ce  qui  devrait  se  traduire  exactement  Braie- 
du-Comie-Robert,  ce  qui  est  devenu,  aujourd'hui,  Brie-Comte- 
Robert. 

Le  nom  nouveau  dut  difficilement  prévaloir  sur  l'ancien, 
car,  môme  au  milieu  du  XIV^  siècle,  des  aveux  et  dénombre- 
ments nomment  Brie,  Braya,  tout  court,  comme  au  bon  vieux 
temps.  Braya-Comitis-Roberti  demeura  probablement  pen- 
dant de  longues  années  le  nom  officiel  de  la  ville  et  l'on  peut 
imaginer  combien  les  gens  du  pays  durent  souvent  exprimer 
leur  mécontentement  pour  ce  changement  à  leurs  habitudes 
séculaires  et  dont  l'usage  parait,  aujourd'hui,  si  naturel. 
Cette  considération,  à  défaut  d'autres,  légitimerait  ce  que  je 
disais  plus  haut  au  sujet  de  la  coïncidence  entre  l'érection 
de  Brie  en  chiitellenie  et  le  changement  apporté  à  son  nom. 

Il  y  a  là  un  acte  du  pouvoir  autant  pour  l'une  que  pour 
l'autre  de  ces  transformations.  Lorsque  Braya  devint  châtel- 
lenie,  casiellania  Braie  ou  Braye,  on  s'aperçut  tout  aussitôt 
qu'il  fallait  absolument  distinguer  cette  châtellenie  d'une 
autre,  portant  exactement  le  même  nom,  pour  éviter  des 
confusions  et  des  complications  faciles  à  comprendre.  De  là 
les  dénominations  :  casiellania  Braiœ  super  Sequanam, 
(châtellenie  de  Bray-sur-Seine)  et  Casiellania  T^raix  Comiiis 
Roberii  (châtellenie  de  Bray-du-Comte-Robert).  Si  donc  le 
nom  nouveau  ne  fut  pas  donné  à  Brie  le  jour  même  où  cette 
ville  fut  élevée  au  rang  de  châtellenie,  il  le  fut  peu  après. 
Quant  â  l'époque  où  eut  lieu  cette  modification  elle  pourrait, 
sans  crainte  d'erreur  trop  grossière,  être  placée  vers  l'an  kmk). 

A  cette  date,  la  tille  ainée  de  Philippe  d'Artois  et  de  Blanche 
de  Bretagne,  que  nous  avons  vue  à  la  lin  du  XIII"  siècle  en 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  IQQ 

possession  de  la  seigneurie  de  Brie-Comte-Robert,  Margue- 
rite d'Artois,  se  mariait  avec  Louis  de  France.  Louis  était  le 
frère  de  Philippe  IV  dit  le  Bel,  alors  sur  le  trône.  Le  roi  cons- 
titua en  apanage  à  son  frère  le  comté  (i)  d'Evreux,  le  comté 
d'Estampes  et  celui  de  Beaumont  et  Louis  de  France  prit  le 
nom  de  Louis  d'Evreux.  Marguerite  d'Artois  apportait  en 
dot  la  seigneurie  de  Brie-Comte-Robert.  Il  ne  me  paraît  pas 
douteux  que  Philippe  IV,  qui  était  profondément  jaloux  de 
l'autorité  royale  et  fortement  imbu  de  la  supériorité  de  sa 
famille  sur  la  noblesse,  ait  très  facilement  consenti  à  faire  du 
^^eigneur  de  Brie,  un  châtelain,  n'eut-ce  été  que  pour  sous- 
traire son  domaine  à  l'autorité  du  prévôt  de  Corbeil.  Ce 
serait  donc,  jusqu'à  plus  ample  informé,  à  la  première  année 
du  XIV*  siècle  —  ou  à  la  dernière  du  XIII%  suivant  les  opi- 

• 

nions  contraires  sur  cette  façon  de  s'exprimer  —  en  i3cK),  en 
"^  niot,  que  Brie  serait  devenue  châtellenic  sous  le  nom  de 
^^^ya'Comitîs-'I{obertî, 

On  conçoit  le  sentiment  tout  naturel  qui  conduisit  un 

^^^  capétien,,  son  frère  et  la  descendante  de  princes  capé- 

"^ns  à  donner  à  leur  domaine  le  nom  du  premier  prince  de 

^^rne  race  qui  en  fût  le  propriétaire.  Le  frère  du  roi  de 

iTance  entrait  comme  châtelain  sur  une  terre  que,  i5o  ans 

^^Paravant,  le  frère  d'un    autre  roi  de  France  recevait  en 

^Panage.  C'était   rappeler  ce  souvenir  que  de  faire  de  la 

^*^àtellenie  nouvelle,  la  châtellenie  de  Bric-Comte-Robcrt. 

J^rie,  très  fugitivement,  avec  Pierre  d'Alençon,  avait  vu 
^^sserrer  les  liens  qui  l'unissaient  depuis  si  longtemps  à  la 
'^niiiie  royale  ;  elle  allait  par  Louis  d'Evreux  entrer  dans  le 
^^^niaine  de  la  Couronne,  d()nt  clic  ne  cessera  plus,  ou  à 
P^^  près,  de  faire  partie  jusqu'à  la  veille  de  la  Révolution  (2). 
Marguerite  d'Artois  mourut  le  24  avril  i3i  i  (3).  Son  mari, 
^^Uis  d'Evreux  mourut  en  i3icj.  Ils  laissaient  deux  enfants. 

''j   Le  mot  comté  était  autrefois  féminin  :   on  disait  la  comté  d'Evreux,  la  comté  i'Etampes,  le 
"**sculin  a  prévalu  depuis  et  j'écris  en  langage  moderne  le  comté  d'Evreux,  etc.,  etc. 

v^)  Il  est  vrai  que  de  1170,  date  de  la  mort  de  la  reine  Jeanne,  a  1376  date  à  laquelle  sa  fille, 
™*nche,  fit  don  de  la  châtellenie  au  roi  Charles  V,   la  châtellenie  ne  compta  point  littérale- 
^^^X  au  domaine  royal.  Mais  elle  en  faisait  virtuellement  partie  et  Blanche,  par  l'acte  de  1376, 
n«  fit  que  consacrer  cet  état  de  choses. 
vî)  Elle  fut  enterrée  dans  le  chœur  des  Jacobins  à  Paris, 


200  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

Le  cadet,  Philippe  d'Evreux,  qui  épousa  Jeanne  de  France, 
fille  de  Louis  X,  le  Ilutin,  devenant  ainsi  le  neveu  du  roi  de 
France  ;  rainée,  Jeanne,  dame  de  Brie-Comte-Robert,  qui 
épousa  Charles  IV,  le  Bel  ;  chose  bizarre,  cette  union  faisait 
du  frère  de  Jeanne  son  propre  neveu  puisque  Philippe  V, 
Louis  XetCharles  IV,  qui  se  succédèrent  sur  le  trône,  étaient 
trois  frères. 

Au  moment  où  s'ouvre  le  XIV"  siècle  la  future  reine  de 
France  allait  venir  au  monde.  Elle  f^^randit  au  bruit  des 
différends  entre  son  oncle,  Philippe  IV  le  Bel  et  le  pape 
Boniface  VIII,  des  odieuses  persécutions  des  Juifs  et  de 
l'inique  procès  des  Templiers. 

Je  n'ai  point  ici  il  faire  l'historique  des  débats  entre  la  cour 
de  France  et  celle  de  Rome,  de  l'affaire  de  l'évèque  de 
Pamiers,  non  plus  que  de  l'ambassade  et  du  coup  de  force 
de  Nogaret  sur  la  personne  du  pape  lui-même.  Ma  tiiche  est 
certes  plus  modeste.  Je  me  borne  à  signaler  l'attitude  singu- 
lièrement modérée  de  Philippe  IV  et  de  son  conseil  envers 
Boniface  au  lendemain  de  la  fatale  bataille  de  Courtrai  (ii 
juillet  i3()2)  où  le  roi  perdit  son  chancelier,  Pierre  Flote  (i). 
Aux  concessions  manifestes  de  Philippe,  le  pape  répondit 
par  un  langage  à  la  fois  hautain  et  méprisant.  «  Les  excuses 
du  roi  sont  frivoles  »  écrivait-il  à  son  légat,  le  cardinal 
Lemoinc.  A  l'évèque  d'Auxerre,  au  comte  Charles  de 
Valois,  à  ses  amis  et  partisans  en  France,  il  exprimait,  en 
même  temps,  tous  ses  griefs  et  exhalait  toutes  ses  plaintes. 
Ce  fut  Nicolas  de  Bicnfaite  (2),  archidiacre  de  Coutances, 
qui  fut,  le  i3  avril  i'M)[\  chargé  de  porter  ces  diverses 
bulles  de  l^onifacc  à  leurs  destinataires. 

Nicolas  de  Bicnfaite  arrivait  à  peine  en  France  qu'un  ordre 
roval  l'arrêtait  à  Troves,  le  dépouillait  et  l'enfermait.  Un 
changement  radical  s'était  fait  à  la  cour  de  France,  sous 
rinllucnce  de  Cuiillaumc  de  Nogaret.  Le  12  mars  r2()3,  une 
assemblée  à  laquelle  assistait  Louis  d'ICvreux,  frère  du  roi, 

(I;  Originairr  de  l".\u vergue.  Flote  prit  part  aux  travaux  de  la  canonisation  de  St-l.ouis.  à 
Rome  (1292  . 

2)  On  verra  plus  loin,  lorsque  nous  nous  occuperons  des  fiefs,  qu'il  existait  à  Brie  un  ficf 
dit  des  Bienfaite>.  Un  des  boulevards  de  la  ville  porte  encore  ce  nom. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  201 

soigneur  de  Brie,  approuva  une  requête  de  Nogaret  propo- 
SLint  d'enfermer  provisoirement  le  pape  et  donnant  au  roi 
ot:  aux  cardinaux  la  facilité  d'établir  «  un  vicai»'e  de  TEglise 
i~omaine  pour  ôter  toute  occasion  de  schisme  jusqu'à  l'élec- 
tion du  nouveau  pape.  » 

Le  i3  juin,  alors  que  Nogaret  et  les  gens  du  roi  étaient  en 

Italie  pour  mettre  à- exécution  les  résolutions  précédentes, 

lc2  comte  d'Evreux  (Louis,  seigneur  de  Brie),  les  comtes  de 

•aint-Pol  et  de  Dreux,  Guillaume  de  Plaisians,  chevalier, 

nouvelèrent  contre  Boniface,  au  Louvre  «  devant  les  nota- 

fc>lcsdu  royaume,  ecclésiastiques  et  laïques,  assemblés  en 

p:>résencedu  roi,  les  réquisitions  du  mois  de  mars,  et  l'appel 

i-^u  futur  concile.  »  La  conséquence  de  tout  ceci  fut  le  coup 

cie  force  d'Anagni  qui  fit  de  Boniface  le  prisonnier  du  repré- 

i=;entant  de  Philippe  le  Bel  (i)   (7   septembre    i3o3).   Le    11 

octobre  suivant,  Boniface  mourut. 

Il  est  incontestable  que,  dans  cette  affaire,  le  seigneur  de 
lîrie,  Louis  d'Evreux,  ne  marchanda  pas  son  appui  à  Philippe 
le  Bel.  C'est  pour  nous  le  seul  enseignement  que  nous  ayons 
il  en  tirer  ici. 

Les  différends  avec  Boniface  venaient  à  peine  de  se  termi- 
ner par  la  mort  du  pape  et  l'élection  de  Bertrand  de  Got, 
c.mdidat  français,  sous  le  nom  de  Clément  V(2),  ques'ouvrit 
le  fameux  procès  des  Templiers.  Le  r3  octobre  i3o7,  tous 
les  Templiers  de  France  furent  arrêtés,  à  la  même  heure,  et 
les  biens  de  l'Ordre  furent  saisis,  au  nom  de  l'Inquisition, 
sous  l'inculpation  d'hérésie.  On  connaît  ce  long  procès  qui 
ne  se  termina  que  le  18  mars  i3i4  par  le  bûcher  de  l'ile  des 
Juifs,  à  Paris,  où  périrent  dans  les  llammes  le  grand  maître, 
Jacques  de  xMolai,  et  le  précepteur  de  Normandie,  Geoffroi 
de  (]harnai  ;  on  sait  avec  quelle  âpreté,  quelle  cruauté  et 

I)  On  dit  quf  Boniface,  abandonne  de  tous,  attendit  les  agresscurb,  les  clés  et  la  croix 
dans  les  mains.  Les  premiers  qui  se  prccipitcrcnt  dans  la  chambre  où  il  était  furent  les  hom- 
m.'s  de  Sciarra  (un  des  ('olonn  »,  famille,  ennemie  irréconciliable  de  Boniface)  ;  ils  accablè- 
rent le  vieillard  (Boniface  avait  Sh  ans  de  menaces  et  d'injures;  Sciarra  voulait  le  tuer  ; 
dnpres  une  tradu:tion  célèbre,  mais  qui  nest  pas  corroborée  par  des  témoignages  contempo- 
raii.s.  il  l'aurait  soufleté.  »  M.-(i!h.-V.  Langlois,  dans  VHisloin  de  France,  publiée  par  M.  Lavisse 
(t.  111,  cliap.  2.  p.  i()4). 

'2    I  e  s.iccesseur  immédiat  de  Poniface  VllI  fut  Benoit  XI  ;    mais  il  ne  vécut  que  quelques 
mois.  Benoit  XI  u.ourut  le  y^uillet  1304  ;  Clément  V  fut  élu  le5  juin  1305. 


202  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 


quels  dénis  de  justice  fut  poursuivie  cette  affaire  par  lee 
dominicains,  alliés  à  Xogaret.  Sans  m'arrêter  à  ces  récit= 


douloureux,  à  ces  tortures,  à  ces  échafauds  embrasés  (i),  i 
m'est  permis  de  me  demander  si  des  Briards  n'appartinren 
pas  à  l'Ordre  du  Temple. 

A  priori,  il  semble,  à  peu  près  évident,  qu'il  en  fut  ainsi 

Les  Templiers  avaient,  en  effet,  depuis  le  milieu  du  XIII 
siècle,  une  commanderie  à  Senteny  (2).  Il  est  fort  à  croire  quti 
ce  voisinage  dut  provoquer  dans  le  pays  des  affiliations.  Il 
est  constant  d'autre  part  qu'il  est  des  frères  du  Temple  dont 
l'origine  semble  véritablement  briardc. 

Dans  l'interrogatoire  de  1807,  je  relève  notamment  urx 
Guillelmus  de  Braie,  appelé  ailleurs  Guillelmus  de  Braye  ; 
ce  nom,  on  en  conviendra,  est  fort  suggestif  (3)  à  cet  égard.  A^ 
vrai  dire,  rien  ne  prouve  que  ce  Guillaume  de  Brie  ait  été  ua 
des  acteurs  de  la  sombre  tragédie  de  l'époque  puisqu'il 
n'apparait  que  comme  témoin  de  réceptions  dans  l'Ordre, 
faite  plusieurs  années  auparavant,  mais  il  me  suffit  de  cons- 
tater la  présence  de  Briards  parmi  les  Templiers. 

De  ce  nombre  me  paraît  être  également  un  Jean  de  Brie, 
devant  lequel  fut  reçu  un  certain  Lambert  le  Flamand. 

Peut-être  se  rappellera- t-on,  à  propos  de  ce  dernier  nom, 
que,  dans  le  chapitre  précédent,  j'ai  cité  un  acte  du  12  mars 
1235  par  lequel  Aiibry  le  Flamand  vend  une  pièce  de  terre, 
sise  au  Rubertin  (4).  Il  y  a  là  une  homonymie  qui  pourrait 
paraître  probante  pour  ma  thèse. 

(1)  Le  12  mai  i^io,  S4 Templiers,  comiamnés  par  l'archevêque  de  Seni,  furent  empilés  dans 
des  charrettes,  et  biùlcs  publiquement  entre  le  Bois  de  Vincennes  et  le  Moulin-à-Vcnt  de 
Paris,  hors  de  la  porte  Saint-Antoine.  «Ils  souffrirent,  dit  un  chroniqueur  contemporain, 
avec  une  constance  qui  mit  leurs  âmes  en  grand  péril  de  damn  ition.  car  elle  induisit  le  peu- 
ple ignorant  à  les  considérer  comme  innocents  ».  {Histoire  de  France^  de  M.  Lavisse,  tome  III, 
livre  II,  p.  192;. 

(2)  Senteny.  village  du  département  de  Seine-et-Oise  (canton  de  Boissy-Saint-Léger),  à  8 
kil.  de  Brie-('omte-Robert  sur  la  route  de  Paris. 

(3)  Interrogatoire  de  Robert  de  Momboin.  âgé  de  40  ans  :  <*  Dixit  per  juramentum  suum 
quod  fuit  rcceptus  in  domo  de  Themis.  in  ballivio  de  Prunay,  per  fratremSymonem  de  Quinci. 
preceptorem  dicte  ballivic.  scxdecim  j-nni  sunt  elapsi,  vel  circa,  presentibus  fratribus  GuilUlmo 
deHraieçX  fratre  Egidio  Monachi  ». 

Interrogatoire  de  Nicolas,  de  Mesnil-sous-Montiérender.  50  ans  :  «  Dixit  per  juramentum 
suum  quod  XX  anni  vd  circa  erunt  in  fcsto  Penthccostes  ptoximo  futuro.quod  ipsefuit  recep- 
tus  in  domo  de  Pusians  Nubtus  Laudunum,  per  fratrem  Petruni  Normaniœ  militem,  precepto- 
rem ballivie  Laudunensis.  presentibus  fratribus  GuilUlnio  de  Brayc,  preceptorem  de  Moisiaco.  » 

(4)  V.  p.  178  et  p.  180  (jiote; 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  203 

Je  serais  moins  affîrmatif  pour  d'autres  tels  que  Michaele 
de  Bria,  Godefroi  Picard,  preceptor  de  Bria,  le  mot  Bria  me 
paraissant,  ici,  plutôt  désigner  la  province  de  Brie  que  la 
ville  de  Braye. 

Il  n'en  reste  pas  moins  tràs  vraisemblable  que  des  Briards 
prirent  leur  part  dans  ce  drame  judiciaire  et  malheureuse- 
ment ,  selon  toute  apparence  du  côté  des  victimes. 
Quant  au  seigneur,  ce  môme  Louis  d'Evreux  dont  nous 
citions  le  nom  tout  à  Theure,  il  est  fort  à  présumer  qu'en 
cette  circonstance,  il  suivit  et  approuva  la  politique  de  son 
frère  Philippe-le-Bel,  comme  il  semble  avoir  —  chose  regret- 
table —  suivi  et  adopté  cette  môme  politique  à  Tendroit  des 
Juifs. 

Pour  ceux-ci  comme  pour  les  Templiers,  la  persécution 
fut,  en  très  grande  partie,  dictée  par  la  cupidité.  Les  uns  et  les 
autres  avaient  de  véritables  trésors  convoités  par  le  roi  et  ses 
conseillers.  Les  uns  et  les  autres  furent,  dans  ces  tristes  cir- 
constances, beaucoup  plus  les  victimes  de  leurs  richesses  que 
delà  passion  religieuse.  On  ne  songea  à  faire  des  Templiers 
des  hérésiarques  que  lorsqu'on  voulut  les  dépouiller  et  à 
exciter  le  fanatisme  chrétien  contre  les  Juifs  que  lorsqu'on 
prit  la  résolution  de  les  spolier. 

Bien  que  durant  la  moitié  du  XUV  siècle,  les  Juifs  aient  été 
en  différents  lieux  de  France  victimes  de  brutalités  et  même 
de  persécutions  sanglantes  (i),  aucune  mesure  générale 
n'avait  été  encore  prise  à  leur  égard  depuis  Philippe-Auguste. 
Au  commencement  du  XIV»*  siècle  les  colonies  juives  étaient 
encore  llorissantes:  v  Elles  entretenaient  des  écoles,  et  dans 
ces  écoles,  la  vie  intellectuelle  était  intense,  les  luttes  des 
théologiens  contre  les  philosophes  étaient  très  vives...  Les 
juifs  possédaient  de  grands  biens,  et  ils  avaient  entre  les 
m  lins  des  créances  considérables  (2)  ». 

J'ai  déjà  prouvé  qu'il  existait  certainement  une  importante 

'  Treize  personnes  des  deux  sexes,  pour  ne  citer  que  cet  exemple,  appartenant  à  la 
famille  d'un  juifdc  Troyes,  Isaac  (Châtelain,  personnage  riche  et  lettré,  périrent  sur  le  bûcher 
le  14  avril  1288. 

2    MA.  Coville,  p  ofesseur  à  1  Université  de  Lyon  \  Histoire  de  France,  publiée  par  M.  Lavisse, 
tJ  ..c  IV,  chap.  V.  p.  223;. 


204  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 


colonie  juive  à  Brie.  La  charte  de  1208  le  dit  implicitement 
et  en  même  temps  elle  nous  fixe,  dans  une  certaine  mesure, 
sur  l'emplacement  de  cette  cr>lonie.  Ce  document  établit,  en 
elTet,  que  la  terre  de  l'Eglise  de  Paris  est  interdite  aux  Juifs  : 
ceux-ci  ne  pouvaient  donc  demeurer   que  sur  le  territoire- 
appartenant  au    seigneur.  Or,    pour   qui   connaît   l'esprit^ 
mercantile  de  la  race,  il  est  à  croire  que  la  colonie  juive  duti 
s'établir  aussi  près  du  Marché  que  possible,  et,  précisément^ 
nous  avons,  là,  deux  rues,  la  rue  des  Fripiers —  aujourd'hui 
de  la  Madeleine  —  et  la  rue  (îraterie  (rappelant  les  regrat- 
tiers)  —  aujourd'hui  des  Halles,  qui  semblent  avoir  été  plus 
particulièrement  habitées  par  les  Juifs.  La  tradition   veut, 
même,  que  ces  derniers  aient  eu  leur  synagogue  sur  l'empla- 
cement occupé  actuellement  par  la  maison  Lépagnol.  C'est 
fr)rt  probablement  en  raison  de  cette  tradition  que  Ton  a 
donné  le  nom  de  rue  des  Juifs  à  la  voie  qui,  jusqu'à  la  lîn  du 
siècle  dernier,  avait  été  dénommée,  rue  Boissanté. 

«  Le  -21  juillet  umô,  tous  les  Juifs  furent  arrêtés,  leurs 
biens  et  leurs  livres  de  commerce  furent  saisis  d'un  bouta 
l'autre  de  la  France  (i).  Un  ne  sait  pas  s'il  y  eut  des  résis- 
tances. On  sait  seulement  que  l'opération  fut  faite  tantdans 
le  domaine  royal,  que  dans  les  seigneuries  particulières,  où 
les  Juifs  étaient  une  proie  d'autant  plus  désirable  que, 
jusque-là,  ilsavaient  été  exploités  avec  plus  de  modération... 
Tous  les  biens  meubles  et  immeubles  des  Juifs  furent  rapi 
dément  inventoriés  et  mis  en  vente  publique.  Quelques-uns 
avaient  eu  le  temps  de  cacher  des  objets  précieux  ;  la  chasse 
aux  trésors  cachés  s'ouvrit,  et  la  cinquième  partie  des  trou- 
vailles fut  promise  aux  dénonciateurs.  Des  receveurs 
centralisèrent  les  espèces,  l'argent  provenant  des  ventes  et 
les  joyaux  d'or  et  d'argent,  coupes,  ceintures,  anneaux,  etc., 
qui  furent  envoyés  à  la  Monnaie, à  l'exception  des  plus  belles 
pièces,  réservées  au  roi.  Les  ventes  d'immeubles  furent 
échelonnées  sur  plusieurs  années,  alin  de  ne  pas  avilir  les 
prix....    Plusieurs    procès-verbaux   d'adjudication   existent 

(I)  On  Usa,  à  rci^ant  de>  Juifs,  du    nu'inc  procodé  qui  avait  si  parfaitement  réussi  avec  IfS 
Templiers.  On  sent,  dans  la  mesure  employée,  la  même  main,  celle  de  Guillaume  deNogant, 


DE    BRIE-COMTK-RO!lERT 


2.^5 


:ncore  ;  ils  font  voir  que  quelques-unes  des  maisons,  des 
■écoles,  des  jardins  et  des  cimetières  des  Juifs  atteignirent  un 
jîrix  élevé.-..  ■>  (i). 

La  persécution  ne  s'arrcta  pa.s  là.  Snus  la  pressi'in  de  la 
"bourgeoisie,  Louis  \  autorisa  les  Juifs  chassés  du  royaume 
par  son  père  à  y  rentrer.  Mais  en  i32i,le  irjjuin,  Philippe  V 
les  spolia  de  la  même  façon  que  les  avait  spuliés  Phîlippe- 
le-Bol.  <i  Tous  les  Juifs  du  royaume  furent  pris  et  emprison- 
nés, et  leurs  biens  inventoriés  (2).  »  Seulement  cette  fois,  on 
ne  se  borna  pas  ù  la  c.mlisc^ition  de  ieiirs  biens,  ils  furent 
traites  cumme  les  lépreux,  dunl  ju  dirai  plus  loin  quelques 
mots. 


On  peut  dire,  de  la  sorte,  que  si,  par  une  circonstance 
exceptionnelle,  la  cnlnnie  juive  de  Bric  échappa  d  la  pre- 
mière pruscriptinn,  elle  ne  dut  pas  échapper  à  la  seconde. 
Après  i32i,  il  ne  devait  plus  exister  que  le  souvenir  de  la 
juiverie  briardc  :  c'est  ici  le  lieu  de  rappeler  ce  texte 
emprunté  à  un  compte  de  recettes  de  In  reine  Jeanne,  texte 
que  j'ai  déjà  cité. 

i«,  de  M.  Uvis^w.  Op.  cit. 


206  HISTOIRE   DE  IJi  VILLE 

«  Dou  louage  du  cimetire  qui  fu  aus  juys  à  Braye  ». 

Cette  simple  phrase  n'a-t-elle  pas  son  éloquence  ?  Ne  dit- 
elle  pas  que  le  vent  de  la  persécution  a  passé  par  là  ?  Après 
ce  que  nous  savons  des  spoliations  de  i3o6  et  de  i32i,  peut- 
il  rester  un  doute  à  cet  égard  ?  Je  ne  crois  pas  que  ce  soit 
possible,  et  il  me  semble  lire  dans  ces  mots  «  le  cimetière  qui 
filiaux  juifs  »  comme  Tépitaphe  de  toute  la  colonie  disparue. 

Y  eut-il  des  «  Lombards  »  à  Brie  ?  Le  souvenir  n'en  est  pas 
resté.  Le  Marché,  les  nombreuses  affaires,  les  transactions 
qui  s'y  traitaient  durent  cependant  les  attirer.  Il  est  possible 
néanmoins  que  leurs  agents,  sinon  eux-mêmes,  aient  fréquen- 
té la  place,  sans  y  faire  séjour.  Etait-ce  l'un  d'entre  eux  dont 
on  trouve,  vers  1840,  la  trace  dans  les  comptes  de  la  reine 
Jeanne  ? 

«  Jehan  le  Cuin,  marchant  et  changeur,  qui  avoit  prins 
pieça  à  droit  cens  une  place  vuide  contenant  le  large  dune 
travée  de  la  halle  aus  cordonengniers  devant  la  maison  au 
barbier...  pour  ediffier  massonner  et  mettre  grant  amende- 
ment.... il  sen  est  alez  et  ne  le  scet  len  ou  trouver  quil  na 
rien  au  lieu  ne  ailleurs  que  len  sache  et  si  ny  fist  onques  riens 
ne  paia...  » 

Ce  manieur  d'argent,  marchant  et  changeur,  qui  semble 
avoir  jeté,  en  arrivant,  beaucoup  de  poudre  aux  yeux,  promis 
pas  mal  de  choses  et  annoncé  autour  de  lui  des  projets 
quelques  peu  grandioses,  qui  disparaît  ensuite  sans  qu'on 
sache  ce  qu'il  est  devenu,  laissant  probablement  derrière  lui 
un  certain  nombre  de  dupes,  y  compris  le  trésor  de  la  reine 
Jeanne,  a  un  parfum  exotique  pouvant  permettre  de  croire, 
comme  les  Lombards,  à  une  origine  d'outre-mont. 

Quoiqu'il  en  soit,  et  précisément  parce  qu'il  s'agissait  de 
les  pressurer,  les  Lombards  furent,  eux  aussi,  tourmentés 
sous  prétexte  d'usure,  comme  on  avait  tourmenté  les  Tem- 
pliers sous  prétexte  d'hérésie,  moins  cruellement  cependant 
que  les  Juifs.  Jusqu'au  changeur  de  Charles-le-Bel,  le  propre 
mari  de  la  reine  Jeanne,  Mâche  de  Mâches,  dont  les  biens 
furent  confisqués,  en  compagnie  de  beaucoup  d'autres 
d'ailleurs. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  207 

Il  semblait,  en  vérité,  que  les  derniers  Capétiens,  ù.  court 
d'argent,  se  soient  acharnés  à  tuer  les  poules  aux  (jeufs  d'or 
quisetaient  donné  rendez-vous  sur  la  terre  de  France.  F()lie 
criminelle  et  cupide  qui  n'avait  pas  même  pour  excuse  la 
raison  d'Etat  ou  le  bien  général,   car  si  les  rois  mettaient 
ainsi  à  la  géhenne  les  linanciers  étrangers  ou  cosmopolites, 
ils  molestaient  en  même  temps  leurs  sujets  français  par 
raltêration  des  monnaies.  Philippe-le-Bel  donna  l'exemple, 
dès  1295;  ses  fils  et  notamment  Charles-le-Bel,  qui  fut,  par 
son  mariage  avec  Jeanne  d'Evreux,  seigneur  de  Brie,  conti- 
nuèrent ses  détestables  pratiques.  Les  Valois,  successeurs 
des  Capétiens,  ne  manquèrent  pas  aussi  d'y  avoir  recours. 
J'aurai  à  revenir   sur   ce   sujet   lorsque    j'examinerai    les 
documents  financiers  du  temps,  intéressant  Brie. 

On  voit  au  milieu  de  quelles  agitations  politiques,  reli- 
prieuses  et  économiques  grandit  la  fille  de  Louis  d'Evreux, 
la  future  dame  de  Brie-Comte-Robert  qui  alkut  être  reine  de 
VrancQ.  Ce  ne  fut  pas  tout,  l'n  scandale  elïroyable  éclata,  en 
i3i4,  à  la  cour  de  France,  scandale  dont  Jeanne,  alors  âgée 
de  14  ans  environ,  dut  assurément  comprendre    toute  la 
portée.  Il  en  faut  dire  quelques  mots  ici  puisque  (Charles-le- 
Bel,  qui  devait  être  le  mari  de  Jeanne  d'Evreux,  y  fut  mêlé. 

On  connaît,par  les  romanciersetlesdramaturges,  la  légende 
de  la  tour  de  Xesle.  Une  reine  —  la  légende  dit  que  ce  fut 
Marguerite  de  Bourgogne  —  attirait,  chez  elle,  à  la  tour  de 
Xcsle,  des  étudiants,  et,  après  s'être  amusce  d'eux,  les  faisait 
jeter  à  Teau.  L'un  d'eux, Buridan,  parun  stratagème  échappa 
à  la  mort. 

Mais,  comme  l'écrit  M.  Langlois,  c'est  là  de  la  légende.  Les 
chroniqueurs  du  commencement  du  XW'  siècle  ne  parlent 
ni  de  Buridan,  ni  de  la  Tour  de  Xesle,  ni  d'hommes  jetés  à 
Teau. 

Les  contemporains  se  bornent  à  dire  que  deux  chevaliers 
de  la  maison  royale  furent  accusés  d'avoir  eu  une  intrigue 
avec  Marguerite  de  Bourgogne  et  avec  Blanche  de  Bour- 
gogne. 

ff  Interrogés,  dit  AL  Langlois,  les  deux  chevaliers  avoué- 


208  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

rent  ;  on  avait  alors  une  manière  d'interroger  qui  eût  forcé 
la  discrétion  du  plus  galant  homme.  »  Les  malheureux  furent 
écartelés,  châtrés,  décapités  et  suspendus  au  gibet  ;  leurs 
biens  furent  confisqués.  Des  complices  ou  prétendus  tels, 
nobles  ou  roturiers,  furent,  paraît-il,  également  torturés  et 
mis  à  mort. 

Marguerite  de  Bourgogne  fut,  dit-on,  jetée  au  Château- 
Gaillard  des  Andelys  dans  une  prison  glacée  qui  la  tua  en 
peu  de  temps  (i).  Blanche  de  Bourgogne,  femme  de  Charlcs- 
le-Bel  (alors  comte  de  la  Marche)  fut  enfermée,  malgré  ses 
protestations  d'innocence,  elle  aussi,  au  Château-Gaillard,  où 
elle  demeura  pendant  sept  ans.  Blanche  était  la  fille  d'Othon, 
comte  palatin  de  Bourgogne  et  de  Mahaut,  comtesse  d'Artois. 
Première  femme  de  Chaiies-le-Bel,  elle  s'était  mariée  en 
i3()8,  à  l\î^e  de  douze  ans.  Sa  sœur  aînée,  Jeanne,  avait 
épousé,  en  iSoy,  Philippe-le-Long.  Les  deux  sœurs  étaient 
ainsi  belles-sœ^urs.  Impliquée  dans  le  scandale  de  1 3 14,  Jeanne 
avait  été  enfermée  à  Dourdan,  où  elle  resta  jusqu'en  1319(2). 

En  i3iG,  pendant  que  les  deux  sœurs  languissaient  en 
prison,  leur  beau-frère  Louis  X,  le  Hutin,  mourut,  laissant 
un  enfant  posthume,  Jean  I,  qui  ne  vécut  que  quelques 
jours  (3).  Le  bruit  courut  aussitôt  que  Louis  X  avait  été 
empoisonné.  Une  nommée  Lsabelle,  de  Fiennes,  et  son  fils, 
Jean,  aftirmèrent  que  l'empoisonneuse  était  la  comtesse  de 
Mahaut  d'Artois.  Ils  assurèrent  que  sur  sa  demande,  ils 
avaient  fabriqué  une  poudre  «  pour  tuer  quelqu'un  »  avec 
une  queue  de  couleuvre,  un  crapaud,  de  la  farine  et  de 
l'encens  (4).  Cette  poudre  était  destinée  au  roi. 

Quant  à  Jean  I",  la  même  comtesse  l'avait  étoulTé  ou  piqué 
d'une  épingle  à  la  tète.  Une  instruction  fut  ouverte  qui 
aboutit  â  un  arrêt  déclarant  que  Louis  X  était  mort  de  sa 

(1)  Certains  disent  qu'elle  y  fut  étranglée. 

(2)  Ce  n'est  qu'»i  cette  date  que  Jeanne,  réconciliée  avec  son  mari,  reçut  de  lut  l'hôtel  de 
Nesle.  où  veuve,  elle  résida  jusqu'à  sa  mort.  Klle  donna  par  testament  cet  hôtel  à  l'Univer- 
sité de  Paris  pour  fonder  le  Collège  de  Bourgogne,  a  Voilà,  dit  M.  Langlois,  comment  la  tour 
de  Nesle  a  été  mêlée,  sans  doute,  à  la  tragédie  domestique  de  1314  ». 

(3)  Après  la  mort  de  Marguerite  de  Bourgogne,  Louis  X,  le  Hutin,  s'était  remarié  avec 
Clémence  de  Hongrie, dont  il  eut  Jeanne  qui  se  maria  avec  Philippe  d'Evreux  et  devint  ainsi 
la  belle-sœur  de  Jeanne,  dame  de  Brie-Comte-Robert. 

(4)  Cf.  Histoire  de  France  de  M.  Lavisse.  t.  III,  chap.  IV.  p.  210. 


'  DE    BRJF.-COMTE-kOBERT  20.^ 

^ort  naturelle.  Cequll  yade  singulier  en  cette  affaire,  c'est 
^^e  cette  Isabelle  et  son  111s  paraissent  avoir  été  les  agents, 
^Plus  ou  moins  secrets  »,  de  Charles  de  la  Marche  (Le  Bel). 
Le  pape  Jean  XXII,  en  effet,  «  en  septembre  iSiy,  conjurait 
Charles  de  ne  pas  se  servir  de  gens  suspects  pour  soulever 
^G  tels  scandales.  » 

On  conçoit,  après  une  telle  machination  dirigée  contre  sa 

'^^^re  (i),  quels  sentiments  Blanche  de  Bourgogne  pouvait 

Nourrir  à  Tendroit  de  son  mari.  Peut-être,  aussi,    Charles-le- 

^e'  était-il  aise   de  provoquer  cet  esclandre   pour  faciliter 

'  annulation  de  son  mariage.  Ce  qui  est  certain  c'est  que   en 

^->22,  Charles  découvrit,  tout  à  coup,  que  «  filleul  deMahaut 

^-f^rtois,   mère  de   Blanche,  il  n'avait    pu,   sans  dispenses, 

^ev'^enir  valablement  le  gendre  de  sa  marraine.  »  Blanche  fut 

interrogée    dans   la  chapelle  du  Château-Gaillard.  Elle   se 

présenta  devant  les   enquêteurs,   désignés  par  le    pape,    le 

^isa.g-^  riant  et  Tesprit  dégagé.  «  On  lui  demanda  si  elle  avait 

Peiar   ;  elle  répondit  qu'elle  n'aurait  pas  c  té  plus  à  Taise  en  la 

^"^rnbre  du  pape.  »  Mais  une  autre  quetion   lui    fut   posée 

qui   trahit  les  préoccupations  de  son  mari  :  «Ne  croyait-elle 

pas  c^  yg  (]h^j-|ç^  cijI;   pu  trouver  un   parti   plus  avantageux 

9^  ol  le)»»  L'interroo-aloire  était,  au  reste,  une  pure  formalité; 

'^ ri c::he  devait  avoir  autant  de  hâte  de  quitter  celui  qui  avait 

^'^'S'^^   une   accusation    d'assassinat  contre  sa  mère,    que 

^'*iXi— ]es  de  contracter    une   alliance     plus  avantageuse.  A 

Z^^^^^<:2  la  bulle  d'annulation  fut-elle  lancée  (iq  mai  1.322)   que 

^^  ^"^les  se  remaria    avec  Marie  de    Luxembourg,  fille  de 

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,.      ^*-  foreur  Henri  VII,  Quant  à  Blanche,  elle  se  cloîtra  dans 

■^^ave  de  Maubusson,  où  elle  mourut  en  i326. 

Il 

Ti'cst  pas  inutile,   même  dans  une   histoire    locale,   de 

r^^C^^eler  ces  faits  bien  cju'ils  tiennent,  de  plus  près,  à  l'his- 

^^^  générale.  Mais  leur  connaissance  sert  à  tixer  les  carac- 

^^  5s,  à  déterminer  les  situations  et  à  se  pénétrer  des  mœurs 

^^mps.  En  ce  qui  nous   touche,  ils  ont  leur  importance 

V^^^que,  par  eux,  il  estpossibled'avoirsurunefamille,  ayant 

\  ^    Nahaut,  comtesse  d'Artois,  éttiit  la  propre  grand'tante    de   Jeanne   d'Evreux,    dame   de 
'^'^^ointe-Robert.  Il  suffit  de  jeter  pour  cela  un  coup  d'œil   sur  la  généalogie    suivante    qui 
*^TV\|.g  g  ^^  retrouver  dans  ces  questions  de  famille  un  peu  embrojillées.  (v.  p.  210.) 

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210 


HISTOIRE    DE   LA   VILLE 


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DE   i3RIfc:-COMTE-ROni£RT  21 1 

joué  à  Brie  un  nMe  de  la  première  importance,  quelques 
vues  et  quelques  renseignements  propres  à  permettre  d'en 
esquisser  les  individus. 

Xous  venons  de  voir,  par  exemple,  Charles-le-Bel  se  servir 
<^c  g^ens  de  bas  étage  pour  jeter  à  la  face  de  sa  belle-mère  une 
accusation  capitale    basée  sur  des  opérations    magiques, 
^^^ut-étre,  ce  qui  est  probable,  ne  crut-il  jamais  à  la  culpa- 
bilité de  la  comtesse  d'Artois,  mais  il  était  de  bonne  foi  en  ce 
^ui   touche  les   incantations  diaboliques.    On  croyait  aux 
sortilèges  dans  les  classes  de  la  société  qui  auraient  dû  être 
les  mieux  éclairées,  et  Tesprit  reste   confondu    quand  on 
retrouve,  quatre  siècles   après,  sous   Louis  XIV,  dans  le 
incme  milieu  social,  la  pratique  des  mêmes  absurdités. 

Voici,  en  particulier,  ce  que  Charles  IV,  alors  sur  le  trône, 
écrivait  à  la  date  du  5  juillet  i326  : 

«  On  a  trouvé  à  Toulouse  des  images  de  caractères  et  de 
ligures  dont  les  détenteurs  ont  été  menés  en  notre  prison  du 
Châtelet,  à  Paris.  Ils  ont  dit  qu'il  les  avaient  fabriqués  pour 
nouslaire  mourir,  sur  Tordre  de  plusieurs  personnes,  entre 
autres  de  notre  cher  et  fidèle  conseiller,  le  seigneur  de 
Villemur,  neveu  du  pape.  Mais,  ensuite,  ils  se  sont  rétractés. 
Il  nous  plaît  de  le  proclamer.  » 

Comment  s'étonner,  puisque  le  chef  de  TEtaten  était-là,de 
cette  affaire  de  Château-Landon  qui  fit  quelque  bruit  sous 
son  règne  :  «  Quelqu'un  ayant  trouvé  un  chat  noir  enterré 
dans  un  champ,  soupçonna  des  diableries  ;  un  homme  Jut 
torturé  ;  il  avoua  qu'il  avait  fait  manger  à  ce  chat  du  pain 
trempé  dans  le  Saint-Chrême  alin  d'évoquer  le  démon  ;  il 
dénonça  un  abbé  de  Citeaux  et  des  chanoines  qui  auraient 
été  ses  complices...  » 

Telles  sont  les  mœurs  du  temps.  Avec  cette  crédulité 
poussée  à  Textrème,  développée  et  encouragée  même,  par  les 
agents  du  pouvoir  et  les  classes  dirigeantes,  peuvent  surgir 
le  procès  des  Templiers,  la  persécution  des  Juifs,  et,  pour 
brocher  sur  le  tout,  le  massacre  des  lépreux  qui  ensanglanta 
Tannée  i32i.  On  accusa  ces  pauvres  malheureux,  objet  de 
pitié  jusque-là,   d'avoir  empoisonné  les  sources,  les  vins, 


HSTOIRE    DE    l-\   VILLE 


Dt:   BRItl-OOMTt-nOBKRT  2l3 


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\es  t>lés   (i).  Le  poison  dont  ils  se  servaient  était  connu, 

dvsait-on  !  «  c'était  un  mélange  de  sang,  d'urine  et  d'herbes, 

où  \\s  mettaient  macérer  des  horties.  »    La  Couronne  qui 

avait  torturé  les  Templiers  et  les  Juifs,  pour  avoir  leurs 

richesses,  tortura  les  lépreux  pour  donner  satisfaction  aux 

terreurs  imaginaires  du  peuple.  On  brûla  ceux  qui  avouaient, 

on  brûla  ceux  qui  n'avouaient  pas.  Le  bûcher  était  la  fin  de 

^Iput,  le  summum  jus  de  cette  société  bizarre  où  s'étalent  les 

^  scandales  les  plus  révoltants  et  les  défaillances   de  sens 

'  ■  moral  les  plus  extraordinaires.  Ce  serait  un  spectacle  hideux, 

sien  ne  découvrait  pas,  sous  cet  appareil  social,  un  fonds 

commun  de  naïveté  ingénue  qui  désarme. 

Il  ne  nous  faut  pas  oublier  cependant  que  ces  rois  capé- 
tiens, au  déclin  de  leur  race,  tout  cruels,  tout  cupides  qu'ils 
fussent,  tout  jaloux  de  leur  autorité  et  tout  imbus  de  leur 
souveraine  puissance  qu'ils  paraissent,  ont  introduit  dans  la 
vie  politique  un  facteur  nouveau,  inconnu  jusque-là,  et  d'où 
sortira  plus  tard  la  Révolution.  Timidement,  il  est  vrai,  mais 
assez  fréquemment  pour  y  voir  un  plan  de  gouvernement 
arrêté,  Philippe  le-Bel  et  ses  fils  firent  appel  à  des  assemblées 
délibérantes  afin  de  faire  ratifier  leurs  actes  politiques.  Il  se 
peut  que  ces  princes  aient  voulu  s'appuyer  sur  l'opinion  du 
€  commun  »  à  rencontre  d'une  noblesse  qui  s'irritait  chaque 
jour  du  grandissement  et  des  empiétements  de  l'autorité 
royale,  comme  leurs  prédécesseurs  avaient  encouragé  les 
<  communes  »  contre  les  seigneurs  et  barons  turbulents. 
Qu'importe  !  «  Ce  sont,  comme  l'écrit  M.  Ch.-V.  Langlois, 
ces  rois  qui  ont  pris  l'initiative  de  grouper  «  les  ordres  »  de 
la  nation  en  assemblées  générales,  »  d'où  sortirent  les 
«  Etats  Généraux».  Ce  sont  eux  qui  introduisirent  l'usage 
de  consulter  la  nation,  usage  si  complètement  oublié  et 
méconnu  par  les  rois  qui  suivirent  et  surtout  par  les 
Bourbons. 

Marie  de  Luxembourg,  la  deuxième  femme  de  Charles  IV, 

(i)  Sommes-nous  bien  éloignés  de  cette  époque,  où  l'invasion  du  choléra,  en  1832,  excita 
les  plus  folles  divagations  ?  Le  peuple  ne  crut-il  pas  aussi,  alors,  qu'on  emprisonnait  les  sources 
et  les  puits  ?... 


'114  IllStOllîi:    DM    LA    VILLE 

mourut  peu  après  son  mariage,  en  1324.  Charles  qui,  le  I!^ 
janvier  i322,  avait  succédé  à  son  frère  Philippe,  mortsan 
laisser  d'enfants    mâles,  voulut  se  remarier.    Encore  san 
enfants  (i),  il  se  berçait  de  l'espoir  d'avoir  un  héritier  qui 
continuât  sa  lignée.    Cette  fois,  il    porta  ses  vues   sur  sa- 
cousine-germaine,  Jeanne  d'Evreux,   dame  de  Brie-Comte- 
Robert  (2). 

Jeanne  avait  perdu  sa  mère  le  24  avril  i3i  i  et  son  père  en 
1319.  Elle  était  donc  parfaitement  maîtresse  de  ses  actes; 
sans  doute  elle  aima  son  mari  ;  elle  garda  au  moins  durant 
son  long  veuvage,  un  respectueux  et  touchant  souvenir  d^ 
Charles  dont  elle  honora,  en  toutes  occasions,  la  mémoire.  (3^ 

(1)  V.  plus  haut  le  tableau  généalogique,  p.  2lo. 

(2)  Sa  première  femme,  Blanche  de   Bourgogne,  accoucha    en  prison  au  Château-Gaillard  • 
d'une  fille  qui  mourut  aussitôt  et  fut  enterrée  à  l'abbaye  de  Mauhusson  où  Blanche  finit  ^«r 
jours.  Sa  seconde  femme,  Marie  de  Luxembourg  eut  un  fils  qui  ne  vécut  pas. 

(j)  Jeanne  d'Evreux  fonda,  à  l'abbaye  de  St-Denis,  après  la  mort  de  son  mari,   un  services: 
funèbre  solennel  pour  lequel  elle  fit  des  donations  importantes.  L'inventaire  du  Cartulaire  <^^ 
l'abbaye  (A  N.  L  L  1191    f*  397)  contient  à  eet    égard  deux  lettres  intéressantes.  Cesde**^- 
lettres  sont  attachées  ensemble  sous  un  même  contre  scel  : 

((  La  première  est  une  confirmation  par  Jeanoe,  royne  de  Frao^^ 
et  de  Navarre  d'une  part  et  Gilles,  abbé  et  le  couvent  de  Saint-DeO-*^^ 
de    la   donation   naguère,  faite  par   la  dite  dame  Royne  à  la    d»^^    ^ 
abbaye,  du  temps  de  Tabbé  Guy,  dune  chasse  d'argent  doré  pes^  •^^ 
environ   53  marcs  avec  toutes  les  saintes  reliques  qui  sont  deda  ^^^  t. 
savoir  :   une  petite  croix  d'or  dans  laquelle  il  y  a  de  la  vraie  croix 
un  petit  tableau  d'or  à  petites  pierreries  où  il  y  a  destiltresattach 
la  croix  derrière  le  chef  de  Notre  Seigneur  et  une  petite  couron 
d'or  à  menues  pierreries  où  il  y  a  une  épine  de  la  sainte  cojron 
de  Notre  Seigneur. 

llem  douze  petites  bouteilles  de  cristal  garnies  d'or  en  chascu 
desquelles  il  y  a  des  reliques  savoir  :  du  précieux  sang,  de  s 
cheveux,  de  ses  langes  dont  il  fut  enveloppé  dans  son  enfance,  de  ! 
robbe  de  drap  dont  il  *ut  ceint  en  la  Cène,  de  l'éponge  dont  il  fi 
abreuvé  en  la  Croix,  de  son  suaire,  de  la  pierre  du  Saint  Sépulcr 
de  la  pierre  du  mont  Calvaire,  du  lait  de  Notre-Dame,  de  ses  couvres 
chefs  et  du  chef  de  Saint- Jean-Baptiste. 

A  la  charge  par  les  dits  abbés  et   religieux  de  certaines  prière 
pour  le  repos  de  l'âme  du  défunt  roi  Charles,  son  mari,  et  elle  Àiinuir 
les  lettres  qui  en  avaient  esté  pour  lors  passées  et  accordées  par  bon 
avis  et  délibération  en  Chapitre  par  le  dit  abbé  Guy  et  le  couvent 
lesquelles  n  auraient  pas  lars  été  par  eux  grossoyées  et  scellées  dont  1 
dit  abbé  Gilles  ayant  été  informa  par  la  relation  du  dit  abbé  Guy«^ 
son  prédécesseur,  et  le  couvent,  ils  se  sont  obligés  de  célébrer  ^ 
perpétuité    et    solennellement    1  anniversaire    du   dit   seigneur   ro^ 
Charles,  le  second  ou  troisième  jour  avant  la  Chandeleur  et  de  fair 
mémoire  et  oraison  de  lui  chaque  mois  en  faisant  le  service  du  ro 


hË    BRfE-dOMYÉ-t^OBÈkt  2l5 

11  fallut  une  dispense  du  pape  pour  que  ce  mariage  put  se 

célébrer,  en  raison    des   liens  de  consanguinité  ;    elle  fut 

accordée  parle  pape  Jean  XXII  à  la  date  du  21  juin  1324.  Le 

ïTiariage  eut  lieu  en  i325,  mais  au  moment  du  couronnement 

^G  la  nouvelle  reine,  on  s*aperçut  qu'une  formalité  avait  été 

^^nnise,  pouvant  entraîner  la  nullité  du   mariage.  La  céré- 

'^o  nie  avait  eu  lieu  sans  publication  préalable  des  bans.  Il 

fallut  que  Jean  XXII  confirmait,   à   nouveau,    la   première 

^'^ p3en.se  par  une  seconde  lettre  du  5  avril  i326. 

J<2anne  d'Evreux  fut  alors  couronnée  reine  de  France  le  1 1 
'^^  î  i326,  le  jour  de  la  Pentecôte. 

F^ar  le  testament  de  Louis  d'Evreux,  son  père,  elle  reçut 
^'^  <iot  700  livres  de  rente  et  une  somme  de  20.000  francs  une 
^^^i  5^  payée.  Telle  était  la  dot  d'une  reine  au  commencement 


^^^     JCIV*  siècle.  Il  est  vrai  qu'il  faut  y  ajouter  les  terres  et 
^^^  ^maines  parmi  lesquels  la  terre  et  la  seigneurie  de  Brie- 


mte-Robertqui,  quoiqu'on  en  ait  dit,  n'était  pas  comté. 
^^  'T  ce  mariage,  la  seigneurie  de  Bric-Comte-Robert  revenait 
■''  "=»  Couronne,  et  on  peut,  dès  cet  instant,  la  regarder  comme 


^  "^^  Robert  et   des   autres  rois,  fondateurs  de  la  dite  abbaye,  et  des 

^^"^«urés  en  dépendant  deux  messes  pour  le  repos  des  âmes  desdits 

^^^  loueurs  roi  et  royne  par  chacun  an  pour  lesquels  elle  donne  treize 

^^""^  l'es  tournois  de  rente  amorties  au  profit  des  charités  à  la  charge 

^^    faire  annuellement  l'anniversaire  de  la  dite  dame  royne  après  son 

^cès  au  jour  qu'il  échoira  pour  Tacquit   desquelles   deux    messes 

Y^^^r  semaine,  qui  se  doivent  célébrer  dans  la  chapelle   Saint-Jean 

^Ivangéliste,  elle  donne  cent  livres  tournois  de  rente  amorties  au 

^^ofit  des  officiers  de  garde  de  la  dite  église,  au  maître  des  autels 

^   ^rcelle,  chef  cœur  et  pour  l'entretien  des  ornements  et  d'une  lampe 

^^ns  ladite  chapelle  et  du  luminaire  de  cire  pour  la  célébration  des 

^ites  messîs 

Item  cent  sols  tournois  de  rente  pour  ceux  qui  serviront  les  dites 

^t\esses   le  tout  montant  à  sept  vingt  seize  livres  de  rente  amortie 

assise   sur   les   revenus   contenus  en  autres  lettres  de  la  dite  dame 

ï'oyne  laquelle  donne  encore  aux  dits  abbés  et  religieux  une  image 

^e  Notre-Dame  d'argent  doré,  pesant  36  marcs  et  6  onces,  qui  tient 

Une  fleur  de  lys  d'or  garnie  de  pierreries  où  il  y  a  de  son  lait,  de  ses 

cheveux  et  de  ses  couvre-chefs. 

Item  une  image  de  Saint-Jean  l'Evangéliste  qui  tient  une  de  ses 
dents. 

Item  une  couronne  d'or  à  8  fleurons  dont  les  principales  pierres 
du  corps  sont  saphirs  et  8  tranches  de  perles,  chacune  de  9  perles  et 
un  balay  au  milieu  et  sont  les  fleurons  chacun  de  4  balays  en  un 


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conséquent  son  fils,  ne  pouvait  par  coutume  succéder  ^^^ 
royaume  de  France.  »  C'était  du  même  coup  ouvrir  Tacc^  ^" 
sion  au  trône  à  Philippe  de  Valois,  fils  de  Charles  de  Valoi  ^' 
neveu  de  Philippe-le-Bel  et  cousin-germain  des  trois  derni^  ^^ 
rois  décédés.  Philippe  fut  proclamé  régent. 

Le  Vendredi-Saint,  i"  avril  i328,  (nouveau  style),  Jean  r^^  c 
d'Evreux,  veuve  de  Charles  IV,  accouchait  à  ChâteauneuJ  '• 
près  d'Orléans,  d'une  fille  qui  reçut  le  nom  de  Blanche.  DeuJ  ^ 

mois  après,  le  29  mai,  le  régent  était  couronné  à  Reims.  E ^ 

règne  de  Philippe  VI,  de  Valois,  commençait. 

Le  nouveau  roi  était  deux  fois  le  cousin  germain  de  Jeann  ^^ 
d'Evreux,  fille  de  son  frère  Louis  et  femme  de  Charles  IV,  I  ^ 
Bel,  fils  de  son  autre  frère  Philippe-le-Bel.  Son  premier  soin  ^ 
en  prenant  le  sceptre,  fut  de  donner  à  la  maison  d'Evreux:  ^ 
qui  avait  failli  faire  souche  de  rois,  un  dédommagement  ^ 
Jeanne,  comtesse  d'Evreux  :  à  Philippe,  son  mari,  il  aban^ 
donna  le  royaume  de  Navarre  d'où  nous  verrons  sortir,  sou^ 
peu,  Charles-le-Mauvais,  roi  de  Navarre  ;  à  Jeanne  d'Evreux^ 
sœur  de  Philippe  et  veuve  du  roi  défunt,  il  donna  les  comtés 
d'Angoulême,  de  Mortain  et  quelques  rentes. (i)  Un  document: 
nous  dit  qu'il  fit  plus.  C'est  «  la  confirmation,  par  Philippe 
de  Valois,  de  la  promesse  faite  à  Marie  et  à  Blanche,  filles  de 
Charles-le-Bel    de  mille  livres  tournois  et  d'une  rente   de 
mille  livres,  en  exécution  de  l'arrangement  pris  avec  la  reine 
Jeanne,  veuve  de  Charles-le-Bel,  relativement  à  la  succession 
du  royaume  de  Navarre  (2).  »  Ces  compensations  accordées, 
Philippe  annexa  définitivement  à  la  couronne  de  France  la 
Champagne  et  la  Brie  (3). 

(1)  Le  douaire  de  Jeanne  d'Evreux  montait  à  16.000  livres  tournois  de  rente  annuelle.  Une 
partie  était  assise  sur  Château-Thierry  et  sur  d'autres  domaines  compris  dans  le  Valois 
(A.  N.  —  K.  41  n»  2). 

M  J.  Viard,  dans  son  ouvrage  Us  Journaux  du  Trésor  de  Thilîppe  VI,  de  'Valois  (Paris,  189g, 
p.  29 j  publie  le  fragment  de  compte  suivant  :  «  Cepimus  super  Regem,  sic  :  Decanus  Parisiensis, 
dominus  Amisius  de  Aureliensis,  pro  expensis  per  eum  factis  pro  eundo  in  Briam,  pro  assisia 
dolis  domine  Johanne  de  Ebroycis,  per  Xll  dies,  pro  harnesio  preparando  et  locagio  equorum, 
partes  in  cedula  curie,  24  1.  18  s.  p.  et  tradidit  compt.  55  1.  2  s.  p.  (Juillet  IÎ29).  »  M.  Viard 
ajoute  en  note  :  «  Voir  sur  Amis  d'Orléans:  GalUa  Christiana  t.  VII  col.  208-209  î  «t  sur  sa  com- 
mission avec  Philippes  de  Passelières  pour  l'assiette  du  douaire  dejeanne  d'Evreux  :  A.  N.  — 
KK.  3,  fol.  8.  >> 

(2)  Cette  pièce  est  aux  Arch.  Nat.  K,  42,  n»  27  (vidimus  de  1350}.  Elle  est  datée  du  Moncel 
18  Juillet  1^4- 

(î)  Il  s'agit  ici  de  la  Brie  Champenoise  et  non  de  la  Brie  Française.  La  première  avait  pour 
ville  principale  Provins;  la  seconde,  Brie-Comte-Robert. 


i 

-X  peine  Jeanne  d'Évreux  fut-elle  couronnée  reine  dô  France 

^ï^'une  assez  grosse  difficulté  s'éleva  entre  elle  et  l'évéque 

^^    Paris,  au  sujet  de  la  terre  de  Brie-Gomte-Robert.  J'ai  déjà 

^r^guement  parlé  des  droits  féodaux  que  le  Cha()itre  de 

^^'T'is  avait  sur  cette  terre,  et,  cherchant  à  remonter  à  leur 

^^igine,   nientionné  le  testament  d'un  comte  carloVingien, 

'^'^ "tienne,  qui  aurait  pu  —  je  crois  même  qu'on  peut  être  plus 

^*  t  irmatif —  transmettre  au  Chapitre  de  Paris  tous  sâs  droits 

^^  suzeraineté  sur  ce  coin  de  la  Brie.  Il  est  certain  que  tous 

*^s  seigneurs  de  Brie,  depuis  Robert  jusqu'à  Jeanne  d'Evreux 

^He-même,  devaient  rendre  foy  et  hommage  à  l'évéque  de 

ï^^ris.  Aucun  jusque-là  n'avait  opposé  la  moindre  objection 

^    cette  obligation  féodale,   si  humiliante  qu'elle  fût.   Les 

^réres  ou  fils  de  roi  n'avaient,  durant  les  siècles  qui  venaient 

de  s'écouler,  osé  s'insurger. contre  cette  formalité,  une  des 

bases,  d'ailleurs,  de  la  société  féodale  et  des  rapports  entre 

Vassaux  et  suzerains.   Mais  lorsque  Jeanne  monta  sur  le 

# 

trône  de  France,  lorsqu'elle  fut  ointe  par  l'Eglise  elle-même, 
elle  se  considéra  comme  investie  d'un  caractère  auguste  qui 
ne  lui  permettait  pas  d'aller  plier  le  genou  devant  son  suze- 
rain et  lui  réciter  humblenient  la  formule  consacrée.  Elle 
résista. 

Fort  probablement,  tant  qu'elle  partagea  le  pouvoir  royal 
sivec  son  mari  Charles  IV,  l'évéque  de  Paris  n^exigea  pas  de 
Jeanne,  reine  de  France  et  de  Navarre,  l'aveu  qu'elle  lui 
devait   comme  dame  de  Brie-Comte-Robert.    Mais    il  dut 
revendiquer  ses  droits  aussitôt  que  la  mort  du  roi  fit  de 
Jeanne  une  reine  douairière.  Celle-ci  ne  jugea  pas  que  la 
majesté  royale,  dont  elle  n'avait  pas  cessé  d'être  investie,  pût 
îiccéder    aux   demandes    de    l'évéque.    Ce    dernier,    alors 
Guillaume  de  Chanac(i),  lînit  par  consentir  à  une  transac- 
tion, dont  Guérard,  dans  le  Cariulaire  de  Notre-Dame  de 
Paris,  nous  a  conservé  le  monument  (2). 

0 

C'est  tout  d'abord  une  lettre  de  Jeanne  d'Evreux  dont 
suit  la  teneur  : 

1)  Guillaume  de  Chanac  naquit  vers   1249   à  Allas^ac  '^Corrèze).    En   1332,  il  .'ut  appelé  à 
l'évéché  de  Paris.  Il  mourut  en  1348,  à  un  âge  e.xtrémement  avancé,  comme  on  voit. 
(2)  T.  III,  p.  313. 


HlSÎOlRE   DR   1.A   VlLLK 


DK   BPIE-COMTE-ROBERT  221 

Jehanne,  par  la  grâce  de  Dieu,  royne  de  France  et  de  Navarre  à 
tous  ceulx  qui  ces  présentes  lettres  verront,  salut.  Comme  question 
ou  débat  feust  meuz  entre  Nous,  d'une  part,  sur  ce  que  ycelui 
evesque  requérait,  ou  nom  et  pour  lesglise  de  Paris,  avoir  hommaige 
de  nous  pour  raison  de  nostrechastel  et  chastellenie  de  Braye-Comte- 
Robert,  et  que  nous  li  feissions  le  dit  hommaige  en  nostre  propre 
personne,  si  comme  nostre  très  cher  seigneur  et  père  que  Diex 
absoille,et  nostre  cher  et  amé  frère,  roi  de  Navarre  et  comte  d  Evreux, 
et  nos  prédécesseurs  l'avoient  faict,au  temps  qu'ils  estoient  seigneurs 
du  chastel  et  chastellenie  dessus  dicts,  nous  disans  et  opposans  que 
pour  cause  de  la  dignité  et  majesté  royale,  nous  nestions  tenue  à 
faire  ledict  hommaige  en  nostre  propre  personne,  mais  à  bailler 
homme  seulement  lequel  nous  lui  avions  offert  piéça  et  offrons  en- 
core à  bailler;  saichent  que  pour  bien  et  paix  et  pour  eschever  plais 
et  contens,  avons,  sur  ce,  traité  et  accordé  ensemble  en  la  forme  et 
manière  qui  s'ensuit  :  c'est  assavoir  que  Nous,  par  la  teneur  de  ces 
présentes  lettres,  confessons  et  recognoissons  que  nostre  dict  chastel 
et  chastellenie  de  Braye  sont  tenus  en  foy  et  hommaige  du  dit  evesque 
de  I^aris,  pour  raison  du  dit  evesché,  et  que  nos  hoirs  et  successeurs 
qui  auront,  doresnavant,  au  temps  à  venir,  la  seigneurie  du  dit  chas- 
tel et  chastellenie  de  Braye,  seront  tenus  à  faire  le  dict  hommaige  au 
dict  evesque  et  à  ses  successeurs  evesques  de  Paris  Et,  parmi  cesi 
accord,  le  dict  evesque,  ou  uom  et  pour  cause  de  la  dicte  esglise  de 
Paris,  comme  dict  est,  a  volu,  accordé  et  se  consent  que  Nous,  en 
Nostre  personne,  ne  faisions  hommaige  pour  la  cause  dessus  dicte  ; 
ainçois  li  avons  baillé  homme,  au  nom  de  Nous  et  pour  Nous,  pour 
faire  le  dict  hommaige  et  autres  devoirs  es  quiex  les  seigneurs  de 
Braye  seroient  tenus  à  faire  de  raison.  Lequel  homme  le  dictevesque 
a  reçeu  pour  bien  de  pais,  sans  que  ce  présent  accord  puisse  porter 
préjudice  au  dict  evesque,  ne  à  sa  dicte  esglise  ne.â  nous  aussi  au 
f:mps  à  venir  ou  autre  cas.  Lequel  accord  nous  volons  et  octroyons 
et  promettons  tenir  loyalement  et  en  bonne  ioy  et  non  venir  encontre 
ne  faire  venir  taisiblemcnt  (i)  ou  en  appert  (2)  pour  quelque  cause 
que  ce  soit  dores  en  avant  au  temps  à  venir.  En  tesmoing  de  ce  nous 
avons  faict  mettre  Nostre  scel  à  ces  présentes  lettres.  Donné  à  Braye- 

m 

Comte-Robert   le    XXV'«  jour  du  moys  (en  blanc  (3),  lan  de  grâce 
mil  CGC  trente  trois. 

A  cette  lettre  qui  révèle  nettement  que  le  litige  était  pen- 
dant depuis  longtemps,  d'où  la  preuve  de  ce  que  j'avançais 

I ,  Vieux  mot  qui  signifie  :  silencieusement  ;  à  cause  du  mot  qui  suit  et  par  antithèse 
pourrait  exprimer  :  par  voie  détournée. 

2)  Autre  vieux  mot  qui  s'écrivait  plus  judicieusement  apert,  d&  aperiuf,  ou\èrt;   veut  dire 
ici  :  d'ur.c  façon  ouverte. 
(3)  Probablement  le  mois  d'avril,  écrit  Guérard. 


222  HISTOIRE   DE  LA  VILLE 

plus  haut  à  cet  égard,  et  qui  montre  aussi  les  tentatives 
de  conciliation  faites  précédemment  par  la  reine,  Guillaume 
de  Chanac  réponditle  27  avril  r334  par  une  acceptation  pure 
et  simple. 

Guillaume,  par  la  misération  divine,  évesque  de  Paris,  à  tous  ceulx 
qui  ces  présentes  verront,  salut...  Nous  consentons  que  nostre  dicte 
dame  ne  nous  fera  mie  en  sa  personne  le  dict  hommaige  pour  la 
cause  dessus  dicte.  Ainçois  nous  a  baillé  homme  es  nom  de  luy  et 
pour  luy.  C'est  assavoir  Monseigneur  Jehan  de  Soisy,  chevalier, 
seigneur  de  Brunoy,  pour  faire  le  dict  hommaige. 

Ce  petit  incident  nous  fixe  bien  sur  l'état  social  de  Tépo- 
que.  Le  sentiment  religieux,  très  vivace,  n'empêche  pas  de 
parler  avec  fermeté,  voire  avec  autorité,  aux  dignitaires 
ecclésiastiques.  Le  pouvoir  civil  a  le  sentiment  de  sa  force  et 
sait  le  faire  prévaloir.  Nous  sommes  loin  du  temps,  évoqué 
plus  haut  à  propos  de  Robert  1  de  Dreux,  où  des  moines  se 
plaignaient  au  roi  de  ce  que  son  frère  mangeât  de  la  viande 
lors  de  ^on  séjour  dans  les  maisons  de  l'abbaye.  Cependant, 
les  fondatic)ns  pieuses  étaient  toujours  aussi  nombreuses. 
Jeanne  d'Evreux,  par  exemple,  au  moment  où  elle  s'oppo- 
sait, comme  reine,  à  des  obligations  qui  ne  lui  paraissaient 
pas  dignes  de  la  majesté  royale,  posait  en  i326  la  première 
pierre  de  la  chapelle  de  Saint-Jacques-l'Hôpital  à  Paris  (4), 
chapelle  qu'elle  gratifia  d'un  «  doigt  de  l'apôtre  saint  Jac- 
ques ».  Nous  aurons  d'ailleurs  l'occasion  de  parler  de  dona- 
tions faites  par  elle  à  d'autres  établissements  religieux. 

Jeanne  d'Evreux  appartient,  plus  peut-être  que  tous  les 
seigneurs  qui  l'ont  précédée,  à  l'histoire  locale.  Sans  doute 
nous  n'avons  pas  d'elle  les  chartes  que  souscrivirent  Ro- 
bert II  et  Robert  m,  de  Dreux,  mais  il  nous  reste  de  son 
administration  des  traces  précieuses,  quoique  malheureu- 
sement incomplètes.  Tels  qu'ils  sont,  ces  documents  dont 
j'ai  parlé  déjà  dans  les  pages  précédentes,  en  les  désignant 
sous  le  nom  de  Comptes  de  la  reine  Jeanne,  nous  fournissent 
des  renseignements  qu'il  importe  de  recueillir  et  d'examiner 
à  loisir. 

(4)  Cette  chapelle   a   disparu   en   182?.   Sur   son   emplacement  $'clèvent  4ts  constructions 
paiticulieres. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT 


223 


Le  premier  de  ces  comptes  remonte  à  Tannée  où  Jeanne 
d'Évreux  venait  de  perdre  son  mari  Charles  IV.  En  voici 
l'intitulé  : 

C'est  (i)  le  compte  des  recepteset  des  mises  de  la  terre  de  Brave 
Conte  Robert  et  des  appartenances  dicelle,  dès  le  jour  de  la  Chan- 
deleur, l'an  CCCXXVII,  jusques  a  la  Chandeleur,  l'an  XXVIII  exclus, 
tant  par  Jehan  le  Cordier,  de  Braye,  receveur  d'illeuc  par  certain 
timps.  comme  par  Odart  de  Laigny,  receveur,  a  présent  de  très 
haute,  noble  et  puissant  dame.  Madame  Jehannc  d  Evreux,  Roinede 
France  et  de  Navarre;  et  compte  Ten  en  recepte  le  terme  de  la 
Chandeleur  l'an  mil  CCCXXVU  et  non  celui  de  la  Chandeleur  l'an 
mil  CCCXXVIII  (2). 

Charles  IV  étant  mort  le  i"  février  1828  (nouveau  style), 
c'est-à-dire  le  i"  février  de  Tannée  1827  d'après  l'ancienne 
notation,  le  compte  commence  au  jour  où  Jeanne  d'Évreux 
est  devenue  veuve,  ce  qui  explique  son  point  de  départ,  et 
l 'intitulé  dit  en  somme  qu'il  va  du  2  février  1828  (n.  s.)  inclus 
au  2  février  i32g  (n.  s.)  exclusivement. 

Le  détail  de  la  recette  spéciale  à  Brie  est  ainsi  établi  : 

Recepte 

Des  fours  de  Braye  amoisonnez  a  Jehan  Tirechape  de  la  S.  Jehan, 
Tan  XXVIl  a  deux  ans,  pour  Ixx  livres  parisis  chascun  an  a  III  paie- 
menz  par  an,  la  Chandeleur,  l'Ascension  et  la  Touz  Sains  :  pour  ce, 
au  terme  de  la  Chandeleur,  Tan  XXVII,  par  Jehan  le  Cordier  xxiij 
livres,  vj  sols,  viij  deniers  parisis,  et  tout  ce  qui  s'ensuit  a  parisis. 

Item  desdiz  fours,  pour  les  termes  de  l'Ascension,  ei  de  la  Touz 
Sains  l'an  XXVIII,   xlvj  livres,  xiij  solz,  iiij  deniers. 

Des  tonliuz,  estalages  et  pressouer  d'itleuc,  ad.noisonnez  a  Raoul 
Barat,  de  la  dicte  S.  Jehan  a  II  ans,  pour  ex  livres  chascun  an,  a  III 
p<iiemenz  par  an  :  pour  ce,  au  terme  de  la  Chandeleur,  l'an  XXVII, 
par  le  dit  Jehan  le  Cordier,  xxvj  livres,  xiij  sols,  iiij  deniers  ; 

Item  dou  dit  Raoul  Barat,  pour  les  diz  tonliuz,  estalages  et  pres- 
souer, aus  termes  de  l'Ascension  et  de  la  Touz  Sains,  l'an  XXV^III, 
Ixxiij  livres,  vj  solz,  viij  deniers. 

Des  moulins  d'illeuc,  tant  a  yaue  comme  a  vent,  bailliez  a  ferme  a 
Estienne  Rougel  et  a  Jehan  Le  Vannier,  de  la  dicte  S.  Jehan  a  II 
ans  pour  c  livres  chascun  an,  pour  le  terme  de  la  Chandeleu**,  l'an 

(1)  A.  N.  —  KK.  3,  f-  17  r. 

(2)  Une  simple  observation  pour  ceux  qui  ne  seraient  pas  familiarises  avec  la  notation  du 
temps,  à  l'époque.  L'année  commençait  alors  à  Pâques.  La  Chandeleur  (2  février)  1327,  de 
répoque,  était  au  2  février  1328  (nouveau  style).  De  même  le  2  février  132S  est  ici  pour  le 
2  février  1329  (nouveau  style). 


224  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

XX Vil,  par  Jehan   le  Cordier.  xxxiij  livres,   vj  solz.  viij  deniers 
pour  les  termes  de  l'Ascension  et  de  la  Touz  Sains  Tan  XXVIII,  Ix^ 
livres,  xiij  solz,  iiij  deniers. 

De  la  value  de  xlix  arpenz  que  prez  que  terres,  séans  a  Brave  e^^^^ 
des  corvées  d  illec.  admoisonnez  a  Adam  Le  Cordier,  dePasques  Ta^v:  ^ 
XXVII  à  IX  ans   pour  liiij  livres  chascun  an  :   pour  la  Chandeleu.     -•'^ 

Tan  XX\'II,  par  le  dit  Jehan  Le  Cordier,  xviij  livres,  et  pour  FAscen^ -•" 

sion  et  la  Touz  Sains,  l'an  XXX'III,  xxxvj  livres. 

De  (i)  Tescripture  et  du  scel  de  Brave,  bailliez  a  ferme  a  Perrin  d^^    *^ 
Chastres,  de  la  S.  Jehan,  l'an  XX\'1I,  a  II  ans,  pour  xxij  livres,  chas —  •=^" 

cun  an  :  pour  la  Chandeleur,   l'an  XX\'ll,  par  le  dit  Jehan  Le  Cor " 

dier,  vij  livres,  vj  solz.  viij  (deniers);  et  pour  l'Ascçnsion  et  la  Touzïs^-  ^^ 
Sains.  Tan  XX\'11I,  xiiij  livres,  xiij  solz,  iiij  deniers. 

De  la  value  des  champars,  droitures,  ventes  et  environ  xxxiij  solz:^^  ^' 
de  menu  cens  qui  fu  Monseigneur  Guy  de  \'er,  tout  ce  admoisonné^^  -*' 
a  Perrin  de  Chastres  et  a  Jehan  Clichier,  de  la  S.  Jehan,  Tan  XXVll  I  ^ 
a  1  an,  pour  c  livres  Tan  :  pour  ce.  aus  termes  de  la  Chandeleur.  VanMTM. 
XX\'1I,  et  de  l'Ascension,  Tan  XXVI 11,  sccont  et  darrenier  tiers,  Ixvj  i  ^--^ 
livres,  xiij  solz,  iiij  deniers.  Et  sont  ces  choses,  exceptez  les  dizcens,  .^  ^^ 
admoissonnée  de  novel  avec  le  baston  de  la  prévosté. 

De  la  despoillede  v arpenz  et  demi  de  prez,seanz  a  Braye,  pour  la 
fennoison,  l'an  XXVIl,  au  terme  de  la  dicte  Chandeleur,  vendue  a 
pluseurs  personnes,  par  le  dit  Jehan  Le  Cordier,  ex  solz  ; 

hem,  de  la  despoille  de  iiij  arpenz  de  préz  illeuc,  louez  à  Pierre  de 
Bonbon,  chastelain  de  Braye,  pour  la  dicte  fennoison,  fan  XXVll, 
par  le  dit  Jehan  Le  Cordier,  a  ce  terme,  Ixiiij  solz; 

[2)  lient,  de  la  value  des  diz  préz,  pour  la  fennoison.  Tan  XXV^III  : 
néant  cy,  quar  il  ont  esté  levé  et  despensé  par  Madame. 

De  la  value  de  v  quariierà,  que  pré  que  terre,  séanz  vers  le  moulin 
de  Cornilleau  admoisonnez  a  Julien  Leberchier;  a  ce  terme,  pour 
l'an,  par  le  dii  Jehan  Le  Cordier,  xxiiij  solz. 

De  la  value  de  Tyaue  aus  foulons  a  ce  terme,  pour  l'an,  par  le  dit 
Jehan  Le  Cordier,  xx  solz. 

Dou  louage  du  cémelire  que  fu  aus  juys,  a  Braye,  et  d'une  mé- 
sonete  qui  est  dedenz.  que  tenoit  JehanninGramillet  seur(3)ran  feni 
a  la  Saint  Remv  CCCXXVIII,  xxiv  solz. 

^0  A.  N.  —  KK,  5  f  17  V. 

f2)lci  se  trouve  dans  le  manuscrit,  en  note  marg'nale,  l'indication  suivante  :  «  De  cetero 
reddimus  in  precio  et  recuperantur  in  misia.  » 

(î)  Peut  être  faudrait-il  lire  sieur  pour  scieur.  11  se  pourrait,  puisque  nous  sommes  dans  un 

pays  agricole,  que  ce  Jehannin  Gramillet  fut  un  scieur  de  blés.  Pour  cette  defnière  profession. 

on  disait  simplement  scieur. 

Ni  le  scieur  ne  va  taillant 

Tant  de  moissons,  lorsque  nous  sommes 

En  este,  aue  toi  bataillant 

Tailleras  ae  chevaux  et  d'hommes. 

(Ronsard,  Œuvres,  446  éd.  in-fol.  XVl-  s.) 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  22D 

Des  cens  receus  a  Braye,  a  la  Saint  Remy,  l'an  XXVIII,  Ixviij 
livres,  xj  sols,  x  deniers. 

Des  cens  d*illeuc  qui  fu  Monseigneur  Guy  de  Ver,  a  ce  jour,  xxxiv 
solz,  vij  deniers. 

Des  cens  d'illeuc.  Tandemain  de  Noôl,  Tan  XXVIII,  xxxiv  livres, 
xiij  solz,  viij  deniers  pog(ois). 

Des  los  et  ventes  des  diz  cens,  dont  les  parties  s'ensuient,  vj  livres, 
iiij  solz,  iiij  deniers.  C'est  assavoir  :  primo,  de  Hébert  llermant,  pour 
les  sostes  (i)  d'unne  meson  partie  entre  lui  etPerrin  aus  Brebiz,  son 
serourge,  (2) qui  montèrent  xiiij  livres,  pour  ce xxiij  solz,iij  deniers; 
de  Jehan  Judas,  pour  demi  quartier  de  terre  acheté  de  Aliaume  le  fil 
Preudecorps  le  pris  de  xlv  solz,  vente  de  ce,  iij  sols  vij  deniers; 
ilem  par  la  main  Estienne  Rogel.  iiij  livres,  xvij  solz,  vj  deniers. 

Des  esploiz  de  la  prévosté  de  Braye,  par  la  main  Estienne  Rogel, 
garde  d'icelle,  depuis  la  Chandeleur  l'an  XXVII  jusques  a  la  S.  Jehan 
Baptiste  fan  XXVIII,  vj  livres,  iij  solz,  iij  deniers. 

De  la  vendue  d'un  torel  qui  estoit  de  la  Maison-Dieu,  fourfait  pour 
ce  que  il  vouloient  queil  feustbancierfsi'cjliquiexfu  condampnez  par 
l'agent  de  Madame,  vendu  par  ledit  Estienne  Rogel  a  Estienne  Thi- 
baut, Ix  solz. 

//em,  de  la  value  de  la  dicte  prévosté,  ensemble  la  value  descham- 
pars,  des  droitures,  ventes  menuz.  l'eaue  le  Conte  dicte  Verrenelles, 
tout  ce  admoisonné  a  Jehan  Gerboust  le  juenne,  de  la  dicte  S.  Jehan 
l'an  XXVIII  jusques  a  II  ans,  pour  viij»"  x  livres  chascun  an  a  III 
paiemenz  :  pour  le  premier  tiers  dou  premier  an,  au  terme  de  la 
Touz  Sains  l'an  XXVIII,  Ivj  livres,  xiij  solz.  iiij  deniers. 

Des  cens  des  terres  qui  furent  Alain  de  Lembale,  a  la  Saint-Rémi, 
iiij  solz. 

Delà  value  de  la  tuilerie  Madame,  pour  Tan  X.W'llI,  1'^  de  luiile, 
pour  ce  XX  solz. 

Summa  de  Braye  :  vj*^  xiij  livres  iiij  deniers  poug(ois). 

Despense 

sur  la  dicte  recepte  de  Braye  et  ses  appartenances. 
Primo,  A  Braye,  Rentes  a  héritage  pour  le  dit  temps  : 
Aus  chanoines  de  Saint-Thomas  dou  Louvre  de  Paris  pour  leur 

rente  aus  termes  de  l'Ascension,  de  la  Saint-Remi  et  de  NoCl,  xxxv 

livres  (3). 

(0  J'ai  scrupuleusement  respecté  l'orthographe,  les  abréviations  et  signes  de  ce  compte, 
me  réservant  de  reproduire  les  autres  en  Tangage  moderne;  les  sortes  veut  dire  peut-être: 
les  hôtes,  c'est-à-dire,  les  locataires. 

(2)  Beau-frère. 

fV  J'ai  dit.  plus  haut,  que  Robert  I,  de  Dreux,  avait  fondé  l'église  et  chapitre  de  Saint- 
Thomas  du  Louvre,  en  leur  constituant  des  rentes  sur  la  dime  de  Brie.  Cette  rente  fut 
amortie  par  Robert  11,  de  Dreux,  et  sa  femme.  Yolande  de  Couci.  ainsi  que  cela  résulte  d'un 
vidimus  de  la  chambre  des  comptes  de  Blois  de  1400.  Un  arrêt  du  Parlement  du  A  février  1453 
fixe  bien  à  35  livres  parisis  le  chiffre  de  la  rente  allouée  au  dit  chapitre,  mais  Ta  partage  en 
deux  termes  (20  I.  a  Sainl-Rcini  et  15  à  Noël)  au  lieu  des  trois  que  blipulcnt  les  lom,  lc>  de 
la  reine  Jeanne, 

1") 


2'2b  HISTOIRE  DE   LA  VILLE 

Aux  dames  de  TAmour  Dieu,  de  Croissy,  pour  leur  rente  au  terme 
de  la  S.  Remv  Tan  XXVIII,  1  livres. 

Aus  moines  de  la  Ville  Nueve,  en  Bretaigne.  pour  le  terme  de 
NoCl  de  l'an  XXVlll,  iiij««  livres. 

Aux  Cordeliers  de  Saint-Marcel  de  lez  Paris,  pour  leur  rente  au 
terme  de  la  S.  Jehan  Baptiste  (l'an  XXV^III),  xij  livres. 

A  Denise  dou  Noier,  pour  le  cens  dou  jardin  assis  lez  le  vielz 
gué  (i),  pour  la  S.  Remy  l'an  XXVIII,  iij  deniers  obole. 

A  Simon  de  Laval,  pour  le  cens  du  dit  jardin,  à  ce  jour,  iij  de- 
niers obole. 

A  Jehan  Chevry,  pour  le  cens  dou  moulin  de  Cornilleau,  à  ce  jour, 
iij  solz,  vj  deniers. 

A  Saint  Ladre  de  Braye,  à  ce  jour,  iij  solz,  vj  deniers. 

Summa  :  viiij""  xvij  livres,  vij  solz,  vij  deniers. 

Charges  a  vie 

A  Pierre  de  Bonbon,  escuier,  qui  fu  chastelain  de  Braie,  qui  prant 
par  an  xxiiij  livres  à  lïl  termes  :  pour  ce,  aus  termes  de  la  Chande- 
leur 1  an  XXVII,  par  Jehan  le  Cordier.  de  l'Ascension  et  de  la  Touz 
Sains,  l'an  XXVIII,  par  Odart  de  Laingny,  xxùij  livres. 

Ouvrages  a  Braye 

Pour  réparacions  faites  en  l'ostel  de  Braye  par  Jehan  le  Cordier, 
dont  li  diz  Jehan  a  rendu  les  parties  oies  et  examinées,  par  devant 
Madame  et  nos  seigneurs  oyens  lez  comptes,  cxix  livres,  vj  solz,  viij 
deniers. 

flem,  pour  I*^  de  tuille  prinze  en  la  tuilerie  de  Braye  par  monsieur 
Jehan  Lange,  convertie  en  la  couverture  de  l'ostel  de  Braie,  xx  solz 
par  la  relacion  doudit  monsieur  Jehan. 

lient,  pour  réparacion  faite  es  fours  de  Braye  et  ou  pressouer  dont 
les  parties  s*ensuient,  vj  livres,  viij  solz.  vj  deniers.  C'est  assavoir  : 
premièrement  pour  vij  setiers  de  plâtre  ach(etés)  de  Colin  des 
Préaux,  converti  en  la  réfection  des  cheminées  des  diz  fours,  et  a 
afaitier  yceus,  pour  setier  iiij  solz  :  xxxiij  solz  ;  —  item^  pour  salaire 
de  Jehannin  Oudet,  maçon,  a  ce  faire  entasché,  (2)  xiij  solz;  —  i7em, 
pour  I'*^  mille  (sic)  de  tuille  et  vj  noes  ach(etées)  de  Jehan  Chalibert, 
a  recouvrir  les  diz  fours,   xxvij   solz;  —  lient,  pour  II1<^  et  demi  de 

(1)  Il  n'est  pas  douteux  que  ce  jardin  fût  situé  à  Brie,  bien  que  cela  ne  soit  pas  explicite- 
ment dit.  Reste  à  savoir  ou  était  le  vUl  gué,  par  opposition  évidemment  avec  le  nouveau.  Ce 
dernier  doit-il  s'entendre  liu  gué  qui  a  donné  son  nom  à  la  rue  appelée  aujourd'hui  rue  Gam- 
bctta  ?  J'incline  a  le  croire.  Ce  gué  dut  être  ménagé  ou  approprié  pour  permettre  l'accès 
direct  de  la  place  du  Marché,  en  passant  sous  les  murs  du  château.  Le  vieux  gué  devait  être 
plus  bas,  soit  sur  la  rue  de  la  Grenouillère,  soit  sur  la  rue  des  Tanneries.  A  mon  sens,  je 
crois  que  le  gué  neuf  (xxX.  créé  ou  aménagé  lorsque  se  firent  les  murs  de  la  ville.  J'y  reviendrai 
en  parlant  de  la  construction  de  ces  derniers. 

(2)  Pris  à  la  tache. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  227 

,4 

late  à  ce  ach  (été)  de  Robin  TEspicier,  vij  solz  ;  —  i/ew,  pour  II**  et 
demi  de  clou  a  late  a  ce  ach(etès)  de  Pierre  le  Page,  chascun  mille  v 
solz  :  xijsolz,  vj  deniers;  — i7em,  pour  mestre  en  euvre  la  dicte  tuille 
à  recouvrir  les  diz  fours  et  recerchier,  par  Jehan  Poincart  entasché, 
xix  solz  :  tout  ce  fait  par  Jehan  Tirechape,  fermier  des  diz  fours. 

Item^  pour  faire  une  escroe  nueve  au  dit  pressouei  et  appareillier 
la  viz  dicelui  par  Régnant  Traquant  et  Jehannin  Briquet,  charpen- 
tiers, par  III  jours,  pour  chascun  iiij  solz  pour  journée  et  despens, 
valent  xvj  solz.  (sic)  ii). 

//ew,  pour  le  merrien  a  faire  la  dicte  escroe,  acheté  de  Jehan  de 
Mendres,  iiij  solz. 

//em,  pour  II  bandes  de  fer  a  lier  la  dicte  escroe,  ij  solz. 

Summa  :  vj"  vj  livres,  xv  solz,  ij  deniers. 

Autre  despense 

Pour  le  louier  de  la  granche  que  Robert  Le  Cordier  tient,  qui  est 
devant  le  chastel,  retenue  pour  Madame,  pour  faire  estables,  pour 
demi  an  commençant  à  l'Ascension,  CCCXXVIII,  xx  solz. 

Le  compte  contient  en  outre  la  recette  provenant  des 
domaines  et  seigneuries  «  rccepte  du  fié  de  la  terre  de  la 
Queue  en  Brie  mouvent  du  chastel  de  Braye  (2)  et  la  Des- 
pense à  la  Queue.  »  Commencé  au  folio  17  recto,  il  se  ter- 
mine au  folio  18  verso  du  registre  grand  in-folio  (parchemin), 
comme  il  suit. 

Pour  argent  que  doit  Jehan  Le  Cordier  seur  la  recepte  et  des- 
penses faites  par  lui  en  la  terre  de  Braye  par  certain  temps,  de  toute 
laquelle  recepte  le  diz  receveur  se  charge  cy  dessus,  et  les  a  compté 
par  devant  noz  seigneurs  li  diz  Jehan  Le  Cordier  pour  plus  reccu 
que  despendu  par  le  dict  Cordier  :  Ixxiiij  livres,  viij  solz,  vj  deniers. 

Ces  comptes  furent  oiz  et  clos   le  xxvj«  jour  de  may  l'an 

(1)  Il  y  a  la  une  erreur  matérielle  de  compte  qui  a  échappé  aux  vérificateurs  de  la  reine 
Jeanne  et  que  certainement  le  rédacteur  ne  s'imaginait  pas  devoir  être  relevée  cinq  cent 
soixante-treize  ans  après.  Chacun  des  ouvriers  recevant  pour  son  salaire  Journalier  4  sols,  la 
dépense  totale  pour  les  trois  journées  de  travail  devait  être  de  24  sols  ou  une  livre  quatre 
sols.  Il  est  à  croire  que  le  rédacteur  a  inscrit  à  tort  III  journées  de  travail  au  lieu  de  II. 

Remarquons,  en  passant.  le  salaire  d'un  ouvrier  charpentier  qui  est  de  4  sols  par  jour. 

(2)  Table  du  transcrit  des  dénombrements  des  fiefs  tenus  de  Jeanne  Roine  de  France  et  de 
Navarre  a  cause  de  son  cha.>tel  de  Brie  Conte  Robert  commencé  en  l'année  1343  et  finie  en 
l'année  1351  (d'après  la  fête  de  la  Penthecète  154?).  [A.  N.  K,  1058.] 

Corquetaine,  dit  la  Grand'Cour;   La  Bortie  Fournier  ;  La  Queue  en  Brie;   Grisy  et  la  cha- 

r telle  Saint-Martm  ;  ville  de  SouignoIIes  ;  ville  de  Mendres;  Leschielle  de  la  Queue;  Brulays 
es  Corquetaine;  les  Bordes  Maulavèes;  ville  de  Champigois;  Nandy  et  Bohay;  Courbéart; 
la  Grosse  Borne  au  tenoir  de  >  andy  :  Montreuil  près  le  bois  de  Vincennes;  la  Grange  de 
Pontaux:  Roisy;  Grisy  et  Rétale*  la  Noue  de  Friadel  ;  Mendres;  Pontaux  ;  Chcvcnier  et 
autres:  Susey,  forest  de  Rouget;  Pompisteul;  Villers-le-Rigault;  Maupertuis  ;  Charenton  ; 
Cully  ;  Bonneul;  Dambevoille. 


228  lIISTOIUt:    l)l£   L\   VII.I.E 

CCCXXIX  à  Béquoisel  en  la  présence  Madame  la  Roine  monsieur 
de  Bouville,  monsieur  Jehan  de  S.  Just  maistre  Simon  de  S  Clost, 
monsieur  Jehan  Lange  et  maisire  Menry  de  Dompierre,  Michiel 
Pasmé  et  Gautier  deBiau.(i)Et  ainsis  sera  trouva  escript  de  la  main 
maistre  Henry  de  Dompierre  ou  roule  retenu  par  devers  la  court 
pour  Madame. 

Nous  avons  ainsi,  pris  sur  le  vif,  un  exemple  de  la  compta- 
bilité d'un  domaine  aussi  considérable  que  celui  de  Brie- 
Comte-Robert.  11  n'y  manque  même  pas  un  changement  de 
comptable.  11  est,  en  ellVt,  facile  de  voir  que  Jehan  LeCordier 
cessa  ses  fonctions  entre  le  mois  de  février  et  rAscension  ; 
nous  savons,  même,  d'après  ce  qui  précède,  qu'il  lui  restait 
en  caisse  soixante-quatorze  livres,  huit  sols  et  six  deniers, 
somme  dont  son  successeur  prend  la  charjje.  Quant  à  Tapu- 
ratinn  du  compte  annuel,  elle  ne  se  fait  point  attendre. 
L'exercice,  —  c'est  l'expression  dont  nous  nous  servons 
aujourd'hui  —  clos  le  premier  février  inclus,  est  examiné  le 
20  mai  suivant,  en  une  séance  S(»lennelle,  que  ne  dédaignait 
pas  de  présider  la  reine  elle-même,  tenue  dans  une  des  rési- 
dences favorites  de  Jeanne  d'Évreux,  à  Hecoisel  ou  Becoi- 

seau  (•2). 
L'intérêt  de    cette  comptabilité  en   ce    qui    touche   Brie 

n'échappera  à  personne.  Les  éléments  constitutifs  de  la 
recette  y  sont  nettement  établis.  Ce  sont  :  les  fours  (les  fours 
banaux),  les  tonlieux  (;>),  les  étalages  (4),  le  pressoir  (pres- 
soir banal),  les  moulins  (tant  à  eau  comme  à  vent),  les  terres 
et  prés,  l'écriture  —  nous  dirions  le  yrcH'e  —  et  le  scel  —  ce 
qui  pourrait  s'appeler  l'enreg-istrement  —  les  champars  (5), 

I  ■  II  existe  à  Sentcny,  village  ile  Seinc-et-Oise,  à  S   kil.    de  Bric-Comte-Robort.   un  écart 
qui  s'appelle  le  hameau' de  BiaVi. 

'2,  Hecoiseau,  hameau  et  château  appartenant  à  M.  Jos-^eau.  situé  sur  le  territoire  de  la 
commune  de  Mortccrf  canton  de  Rozoy-cn-Brie;.  «  L'édification  du  château  de  Bécoiseau 
e>t  attribuée  a  la  reine  Blanche,  mère  de  saint  Louis...  devenu  château  royal  par  le  mariage 
de  Jeanne  de  Navarre  avec  Philippe  le  Bel.  Bécoiseau  reçut  en  mai,  en  juillet  et  en  octobre 
150S.  puis  du  17  au  20  novembre  1508.  la  visite  du  roi  de  France...  Jeanne  d'Evreux,  veuve  de 
(Charles  IV,  de  1^38  à  ij^h  vint  résider  à  i-écoiscau  et  data  de  ce  château  des  lettres  et  des 
titres...  »  Promenade  à  travers  la  vdllcc  du  Grand-zMorin,  par  M.  Georges  Husson,  Paris,  l89>, 
in-8^ 

O)  Droit  de  place  sur  le  marché. 

4    Le  mot  s'explique  de  lui-même  :  c'est  le  droit  perçu  bur  les  marchandises  étalées  devant 
le.s  echopes. 

S)  il  i*i>ut  entendre  ici    le  champart  seigneurial,  c'est-a-dire  une  sorte  de  surcens  donnant 
au  seij;neur  di{)it  sur  une  partie  dc>  fruits  de  la  terre. 


IXTÉKIKL'R  DE  LECIISE  DE  BRIF-COMTE-ROSKRT 
(Nef  Inlérale  mCriciioOiile  ) 


DE   BUIE-COMTE-ROBERT  2^1 

/^^vtures  (i),  ventes,  cens  (2)  et  menu  cens,  l'eau  aux  foulons, 
^^cien  cimetière  des  Juifs,  les  exploits  —  nous  dirions,  dans 
^^  certaine  mesure,  les  amendes  —  de  la  prévôté,  les  lods 
^^  Ventes  (3),  Veau  le  Conte  dite  Verrenelles, 

J"ai  souligné  à  dessein  les  objets  de  cette  assiette  fiscale, 
^P^éciaux  à  Brie  ;  les  autres  sont  de  perception  générale  dans 
^*  >utcs  les  seigneuries  et  châtellenies.  Dans  les  pages  précé- 
dantes, nous  avons  vu  ce  qu'il  fallait  entendre  de  Teau  aux 
foulons,  de  l'ancien  cimetière  des  Juifs  et  même  de  l'eau  le 
Conte,  dite  Vernelles.  Il  n'y  a  pas  lieu  d'y  revenir.  Il  va  sans 
dire  que  les  recettes  ainsi  eflectuées  étaient  essentiellement 
Variables.  Le  compte  de  Tannée  i329-i33o  (nouveau  style) 
nous  apprend,  par  exemple,  que  les  fours  affermés  à  Jehan 
Tirechape  pour  soixante-dix  livres  le  furent  ensuite  à  Jehan 
Le  Vanier  et  à  Jehan  Gale  pour  cent  dix  livres. 

Le  fermage  des  tonlieux,  tout  en  restant  dans  les  mains  de 
Raoul  Barat,  au  renouvellement  du  bail,  fut  porté  de  cent 
dix  livres  à  cent  vingt-cinq. 

Le  fermage  des  moulins  passa  de  cent  à  cent  quarante 
livres. 

Par  contre,  la  valeur  de  récriture  et  du  scel  descendit  de 
vingt-deux  livres  à  dix-huit. 

Ces  variations  s'expliquent  assez  facilement  par  elles- 
mêmes  ;  nous  verrons  plus  tard,  tant  pour  les  recettes  que 
pour  les  dépenses,  d'autres  variations  se  produire  par  l'alté- 
ration des  monnaies. 

Mais  aux  recettes  de  fond,  il  s'en  ajoutait  d'autres.  J'enre- 
gistrerai, de  ce  chef,  dans  le  compte  de  1 829- i33o  l'article 
suivant  : 

De  Jehan  le  V  annier,  de  Braye,  pour  une  amende  d'un  appel  dont 
il  dechci  contre  Jehan  Chevalier,  Ixs(ols). 

Pareillement  dans  le  compte  de  l'année  i33o-i33i,  je  relève 
les  articles  ci-après  : 

d]  Redevance  en  nature  ou  en  espèces  due  par  le  tenancier  à  son  seigneur. 
(2)  Redevance  en  nature  ou  en  argent  due  par  le  roturier  à  son  seigneur. 

(5;  Ces  deux  mots  inséparables  représentent   les  droits  seigneuriaux  perçus  sur  les  muta- 
tions foncières. 


2.V2  ÎMSTOrRK    DR   LA   ViLLK 

Amendes  grosses  a  Braye  : 

De  maistre  Jehan  Dechanps,  doyen  de  Sens,  pour  uûfc  amende 
tauxôe  contre  lui   à  cau^^e  de  ses  neveuz  par  la  gent  du   Cdilsëil 
Madame  le   111=  jour  de  marz  CCCXXIX  (1330  nouveau   §tyle)  à 
Hraye,  pour  plusieurs  excès,  Ixx  l(i\Tes)  parisis,  moienne  monnoie, 
valant  à  fort  monnoie  xlvj  l(ivres),  xiij  s(ols).  iiij  d(eniers)  (i). 

De  Rolant  Dechanps,  escuier.  pour  une  amende  tauxée  contre  lui, 
ïe  dit  jour,  par  la  gent  dou  Consueil  Madame,  pour  plusieurs  excès, 
Ix  l(ivres)  parisis,  moienne  monnoie,  valant  à  fort  monnoie  xl  l(ivres) 
parisis. 

De  Guiot  Dcchamps,  escuier,  pour  une  amende  tauxée  contre  lui, 
le  dit  jour,  par  la  gent  dou  Consueil  Madame,  pour  plusieurs  excès, 
l  l(ivres)  parisis,  moienne  monnoie,  valant  à  fort  monnoie  xxxiij 
l(ivres),  vj  s(ols)   viij  d(eniers). 

Quels  étaient  les  «  excès  »  dont  s'étaient  rendus  coupables 
les  neveux  du  doyen  de  Sens  pour  s'entendre  infliger  d'aussi 
i^rosses  amendes?  Le  compte  d'Oudart  de  Lagny  ne  le  dit 
pas,  mais  ce  qu'il  dit  explicitement  c'est  que  Toncle  de  ces 
jeunes  écervelés,  qui  évidemment  ne  prit  aucune  part  à  leurs 
fnlies,  fut  tout  simplement  déclaré  ce  que  nous  dirions  au- 
jourd'hui («  civilement  responsable  »  Du  reste,  le  doyen  de 
Sens  et  ses  neveux  bénélicièrent  de  l'indulgence  de  la  reine 
Jeanne,  car  au  compte  des  dépenses  de  la  même  année,  on 
trouve  ce  qui  suit  : 

Autre  dcspcnse  extraordinaire  à  Brave,  en  dons  et  grâces  faiz  par 
Madame  : 

Pour  don  fait  par  Madame,  à  ceste  foiz,  à  maistre  Jehan  de 
Champs  (2),  doyen  de  Senz,  en  admenuisement  delxv  livres  parisis, 
moienne  monnoie.  deuz  pour  une  amende  tauxée  contre  lui  le  111* 
jour  de  marz  (XCXXIX,  toute  la  dicte  somme  rendue  en  recepte  par 
le  receveur  cy-dessus,  cy  comme  dou  don  il  appert  par  lettre 
Madame,  donnée  le  premier  jour  de  may  CCCXXX  rendue  à  court  : 
pour  ce  XXX  l(ivres),  moienne  monnoie,  valans  à  fort  monnoie  xx 
l(ivres). 

L'amende  des  deux  ne\eux  du  doyen  de  Sens  était,  par  la 

même  décision,  diminuée  de  moitié.  Chose  bizarre,  l'année 

suivante,  ces  deux  jeunes  gens  subissent  une  nouvelle  con- 

(i)  J'expliquerai    plus   loin,  en  parlant  de  l'altération  des  monnaies,  ce  qu'il  faut  entendre 

par  :  moyenne  et  forte  monnaie. 

2]  ('hamp-i-sur-Mnine.  canton  de  I  agny  '^Seine-et-Matne). 


hk   BRlk-COMTk-UOBtUT  233 

damnation,  car  il  ne  semble  pas  douteux  que  Tarticle  qui  va 
suivre  leur  soit  applicable. 

Mad(ame)  Jthanne  Deschamps.  Simon  Roulant  et  Guiot  ses  en- 
fans  pour  plus' ieurs  I  excds  et  abus  dejustice  arres(  ?) et  prisons  brisiées 
et  autres  forfaitures,  désobéissances  et  malfaçons,  plusieurs  pour 
tout  xij  XX  l(ivres). 

Le  compte  de  i33i-i332  nous  fait  part  des  méfaits  repro- 
chés à  ces  écuyers  turbulents  qui,  cette  fois,  ont  associé 
leur  frère  à  leurs  actes  délictueux  et  ont  en  même  temps 
attiré  sur  leur  mère  la  sévérité  de  la  cour  seigneuriale  ;  mais 
il  nous  dit  aussi,  à  Tarticle  des  dépenses,  que  les  amendes 
prononcées  contre  les  délinquants  furent  encore  en  partie 
enlevées  à  la  demande  de  «Climentede  Saint-Fremin,  d'Aaliz 
deCourtcbraye,  de  Katcrine  desLogesetdWalizdeChastres, 
nourrices  de  mes  jeunes  dames  (r).  »  L'examen  de  cette 
partie  des  recettes  n'est  pas  sans  intérêt  puisque,  par  elles, 
il  nc^us  est  possible  d'entrevoir  un  coin  de  la  vie  civile  du 
XIV"  siècle  qui  ne  paraît  pas,  en  somme,  diderer  beaucoup 
de  la  nôtre,  au  moins  en  ce  qui  touche  les  délits  et  contra- 
ventions. 

Voici,  piar  exemple,  Pierre  de  Courceaux,  auquel  une 
amende  de  soixante  livres  est  inflig-ée  pour  <x  villenie  ditedou 
prévost  ou  de  son  lieutenant  ».  On  dirait  vraiment  un  écho 
judiciaire  détaché  d'un  journal  contemporain,  et  ce  qui  accen- 
tue encore  Tanalogie,  c'est  que  le  condamné  porte  deux  sur- 
noms «  et  y  est  dit,  pour  la  dicte  amende,  de  Pierre  Potelée 
qar  il  a  ij  seurnoms  Potelet  et  Courceaux  ». 

Du  même  coup,  nous  voyons  comment  sont  désignés  les 
g-ens.  Le  nom  de  celui  qui  nous  occupe  est  Pierre;  mais 
pour  le  reconnaître  d'une  foule  de  Pierre  comme  lui,  on  lui 
c'(>nne  un  ou  plusieurs  surnoms  tirés  soit  du  lieu  d'origine, 
Soit  de  quelque  particularité  relative  à  l'individu.  Dans  l'es- 
pèce, Pierre  était  désigné  sous  le  nom  de  Courceaux,  proba- 
blement parce  qu'il  sortait  de  ce  hameau  (2)  ou  de  Potelet, 
vraisemblablement  parce  qu'il  était  d'honnête  corpulence  (3). 

(1)  Marie  et  Blanche,  la  seconde  fille  posthume  de  Charles  IV  le  Bel  et  de  Jeanne  d*Évreux. 
(2j  Courceaux,   hameau  et  ferme  de  la  commune  de  Mcntereau-sur-le-Jard,  canton  nord  de 

Melun. 
(3;  Potelet  est  un  diminutif  de  potelé,  qui  veut  dire  gras,  grassouillet. 


234  HiSTomn  nn  la  viLLt^. 

Un  procédé  analogue  a  fait  donner  son  nom  au  person- 
nage suivant  que  je  trouve  dans  la  liste  des  condamnés  de 
Tépoque  :  «  De  Guillot  le  Lavandier,  qui  pour  I  faux  appel 
contre  Gilebert  Agnier  devoit  Ix  s{ols).  »  Mais,  nous  dit  le 
rédacteur  du  compte,  le  trésor  de  la  reine  Jeanne  n'encaissa 
qu'une  partie  de  l'amende,  «  quar  il  est  fuitiz  (en  fuite)  et 
n'i  troive  Ten  que  penre  (et  Ton  n'y  trouve  que  prendre)  fors 
que  seulement  xv  s(ols)  que  li  prévos  de  Brave  en  renten 
son  compte  de  ses  expiez  contenus  en  I  roulle.  » 

Cette   amende  de  Ix  solz  était  la  taxe   ordinaire  (i)  du 
faux  appel  (2).  C'est  ainsi  qu'aux  assises  (3)  «  commanciées 
le  mardi  après  la  Touz  Sains  (XCXXX  »  furent  condamnés 
Guillot  le  Lavandier,  ci-dessus  nommé  et  avec  lui  :  Pierre  de 
Chastres  pour  un  faux  appel  contre  Pierre  Gileboust;  Jehan- 
nin  Lescot  contre  ^imari  (sic)  pour  Simon  Poingnart;  Jehan- 
nin  Fouée  contre  Pierre  Leconte  ;  Nicolas  Repost  contre  le 
prévost  de  la  Queue.  De  même  aux  assises  «  illeuc  comman- 
ciées le  vendredi  après  Lœtare  Jérusalem  »    fut  condamné 
à  la  même  amende  et  pour  la  môme  cause  :  Jehan  Lescot 
contre  Simon  Poingnart,  alTaire  dans  laquelle  on  reconnaîtra 
sans  peine  Jehannin  Lescot  et  Simart  Poingnart.    Preuve 
nouvelle  de  l'extrême  facilité  avec  laquelle  les  noms  étaient 
dénaturés,  même  dans  les  actes  publics. 

Du  reste,  ces  amendes  pour  faux  appel  étaient  rarement 
maintenues,  il  le  semble  du  moins.  Pour  les  condamnés  dont 

(l)  Ceci  est  dit  explicitement  dans  un  article  des  comptes,  a  De  S«mon  Poingnart  de  Pre- 
gny,  escuier,  qui  pour  l'amende  d'un  faulx  appel  dont  il  déchus  contre  Pierre  le  Sauvage  et 
sa  f&me,  estoit  mis  en  debte  et  bailliez  à  exploitier  de  Ix  livres  parisis.  laquelle  amende  ne  doit 
monter  que  Ix  sols  pour  la  coustume.  si  comme  il  dit.  et  de  ce  st-  doit  li  batUiz  enformer  (sic).  Receu 
de  ce,  par  la  main  dou  dit  sergent  auquel  li  receveur  avoit  commis  à  lever  la  dicte  amende  : 
xl  sols  parisis  et  du  seurplus  néant  à  présent,  quar  li  diz  sergens  n'en  n'a  (sic)  peu  plus  exploi- 
tier jusques  à  ores,  si  comme  il  dit.  Et  sera  rendu  es  comptes  ensuivans  le  seurplus  en  ce  qui 
en  pourra  venir.  »  Pregny  est  probablement,  ici.  pour  Perigny.  village  de  Seinc-ct-Oise  à 
S  kilomètres  de  Brie-Comte-Robert. 

.2)  Le  faux  appel  indique,  par  son  appellation  même,  la  matière  ainsi  jugée.  Il  s'agit  bien, 
ici,  d'un  appel  d'un  jugement  ou  d'un  arrêt  antérieur,  soit  civil,  soit  criminel.  Les  exemples 
que  je  donne  en  sont  la  preuve,  puisque  après  des  causes  incontestablement  civiles,  il  est 
question  d'un  appel  contre  le  prévôt  de  la  Queue,  c'est-à-dire  contre  une  de  ses  décisions. 

(5)  II  s'agit  ici  des  «  petites  assises»  qui  se  tenaient  assez  fréquemment.  Fhilippe-le-Bel 
avait  même  fixé  un  délai  de  deux  mois  entre  chaque  session.  Les  a  grandes  assises  »  ne  se 
tenaient  qu'une  fois  l'an.  L'étendue  de  la  juridiction  des  assises  de  Bric-Comtc-Robert  était 
celle  du  domame  dont  nous  avons  déjà  eu  un  aperçu  (V.  note  p.  227). 


HE   BRIE-COMTE-ROBERT  235 

je  viens  de  donner  la  liste,  nous  trouvons  les  remises  sui- 
-vantes  : 

Pierre  de  Chastres,  le  premier,  est  complètement  exo- 
néré. 

Pour  quitance  faite  par  Madame  à  Pierre  de  Chaslres,  de  h  s. 
d'une  amende  des  esploiz  du  baillif  readue  toute  en  recepie  cy 
devant  sus  Braye.  quittez  par  Madame  au  rapori  de  Monsieur  Guy 
Poitevin,  Monsieur  Jehan  Lange  et  maislre  Henri  de  Dompierre.  si 
comme  il  appert  au  dos  de  sa  supplication,  scella  du  scel  de  mon- 
sieur Jehao  Lange  et  seigniée  de  la  main  du  dit  mcstre  Henry, 
escript  XV  jouis  (xicj  en  may,  l'an  WXI,  rendue  à  court  :  pour  ce, 

W  S(0l3). 


LA  REINE  JFANNF  DEVREUX 

(d'après  son  tombeau  à  Saint-Denis) 

Jchannin  l'ouce,  un  autre  des  condamnés  ci-dessus,  est 
exonéré  pareillement  de  moitié  de  stin  amende  <■  par  lettre 
de  grâce  de  Madame,  donnée  à  Braye,  X'  jour  de  février 
CCCXXX,  rendue  â  court  ». 

Après  la  débonnaireté  témoignée  par  la  reine  Jeanne  en- 
vers les  turbulents  écuyers  Deschamps,  cette  modération 
dans  la  perception  des  amendes  surprendra  peu.  lilles'e.verce 
d'ailleurs  à  peu  prés  constamment  pour  d'autres  cas. 


vzarr    D±    Flandres. 


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DE    iJRIL-COMTE-ROlîlikT  287 

A  ces  recettes  correspondept  en  dépenses  des  sommes 
égales,  la  reine  Jeanne  ayant  fait  aux  intéressés  remise  de 
ses  droits  seigneuriaux.  Tels,  par  exemple,  Jehan  de  Citery, 
par  lettre  «  donnée  le  V^^  jour  de  décembre  l'an  XXX  »; 
Guillaume  de  Meulan  qui,  sur  les  cent  livres  auxquelles  il  a 
été  taxé,  n'est  plus  appelé  à  en  payer  que  vingt  «  fait  ce  don 
par  lettre  de  Madame,  donnée  à  Braye  le  III'  jour  de  mars 
CCCXXX,  rendue  à  court  » .  Jehan  le  Cordier  obtenait,  sur  sa 
taxation,  une  diminution  de  dix  livres,  «  par  lettres  données 
a  Braye-Comte-Robert^  XI  jours  (sic)  de  février.  Tan  XXXI  et 
en  même  temps  la  permission  de  ne  payer  sa  dette  envers  le 
lise  seigneurial  qu'  u  au  terme  de  Pasques  Tan  XXXII.  » 

C'est  en  vain,  par  contre,  que  nous  chercherions  une 
remise  quelconque  de  peine  pour  un  condamné  aux  assises 
tenues  à  Brie  le  jour  de  feste  Saint  Père  et  Saint  Pol,  apos- 
tres.  Si  minime  que  fut  Tamende,  elle  dut  être  intégrale- 
ment acquittée.  Il  est  vrai  qu'il  s'agissait  ici  d'un  filou,  d'un 
grec,  nous  dirions  aujourd'hui,  bien  qu'il  ne  fut  pas  ques- 
tion de  cartes.  Simon  Ducé,  c'est  le  nom  du  condamné, 
pratiquait  l'art  de  gagner  au  jeu  et  même  au  jeu  de 
boules  (i). 

Simon  Ducé.  pour  ce  qu'il  déçut  (trompa)  ea  son  hostel  et  en  sa 
taverne  Pcrrin.  dit  le  chastefain  de  Braye  et  gaaingna  grant  foison 
de  son  argent  à  boules  plomdes  et  fausses  :  pour  ce  Ix  s(ols). 

La  même  sévérité  était  employée  à  l'égard  de  ceux  qui 
avaient  succombé  pour  faux  appel  à  l'encontre  d'un  agent  de 
l'autorité.  On  lit  par  exemple  dans  le  compte  de  i332  l'article 

suivant  : 

De  Nicolas  Report  (un  des  condamnés  des  assises  précitées)  qui 
doit  de  pieça  pour  Tamende  d'un  appel  dont  il  dechey  contre  Adam 
Froier  (prévôt  de  la  Queue)  Ix  sols  parisis.  Reçeu  de  ce,  par  la  main 
Jchannot  le  sergent  de  Bra^^e  xxx  sols  et  dou  seurplus  néant  à  pré- 
sent, quar  li  diz  Jehannoz,  à  qui  li  receveur  avoit  commis  la  dicte 
amende  à  esploit(ier)  n*en  a  peu  plus  esploitier  jusques  à  ores  si 
comme  il  dit;  et  sera  rendu  es  comptes  ensuivans  li  seurplus  ou  ce 
ce  qui  en  pourra  venir  enz.  » 

(I)  Le   |eu  de  boules  était  en  honneur  à  Brie.   Le  Boulery,  emplacement  particulier  à  ce 
jeu,  était  situé   vers   la  petite   église  Notre-Dame,  sur  ce  que  nous  appelons  aujourd'hui  la 

place  Gautier. 


238  HISTOIRE    1)1-:   LA   VILLE 

On  se  rend  compte  déjà,  par  Taperçu  qui  précède,  du 
mécanisme  judiciaire  de  l'époque.  La  juridiction  première 
est  celle  du  prévôt.  Au-dessus  est  celle  du  bailli  qui  a  con- 
naissance des  appels  contre  les  jugements  de  première  ins- 
tance, qui  prononce  sur  l'application  des  droits  féodaux  «  i  » 
et  sur  les  causes  civiles  qui  lui  sont  soumises.  Le  prévôt 
répondait  en  conséquence  au  juge  de  paix  de  nos  jours. 
Aussi  ne  trouvera-t-on  pas  mauvais  que  je  reproduise  quel- 
ques-unes des  affaires  qui  s'y  jugeaient.  J'en  emprunte 
le    détail    au    compte    de    l'an    «  feny    à    la    Chandeleur 

C(:cxxxin.2))). 

De  Pierre  llanncqucl,  commis  du  receveur  à  lever  certains  esplez 
de  la  prevosté  de  Hrayc,  du  temps  Jehan  Chevry,  j:idii  garde  de  la 
dicte  prôvosté,  que  li  diz  Jehan  deust  avoir  esploitiéz  à  son  temps, 
dont  les  parties  sont  escriptes  cy  après  :  xxiij  livres  iij  deniers, 
valent  tournois  xxviij  livres  xv  sols  iij  deniers  ob  oie)  poug  eoisi. 

Ce  sont  les  parties  des  esplez  de  la  prévosté  de  Braye  par  Jehan 
(>hevry.  garde  d  ycelle  depuis  la  Chandeleur  l'an  XXII  (3)  jusques 
à  la  Saint  Jehan  ensuivant  dont  mcncion  est  faite  cy  devant. 

■  I  ;  Hn  voici  un  nouvel  exemple  tiré  des  mêmes  comptes  et  qui,  pour  ne  pas  toucher  direc- 
tement à  Brie  mérite  cependant  d'être  rapporté.  Dans  les  rachas  et  (juins  deniers  de  1353. 
on  lit  . 

I)e  Artus  de  l'ommeuse  nous  aurons  occasion  de  parler  de  ce  personnage  à  propos  de 
Villemeneux),  escuier.  pour  la  finence  du  rachat  de  U  terre  de  Nandy,  qui  venue  est  et  des- 
cendue a  Perrot  de  Poency.  escuier.  fil  jadiz  tVu  Guillaume  de  Poency  par  la  mort  et  succes- 
sion de  !a  mère  dou  dit  I*errot,  sœur  du  dit  Artus,  douqucl  Perrot  li  diz  Artus  a  le  bail  ou  la 
garde,  fine  par  le  baillif  Madame  ex  sols. 

De  Denise  Le  Mire,  p«ur  le  quint  denier  de  la  terre  qu'il  a  achetée  de  la  demoiselle  de  La 
Tour  de  Boullancy,  séant  a  Beauvcoir  en  Moucien  (Multien';,  et  est  tout  en  terre  arable,  le 
pris  de  ix  ^^  vj  livres,  vj  sols  tournois  .  pour  le  quint  denier  de  ce  xlvj  livres,  xj  sols  vj  deniers 
tojrnois  valent  à  paris  s  xxxvij  livres  vj  sols  ij  deniers  obole.  (Cet  exemple  prouve  que.  au 
moins  pour  la  se  gneurie  de  Brie,  le  quint  était  calculé  sur  la  valeur  de  la  livre  parists.  mais 
payable  au  fisc  seigneurial  er.  monnaie  tournois.) 

De  Jehan  Moinart  qui  pour  le  rachat  denviron  viij  livrées   apar de    terre    assise    à 

Namdy  que  il  tient  à  cause  de  demoiselle  Jeanne,  famé  jadiz  de  feu  Regnaut  de  Konville, 
escuier,  faine  a  présent  du  dit  Jehan  Moinart,  devait  xij  livres,  qua',  pour  ce  que  li  diz 
Jehans  n'est  mie  noble,  li  rachat  est  ticrciéz.  si  comme  le  bailliz  de  Madame  dit:  receu  de 
ce  viij  livres  et  du  seurplus  néant  a  présent,  quar  ou  roulle  du  baillif  des  finances  des  rachaz 
et  quins  deniers  finez  par  lui  est  contenu  et  dit  que  li  diz  Jehans  ne  soit  contraint  des  iiij 
livres  jusques  l'en  ait  parlé  a  .Madame  et  de  la  volonté  Madame  suz  ce  n'a  depuis  li  bailliz 
rieii  certifié  au  receveur.  Si  en  soit  oïdené  et  commandé  ce  qu'il  plaira  qu'il  en  soit  fait, 
quar  li  receveur  n'en  peut  riens  lever  pour  la  cause  dessus  dicte  se  il  n'en  a  commandement 
de  Madame  ou  certification  dou  baillii.  »  Voila  un  point  de  droit  féodal  qu'il  était  intéres- 
sant de  relever. 

:2)  A.  N.  —  KK  ^  f  iSi. 

i?)  L'original  porte  bien  XXII.  Si  ce  n'est  pas  la  une  erreur  pour  XXXll,  il  faudrait 
admettre  que  Jehan  de  Chevry,  prévôt  de  Brie,  n'aurait  rendu  ses  comptes  que  dix  ans 
après,  puisque  la  mention  n'en  est  faite  qu'au  détail  des  recettes  de  l'année  finissant  à  la 
Chandeleur  XXXill.  Si  c'est  une  erreur,  le  mot  jadis  s'explique  diflicilement. 


DE   URIE-COMTIMIOBEKT  23() 

T^rimo.  De  Pierre  Iloquerel.  pour  defr(aut)  de  gagetnent  et  une 
amende  de  fausse  clameur  pour  Marguerite  La  Quionne  qui  val 
(oient)  X  sols,  receu  de  ce  vij  sols. 

De  Gilei  Langles.  de  Mandres.  qui  devoit  xvj  sols  de  ij  amendes, 
l'unne  de  defT(aut)  de  gagement  et  1  autre  de  nit  ataint,  receu  de  ce 
ix  sols. 

De  Ancelet  de  Magdelene  qui  devoit  vij  sols  vj  deniers  parisis 
pour  deffaut  de  gagement  pour  Jehan  Le  Crespe,  receu  de  ce  iij  sols. 

De  Simon  D qui  devoit  xv  sols  pour  ij  amendes  pour  Per''in 

Fendicet,   l'unne  pour  main  mise  à  la  famé  du  dit  Perrin  et  l'autre 
d'un  ny  ataint.  receu  sus  ce  viij  sols. 

De  Perrin  Monceron  qui  devoit  xv  sols  pour  1  homme  de  hors, 
pour  main  mise  et  pour  I  ny  ataint  ;  receu  de  ce  vij  sols  vj  deniers. 

De  Gilet  le  Bergier  qui  devoit  vij  sols  vj  deniers  pour  deiïaut  de 
prueuve  contre  Jehan  de  Chastres,  receu  sus  ce  iiij  sols  j  denier. 

Dou  maire  de  Monsterel  (i)pour  amendes  quil  avoit  receues  en  la 
dicte  ville,  xx  sols. 

D  un  homme  de  Monsterel  pour  certain  héritage  avenu  à  iMadame 
par  aventure  de  nouvel,  qu'il  tient  à  rente  ou  à  cens,  v  sols. 

D  un  homme  estrainge  qui  avoit  fait  semondrc  Guillaume  Morel, 
qui  se  dôlessa  de  sa  prueuve  et  ne  vost  rien  prouver  et  devoit  pour 
ce  ij  sols  vj  deniers.  Receu  de  ce  ix  deniers. 

Dou  vallet  Jehannin  Cordier  pour  ij  niz  aconsuiz,  xv  sols. 

De  Olivier  Le  Breton  pour  I  fausse  clameur  pour  Perrin  Labbé, 
ij  sols  vj  deniers. 

De  Perrot  Mellée.  de  Varennes,(2)pour  deffautde  prueuveet  fausse 
clameur  contre  Jehannin  Le  Mercier,  x  sols. 

Dou  vallet  Simon  de  Laval  qui  devoit  vij  sols  vj  deniers  pour  main 
mise  à  I  vallet  de  Ferriéres.  Receu  de  ce  vj  sols  iij  deni'^rs. 

De  Jehannin  Carin  qui  devoit  pour  main  mise  à  Loys  Le  Ca- 
vec(ier)  et  pour  I  ny  ataint  xv  sols.  Receu  de  ce  xij  sols  vj  deniers. 

De  Pierre  \'arée.  qui  devoit  xxx  sols  pour  iiij  amendes  pour  def- 
faut de  gagement.  Receu  de  ce  xxviij  sols. 

Item.  De  Jehannin  Monceron  pour  deffaut  de  gagement  envers 
Jehan  de  Grantviller   vij  sols  vj  deniers. 

De  Auberi  de  Pontillois  pour  II  gagemenz  irespasséz  envers  Jehan 
Chevalier  et  Jehan  de  S.  Omer,  xv  sois. 

De  Hébert  Rive  pour  I  ny  aconsui  contre  Jehan  Lescot,  dont 
l'amende  vaut  vij  sols  vj  deniers    Receu  de  ce  iv  sols. 

Dou  serourge  Perrin  Monceron  qui  devoit  vij  sols  vj  deniers  pour 
main  mise  à  1  homme  de  hors   Receu  suz  ce  vj  sols. 

(I)  Montreuil-sous-Bois  (Seine). 

(2;  Varcnncs,  village  de  Scinc-et-Oise,  à  5  kilomètres  de  Bric-Comtc-Robcrt. 


240  IIISTOIKI;    DB    LA    VIl.LK 

De  Gilebert  Caquier  pour  fausse  clameur  contre  Teveoin  Hasart, 
ij  sols  vj  deoiers. 

De  BeloD  le  Ribaude.  d'une  Tausse  clameur  pour  Gilebert  Caquier, 
xjsols  vj  deoiers. 

II  n'est  pas  entré  dans  ma  pensée,  en  reproduisant  ces 
divers  documents,  d'étudier  l'orpanisation  judiciaire  de 
l'époque.  L'n  tel  travail  a  été  abordé  maintes  fois  et,  d'ail- 
leurs, sfirtirait  du  cadre  de  celle  histoire.  Je  n'ai  eu  d'autre 
but  que  de  permettre  au  ktleur  de  jeter  un  coup  d'œil  sur 


PLAN   DE  [.EMI'LACEMENT 

occupé  aujourd'hui  par  la  Place  Gauthier 
les  prétoires  de  la  seigneurie  de  Brie-Comte-Robcrt.  sur  les 
causes  et  les  alïaires  qui  s'y  jugeaient  et  en  même  temps  de 
se  rendre  compte  de  la  sévérité  des  condamnations  et  de  la 
bienveillance  avec  laquelle,  en  général,  étaient  traités  les 
délinquants. 

Ceci  dit,  je  reprends  l'examen  des  comptes  de  la  reine 
Jeanne  en  ce  qui  touche  beaucoup  plus  directement  la  ville 
et  SCS  habitants. 

Je  n'insisterai  pas  sur  les  articles  de  recettes  que  j'appel- 


DE    BRIE-GOMTE-ROBERT  24  I 

lerai  Je  fondation.  Tels  ils  sont  exposés  dans  le  compte  de 
Tannée  kv28  que  j'ai  reproduit  ci-dessus,  tels  nous  les 
retrouvons  dans  les  années  subséquentes.  Mais  à  ces 
articles  s'en  joignaient  d'autres  qu'il  nous  faut  mettre  en 
lumière  parce  que  nous  y  retrouvons  des  renseif^nements 
utiles. 

Ainsi  dans  le  compte  de  kv2()-i33(),  se  trouve  sous  la 
rubrique  u  Rachaz  à  Brave  »  la  mention  suivante  : 

De  Simon  de  Vernoil,  escuier,  pour  le  rachat  de  la  terre  qui  fu  au 
Hrelon  de  Brave,  à  lui  appartenant  à  cause  de  demoiselle  Margue- 
rite la  Bretonne,  sa  famé,  la  finance  de  ce  faite  en  quaresme 
CCCXXIX  auz  gens  de  Madame,  si  comfme)  il  appert  par  lettres  de 
Madame,  données  le  i"  jour  de  mars  CCCXXIX,  viij  livres,  ij  sols 
parisis,  moienne  monnoie  courant  ou  dit  temps,  et  viij  muis,  iij 
mines  de  grain,  à  la  mesure  de  Braye,  les  ij  pars  froment,  la  tierce 
avoinne,  tant  pour  le  marc  d'argent  comme  pour  autres  choses, 
vendu  le  froment  au  pris  de  ix  sols  parisis  moienne  monnoie.  le 
setier,  et  l'avoinne  ix  sols  vj  deniers  parisis,  fort  monnoie.  chascun 
setier  :  vaut  pour  tout  le  dit  rachat,  tant  en  argent  comme  en  grain, 
avaluô  à  argent  sur  les  parties  dessus  dictes,  la  moienne  monnoie 
avaluée  à  fo  t,  pour  ce  et  pour  tout  xl  livres,  vj  sols,  ix  deniers  fort 
monnoie;  senz  ix  livres  sur  iiij  arrière  fiez,  lesquelles  ix  livres  Ma- 
dame li  a  quiliez  de  grâce  especial  par  la  ditte  lettre. 

J'aurai,  en  parlant  des  liefs,  à  m'occuper  du  Simon  de 
Verneuil  dont  il  est  question  et  je  rappelerai  le  passage  qui 
le  concerne.  Retenons  le  prix  du  setier  de  froment,  à  la  me- 
sure de  Brie,  ainsi  que  celui  de  l'avoine.  Le  premier  valait, 
nous  est-il  dit,  9  sols  parisis,  moienne  monnoie;  la  seconde 
9  sols,  G  deniers,  fort  monnoie,  11  nous  faut,  ici,  ouvrir  une 
parenthèse  pour  expliquer  ces  expressions,  et  en  même 
temps  d'autres  déjà  rencontrées  dans  les  évaluations  moné 
laires  qui  précèdent.  J'ai  déjà  dit  que  Philippe-le-Bel  avait 
essayé  de  trouver  une  source  de  revenus  pour  grossir  le 
Trésor  roval,  à  sec.  dans  rallérali<»n  des  mcmnaies.  Ses  lils 
ne  manquèrent  pas  à  la  tradition  paternelle  ;  ce  moyen  de 
gouvernement  fiU  plus  cyniquement  encore  employé  plus 
tard  par  les  \'alois. 

(]e  n'est  ici  ni  le  lieu,  ni  le  moment  de  faire  un  historique 


2_|2  HISTOIRE  DE   1^\  VILLE 

des  émissions  de  monnaie  alTaiblie,  des  retours  brusques  au 
régime  de  la  «  bonne  monnaie  forte  »  ou  «  monnaie  de  Saint- 
Louis  ».  La  chose  est  du  reste  difficile,  car  «  Thistoire  des 
monnaies  rrivales,  de  i3c)6  a  Tavènement  des  Valois,  n'est 
pas  connue  avec  précision  mi  ».  Mon  intention  d'ailleurs 
plus  modeste,  est  d'apporter  à  l'étude  des  monnaies  du 
XIV'  siècle  la  part  contributive  fournie  par  les  documents 
que  j'ai  trouvés  aux  Archives  nationales.  Nous  y  voyons 
qu'en  ilvjq  \'Xm}  la  monnaie  parisis  se  dirisait  en  forte, 
moyenne  et  faible  monnaie.  Le  rapport  entre  ces  monnaies 
est  donné  par  les  comptes  en  divers  endroits. 

On  y  lit  notamment  que  ùj  livres  parisis.  «  moienne  mon- 
naie y>,  en  valent  40  «  J  fort  monnaie».  C'est  le  rapport  exact 
de  3  à  2. 

Ailleurs,  il  est  dit  que  8  livres  parisis  «  fiieble  monnaie  » 
valent  «  à  fort  monnaie»  4  livres.  Rapport  exact  de  2  à  i  (2.. 

Il  s'en  faut,  toutefois,  que  les  compljcations  monétaires 
s*arrétassent-là.  A  côté  de  la  monnaie  parisis,  il  y  avait  la 
monnaie  tournois  qui,  elle  aussi,  se  divisait  en  monnaie 
forte  et  mr)nnaie  faible.  Toutefois  les  tournois  forts  n'appa- 


i\;  M.  Ch.-V.  Langlois.  professeur  à  l'Université  de  Paris,  dans  V Histoire  de  France  de 
M.  Lavisse  (III,  chap.  v.  p.  257). 

'2)  En  tenant  compte  de  ces  constatations  et  en  nous  reportant  aux  chiffres  indiqués  ci- 
dessus  pour  le  prix  du  setier  de  froment  et  du  setier  d'avoine,  nous  obtenons  le  prix  de  cha- 
cune de  ces  denrées  à  monnaie  égale. 

I.e  setier  de  hic  vendu  9  sols  parisis.    moyenne  monnaie,  vaut  en  forte  monnaie  6  sols  ;  le 
setier  d'avoine,  dans  ia  même  monnaie  la  forte),  se  vend  9  sols 6  deniers.  Si  nous  comparins 
ces  cours  a  ceux  d'aujourd'hui,  nous  voyons  que  la  même  quantité  de  froment  (un  setier 
se  vend  environ  23  francs  —  pour  employer  un   chiflVe  rond  —  et  le  setier  d'avoine  se  vend 
54  francs. 

Au  XIV»  siècle,  le  rapport  entre  les  deux  denrées  était  de  24  à  58;  actuellement  il  est  de 
2)  a  ^4:  il  est  resté,  a  peu  de  choses  prés.  le  même. 

Quant  a  la  valeur  comparée  des  monnaies,  elle  serait,  en  se  servant  du  prix  du  froment 
comme  base,  comme  1  est  à  83.  c'est-à-dire  qu'un  sou  parisis  de  l'époque  (régulièrement  la 
vingtième  partie  de  la  livre)  vaudrait  4  fr.  IS  de  notre  monnaie. 

Mais  il  ne  faut  pas  prendre  a  la  lettre  cette  donnée.  Le  prix  du  blé  est  soumis  à  l'interven- 
tion de  tant  de  facteurs  divers  qu'il  faut  être  prudent  dans  ces  sortes  d'évaluations.  En 
France,  par  exemple,  il  est  soumis  à  un  pours  fictif  à  cause  des  droits  protectionnistes  :  en 
faisant  abstraction  de  ces  droits,  l'équivalence  entre  le  prix  du  14»  siècle  et  le  prix  actuel 
tomberait  aussitôt  de  i  8?  à  1,50.  Il  importe  aussi  de  tenir  compte  de  causes  diverses,  tant 
du  côté  de  la  production  que  du  côté  d«  la  consommation,  qui  peuvent  modifier  les  prix  du 
moment  et  interdire  par  suite  une  con|paraison  absolue  entre  la  valeur  des  monnaies  du  14» 
siècle  et  actuelle,  en  >e  >crvant  du  prix  du  blé  comme  point  de  départ. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  243 

naissent  dans  les  comptes  que  j'examine  qu'en  i329-i33c^.  Il 
semble,  à  étudier  les  termes  de  comparaison,  que  la  relation 
entre  la  monnaie  parisis  et  la  monnaie  tournois  ait  été  de 
I  2^  à  1.  Cette  proportion  reste  assez  constante;  elle  n'existe 
plus  pour  les  cas  où  apparaissent  les  pougeois  ou  picta- 
vines,  les  oboles  tournois,  les  oboles  parisis.  Chaque  fois, 
au  reste,  que  j'ai  à  citer  un  article  en  recettes  ou  en  dépenses, 
je  donne  les  indications  de  monnaies  portées  au  compte. 
Alais  on  se  rend  compte,  avec  cette  multiplicité  de  mon- 
naies, accrue  encore  par  le  taux  d'émission  arbitrairement 
variable,  des  troubles  profonds  que  ce  système  économique 
dut  jeter  dans  les  relations  non-seulement  commerciales, 
mais  les  plus  simples  de  la  vie  sociale  (i).  Je  n'ai  pas  à  y 
insister  davantage  et,  sous  le  bénéfice  de  ces  observations, 
je  continue  Tcxamen  des  recettes  qui  peuvent  nous  fournir 
quelques  indications  sur  l'époque. 

l'n  détail  nous  est  révélé  ainsi,  au  sujet  de  l'un  des  séjours 
de  la  reine  Jeanne  à  Brie.  Voici  l'article  que  je  rencontre 
dans  le  compte  de  i33r). 

De  la  value  des  xj  arpeoz  de  préz  madame  à  Braye,  de  la  fenoaison 
CCCXXXVl,  doût  l'en  faucha  et  coatira  ea  la  maia  de  madame  par 
Pierre  FrançoySi  chasielain  d'illeuc  x  arpenz  et  demi  où  il  ot  xiij 
charretées  de  foins  mis  là  en  garnison  pour  madame  en  son  hostel, 
qui  lors  faisoit  son  séjour  à  B^aye,  prisié  l'arpent  xl  s(ols)  et  en 
autele  valeur  repris  par  le  receveur  sus  madame  çn  despense  cy- 
dessous  pour  garnison,  pour  ce  xxij  l(ivres)  dont  il  dut  pour  les 
fraiz  de  lauchier,  contirer  et  mettre  en  grange  les  x  arpenz  et  demi  : 
Ixxvj  8(ols)  vj  dfeniers).  Demoure  pour  la  value  dte  la  depoille  des 
diz  préz  pour  cest  an  :  xviij  l(ivres),  iij  s(ols).  vjd(eniers). 

Cet  article  se  complète  par  un  autre  incorporé  aux  dépen- 
ses, ainsi  que  l'annonce,  du  reste,  le  rédacteur. 

Despense  extraordinaire.  —  Garnisons  illeuc  :  ...Pour  la  value 
de  la  despoille  des  xj  arpens  de  préz  madame  à  Braye  en  l'an  XXXVI, 
tant  du  foing  creu  en  x  arpenz  et  demi  des  diz  préz,  fauchié,  fenné, 

(il  L'imbroglio  monétaire  était  tel  que  le  rédacteur  des  comptes  def  n29-nio.  parlant  de 
Tétat  des  moulins  à  eau,  écrit  :  «  Testât  ou  il  estoient,  quant  il  furent  bailliez,  fu  prisiez 
xxxij  livres,  x  sols,  monnoie  lors  courant.  »>  La  convcrMon  en  tournois  ou  en  forte  monnaie 
n'est  même  plus  indiquée,  tant  les  variîitions  devaient  modifier  chaque  fois  la  valeur  du 
munéraire. 


*2^^  IIISTOIKK    bt:   I-A   VILLE 

et  mis  en  granche  à  Braye  pour  la  garoisoa  de  l'ostel  madame, 
comme  de  lerbe  de  demi  arpent  des  diz  préz,  prinsc  pour  faire 
jongiée  en  Tostel  de  madame,  qui  lors  faisait  son  séjour  à  Hrayc. 
prisié  Tarpent,  miz  dedans  les  fraiz  que  les  x  arpenz  et  demi  coustd- 
rent  à  fauchier,  fenner  et  mettre  en  granche  dont  les  parties  sont  cy 
après  (i),  xl  s(ols). 

Je  d(  »nne  en  m  »tc,  ci-dess(  >us,  à  titre  de  document  ciimparatif. 
les  dépenses  Inurnies  par  le  compte  en  ce  qui  touche  cette 
réc(»lte,  je  me  demande,  ici,  à  quoi  correspond  la  j«.mchcc 
d'herhes  *.<  faite  en  Thostel  «  de  la  reine. 

(Certes,  la  présence  de  Jeanne,  à  lirie,  est  plusieurs  fois  men- 
tionnée dans  les  comptes  «  le  XXVII*  jour  de  février  Tan 
XXX  Je  XI  février  Tan  XXXI,  le  X'  jour  de  janvier  Tan  XXXIl, 
le  Xllir  jour  d'avril  Tan  AK^C^CXXXIII,  etc.,  etc.  »  :   il  n'est 
aucunement  question,  à  ce  propos,  de  jonchée  d'herbes.  Il 
faut  donc  qu'une  circonstance  particulière  provoquât  cette 
action  inusitée.  Il  me  parait  uMlede  rappeler,  ici,  qu'à  l'épo- 
que de  la  Saint-Jean,  la  coutume  était,  outre  les  feux,  si  con- 
nus, de  la  Saint  Jean,  de  joncher  d'herbes  odoriférantes  les 
planchers  des  maisons.  II  y  avait  dans  cet  usage,  comme  dans 
beaucoup  d'autres,  un  mélange  de  superstition  et  d'hygiène. 
Les   herbes  de  la   Saint-Jean  (2)  étaient  considérées  comme 
douées  de  propriétés  magiques,  ayant  leur  intluence  heu- 
reuse sur  le  foyer  et  les  individus:  en  réalité,  leur  épandage 
sur  les  planchers,   leur  ./oz/cZ/t'É?.  pour  employer  l'expression 

Il    Vt)ici  comment  scxpriment  les  comptes  au  sujet  de  ces  frais. 

**('/e>t  assavoir  pour  fauchier.  fenner,  cnniurler  mettre  en  meule)  et  mettre  en  granche  en 
lan  XXXVI  le  foinj;  «.les  x  arpon>  et  demi  de  pré  de  prcz  fs/Vj  madame  à  Brave,  par  Pierre 
Fran(;ovs.  cliastelain  dilleuc  .  primo,  pour  fauchier  par  |ehan  le  fauchvur  de  Braye.  iij  sols 
larpent.  val  ent,  xxj  sols  vj  denier»  :  lUm  pour  espendre.  fenner.  mettre  en  mûrie  sic  par 
le  dit  f.iuclieur  entaNche  la  la  tache  ou  a  forfait)  xxij  sols  :  item  pour  amener  le  dit  foing  de> 
préz  a  roslfl  par  \v>,  voitures  de  St.  ('hîi>tophe  et  y  «)t  xiij  charretées  de  foing,  xvj  sols  :  item 
p<»ur  avde>  a  chaisier  les  charretes  et  mettre  en  granche  le  dit  foing.  vij  sols.  Summa  (total 
Ixxvj  ï.(»l>  vj  deiiier>  parisis. 

Les  prix  ci-ilessus  étaient  du  reste,  comme  au;ourd'lnii.  variables.  Pour  Tannée  lî»t).  par 
exfmple.  le  fauchai»»-  coûtait  S  >ols  l'arpent.  Aujourd'hui  se  travail  se  paie  de  7  a  8  francs 
l'arpent,  suivant  le  cas. 

le  compte  de  n2t)  nous  dit  en  outre  que  «pour  fenner  »\  on  donnait  5  sols  ()  denier^ 
l'arpent  In  homme,  employé  pendant  trois  jours  et  demi  à  aider  a  charger  le  chariot,  rtait 
payé,  en  totalité.  ^  sous.  4  deniers.  Le  produit  de  cette  année  fut  de  22  %*  chariotées  de  foinj;. 
prisiee  la  <;haiiole.'  xx  sols»».  Hn  l>>2.  la  récolte  fut  île  24  charretées. 

2    11  «si  risle,  dans  la  lan<j;u«*.  comme  un  reflet  «.le  cet  usai;e  dans  l'expression  très  courante 
w  l«»ules  Us  herbes  île  la  Sainl-|ean  »v 


DF    nÙIE-COMTE-ROHERT  '2^?^ 

des  comptes  de  la  reine  Jeanne,  devait  contribuer  à  assainir 
les  appartements.  Les  feux  de  la  Saint-Jean  avaient  bien 
pour  but  de  purilier  l'air  des  lieux  habités  ! 

La  reine  Jeanne  faisait  donc  son  séjour  à  Brie,  cette 
année,  à  l'époque  de  la  Saint-Jean,  c'est-à-dire  aux  environs 
du  24  juin  ;  c'est,  en  réalité,  ce  que  nous  apprend  le  rédac- 
IciM'  des  comptes  par  le  détail  que  nous  y  relevons. 

Les  arpents  de  prés  d(»nt  il  est  question  ici  sont  les  prés 
qui  s'étendent  le  long  du  ru  Bertin,  qui  portent  encore  le  nom, 
dans  les  lieux  dits,  de  prés  du  Roi,  Ils  étaient  administrés 
directement,  comme  on  le  voit,  par  le  châtelain  —  nous 
pourrions  dire  l'intendant  —  de  la  reine.  11  en  existait  d'au- 
tres plus  éloignés  «  séanz  vers  le  moulin  de  Cornilleau  »  qui 
n'étaient  pas  toujours  pour  le  trésor  de  la  reine  d'un  heureux 
profit.  Nous  lisons  en  effet  dans  le  compte  de  i333  : 

De  la  value  de  v  quartiers,  que  pvùz  que  terres,  séanz  vers  le  mou- 
lin de  Cornilleau  (i),  que  Julien  le  Bergier  souloit  tenir  et  les  print 
de  piév'a  avant  ce  que  Oudars  fut  receveur.  De  ce  néant,  pour  cest 
an,  quar  il  n'a  riens  ne  n'y  iroive  l  en  que  penre,  cors  ne  biens  ;  et 
pour  ce  deffaut  a  il  receveur  baillié  de  nouvel  le  dit  héritage  à  rente 
ou  ferme  à  personcs  plus  soullisans;  si  en  rendra  l'en  es  comptes 
ensuivans  le  prouffît  pour  le  temps  à  venir. 

Le  rendement  de  ces  cinq  quartiers  n'était  pas  considé- 
rable, puisqu'il  n'est  porté  en  recettes  que  24  sols  par  an, 
mais  il  n'en  reste  pas  moins  acquis,  d'après  ce  qui  précède, 
que  le  fermier  s'était  trouvé  dans  l'impossibilité  de  les 
payer  et  avait  pris  la  fuite.  Ceci  nous  amène  à  parler  du 
moulin  de  Cornilleau,  d'abord.  En  1329,  son  état  témoignait 
de  sa  vétusté,  d'après  le  texte  ci-après  : 

Pour  appareillier  et  mestre  en  estât  le  moulin  de  Cournilliau  (sic^ 
qui  par  deffaut  de  soustenence  et  réparacion  estoit  oiseus  et  ne  povoit 
niosdre  ouquel  moulin  Madame  a  les  H  pars  et  Jehan  Le  Cordier  la 
tierce  :  pour  plusieurs  missions  cheues  en  ce  dont  les  parties  s'en-* 

(  I ,  Orthographié  en  d'autres  parties  des  comptes  :  Cornigiiau. 


246  HISTOIRE  DE  LA  VILLE 

suient  cy  après,  à  la  part  de  Madame,  iiij  livres,  xvij  sols,  vj  deniers 
obole  (i). 

Le  moulin  fut  évalué  et  estime  en  i31>o,  <  vers  environ  la 
Saint-Remi  »,  vraisemblablement  une  fois  les  réparations 
exécutées.  Il  fut  «  prisié,  sur  le  tout  »,  xiij  livres,  x  sols  forz 
parisis.  »  Le  salaire  des  experts  «  de  ceux  qui  prisièrent 
Testât  dou  dit  moulin  »  s'éleva  à  4  sols,  4  deniers  (2). 

Nous  avons  vu  qu'en  i32()  «  Testât  des  tnouHns  à  eau, 
quand  ils  furent  baillez  à  ferme  à  Jehan  Aiilet  et  à  Tirechape, 
fut  prisié  xxxiij  livres,  x  sols,  monnoie  lors  courant».  Le 
salaire  des  expers  fut  de  «  v  sols  fueble  monnoie,  valans  à 
fort  monnoie  ij  sols,  vj  deniers,  que  payèrent  les  dits  fer- 
miers. »  Cet  extrait  du  compte  de  la  reine  Jeanne  est  un 
argument  en  faveur  de  la  thèse  que  je  soutenais  plus  haut, 
relativement  à  Texistence,  autrefois,  de  plusieurs  moulins 
sur  ce  point  (3),  puisque  Testimation  du  moulin  de  Cornillot 
est  l'objet  d'un  article  spécial.  Je  trouve,  déplus,  dans  les 
extraits  suivants,  l'indication  de  Tcxtrême  ancienneté  des 
travaux  hydrauliques  exécutés  pour  ces  moulins. 

Mentionnons  d'abord  des  répa'ations  faites  en  i33o  par 
les  fermiers  «  à  la  chaussée  devant  la  borde  des  diz  moulins  » 
et  s'élevant  à  4  sols.  Ce  n'est  là  qu'un  détail.  En  i332,  nous 
rencontrons  l'article  suivant  : 


(1)  Je  crois  utile  de  donner  le  détail  des  réparations  effectuées  ù  cette  époque,  d'après  les 
comptes  que  j'ai  sous  les  yeux. 

*i  Parties  des  missions  faites  pour  le  moulin  de  Cornilliau  rapareiller.  dont  mention  est  faite 
cy  devant. 

Primo  pour  le  merrien  à  faire  enchevestures,  esselles  pour  le  channel  et  pour  les  portes  des 
esclottoies.  pour  uns  pangnous  neuf,  vj  fors  esselles  à  soustenir  le  molage  dou  planchié  et 
pour  les  cingles  à  cingler  le  channel  :  pour  tout  livré  sus  le  leu,  entasché  par  Jehan  de 
Mendres,  charpentier,  xl  (40)  sols. 

lum  pour  mettre  en  œuvre  le  dit  merrien,  emboitier  l'arbre,  restreindre  la  roue  et  mètre  le 
moulin  à  voie,  entasché  par  le  dit  charpentier,  xxx  (y))  sols. 

Item  pour  XI'  de  clou,  à  cingler  et  restoindre  la  roue,  ix  (9)  sols. 

Item  pour  I  fer,  une  paletc  et  uns  toreillons  nues  à  ce,  prins  de  Robert  le  févre,  xxx  (50)  sols. 

Item  pour  une  scrreure,  I  pelle  garni  pour  le  dit  moulin,  v  (5)  sols. 

item  pour  couvrir  la  meson  dou  moulin  par  Gilet  le  couvreur,  entasché,  xij  (12;  sols. 

Item  pour  glui  à  ce,  par  Jehan  le  cordier,  xij  (12)  sols. 

Item  pour  teille  et  glaons  à  ce,  iiij  (4)  sols. 

(2)  Le  moulin  de  Cornilleau,  Cornillot  est  aujourd'hui  la  propriété  de  M.  Thibault.  Le 
moulin  proprement  dit,  n'existe  plus. 

(5i  V.  page  80. 


DE    BRIE-COMTE-ROBERT  247 

Pour  refaire  I  taluz  de  pierre  seiche  contre  la  chauciée  de  l'esclusc 
des  moulins  à  yaue  Madame  à  Brayé  et  pour  le  délivrer  de  la 
scmainne  après  la  mi  août  Tan  XXXII  par  Guillaume  Piquart,  maçon 
Madame:  c'est  assavoir  pour  Jehan  Gouas  et  Jehan  Luquas,  maçons, 
à  ce  U  jours  chascun,  pour  chascun  ij  sols  par  jour  et  pour  1  ayde  à 
les  servir  par  ces  H  jours,  x  deniers  par  jour,  valent  pour  tout  ix 
sols,  viij  deniers. 

Ces  travaux  d'entretien  ne  diraient  rien  si  dans  le  compte 
de  i336  nous  n'avions  la  trace  de  réparations  plus  impor- 
tantes. Celles-ci  touchent  au  canal  qui  conduit  les  eaux  aux 
moulins  et  dans  le  détail  qui  va  suivre  on  sent  que  ce  canal 
devait  à  Tépoque  être  extrêmement  ancien,  puisqu'il  était 
presque  hors  de  service.  On  sait  le  soin  minutieux  que  l'on 
portait  alors  aux  travaux  en  général,  la  solidité  avec  laquelle 
ils  étaient  façonnés,  surtout  en  hydraulique  où  les  anciens 
étaient  passés  maîtres.  11  fallait  donc  que  le  canal  d'adduc- 
tion des  eaux  fût  de  date  bien  reculée  pour  être  aussi  en- 
dommagé que  l'indique  l'article  suivant  : 

Pour  rappareillier  et  mettre  à  point  les  channieux  (pluriel  de 
channel(i)  des  moulins  de  Braye  par  Guillaume  Piquart,  maçon 
Madame,  environ  la  Saint  Marc  évangéliste,  l'an  XXXV^I  :  c'est 
assavoir,  conreer  (2)  de  bon  conroy  l'entrée  de  la  dicte  channel,  cest 
chaucier  la  terre  dessouz  la  channel  tout  au  lonc  pour  veoir  par  où 
les  galeries  ou  auges  s  en  aloient  et  remettre  bonne  gloise  et  bonne 
terre  et  bon  conroy  encontre  la  dicte  channel;  pour  assembler  Tare 
qui  est  dessouz  la  dicte  channel  (3)  faire  les  II  taluz  de  pierre  et 
fonder  à  vif  fons  ;  maçonner  de  pierre  et  de  mortier  de  chaux  ; 
gazonncr  encontre  la  chauciée  de  costé  les  taluz  afin  de  mieux  tenir 
la  terre  encontre  la  dicte  channel;  mettre  à  point  la  channel  qui 
aboivre  le  moulin  dessus,  qui  s'en  aloit.  et  la  conréer  en  tele  manière 
que  elle  tcnist  yaue  :  pour  tout  ce  faire  dont  les  parties  faites  et 
gouvernées  par  ledit  Guillaume  Le  Piquart  sont  contenues  en  une 
rédule  scellée  dou  scel  dudit  Guillaume  rendue  à  court,  et  en  a  reçu 
les  deniers  du  receveur  :  viij  livres,  iiij  sols,  x  deniers. 


(1)  Nous  avons  encore,  dans  la  langue,  le  mot  chenal  qui  se  rapproche  du  mot  canal.  Il  y  avait 
donc  plusieurs  canaux  ;  probablement  autant  que  de  moulins. 

(2)  Nous  disons  aujourd'hui  :  corroyer,  revêtir  de  conroy,  c'est  à  dire  de  terre  argileuse  et 
imperméable. 

O)  Il  est  à  retenir  que,  d'après  cette  indication,  le  fond  des  canaux  amenant  l'eau    aux 
moulins  était  en  maçonnerie. 


24^^  HISTOIRi:   DE   LA  ViLl.È 

On  en  amvicndra  :  il  sairit  bien  d'une  véritable  réfection 
de  tout  le  système  hydraulique  actionnant  les  moulins,  et 
cela  me  semble  justifier  ce  que  j'en  disais  plus  haut. 

Du  reste,  les  comptes  de  la  reine  Jeanne  nous  révèlent  u  ne 
administration  sévère  et  jalouse  de  restaurer  ou  de  c^^ms- 
truire  suivant  les  nécessités.  C^'est  ainsi  qu'il  nous  faut  enre- 
ij^istrer,  à  coté  des  réparations  considérables  faites  aux 
canaux  ou  aux  bâtiments  des  moulins  à  eau,  celles  qui  inté- 
ressent le  moulin  à  vent  (i).  Il  nous  est  resté  des  réparations 
faites  à  ce  dernier  le  détail  suivant  dans  le  compte  de  i33o  : 

Pour  1  arbre  achaté  de  Tabbesse  d'Ierre.  estant  au  bois  sur  le  pié, 
à  faire  le  fust  d'uaae  aubaleste  au  moulin  à  veut  de  Braye,  laquelle 
estoil  brisiée,  par  Jehan  le  Cordier,  de  Braye,  Ixx  sols. 

lieni.  Four  abatre  le  dit  arbre  ou  bois  de  la  dicte  abbesse,  char- 
penter,  aquarrir  et  aidier  à  chargier  de  son  corps  et  pour  abatre  ou 
bois  de  La  Leschière  (2)  les  armeures  pour  la  dicte  aubaleste  et  les 
paliers,  le  tout  fait  par  Jehan  de  Mandres,  charpentier,  xx  sols. 

Ilem.  Pour  amener  du  bois  de  la  dicte  abbesse  au  leu  (Heu) 
l'arbre  dessus  dict  par  Adam  le  Cordier  entasché,  xxviij  sols. 

liem.  Pour  amener  dou  bois  de  La  Leschiôre  sur  le  leu  le  mer- 
rien  dont  Tenfist  les  armeures  et  paliers  dessus  diz,  par  le  dit  Adam, 
entasché,  x  sols,  vj  deniers.  • 

liem.  Pour  111  pièces  de  merrien  d'érable  à  faire  les  rouliaux  ou 
dit  moulin  achetées  de  Jean  Gerboust,  xij  sols. 

liem.  Pour  salaire  de  Jehan  de  Mendres,  charpentier,  à  faire  les 
diz  rouliaux  et  monter  et  faire  le  paalier  et  la  chaiére  et  tourner  la 
queue  dou  moulin,  le  tout  fait  en  tasche  par  le  dit  charpentier, 
1  (50)  sols. 

Ilem.  Pour  III  chevilles  de  fer  à  coudre  les  rouliaux,  II  lians  de  fer 
à  lier  la  dicte  aubaleste  et  XII  alemelles  de  fer  à  la  ferrer,  pour  tout 
ce  acheté  de  Robert  Le  Fôvre,  xviij  sols. 

(1  )  L'emplacement  du  moulin  à  vent  est  connue  de  tout  le  monde.  Il  était  sur  le  point  le 
plus  ^levc  du  pays,  à  la  cote  104  indiquée  par  la  carte  d'Etat-major,  au-dessus  de  la  Sablière. 
Sur  ce  point  se  dresse  aujourd'hui  le  réservoir  des  eaux  alimentant  la  ville  et  le  chalet 
récemment  construit  par  M.  Victor  Mercier.  Le  moulin  à  vent,  la  Tour  de  pierre,  comme  on 
l'appelait  au  18"  siècle  a  été  démoli  il  y  a  peu  d'années.  Les  pierres  ont  servi,  en  grande  partie,  a 
construire  la  grange  de  M.  Derroubaix.  à  l'angle  de  la  porte  des  Fontaines  etdu  boulevard  de> 
Fossés. 

«  Michel  Hoube  prend  à  bail  le  24  février  1719  du  sieur  de  Mesme,  seigneur  engagiste 
du  domaine  de  Brie,  le  moulin  à  vent,  appelé  la  Tour  de  Pierre,  une  maison  joignant  couverte  de 
chaulme.  etc..  »  (Acte  de  Saint-Len,  notaire  a  Brie-Comte-Robert  —  Archives  notariales  de 
M'"  Camus). 

(2;  Le  bois  ou  forêt  de  la  Léchelle, 


\w.  ii[(ii:-ci'>.MTi:-H(> 


SCEAUX  DE  LA  REINE  JEANNE  O'EVREUX 


A  iltjrlie  : 

lecu  de  Krant 

A  srneMre  : 


10HANNA     [>E[     GSAC NA     FRANGE     ET     NAVARRI-, 

Johanna  Dei  gratia  reijiua  Fraude  el  Nacarit 

Appi-n.fu  lu  don  Jp  Mi  joyaut  fait  p.r  U  Rïinf  aun  CamifS  itc  Pariî  pour  la  conîtruet 


t  (iTRASIGILI  V  ;  lOHAWK  : 

UM    GHA  .HHilSK.R~i:iH 

HT  .  \AVARRK. 


^  l,r  «igiw  l(]oh.nn.)  entr 


200  HISTOIRE   DE  LA  VILLE 

Iletn.  Pour  refondre  et  reforgier  le  grand  fer  du  dit  moulin  par  le 
dit  Le  Fdvre.  Ix  sols. 

llem.  Pour  chômage  du  dit  moulin  par  II  mois  qu*il  a  esté  oiseus 
pour  les  ouvrages  et  reparacions  dessus  dictes,  par  lequel  temps  il 
peust  avoir  gaingnié  pour  les  fermiers  d*icelui,  I  mui  de  bl6  selonc 
leur  ferme  et  selonc  se  que  trouve  a  esté  par  le  receveur,  en  soy  en- 
f  jurmant,  de  ce  :  pour  ce,  Ixxij  sols. 

Au  compte  de  i332,  nous  trouvons  également  la  mention 
suivante  : 

Pour  I  rouet  tout  neuf  mis  au  moulin  à  vent  de  Brave  pour  ce 
que  li  viez  estoit  usez  et  despéciéz.  baillié  en  tasche  à  faire  à  Jehan 
Briquet  de  Braye  et  livrer  au  sien  merrien,  à  ce  et  tout  quérir  par 
lui  et  rendre  tournant,  viij  livres. 

Il  n'était  pas  inutile  de  reproduire  les  détails  de  ces  répa- 
rations. D'abord,  ils  apportent  leur  contingent  de  renseigne- 
ments sur  la  vie  de  l'époque  et  fournissent,  comme  ceux  qui 
ont  précédé  et  ceux  qui  suivront,  des  indications  précieuses 
sur  le  prix  des  choses  courantes  du  temps,  sur  les  salaires, 
sur  les  dénominations  techniques.  Ils  nous  disent  ensuite 
l'état  des  lieux,  nous  permettant  de  sonder  le  passé  des  ins. 
lallations  d'utilité  générale  et  d'en  déduire,  en  quelque 
sorte,  le  degré  de  prospérité  et  d'importance  du  pays.  De 
ces  foulons,  dont  il  est  parlé  même  brièvement,  de  ces 
moulins,  comme  des  halles  que  nous  allons  voir,  du  pressoir 
dont  il  va  être  question,  de  toutes  ces  choses  disparues, 
oubliées  presque,  se  dégage  inévitablement  le  sentiment 
que  Brie  était  sinon  la  capitale  de  la  Brie  française,  comme 
on  l'a  écrit,  au  moins  son  centre  économique  incontesté, 
comme  elle  était  son  centre  judiciaire  et  seigneurial.  Il  n'est 
pas  trop  des  documents  que  j'examine  ici  pour  établir  cette 
aflirmation,  si  on  ne  voit  cette  ville  qu'à  travers  sa  situation 
présente. 

Le  laconisme,  si  excessif  qu'il  soit,  des  comptes  que  je 
reproduis,  nous  initie  aussi  aux  vicissitudes  que  traversa  la 
région  à  l'époque  où  en  est  arrivée  cette  histoire.  Nous  en 
retrouverons  d'autres  preuves  au  cours  du  récit,  mais  j'en 
recueille  une,  à  propos  des  moulins,  et  je  l'enregistre  aussitôt. 


.1  ' 


DE    BUIE-COMTE-ROBERT  25 1 

Quelques  mots  sont  cependant  néessaires.  Sans  vouloir  faire 
un  cours  d'histoire  générale,  il  importe  de  dire  que  le 
XIV®  siècle  vit  commencer  l'interminable  et  néfaste  période 
qu'on  a  appelé  la  guerre  de  Cent  ans.  De  i337  à  1453,  la 
France  s'est  débattue  contre  l'étranger  et  contre  elle-même, 
secouée  par  des  dissenssions  intestines  et  des  luttes  sociales. 
Est-il  besoin  de  dire  que  la  guerre  contre  les  Anglais,  comme 
les  guerres  civiles,  acquirent  plus  d'intensité  autour  de  la 
capitale  du  royaume,  accumulant  dans  ses  environs  toutes  les 
hideurs  qui  sont,  hélas!  Tenvers  funeste  de  la  gloire  militaire  r 
Xous  aurons  plus  d'une  fois  à  parler  de  ces  faits  ;  constatons 
déjà,  par  les  comptes  de  la  reine  Jeanne,  l'état  profondément 
troublé  du  pays.  La  sécurité  était  si  précaire,  à  quelques 
cents  mètres  des  murailles,  qu'on  ne  put,  même,  en  plusieurs 
circonstances,  se  servir  des  moulins  dont  je  viens  d'énumérer 
les  réparations.  Si  peu  éloignés  qu'ils  fussent  de  la  ville, 
celle-ci  se  trouva,  plusieurs  fois,  nous  en  avons  la  preuve, 
dans  la  nécessité  de  rompre  toutes  communications  avec 
eux  ;  il  y  avait  danger  à  aller  aux  moulins  à  eau,  distants  de 
quinze  cents  mètres  à  peine,  comme  au  moulin  à  vent  situé 
à  moins  de  mille  mètres.  Il  fallut,  en  effet,  pour  suppléer  aux 
moulins  de  l'extérieur  créer  un  moulin  dans  l'enceinte  même 
des  murailles.  Deux  lignes  d'un  compte  nous  le  disent,  mais 
avec  éloquence  ! 

C'est  ainsi  qu'on  lit  ce  qui  suit  (i)  : 

Autre  recepte  a  Braye  du  molin  à  chevaux. 

De  la  value  du  molin  à  chevaux  qui  a  esté  faiz  à  Brave  pour  les 
g^uerres.  assiz  dedans  le  viez  moustier.  Nient  ce  qui  est  louéavecques 
les  autres  molins  et  si  ne  faict  nient  que  a  besoing. 

Donc  création  spéciale  nécessitée  par  les  guerres  et  fonc- 
tionnement intermittent,  quand  le  besoin  oblige  de  recourir 
à  ce  moulin  de  fortune.  A  cette  constatation,  il  faut  en 
ajouter  une  autre  dont  l'intérêt  ne  saurait  échapper. 

C'est  dans  le  riez  moustier,  c'est-à-dire  dans  la  vieille 
église,  que  fut  établi  le  moulin  à  chevaux.  Pour  la  première 

I  )  A.  N  —  K  K,  4  f»  56  verso. 


252  HISTOIRE:   DE   i.A   VlLLÈ 

fois,  un  document  établit  nettement  l'existence  de  ce  lieu  de 
prières  dont  j'ai  déjà  parlé  à  plusieurs  reprises  ;  il  y  a  lieu 
de  considérer  qu'il  nous  est  indiqué,  ici,  comme  étant  déjà 
ancien,  bien  qu'on  puisse,  dans  une  certaine  mesure, 
regarder  cette  expression  riez  moustier,  comme  loirique, 
pour  distinguer  ce  monument  de  l'église  voisine  qui  était, 
dès  lors,  le  moiistier  neuf;  cette  remarque  trouvera  sa  place 
lorsque  je  m'occuperai  de  l'église  Saint-Eti-enne. 

Nous  observerons  que,  pour  l'intérêt  public,  on  n'hésitait 
pas,  dès  cette  époque,  à  désaffecter  un  édifice  religieux,  car, 
de  toute  évidence,  le  vîez  moustier  ne  put  servir  au  culte 
pendant  cette  période.  Il  fut  cependant  plus  tard,  rendu  à 
sa  destination,  comme  nous  le  verrons  par  la  suite.  Quant 
à  la  situation  du  viez  moustier  nous  pouvons  la  préciser. 
Cette  église,  indifleremment  appelée  la  vieille  ou  la  petite 
église  (i),  était  dédiée  à  Notre-Dame.  Elle  s'élevait,  comme 


(i)  <t  ...Item  unes  autres  lettres  faictes  et  passées  sous  le  scel  du  dit  Bray  le  deuxiesme  jour 
du  moy  de  février  lan  mil  quatre  cens  soixante  et  sept  signées  J.  de  Laval,  en  quoy  appert 
Marguerite  femme  de  feu  Alain  Lenfant,  en  son  vivant  vigneron,  demeurant  au  dit  Bray  os 
nom  et  comme  exécuteresse  du  testament  du  dit  Alain  Lenfant,  avoir  ceddé  transporté  et 
promis  garantir  à  la  dite  Eglise  (l'église  St-Etienne)  la  somme  de  trente  deux  sols  parisis  de 
rente  annuelle  perpétuelle  à  prendre  et  percevoir  par  chascun  au  an  jour  de  Saint  Martin 
diver  (sic)  sur  une  maison  couverte  de  chaulme,  assis  devant  la  pttite  égide  du  dit  Bray 
tenant  d'une  part  la  grand  rue  et  d'autre  part  aux  murs  de  la  fortiffication  de  la  ville  du  dit 
Bray.  » 

«  A  tous  ceulx  qui  ces  présentes  verront,  Jehan  de  Villeneur  prévost  de  Biyc-Conte-Robert 
et  Michel  de  Buz  garde  du  scel  de  la  dite  prévosté,  salut.  Scavoir  faisons  que  par  devant 
nous,  garde  du  dit  scel  des  sus  nommé  de  par  monseigneur  le  duc  d'Orléans,  de  Milan  et  de 
Valois,  conte  de  Bloys,  de  Paris  et  de  Beaumont,  seigneur  d'Ast  et  de  Coucy,  vint  et  fut 
présent  en  sa  personne  Jehan  de  la  Forge,  tonnelier,  demeurant  k  Grisyl  equel  âc  bonne  volonté 
à  ce  non  contrainct  recogneut  et  confessa  avoir  renoncé  et  renonce  par  ces  présentes  à  tout 
et  tel  droit  portion,  nom,  raison,  action,  cens,  saisine,  seigneurie,  propriété,  possession  et 
autre  droit  généralement  quelconque  que  icelly  Jehan  de  la  Forge  a  et  peut  avoir,  peut  ou 
pourrait  demander  et  réclamer  ores  et  pour  le  temps  a  venir  et  ce  sur  une  maison  couverte 
de  chaume,  court,  aisance,  lieu,  pourprins  et  accint  ainsi  que  le  tout  se  comporte  séant  au 
dit  Braye  en  la  rue  aux  frappiers  droit  et  à  l'oppositc  (en  face)  du  petit  moustier  du  dit  lieu  de 
Uraye,  tenant  d'une  part  à  la  dite  rue  aux  frappiers  et  d'autre  part  aux  murs  de  la  fortiffication 
de  la  dise  ville  de  Braye.  aboutissant  d'un  bout  à  Jehan  Aubin  à  cause  de  sa  femme  et 
et  d'autre  bout  à  une  place  et  maison  qui  fut  Jehan  de  Courdon,  mouvant  de  mondit  seigneur 
le  duc  d'Orléans...»  (28  août  1483).  Le  19  décembre  1484,  a  Jehan  Serbonne  l'aisné,  vigneron, 
demeurant  au  dit  Braye-Conte-Robert...  gonfesse  avoir  pris  et  retenu  à  tiltre  de  cens...  de 
Michel  Maillet  ou  nom  et  comme  mareglier  de  l'église  parochial  Mons.  Saint-Estienne  du  dit 
Braye...  une  maison  contenant  deux  travées...  séant  au  dit  Braye  devant  le  Boulery, qui  naguère 
fut  à  Jehan  de  la  Forge  et  paravant  à  Alain  Lenfant,  depuis  appartenant  à  ladite  fabrice, 
tenant  d'une  part  à  la  rue  aux  frapiers,  d'autre  part  aux  murs  et  fortifficacion  de  la  ville, 
aboutissant   d'un    bout  à  Jehan    Aubin   à   cause  de  sa  femme  paravant  femme  de  feu  Alain 


bt  BRIE-COMTE-ROBERT  2b3 

rindique  le  plan  que  Ton  trouvera  plus  loin,  sur  la  place 
appelée  aujourd'hui  place  Gauthier,  parallèlement  à  l'église 
Saint-Etienne  et  tenant  par  son  chevet  aux  maisons  dans 
l'une  desquelle  se  trouvait  l'école,  de  là  le  nom  de  place  de 
r ancienne  école,  qui  fut  donné  à  ce  coin  de  la  ville  lorsque  fut 
démolie  l'église  Notre-Dame  et  disparut  le  cimetière  attenant. 

Il  est  singulier  que  l'abbé  Lebeuf,  d'ordinaire  mieux  ren- 
seigné, ait  pu  écrire  à  ce  sujet  :  «  Les  anciens  prétendent  avoir 
«»uï  dire  à  leurs  ancêtres  que  dans  la  place  qui  est  au  cou- 
chant devant  lagrande  église  d'aujourd'hui,  (ce  qui  est  inexact 
car  cette  place  serait  alors  le  parvis  Saint-Etienne  et  non  la 
place  Gauthier)  il  y  avait  autrefois  une  autre  église  parois- 
siale avec  un  cimetière  contigu.  Ils  ont  vu  l'un  des  deux 
pignons  encore  existant,  avec  une  maison  aliénant  dile  Van- 
cienne  école,..  Des  titres,  anciens  déjà  d'un  siècle,  parlent  de 
maison  tenant  à  l'ancienne  église,  une  ruelle  entre  deux...  On 
ne  se  souvient  pas  de  quel  saint  cette  vieille  église  portait  le 
nom.  L'abbé  Chastelain  (Voyages  7nanuscrils)  marque  dans 
le  détail  qu'il  fait  des  églises  de  cette  petite  ville  :  Une  1res 
ancienne  chapelle  ruinée,  près  le  cimetière  qui  joint  la 
paroisse.  » 

Cette  tradition,  à  laquelle  l'abbé  Lebeuf  fait  une  simple 
allusion  était  cependant  bien  vivace  puisque,  vingt-cinq  ans 
après  lui,  je  la  retrouve,  fort  nette,  dans  un  inventaire  des 
titres,  papiers,   etc.,  appartenant  à  l'église   Saint-Etienne, 


I. enfant  et  d'autre  bout  aux  hoirs  feu  Jean  de  Courdon,  mouvant  de  mons'le  duc  d'Orléans.  *♦ 

Archivei  communales  de  Brie-Comte-Robcrt).  11    s'agit    évidemment,  dans  ces  trois  docu- 

rn:rnts  de  la  même  maison  que  l'on  désigne  tantôt  comme  placée  en  face  de  la  petite  église 

1j  petit  moustier  ,  tantôt  devant  le  Boulery.  D'où  cette  conclusion  que  le  Boulery  touchait 

1  I  petite  église,  comme  l'inilique  le  plan,  page  240. 

hntin  le  ig  décembre  1579.  Jean  de  Beaurouvre,  clerc  de  la  prévôté  de  Brie-Comte-Robert. 
rw"(;oit  des  lettres  passées  par  w  Regnault  de  Bréban  exécuteur  testamentaire  de  feu  Godefroy 
lie  Faignëres,  jadi>  escuier.  délaissant  .i  la  dite  Eglise  (St-Etienne)  demi  arpent  de  terre  pou»" 
foniposicion  faite  aux  marriglier  «t  paroissiens  de  la  dite  église  et  fabricc  du  dit  braye  de  la 
tbusse  et  enterrement  d'ycelluy  Godefroy  qui  seroit  inhumé  au  pttit  moustier,  devant  lostcl  (Àc) 
Notre  Dame.  »  * 

D'autre  part,  on  lit  dans  les  archives  de  letat-civil  de  Brie-Comte-Robert,  à  la  date  du  4 
octobre  1565  :  a  ...Geneviève  Duchemin,  femme  de  François  Flanche,  veut  être  inhumé  au 
p^'tit  cymetière  de  la  petite  église  (?<Qotre-^ame.  » 

Nous  voyons,  par  ces  citations  diverses,  que  le  \iei  et  le  petit  moustier.  la  petite  église 
et  lVçli>e  Notre-Dame  sont  une  seule  et  même  chose. 


2D4  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

dressé  le  28  octobre  1774.  Voici  ce  que  contient,  à  ce  propos 
ce  document  :  «  Il  paroit  qu'il  y  avoit,  au  pardessus  de  la 
grande  Eglise  qui  subsiste,  une  petitte  Eglise  que  la  tradition 
nous  apprend  avoir  été  située  dans  la  place  Saint-Etiennt.  (i  1  » 

Il  ne  peut,  donc,  y  avoir  aucun  doute  sur  l'existence,  le 
vocable  et  remplacement  du  riez  moiisiier. 

L'examen  du  plan  (v.  p.  240)  fournit  l'indication  de  la 
disposition  des  lieux,  L'église  Notre-Dame,  la  petite  église, 
n'est  séparée  de  l'église  Saint-Etienne  que  par  une  rue,  la 
rue  du  Mousticr  (2),  aujourd'hui  rue  de  l'Eglise  ;  à  côté  est 
le  Boulery,  «  D'une  place  que  l'on  dit  le  bouleri  auprès  lu 
viez  moustier  ;  d'une  place  vuide  séant  au  bouleri  devant  le 
viez  mousticr  »  dit,  en  deux  articles  dilïércnts,  le  compte  du 
douaire  de  la  reine  Jeanne,  de  1364. 

Le  Boulery  est  évidemment  le  jeu  de  boules  ;  mais,  d'après 
ce  qui  précède  nous  voyons  que  les  seigneurs  ne  dédaignaient 
pas  de  faire  état  dans  leurs  recettes  du  produit  d'un  impôt 
prélevé  sur  les  amusements  du  peuple.  Le  même  compte,  en 
elTet,  porte  un  autre  article  afférent  à  la  quillerie,  (3) 

«  De  la  valeur  de  la  quillerie  de  Braye  que  Guillaume  le 
Reconnuel  tenait  laquelle  les  hoirs  du  dit  Guillaume  tiennent 
à  présent...  De  la  value  d'une  place  à  prendre  qui  souloit 
estre  louée  pour  jeu  de  quille.  Nient  qar  l'en  ne  venne  qui  la 
la  veille  louée.   » 

Ici,  ijne  remarque  s'impose.  Comment  se  fait-il  que  ces 
éléments  de  recettes  fie  figurent  pas  dans  les  comptes  précé- 
dents }  Il  n'est  pas  possible  d'admettre  que  le  jeu  de  boules 
et  le  jeu  de  quilles  fussent  devenus  subitement  des  distrac- 
tions courues  des  habitants.  Si,  d'autre  part,  la  coutume 
était  ancienne,  croit-on  que  les  administrateurs  du  douaire 


(I;  Ce  nom  a  été  quelquefois  donné  à  la  place  Gauthier.  Le  parvis  Saint-Etienne  s'appdait 
place  du  Moustier. 

(2)  Il  est  à  présumer  que  cette  portion  de  la  rue  du  Moustier  devait  être,  à  l'époque» 
uniquement  réservée  aux  piétons.  Les  charrois  allant  ou  venant  à  la  porte  du  Moustier 
devaient  passer  soit  par  la  rue  des  Frapiers,  soit  par  la  rue  des  Piliers. 

(3)  Il  s'agit  ici  du  jeu  de  la  quille  au  bâton,  que  nous  verrons,  plus  tard,  installé  sur  la  place, 
appelée  aujourd'hui,  place  des  Minimes.  Peut-être  la  quillerie  occupait-elle,  déjà,  cet  emplace- 
ment. 


DE    BRIE-COMTE-ROBERT  255 

de  la  reine  Jeanne  soient  restés  si  longtemps  sans  en  retirer 
profit  >  L'explication  me  parait  assez  simple. 

J'ai  déjà  dit  que  le  territoire  de  Brie,  de  la  ville  même  de 
Brie-Comte-Robert,  se  partageait  entre  le  chapitre  de  TEglise 
de  Paris  et  le  seigneur.  J'ai  laissé  pressentir  que,  peu  à  peu, 
l'Eglise  de  Paris  aliénerait  les  biens  qu'elle  possédait  dans 
et  autour  de  Brie.  En  attendant  que  la  chose  se  vérifie  pour 
les  propriétés  ecclésiastiques  devenues  fiefs  particuliers, 
constatons  que,  par  une  extension  naturelle,  le  seigneur  de 
Brie  s'annexait,  dans  la  ville,  le  domaine  du  Chapitre.  C'est 
ce  qui  résulte  du  contrat  d'échange  suivant  publié  par  M. 
J.  Viard,  dans  un  ouvrage  récent  (i). 

Philippe,  par  la  grâce  de  Dieu,  roy  de  France,  savoir  faisons  à  tous 
présens  et  avenir  que  nous  avons  veu  unes  lettres  scellées  des  sceaux 
de  nostre  chiére  dame  et  cousine  la  royne  Jehanne  de  France  et  de 
Navarre  et  de  noz  bien  amez  le  doien  et  le  chapitre  de  Nosire  Dame 
de  Paris,  desquelles  la  teneur  est  telc. 

Jehanne,  par  la  grâce  de  Dieu,  royne  de  FVance  et  de  Navarre  et 
nous,  doyen  et  chapitre  de  léglise  de  Paris,  savoir  faisons  à  touz 
présens  et  avenir  que  nous,  pour  granz  et  évidenz  proffiz,  avons 
entre  nous  escangié  (2)  et  permué  certaines  lettres  et  rentes  que 
nous  avions  eu  lieux  ci-aprés  esclarciz  (3),  en  la  manière  qui  s'ensuit. 
C'est  assavoir,  que  comme  nous,  royne  devant  dite,  eussions  de 
nostre  conqueste  en  la  ville  de  Dampmari  de  lez  Lagny  sur  Mar- 
gne  (4),  ou  terrouer  et  appartenances  delà  dite  ville,  certaines  renies 
et  revenus,  assises  tant  en  terres,  préz,  vignes,  deniers,  justice 
moienne,  basse,  fiez,  hommaiges  et  autres  choses  que  nous  avions 
achetées  de  monsieur  Symon  de  Ilautevenz,  chevalier,  et  de  sa 
femme,  ainsi  comme  es  lettres  du  dit  achat  est  plus  à  plain  contenu, 

1)  M.  J.  Viard,  'Documents  parisiens  du  règne  de  T'hiUppe  VI  de  Valois  ;  A.  N.  (J)  75  n*  435. 
1)  Hchangc. 
.V;  ExpliquéN,  détaillés,  indiqués. 

4 1  D.impmart  est  une  commune  de  l'arrondissement  de  Meaux  située  à  ?  kilomètres  de 
Lagny,  son  chef-lieu  de  canton.  M.  Lhuilier,  dans  l'Almanach  Le  Blonde!  (1891.  p.  IIÇ)  a 
ni'ïntré  que  trois  seigneurs  principaux  se  partageaient  ce  territoire  :  l'abb*;  de  Lagny,  le  roi 
et  l'iigliie  de  Paris.  Par  l'acte  que  M.  Viart  publie,  on  coit  que  Jeanne  d'Evreux  avait  acquis 
cette  demi  Te  part  de  seigneurie  de  Simon  de  Hautevenz,  chevalier,  pour  la  céder  à  l'Eglise 
d;  Paris.  L'acte  ci-dessus  estime  à  83  livres  parisis  de  rente  par  an  le  revenu  de  cette  part  de 
seigneurie  au  XIV»  siècle.  Au  XV»,  nous  dit  M.  Lhuilier,  le  revenu  était  de  200  livres,  d'où 
il  fallait  déduire  le  gro.>  payé  au  curé,  en  grains  et  en  vins. 


250  HISToiRi:    \)E    LA   VILLE 

tout  tenu  en  foy  et  hommai^e  du  roy  notre  sire  ;  lesquelles  rentes 
ont  ait  prisiécs  et  estimées  par  de  bonnes  gens,  cognoissanz  et 
esprouvez  en  teles  choses,  à  quatre  vins  trois  livres  parisis  de  renies 
par  an  ;  et  les  dits  doyen  et  chapitre  eussent,  en  notre  ville  de 
Braye-(vOmte  Robert,  certaines  rentes  admorlics  appartenanz  à 
l'ofHce  des  heures  de  la  dite  église  ;  c'est  assavoir  :  un  four  bannier. 
le  minaige,  le  tonluy,  molles,  creus,  genz,  justice  et  autres  choses 
qui  semblablement  ont  été  prisiées  et  estimées  par  de  bonnes  genz 
saiges  et  expers  en  teles  choses  à  cinquante  cinc  livres  parisis  de 
rente  :  et  lesquelles  rentes  yceulx  doyen  et  chapitres  nous  ont 
baillées  et  transportées  en  nous  par  tiltre  d'eschange  Nous,  en 
recompensation  de  ladite  rente,  leur  avons  baillé  et  transporté, 
baillons  et  transportons  en  eulz  perpétuellement  à  cause  du  dit 
eschange  cinquante  et  cinq  livres  parisis  de  la  dite  rente  que  nous 
avions  en  la  ville  de  Dampmart. 

Promettons  la  dite  terre  et  rentes  faire  admortir  par  le  roy  en  tele 
manière  que  les  diz  doyen  et  chapitre  les  puisse  tenir  à  touz  jours 
mais  franchement  et  paisiblement,  si  comme  la  terre  qu'ilz  avoient 
en  la  dite  ville  de  Braye,  ils  ont  touz  jours  tenu  et  tenoient  franche- 
ment comme  admortie 

Ce  fu  fait  et  donné  à  Bray  Contre  Robert  le  Vl*"  jour  de  juing  l'an 
de  grâce  mil  ccc  quarante  six  (i). 

(^e  document,  en  confirmant  tout  ce  que  j'ai  dit,  au  sujet 
du  partage  du  territoire  de  Brie  entre  le  seigneur  et  TEg-lise 
de  Paris,  fournit  la  date  exacte  de  la  dispariti(jn  de  ce 
dualisme,  et  il  explique  en  même  temps  pourquoi  les  admi- 
nistrateurs du  douaire  de  la  reine  Jeanne  font  état,  dans  les 

c 

recettes,  du  produit  du  Boulery  et  de  la  Quillerie,  d<.)ut  il  ne 
disaient  mot  auparavant.  La  meilleure  preuve  de  ceci  est 
dans  le  compte  de  i3(J4  dont  nous  avons  déjà  parlé.  Compa- 
rons sa  rédaction,  pour  un  de  ses  paragraphes,  avec  celle 
d'un  compte  antérieur. Xouslisons,  dans  ce  dernier,  à  propos 
des  fours  :  «  des  fours  de  Braye.  de  la  value  des  fours  de 
Braye  ».  Dans  le  C(;)mpte  de  k^0_|.  ce  même  article  est  ainsi 
libelle  :  «<  de  la  value  des  i^rans  foLirsde  braveet  deshanniers 
qui  sont  a  madame  et  qui  auparavant  furent  aux  doyen  et 
chapitre  Xostre  Damede  Paris.  »  Si  donc  aux  comptes  de  rSiq, 
il  est  ajouté  dans   le  chapitre  des  recettes,   les  fours   ban- 

I     \.c  vivlinius  \\c  Philippe  VI  est  date  du  bois  de  Vinceiines,  le  :o  juillet  l  540. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  267 

niers  (i)  aux  fours  seigneuriaux  (2),  par  suite  du  contrat 
d'échange  entre  la  reine  Jeanne  et  le  Chapitre  de  Paris,  on 
peut  dire  que  les  articles  concernant  le  Boulery  et  la  Quillerie 
y  figurent  pour  la  même  raison.  Les  droits  provenant  de  ces 
jeux  appartenaient  auparavant  au  Chapitre  cornme  le  sol  sur 
lequel  ils  étaient  pratiqués  ;  par  le  contrat  ci-dessus,  ils 
étaient  devenus  la  propriété  du  seigneur.  Nous  verrons  la 
même  chose  se  produire  pour  le  marché  qui  se  tenait  sur  la 
place,  appelée  successivement:  place  du  marché  aux  pou r- 
ceaulx,  place  royale  et  aujourd'hui  place  de  riIôtel-de-Ville. 
11  nous  est  ainsi  possible  de  nous  rendre  compte  de  l'étendue 
et  de  la  position  respective  des  propriétés  du  seigneur  et  du 
Chapitre  de  Paris,  à  Tintérieur  même  de  la  ville. 

Une  chose  apparaît,  en  tout  ceci,  indiscutable  :  c'est  que 
si  les  fours  ne  furent  pas,  tous,  dès  l'origine,  la  propriété  du 
seigneur  de  Brie,  on  n'en  saurait  dire  autant  des  halles  et  du 
pressoir  banal.  Là,  on  rencontre,  dans  les  comptes  que 
j'analyse,  des  détails  significatifs.  Dès  1327,  des  réparations 
sont  faites  à  ces  deux  établissements  ;  nous  l'avons  vu  pour 
le  pressoir  (v.  p.  226).  En  i33o,  le  pressoir,  déjà  vieux,  néces- 
site l'exécution  de  nouveaux  travaux. 

Ouvrages  à  Braye  en  cas  de  nécessité  (3)  : 

Pour  descendre  et  mètre  jus  la  taille  de  la  maison  du  pressouer 
de  Braye  à  ce  que  l'en  peust  remetre  à  point  les  chevrons  de- la  dite 
maison,  là  où  mestier  estoit,  et  ycelle  maison  relater  et  recouvrir 


(1)  Ces  fours  banniers,  appartenant  à  l'Eglise  de  Paris,  étaient  situés  non  loin  de  la  porte 
du  Moustier.  Il  est  à  peu  près  certain  que  le  nom  du  fief  du  Four  n'a  pas  d'autre  origine. 
Le  fief  du  four  assis  sur  les  fossés  de^rye,  dit  un  aveu  du  26  février  1^1,  comprend...  une  place  où 
jadis  pouvait  être  le  four  bannier  de  ce  fief  assis  sur  les  fossés  de  Brie  près  la  porte  du 
Moustier,  etc.,  etc.,  et  dans  un  acte  du  3  janvier  1649,  dressé  par  Dooguet,  notaire  à  Brie, 
(  \rch.  notar.  de  M*  Camus),  on  voit  que  Marillac  loue  à  Jean  Le  Cac,  maître  maféchal,  une 
maison  sise  aux  faubourgs  de  Brie  appelée  la  maison  du  Four,  proche  la  porte  du  Moustier... 

(2)  Le  four  seigneurial  était  à  l'origine,  amsi  que  je  l'ai  expliqué  (p.  103)  en  face  du 
château,  dans  la  rue  appelée  aajourd'hui  rue  du  Marché.  Voici  une  déclaration  du  29  juin 
1488  que  Ton  trouve  aux  archives  communales  de  Brie-Comte-Robert:  «  Jehan  Germain, 
praticien  en  court  d'église  à  Paris,  fils  de  Charles  Germain,  bourgeois  de  Paris,  et  Marguerite, 
sa  femme,  sont  propriétaires  d'un  tiers,  par  indivis,  d'un  jardin,  maisures  et  bien  assis  devant 
le  chasiel,  tenant  d'une  part  aux  foussez  et  d'autre  part  aux  vielz  fours  et  pladoye  du  chaste).  ^ 
Il  ne  saurait  y  avoir  de  doute  sur  cet  emplacement  car  la  déclaration  précitée  lui  donne 
comme  détenteur  «  Casin  Richard  et  sa  femme  »  dont  le  jardin  attenant  était,  à  la  même 
date  (15  octobre  1420)  aasssis  en  la  rue  du  Lhastel,  aboutissant  à  la  rue  qui  descend  à  la  porte 
des  fontaines. 

(3)  Nous  pourrions  traduire  .  indispensables. 

»7 


26l>  histoire  de  la  ville 

les  26  étaux.  Cette  remarque  a  son  importance  lorsqu'on  sait 
avec  quelle  méticulosité  procédaient  les  gens  de  l'époque. 

Il  en  est  de  même  des  étaux  à  drapiers.  Il  est  parlé  de  six, 
refaits  à  neuf  ;  il  en  existait  peut-être  d'autres. 

Ces  chiffres  sont  à  méditer.  Je  sais  bien  qu'il  ne  faut  pas 
entendre  le  mot  étjl  comme  désignant  absolument  une  bou- 
tique particulière.  Un  étal  était  autrefois  une  longue  table 
sur  laquelle  étaient  exposées  les  marchandises  en  vente  dans 
les  marchés.  Le  même  industriel  pouvait  donc  avoir  en  sa 
possession  plusieurs  étaux  suivant  l'importance  de  ses  affai- 
res. On  ne  peut  donc  pas  dire  de  ce  qu'il  y  avait  au  moins 
vingt-six  élaiix  de  bouchers,  qu'il  y  eut,  à  Brie,  au  14*  siècle, 
au  moins  vingt-six  commerçants  en  boucherie.  Ce  ne  m'en 
paraît  pas  moins  un  indice  du  développement  considérable 
de  la  ville  de  Brie  à  cette  époque.  La  Grande  Boucherie  de 
Paris  (i)  ne  comptait  que  3 1  étaux,  au  i3' siècle  (2);  sur  la  rive 
gauche  de  la  Seine,  au  bourg  Saint-Germain,  il  n'y  avait  que 
19  étaux.  Il  est  vrai  que  le  dauphin  Charles  autorisa  l'établis- 
sement de  six  étaux  près  la  porte  Baudoyer,  que  les  Tem- 
pliers avaient  deux  étaux,  Tévêque  de  Paris,  un  étal,  et  qu'il 
faut  tenir  compte  des  boucheries  peu  importantes  de  Sainte- 
Geneviève,  du  Petit-Pont  et  du  bourg  Saint-Marcel.  Il  ne 
parait  pas  que  le  nombre  des  étaux  de  bouchers  à  Paris 
dépassât  à  l'époque  lechiffre  d'une  centaine.  Dulaure  estime, 
d'après  un  manuscrit  de  Philippe-le-Bel,  la  population  pari- 
sienne y  compris  les  faubourgs  à  49,1 10  habitants  (3).  Il  est 
entendu  que  ce  chiffre  n'est  qu'une  approximation,  peut-être 
exagérée.  Réduisons-le  à  40,(:kX).  En  raisonnant  toujoursavcc 
une  approximation  relative,  nous  aurions  ceut  étaux  de  bou" 
cher  pour  quarante  millésimes.  Brie  Comte-Robert  comptant, 
nous  venons  de  le  voir,  au  minimum  vingt-six  étaux,  sa 
population  au  14"  siècle  —  faubourgs  compris  — devrait  pro- 
portionnellement être  évaluée  à  io,40(::)  âmes,  en  s'en  tenant 


(I;  Elle  était  située  au  nord  du  Grand  Chàielct,  et  désignée  aussi  sous  les  noms  de  Bouche, 
rif  Saint-Jacques,  du  Grand  Chatelet  et  de  la  porte  de  Paris. 

(2)  Les  étaux  de  la  Boucherie  St-Jacques  appartenaient  à  dix-neuf  familles  de  bouchers  en 
1260  (Larousse  1. 

(3)  Histoire  de  Paris,  tome  III,  p.  252. 


DE  BRIE-COMTE-ROnEnT  26 1 

i  restimation  la  plus  faible.  Je  n'hésite. pas  à  dire,  qiie,  Brie- 
IIomte-Robert  eût-elle  atteint  à  cette  époque  un  degré  de 
;>rospérité  inouï,  il  serait  excessif  de  lui  attribuer,  à  une  date 
quelconque  de  son  histoire,  un  tel  chiffre  de  population. 
Mais,  il  ne  faut  pas  oublier  que  cette  ville  était  le  centre  éco- 
nomique du  pays,  qu'il  s'y  tenait  des  marchés  d'une  impor- 
tance considérable  autant  comme  affaires  traitées  que  comme 
Liftlux  de  population,  que  vraisemblablement  toutes  les 
paroisses  environnantes  y  venaient  s'approvisionner,  qu  'enfin 
le  séjour  de  la  reine  Jeanne  devait  entraîner  celui  d'un  certain 
nombre  d'officiers  et  de  serviteurs,  dont  il  faut  tenir  compte. 

Le  nombre  considérable  des  étaux  me  paraît  devoir  être 
retenu  surtout  comme  une  preuve  de  l'activité  commerciale 
de  Brie,  de  son  développement  et  de  sa  richesse  relative.  Car^ 
il  ne  faut  pas  s'y  tromper,  les  halles  devaient  être  très  fré- 
quentées et  il  devait  s'y  réaliser  de  grosses  affaires. 

La  recette  de  i364  nous  donne  une  indication  dont  il  faut 
tenir  compte  dans  une  certaine  mesure.  On  y  lit  : 

De  Deoiset  Saoulet,  tondeur  (i),  pour  une  travée  en  la  halle  aux 
merciers  de  les  Hostel  Dieu  et  autres  aisemens. . .  pour  xxx  sols  par 
an,  paiables  à  II  termes,  etc.  etc. 

Le  loyer  des  seize  étaux  de  boucher  du  bourg  Saint-Ger- 
main, à  Paris,  s'élevait  à  20  livres  parisis  en  1374  (2),  c'est-à- 
dire  que  le  loyer  de  chaque  étal  était  de  25  sols.  Sans  faire  un 
rapprochement  trop  immédiat  entre  la  citation  ci-dessus  et  la 
donnée  qui  nous  est  fournie  sur  le  prix  de  location  d'un  étal 
à  Paris,  nous  voyons  cependant  que  la  valeur  locative  de  l'un 
et  de  l'autre  était  presque  équivalente,  en  négligeant  la  diffé- 


(i)  Il  s'agit  ici  assurément  d'un  tondeur  de  drap.  Les  halles  de  Brie  abritaient  donc  d'autres 
corps  de  métier  que  ceux  énumérés  dans  le  compte  de  n30  que  j'ai  donné  ci-dessus.  Elles 
devaient,  en  réalité,  servir  à  tous  les  corps  de  métier.  Les  tondeurs  de  drap  ne  pouvaient, 
suivant  les  usages  de  l'époque,  être  mêlés  aux  drapiers  qui  font  partie  de  l'énumération  de 
Ï3Î0. 

«  Que , aucun  des  diz  mestiers  de  parmenterie  et  tondeurs  de  draps  a  seque  table  ne 
s'entremettent  de  vendre  ne  acheter  drap  »  dit  l'Ordonnance  de  1409.  Il  leur  était  donc 
assigné  une  place  spéciale  et.  à  raison  même  de  leur  travail  ce  n'était  pas  un  étal  qu'ils  ' 
occupaient,  mais  une  travée,  c'est  à  dire  l'espace  nécessaire  à  leur  industrie.  D'où  cette 
conclusion  que  leur  halles  ne  servaient  pas  uniquement  de  magasin  de  vente,  mais  de  centre 
industriel  autant  que  commercial. 

(2)  Essai  sur  l'organisation  de  l'industrie  à  Paris  aux  Xlll'  et  XIV"  siècles,  par  M.  Gustave  Fagniec. 


2(W 


IlISTOtRK   DE   LA   VII.LE 


rencc  en  faveur  de  l'état  de  Brie.  Il  existe,  à  coup  sûr,  une 
relation  naturelle  entre  la  valeur  locative,  l'achalandage  et  le 
bénéfice  qu'en  peut  retirer  le  marchand.  La  remarque  con' 
duirait  en  conséquence  à  regarder  un  étal  de  Brie-Comte- 
Robert  comme  égal  en  importance  à  un  étal  de  Paris.  La 
constatation  méritait  d'être  laite  si  l'on  songe  à  la  difTérence 
entre  les  deux  villes,  l'une  capitale  du  royaume  et  l'autre 
chef-lieu  d'une  simple  châtellenie.  Elle  me  parait  tout  en  faveur 
de  l'extension  commerciale  prise  alors  par  Brie  et  dont  rien, 
aujourd'hui,  même  de  loin,  ne  saurait  rappeler  le  moindre 
souvenir. 


PLAN  DE  LEMPLACEMENT  DES  HALLES  (i) 
occupii  aujourd'hui  par  dus  maisons  particulières 

L'emplacement  des  Halles  à  Brie  est  bien  connu.  Il  est 
limité  aujourd'hui  par  la  rue  des  Halles,  qui  s'appelait  rue 
Graterie.  par  la  rue  de  l'Eglise,  qui  portait  le  nom  de  rue  du 
Moustier,  par  la  rue  des  Canettes,  la  place  du  marché  et  la 


DE    BRIE-COMTE-ROBERT  203 

place  des  Halles  qui  touche  à  l'ancien  Hôtel-Dieu.  Ce  serait 
de  ce  côté  que  se  trouvaient,  d'après  la  citation  empruntée 
aux  comptes  de  i364,  la  halle  aux  merciers  et  le  tondeur 
Deniset  Saoulet.  Il  semblerait  que  les  savetiers  occupassent 
l'extrémité  opposée  de  l'ilot  de  maisons  et  j'incline  à  croire 
que  la  rue  des  Canettes  portait  jadis  le  nom  de  rue  aux  Save- 
tiers (i).  La  halle  aux  «  cordouengniers  »  (2)  ne  devait  pas 
être  très  éloignée  de  là  (3)  car,  si  les  métiers  étaient  corpora. 

(1)  Aux  archives  communales,  dans  un  Inventaire  des  titres  de  l'église  Saint-Etienne ,  il  se  trouve 
l'indication  suivante  : 

«  Denis  du  Quarrefour.  comme  cousin  et  lignager  de  Denison,  veufve  de  Denisot  Char- 
tillier,  déclare  lui  avoir  esté  adjugé  par  retraict  lignager  la  somme  de  trente-quatre  sols 
parisis  de  rente  à  prendre  sur  une  maison  couverte  de  thuilles  au  dit  Braye  en  laquelle  y  a 
deux  yiseues  l'une  en  la  rue  Graterie  et  l'autre  sur  la  rue  aux  Savetiers  tenant  d'une  part  à  Denis.de 
Quarrefour  et  d'autre  part  à  Maistre  Jehan  de  Tournes  et  à  Huguenin  Chartier  que  puis  en 
four  en  ça  Jehan  Tournier.  boulangier...  »  (23  juin  1455). 

Un  titre  de  la  même  époque  et  puisé  à  la  même  source  parle  de  la  maison  «  que  tient 
Denis  dû  Quarrefour  ».  voisine  de  celle  dessus,  en  ces  termes.  «  iMaison  du  coing  de  la  rue 
du  Moustier  qui  fut  Jehan  Houdes  qui  tient  de  présent  Denis  de  Quarrefour  à  cause  de  sa 
femme  tenant  d'une  part  à  la  rue  Graterie  d'autre  à  Henri  Berchemont,  d'un  bout  à  la  rue 
du  Moustier...  v 

Il  n'y  a  pas  à  s'y  tromper.  C'est  la  maison  appartenant  aujourd'hui  à  M.  Lepoivre,  ban- 
quier, et  où  se  trouve  la  charcuterie  de  M.  Pigoizard.  Elle  est  clairement  désigné  dans  le 
Tableau  indicatif  du  plan  de  Brie-Comte- Robert  dressé  en  1736  (Archives  départementales  de 
Seine-et-Marne),  comme  il  suit. 

«  A  Jean  Dufrène  une  grande  maison  et  une  petite  cour  faisant  l'encoignure  des  rues 
Corbillon  et  des  Halles.  »  Cet  immeuble  se  trouve  affronté  par  deux  autres,  désignés  ainsi  : 
A  A  Louis  Landry,  une  maison  et  partie  d'une  petite  cour  tenant  a  (celle  ci-dessus)  et  sur  la  rue 
des  Canettes.  Une  maison  à  la  veuve  Blacet  et  partie  de  la  petite  cour  ci-dessus,  aboutissant  à  la 
ue  des  Halles.  » 

La  maison  de  Louis  Landry  se  trouvait  donc  par  la  cour  commune  avec  la  maison  Blacet 
avoir  deux  issues,  une  sur  la  rue  des  Halles  (Graterie),  une  autre  sur  la  rue  des  Canettes.  Elle 
touchait  également  à  la  maison,  la  grande  maison,  de  Dufréne.  Elle  répond,  en  conséquence, 
à  toutes  les  indications  que  les  documents  antérieurs  de  trois  siècles  nous  apportent  et  on 
peut,  sans  crainte  de  se  tromper,  l'identifier  avec  la  maison  c  en  laquelle  y  a  deux  issues  1» 
dont  il  est  question  plus  haut. 

11  suit  de  cet  exemple  que  la  rue  des  Canettes  a,  jadis,  porté  le  nom  de  la  rue  aux  Savetiers, 
d'où  je  suis  en  droit  de  conclure  que  les  étaux  de  savetiers  se  trouvaient  situés  dans  cette 
partie  de  l'ilot  des  Halles. 

(2)  Ce  mot  qui  désigne  les  cordonniers  s'écrivait  aussi  «  cordouaniers  ».  H  est  ainsi  ortho- 
graphié dans  le  Livre  des  métiers  de  Boileau,  p.  227,  par  exemple.  On  remarquera  que  dans 
rénumération  des  étaux  à  réparer  en  1330,  ceux  des  cordonniers  ne  figurent  pas,  bien  qu'on 
y  parle  de  ceux  des  savetiers,  des  mégissiers  et  des  tanneurs.  Ceci  n'est  qu'une  occasion 
nouvelle  d'établir  la  diversité  de  toutes  les  industries  établies  dans  les  halles. 

f  Vi  On  pourrait,  en  quelque  sorte  établir  l'ordre  dans  lequel  étaient  placés  les  différents 
métiers  dans  les  halles  de  Brie  en  se  servant  de  l'énumération  des  étaux  à  réparer,  telle  que 
Je  l'ai  donnée  d'après  le  compte  de  1330  et  en  prenant  pour  point  de  départ  les  savetiers, 
après  ce  que  je  viens  de  dire,  d'après  les  textes,  au  sujet  de  l'emplacement.  11  est  fort  pro- 
bable, en  effet,  que  le  rédacteur  du  compte  de  1330  n'a  pas  inscrit  au  hasard  la  liste  des 
étaux  à  réparer  ou  pour  lesquels  les  réparations  étaient  effectuées.  11  avait  sous  les  yeux  et 
copiait,  fort  probablement,  un  mémoire  de  travaux,  et  il  est  à  présumer  que  ce  mémoire  avait 
été  relevé  méthodiquement  par  le  charpentier  chargé  des  réparations. 

Reste  à  savoir,   en  suivant  l'énumération   susdite,  quelle  direction  il  faut  prendre.  A  cet 


2()4  HlStOIRK    nn    LA   VfIJ.F 

tivement  distincts,  et  séparés,  on  doit  bien  supposer  que,  sous 
le  même  toit,  ils  devaient  sinon  se  confondre  du  moins  se 
rapprocher  suivant  leurs  affinités,  et  de  même  que  le  compte 
de  i33o  nous  parle  des  étaux  au  pain,  on  pourrait  désigner 
sous  le  nom  d'étaux  au  cuir  ceux  qui  groupaient  les  indus, 
triels  travaillant  ou  débitant  cette  denrée.  Un  article  du  compte 
des  recettes  de  i3G4,  article  que  j*ai  déjà  cité  (i  )  nous  révèle 
l'existence  de  la  halle  aux  cordonniers  dans  les  termes 
suivants  : 

De  Jehan  Le  Cuin,  marchant  et  changeur,  qui  avoit  prius  piéça  à 
droit  cens,  une  place  vuide  contenant  le  large  d'une  travée  de  la 
halle  aux  cordouangniers  devant  la  maison  au  barbier  (2),  pour 
édiffier,  massonner  et  mètre  grant  amendement...  L'en  a  trouvé  qui 
ont  pris  la  place. 

Nous  ne  devons  pas  oublier  que  cet  article  est  de  i364,  et 
il  est  peut-être  l'indice  d'une  tranformation  qui  se  fit  à  cette 
date  dans  Tassiette  commerciale  de  la  ville.  L'ensemble  des 
recettes  provenant  de  la  location  des  halles  est  compris  sous 
la  rubrique  «  Tonliens,  estalages  »  dans  les  comptes  de  la 
reine  Jeanne.  Or,  il  est  à  remarquer  que  le  produit  des 
«  tonlieus  et  estalages  »  qui  était  de  iio  livres  en  1327,  ^^ 
1 15  livres  en  i33o,  était  descendu,  en  i333,  à  1 1 1  livres  et  en 
i336,  à  87  livres.  Il  est  à  présumer  que  ce  fléchissement  des 
recettes  est  dû  en  grande  partie  aux  halles.  Celles-ci  devaient 


égard,  je  fais  une  réflexion  ;  il  apparaît,  d'après  les  comptes,  et  notamment  d'après  un  texte 
que  je  cite  plus  loin  que  la  halle  aux  bouchers  fut  voisine  de  celle  des  merciers  laquelle, 
nous  le  savons,  était  près  de  l'Hôtel-Dieu.  il  me  semble  que  de  la  rue  aux  Savetiers  (la  rue 
des  Canettes)  à  l'Hôtel-Dieu,  en  passant  par  la  place  du  Marché,  l'espace  eut  été  insuffisant 
pour  contenir  tous  les  corps  de  métiers  énumérés  au  compte  de  1550.  C'est  la  seule  raison 
je    l'avoue,  qui  me  décide  à  adopter  la  marche  suivante  : 

Partant  de  la  rue  des  Canettes  (aux  Savetiers),  je  me  dirigerai  par  la  rue  de  l'Eglise  (du 
Moustier)  et  des  Halles  (Grateriej  vers  l'Hôtel-Dieu.  En  supposant  que  les  étaux  se  distri- 
buaient dans  l'ordre  indiqué  parle  compte  de  1350  :  savetiers,  tanneurs,  mégissiers,  bou- 
langers (vente  de  pain),  drapiers,  fripiers,  bouchers,  ces  derniers  seraient  donc  placés,  à  peu 
près,  à  l'angle  de  la  rue  des  Halles  et  de  la  place  du  même  nom.  En  retour,  sur  la  place  du 
Marché,  les  merciers  qui,  à  cause  de  l'extrême  diversité  des  marchandises  dont  ils  avaient  le 
monopole,  devaient  occuper  un  grand  espace  sur  la  place  du  Marché,  touchant  peut-être  aux 
cordonniers,  dont  les  étaux,  sans  doute,  étaient  voisins  de  ceux  des  savetiers. 

(1)  V.  p.  206. 

(2)  Bien  que  cela  soit  connu,  il  n'est  pas  inutile  de  rappeler  qu'à  cette  épopue  les  barbiers 
exerçaient  la  chirurgie.  C'est  dans  ce  sens  qu'il  fant  entendre  la  profession  de  barbier 
indiquée  ici.  Mais  il  faudrait  croire  qu'il  n'y  avait  pour  toute  la  ville  qu'un  seul  barbier- 
chirurgien  :  c'est  du  moins  ce  que  semble  dire  la  rédaction  de  cet  article. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  265 

être  fort  anciennes  ;  leur  état  de  délabrement  le  prouve.  Nous 
avons  vu  les  réparations  indispensables  qu'exigeaient  la 
plupart  deèétaux.  En  réalité,  vers  le  milieu  du  14*  siècle,  cet 
amas  branlant  d'édifices  en  bois,  vermoulus  et  pourris  qui  se 
dressait  là  fort  probablement,  depuis  Robert  I,  lui-même, 
était  condamné  à  disparaître. 

C'est  là,  suivant  toute  apparence,  ce  qui  explique  la  place 
vuide  contenant  le  large  d'une  travée  de  la  halle  aux  cor- 
donniers sur  laquelle  un  changeur  s'était  engagé  à  bâtir 
une  maison  en  transformant  ses  alentours.  Il  avait  fallu 
abattre  cette  portion  des  halles  si  elle  ne  s'était  pas  effon- 
drée toute  seule.  Nous  avons  d'ailleurs  un  exemple  de  l'état 
lamentable  de  ces  vieilles  bâtisses,  dans  le  compte  de  i332. 

Pour  descouviir  la  haie  de  la  mercerie  qmjondoit  (sic)  chargier 
la  tuille  en  une  charette  et  entasser  ou  chastel  (i)  par  Guillot  le 
Harengier  (2)  et  ses  aydes,  iiij  sols. 

//em,  pour  salaire  de  la  voiture  Aubery  de  Pontilloys  a  mener  ou 
chastel  en  garde  la  dite  tuille,  iiij  sols. 

Pour  recouvrir  en  la  haie  aux  bouchiers  là  où  il  convenoit  de 
nécessité  par  le  dit  Guillot  Le  Harengier  et  ses  aydes,  iiij  sols  vj 
deniers. 

//em,  pour  demi  cent  de  late  à  ce  prinze  de  Robin  TEspicier,  xviij 

deniers. 

Ilem^  pour  III*^  et  demi  de  clo  à  latê  à  ce  prins  de  Pierre  de  Page, 
xvij  deniers  obole. 

//e-m,  pour  VI  chevilletes  de  fer  à  atachier  la  goutiére  d'entre  la 
dicte  boucherie  et  la  maison  Etienne  Rougel  (3),  vj  deniers. 

On  sent,  en  lisant  ces  détails,  l'état  des  bâtiments.  Cette 
halle  de  la  mercerie  qui  fond,  c'est-à-dire  qui  s'effondre,  qui 
s'écroule,  ce  bâtiment  qu'il  faut,  presque  en  hâte,  décharger 
de  sa  couverture,  nous  donne  bien  la  mesure  de  leur 
vétusté.  Tout  cela  devait  tomber  littéralement  en  ruines, 
malgré  les  réparations  probablement  onéreuses,  dont  il  nous 
est  resté  quelques  traces,  ainsi  que  je  l'ai  montré  plus  haut. 


(1)  Il  y  avait  donc  au  château,  comme  je  l'ai  déjà  fait  remarquer,  un  magasin,  un  dépôt  de 
matériaux. 

(2)  Il  y  avait  donc  à  Brie  un  marchand  de  poisson  d'eau  de  mer. 

(3)  Dans  le  compte  de  ipy  quf  j'ai  publié  in  extenso  ci-dessus,  il  est  question  d'un  Etienne 
Rou^^el  comme  fermier,  avec  Jean  Le  Vannier,  des  moulms  de  Brie  ;  ce  doit  être  le  même. 


266  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

D'autre  part,  ces  halles  vieilles  de  deux  siècles,  tout  au 
moins,  ne  répondaient  plus,  peut-être,  aux  besoins  du  mo- 
ment. Les  commerçants  et  les  industriels  qu'elles  abritaient 
devaient  s'y  trouver  trop  à  l'étroit.  Ci  on  y  comptaitau  bas  mot 
26  étaux  de  bouchers  et  6  étaux  de  marchands  drapiers  com- 
bien n'en  fallait-il  pas  pour  les  autres  professions,  pour  les 
boulangers  par  exemple,  pour  les  tanneurs,  pour  les  cordon- 
niers, pour  les  tondeurs  de  drap,  etc.  Il  avait  très  certaine- 
ment été  nécessaire  de  donner  aux  intéressé?  la  permission 
de  s'établir  ailleurs.  Dans  tout  les  cas,  il  parut  plus  raison- 
nable, les  bâtiments  n'étant  plus  tenables,  de  céder  le  sol 
et  de  laisser  des  particuliers  élever  à  leur  place  des  immeu- 
bles à  leur  usage  personnel.  Le  fisc  n'y  perdait  rien,  cela  va 
s'en  dire  ;  il  consolidait  en  somme  le  capital  dont  il  n'avait 
que  la  rente.  Il  semble,  d'ailleurô,  que  les  acquéreurs  ne 
manquaient  pas  ;  je  n'en  veut  pour  preuve  que  le  témoi- 
gnage de  l'un  des  comptes  précités,  à  propos  de  ce  changeur 
qui  avait  pris  la  fuite  abandonnant  une  travée  des  halles  à 
la  place  de  laquelle  il  devait  élever  une  maison.  «  L'en  a 
trouvé,  dit  le  compte,  qui  ont  prins  la  place.  »  Au  surplus, 
comme  nous  aurons  l'occasion  de  le  voir  au  siècle  suivant 
tout  cet  ilôt  fut  rapidement  bâti  et  les  anciens  étaux  rempla- 
cés par  des  constructions  dont  quelques-unes  se  sont 
perpétuées  jusqu'à  ces  dernières  années. 

Ce  n'était  d'ailleurs  pas  seulement  une  raison  financière 
qui  faisait  abandonner  les  vieilles  halles.  Dans  les  siècles 
antérieurs,  les  corps  de  métiers  formaient  des  corporations 
indépendantes,  libres  de  toute  attache  avec  le  pouvoir.  On 
sait  que  Louis  IX  eut  la  pensée  de  mettre  la  main  sur  ces 
associations,  dont  certaines  étaient  devenues  très  puissantes. 
Il  y  avait  là  une  idée  politique  tout  autant  qu'une  combi- 
naison fiscale.  Ce  fut  Etienne  Boileau,  le  prévôt  des  mar- 
chands de  Pans,  qui  se  fit  l'agent  et  l'instrument  du  roi  pour 
réaliser  ce  programme.  Une  transformation  dans  toute  l'or- 
ganisation économique  devait  s'ensuivre.  Les  corporations, 
désormais  soumises  au  pouvoir  royal,  enserrées  dans  des 
règlements  étroits  et  méticuleux,  tels  que  nous  le  révèle  Iç 


DE  BRIE-COMTF.-ROBEHT  267 

Livre  de  métiers,  ne  présentaient  plus  les  dangers  du  passé. 
Elles  faisaient  leur  propre  police,  surtout  au  point  de  vue 
professionnel  Les  revenus  qu'en  tirait  le  fisc  se  percevaient 
plus  facilement  puisque  chaque  association  avait  des  agents , 
responsables  en  quelque  sorte,  vis  à  vis  le  pouvoir, 

On  comprend  qu'avant  le  14"'*  siècle,  c'est-à-dire  avant 
l'organisation  en  corps  régulièrement  autorisés  des  métiers, 
le  seigneur  de  Brie  ait  voulu  pouvoir  exercer  une  surveil- 
lance facile  et  par  suite  active  sur  les  marchands  de  la  ville. 
De  là  la  création  des  halles.  Le  seigneur  avait  ainsi  sous  la 
main  tous  ces  négociants,  tous  ces  industriels,  faibles  par 
eux-mêmes,  mais  forts  par  l'association  à  laquelle  ils  appar- 
tenaient et  dont  les  ramifications  s'étendaient  au  loin.  Il 
pouvait  non  seulement  avoir  l'œil  sur  leurs  agissements, 
mais  aussi  sur  les  denrées  qu'ils  débitaient,  sur  leur  qualité, 
sur  les  poids  dont  ils  se  servaient.  La  police  de  cette  popu- 
lation, portée  à  l'indépendance,  était  simplifiée  par  sa  réunion 
dans  un  même  lieu  tout  autant  que  l'étaient  la  connaissance 
et  la  répresssion  des  délits  professionnels. 

Lorsque  les  corporations  se  trouvèrent  réglementées, 
enfermées  dans  le  code  étroit  de  prescriptions  particulières  à 
chacune  d'elles,  privées  de  l'indépendance  qui  les  rendait 
auparavant  si  difficiles  à  surveiller,  le  groupement  des  com- 
merçants et  des  industriels  devint  moins  utile  ;  les  halles, 
telles  qu'elles  existaient  depuis  plusieurs  siècles,  n'avaient 
plus  aucune  raison  d'être.  Cela  explique  pourquoi  le  sei- 
gneur se  résolut  à  les  abandonner. 

D'ailleurs  l'intérêt  économique  qui  avait  dicté  au  seigneur 
de  Brie  l'établissement  des  halles  venait  de  disparaître.  Si  on 
se  reporte  à  l'existence  de  deux  marchés,  l'un  appartenant 
au  seigneur,  l'autre  à  l'Eglise,  marchés  tous  les  deux  voi- 
sins, on  comprend  très  bien  que  le  seigneur  ait  élevé  les 
halles  pour  attirer  à  lui  les  marchands  dont  il  tirait  profit. 
C'est  dans  ce  but  qu'avait  été  créée  la  Maison  de  Dieu  ;  c'est 
dans  ce  but  aussi  que  des  magasins,  des  étaux  furent  établis 
ou  ouverts.  N'était-il  pas  d'une  bonne  politique  pour  le  sei- 
gneur de  faciliter  l'accès  de  son  marché,  de  mettre  à  la  dis- 


268  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

position  de  ceux  qui  le  fréquentaient  des  locaux  pour  abriter 
leurs  marchandises  et  pour  y  demeurer  même  quand  il  était 
nécessaire.  Mais  cette  rivalité  tomba  le  jour  où  FEglise  de 
Paris  abandonna  à  la  reine  Jeanne  ses  droits  et  propriétés 
dans  la  ville  de  Brie.  J'ai  reproduit  cet  acte  qui  marque, 
dans  ce  sens,  la  transformation  complète  du  commerce  et  de 
rindustrie briards.  Après  l'échange  de  iS^ô,  il  importait  peu 
que  les  marchands  fussent  ici  ou  là,  la  ville  entière  appar- 
tenant au  châtelain.  Celui-ci  devait  même  favoriser  leur 
dissémination  qui  lui  rendait,  dans  tous  les  cas,  possible  la 
vente  avantageuse  de  bâtiments  délabrés,  d'un  entretien 
onéreux  et  qui  eussent  nécessité  une  reconstruction  totale, 
spéculation  peut-être  hasardée  à  ce  moment. 

Ce  mouvement  ne  se  fit  pas,  cela  va  sans  dire,  brusque- 
ment. Peu  à  peu,  seulement,  la  transformation  s'opéra,  com- 
mençant d'abord  par  la  rue  de  l'Eglise  et  s'étendant  ensuite 
par  degrés  vers  THôtel-Dieu.  De  l'établissement  important 
que  furent  les  Halles,  il  ne  resta  plus  qu'un  coin  —  celui  affecté 
autrefois  à  la  mercerie  —  qui  a  laissé  à  une  petite  place  voi- 
sine le  nom  de  place  des  Halles.  Aujourd'hui,  nous  n'avons 
de  tout  cela  que  le  souvenir. 

De  tous  les  corps  de  métier  qui  avaient  autrefois  leurs 
étaux  sous  les  halles,  il  n'en  est  qu'un  qui  paraît,  dans  son 
exode,  avoir  conservé  une  certaine  homogénéité.  Ce  fut  celui 
des  fripiers  qui  resta  groupé  dans  une  rue,  longtemps  ap- 
pelée par  la  suite,  me  des  Fripiers.  Peut-être,  cette  caté- 
gorie de  commerçants  fut-elle,  par  mesure  de  police  ou  de 
salubrité  publique,  obligée  de  se  loger  dans  un  quartier 
spécial  (i).  Il  est  à  remarquer  que  ce  fût,  à  Brie,  dans  une 
voie  longeant  les  fortifications,  aussi  loin  que  possible  du 
centre  que  furent  rélégués  les  fripiers. 

Nous  sommes  ainsi  conduits  à  parler  du  système  défensif 
de  la  ville.  Brie-Comte-Robert  était,  comme  beaucoup  de 


(l)  Cette  supposition  n'a  rien  d'extraordinaire,  a  Le  fripier,  en  entrant  dans  la  corporation, 
devait  jurer  de  n'acheter  des  marchandises,  ni  à  des  voleurs,  ni  à  des  gens  mal  famés^  ni 
à  des  lépreux  ;  il  ne  devait  acquérir  aucun  objet  mouillé  ou  sanglant  sans  en  connaître 
exactement  la  provenance,  ni  aucun  ornement  d'église  qui  ne  fût  réformé  pour  cause  de 
vétusté  ». 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  269 

cités  OU  de  bourgs  du  moyen-âge,  une  ville  fermée.  La  cein- 
ture de  ses  murailles  est  encore  visible.  Sur  une  grande 
partie  des  fossés,  ou  sur  leur  contrescarpe,  se  sont  alignés 
des  promenades  ou  des  boulevards.  La  question  se  pose  de 
savoir  à  quelle  époque  furent  construits  les  murs  de  la 
ville. 

Si  on  s'en  tient  à  la  charte  de  1208,  que  j'ai  reproduite,  il 
semblerait  que  cette  construction  remonte  aux  toutes  pre- 
mières années  du  XIII"  siècle.  «  Les  hôtes  de  l'Eglise,  dit  la 
charte  en  question,  seront  tenus  de  contribuer,  chacun  du 
sien,  dans  une  mesure  raisonnable,  à  l'édification  de  la  clô- 
ture commune  de  la  ville,  comme  les  autres  habitants  de 
cette  ville...  (1)  ». 

Si  net,  si  clair  que  soit  ce  texte,  je  ne  crois  pas  que  les 
murs  qui  ont  enveloppé  la  ville  jusque  vers  la  fin  du  i8*  siè- 
cle ait  été  élevés  à  la  date  qu'il  paraît  indiquer.  Il  y  a  à  cela 

des  objections  de  fait  qui  méritent  d'être  exposées. 

Le  compte  des  recettes  de  1364,  dont  j'ai  plusieurs  fois 
parlé,  contient  l'article  suivant  : 

w  Des  cens  de  Bray  à  la  Saint-Remy,  qui  souloient  valoir 
Ixvij  livres  t.,  vix  sols  vj  deniers,  et  à  présent  qui  sont 
appéciûez,  pour  ce  que  aucuns  héritages  qui  en  dévoient  sont 
mis  es  Joussez  de  la  ville  et  pour  autres  causes,  pour  le  rece- 
veur à  Ix  livres  t.,  xiiij  sols,  vj  deniers  ». 

Comment  se  méprendre  à  cette  citation  ?  Le  rédacteur 
écrit  en  1364  et  parle  au  moment  présent;  il  indique  une 
moins  value  dans  ses  recettes  et  en  signale  la  cause  la  plus 
importante,  â  côté  des  causes  secondaires  qu'il  désigne  d'un 
mot.  Il  est  bien  avéré  qu'un  certain  nombre  d'immeubles 

appartenant  à  la  reine  venaient  d'être  emportés  par  le  tracé 
de  l'enceinte  des  murailles,  car  il  n'y  a  pas  lieu  de  croire  que 
celles-ci  aient  été  élevées  sans  que  le  fossé  correspondant 
eût  été  creusé. 

C'est  ce  que  j'écrivais  dans  une  étude  sur  le  château  de 
Brie-Comte-Robert  (2). 

(ij  V.  page  118. 
(2)  Op.  cit. 


270  Histoire:  de  la  ville 

«  ...Donc,  en  i364,  des  héritages,  des  biens,  frappés  jus- 
que-Jàde  cens,  c'est-à-dire  d'un  droit  féodal,  disparaissent 
parce  qu'ils  sont  mis  ès/osse^i,  c'est-à-dire  incorporés  aux  fossés 
de  la  ville.  N'est-ce  pas  une  preuve  sans  conteste  que,  dans 
la  seconde  moitié  du  XIV*  siècle,  on  s'occupait  de  creuser  ces 
fosses  et,  par  voie  de  conséquence,  d'en  construire  les  mu- 
railles. Où  étaient  ces  héritages? Le  document  n'en  dit  rien. 
Il  importe  peu,  du  reste,  puisqu'il  suffit  d'établir  qu'une 
partie  des  murs  au  moins,  ne  date  que  du  XIV*  siècle  ». 

Une  autre  considération  milite  en  faveur  de  cette  asser- 
tion. Si  l'on  jette  un  coup  d'œil  sur  le  croquis  représentant 
les  abords  de  l'église  Saint-Etienne,  il  est  une  chose  dont  on 
restera  frappé.  La  façade  prtncipale  du  monument  se  trouve 
placée  à  une  dizaine  de  mètres,  à  peine,  des  murailles,  dans 
un  véritable  cul  de  sac.  Il  paraîtra  douteux  que  l'architecte 
ait  ainsi  placé  l'édifice  qu'il  avait  la  charge  d'élever.  Or,  en 
1364,  l'église  Saint-Etienne  était  de  construction  toute 
récente  ;  sa  consécration,  comme  nous  le  verrons  plus  loin, 
datait  du  deuxième  dimanche  après  Pâques  de  l'année  pré- 
cédente. 

Dans  les  comptes  que  j'ai  déjà  eu  l'occasion  de  citer,  il  est 
souvent  question  de  viez  mousiier,  par  opposition  avec  le 
moiistierneuf  qui  venait  d'être  éditic  à  son  côté.  Il  ne  faut  pas 
croire,  pour  cela,  que  l'église  neuve,  consacrée  en  i363, 
remontât  à  quelques  années  à  peine.  On  mettait  longtemps, 
alorç,  pour  édifier  un  monument  de  ce  genre  (i).  Mais  à  coup 
sûr,  la  nouvelle  église  n'a  été  commencce  ni  en  1208,  ni 
dan$  les  premières  années  du  i3*'  siècle,  époque  à  laquelle 
auraient  été  construits  les  murs  dont  parle  la  charte  pré- 
citée. Cette  a  clôture  »  de  1208  existait  depuis  longtemps 
lorsque  l'architecte  de  Saint-Etienne  traça  le  plan  de  son 
édiflieeton  ne  peut  lui  reprocher  de  l'avoir  placé  —  l'édifice 
principal  de  la  ville  autant  par  son  caractère  que  par  ses 

(')  l^'églisc  d'Amiens,  comntencér  en  1220  ne  fut  achevée  qu'en  1257,  c'est-à-dire  37  ans 
après.  Un  incendie  l'ayant  partiellement  détruite,  la  reconstruction  de  la  partie  supérieure 
ne  fut  terminée  qu'en  1272.  Les  tours  ne  le  furent  qu'en  1366.  Le  chœur  de  la  cathédrale 
de  Beauvais  commencé  en  1223  ne  fut  terminé  qu'en  1272.  La  cathédrale  de  Chartres  com- 
mencéjp  en  1220  ne  fut  consacrée  qu'en  1260.  Notre-Dame  de  Paris,  commencée  en  1263.  ne 
vit  son  chœur  terminé  qu'en  1285  et  en  1295  seulement  l'abside  et  la  nef. 


bE  BRIE-COMTE-ROBERT  27  I 

proportions  —  dans  une  position  manifestement  excen- 
trique. J'insisterai  sur  ce  point  en  parlant  de  Téglise,  je  me 
borne  à  relever  pour  le  moment  cette  observation  impor- 
tante que  il  n'y  a  aucune  identification  possible  entre  la  «  clô- 
ture »  de  I2(>8  et  les  lortitîcations  dont  les  fossés  se  creu- 
saient encore  dans  les  environs  de  i36o. 

Si  on  ne  peut  admettre,  en  effet,  que  l'architecte  de 
l'église  soit  venu  buter  sa  construction  contre  des  murailles, 
il  est  facile  de  comprendre  que  la  nécessité  imposant  Tédi- 
fication  de  murs  défensifs,  on  ait,  en  donnant  à  ceux-ci  le 
moins  de  développement  possible,  voulu  englober  toutefois 
le  monument  religieux  dont  la  ville  devait  s'ennorgueillir, 
et  en  même  temps,  le  cimetière  adjacent. 

Il  v  eut  donc  deux  ceintures  de  murailles  ;  l'une  élevée  au 
commencement  du  i3*  siècle  à  laquelle  on  travaillait  peut-être 
lorsque  Robert  II  signait  avec  le  Chapitre  de  Paris  la  charte 
dont  j'ai  donné  le  texte,  l'autre  dans  le  milieu  du  XIV'  siècle. 

Celle  de  1208,  une  véritable  clôture,  se  dressa  autour  de 
Tilot  Saint-Jean.  Elle  laissait  en  dehors  le  marché,  l'hôpital, 
les  églises  et  les  habitations  éparses.  C'était  surtout  une 
place  de  refuge  en  cas  d'alerte.  Du  reste,  à  l'époque  où  on  y 
travaillait,  le  pays  était  dans  une  période  de  tranquilité 
relative,  surtout  après  le^  terribles  convulsions  des  siècles 
précédents.  Tout  au  plus,  le  seigneur  avait-il  à  mettre  en 
sûreté  ses  approvisionnements,  ses  hommes  d'armes.  Rien 
n'exigeait  que  Brie  s'enveloppât  d'une  enceinte  fortifiée. 
Nous  verrons  un  peu  plus  loin,  au  reste,  que  sur  l'ilot  Saint- 
Jean,  devenu  plus  tard  le  château,  existaient  des  habitations 
particulières  dont  les  occupants  furent  expropriés. 

Tout  autres  furent  les  fortifications  du  XIV''  siècle  dont 
on  peut  fixer  la  construction  vers  i35o.  A  cette  date  la 
guerre  de  Cent  Ans  venait  d'éclater,  et,  dès  ses  commen- 
cements, elle  mit  le  pays  Briard  dans  la  plus  fâcheuse  posi- 
tion. Après  les  désastreuses  batailles  de  Crécy  (1346)  et  de 
Poitiers  (i356),  des  troubles  suscités  par  Charles-le-Mau- 
vais,  roi  de  Navarre  (i),  vinrent  bouleverser  Paris  et  ses 
environs. 

^l)   Il  était   le  neveu  de  Jeanne  d'bvreux,  dame  de   Brie-(3omte-Robert.  (Y.    le   tableau 
généalogique  p.  210). 


2/'^  HISTOIRE  DE   LA  VILLE 

Le  roi  de  Navarre  ne  prétendait  à  rien  moins  qu'à  la  cou- 
ronne de  France  et  il  trouva  des  alliés  naturels  dans  ce 
parti  qui,  dès  Tavénement  de  Philippe  VI  faisait  une  oppo- 
sition sourde  à  la  dvnastie  des  Valois.  «  Il  semble  bien, 
écrit  M.  A.  Coville  (i),  qu'il  y  ait  eu  un  parti  d'adversaires 
de  la  nouvelle  dynastie  que  les  trahisons  de  plusieurs  princes 
et  barons  avaient  enhardi.  Les  violences  de  Philippe  VI  et 
de  Jean  Le  Bon,  s'expliquent  peut  être  par  l'inquiétude 
perpétuelle  où  les  tenaient  les  agissements  d'ennemis  ca- 
chés. Edouard  III  (2)  était  trop  un  étranger  pour  être,  au 
début,  le  chef  de  cette  opposition  ;  à  partir  de  i336,  au  con- 
traire, Charles-le-Mauvais,  avec  ses  prétentions  à  la  cou- 
ronne, est  tout  désigné  pour  ce  rôle.  Victime  du  roi  Jean  à 
la  suite  d'incidents  inexpliqués,  enfermé  dans  un  château  de 
Picardie,  il  peut  compter  sur  l'affection  de  deux  reines  de 
France,  la  veuve  de  Charles  IV,  sa  tante  (3),  et  la  veuve 
de  Philippe  VI,  sa  sœur  (4)...  Après  Poitiers,  cette  oppo- 
sition, sans  démasquer  encore  ses  intentions  les  plus  har- 
dies, fait  grand  bruit  du  mauvais  gouvernement.  II  n'y  a 
pas,  pour  les  bourgeois  de  Paris,  d'alliance  plus  séduisante 
que  celle  du  Navarrais  ». 

Le  roi  de  Navarre  fut  délivré  de  sa  prison  d'Arleux  dans 
la  nuit  du  8  au  9  novembre  i357  ^^'  ^^^  ^^  liberté  reconquise, 
l'opposition  aux  Valois  prit  corps.  Jeanne  d'Evreux  se  trouva 
aussitôt  en  délicate  posture  entre  son  neveu  et  le  dauphin, 
tous  deux  ennemis  jurés  l'un  de  l'autre  et  qu'elle  s'efforça, 
dés  la  première  heure,  de  réconcilier.  Le  3o  novembre  iSdj 
elle  les  réunit. dans  son  hôtel,  à  Paris  (5),  et  put  croire  un 
instant  avoir  réuséi  ;  mais  Chaiies-le-Mauvais,  associé  aux 
Anglais,  rompit  bientôt  avec  le  Dauphin  ;  ses  troupes  ra\a- 


(1)  Hiit.  de  France  publiée  par  M.  Lavillc  vtomc  IV,  livre  II,  chap.  II,  p.  m). 

(2)  Roi  d'Angleterre. 

())  Jeanne  d'Fvreux.  dame  de  Brie-(^onite-Robert. 

(4)  l.^  cérémonie  nuptiale  fut  célébrée  à  Brie-Comte-Robert. 

(5)  L'hôtel  de  Navarre.  Dans  les  comptes  de  la  reine  Jeanne  de  1552,  on  trouve  à  cet  égard 
la  mention  >ui vante  .  vi  Au  dit  monsieur  Geufroy  (Gcufroy  Le  Veneur,  maître  delà  chambre 
aux  deniers  Madame)  qu'il  avoit  paiéz  certains  ouvrages  faiz  en  lostel  de  Navarre  à  Paris 
Ixxij  iiij  deniers  parisis.  L'hôtel  de  Navarre  était  situé  entre  la  porte  Saint-Germain  et  Thôtel 
de  l'archevêque  de  Rouen. 


DE    BRlb>COMTE-ROBERT  '2^3 

lièrent  les  environs  de  Paris,  et  de  connivence  avec  li^tienne 
Marcel,  le  prévôt  des  marchands,  il  fit  si  bien,  à  Paris  même, 
que  le  Dauphin  (i),  devenu  régent  du  royaume,  se  vit  dans 
la  nécessité  de  quitter  cette  ville.  Ce  fut  alors  la  guerre  entre 
les  deux  princes,  dont  les  armées,  malgré  leur  petit  nombre, 
n'en  firent  pas  moins  beaucoup  de  mal  au  pays.  A  plusieurs 
reprises,  Jeanne  d'Evreux,  qui  parait  s'être  montrée  très 
attachée  à  la  personne  du  Régent,  essaya  d'opérer  un 
rapprochement  entre  les  deux  adversaires  (2),  elle  ne  put  y 
réussir  et  les  hostilités  continuèrent,  même  malgré  la  mort 
de  Marcel  et  la  rentrée  du  Régent  à  Paris. 

Dès  ce  moment,  la  «  Navarrerie  »,  comme  on  appela  la 
guerre  de  Charles-le-Mauvais  au  Dauphin,  devint  une 
véritable  calamité  publique.  On  avait  jusque  là  usé  plutôt 
des  négociations  que  de  la  vive  force  et  d'ailleurs  la  Jacquerie, 
dont  je  vais  dire  quelques  mots,  avait  attiré  un  moment  sur 
elle  les  coups  du  régent  et  du  roi  de  Navarre  lui-même.  Mais 
une  fois  les  Jacques  écrasés,  la  lutte  reprit  plus  violente  entre 
les  Anglo-Xavarrais  —  carie  roi  de  Navarre  avait  fait  appel 
à  ses  alliés  d'outre-mer  —  et  les  Français.  J'insiste  sur  ce 
point  parce  que,  dès  ce  moment,  paraissent  s'éveiller  dans  le 
pays  la  haine  de  l'étranger  et  une  vague  ferveur  patriotique, 
inconnue  jusque  là  dans  la  masse. 

11  me  faut  bien  parler,  d'ailleurs,  de  ces  faits  parce  qu'ils 
ne  sont  pas  seulement  de  l'histoire  générale,  mais  parce 
qu'ils  eurent  leur  répercussion  sur  le  sol  briard. 

Le  Dauphin  Charles  était  rentré  à  Paris  le  2  août  i358, 
mais  il  était  comme  assiégé  dans  sa  capitale  parles  Anglais 
et  les  Navarrais  qui  tenaient  tout  le  pays  aux  alentours  et 
notamment,  dans  la  région  qui  nous  occupe,  de  Lagny  à 
Melun.  Cela  suttit  à  dire  que  les  environs  de  Brie-Comte- 


(1)  Le  roi  Jean  avait  été  fait  prisonnier  à  Poitiers.  Le  Dauphin,  pendant  son  absence,  avait 
administré  le  royaume  en  qualité  de  lieutenant  de  son  père.  Le  14  mai  1352,  on  le  força  à 
prendre  le  titre  de  régent. 

(2)  *i  La  reine  Jeanne,  veuve  de  Charles  IV  (Jeanne,  d'Evreux.  dame  de  Brie-Comtc-Robert) 
Si  peinait  pour  procurer  la  paix  à  ceux  de  Paris  ;  mais  ils  se  tenaient  hauts  et  fiers  contre  leurs  seigneurs. 
Le  roi  de  Navarre  était  plus  conciliant  ou  plus  hypocrite.  La  première  partie  de  juillet  (I5S8) 
se  passa  en  conférences  entre  lui,  la  reine  Jeanne  et  le  Dauphin...  »  ;M.  Coville  dans  l'Histoire 
de  France  publiée  par  M.  Lavisse,  t.  IV.  L.  IL  C.  II,  p.  158.) 

18 


274  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

Robert,  que  Brie-Comte-Robert  même,  étaient  au  pouvoir 
de  Charles-le-Mauvais  et  de  ses  auxiliaires  (i).  Toutes  les 
routes  menant  à  Paris  étaient  coupées  ;  les  bandes  parcou- 
raient la  campagne,  brûlant  et  pillant  tout.  Les  chemins 
étaient  si  dangereux  que  les  députés  aux  Etats-Généraux 
convoqués  le  19  mai  iSdq  à  Paris,  ne  purent  arriver  à  cette 
date.  Ils  étaient  cependant  pressés  d'apporter  au  Régent 
leur  concours  pour  mettre  fm  à  l'horrible  situation  du  pays. 
Ils  avaient  vu,  en  quittant  leurs  commettants,  ceux-ci  se 
mettre  partout  en  état  de  défense,  fortifiant  à  la  hâte  les 
bourgs  ou  simplement  les  églises,  battant  les  alentours 
pour  donner  la  chasse  aux  bandes  navarraises.  Les  Etats 
purent  cependant  s'ouvrir  le  25  mai.  Ils  allouèrent  quel- 
quels  subsides  au  Régent  qui  se  hâta  d'en  profiter  et  d'entrer 
en  campagne  contre  «  le  Mauvais  ».  Son  principal  effort 
fut  dirigé  contre  la  barrière  qui  enserrait  Paris  à  l'Est  (2)  et 
le  siège  de  Melun  commença  le  18  juin.  Des  capitaines 
navarrais  défendaient  la  place  ;  trois  princesses  de  Navarre, 
Jeanne  d'Evreux,  veuve  de  Charles  IV,  la  veuve  de  Philippe 
VI  et  la  reine  régnante  de  Navarre  y  étaient  réfugiées.  (3)  Ily 
a  lieu  de  croire  que  Jeanne  d'Evreux  ne  s'était  laissée 
enfermer  dans  Melun  que  pour  négocier  et  amener  les 
adversaires  à  faire  la  paix.  Ce  qui  est  exact,  c'est  que  la 
paix  fut  faite,  avant  que  la  ville  eût  capitulée,  et  signée  à 
Pontoisc  le  19  août. 

Si   fugitive  que  soit  la  trace  que  Charles    Le  Mauv^ais 
laissera  dans   ces   pages,  on   doit  cependant  comprendre 


fl)  <*  La  tranquillité  dont  Paris  commençait  à  jouir,  fut  rncore  troublée  par  le  roi  de 
Navarre,  qui  voiant  son  projet  de  parvenir  à  la  couronne  tombé  avec  le  prévôt  Marcel, 
voulut  s'en  venger  sur  le  Dauphin  et  sur  les  Parisiens  ;  il  leur  déclara  une  guerre  ouverte  et 
bloqua  Paris,  en  sorte  qu'il  ne  pouvoit  plus  venir  de  vivres,  ni  de  la  Bourgogne,  ni  de  la 
Normandie.  Les  troupes  du  roi  de  Navarre  ravageaieut  les  environs.  »  (Histoire  de  la  ville  de 
Paris,  t.  11  p.  49,  in-i2,  Paris  1753.) 

(2)  Nous  avons  déjà  vu  les  ertbrts  des  premiers  Capétiens  pour  dégager  leur  capitale  à  l'Est. 
C'est  toujours  de  ce  coté,  en  eflet,  que  se  portent  les  coups  lorsque  Paris  veut  se  défendre 
ou  qu'on  veul  lafi'amer.  Nous  aurons  plusieurs  foi>  l'occasion  de  vérifier  cette  assertion. 

(9)  Le  château  de  Melun.  et  par  suite  la  partie  de  la  ville  située  du  côté  du  Gàtinais, furent 
livres  aux  Navarrais  et  Anglais  par  la  reine  »  lanche  le  4  août  1558,  quatre  jours  après  la  mort 
d'Etienne  Marcel  et  la  rentrée  du  Régent  à  Paris  ;  mais  la  partie  de  la  ville  située  en  Brie 
resta  française  et  messire  Jean  d'Andrezel  était,  dès  le  même  mois  d'août,  capitaine,  pourle 
régent  (Charles  V),  de  Melun  et  de  Brie  (I.  Rég.  86,  219  —  Secousse  II,  89). 


DE    BRIE-COMTE- ROBERT  27D 

qu'il  joua  un  rôle  considérable  et  qu'il  dût  s'entourer  de 
partisans  dévoués.  Eloquent,  persuasif,  habile,  ambitieux 
et  sans  scrupule  aucun,  ce  prince  entraîna  dans  ses  menées 
une  foule  de  gens  qui  crurent  en  lui  et  se  laissèrent  endoc- 
triner par  ses  promesses.  Dans  Brie,  autour  de  Brie,  il  dut 
à  coup  sûr,  réussir  plus  que  partout  ailleurs.  Neveu  de 
Jeanne  d'Evreux,  ayant  ainsi  un  accès  facile  dans  tous  les 
milieux,  il  ne  pouvait  manquer  d'user  du  prestige  que  lui 
donnait  sa  situation  privilégiée.  Etait-il  si  difficile  de  faire 
entendre  que  sa  compétition  à  la  couronne  avait  un  appui 
plus  ou  moins  direct  jusque  dans  la  famille  royale?  Lui- 
même  n'appartenait-il  pas  à  cette  dernière  ?  Il  est  une  chose 
assurée,  c'est  que  Charles  Le  Mauvais  paraît  avoir  réussi 
au-delà  même,  peut-être,  de  ses  espérances,  et  qu'il  trouva, 
même  dans  la  noblesse  briarde,  créance  plus  qu'il  ne 
convenait. 

Dans  les  notes  un  peu  confuses  que  Camille  Bernardin  a 
laissées,  en  vue  d'écrire  une  histoire  de  Brie  (i),  j'ai  trouvé 
ce  fragment  dont  l'origine  n'est  malheureusement  pas  indi- 
quée. 

«  Parmi  les  trois  cents  personnes  à  qui  le  Roi  a  pardonné 
pour  le  Roi  de  Navarre  tous  les  maléfices  qu'ils  ont  fait 
toute  leur  vie  jusqu'au  douzième  jour  de  décembre  i36o,  on 
voit  messire  Jean,  seigneur  de  Bienfaite...  » 

Ce  seigneur  ne  fut  pas  le  seul  en  Brie,  si  toutefois  le  ren- 
seignement de  Bernardin  est  exact.  Il  y  aurait  tout  lieu  de 
supposer,  à  en  croire  un  historien  de  Seine-et-Marne,  que 
Jean  d'Andrezel  ou  d'Andresel  suivit  la  fortune  du  roi  de 
Navarre  (2).  Ce  dernier  nous  intéresse  car,  paraît-il,  il  fut 
capitaine  de  Brie. 

«Jean  d'Andresel,  seigneur  de  Gretz,  écrit  Félix  Pascal» 
était  capitaine  de  Brie  ;  il  tomba  dans  la  disgrâce  du  Roi  qui 

(D  Archives  départementales  de  Seine-et-Marne. 

(2)  On  trouve  dans  un  compte  des  subsides  de  l'an  1356,  Jean,  sire  d'Andrezel,  chambellan 
du  roi,  mort  dès  l'an  1367  (Almanach  Le  Blondel,  1863,  p.  102.)  Il  y  eut  deux  Jean  d'Andresel- 
|ean  d'Andresel,  qui  nous  occupe,  était  issu  d'une  ancienne  et  illustre  famille,  alliée  au  XII* 
siècle  aux  Garlande.  Il  était  fils  aîné  de  Jean  d'Andresel,  chambellan  très  aimé  du  roi  Philippe 
de  Valois  et  fut,  à  cause  de  cette  similitude  de  préoom,  dit  le  Jeune,  jusqu'à  la  mort  de  son 
père  arrivée  entre  mars  1343  et  février  1347.  Il  avait  deui  frères  :  Aubert  et  QuilUun^e, 


276 


IIISTOIUK    DE   LA   VILI.K 


le  dépouilla  de  ses  biens  et  il  est  douteux  qu'il  les  lui  ait 

restitués  en  lui  accordant  son  pardon  (i)  ». 

Je  ne  m'appesantis  pas  sur  le  rôle  joué  par  ce  seigneur  (21 
qui  ne  touche  qu'indirectement  à  Brie  pour  en  arriver  à  un 
seigneur  plus  local  et  dont  le  châtiment  fut  exemplaire. 
Perceval  de  Pommeuse  était  un  des  gros  propriétaires  du 
sol  briard.  Nous  avons  eu  l'occasion  de  voir  cette  famille 
citée  dans  un  des  comptes  de  la  reine  Jeanne  (3).  Il  dut 
singulièrement  se  compromettre,  car  la  peine  capitale  fut 
prononcée  contre  lui,  et  en  même  temps,  cela  va  sans  dire, 
la  contiscation  de  ses  biens.  H  semblerait  que  rarrcstati(»n 
sinon  rexécuti<  )n  de  Perceval  de  P(  »mmeuse  (4)  ait  suivi  de  très 
près  la  reddition  de  Melun  dont  je  parle  plus  haut.  On 
trouve,  en  elTet,  la  trace  d'un  acte,  en  date  du  2  avril  i35<), 
par  lequel  «  Aubertd'Andresel,  (3)  seigneur  de  Gréez,  recon- 


(1)  Félix  Pascal,  Histoire  de  Seine-et-Marne,  tome  II,  p.  l(Jo.  Cependant,  cette  venion  se  trou- 
verait, en  partie,  contredite  par  le  résume  ci-apres  des  lettres  de  rémission  accordées  par  le 
légcnt  à  ce  seigneur. 

Lettres  de  rémission  par  Jean  d'Andrezeî.  (Reg.  i\x\i\  du  Trjsor  d:s  chartes  pièce,  n*  75c  . 
II  est  dit,  dans  ces  lettres,  que  Jean  d'Andresel,  capitaine  i;enéral  de  Brie,  avait  soudoyé  un 
certain  nombre  de  gens  d'arme.s  pour  résisler  aux  An!;laiiet  Navarrais  ;  mais  que  la  supério- 
rité des  forces  ennemies  et  les  grands  Irais  qu'entraînait  la  réunion  d'un  corps  aussi  considé- 
rable l'avaient  décidé  aie  dissoudre  et  à  renvoyer  les  gens  d'.  rmes  dans  leurs  garnisons 
II  avait  ordonné,  du  consentement  des  habitants  du  pays,  que  les  gens  d'armes  seraient  payé» 
de  leurs  gage>  au  moyen  d'un  subside  levé.  p?r  l'eu,  danN  le  pays  de  Brie,  l'impôt  payé  par 
chaque  localité  et  nt  spécialement  et  liirectement  aOecté  au  payement  d'un  corps  désigne 
d'avance.  Chaque  garnison  devait  se  tenir  prête  à  marcher  au  premier  ordre.  On  conçoit  qu'un 
pareil  arrangement  ait  donné  lieu  a  pluNJeui  s  désordres,  a  plusieurs  violences  de  la  part  des 
gens  d'armes  tjuand  l'imposition  ne  leur  était  pas  régulièrement  payée.  C'est  ce  qui  était 
ai  rivé  à  lean  de  Melun,  seigneur  de  La  Borde-lc-Vicomte.  et  il  me  parait  évident  que  la  lettre 
de  rémis>ion  accordée  a  Jean  d'Andresel  devait  avoir  un  semblable  motif.  (Note  du  baron 
Jérôme  Pichon  ;  correction>et  additions  du  Mcnanier  de  Paris.) 

(2)  On  trouve  au.\  Archives  nationales,  «section  histo  ique.  série  J.)  des  lettres  du  ro 
Charles  V  13(11)  a  ses  gens  de  comptes,  à  Paris,  et  a  t«»us  autres  justiciers  et  oflîciers.  p."- 
lesquelles  il  leur  commande  de  livrer  la  forteresse  île  Tournes-en-Fuye,  avec  ses  apparte- 
nances, a  Jeanne  de  Maligny.  dame  de  Rochetort.  du  Puiset  et  dAndrezel.  veuve  de  leai  . 
seigneur  dudit  Andre/.el,  chambellan  du  roi  ^il  s'intitulait  grand  chambellan  d'Orléana  > 
et  du  Valois^  comme  ayant  la  dite  forteresse  assignée  a  cette  dame  pour  son  douaire.  Jean  ni* 
de  Maligny  était  la  2  femme  de  Jean  d'Andresel.  La  première  était  Jeanne  d'Arrabley,  tîiL* 
d'un  maître  dhôtel  du  Roi  et  nièce  d'un  chancelier  de  France. 

V.  V.  page  238,  note. 

\\  Pommeuse  est  un«'  c«>mmune  située  dans  le  canton  de  Coulommiers,  à  6  kilomètres  ce 
cette  dernière  ville  On  aura  remarqué  déjà  vi  on  remarquera  par  la  suite  l'afinuence  de 
seigneurs  de  (.ou  ominiers  et  des  environs  a  Brie,  ('ela  ne  saurait  étonner  si  l'on  songe  que 
(Coulommiers  faisait  partie  de  Iheritage  de  Charles  IV. 

7)  On  a   vu  plus  haut  qu'Aubert  d'Andresel  était  frère  de  Jean,  capitaine  de  Brie  et   ce 
Melun. 


DK  RRIE-COMTE-ROIÎF.RT 
LA  TORTE  DU  MOUSTIER 


a,  pissage  dts  piétons.  —  b.  passicr  drf  voiturn.  —   e,  portion  d*  terre  plein  dini   I( 
fosses,  sur  lequel  s'appuie  li  passerelFe  des  piétom.  —  d,  tirre-plein  qui  reçoit  le  pont-levi 


1,  n,  n,  n,  chemin  de  rondi 


créne*ui  dei  murailles. 


278  histoire:  de  la  ville 

naît  avoir  pris  en  garde,  de  noble  homme  Perceval  de 
Pommeuse,  chevalier,  seigneur  de  Poincy  (i)  et  de  Belas- 
sise  (2),  la  forteresse  du  dit  Belassise,  sous  le  scel  du  dit 
Aubert  (3)  » . 

Un  vidimus  sous  le  scel  de  la  Prévôté  de  Paris,  le  18  mars 
1376(4),  mentionne  les  «  lettres  de  donation  par  le  roi  Jean,  au 
profit  de  l'abbaye  de  Saint-Denis,  des  terres  de  Bellassise  et 
de  Poincy  et  deppendances  et  autres  biens,  meubles  et  im- 
meubles qui  ont  appartenu  à  feu  Perceval  de  Pommeuse  (5), 
chevalier,  condamné  à  mort  pour  ses  crimes  et  biens  con- 
fisquez au  profit  du  Roi  à  la  charge  par  les  abbés  et  reli- 
gieux de  faire  son  anniversaire  par  chacun  an  dans  leur 
église,  dans  laquelle  le  dit  seigneur  roi  déclare  avoir  esleu 
sa  sépulture  (G),  données  à  LaFère-en-Tardenois  le  dix-sept 
septembre  i363  (7)  ». 

Ces  pièces  se  complètent  par  lappointemement  (8)  du 
26  février  i3()5  «  passé  en  Parlement  entre  les  abbés  et  le 
couvent  de  Saint-Denis,  d'une  part,  et  dame  Marguerite 
Blainville,  veuve  de  Perceval  de  Pommeuse  (9),  de  l'autre. 


(I)  Commune  du  canton  de  Meaux,  à  5  kilomètres  de  cette  dernière  ville. 

(2  )  Belassise  ou  Belle-Assise,  aujourd'hui  ferme  appartenant  à  MM.  Chevallier  et  Bujon  et 
dirigée  par  M.  Dolimier,  est  située  dans  le  hameau  de  Villemeneux,  dont  il  a  déjà  été 
question,  dépendant  de  la  commune  de  Brie-Comte-Robert. 

(î)  A.N.  (l.L),  1191.  p.  637,  n"  4276. 

(4)  Ce  passage  du  vidimus  indique  que  Perceval,  s'il  fut  arrêté  en  1359,  comme  il  a  été  dit 
ci-dessus,  fut  exécuté  au  plus  tard  en  1 563. 

(5)  On  a  beaucoup  parlé  des  derniers  jours  de  Jean,  roi  de  France.  On  sait  que,  rendu  à  la 
liberté  par  le  traité  de  Brétigny  (1360).  Jean  le  Bon  décida  de  re  ourner  en  Angleterre  repren- 
dre sa  captivité  et  qu'il  y  mourut  le  8  avril  1364.  Jean  était  rentré  à  Paris  de  son  voyage 
d'Avignon  en  juillet  1363.  D'après  la  date  du  document  qui  nous  occupe,  il  semblerait  qu  il 
fut  déjà  en  route  pour  se  constituer  à  nouveau  prisonnier.  11  se  dirig  ait  vraisemblablemei  t 
sur  Amiens,  où  il  réunit  les  Etats  Généraux  avant  son  embarquement  qui  est  du  3  janvier 
1364. 

(6)  A.  N.  (L.  L./  1191.  p.  722,  n'  4570. 

(,7)  «  Amortissement  par  le  roi  Jean  des  terres  de  Poincy  et  de  Bellassise,  fiefs,  arrière-fiefs 
et  autres  droits  et  revenus  en  deppendans  par  lui  confisquez  sur  Perceval  de  Pommeuse  et 
donnez  à  l'abbaye  de  Saint-Denys  dans  laquelle  le  dit  seigneur  déclare  avoii  éliie  sa  sépul- 
ture à  la  charge  de  célébrer  à  perpétuité  l'anniversaire  du  dit  seigneur  Roi.  Sous  son  scel  le 
dix  septième  septembre  1363  *>.  A.  N.  (L.  L.)  1191,  p.  727.  n"  4357. 

(8)  A.  N.  (L.  L.  1191)    n''3886,  p.  759. 

(9)  Ne  serait-ce  pas  à  Pommeuse  qu'il  faudrait  appliquer  ce  passage  du  continuateur  de  la 
chronique  de  Richard  Lescot  :  «  Quidam  miles,  de  Bria  oriundus,  et  qui  toti  patrie,  velud 
hostis  publicus,  irreparabilia  damna  intulerat,  capitis  abscissio'ne  penas  luit  pro  sceleribus 
perpretatis.  Cujus  amplas  hereditatcs,  cum  ad  fiscum  regium  dcvenissent,  rex  Johannes  com- 
petitoribus  multarur.i  cccl^sinrum  regni  remissis  ad  propria  proprio  motu  libère  concesnt 
pcrpetuo  possidcndas  ».  Chroni^ur.  d:  Jean  Lrscot,  Pari>  in-3'  1896.  p.  142,  §  50'J. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  279 

portant  que  la  dite  dame,  pour  cause  de  son  douaire, 
jouira,  sa  vie  durant,  de  la  maison  de  Belle  Assise,  de  Thô- 
tel  de  Toussas,  (i)  de  Thôtel  de  Villemeneux  (2),  de  Thôtel 
des  Bienfaites  (3),  Boucy  (4),  Trembleceaux  (5)  et  So- 
g-nolles  (G),  cens,  rentes,  bois  et  autres  revenus,  arrière- 
liefs  en  dépendant  et  aura  ce  que  tient  en  douaire  la  dame 
de  Ver,  à  Villemeneux,  après  le  trépas  de  la  dite  dame  de 
Ver  (7)  et  les  religieux  de  Saint-Denis  auront  tous  les 
autres  héritages,  cens,  tiefs,  rentes,  etc.,  en  quelque  lieux 
qu'ils  soient,  possédés  par  M*"*  Arthus  et  Perceval  de  Pom- 
meuse  aux  jours  de  leur  trépas  sans  que  la  dite  dame  y 
puisse  rien  prétendre  ». 

J'aurai,  naturellement,  l'occasion  de  revenir  sur  cette 
famille  de  Pommereuse  en  parlent  des  fiefs  briards;  je  me 
borne,  pour  le  moment,  à  citer  ces  textes  comme  une  preuve 
de  l'agitation  extrême  du  pays  et  des  opérations  de  guerre 
dont  il  fut  le  théâtre,  spécialement  en  i358  et  i35g.  Je  dois, 
cependant,  compléter  ces  données  par  un  document  qui 
établit  le  rôle  joué,  en  ces  circonstances  par  Jeanne 
d'Evreux. 

t  Charles,  par  la  grâce  de  Dieu,  roy  de  France...  savoir  faizons  à 
touz  présens  et  à  venir  que  comme  nos  très  chères  dames  madame 


I  )  Toussas  ou  Toussât  mouvant  de  Belle-Assise,  était  situé  près  de  ce  dernier  fief.  Aveu 
du  7  avril  1665  :  «(Toussât  consiste  en  deux  arpents  de  buissons  et  ayant  quantité  de  vieilUi 
masures  qui  paraissent  être,  ci-devant,  le  manoir  et  fief  assis  tout  proche  le  lieu  de  Belle- 
Assise  tenant  et  aboutissant  aux  terres  de  Toussats  et  de  Belle-Assise  ».  Les  substructions 
de  ces  ruines  sont  encore  visibles. 

(2)  Il  s'agit  fort  probablement  du  fiet  de  Voulangis  ou  VoUangs,  mouvant  de  Belle-Assise, 
<*  assis  à  Villemeneux,  consistant  en  un  manoir  tout  découvert,  jardin  de  un  arpent,  deux 
fosses  à  mettre  poisson,  plaine  de  saulx  et  buissons,  tout  clos  de  hayes  *  (Aveu  du  26  janvier 
M75)- 

(3)  J'ai  déjà  dit,  p.  200  (note),  qu'il  existait  un  fief  des  Bienfaites  à  Brie.  Ce  fief  était  mou- 
vant de  Bric-romte-Robert.  Il  est  question  plus  haut  de  l'un  de  ses  propriétaires  de  l'épo- 
que, Jean  de  Bienfaite. 

(4)  Peut-être  s'agit-il  ici  de  Boussy-Saint-Antoine,  commune  de  Seine-et-Oise,  canton  de 
Bo  i  ssy-Saint-Léger. 

(5)  Tremblesseaux  est  un  hameau  de  la  commune  d'Evry-les-Chàteaux,  dans  le  canton  de 
Brie-Comte-Robert. 

(6)  Soignolles  est  une  commune  du  canton  de  Brie-Comte-Robert. 

(7)  Ver  ou  Vert-Saint-Denis,  commune  du  canton  de  Melin  (nord),  non  loin  de  N'andy, 
autre  commune  du  mime  canton  où  les  Pommcusc  possédaient  des  biens  (v.  p.  2;8,  note.) 


28()  ItiSToiRP:  DK  La  ville 

la  royne  Jehanne  (i)  et  madame  la  royne  Blanche  (2),  considérans les 
très  grannds  mauls,  inconvéniens  et  dommages  qui,  pour  cause  et 
occasion  des  dissensions  et  debaz,  descors  et  guerres  meuz  entre 
nous,  dune  part,  estoient  venuz  et  venoient  de  jour  en  jour  et 
pensoient  plus  grans  venir,  se  bonne  paix  ne  y  fust  mise,  eussent  et 
aient  requis  et  fait  requérir  plusieurs  foiz  à  grant  instance  nous  et 
noz  gens,  et  aussi  nostre  cher  cousin  Loys  de  Navarre  et  le  captai 
de  Buch,  lieutenant  de  nostre  dit  frôre,  que  nous  et  eulx  vousissiens 
que  elles  traitassent  de  paix  entre  nous  et  lui,  et  tant  y  aient  travaillé 
1101  ^'*^^  dames  que,  par  le  mien  et  à  la  prière  d'icelles,  fu  et  a  esté 
fait  entre  noz  gens  et  les  gens  de  nostre  dit  frère  certain  traitié  et 
accort  en  la  manière  qui  "s'ensuit. 

Sur  les  descors  et  la  guerre  pendanz  a  présent  entre  le  roy  notre 
sire,  d'une  part,  et  le  roy  de  Navarre,  d'autre,  est  parlé  par  les  genz 
des  diz  seigneurs  avecques  madame  la  royne  Jehanne  et  madame  la 
royne  Blanche  pour  bien  de  paix,  pour  contemplacion  et  révérence 
du  saint  père  et  de  noz  dites  dames  qui  sur  [ce]  ont  prié  et  requis 
les  dites  parties  et  aussi  pour  compacion  du  peuple....  Paris,  en 
nostre  hostel  de  lez  Saint-PoU  juin  1365  (})  ». 

Aux  «  très  grands  maux»  que  Charles  V  signale  comme 
conséquences  de  la  guerre  navarraise,  il  faut  ajouter,  avons 
nous  dit,  \i\  Jacquerie.  Ce  fut  une  explosion  de  colères  popu- 
laires que  cette  insurrection  noyée  par  les  nobles  dans  le 
sang.  Depuis  plusieurs  années,  le  paysan  jouissait  enfin  de 
quelque  paix.  Les  champs,  la  culture  prospéraient;  la 
richesse  publique  s'accroissait.  Tout  à  coup  éclatèrent,  à  la 
fois,  la  guerre  étrangère  et  la  guerre  civile.  Pour  les  gens  de 
la  terre,  il  n'y  avait  aucune  ditTérence  entre  les  combattants. 
L'idée  confuse  de  patrie  germait  seulement,  mais  un  senti- 
ment fort  net  se  faisait  jour  parmi  ses  travailleurs.  Ils  repro- 
chaient aux  nobles,  dont  c'était  le  métier,  de  ne  plus  savoir 
défendre  le  sol  et  la  population  ;  ils  avaient  vu,  non  sans  se 


(1)  la  reine  Jeanne  d'Kvreux.  dame  de  Brie-Conitc-Robert. 

(2)  Blanche  de  Navarre,  surnommée  Belle-Sagesse,  dont  le  mariage  avec  Philippe  VI  le 
Valois  fut  célébré  le  29  janvier  i3>o  (n.  s.  à  Bric-Comte-Robert.  Par  mandement  en  date  du 
)o  avril  1365,  Charles  V  a  considérans  les  très  grans  griefs  et  pertes  qu'elle  (la  reine  Blanche) 
a  soustenuz  pour  cause  des  guerres  et  les  grans  fraiz  et  mises  qu'il  lui  convient  faire  et 
soustenir  tant  pour  son  estât  comme  pour  la  garde  de  ses  chasteaulx,  li  avons  donné...  la 
somme  de  quatre  mil  francs  d'or,  ou  la  valeur  à  prendre  en  quatre  de  ses  chàtellenies  sur  les 
fmanccs  de  nos  aides...  c'est  assavoir  le  treiziesme  sur  le  vin.  la  gabelle  sur  le  sel  et  douze  de- 
niers par  livres  de  toutes  autres  denrées  et  marchandises,  jusqucs  à  un  an.  .  » 

(  ?)  (-C  document  en  original  aux  chartes  de  Tnluze  n"  4:)^.  dans  la  collection  Paluzc,  a  cti 
publié  par  M    L.  Delislc  dans  son  ouvrage  Maid:m:nts  d:  Charlt:  V   Paris  in-4'- 1.  N.  1874,  p.  104) 


DÉ    BRli:-COMTK-ROBERT  28 1 

j^ausscr  d'eux,  ces  chevaliers  présomptueux,  ces  comtes  et 
ces  barons  insolents,  se  faire  battre  honteusement,  à  Cour- 
Irai,  par  la  piédaille  flamande,  à  Crécy,  à  Poitiers,  par  les 
archers  anglais;  ils  les  voyaient  maintenant  lutter  entre 
eux,  négocier,  se  brouiller,  se  raccommoder,  toujours  aux 
dépens  du  paysan.  Le  temps  n'était  plus,  où  ce  dernier, 
comme  un  esclave  travaillait  pour  le  compte  du  maitre,  du 
conquérant.  Un  vent  d'indépendance  dont  nous  avons  suivi  la 
trace  dans  les  chapitres  précédents,  avait  passé  parla,  réveil- 
lant les  instincts  de  liberté  et  secouant,  la  dignité  des  mal- 
heureux oppressés.  Ce  sol  qu'ils  cultivaient,  qu'ils  arro- 
saient de  leur  sueur,  était  devenu  le  leur.  Sans  doute,  une 
Toule  de  charges  fiscales,  de  corvées,  de  redevances  pesaient 
sur  eux,  mais,  en  y  satisfaisant,  en  se  courbant  vers  cette 
terre  pour  en  ai*racher  les  trésors  sauf  à  n'en  garder  que 
quelques  lambeaux,  ils  vivaient,  ils  étaient  maîtres  d'eux- 
mêmes.  Comprend-on  toute  la  colère  légitime  de  ces  braves 
gens  contre  ces  nobles  et  leurs  gens  d'armes  qui  n'étaient 
plus  pour  eux  que  des  brigands? Ils  se  défendirent  d'abord 
comme  ils  purent. 

«  Dans  cette  année  de  i358,  dit  Jean  de  Venette  (i ),  beau- 
coup de  villages  dépourvus  de  fortifications  se  tirent  de 
vraies  citadelles  de  leurs  églises,  en  creusant  autour  d'elles 
des  fossés  et  en  garnissant  leurs  toui's  et  leurs  clochers  de 
machines  de  guerre,  de  pierriers,  de  balistes,  afin  de  se 
défendre,  si  les  brigands  venaient  à  les  attaquer,  ce  qui 
arrivait,  à  ce  qu'il  parait  assez  souvent  (2)  ». 

Mais  ces  forteresses  improvisées  étaient  souvent  insuffi- 
santes. «  Eperdus,  les  paysans  se  sauvaient  dans  les  bois, 
les  carrières,  les  cavernes,  les  îles,  dans  des  bateaux  amarrés 
au  milieu  des  rivières,  dans  les  chciteaux,  dans  les  villes 
fortes,  emmenant  avec  eux  ce  qu'ils  pouvaient  de  meubles, 
de  provisions  et  de  bétail,  voués  à  la  pire  misère». 

Les  Jacques,  les  paysans,  finirent  par  prendre  l'ofïensive 
et  se  ruèrent,  exaspérés,  sur  les  châteaux.  Aussitôt  les  no- 


(I)  Religieux  carme,  chroniqueur  de  1  époque. 
2)  Citation  cnipr-i.tôc  à  M.  Covillc,  op.  cit. 


282  HISTOIRE  DE   LA  VtLLE 

bles  oublièrent,  pour  un  moment,  leurs  dissentiments,  leurs 
rivalités  et  leurs  ambitions.  D'un  commun  accord,  ils  se  réu- 
nirent pour  comprimer  ce  soulèvement  qui  menaçait  de  les 
emporter  et  de  les  broyer.  La  répression  fut  terrible,  atroce 
même.  Le  résultat  de  la  lutte  entre  ces  hommes  bardés  de 
fer,  disciplinés,  ayant  conscience  du  péril  qu'ils  couraient, 
et  les  bandes  incohérentes  des  vilains  ne  pouvaient  faire 
doute.  Les  vilains  furent  écrasés,  mais  la  vengeance  des 
nobles  ne  s'en  tint  pas  là.  Après  les  rencontres  en  armes, 
ils  firent  une  véritable  campagne  d'extermination.  «  Et  com- 
bien qu'à  plusieurs  d'eux  rien  ne  leur  ait  été  méfait,  écrivait 
Etienne  Marcel,  toutefois  ils  (les  nobles)  ont  ars  (brûlé)  les 
villes,  tué  les  très  bonnes  gens  sans  pitié  et  miséricorde 
quelconque,  robe  (volé)  et  pillé  tout  quanque  ils  ont  trouvé, 
femmes,  enfants,  prêtres,  religieux,  mis  àcruellesgéhennes, 
les  femmes  violées  en  présence  de  leurs  maris,  et  briève- 
ment fait  plus  de  maux  plus  cruellement  et  plus  inhumai- 
nement que  onques  ne  firent  les  Vandales  ni  les  Sar- 
rasins ». 

«  A  partir  de  cette  déconfiture  (défaite  de  Jacques  à  Cler- 
mont  en  Beauvaisis  et  exécution  de  Guillaume  Karle,  leur 
chef),  les  nobles  exercèrent  leurs  vengeances.  Elles  furent 
terribles.  Le  régent  avait  quitté  Sens  pour  se  rendre  à  Pro- 
vins et  de  là  àMeaux.  Derrière  lui  accouraient  les  gentils- 
hommes ardents  à  la  poursuite  et  à  l'extermination  de  l'en- 
nemi commun.  Tout  fui  mis  à  jeu  et  à  satig  dans  le  pays  situe 
entre  la  Seine  et  la  Marne.  Les  chaumières  furent  partout 
brûlées  ou  abattues  et  les  paysans  massacrés  (i).  » 

«  Entre  Seine  et  Marne,  les  seigneurs  qui  étaient  venus 
rejoindre  le  dauphin,  tuaient  au  cri  de  Mort  aux  vilains  !  ». 

Tous  les  chroniqueurs  évaluent  le  nombre  des  victimes  de 
ces  atrocités  à  vingt  mille  du  1 5  au  24  juin  i358! 

Je  m'arrête  sur  ces  citations  et  ce  chiffre,  et  j'en  reviens  à 
la  conclusion  que  je  dois  tirer  de  ces  terribles  événements 
au  sujet  des  fortifications  de  Brie.  Il  apparaîtra,  j'en  suis 
convaincu,  au  lecteur,  que  ma  thèse  là  dessus  sort  forti- 

[\)  Polnsijnon,  Histoire  U  U  Chamragne  tt  de  h  Brie, 


DE  BRIE-CÔMtË-ROBÉRT  283 

liée  par  le  récit  et  leâ  documents  qui  précèdent.  Il  me  sera 
impossible  de  préciser  exactement  l'année  dans  laquelle  fut 
élevée  la  nouvelle  enceinte  de  la  ville,  mais,  tout  semble 
laisser  supposer  que  ce  fut  dès  les  premiers  troubles, 
c'est-à-dire  vers  la  fm  de  i356  ou  au  commencement  de  iSS? 
l^rie-Comte-Robert  n'aurait  d'ailleurs  fait  qu'imiter  l'exem- 
ple de  Paris. 

Au  mois  d'avril  iSSy,  les  Parisiens  contifiuèrent  les  fossés 
qu'ils  avaient  commencés  dès  l'année  précédente  ;  ils  en 
tirent  de  nouveaux  et  élevèrent  des  parapets  et  des  tours 
qu'ils  garnirent  de  canons, de  balistes  et  d'autres  anciennes 
machines  de  guerre.  Les  Parisiens  avaient  trouvé  les  forti- 
tications  déjà  fort  avancées,  car  aussitôt  après  la  nouvelle 
de  la  perte  de  la  bataille  de  Poitiers  (19  septembre  i356),  on 
avait  fortifié  tous  les  endroits  de  Paris  par  où  les  Anglais 
pouvaient  venir  ».  En  i358,  ces  travaux  de  défense  diriges 
d'abord  contre  les  Anglais  furent  parachevés  par  les  soins 
dEticnne  Marcel  qui  s'apprêtait  à  soutenir  un  siège  contre 
le  Dauphin.  «Les  maisons  et  les  jardins  que  les  Cordeliers 
et  les  Jacobins  avaient  sur  les  remparts  de  la  ville  furent 
détruits  ;  on  répara  les  brèches,  on  creusa  des  fossés  et  on 
éleva  des  remparts  où  il  n'y  en  avait  pas  (i)  ». 

Serait-ce  trop  s'avancer  que  de  dire  qu'il  en  fut  fait  au- 
tant à  Brie-Comte-Robert  au  même  temps  et  pour  les  mê- 
mes raisons  >  Cette  précipitation  même  qui  semble  avoir 
été  apportée  à  dresser  et  à  compléter  la  défense  de  Paris, 
nous  la  retrouvons  pour  Brie  et  sans  doute  on  la  retrou- 
verait pour  d'autres  lieux.  C'est  du  moins  ainsi  que  je  crois 
devoir  interpréter  ce  passage  déjà  cité  du  compte  de  la  reine 
Jeanne  «  pour  ce  que  aucuns  héritages  sont  mis  es  fossés  de 
la  ville  ». 

11  y  a  là,  à  mon  sens,  une  mesure  hâtive  qui  justifie  bien 
le  tracé  des  murailles  tel  que  nous  le  voyons,  c'est-à-dire 
exécuté  pour  parer  au  plus  pressé  afin  d'envelopper  d'une 
ceinture  défensive,  à  la  fois,  le  marché,  l'église  et  le  cime- 
tière,  sans   autre  préoccupation  que  celle  de  se  mettre  à 

(;^  ;;„:.  ù  b  V.:i:  d:  Puis,  o^.  cit.  t.  II,  p.  28  et  40. 


284  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

l'abri  des  dangers  du  dehors.  Il  n'est  pas  jusqu'à  la  création 
du  moulin  aux  chevaux  installé  dans  le  vieux  moustier, 
comme  je  l'ai  montré  plus  haut,  qui  ne  décèle  la  plus  violente 
terreur  et  le  désir  impatient  de  chercher  protection  derrière 
les  nouvelles  murailles. 

Qu'étaient  celles-ci  ?  A  mon  sens,  et  à  cause  de  la  préci- 
pitation apportée  à  leur  construction,  des  plus  sommaires. 
Il  ne  nous  en  reste  rien  qui  puisse  nous  permettre  d'en 
juger.  Si  on  se  reporte  à  un  plan  de  i&â).  conservé  aux 
Archives  Nationales,  où  une  partie  de  la  ville  de  Bric  est 
représentée  à  vol  d'oiseau,  il  semblerait  au  contraire  que  les 
murailles  de  Brie  fussent  hérissées  de  tours,  engagées, 
mais  assez  rapprochées  les  unes  des  autres.  Ce  document, 
néanmoins,  ne  me  paraît  pas  devoir  être  pris  en  considé- 
ration. Le  dessinateur,  selon  moi,  a  indiqué  les  murailles 
par  un  dessin  conventionnel,  adopté  pour  toute  représen- 
tation semblable.  Ces  tours,  si  multipliées  qu'elles  parais- 
sent distantes  à  peine  de  20  à  2?  mètres  les  unes  des  autres, 
ne  répondent  pas  je  crois  à  la  réalité  des  faits.  Je  citerai  à  ce 
sujet  un  passage  d'une  plaquette  relatant  la  prise  de  la  ville 
et  du  château  de  Brie  en  1G49  ^^  '• 

«  Il  (le  comte  de  Grancey  i  s'alla  porter  dans  le  faubourg  de 
1  Epinelle  d'où  il  fit  son  approche  et  plaça  son  canon  contre 
le  rempart  de  la  ville  à  la  faveur  d'une  muraille  de  jardin 
proche  du  fossé  :  une  partie  duquel  était  remplie  d'eau,  où 
se  faisait  la  batterie,  et  le  reste  à  sec  un  peu  plus  haut.  Les 
assiégeants  ayant  choisi  cet  endroit-là  pour  y  faire  leur 
attaque,  d\iulant  que  la  partie  du  fossé,  où  il  y  avait  de  Veau, 
n  était  défendue  daucun  flanc  t^. 

Il  y  a  lieu  de  croire  que  l'anonyme  qui  a  rédigé  ce  récit  est 
un  militaire  ;  on  peut  donc  s'en  rapporter  à  ses  dires,  et 
ceux-ci  nous  montrent  une  simple  muraille  dépourvue  de 
tours  —  au  moins  sur  le  point  attaqué.  —  Je  crois  d'ailleurs 
que  cette  assertion  est  vériliée  par  les  faits.  Il  n'existe  aucun 
vestige  des  tours,  même  engagées,  dont  le  plan  de  16G6  se 

;i)  B.  N.  —  Pièce  in-4  LL.  ^7  ^ot^. 


DE    BRIE-COMTE-ROBERT  285 

montre  si  prodigue  ;  les  substructions,  la  base  des  mu- 
railles même  se  retrouvent  en  plus  d'un  point,  rien  ne 
décèle  la  présence  de  ces  tours.  Je  ne  veux  pas  dire  qu'il  n  V 
en  avait  pas;  il  est  fort  possible  que,  sur  quelques  points, 
un  ouvrage  saillant  ait  été  élevé  pour  aider  à  la  défensive, 
mais  il  n'en  reste  rien.  Les  fortifications  du  XIV'  siècle  appa- 
raissent comme  une  simple  muraille,  d'épaisseur  respec- 
table il  est  vrai,  au  pied  de  laquelle  courait  un  fossé  qui  peut 
avoir  mesuré  huit  à  dix  mètres  de  largeur  entre  l'escarpe  et  la 
contrescarpe.  Cette  constatation  militerait  en  faveur  de  la 
construction  précipitée  de  cette  défense,  exécutée  surtout  en 
vue  de  se  préserver  d'un  coup  de  main.  Il  devait  y  avoir 
une  dilTérence  sérieuse  entre  les  qualités  défensives  de  la 
«  clôture  »  élevée  au  commencement  du  XlIP  siècle  autour 
de  l'îlot  Saint-Jean  et  celles  de  cette  ceinture  de  pierre  mal 
llanquée  et  à  peu  près  uniquement  protégée  par  les  fossés. 

Quoiqu'il  en  soit,  la  ligne  des  fortillcations  de  la  ville  se 
poursuivait  comme  il  suit  : 

En  prenant  le  point  de  départ  de  la  porte  des  Fontaines 
dont  l'emplacement  entre  la  maison  de  M.  Derroubaix  et 
celle  de  M.  Desplas  est  très  facile  à  retrouver,  les  murs  sui- 
vaient tout  le  boulevard  de  l'Ouest  qui  a  été  créé  sur  les 
fossés  même  de  la  ville,  comblés  dans  ce  buta  la  lin  du  i8'' 
siècle.  Ils  sont  jalonnés  par  les  maisons  bordant  cette  voie  et 
dont  quelques-unes  —  la  maison  Blanchard  par  exemple  — 
sont  visiblement  élevées  sur  le  sanciennes  fortifications.  Plus 
loin,  et  en  poursuivant  la  marche  vers  la  porte  du  Aloustier, 
c'est-à-dire  jusqu'à  la  maison  de  l'Arquebuse,  cette  partie  des 
fossés  servit  aux  exercices  de  tir  des  arquebusiers  de  Brie. 
Après  la  porte  du  Moustier  les  murs  et  les  fossés  sont 
devenus  propriétés  particulières.  On  les  suit  par  la  place  des 
Minimes,  le  boulevard  des  Bienfaites,  la  rue  de  la  Grenouillère 
jusqu'à  l'entrée  de  la  rue  des  Regards.  De  ce  point  à  la  porte 
du  Gué,  une  partie  des  fossés  est  devenue  le  lavoir  public,  à 
Li  lin  du  i8''  siècle.  La  porte  du  Gué  se  trouvait  presque  à  la 
hauteur  de  la  porte  d'entrée  du  lavoir,  coté  nord.  De  là  à  la 
porte  des  Fontaines,  la  muraille  traversant  obliquement  le 


HISTOIRE   DE   LA  VILLE 


LES  MURS  ET  PORTES  DE  BRIE^OMTE-ROBERT 
avec  indication  des  ruisseaux  alimentant  partie  de  ses  fossés 


bE  BRIE-COMTE-ROBERT  287 

jardin  de  M.  Bezard,  enveloppait  les  fossés  du  château, 
laissant  entre  elle  et  ceç  derniers  un  espace  restreint,  ainsi 
qu'on  peut  en  juger,  puisque  le  boulevard  actuel  des  Fossés 
recouvre  l'ancien  fossé  de  la  ville. 

Trois  portes,  au  moins,  coupaient  ces  murailles  :  la  porte 
des  Fontaines,  celle  du  Moustier  et  celle  du  Beau  Guillaume, 
("es  portes,  comme  toutes  celles  qui  nous  sont  restées  du 
XIV*"  siècle  devaient  former  un  édifice  quadrangulaire, 
comportant  un  étage  au-dessus  d'une  voûte  sous  laquelle 
passait  la  voie  charretière  ;  le  tout  surmonté  d'une  toiture 
pyramidale  à  quatre  pans  avec  faitier  muni  de  girouettes.  A 
dri^ite  ou  à  gauche  existait  un  passage  —  une  autre  voûte 
vraisemblablement  —  servant  aux  piétons. 

Cette  dernière  disposition  nous  est  indiquée,  en  ce  qui 
t<.Kiche  la  porte  du  Moustier  (i),  par  un  acte  passé  devant 
(^olleau,  notaire  à  Brie-Comte-Robert  le  3i  mai  1699  (V- 

«  Etienne  Musnier  maitre  masson,  demeurant  à  Brie- 
(^omte-Robert,  fait  marché  avec  M*»  Charles  Jambin,  S'  de 
Boigny,  conseiller  du  roy,  maire  de  la  ville  et...  Petit,  esche- 
vin,  d'abattre  le  soustônement  (?)  qui  est  appliqué  sous  la 
j/?'a?id  porte  de  la  ville,  appelée  du  Moustier.  crespir,  avec 
piastre  neuf,  la  grande  votcte  setillement  de  la  dite  porte  et 
raccommoder  avec  chaux  et  sable,  par  la  base,  lespilliers  de 
r  arcade  de  la  dite  porte  du  costé  dti  faux  bourg.  » 

Les  passages  que  j'ai  soulignés  semblent  fort  clairs. 

D'une  part,  si  la  porte  du  Moustier  est  qualifiée  de  grand'- 
porte,  c'est  qu'il  y  en  avait  de  petites  ;  en  effet,  dans  une 
déclaration  du  27  juin  i5c)6,  par  exemple,  qui  se  trouve  aux 
Archives  communales,  nous  lisons  : 


'  I  On  a  donné  aujourd'hui  le  nom  de  Dumoutier  à  la  place  formée  par  le  croisement  des 
rjes  de  la  Grenouillère  et  du  Beau-Guillaume.  11  ne  peut,  il  ne  doit  y  avoir  aucune  confusion 
entre  cette  appellation  et  celles  de  la  porti  du  Moustier  et  rue  du  Moustier.  Cette  voie  porte 
a-tuellement  le  nom  de  rue  de  l'Eglise,  ce  qui  est  la  forme  moderne  de  rue  du  Moustier.  La 
perte  se  trouvait  à  l'extrémité  de  cette  rue  qui  venait  buter  contre  les  murs  de  la  ville  devant 
et  à  quelques  mètres  seulement  (le  la  façade  de  l'église  Saint-Etienne.  C'est  là  ce  qui  lui 
avait  fait  donner  e  nom  de  porte  du  Moustier,  c'est-à-dire  porte  de  l'église  ou  conduisant  à 
l'église. 

(2)  Les  actes  de  Colleau  font  partie  des  Archives  notariales  de  M*  Camus,  notaire  à  Brie- 
Comtc-Robcrt. 


288  HISTOIRE   DE   La  VILLE 

«  Jehan  Dijîucs,  le  jeune,  lieutenant  de  monseigneur  le 
bailly  de  Brave  et  Nicolas  Graig'v,  es  noms  et  comme  exécu- 
teur testamentaire  de  delïunct  Jehan  Graigy  (i),  et  encore  le 
dict  Jehan  Di^rues  et  Colin  de  La  Jarrie,  exécuteur  testamen- 
taire de  delïuncte  Jehanne  Delaistre,  femme  du  dict  defTunct 
Jehan  Graigy,  déclarent  avoir  cédé  à  l'église  Saint-Etienne... 
une  granchc,  estables,  court  et  bien  assis  sur  la  rue  aux 
Frippiers,  aboutissant  d'un  bout  a  Jthan  du  Boys  et  d'autre 
bout  sur  Lï  place  de  la  parle  du  Cymelière  ;  une  maison  et  lieu 
qui  fut  François  le  Jeune  assis  sur  la  dicte  rue,  tenant  d'une 
part  à  icelle  et  d'autre  aux  murs  de  la  fortiffication  de  la 
ville,  aboutissant  d'un  bout  sur  la  place  de  la  porle  du  cyme- 
lière. » 

Il  existait  donc  non  loin  delà  grand'porte  du  Moustier  une 
porte  plus  petite,  celle  du  cimetière,  dont  l'emplacement  est 
logiquement  —  nous  en  parlerons  par  la  suite  —  à  Fextri- 
mité  de  la  rue  des  Juifs,  autrefois  rue  Boissanté.  Je  n'entends 
pas  dire  que  la  porte  du  cimetière  était  percée  dès  le  milieu 
du  14"  siècle,  au  moment  de  la  construction  des  murailles  (2) 
je  ne  fais  en  ce  moment  un  rapprochement  entre  elle  et  celle 
du  Moustier  que  p<  )ur  montrer  l'importance  de  cette  dernière. 
(]elle-ci  se  c<^mposait,  évidemment,  de  deux  roules,  Tacte  de 
i():j(j,  ci-dessus  rapporté,  en  fait  foi,  puisqu'on  y  parle  de 
réparations  à  exécuter  à  la  grande  voiile  seulemejil  de  la  dile 
porle.  C'était  à  n'en  pas  douter  la  voûte  charretière,  tandis 
qu'il  côté  était  la  petite  voûte  servant  de  passage  aux  piétons. 
Le  même  acte  nous  tixe  également  sur  ce  point  que  la  porte 
—  par  sa  grand'voute  —  avait  deux  arcades,  une  du  coté  de 
la  ville,  une  du  C(')té  du  faubourg.  Ces  détails  suffisent  a 
reconstituer  dans  son  ensemble  la  porte  du  Moustier  e'"î 
tenant  compte  de  l'architecture  du  XI V*^  siècle  en  pareille 
matière  (3). 

La  porte  des  Fontaines  était  construite  sur  le  même  plan. 

(I;  Dans  un  acte  du  24  février  1484  (même  source^,  Jehan   Graigy  est   qualifié  de   muc.  c 
c'est-à-dire  officier  de  justice,  ou  notaire. 

(2)  Je  crois  au  contraire  qu'elle  fut  percée  plu»  tard. 

n)  Les  fortes  de  .Moret.  qui  sont  demeurées  si  bien  conscr\ces,  peuvent    nous   en    donmr 
une  idée  à  peu  prés  exacte. 


DE   HRIE-COMTE-KOBERT  28c) 

La  place  vide  laissée  par  son  emplacement  entre  la  maison 
Deroubaix  et  la  maison  Demars  suffirait  à  Tindiquer  si  nous 
n'en  avions  pas  une  preuve  authentique. 

r^n  1754.  toutes  les  portes  de  Brie  furent  l'objet  d'un 
examen  tant  à  cause  de  leur  vétusté  que  de  la  gêne  qu'elles 
occasionnaient  dans  la  circulation.  Le  rapport  (i),  dressé  à 
cette  occasion,  fait  connaître  qu'  «  il  ne  reste  plus  delà  porte 
des  Fontaines  que  des  vestiges  informes  bâtis  à  chaux  et  à 
sable  et  moellons  très  anciens  saillant  sur  la  voie  publique 
et  en  danger  d'écraser  quelqu'un.  )x  En  ce  qui  touche  la 
p<  »rte  du  Moustier,  il  est  dit  qu'elle  «  est  de  même  conformation 
de  même  construction  que  celle  des  Fontaines.  »  On  signale 
de  plus  qu'elle  «est  de  trop  vaste  étendue  et  laisse  un  passage 
trop  étroit.  » 

La  similitude  entre  les  deux  portes  des  ^^)ntaines  et  du 
Moustier  est  ainsi  démontrée  tout  autant  que  leur  commu- 
nauté d'origine. 

La  porte  du  Beau-Guillaume,  ainsi  appelée  parce  qu'elle 
donnait  accès  à  la  rue  du  même  nom,  était  située  entre  la 
maison  de  XL  W'osmeck  et  celle  deM.  Congy,  habitée  actuel- 
lement par  M.  Guyot,  notaire,  ne  devait  présenter  qu'une 
seule  voûte,  mais  les  piliers  devaient,  suivant  l'architecture 
invariablede  l'époque  présenterunesurface  arrondie,  une  tour 
en  tourelle, du  côté  de  la  campagne  comme  à  la  porte  du  Mous- 
tier et  à  celle  des  Fontaines,  ces  tourelles  ne  devaient  point 
descendre  jusqu'au  sol,  mais  se  terminer  à  leur  partie  inté- 
rieureen  cul  de  lampeâ  toresépais.  Cette  hypothèse  explique 
pourquoi  on  ne  trouve  dans  le  sol  ou  à  la  surface  aucune 
trace  de  toursdont  l'existence  cependant  peut  être  considérée 
comme  certaine.  Il  est  aisé  de  se  rendre  compte  combien 
cette  lourde  bâtisse  rétrécissait  la  voie,  déjà  peu  large.  Aussi 
en  1764,  la  porte  du  Beau-(juillaume  est  représentée  comme 
«  trop  immense,  trop  étroite  pour  le  passage  des  voitures, 
considérable  les  jours  de  marché  »,  En  mars  1776,  il  n'en 


il)  (^e  rapport  était  accompagné  pour  chaque  porte  d'un  plan  ainsi  que  l'indique  le  manus- 
crit des  archives  communales  de  Bric-Comte- Robert.  Malgré  mes  recherches  il  m'a  été 
impossible  de  retrouver  ces  documents  graphiques. 

19 


DE    BRIi:-COMTE-ROBERT  2^1 

tc-Rr)bcrt  est  peu  accessible  du  côté  du  nord.  C'est 
=-^    trouve  1  etan<r  au  milieu  duquel  aété  bâti  le  château 
*  t.    Sainl-jean.  Des  sources  puissantes,  d'où  est  venu 
<Jc  porte  et  rue  des  Fontaines,  donné  â  la  porte  et  à 
-^ui  les  avoisine  ou  les  longe,  constituaient,  â  l'ouest 
Olantj-.   —  elles  S(Mit  aujourd'hui  de  beaucoup  amoin- 
—  un  c<»urs  d'eau  diflicile  à  traverser.  Leur  débit  se 
^  ^-^ail  du  rù  des  Saulces  la  Vieille  venant  de  la  direct inn 
ladres   et  du  rù  descendimt  de  Vaudoy,  tous  disparus 
<^  'u  près,   mais  qui  durent,  vraisemblablement,  tenir 
"^  ^^cz  sérieuse  place  dans  le  régime  hydraulique  du  pays. 
^  :^^   avons  la  preuve  de  la  quantité  d'eau   qui  pouvait 
^^^  i^iuier  sur  ce  point. 

p^eut  lire  dans  le  procés-verbal  d'une  assemblée  des 
^^^nts  de  la  ville,   tenue  le  7  juillet   lyiS,  que   la  ville 
^^  "^Trait  des  incommodités  considérables  par  les  fréquentes 
^^^-^^   d'eau  de  la  campagne  qui,  tombant  par  la  rue  des 
^^-^teaux,   après  avoir  entièrement  dégradé  et  rendu  im- 
^"^  vjable  ladite  rue  et  le  chemin  d'entrée  de  la  ville  du  côté 
^-^aris  jusqu'à  la  porte  des  Fontaines,  comblé  et  engorgé 
^*  »ssés  et  le  pont  de  ladite  porte,  entraient  par  ycelle  dans 
^'ille  ou  elles  remplissaient  les  caves,  ruinaient  les  fonde- 
^^'nts  des  maisons  et  causaient  d'autres  dommages  consi- 
dérables... » 

Il  s'agit,  il  est  vrai,  ici,  du  rù  de  Tubeuf  ;  mais  qui  recon- 
naîtrait, a  l'enumeration  des  ravages  qu'il  occasionnait  à  la 
la  lin  du  17'  siècle,  le  paisible  ruisseau  â  moitié  desséché, 
.jue  nous  \oyons  descendre  de  la  côte  de  Chevry  ?-*  Le  défri- 
•hement.  les  mares,  le  drainage  ont  eu  raison  de  ses  impé- 
Lieux  débordements  et  l'ont  réduit  au  rôle  d'un  ruisselet 
ÎMUt  le  lilet  s'épanche  en  un  fossé  de  grande  route.  Cet 
xcmple  peut  servir  à  nrais  donner  une  idée  de  ce  que  pou- 
aient  être  autrefois,  toutes  proportions  gardées,  les  deux 
LIS  des  Saulces-laA'ieille  et  du  \'audoy  dont  je  parlais  plus 
-kl us  haut  (I). 

(I;  II  la  liiit  bien,  d'ailleurs,  que  la  masse  deau  alimentant  le  C^ornillot  et  par  suite 
ôlang  du  chaleau  qui  est  son  bassin  d'origine,  fut  considérable  puisque  nous  soniiniçs  assu- 
es,  par  les  comptes  de  la  reine  Jeanne  et  d'autres  documents  auxquels  j'ai  déjà  fait  des 
mprunts,  que  le  rù  du  Cornillot  mettait  en  mouvement  dej  moulins  et  des  foulons, 


202  HISTOIRE   DE   LA   VllXE 

On  pourra  trouver  surprenant  que  dans  l'apport  des 
eaux,  à  Touest  de  l'étang  précité,  je  n'ai  pas  mentionné  ce 
même  rû  du  Tubœuf  dont  Taflluence  seule  eut  rendu  ina- 
bordable le  coteau  de  Brie-Comte-Robert  sur  ce  point.  C'est 
que  très  certainement,  le  thalweg  du  Tubœuf  ne  suivait  pas 
autrefois  la  direction  qu'il  avait  à  latin  du  17*  siècle,  qu'il  a 
conservée  de  nos  jours.  Le  même  document  que  je  vise 
ci-dessus,  nous  apprend  qu'en  «  recherchant  la  cause  et  les 
remèdes  (de  la  situation  exposée)  on  avait  trouvé  les  vesii^es 
if  un  ancien  cours  d'eau  qui  passait  ci-devant  au  travers  du  jar- 
din et  enclos  d'une  maison  et  ferme  (  i)  nouvellement  acquise 
par  les  religieux  carmes  deschaussez  de  Paris,  de  M.  le 
président  d'Aligre  et  qui  avait  été  bouché,  » 

Il  résulte  de  ce  qui  précède  que  le  rû  de  Tubœuf  avait  été, 
aune  époque  qu'on  ne  pouvait  déjà  pas  préciser  en  1715, 
détourné  de  son  cours  naturel,  ou  tout  au  moins  privé  d'un 
bras,  à  supposer  qu'il  se  fût  déchargé  par  deux  ouvertures 
dans  l'étang  du  château.  Dans  quel  but  ?  Il  est  toujours  diffi- 
cile de  se  prononcer  sur  des  travaux  dont  il  ne  reste  pas 
d'autres  traces  qu'une  simple  mention  dans  un  document 
vieux  déjà  de  deux  siècles  ;  il  est  possible  cependant,  la 
réflexion  aidant,  de  trouver  une  explication  logique  et  satis- 
faisante de  leur  exécution.  Or,  je  ne  serai  pas  éloigné  de  croire 
que  ce  changement  dans  la  distribution  des  eaux,  en  ce  point 
du  sol  briard,  pourrait  être  rattaché  à  la  création  du  nouveau 
gué. 

Si,  en  ellét,  nuus  avons  pu  nous  rendre  compte  de  ce  que 
pouvaient  être  les  abords  de  l'étang  du  château  du  côté  de 
ses  sources  et  ruisseaux  d'alimentation,  il  est  facile  d'en  faire 
autant  pour  son  exutoire  dans  la  vallée  duCornillot,  qui  lui 
sert  d'écoulement  jusqu'à  l'Yerres.  (^et  exutoire  était  un 
véritable  marécage.  «  Le  fait  est,  écrivait-on  vers  la  lin  du 
Wll"  siècle,  (2)  que  les  ponts  et  murailles  et  édilices  du 
château  de  la  dite  ville  (de  Brie-C^omte-Robertj   sont  très 

(I  .  Il  sera,  d.ins  les  chapitres  >uivant>,  question  de  celle  niiison  et  ferme  devenue*  aujour- 
d'hui la  maison  Biraud. 

(2;  Mémoire  dresse  pour  le  président  de  Mci^mos.  seijjneur  par  engagement  du  domaine  de 
Bric-(^omte-Rubcrt  depuis  UiS^. 


'S 


anciens,  d'une  grande  étendue  et  bâtis  sur  pilotis  au  milieu 
d'un  fujf'jis  presque  impraticable.  »  Qu'on  se  représente, 
d'ailleurs,  ce  que  pouvait  être  ce  coin  devenu  le  réceptacle, 
non  seulement  des  eaux  sorties  de  l'étang  grossi  des  rùs 
dont  j'ai  parlé,  mais  encore  de  celles  qui  dévalaient  du  côté 
de  la  campagne  par  le  rù  dit  des  Ecorcheries  et  du  côté  de 
la  ville  par  des  sources  telles  que  la  fontaine  Tartereau  dont 
je  vais  parler  ;  om  comprendra,  à  la  faible  pente  du  terrain, 
aux  obstacles  même,  misartiliciellement  peut-être  à  roriginc, 
—  pour  la  formation  de  l'étang  —  à  l'écoulement  de  la  masse 
liquide,  sa  transformation  inévitable  en  marécage  à  peu  près 
inabordable  De  ce  côté,  plus  encore  probablement  que  de 
celui  de  la  porte  des  Fontaines,  l'accès  du  coteau  de  Brie,  de 
la  ville  même,  devait  être  sinon  impossible  du  moins  fort 
laborieux. 

Du  côté  de  Paris  —  c'est  à-dire  ci  l'ouest  de  l'étang  —  l'ha" 
bitude  créa  un  chemin,  remontant  la  rivegauche  du  rû  descen- 
dant du  Vaudoy  jusqu'au  point  où  ce  petit  ruisseau  put  être 
franchi  sans  incommodité,  c'est-à-dire  à  la  hauteur  de  la 
maison  Bertrin  ou  du  chemin  de  Périgny.  Du  côté  opposé, 
c'est-à-dire  à  l'Kst  de  l'étang,  semblable  chemin  se  créa  le 
long  de  la  rive  droite  du  ruisseau  déterminé  par  la  fontaine 
Tartereau  jusqu'à  la  source  même  de  cette  dernière.  Le  pre- 
mier de  ces  chemins  qui  s'appela  la  route  de  Fontainebleau 
est  aujourd'hui  le  boulevard  de  l'Ouest  ;  le  second  pourrait 
être  devenu  la  rue  de  la  Grenouillère,  mais  fut  plus  probable- 
ment ce  qu'on  appelle  la  rue  des  Tanneries,  qui  sert  d'amorce 
aujourd'hui  à  la  route  de  Melun. 

La  première  de  ces  hypothèses  explique  l'emplacement  de 
la  rue  Saint-Christophe  qui,  nous  l'avons  vu,  s'appelait  au 
XIII*  siècle,  rueChantepie  et  mettait,  à  l'époque,  Brie  en  com- 
munication avec  la  route  de  Paris  ;  la  seconde  nous  conduit 
à  parler  des  gués  vieux  et  neuf. 

La  rue  des  Tanneries,  en  effet,  franchissant  le  ruisseau  du 
Cornillot,  déjà  formé  et  canalisé,  devait  sur  ce  point  présenter 
im  gué,  le  vieux  gué.  Par  cette  voie,  on  débouchait  dans  la 
rue  du  Beau  Guillaume  et  de  là  dans  le  Marché  de  Brie- 
Comte-Robert.  C'était,  pour  ainsi  dire,  le  trajet  obligé  de 


'2<J4  IIISToîki:    Di:    LA    VIIJ.R 

tous  ceux  qui  se  rendaient  à  Brie  en  venant  de  (^»ubeit 
(Irisv,  (]ossii^nv,  (]hevrv,  etc.  etc.  De  même  les  habitants 
venant  de  l^'érolles,  Attilly,  Lésiirny.  Servon.  etc..  quand  ils 
ne  pouvaient  pénétrer  par  les  l-'ontaines  s'astreijjrnaient  à 
remonter  le  rû  du  Vaudoy  pour  se  rabattre  par  la  rue  des 
Piliers  ou  celle  du  Moustier  vers  le  Marché.  Il  suit  de  là  que 
Talimentation  commerciale  du  Marché,  si  on  peut  se  per- 
mettre cette  expression,  se  faisait,  au  nord,  par  la  rue  Beau. 
(luillaume,  et  au  sud.  par  la  rue  des  Piliers,  avec,  pour  con- 
lluent,  ce  que  nous  appelons  aujourd'hui  la  place  de  ril<:»tel- 
de-X'ille.  (  )r,  ce  conlluent  était  la  place  foraine  appartenant  à 
ri^^'^lise  de  Paris.  (]eci  je  l'ai  amplement  démontré  déjà,  en 
indiquant  qu'à  c<*»té  se  trouvait  le  Marché  du  seiijrneur,  tous 
les  deux  sépares  par  une  simple  borne  dont  la  place  p<  aurait 
êtn.'  fixée  au  coin  (Juentin. 

On  sent,  par  ces  dispositions  même,  que  le  Marche  du 
sei^meur  ne  p(Aivait  {^uére  recevoir  que  le  trop  plein  du 
Marché  de  TKi^^lise  ou  n'avait  qu'un  accès  souvent  fermé  par 
la  rue  des  Fontaines.  Le  (chapitre  de  Paris  s'était  habilement 
réservé  la  part  du  lion  dans  le  parta.ue  du  sol  commercial  : 
nous  avons  vu  que,  du  sol  airricole,  il  avait  soiirneusement 
irardé  pour  lui  la  portion  la  plus  riche.  Il  n'y  a  là  rien  que  de 
très  humain.  Mais,  ce  qui  ne  l'est  pas  moins,  c'est  le  désir 
que  devait  avoir  le  seit*"neur  du  lieu,  non  seulement  d'attirer 
à  lui  les  marchands  et  le  commerce  par  la  Maison-Dieu,  par 
les  Halles  —  ainsi  que  cela  a  été  plusieurs  fois  avancé  — 
maisaussid'atïranchir  son  Marché  de  la  sujétion  exposée  plus 
haut.  (>ela,  il  lep^aivait:  premièrement,  en  dégaj^eant  l'accès 
par  les  Fontaines  de  la  masse  d'eau  qui  l'aveuglait  ;  seconde- 
ment, en  créant  le  n(»uveau  gué  et  en  aménageant  ainsi  une 
Voie  débouchant  directement  de  la  campagne,  et  non  de  la 
moins  riche  et  bien  dotée,  dans  son  propre  Marché. 

Pour  arriver  à  ce  résultat  un  travail  s'imposait  et  c'est 
précisément  celui  qui  fut  fait  pour  le  rû  de  Tubœuf  ou  du 
moins  celui  qui  paraîtra  le  plus  rationnel. 

premier  pointétait  élémentaire.  Alin  de  dégager  l'entrée 
itaines,  il  fall  ut  capter  les  eaux  des  deux  rùs,  celui  du 


t)È    RRIE-COMTE-ROBËRt  29S 

Vaudoy  et  celui  des  SauIces-la-Vieille,  les  canaliser,  les  endi- 
t^'uer  et  les  détourner  de  l'étang  dans  lequel  ils  se  jetaient.  Il 
n'y  avait  pour  cela  qu'à  les  conduire  dans  le  Tubœuf  qui,  lui 
aussi,  se  jetait  dans  l'étang  mais  plus  bas,  après  avoir  tra- 
versé le  jardin  et  la  propriété  de  la  ferme  des  Carmes 
déchaussés  (la  maison  Biraud).  On  créaitainsi  un rû  artificiel 
qui  suivait  ce  que  nous  appelons  actuellement  le  boulevard 
des  Fossés.  L'entrée  des  Fontaines  se  trouvait  de  la  sorte 
purgée,  dans  la  plus  large  mesure  possible,  de  Taffluence 
des  eaux  de  la  campagne  sur  ce  point. 

La  création  du  gué  à  Test  de  l'étang  était  chose  plus  délicate. 
Elle  devait  toutefois  s'inspirer  du  même  principe.  Il  fallait,  là 
encore,  détourner  de  l'étang  le  rû  de  Tubœuf  grossi  mainte- 
nant de  ceux  du  Vaudoy  et  des  Saulces- la-Vieille,  recueillir 
au  passage  le  rû  des  Ecorcheries  et  jeter  le  tout  dans  le  Cor- 
nillot.  L'exécution  de  ce  travail  se  lit  en  quelque  sorte  sur  le 
sol.  Le  nouveau  ruisseau  fut  creusé  presque  parallèlement 
a  la  face  Est  de  l'étang  et  vint  se  réunir  dans  le  Cornillot  à 
l'endroit  même  où  débouchait  la  fontaine  Tartereau  (i). 

L'étang  se  trouvait  ainsi  soulagé  de  l'énorme  affluent  qui 
embarrassait  son  écoulement  dans  le  Cornillot  et  transfor- 
mait son  issue  en  un  marécage  impraticable.  Ce  n'était 
cependant  pas  tout.  Ce  travail,  s'il  détournait  de  Tétang  la 
masse  liquide  qui,  autrefois,  s'y  précipitait,  n'empêchait  pas, 
lors  des  pluies  torrentielles  ou  longtemps  prolongées,  que  le 
Tubeuf,  maintenant  accru  de  deux  ruisseaux  secondaires, 
ne  débordât  et  ne  rendit  impossible  le  passage  qu'on  voulait 
réserver.  C'est  alors  qu'à  mon  sens  fut  creusé  un  nouveau  lit 
au  Tubeuf  afin  dediviserseseauxet,  en  allongeant  son  cours, 
de  réduire  la  vitesse  d'une  partie  de  la  tranche  liquide.  De  là 


(I)  La  fontaine  Tartereau  sourdait  à  côté  même  de  la  porte  du  Beau-Guillaume.  II  y  a  là 
encore  un  puits  communal  qui  n'est  cependant  pas  exactement  situé  au  dessus  de  la  source. 
On  trouve  aux  archives  de  M»  Camus,  nolaire  à  Brie-Comte-Robert,  le  marché  suivant  passé 
le  24  juin  1643  devant  Thuillier.  «  Abraham  et  «  laude  Michon,  masson,  demeurant  aux  fau- 
bourgs de  Braye-Comte-Robert,  ont  fait  marché  avec  Jacques  Motheau,  marchand,  procureur 
sindic  des  habitants  du  dit  Brie,  par  l'advis  et  du  consentement  de  noble  homme  M.  Jacques 
de  Lannoy,  sieur  de  Bugny,  conseiller  et  procureur  du  Roy  au  dit  Brie-Comte-Robert  et  de 
honorables  hommes  Anthoine  Dumas,  Charles  Laurans  et  Claude  Desloges,  eschevins  de  la 
dite  ville,  de  faire  «  à  la  porte  des  beaulx-Guillaumes,  une  harche  à  la  place  du  pont  avecque 
une  descente  pour  dévaller  à  la  fontaine  avecque  des  murs  de  refan  pour  soutenir  les  terres'  » 


2i/>  HISTOIRK   DE   LA   VILLE 

les  deux  bras  qui  nous  sont  sig'nalés  par  le  procès-verbal  de 
lyiS.  L'un,  le  bras  naturel,  qui  passait  sous  la  maison 
Hiraud  ;  l'autre  le  bras  artificiel  qui  coulait  le  long  de  la  rue 
des  Ormetaux.  Lorsque  tous  deux  fonctionnaient,  la  masse 
d'eau  se  divisait  :  Tune,  suivant  sur  thalweg  rapide  et  conser- 
vant son  cours  impétueux,  l'autre  glissant  par  le  détour  qui 
lui  était  offert  et  ralentissant  sa  chute  puisque  la  pente  était 
moins  rapide.  De  la  sorte,  les  tranches  d'eau  se  présentaient 
sucessiremenly  et  non  en  un  Ilot  irrésistible,  à  l'orée  des  deux 
canaux  du  Cornillot  (i). 

Le  sol,  entre  l'étang  et  l'ouverture  du  Cornillot.  se  trouvait 
de  la  sorte  expurgé  de  l'eau  qui  le  couvrait  et  le  terrain, 
jusque  là  fangeux,  marécageux,  ne  devait  plus  offrir  qu'une 
surface  praticable,  facile  à  consolider  au  besoin,  que  coupaient 
des  ruisseaux  paisibles  et  commodes  à  franchir.  Le  nouveau 
gué  était  créé,  et,  par  suite,  ouvert  à  la  voie  nouvelle  donnant 
accès  au  Marché  du  seigneur,  voie  qui,  en  se  bâtissant  peu 
à  peu  devint  au  XIV'  siècle  la  rue  Neuve  du  Gué. 

(]es  travaux  étaient  d'une  réelle  importance  et  paraissaient 
judicieusement  déduits.  Mais  ceux  qui  connaisent  toutes  les 
ressources  que  les  anciens  empruntaient  à  l'hydraulique,  le 
merveilleux  et  ingénieux  parti  qu'ils  savaient  tirer  de  cette 
force,  la  seule  en  fait  qu'ils  eussent  empruntée  à  la  nature, 
s'étonneront  peu  de  tels  projets  et  de  leur  exécution.  Combien 
de  temps  fallut-il  pour  mener  à  bien  cette  œuvre  >  On  ne  peut 
que  faire  des  suppositions  à  cet  égard.  La  patience  était, 
d'ailleurs,  une  des  vertus  de  nos  pères  ;   l'on  eût  mis  un 
demi-siècle  à  accomplir  ce  travail  —  qui  n'a  rien,  en  somme, 
d'extraordinaire  —  que  je  n'en  serai  pas  autrement  surpris. 
Du   reste,  le  détournement  des  eaux  pratiqué,  le  soi,  ainsi 
alïranchi  en  vue  de  la  création  du  gué,  ne  dut  se  consolider 
et  n'être  praticable  qu'après  un  temps  plus  ou  moins  long. 
La  seule  chose  que  nous  puissi(  )ns  dire,  c'est  qu'en  1827,  c  est- 

(i)  Il  est  vrai  que  d'après  le  proces-verbal  de  1715.  les  abords  de  la  porte  des  Fontaines 
(  taicnt  redevenus  ce  qu'ils  étaient  autrefois,  du  moins  temporairement.  Ce  procès-verbal 
donne  la  meilleure  preuve  de  l'exactitude  de  mes  suppositions.  Ce  n'est  que  lorsqu'on  eût 
bouclî"  l'un  drs  bras  du  Cornillot.  l'ancien  bras  naturel,  que  les  eaux  se  précipitant  en  maae 
par  le  thalwc;^  artiticivi  des  Ormeteaux.  vinrent  buter  contre  la  porte  des  Fontaines,  arrêtant 
l'écoulement  "des  rûs  secondaires  et  causant  les  domrrjnj^cs  donf  se  pNIs^nent  \t%  habitants. 


DE    BRIE-COMTE-ROBEF^T  29/ 

à-dire  dans  le  commencement  du  XIV"  siècle,  le  nouveau 
iiuc  existait  et  on  s'en  servait  déjà,  certainement,  depuis 
quelques  années.  D*où  on  pourrait  conclure,  par  exemple,  que 
les  travaux  exécutés  sur  ce  point  pouvaient  avoir  été  entre- 
pris, par  exemple,  vers  le  milieu  du  XIII"  siècle.  Peut-être 
]l«»bertIII,  en  accordant  en  r23()  aux  habitants  de  Brie  la 
charte  dont  j'ai  parlé  (i),  obtint  d'eux  un  concours  quelcon- 
que dans  cette  entreprise.  ^Peut-être  fut-elle  la  pensée  de 
Mauclerc  qui,  nous  le  savons,  était  assez  animé  contre  les 
gens  d'Ep:lise  pour  jouer  au  Chapitre  de  Paris  le  mauvais 
tour  d'ouvrir  directement  son  marché  au  commerce,  sans 
r»bliger  les  marchands  à  passer  par  le  marché  du  Chapitre. 

Si  le  g-ué  existait  au  commencement  du  XW^  siècle,  on  dut 
nécessairement  faire  une  porte  sur  ce  point  (2)  lors  de  la  cons- 
truction des  murailles  que  l'on  peut  fixer,  comme  je  me  suis 
elïorcé  de  le  prouver,  vers  l'an  KxSy  ou  i338. 

On  ne  sera  pas  sans  remarquer  que  les  murs  de  la  ville 
sont  dressés  le  long  des  ruisseaux  dont  il  vient  d'être 
question.  De  la  porte  du  Beau-Guillaume,  ils  suivent  la  rive 
gauche  du  ruisselet  descendant  de  la  fontaine  Tartereau  jus- 
qu'à son  confluent  avec  le  Tubœuf  et  les  déversoirs  de  l'étang. 
De  là,  ils  bordent  le  ruisseau  artificiel  du  Tubœuf  jusqu'à  la 
porte  des  P'ontaines  et  le  ruisseau  du  Vaudoy  jusqu'à  Tancien 
cimetière.  Cette  disposition  avait  pour  les  constructeurs  cet 
avantage  que  les  fossés  des  nouvelles  fortifications  étaient 
creusés  par  avance,  et  l'on  s'explique,  si  ce  que  j'ai  dit  de  la 
hâte  avec  laquelle  fut  élevée  cette  enceinte  est  vrai,  combien 
on  dut  en  profiter.  De  l'ancien  cimetière  à  la  porte  du  Beau- 
(3uillaume,  en  passant  par  les  Bienfaites,  les  fossés  n'existaient 


.1)  V.p.  155. 

(2)  11  existait  à  coup  sûr  une  autre  porte,  mais  celle-ci  servant  uniquement  au  château. 
Elle  était  prativ^uce  dans  l'épaisseur  des  murailles  et  défendue  de  chaque  côté  par  deux  tours 
coiffées  que  l'on  voit  très  distinctement  indiquées  dans  le  plan  de  l666  que  j'ai  cité  plus  haut. 
Il  ne  s'agit  pas  ici  d'une  figure  de  convention  pour  indiquer  une  muraille  de  ville,  une  forti- 
fication. La  porte,  ou  plutôt  poterne,  dont  il  est  question,  ne  dépassait  peut-être  pas  les 
crénaux  ;  elle  n'avait  pas  le  caractère  d'architecture  militaire  que  pouvaient,  que  devaient 
présenter  les  autres.  Les  deux  tours  suffisaient  pour  la  défendre  et  d'ailleurs  elle  s'ouvrait 
pour  ainsi  dire  «ous  le  donjon  appelé  tour  Saint  Jean.  J'ajoute  qu'on  ycut  retrouver  les 
substructions  de  l'une  des  tourelles  de  la  poterne  du  château  dans  les  cave»  de  la  maison 
a.»  rai  tenant  à  M,  Paillard. 


2t)8  HISTOIRE   DE   La   VILLE 

pas,  il  fallut  les  creuser  (i).  C  est  là  que  se  voit  le  désir 
impérieux  d'aller  vite  en  besogne  pour  mettre  la  ville  à  l'abri 
d'une  insulte.  On  va  au  plus  court,  uniquement  préoccupé 
de  la  pensée  de  protéger  le  cimetière.  les  deux  églises  et  le 
marché  de  la  place  de  l'Hôtcl-de-Ville  (2).  C'est  ainsi  que 
l'entrée  de  Saint-Etienne  s'est  trouvée  étranglée  par  cette 
construction  faite  après  son  élévation.  N'est-ce  pas  la  preuve 
sensible  de  la  précipitation  avec  laquelle  fut  conduit  ce 
travail  de  clôture  ? 

J'ai  dit  que  cette  longue  enceinte,  simple  muraille,  n'était 
interrompue  par  aucune  tour  ou  ouvrage  militaire,  sauf  tou- 
tefois les  portes,  pointd'ordinaire  faible  et  facilement  vulnéra- 
ble. Elles  n'étaient  pas  d'une  épaisseur  extraordinaire.  On  en 
pourrait  juger  par  les  échantillons  épars  qui  nous  restent  çà 
et  là,  si  nous  n'avions  pas  un  document  certain  à  cet  égard. 
C'est  un  plan  du  18*  siècle  ainsi  libellé  (3). 

«  Plan  d'une  place  vague  et  vacante,  située  en  la  ville  de 
Brie-Comte-Robert,  faisant  partie  des  fossés  de  la  dite 
ville  (4),  étant  même  creusée  et  dans  laquelle  une  partie  des 
eaux  qui  prennent  leur  écoulement  par  la  porte  du  Moustier  se 
retirent,  levé  et  arpenté,  en  août  1768,.  suivant  les  ordres  du 
conseil  de  S.  A.  S.  monseigneur  le  comte  d'Eu,  à  nous  donné 
par  le  sieur  Pichon,  inspecteur  général  des  chasses,  pêches 
du  domaine  de  Brie,  appartenant  à  son  Altesse  sérénissime  : 
La  dite  place  tient  d'orient  aux  murailles  de  la  ville  qui  ont 
cinq  pieds  d^ épaisseur  et  de  différentes  hauteurs  (5)....  Nous 
certifions  le  tout  véritable.  A  la  Queue  (b),  ce  12  juin  1770. 
(Signé)  Babelon.  » 


\j  II  est  à  croire  que  c'est  en  faisant  ce  travail  que  furent  mu  ii  fossez  les  héritages  dont  ii 
est  question  dans  les  comptes  de  la  reine  Jeanne.  Ces  héritages  lui  venaient  alors  de  son 
échange  avec  le  Chapitre  de  Paris,  (V.  pp.  255  et  256). 

(2)  Dont  Jeanne  d'nvreux  venait  de  faire  l'acquisition  par  voie  déchange  (v.  pp.  255  et  256). 

(^3*  Ce  document  nous  a  été  obligeamment  communiqué  par  M.  Bouchet,  propriétaire,  place 
des  Minimes,  d'une  partie  du  terrain  indiqué. 

(4)  Sur  cette  place  se  sont  élevées  d'abord  la  maison  Lecomte  située  sur  le  parvis  Saint. 
Etienne,  ensuite  la  maison  Bouchet  située  sur  la  place  des  Minimes. 

(5)  On  voudra  bien  remarquer  que,  dans  ce  document,  officiellement  dressé  et  par  consé. 
quent  faisant  foi,  il  n'est  pas  question  de  tours  accolées  aux  murailles.  A  cette  ate,  l'ancif-nne 
porte  du  Moustier  avait  disparu. 

(6)  La  Queue-en-Bric,  commune  du  canton  de  Boissy-St-Léger  (5eine-ct-Oise). 


DE   BniE-COMTE-ROHËÎ^T  2()0 

Nous  avons  ainsi  Tépaisseur,  officiellement  constatée,  des 

murailles   de   la  ville.   Le  pied   mesurant  32_|   mill.    cette 

épaisseur  serait  mathématiquement  de   i    mètre  G2  ;   nous 

pouvons  la  fixer  à  i  m.  65.  Le  documents  nous  dit  que  les 

murailles  étaient  de  différentes  hauteurs.  A  l'époque  où  fut 

lève  le  plan  ci-dessus,  l'enceinte  de  la  ville  était  attaquée  oU 

défi  »rmée  par  les  particuliers  auxquelles  on  les  avait  vendues 

avec  des  portions  de  fossés.  Il  se  peut  que  le  rédacteur  de 

i7<')S  ait  voulu  dire  que  les  murailles,  ébréchées,  n'avaient 

plus   partout  la   même  hauteur.  Cependant  on  peut  bien 

admettre  qu'en  suivant  les  pentes  du  terrain  les  murailles 

ussent  Construites   en   échelon,  comme   cela  se   pratique 

ordinairement,  d'où  l'expression,  justifiée  alors,  dont  se  sert 

l'architecte  du  comte  d'Eu. 

Pour  compléter  la  physionnomie  de  la  muraille  qui  encei- 
ii'nait  la  ville,  j'ajouterai  ce  renseignement  que  j'ai  recueilli 
dans  les  notes  laissées  par  M.  Camille  Bernardin  (i),  mal- 
heureusement comme  il  le  faisait  trop  souvent  sans  indica- 
tion de  source.  Je  crois  pouvoir,  cependant,  en  faire  état. 

«  Près  la  porte  des  Fontaines,  dit-il,  il  y  avait  du  temps  de 
Chauvelin,  sur  le  mur  des  fortifications,  un  petit  mur  de  5 
à  G  pieds,  communément  appelé  meurtrière.  » 

La  mesure  ci-dessus  s'entend  évidemment  de  la  hauteur 
de  ce  petit  mur  qui  devaient  être  un  restant  des  anciens 
crénaux  couronnant  jadis  la  muraille. 

Il  est  un  point  sur  lequel  le  document,  dont  j'ai  parlé  plus 
haut,  nous  apporte  un  vague  éclaircissement.  Nous  savons 
bien  maintenant  comment  s'alimentaient,  en  eau,  les  fossés 
depuis  l'ancien  cimetière  jusqu'à  la  porte  du  Beau-Guillaume 
en  passant  par  le  château,  puisque  ces  fossés  n'étaient  que 
des  ruisseaux  naturels  ou  artificiels  utilisés  pour  la  circons- 
tance. Mais  nous  n'avons  pas  les  mêmes  données  en  ce  qui 
touche  l'autre  partie  des  fossés  passant  par  les  Bienfaites.  Il 
est  à  présumer  qu'on  avait  dû  se  servir  des  fontaines  et 
sources  trouvées  certainement  en  creusant.  On  sait  qu'il  y  a 

(  I)  Conservées  aux  archives  Uépartementales  de  Sfine-et-Marne* 


une  nappe  d'eau  souterraine,  qui  circule  à  quelques  mètres 
sous  la  surface  du  snl.  allant  de  l'ouest  à  l'est,  et  descendant 
par  ounséquent  de  la  crête  de  N'illcmeneux  vers  le  Cornillot. 
(^etle  nappe  d'eau  alimente  les  puits  des  jardins  et  maisons 
deeeenlé  delà  ville  et  s'épanche  en  plusieurs  fontaines,  telles 
que   celles   de   'larteroau   dont   j'ai   parlé    ci-dessus,   et    du 


PLACE  DES  MINIMES 
appelée  aulrefois.  u  Place  des  Bienfait 

liihc  photographique  obligeamment  eomniuniquc  pjr  1 


Martinet  dont  je  parlerai  plus  tard.  Il  est  même  des  sources  (O 
ne  paraissant  avoir  aucun  rapport  avec  cette  nappe  comme, 
par  exemple,  la  source  qui  se  trouve  au  niveau  du  second 
étage  des  caves  de  la  maison  de  M.  Sylvestre  (■ii.  Ce  fut  par 


DE    BRIE-COMTE-ROBERT  'M)l 


ces  Sources  que  furent,  à  coup  sûr,  alimentés  les  fossés  de 
ce  côté  :  il  y  a  lieu  de  croire  même  que  des  barrages  furent 
élevés  dans  le  fond  des  fossés  pour  maintenir  les  eaux  à  un 
certain  niveau  et  empêcher  leur  éccjulement  complet  vers  la 
partie  basse  de  la  ville  (i). 

Si  le  creusement  des  fossés  fut  une  œuvre  facile  et  déjà  aux 
trois  quarts  faite  lorsqu'on  s'occupa  de  la  construction  des 
murs  de  la  ville,  la  question  des  matériaux  dut  se  poser  avec 
ses  impérieuses  nécessités.  Puisqu'on  voulaitopéreren  toute 
hâte,  il  fallait  que  ceux-ci  fussent,  pour  ainsi  dire,  à  pied 
d*(euvre.  11  était,  en  elTet,  impossible  de  sonj^er  à  les  appor- 
ter du  dehors,  sans  s'exposer  à  des  lenteurs  que  l'on  voulait 
certainement  éviter.  Heureusement  la  pierre  ne  faisait  pas 
défaut. 

L'existence  d'anciennes  carrières  dans  Brie  ne  saurait  être 
niée.  J'ai  déjà  dit  que,  probablement,  aux  siècles  désastreux 
qui  suivirent  l'occupation  romaine,  la  population  dut  se  créer 
des  refuges  souterrains,  et  se  servit  peut-être  même  de  très 
anciennes  habitations  creusées  à  d'autres  époques  à  liane  de 
c  >teau.  Ces  souterrains  furent,  très  certainement,  l'embryon 
des  plus  anciennes  carrières  et  c'est  de  là  que  sortirent  les 
pierres  qui  servirent  à  l'érection  des  premiers  monuments  de 
la  ville.  On  comprendra  sans  peine  que  ces  carrières  fussent 
insuffisantes  lorsqu'il  s'agit  de  dresser  la  chemise  de  pierre 
derrière  laquelle  s'abrita  Brie  au  XIV^  siècle.  D'autre  part,  il 
fallait  dans  le  plus  court  délai  possible  obtenir  la  plus  grande 
quantité  possible  de  matériaux.  De  là  la  nécessité  d'attaquer 
le  S(»l  en  plusieurs  points  alin  que  le  plus  grand  nombre  de 
bras  pût  être  employé. 

Plusieurs  points  de  la  ville  ont  parla  suite  porté  le  nom  de 
(^jrricrcs.  je  les  citerai  par  la  suite  à  mesure  que  les  néces- 
sites de  cette  étude  m'y  amèneront.  Mais,  ce  ne  fut  pas  seule- 


'  I)  II  ne  serait  pas  ituj^oNsible  que  sur  un  de  ces  barrages  fut  établi  le  ponton  de  la  compa- 
gnie des  arquebusiers,  dont  le  tir  était  dans  la  partie  des  fossés  a/Iant  de  l'ancienne  porte  du 
inoustier  a  l'ancienne  porte  du  cimetière. 

Ce  qui  donnerait  une  certaine  créance  à  cette  hypothèse  c'est  que  nous  voyons,  d'après  le 
plan  dont  je  viens  de  donner  l'intitulé,  que  les  fossés  du  côté  de  la  porte  Mousticr  s'alimen- 
taient aussi  en  partie  des  eaux  pluviales. 


3i,y2  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

ment  là.  a  ces  dépr>ts  crmsacrés  pour  ainsi  dire.  qu'<»n 
s'adressât.  (  )n  creusa  un  peu  partout  et  le  plus  près  pt:»ssible 
des  murailles  à  élever.  I/existence  de  ces  travaux  peut  se 
Constater  dans  ditTêrentes  caves  telles  que  celles  du  presby- 
tère, de  la  maison  de  M.  Blanchard,  de  celle  de  M.  Svlvestrc. 
etc.  etc.,  tr>utes  à  prr>ximité  immédiate  de  l'enceinte  delà 
ville.  Le  soi  sur  lequel  s'élève  l'établissement  des  S«L-urs  est, 
de  tcaileévidence,  une  ancienne  carrièredont  les  travaux  vont 
se  proloni^a-ant  jusques  sous  les  immeubles  de  M.  Pelletier 
et  de  M.  Poiré,  (^esta-dire  que  entre  la  nmte  de  Melun  et  la 
rue  des  Bienfaites  on  a  retiré  dénormes  quantités  de  pierres 
dont  l'emploi  était,  en  vérité,  immédiat.  La  piT»priété  de 
.\L  Cj>las  et  celles  qui  suivent,  à  M.  Limet,  à  M.  Rousseau, 
dans  la  rue  des  l*'ours-à-(]haux,  ont  été  exploitées  de  même 
façcjn,  mais  il  importe  de  constater  ici  que  ce  point  fut  un  de 
ceux  que  l'on  désifrna  sous  le  nom  de  (barrières.  Il  en  fut  de 
même  dans  la  rue  des  Tanneries,  dans  ce  qui  devait  être  plus 
tard  le  parc  de  Pamphou,  dans  les  Ber<2reries,  à  Saint-Martin 
et  au  (]y^ne,  deux  propriétés  V(>isines,  situées  en  face  Tune  de 
l'autre,  de  chaque  c<*)té  de  l'ancienne  route  de  Paris,  etc.  Par- 
tout, on  creusa  et  on  creusa  par  un  travail  simultané  dans 
l'obliiTation  où  on  se  trouvait  de  réunir  le  plus  de  matériaux 
possible  poin*  exécuter  les  murailles  devenues  indispen- 
sables. 

L'une  de  ces  carrières  appartenait  aux  châtelains  de  Bric, 
à  ce  que  nous  apprend  un  des  comptes  de  la  reine  Jeanne.  <)n 
lit,  pour  l'année  \'XX\  à  l'article  des  lecettes  : 

Des  cens  dilleuc,  randemain  de  Nocl  ;  vxw  livres,  \j  sols  ij 
deniers  Lt  en  veut  plus  à  ceste  foiz  que  il  ne  seult,  pour  ce  que  de 
n«.)vel  li  receveries  a  baillié  à  Simon  le  Piquart,  maçon,  une  pièce  de 
icrre  assise  sur  les  quarriùres,  contenant  environ  lll  quartiers,  que 
les  chastelains  de  Brave  souloient  tenir  si  comme  l'en  dit  ;  et  y  a 
1  en  trait  naguaires  pierres  pour  Madame  tant  comme  l'en  en  va  peu 
t  ouver... 

Il  nous  faut  retenir,  à  la  fois,  et  cette  phrase  et  la  date  à 
laquelle  elle  a  été  écrite,  car  elle  nous  prouve  que.  peu  avant 
Kv\\  on  a  retiré  de  cette  carrière  pour  le  compte  de  la  reine 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  3o3 

Jeanne,  toute  la  pierre  qui  s'y  pouvait  trouver  (i).  Or,  nous 
pouvons,  par  les  états  de  dépense  que  nous  avons  si  souvent 
cités  déjà,  dire  qu'il  se  lit  à  cette  époque  d'importants  travaux 
au  ch:\teau.  Avant  d'en  parler,  il  faut  bien  établir  la  nuance 
entre  ces  deux  appellations  :  le  châtel  et  Thôtel.  Les  rédac- 
teurs des  comptes  ne  s'en  servent  pas  indifféremment. 
1 /hôtel,  c'est  la  demeure  particulière  de  la  reine  Jeanne  ;  le 
châtel,  c'est  l'enceinte  qui,  bordant  l'ilot  Saint-Jean,  renfer- 
mait, cela  va  sans  dire,  Thôtel. 

J'ai  déjà  dit,  mais  c'est  le  lieu  de  le  répéter,  que  primitive- 
ment la  demeure,  le  pied-à-terre,  du  seigneur  fut  la  tour 
Saint-Jean.  Au  reste,  par  le  peu  que  nous  avons  vu  de  leur 
vie  et  de  leurs  chevauchées,  on  a  pu  se  rendre  compte  que 
Brie  ne  servit  guère  que  de  lieu  de  passage  aux  premiers 
seigneurs  capétiens.  Ni  Robert  I,  ni  son  fils,  ni  Robert  III,  ni 
Pierre  Alauclerc  ne  semblent  avoir  séjourné  à  Brie  qu'à  des 
distances  éloignées.  Ce  ne  fut  guère  qu'à  la  fin  du  XIII*  siècle 
que  les  seigneurs  de  Brie  commencèrent  à  y  résider  d'une 
f:  çon  plus  régulière.  Le  temps  des  croisades  était  terminé, 
le  pays  était  en  paix  et  la  noblesse,  devenue  sédentaire,  s'éta- 
blissait du  mieux  qu'elle  pouvait  dans  les  domaines  qu'elle 
occupait.  Le  donjon  de  Saint-Jean,  suffisant  pour  donner  un 
abri  de  quelques  heures,  n'offrait  plus  le  confort  et  l'espace 
nécessaire. 

D'ailleurs,  avec  la  tranquillité  générale,  les  bourgeois  et  le 
peuple,  bénéficiant  de  la  sécurité  inconnue  jusque  là,  dont 
ils  jouissaient,  s'accroissaient,  s'étendaient  de  la  façon  la 
plus  extraordinaire.  J'ai  déjà  donné,  d'après  Dulaure,  une 
évaluation  de  la  population  de  Paris,  en  k>i3.  Kn  se  servant 
dun  manuscrit  fournissant  le  rôle  des  Parisiens  assujettis  à 
Lin  impôt  établi  par  Philippe-le-Bel  (21  «  à  l'occasion  de  la 

(i }  a  Par  ce  que  nous  dirons  plus  loin  des  «  Grands  jardins  du  Châteiu  »>  on  pourrait  inférer 
»]ie  cette  carrière  était  située  là  où  s'élevait  l'auberge  du  Cygne,  sur  l'ancienne  route  de 
Paris,  en  face  l'auberge  Saint-Martin,  aujourd'hui  fermée.  L'auberge  du  Cygne,  <*  autrement  les 
("arriéres  »  disent  d'anciens  actes,  est  devenue  la  belle  propriété  de  M.  Dcsprès. 

(2)  «  Ainsi,  écrit  Duîaure.  en  1513.  Philippe-le-Bel  retira  des  Parisiens  13,021  livres  19  sous  8 
ùeniers  et  cette  somme  fut  répartie  sur  5,955  habitants.  Ce  nombre  n'était  certainement  pas 
celui  de  la  population  de  Paris,  mais  celui  des  chefs  de  familles  imposables  ou,  comme  on 
disait  alors,  le  nombre  des  feux.  Il  faut  multiplier  le  nombie  ci-dessus  par  5  pour  obtenir  la 
population  entière  des  imposés  et  y  ajouter  ensuite  la  masse  des  privilégiés  non  imposables.  » 


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DE    BRIE-COMTE-ROBERT  3o5 

que  soixante  ans  plus  tard,  ses  murailles  étaient  reculées  à 
la  Bastille,  (i) 

Je  n'ai  pas,  au  surplus,  à  m'appesantir  sur  le  développe- 
ment de  Paris  ;  je  le  cite  uniquement  comme  une  preuve  de 
sa  transformation  et  de  son  prog-rês  dès  qu'une  paix  relative 
laissa  le  peuple  respirer  et  revenirpson  génie  de  travail  et  de 
<^oLit.  II  est  aisé  de  comprendre  que  tout  le  pays  ressentit  à 
des  deyrés  divers  la  bienheureuse  influence  de  cette  période 
de  prospérité. 

Hrie-(>omte-Robert,  réduite  après  les  misères  des  siècles 
précédents  à  sa  plus  simple  expression,  n'était  plus  que  le 
squelette  d'elle-même.  J'ai  suffisamment  insisté  sur  ce  point, 
mr>ntrant  la  maigre  population  réfugiée  sur  son  îlot,  d'où 
sortaient  quelquefois  de  courageux  cultivateurs  auxquels 
l'amour  de  la  terre  faisait  braver  mille  dangers  et  mille  morts- 
Peu  à  peu,  à  mesure  que  les  années  de  calme  s'accumulaient, 
ces  braves  gens,  en  prenant  plus  d'assurance,  se  risquèrent 
à  créer  des  établissements  durables  ou  à  relever  les  ruines 
de  ceux  que  l'incendie  et  le  pillage  avaient  détruits.  Par  un 
phénomène  physique  très  naturel,  le  nombre  des  habitants 
s'accroissait  et  la  population  recevait  une  augmentation 
notable  d'étrangers  appelés  et  retenus  par  le  marché  de  Brie, 
de  jour  en  jour  plus  fréquenté  et  plus  agrandi. 

La  clôture  de  1208,  celle  donc  on  voit  encore  les  ruines 
autour  de  l'ilot  Saint-Jean,  devint  rapidement  trop  petite.  Au 
dehors,  des  faubourgs  se  créèrent,  des  habitations  s'éle- 
vaient, et  successivement  Brie,  sortant  de  l'étroite  enceinte 
qui  lit  sa  sécurité  aux  siècles  précédents,  se  répandit  dans 
les  environs. 

Par  ce  qui  a  été  dit,  au  chapitre  précédent,  du  faubourg 
Saint-Christophe,  on  peut  déjà  avoir  une  idée  de  ce  que  fut 
ce  mouvement  d'expansion  dans  les  dernières  années  du 
XIIL  siècle.  Nous  verrons  bientôt,  à  ce  qui  sera  dit  des  liefs, 
que  ce  n'était  pas  seulement  de  ce  coté  que  l'exode  de  la 
population  s'était  porté.  Ce  qui  fut  plus  tard  le  Vaudoi  était 


II)  Paris  n'avait  que  2S5  hectares  dans  l'enceinte  de  Philippe-Auguste  ;   il  en  avait   4îv  — 
presque  le  double  —  dans  Tenceinte  de  Charles  V. 

20 


OOb  HISTOIRE   DE  LA  VILLE 

un  véritable  faubourg  s'étendant  assez  loin  dans  la  direction 
de  Villemeneux  ou  de  Jarcy.  Le  faubourg  du  Martinet,  encore 
aujourd'hui  en  partie  debout,  se  créait  et  devenait  avec  les 
tanneries,  les  foulons  —  rveaneaiis  foulons  dont  parlent  les 
comptes  de  la  reine  Jeanne  —  avec  les  moulins,  une  sorte  de 
groupement  industriel.  Vers  les  Ormeteaux,  du  côté  de 
Pamphou,  sur  l'emplacement  occupé  dans  la  suite  par  les 
parcs  de  la  Fleur  de  Lys  et  du  château  de  Pamphou,  vers 
l'Epinelle,  s'élevaient  des  tiefs,  des  maisons  ou  des  .masures, 
témoignage  certain  de  l'activité  et  de  la  prospérité  de  Brie  à 
cette  époque,  1 1)  mais  dont,  hélas  !  il  ne  restait  plus  guère 
que  le  souvenir  au  XVI'  siècle.  Déjà  même,  il  nous  a  été 
donné  de  vérifier  cet  état  de  choses  pour  Villemeneux  (2).  ce 
hameau  rattachant  Brie  à  la  rivière  d'Yerres,  et  qui  a  suivi 
naturellement  les  fluctuations  de  son  chef-lieu. 

Il  ne  faut  en  rien  juger  le  Brie  d'alors,  par  le  Brie  d'aujour- 
d'hui o)  et  mèrne  par  ce  qu'il  fut  à  la  lin  du  i8'  siècle  et  au 
commencement  du  I9^  C'était  au  14'  siècle,  à  n'en  pas  douter, 
une  ville  importante  au  point  de  vue  agricole,  cela  va  sans 
dire,  mais  aussi  au  point  de  vue  commercial  et  industriel.  Ses 
halles  nous  ont  fourni,  à  cet  égard,  une  indication  ;  son 
étendue,  après  le  rapide  exposé  que  j'en  viens  de  faire  et  dont 
nous  retrouverons  les  traces  probantes  au  cours  des  pages 
qui  vont  suivre,  contribue  à  tixer  nos  idées  à  ce  sujet.  La 
prospérité  dont  avait  bénéficié  Paris,  faisait  ressentir  ses 
heureux  elTets  dans  tout  le  pays,  d'ailleurs. 

Cotte  constatation  faite,  et  corroborée  par  une  foule  de 


1  «  La  population  n'était  pas  répartie  comme  e'Ie  Test  maintenant  :  on  a  pu  constater 
dans  certaine>  provinces,  que  les  «  écarts  »  ou  groupes  de  maisons  isoles  dans  la  campae^ne. 
étaient  plus  nombreux  avant  la  guerre  de  Cent  Ans  qu'ils  ne  le  sont  aujourd'hui  *».  (V.  Dureau 
de  la  Malle.  D^rj-nri:  .rj.O.'.ja.'  .•;c.i..'ia  AT/-  si:..V.  biblioth  de  licole  des  Chartes.  II.  1840-1841'. 

2  V.  p.  27Q,  notes  I  et  2.  ce  qui  est  dit  du  fief  de  Toussas. 

i>  Bien  des  petites  villes  durent  être  plus  peuplées  qu'elles  ne  le  sont  aujourd'hui  :  ainsi 
Co'de»  Tarn  qai  p.irail  a\oir  eu  entre  ^.ox>  et  «>.ox>  habitants,  avant  la  peste  de  IJ48,  n'avait 
pius  que  i.^M^  a:ne>  en  iS»i.  I\»rtai.  E>>Ji:  ,:\:u.i.s  i  T.i.;'-rr/a.'j  sur  Cordes,  Bibliothcquc  de 
i'Ecoie  de-i  i.i:arte>.  l.  V.   iS»V 

A  cette  proportion.  Br;e  pourrait  avoir  eu  à  p*u  près  S.o.X)  habitants.  L'n  calcul  précédent 
nous  a\ait  tait  atteindre  10.000  .  il  est  vrai  qu  il  englobait  aussi  la  population  des  environs  de 
la  ville. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  Soy 

tcmôitrnag-cs,  (i)  j'en  reviens  au  changement  considérable 
qui  se  lit  dans  l'assiette  du  château,  en  entendant  par  ce  mot 
l'enceinte  de  murailles  élevée  autour  de  Tilot  Saint  Jean,  au 
C(  mimencemcnt  du  XIIT'  siècle. 

Tout  d'abord,  une  chose  est  à  établir  :  le  sol  circonscrit 
parcelle  enceinte  était  encore  occupé,  par  des  particuliers, 
bien  que,  depuis  lr)ntj:temps  déjà,  la  population  se  fut,  en 
quelque  sorte,  évadée  de  l'abri  étroit  que  les  circonstances 
lui  avaient  imposé.  Dans  les  comptes  de  la  reine  Jeanne,  de 
l'année  \'Xy2,  se  trouve  cette  mention  : 

r^our  deniers  baillez  et  renduz  à  Monsieur  Geuffroy  Le  Veneur, 
maistre  de  la  chambre  auz  deniers  Madame,  qu'il  avoit  paiéz  à  plu- 
sieurs pcrsones  pour  achaz  de  certains  jardins  et  d'une  maison 
achetez  pour  Madame  par  messeigneurs  les  maistres  de  son  hostel, 
dont  les  parties  s'ensuient  cy  après  ;  et  dont  les  lettres  de  garantie 
du  diz  achaz  rendues  à  court,  ensemble  le  mandement  de  Madame 
pour  ce  faire.  donn<i  à  Brave,  cvj  livres  parisis. 

X'oici  d'ailleurs  le  détail  de  ces  achats  tels  qu'ils  figurent 
au  compte  de  l'année  suivante  : 

Ce  sont  les  parties  des  achaz  des  jardins  et  d'une  maison  achetez 
pour  Madame  scur  la  somme  de  cvj  livres  parisis  dont  mention  est 
faite  cv  devant  : 

Primo.  De  Belon,  fille  jadis  de  feu  Henry  Le  Vie),  châtelain,  et 
de  feu  Anastasie,  sa  famé,  demourant  à  Paris,  I  jardin  si  comme  il 
se  comporte  de  toutes  pars,  assis  à  Braye,  tenent  à  Denise  F'ouchier 
et  à  Ph(ilipp)ot  le  Maçon  et  ses  enf^ns,  pour  le  pris  et  la  somme  de 
\ij  livres,  x  sols  parisis. 

Jleiu.  De  Denise  Fouchier,  demouran»  à  Braye,  la  moitié  d'un 
jardin  qui  fu  Henry  Le  Viel,  pour  le  pris  et  somme  de  xxv  livres 
parisis. 

Ileni.  De  Philippe  le  Maçon,  dit  Piquart,  de  Braye,  ou  non  fsic) 
de  lui  et  de  es  enfens,  dont  il  a  le  bail,  la  garde  et  l'administration, 
le  droit  qu'ils  avoient  en  une  pièce  de  jardm  assise  éiBrajQy  devant  la 
porte  de  l'osicl  Madame,  pour  le  pris  et  la  somme  de  xij  livres,  x  sols 
parisis. 

/tem .  De  Jehanne  de  Segroiée,  jadiz  famé  feu  Jehan  Kougel, 
Guill(er)mi  (>)  et  Johannin  ses  enfens,  une  meson,  I  jardin  et  toute 

(i)  Dflislf.  Etudes  'ur  a  condition  de  la  daae  ag'kok  et  l'ctat  de  l'agriculture  en  Normandie  au  moyen- 
Jgc,  1851.  —  Rich.nrd.  Thierri  d'Hirei,on,  agriculteur  artésien,  Biblioth.  de  rEcole  des  Chartes. 
L  III.  l8<;2.  — Joubert  La  Vit  agricole  dans  le  Haut-Maine  au  XIV'  siècle  {' S)S-ii42),  1886,  etc..  etc. 


3o8  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

la  pourprinze,   séant  à  Braye  devant  la  porte  dou  chastel^  pour  le 
pris  et  la  somme  de  Ivj  livres  parisis. 

Le  compte  de  i336  est  encore  plus  explicite.  On  y  lit,  aux 
recettes  : 

Des  loyers  d'aucunncs  maisonnetes  séan:i  dele^  Vostel  de  I3raye,  que 
Madame  a  fait  acheter  d'*  nouvel,  pour  escroissement  faire  pour  le  dit 
/ro.x7e/ que  certa innés  personnes  tenoient  lors  et  ont  tenues  à  loyers 
jusques  à  la  S.  Jehan  CCCXXXVl  seulement,  quar  depuis  la  dite 
Saint  Jehans  nulz  n  i  a  demouré />OMr  ce  que  Ion  les  veuU  convertir 
à  aucuns  usages  dou  dit  hostel. 

De  Pierre  Samours,  qui  tenoit  à  loier  une  des  dites  maisonnetes 
pour  xxiij  sols  par  an  à  Hll  termes,  pour  ce  au  terme  de  Pasques  et 
celui  de  la  Saint-Jehan  CCCXXXVl  et  pour  tout,  xij  sols. 

De  Jehan  Le  Pointre  qui  en  tenoit  une  pour  xx  sols  parisis  par 
an  à  un  termes  et  devoit  les  termes  de  Pasques  et  de  la  Saint-Jehan 
CCCXXXVl,  pour  ce  et  pour  tout,  x  sols. 

De  Jean  Samours,  qui  en  tenoit  une  pour  xx  sols  par  an  à 
1111  termes  pour  les  11  termes  dessus  diz  et  pour  tout,  x  sols. 

De  Ph(ilipp)ot  Duene  (ou  Duéve.  ou  Dueue)  qui  en  tenoit  une  pour 
xij  sols  par  an  à  1111  termes,  pour  les  11  termes  dessuz  diz  et  pour 
tout,  vj  sols. 

Le  mcmc  compte  porte  aux  dépenses  : 

Ce  sont  les  parties  des  héritages  que  Madame  a  achetez,  qui 
dévoient  à  Madame  dccensàla  Saint-Remyxvj  sols  vij  deniers  oboles 

et  à  NoCl,  XV  sols  iij  deniers Item.  Plusieurs  mesons  qui  furent 

Jehan  Ri' hart  et  ^a  famé  et  dévoient  à  la  Saint-Remy  x  sols  iij  deniers 
de  cens  et  autant  à  la  NoCl. 

Le  détail  et  la  situation  de  ces  maisons  sont  donnés  plus 
loin  : 

Ce  sont  les  héritages  que  Jean  Richart  et  Jehane,  sa  famé,  ven- 
dirent à  Madame  la  Royne  dont  mention  est  laite  cy  devant  : 

Premièrement.  Une  pourprinse  de  mesons  avecques  la  granche 
appartenant  à  la  dite  pourprinse,  si  comme  tout  se  comporte  en  lonc 
et  en  lé,  avecques  toutes  leurs  appartenances  assises  à  Braye  de  lez  le 
chaste!  tenant  d'une  part  léritage  à  Jehan  Le  Cordier  (i)  Jehanne  du 
Chemin,  et  d'autre  part  à  1  éritage  Aaliz  la  Venniôre  et  Colin  Sou- 
plisse  en  la  censive  de  ma  dite  dame  à  vij  sols  parisis  de  cens  à 
paier  la  moiiié  à  la  S.  Remy  et  l'autre  à  Noël. 

(l)  Dans  le  compte  que  j'ai  publié  plus  haut  (v.  p.  227)  il  est  dit  ;  a  Pour  le  louier  de  la 
grandie  que  Robert  l-e  Cordier  tient  qui  est  dev  nt  le  chastel,  retenue  pour  Madame,  pour 
taire  estables....  ».  C'est  fort  probablement,  là,  l'héritage  dont  il  est  question. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  3o9 

Item,  Une  pourprinse  de  mesons  cheoises.  si  comme  elle  se  com- 
porte en  lonc  et  en  lé,  avecques  toutes  ses  appartenances,  assise  à 
Braye  tenant  d'une  part  et  à  lun  des  bouz  à  Téritage  de  ma  dite 
dame  et  d'autre  part  à  la  voie,  et  de  l'autre  bout  à  l'éritage  Jehan 
Le  Fauchieur,  en  la  dite  cer.sive  Madame^  à  xiij  sols  vj  deniers 
parisis  de  cens  par  an  paiéz  auz  diz  jours. 

Quant  à  la  valeur  de  cet  achat,  il  nous  est  donné  sous  la 
rubrique  :  «  Achaz  de  héritages  à  Braye  ». 

Pour  deniers  paiéz  à  Jehan  Richart  et  à  Jehanne,  sa  famé,  qui 
leur  estoient  deuz  pour  certains  héritages  qu'ils  ont  venduz  à 
iMadame,  dou  commandement  de  ma  dite  dame  par  ses  lettres 
données  à  Crécy  le  X*"  jour  de  novembre  l'an  XXXVI,  rendus  à 
court  avec  les  lettres  du  dit  ven dage  et  quitance  de  la  paie  faite  par 
le  receveur  :  iiij**  livres  parisis. 

Je  ne  veux  point  ajouter  à  ces  données  d'autres  articles 
visant  vraisemblablement  des  acquisitions  faites  au  môme 
lieu  et  pour  les  mêmes  raisons  :  «  à  la  famé  et  aux  hoirs  de 
feu  Jehan  Alilet  de  Braye,  ù  Colin  Le  Bouchier,  fermier  des 
champars,  droitures  et  ventes  de  menuz  cens  Madame,  à 
Braye,  à  Jean  Le  Cordier,  etc.,  etc.,  »  parce  que  le  rédacteur 
ne  spécifie  pas  que  ces  biens  touchaient  au  «  chastel  ou  à 
l'hostel.  » 

Ce  qui  précède  me  paraît  suffisamment  indiquer  la  pré- 
sence sur  rilot  Saint-Jean  d'immeubles,  maisons  et  jardins 
relativement  importants,  à  ce  que  montre  le  prix  d'achat. 
Les  uns  pouvaient  ne  pas  être  à  l'intérieur  des  murailles, 
mais  appliqués  contre  à  l'extérieur,  ou  même  devant  la  porte 
au-delà  des  fossés,  mais  d'autres,  assurément,  se  trouvaient 
dans  l'enceinte.  Ce  sont  ces  mesoîietes  séanz  delep^Vostel  de 
Braye,  c'est-à-dire  touchant  à  la  demeure  particulière  de  la 
reine.  Et  c'est  ici  le  lieu  de  rappeler  ce  que  j'ai  dit  plus  haut, 
de  la  difterence  évidente,  bien  marquée,  entre  le  châtel  et 
l'hôtel.  11  est  d'ailleurs  une  preuve  certaine  que  ces  maison- 
nettes s'élevaient  à  l'intérieur  des  murs  du  châtel  ;  le  rédac- 
teur du  compte  a  bien  soin  de  nous  dire  «  que  l'on  veut  les 
convertir  à  aucuns  usages  dou  dit  hostel  ».  Or,  si  nous 
n'avons  pas  eu  la  fortune  de  conserver  cet  hôtel,  nous  savons, 
à    n'en  pas  douter,  qu'il    était  tout  entier    renfermé  dans 


3 10  HisTomn  de  la  ville 

renccinte  du  châtcl  ;  qu'il  en  occupait  même,  après  sa  com- 
truction  délinitive,  tout  le  côté  Sud-Est  et  tout  le  côté  Nord- 
Est,  eng-lobant  Tancien  donjon,  la  tour  St-Jean .  Pour  incor- 
porer, en  conséquence,  les  dites  maisonnettes  à  l'hôtel  delà 
Reine,  il  fallait  qu'elles  fussent  à  l'intérieur  des  murs. D 
en  est  de  cette  pièce  de  jardin  achetée  à  Philippe  le  Maçon, dit 
Piquart,  pour  la  somme  respectable  de  12  livres  10  sous. Je 
retiens  même  ce  détail  c<>mme  l'indice  de  la  hâte  qu'avait  la 
reine  Jeanne  d'être  en  possession  de  tout  l'ilot  et  de  le  débar- 
rasser des  habitants  qui  y  restaient,  pluspeu-êttre  par  la  force 
de  l'habitude  que  par  plaisir.  Douze  livres  étciit  une  somme 
assez  grosse  à  une  époque  où  un  septier  de  blé  valait  six 
sous,  comme  nous  avons  pu  le  voirplus  haut.  Toutes  choses 
étant  égales,  et  par  comparaison  avec  les  prix  de  notre 
époque  (le  blé  valant  24  francs  le  septier),  le  prix  d'achat  du 
jardin  susdit  pourrait  être  évalué  a  six  cents  francs  de  notre 
monnaie.  Et  ce  n  était  qu'un  jardin  !  dont  lasLirface  ne  nous 
est  pas  donnée,  il  est  vrai,  mais  qui  ne  devait  pas  être  bien 
étendue,  si  l'on  en  juge  par  sa  situation.  Le  même  calcul  nout 
conduirait  à  évaluer  à  quatre  mille  francs  de  notre  monnaie, 
ou  environ,  le  prix  payé  pour  «<  la  pourprinse  de  maisons* 
achetée  à  Jean  Richart  et  à  sa  femme.  Bref,  l'ensemble  des 
achats  ainsi  faits  sur  Tilot  Saint-Jean,  tant  à  l'intérieur  qu'à 
l'extérieur  de  ses  murailles  —  je  ne  parle  bien  entendu  que 
des  immeubles  indiqués  très  nettement  comme  occupant  cet 
emplacement  —  atteint  un  chilïre  de  1S6  livres,  soit,  à  l'éva- 
luation ci-dessus,  <).(S<x)  francs  de  notre  monnaie.  Xe  sont 
point  comprises  dans  ces  achats,  les  maisonnettes  destinées 
à  Wiccroisscmcnt  de  l'hôtel,  et  qui  paraissent  avoirfait  r<.)bjet 
de  Contrats  de  vente  antérieurs.  On  pourrait,  cependant, 
j'imagine,  évaluer  à  peu  prés  leur  prix.  En  elïet,  les  héritages 
vendus  par  Jean  Richart  payaient,  nous  est-il  dit,  en  totalité 
vingt  sols  de  cens  et  ils  furent  ^évalués  quatre-vingt  livres, 
soit,  comme  je  viens  de  le  dire  à  peu  près  quatre  mille  francs. 
Or  les  quatre  maisonnettes,  achetées  à  V  intérieur  des  murailles 
payaient,  en  totalité  —  ce  sont  les  comptes  qui  nous  l'ap- 
prennent —  soixante-quinze  sols  de  cens,  si  tant  est  qu'on 
puisse  établir  une  proportion  en  l'espèce,  nous  serions  con- 


HISTOIRE   DE   LA  VILLE 


découverie,  en 
autour  de  l'église. 


HERRE  TOMBALE 
*,8,   duos  l'ancien   "  petit  cîmetiiire  de  Brie  » 

(Face  anliirieurel 


;riphiqui:  de  M.  Piiul  Peti 


DE   BRIK-COMTE- ROBERT 


FlhRRK  TOMBAI  K 

déctiuvene   en    iS^l^,    dans   l'ancien  *  petit    ci 
autour  de  l'église. 

(Face  postérieure] 

Cliché  photographique  dt  M.  Piul  Petit  auquel  j'adrtuc  n 


ictiire  de  Brie  i, 


! 


DE  BRIE-COMTE- ROBERT  3l5 

duits  à  dire  que  les  quatre  maisonnettes  en  question  valaient 
trente  mille  francs  de  notre  monnaie.  D'où  cette  conclusion 
qu'une  partie  seule  de  Tilot  Saint-Jean  —  car  tout  n'est  pas 
évidemment  compris  dans  le  détail  ci-dessus  et  il  faudrait  y 
ajouter,  dans  tous  les  cas,  l'hôtel  existant  de  la  Reine  — pour- 
rait être  évaluée,  à  la  monnaie  du  jour,  à  une  somme  d'envi- 
ron quarante  mille  francs  !  Je  ne  veux  pas  insister  plus  qu'il 
convient  sur  ces  rapprochements  qui  n'ont,  en  somme,  rien 
de  fantaisistes,  mais  qui  sont  de  toute  évidence  fort  exacts. 
Je  ncpeux  cependant  m'empôcher  de  remarquer  que  la  rela- 
ti< jn  entre  les  six  sous  de  septiers  de  blé  en  i33o  et  les  vingt- 
quatre  francs  qu'il  coûte  aujourd'hui  trouve  assez  bien  son 
équivalence  dans  la  valeur  desimmeubles  (t). 

Si,  comme  cela  ne  peut  plus  faire  de  doute  après  ce  qui 
précède,  il  existait  dans  l'intérieur  du  châtel  des  maison- 
nettes, des  jardins,  encore  vers  l'an  i333,  il  faut  bien  admettre 
que  rhntel  de  la  reine  ne  fut  complètement  achevé  qu'après 
cette  date.  Le  château  proprement  dit,  c'est-à-dire  ce  que 
nous  entendons  aujourd'hui  par  la  demeure  seigneuriale,  n'a 
donc  pas  la  date  éloignée  qu'on  s'est  plu  à  lui  assigner,  ne 
craignant  pas  de  taire  remonter  sa  construction  jusqu'à 
Robert  I,  c'est-à-dire  jusque  vers  la  première  moitié  du  XII* 
siècle. 

Les  pièces  documentaires  que  je  viens  de  citer  disent  bien 
que,  au  commencent  de  la  première  moitié  du  XIV'  siècle,  au 
contraire,  non  seulement  le  manoir  seigneurial  n'occupait  à 
l'intérieur  de  l'ilot  Saint-Jean  qu'une  surface  réduite,  mais 
qu'il  s'y  trouvait  des  maisons  et  des  jardins  appartenant  à 
des  particuliers,  restes  évidents  de  l'antique  Braida.  Il  esta 
croire  que  le  même  mouvement  qui  poussa  les  Briards 
d'alors  à  abandonner  l'enceinte  derrière  laquelle  ils  vivaient, 
pourcréerau  dehorsdesétablissements nouveaux, des  bordes, 
comme  on  disait  alors,  incita  les  seigneurs  de  Brie  à  occu- 
per à  eux  seuls  cette  enceinte  et  à  y  construire  une  habitation 


(I  :  II  paraîtrait,  en  effet,  que  la  propriété  actuelle,  dite  le  château,  avait  trouvé  preneur 
au  prix  d'environ  loo.cx»  fr.  ;  il  importe,  toutefois,  d'ajouter  que  la  propriété  ne  comprend 
pns  seulement  lilot  taint-Jean,  mais  une  superficie  bâtie  —  l'ilot  Saint-Jea  n  ne  l'est  plus 
—  li^ale  a  un  peu  plus  de  la  moitié  de  l'ilot. 


3l6  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

commode  et  vaste.  Il  semble  même  que  la  reine  Jeanne  qui 
mena  certainement  à  lin  ce  projet  ait  dû  en  passer  parles 
fourches  caudines  et  les  exigences  pécuniaires  de  quelques 
retardataires.  Peut-être  ces  derniers  voyant  clair  dans  les 
désirs  de  la  dame  du  lieu  protitêrent-ils  de  la  situation  et 
n'abandonnèrent-ils  la  place  qu'à  gros  deniers  comptants; 
c'est,  du  moins,  ce  que  laisseraient  entendre  les  prix  indiqués 
pour  les  achats  faits  en  vue  de  Vescroissement  de  l'hôtel  ou 
pour  débarrasser  l'ilot  Saint-Jean  de  toute  habitation 
gênante. 

L'hostel  de  Braye  ne  reçut  donc  les  additions  qui  en  firent 
un  véritable  manoir  seigneurial  que  dans  le  commencement 
du  XIV«  siècle.  L'habitation  du  maître  du  lieu  av'ait  été 
confinée  jusque-là  dans  le  dcnjr)n,  c'est-à-dire  dans  la  tour 
Saint-Jean  etpeut-êtreaussidansuneconstruction  attenante. 
Nousallonsvoir  maintenant,  sous  la  reine  Jeanne, les  dépenses 
faites  (au  moins  la  partie  qui  nouscstparvenue)eton  jugera, 
par  leur  chilTre  et  par  leur  détail,  de  Timportance  des  travaux 
elTectués. 

Déjà,  dans  le  compte  de  13-27,  Q^^  J'^i  publié  ci-dessus,  on 
avait  pu  lire. 

Pour  réparacions  faites  en  lostel  de  Braye  par  Jean  Le  Cordier 
dont  le  diz  Jean  a  rendu  les  parties  oïes  examinées,  par  devant 
Madame  et  noz  seigneurs  oyans  les  comptes,  cxij  livres,  vj   sols,  viij 

deniers. 

Jteem.  Pour  l'^  de  tuile  prinze  en  la  tuilerie  de  Braye  par  Monsieur 
Jean  Lange,  converti  en  la  couverture  ie /'os/e/ de  Braie,  xx  sols, 
par  la  relation  dou  dit  Monsieur  Jehan. 

Des  réparations  de  moindre  importance  figurent  au  compte 
de  i332,  mais  il  est  bien  spécifié  par  le  rédacteur  qu'elles 
sont  faites  au  chastel  et  non  à  Thostel  ;  il  est  même  utile, 
pour  appuyer  sur  cette  distinction,  de  reproduire  ici  le  texte 
auquel  je  fais  allusion  : 

Pour  rappareillier  le  pont  dou  cluislel  (i)   par  devers  la  ville  de 

(1)  Il  semblerait  à  lire  cet  article  que  le  pont  a  par  devers  la  ville  »,  c'est-à-dire  jeté  sur 
les  fossés,  en  face  la  tour  carrée  de  la  face  S.  O.de  l'enceinte,  fut  dormant.  II  devait,  en  cfTct, 
en  être  ainsi  pour  permettre  les  relations  continues  entre  l'intérieur  du  château  et  les  grou- 
pes de  maisons  qui  s'élevaient  aux  alentours.  Du  reste,  on  sait  quelle  était  à  ce  momen*  la 
parfaite  sécurité  du  pays. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  Siy 

planches  noives.  prinzes  ôs  lois  Madame  à  La  Leschiére  (  i).  cosper 
ycelles  au  bois  et  esquarrir,  le  tout  fait  en  tasche  par  Jean  de  Man- 
dres,  charpentier,  marchié  fait  à  lui  par  lechastelain  de  Braye,  xx 
sols. 

Item,  Pour  la  voiture  Jehannin  de  Biauroure  (2),  à  111  chevaux, 
par  1  jour,  à  amener  du  bois  les  dictes  planches,  et  pour  aydes  à 
charnier  au  bois  :  pour  tout  viij  sols 

Item.  Pour  plusieurs  mises  faites  par  le  chastelain  en  cas  de  né- 
cessité, pour  certains  ouvrages  au  chastel  de  Braye,  dont  les  parties 
examinées  par  la  geni  de  l'ostel  Madame  rendue  à  court,,  Ixxvj  sols. 

L'année  suivante  (i333)  le  compte  des  dépenses  accuse 
des  travaux  (3)  qui  ne  sont  plus  taxés  de  réparations  et  qui 
pourraient  être  considérés  comme  travaux  neufs. 

Pour  deniers  bailliez  à  Godefroy  de  Feniéres,  chastelainde  Braye, 
pour  faire  certains  ouvrages  de  charpenterie  ouchastelde  Braye, dou 
commandement  Madame,  dont  les  parties  examinées  par  mes 
seigneurs  les  maistres  de  lostel  Madame  sont  e-^criptes  en  1  comnte 
seur  ce  fait  et  rendu  par  lui  à  diz  seigneurs,  le  XXV^Ill''jourdejanvier 
l'an  XXXll, scellé  du  scel  Madame,  rendu  à  court  avec  illettrés  qui  y 
appartiennent  :  xxij  livres  ij  sols  vj  deniers  parisis  et  3  tournois.  A 
cousu  au  roulle  dessus  dict. 

Au  dit  Godefroy,  pour  faire  certains  ouvrages  de  maçonnerie  ou 
dit  chasteK  dont  les  parties  examinées  par  mes  diz  seigneurs,  sont 
escripies  en  1  compte  fait  seurceet  rendu  par  lui  à  mes  diz  seigneurs 
le  dit  jour,  auquel  les  lettres  de  Madame,  données  à  Braye  en  l'an 
et  au  jour  dessus  diz  sont  annexées,  adrecées  pour  ce  au  receveur, 
le  tout  rendu  à  couri, ensemble  ix  lettres  qui  y  appartiennent  :  cxviij 
livres,  xij  sols  vj  deniers  parisis  et  I  tcurnois.  Celui  compte  a  cousu 
au  roulle  dessus  dict. 

Le  détail  de  ces  ouvrages  ne  nous  est  pas  parvenu,  mais 


(i  i  Nous  avons  déjà  r  nco  tré  ce  nom  au  cours  des  page^  précédentes.  Il  s'agit  de  la  foret 
appelle  aujourd'hui  Li  LcchelU  qui  touchait  au  bois  de  1  ossigny  et  qui  appartenait  au 
doni;.ine  de  Prie.  On  veira  pius  loi  les  comptes  aflerents  au  gruitr  de  cette  zone  forestière. 

2,  Bt-auroure  ou  Beaurouvre  ;  nous  disons  Beaurose.  C'est  une  ferme  de  la  commune  de 
Ft-rolles-AttilIy,  appartenant  aujourd'hui  à  M.  Georges  Drouin,  propriétaire  du  château  de  la 
l'arro. 

(5)  je  ne  cite  ici  que  pour  mémoire  l'article  suivant  :  «  Pour  deniers  bailliez  et  renduzau  dit 
Monsieur  Geuflroy  (Le  Veneur)  qu'il  avoit  paie  pour  certains  ouvrages  faîz  es  hosticx  Madame 
à  Braye.  dont  les  parties  examinées  par  mes  seigneurs  1rs  gens  de  l'ostel  Madame  samedi 
xiij  jours  de  m  rs  l'an  XXXII  (i?3î  n.  s.)  contenues  en  I  roulle  fait  seur  ce  et  suz  autres 
ojvrages  rendu  à  court  avec  les  mandemenz  faisanz  à  ce  et  ensemble  1  mandement  de 
Madame,  adrccié  pour  ce  faire  tant  audit  monsieur  Geufroy  comme  au  dit  rcccvcur.donné  à 
Braye  le  x«  jour  de  janvier  l'an  XXXII  .  xlviij  livres,  xiij  sols,  vj  deniers  parisis.  »  Les  hostiex 
dont  il  est  question  sont  des  hostises,  c'cst-à-dirc  des  maisons. 


3l8  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

il  est  impossible  de  ne  pas  les  rapprocher  de  l'achat  des  mai- 
sons, maisonnettes,  ou  jardins  situés  à  côté  de  rhôtelou 
devant  le  chastelpour  «  escroissement  de  Thôtel  Aladame.» 
Lesdeuxopérations  se  suivent  si  bien  que  l'une  semble  la  con- 
séquence de  l'autre.  Ce  qui  tend  à  prouver  qu'il  s'aprit  dans 
renoncé  ci-dessus  de  travaux  neufs  exécutés  pour  compléter 
le  manoir  seigneurial. 

Au  compte  de  i33G,  je  trouve  insciite  une  somme  de  i(V}8 
livres  7  sols,  4  deniers  parisis,  comptés  à  Jean  de  Mandres, 
charpentier,  et  à  Guillaume  I^iquart,  maçon,  «  maître  des 
œuvres  Madame  ».  La  dépense  est  considérable.  Il  est  vrai 
qu'il  s'agit  d'nuvrages  exécutés  en  divers  lieux.  Le  compte 
encore  ici  est  muet  sur  la  nature  de  ces  travaux  ;  il  se 
borne  à  mentionner  les  dates  de  cédules  de  paiement,  (i)  Je 
n'oserai  pas  affirmer  que  dans  cette  grosse  dépense,  il 
faille  comprendre  des  travaux  exécutés  au  château  ;  mais 
toute  hésitation  cessera  devant  le  document  suivant  qui  suit 
les  comptes  de  L^îSC.  En  voici  l'intitulé  : 

Le  long  abrégié  des  ouvrages,  tant  de  maçonnerie  comme  de 
charpenterie,  feiz  es  hostieux  et  manoirs  Madame  par  Guillaume 
Piquart,  maçon,  et  Jehan  de  Mandres,  charpentier,  maîtres  des 
œuvres  Madame,  depuis  environ  la  S.  Andry,  Tan  CCCXXXlIll, 
jusques  au  IX'=  jour  de  janvier  l  an  CCCXXW'l,  que  le  lonc  compte 
en  fu  examiné  en  l'ostel  de  ma  dite  dame. 

Ce  compte  ne  saurait  se  confondre  avec  le  précédent  bien 
qu'il  s'agisse  encore  des  mêmes  entrepreneurs  et,  en 
apparence,  des  travaux  exécutés  à  peu  près  à  la  même  date. 
En  elTet,  le  montant  du  mémoire  du  charpentier  s'élève  ici  a 
jcjS  livres,  18  sols,  (3  deniers  parisis,  tandis  que  pour  les 
ouvrages  indiqués  ci-dessus  il  lui  estaccordé  83i  livres  i  sol 
9  deniers.  Pareillement  le  maçon  reçoit  14(18  livres  18  sols  8 
deniers  tandis  qu'au  compte  précédent  il  n'est  compté  que 
pour  707  livres,  5  sols,  11  deniers.  Les  dilïérences  entre  les 


(I)  Pour  Jean  de  Mandres.  il  est  mentionné  quatre  cédules  datées  :  l'- du  lendemain  de  la 
St-Reniy  1356.  a  Brie  ;  2-  du  10  novembre  suivant  ;  V  deux  du  5  janvier  n^y:.  à  Crécv.avec 
un  total  de  831  livres,  l  sol  9  deniers. 

Pour  Guillaume  Piquart,  trois  cédules  :  i'  deux  du  2  octobre  l>>6à  Erie  ;  2-  deux  du  12 
novembre  et  du  vendredi  après  Noël  suivant,  donnés  à  Crécy,  pour  une  somme  de  707  livres 
5  sols.  II  deniers. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  SlQ 

totaux  des  mémoires  de  ces  entrepreneurs  sufttraient  bien 
à  établir  qu'il  ne  peut  y  avoir  aucune  cofrfiision  entre  eux. 
J'ajouterai  pour  Ibrtilier  cet  argument  que  les  comptes  des 
«  ouvrages  tant  de  maçonuerfe  que  de  charpenterie  feiz  es 
hostieux  et  manoirs  ji  que  vise  le  «  long  abrégié  »  ont  été 
réglés  postérieurement  à  ceux  qui  ontfait  Tobjet  de  plusieurs 
cJdules  dont  je  donne  les  dates  en  note.  La  dernière  de  ces 
céduïes  est  du  3  janvier  iSSy  tandis  que  «les  comptes  originals 
(du  long  abrégé)  en  furent  examinés  en  Tostel  de  Madame  à 
Crécy  le  W  jour  de  janvier  Tan  mil    CCCXXXVI  »  (n.  s. 

Avant  de  donner  la  copie  de  l'intéressant  document  qui 
va  suivre,  je  préviens  le  lecteur  que  je  mets  en  italique  tout 
ce  qui  n'a  pas  trait  au  château  proprement  dit,  quoique  se 
rattachant  à  l'ensemble  de  ses  dépendances.  Après  le  titre 
ci-dessus,  «  le  long  abrégié  »  se  poursuit  ainsi  : 

Et  premièrement,  maçonnerie  par  le  dit  Guillaume-Piquart. 

Premièrement.  Pour  cent  et  une  livres  d'estain  pour  soudeure  (i), 
iiij  sols  parisis  (2). 

liem.  Pour  plommer  les  alées  (3)  douchastel,  pour  plonc.  poiz  et 
voiture  d'icelle  :  cxix  1.  xvii)  s.  iij  d    p. 

lian.  Pour  paver  de  quarriaux  plommèz  (4)  la  galerie  de  la  cham- 
bre de  Madame  devers  la  court  (s)  :  xij  1,  xij  d.  p. 

liem.  Pour  faire  plusieurs  ordenences  (6)  en  la  chambre  souz 
le  confesseur  qui  estoit  ordepée  pour  le  chastelain  (7)  :  c  sols  parisis 

1 1  11  n'est  pas  absolument    spécifié    dans   cet  article  que  cet    étain  ait  été  employé  au 
château.   Cependant  je    n'ai  point  distrait  cette  dépense  parce  que.  à  lire  l'article  suivant  et 
(  ivers  autres  que  l'on  trouvera  dans  le  mémoire,  on  peut  très  bien  cortsidérer  que  cet  étain  a 
été  employé  à  des  soudures  exécutée^  au  château  même. 
(2J  Tout  est  compté  en  monnaie  parisis,  sauf  indication  contraire, 

'  ?)  Le  mot  alic  ne  doit  pas  s'entendre  dans  le  sens  actuel  d'allé:,  passage  découvert  ou  non, 
planté  d'arbres  ou  non, pour  se  rendre  d'un  endroit  d'une  maison  a  une  autre.  Un  article  que 
I  on  trouvera  plus  loin  indique  qu'il  s'agit  \é\  du  chemin  de  ronde  réserve,  au-dessus  des 
bàtiiucnts.  à  la  hauteur  et  pour  le  service  des  créneaux. 

11  est  parlé,  en  effet,  dans  un  article  ultérieur,  de  «tout  le  pavement  des  alées  des  <  ré" 
niaux  ».  Ce  pavage  était  fait  probablement  aVec  des  pierres  jointoyées  avec  du  plomb,  mé- 
langé sans  doute  avec  de  la  poie.  Sans  m'arréter  à  ce  mode  de  construction,  il  faut  en  con- 
clure que  ce  travail  dût  être  fait  aussitôt  après  l'achèvement  des  bâtiments  du  château. 

(4)  Carreaux  polis  avec  une  molette  de  plomb. 

i.V)  Il  est  a  retenir  que  cette  galerie  existait  le  long  de  la  façade  intérieure,  du  côté  de 
la  cour,  j'invoquerai  cette  indication  lorsque  je  parlerai  de  la  distribution  intérieure  du 
château. 

(6;  Arrangements,  dispositions. 

(7)  11  semblerait  d'après  cet  article  que  le  châtelain,  c'est-à-dire  rofficier  commandant  le 
château  ou  régisseur,  eut  supprimé  sa  Joge  au  dehors. 


1 


32U  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 


Item.  Pour  J lire  II  fours  à  rentrée  du  jardin  (i)  MaJame  far 
darriery  pour  faire  une  cloison  autour  le  puis^  pour  faire  I  pestrin^é 
autres  choses  appartenans  aux  diz  four  s  ^  et  paur  faire  une  cheminée 
en  la  fruiterie  et  pour  plusieurs  fenestrages  et  huisseries  :  xx  livra 
panais.  : 

Item.  Pour  faire  une  escriptouère  (2)  pour  Thibant  Dostun,  pour  i 
une  chambre  nécessaire  (3)  en  la  chambre  au  fisicien  (4) respmi- 
dant  (5)  à  une  autre  chambre  aup(re's  «6)  pour  faire  le  mur  d'au- 
tour le  prael  (7)  au  tisicien  et  pour  faire  plusieurs  huis  et  fenes-  : 
très  (8)  :  viij  1.  xiij  s.  ij  d.  p. 

Item.  Pour  faire  une  garde  robe  et  unes  chambres  aysiécf 
amprôs  (9)  'a  tour  quarrée  devers  la  ville  '  10)  :  xxx  livres  parisis. 

Item.  Pour  faite  les  aires  (11)  dessouz  la  chambre  au  conlessear 
et  de  la  chambre  Thibaut  Dostun  :  pour  ce,  xl  sois  parisis. 

Item.  Pour  faire  les  menguères  où  les  chevaux  au  mestres  de 
l'ostel  furent  hesbergiéz  :  xxxij  sols  parisis. 

/tem.  Pour  faire  unes  chambres  nécessaires  nueves  faites  suz  les 
fosséz  pour  le  commun  (12)  :  vj  1.  p. 


(1)  Ce  Jardin  doit  élre,  à  mon  sens,  regardé  comme  distinct  des  jardins  dont  il  sera  parlé  d 
plus    loin.    Dans  un  document  du  XVII*  siècle  nous  savons  que  l'on  appelait  jardin  la  baa4e  ^ 
de   terrain   entre   les  fossés  et  les  murs  du  château   De  même,  on  donnait  aussi  ce  nom  àM  i 
terrain  situé  ûu   de  là  da  foisés,  entre  ces  derniers  et  les  murs  de  la  ville  dans  la  partie  atte- 
nant au  jardin  de  la  ferme  actuellement  occupée  par  M.  Derroubaix.  On  trouve,  en  effet. dans   • 
le  tableau    indicatif  des  rues  de   Brie-Comte-Robert   dressé  en  I7?<>  cette  mention   ;  «  Uae 
maison   et  une  cour  commune     attenant  à     la    maison    anciennement    appelée    la  Trinité) 
et  un  jardiu  tenant  au  mur  de  la  ville  i/u'on  dit  être  dépendant  du  château,  b 

(2)  ('abinet  d'étude. 

(5)  Une  garde-robe,  cabinet  d'aisance. 

(4)  Le  médecin. 

iS)  Qui  correspond,  qui  desiert  aus»i.  . 

(6.  J'avais  lu  une  première  fois  (V.  Le  Château  de  Hne-Comte-Robert.  liM>,  in-8»;  auprès,  c'est" 
à-dire  chambre  voisine  de  la  première,  une  seconde  lecture  me  fait  voir  que  le  rcdactcir 
écrit  ampti  probablement  pour  umpres.  Dans  ce  cas,  on  pourrait  voir  dans  ce  mot  une  comqK 
tion  de  amples  venant  d'amplius,  ce  qui  signifiait  une  chambre  plus  grande  que  celle,  votsne, 
dont  il  est  parlé.  Cependant  on  lit  plus  bas  le  même  mot  et  le  sens  de  la  phrase  laisserait  j 
entendre  que  ampres  est  la  pour  auprès. 

(7)  Le  poë  e  (appareil  de  chauflage).  | 

(8)  Déjà   à  l'article  précédent,  il  est  question  de  huisseries  et  fenestrages.    II  est  doutettit 
que  dans  le  compte   du  maitre  maçon,   il   puis.*^e  être  que.stion  des  bois  employés  pour  ers 
fermetures,   d'autant    qu'on   les   retrouvera  dan^  le  mémoire   du  charpentier,.  11  s'ag;it.  très     i 
certainement,    du   percement,  de   l'encadrement,  des  montants  et  lintaux  de  ces  ouvertures     \ 
fait  s  à  nouveau. 

(9)  Voir  la  note  h  précédente.  1 
<  10)  La  tour  carrée  en  opposition  avec  la  tour  Saint-Jean  qui  était  aussi  carrée.  On  l'appe- 
lait tour  de  Brie  ou  tour  de  la  v  lie.  (^est  celle  dont  il  reste  encore  l'arcade  ogivale  dont  Ic^ 
pied-daiits  sont 'd'ailleurs  à  moitié  enterrés.  J'ai    donné   une  vue  photographique    de  cettt 
ruine  comme  frontispice  du  chapitre  11.  p.  S7. 

Mij  Faire  les  aires,  doit,  je  crois  s'entendre  par  la  confection  de  l'endroit  servant  de 
plancher  ou  pouvant  recevoir  un  plancher. 

(12)  Je  conserve  cet  article  dans  la  liste  des  travaux  exécutés  pour  le  château,  bien  qu'il 
semble  que  l'édicule  dont  on  parle  no  le  touchât  pas,  parce  que  on  peut  le  considérer 
comme  la  conséquence  de  l'agrandissement  du  manoir. 


DE  BRIE-COMTE- ROBERT  321 

Item.  Pour  les  tuiliaux  achetez  pour  les  contrecuers  (i)et  les  fours: 
xlvviij  sols  parisis. 

Item.  Pour  faire  une  nécessaire  en  l'escripture  meslre  Henry,  une 
sur  les  créniaux  pour  les  chapelains  et  pour  curer  tous  les  néces- 
saires :  xj  livres  x  sols. 

Item.  Pour  yraingnes  (2)  de  fer  mises  en  la  tour  devers  la  ville, 
pour  voires  mis  illeuc  (3)  et  pour  autres  ouvrages  fgiz  es  aumaires  (4) 
de  la  dite  tour  :  pour  tout  ce  xxij  livres  jcix  sols  x  deniers  parisis. 

Item.  Pour  poindre  (5)  la  chambre  noz  dames  (6),  le  garde-robe, 
la  sa/e  et  la  chapelle  et  en  plusieurs  autres  lieux  de  Vostel  (7)  Iviij 
livres  xix  sols  vj  deniers. 

Item.  Pour  plusieurs  ouvrages  faiz  à  journées  ou  dit  chastel  c'est 
assavoir  d'assouère  (sic)  tout  le  pavement  des  alées  des  créniaux, 
pour  mieux  tenir  le  plomb  ;  enduire  de  piastre  la  chapelle  par  en 
haut  et  par  en  bas.  enduire  de  piastre  la  galerie  Madame  devers  la 
court,  et  de  enduire  toutes  les  chambres  pointes  dou  dit  hostel  (8) 
pour  faire  I  portail  de  taille  (9)  (devant)  la  cuisine,  faire  contrecuers 
à  cheminée  et  plusieurs  autres  menues  choses,  pour  piastre  chaux, 
sablonet  pour  tout  :  vj»»  x  livres,  xvij  sols  ij  deniers  parisis. 

\tem.  Pour  onvrages  faiz^  contenuz  en  I  compte  rendu  par  Godefroy 


(i)  Contreciun,  contre-cœurs,  partie  de  la  cheminée  qui  est  entre  les  deux  jambes,  entre 
l'atrc  et  le  tuyau. 

(2)  Probablemeut  châssis  destinés  à  recevoir  des  vitres  (v.  la  note  ci-après). 

(3)  Le  mémoire  doit,  ici,  mentionner  une  modification  dans  l'éclairage  de  la  tour.  Peut- 
être,  auparavant,  cetse  modification  avait  été  faite  à  la  tonrht-jean.ll  semble  que  jusques  là 
es  fenêtres  de  cette  tour  n'étaient  point  munies  de  verres  à  vitre.  Ce  n'est  qu'en  1330. 
c'est-à-dire  au  moment  où  ces  réparations  sont  faites,  que  Philippe  VI  donna  l'autorisation 
de  créer  à  Bézu,  en  Normandie,  la  première  fabrique  de  verre.  Peut-être  cherchait-on,  en 
haut  lieu,  à  encourager  les  débuts  de  cette  industrie  nouvelle  en  France. 

(4)  Armoiies.  Ne  faudrait-il  pas  voir  dans  ce  terme  les  armoires  contenant  les  archives  et 
papiers  du  domaine. 

(5)  Peindre. 

(6)  11  serait  presque  à  croire  que  Jeanne  d'Evreux  et  ses  filles  n'avaient  qu'une  chambre 
lorsqu'el'es  venaient  à  Brie.  11  est  vrai  qu'à  cette  époque  (1334-1 536)  les  enfants  de  Jeanne 
avaient  à  peine  6  et  8  ans. 

(7)  J'insiste  à  nouveau  sur  cette  expression.  L'ostel  est  bien  ainsi  la  demeure  propre  de  la 
dame  du  lieu  ;  l'ostrl  était  ainsi  compris  dans  le  chastel  (v.  l'article  suivant  du  mémoire^. 

(8)  11  est  impossible  de  se  méprendre  à  cette  partie  des  travaux.  Le  maçon  manque  là  la 
terminaison  logique  des  constructions  neuves  qu'il  avait  faites  antérieurement.  Du  reste,  à 
un  article  ultérieur,  il  dit  qu'il  a  fait  la  «  fourme  de  la  chapelle  >  dont  il  enduit  les  murs.  Ce 
sont  les  agrandissements  exécutés  durant  les  années  précédentes  auxquelles  le  maçon  met  la 
dernière  main.  Il  est  à  remarquer  que  c'est  lui  qui  est  chargé  de  la  peinture  des  appartements- 
Ne  les  peint-il  pas  uniquement  à  un  lait  de  chaux  ? 

(9)  Je  suppose  qu'il  faut  entendre  eette  expression  par  portai]  f  n  pierres  de  tailles.  Elle 
ne  me  satisfait  cepcdant  qu'à  moitié,  mais  je  l'enregistre  faute  d'autse  explication.  Peut- 
être  faudralt-ii  lire  de  cailU  .' 

31 


322  HISTOIRE  DE  LA  VILLE 

de   Fenières,    pour  faire  la   cave  des   jardins    (/)   viij^^  x  vil  sols  ^  xj 
deniers  (2). 

lient,  ^our  la  f^alerie  nneve  (j)  des  jardins  Madame,  tant  pour  tasches 
comme  journées,  chaux  et  piastre  à  et  :  cxviij  livres  iiij  sols  vj  deniet^ 
parisis . 

Item.  Pour  la  fourme  de  la  chapelle  (4)  tant  poui  achat  de  pierres 
comme  pour  voitures  tasches  et  journées  d'ouvriers  :  ij*^  xxv  livres 
iiij  sols,  X  deniers  parisis. 

Item.    Pour  III^   LXIX  toises  de  mur  fai:^  autour  les  jardins  Mada- 


(l)  Le  rédacteur  veut  évidemment  parler,  da»  s  cet  article  et  ceux  qui  suivront  mis  en  ita- 
lique, des  grands  jardins  du  château,  aujourd'hui  la  propriété  de  M.  Orsat.Dans  la  carte  hors 
texte  qui  accompagne  ce  travail,  ces  jardins  sont  nettement  indiqués,  fis  étaient  limités  au 
midi  par  les  Bergeries  (qui  peut-être  en  faisaient  précédemment  partie),  à  l'Est  par  le  Cygne 
ou  les  carrières,  au  Nord  par  des  masures  faisant  le  côté  droit  du  chemin  de  Lagny.  le  long 
du  Tubœuf.  A  l'ouest,  le  plan  les  limite  par  la  route  de  Paris,  mais  au  XIV»  siècle  cette  route 
passait  plus  haut  entre  le  Cygne  et  Saint-Martin.  Les  jardins  du  château  venaient  jusqu'au 
fossé  de  la  ville  formant  la  suite  des  jardins  aménagés  le  long  des  murs  de  la  ville  entre 
ceux-ci  et  les  fossés  du  château.  Une  poterne  percée  dans  ces  murs  et  défendue  par  deux 
tourelles  —  dont  lessubstructions  se  retrouvent  dans  les  sous-sols  de  la  maison  de  M.  Pail- 
lard —  mettait  en  communication  le  château  et  les  grands  jardins,  en  franchissant  les  dciix 
fossés  parallèles. 

(2)   J'attire   l'pttention   du  lecteur  sur  la  rédaction  de   cet  article.    Les  travaux  exécutés 
font,  nous  est-il   dit,  l'objet   d'un   compte- rendu   séparé   fait  par  God^froy  de  Fenières,  lequel 
était  châtelain  de  Brie.  Os  travaux  ont  une  certaine  importance  puisqu'ils  se  soldent  par  177 
livres  9   sols   II  deniers.    A  entendre  le  rédacteur  du  compte,  il  ne  s'agirait,  en  l'espèce,  que 
de  terrassements,    car  il  me  serait  /mpossible  de   comproiidre  autrement   le  mot  faire  la  cave. 
c'est-à-dire   creuser.  Quel   est  donc    ce    travail,   grossier    en    lui-même,  qui  fait  l'objet  d'un 
compte-rendu    spécial?  Ne   faudrait-il    pas  croire   qu'il  s'agit  d'un  souterrain  creusé  dans  la 
longueur  des  jardins,  et  ^e  dirigeant  vers    le  Cygne  ou  les  carrières  jusqu'à  la  route  de.  Paris, 
ou  plus  loin,  vers  bois  du  Parc.  On  trouve  précisément  tl.insle  terrain,  qu'occupe  M.  Orsat  aujour- 
d'hui, des  traces  d'une  voûte  suivant  cette  direction.  Pcut-otrc  le  compte-rendu  spécial  avait-il 
pour  but  de  dissimuler  l'existence  de  ce  souterrain,  d'en  cacher  l'étendue  et  l'orientation.  On  se 
bornait  à  c'iUt  pour  mémoire  la  dépense  pour  les  registres  de  comptabilité,  pour  la  balance  des 
recettes  et  des  dépenses,  et  le  châtelain  savait  seul,  dans  l'entourage  du  seigneur,  où  se  trou- 
vaient ces   souterrains  et  le  parti  qu'on  en  pouvait  tirer.  Cétait  en  somme  une  partie  de  la 
défense  qu'il  importait  de  tenir  aussi  secrète  que  possible. 

(5  Y  a-til  quelque  corrélation  entre  cet  article  et  l'article  précé»lent  et  faudrait-il  enten- 
dre le  mot  galeaie  dns  le  sens  de  voûte  souterraine  r  I  a  chose  pourrait  être,  mais  cependant 
j'hésite  a  l'admettre.  L'architecture  de  l'époque  utilisait  fréquemment  la  disposition  en 
galerie.  Nous  avons  dit  plus  haut  que  le  maçon  Piquart  avait  construit,  à  neuf,  la  galerie  de 
la  chambre  de  la  reine,  du  côté  de  la  cour.  La  galerie  était  un  passage  pour  se  rendre  d'un 
point  de  l'habitation  à  l'autre.  Peut-être  existait-li  une  construction  de  ce  g-nre  pour  aller 
du  château  aux  jardins.  Il  aurait  fallu  alors  que  ci'tte  construction  partit  de  la  porte  du 
château  sous  la  tour  St-)ean  et.  dans  ce  'cas.  celle-ci  n'aurait  plus  servi  qu'au  passage  du 
seigneur,  lacces  de  l'intérieur  du  château  ayant  lieu  par  la  tour  opposée,  dite  de  la  vilUe. 
Ou  bien  s'agit-il  d'un  refuge  destiné  à  abriter  les  promeneurs  dans  le  jardin  en  cas  de  mau  - 
vais  temps.  Quoiquil  en  soit,  il  semblerait  qu'il  existait  déjà  une  galerie  dans  ces  jardins 
puisque  celle  dont  on  parle  ici  est  appelée  galerie   neuve. 

(4)  C'est  évidemment   de    la    chapelle   Saint-Denis,   tondée    peu    auporavant   par  la  reine 
Jeanne,  dont  il  est  question  ici.  j'y  reviendrai  plus  loin. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  323 

tne(i)j  pour  pierres^  voitures j  chaux ^  piastre^  maçonnage  et  couver- 
ture :  iiif  xxij  livres  viij solsij  deniers. 

Item,  ^our  voires  mis  es  fenêtres  des  dictes  galeries  Ci)  :  cxj  sols  ij 
deniers  ob.par. 

Item,  ^our faire  I  pan  des  meurs  es  jardins  (Madame  [y]  devers  la  ville  : 
Iv  sols  pari  sis. 

Item.  Pour  faire  rappareiller  une  maison  que  les  busches  (^)  de  la 
gai  nison  avoient  despéciée  et  pour  faire  le  cou  (^)  au  milieu  de  la 
court  et  plusieurs  autres  choses  nueves  :  xiiij  livres  xvij  so/s,  ij  deniers 
ob.  par. 


(i;  En  donnant.  plu«  haut,  la  limite  des  Jardins,  j'ai  exprimé  ]l'opinion  que,  peut-être,  à 
l'origine,  les  ^ergeria  en  faisaient  partie.  En  effet,  si  on  jette  un  coup  d'oeil  sur  le  plan-carte 
on  peut  se  rendre  compte  que  cette  longueur  — 379  toises  — correspond,  presque  mètre  pour 
mètre,  au  périmètre  des  Grands  Jardins  et  des  Bergeriev  réunis,  en  ne  tenant  pas  compte 
du  côté  qui  venait  s'appuyer  au  rû  ou  fossé  de  la  ville.  379  toises,  donnent,  en  chiffres 
ronds,  740  mètres  (738.67);  or,  lepérimétre  sus-indiquémesure,en  partant  des  fossés,  37  centim. 
ce  qui, à  l'échelle,  accuse  740  mètres,  la  coïncidence  est  au  moins  curieuse.  D'aurre  part, 
à  l'inspection  seule  du  plan,  il  semble  presque  logique  que  le  terrain  des  bergeries  ait  fait 
partie  des  grands  jardins  du  château.  Ces  jardms  avaient  certainement  une  entrée  sur  le  rû, 
des  Ecorcheries,  alors  le  chemin  de  Tournan,  et,  en  face,  sur  la  rue  conduisant  à  la  route  de 
Paris  et  rejoignant  cette  dernière  à  l'EpinelIe.  Cette  rue  avait  à  peu  près  la  direction  de  la 
route  actuelle  qu'elle  a  déterminée. 

f2)  Si,  comme  je  le  suppose  et  comme  cela  est  très  vraisemblable,  le  rédacteur  a  voulu 
désigner  ici  la  galeries  du  jardin,  l'ancienne  et  la  neuve,  puisqu'il  parle  lui-même  de  la  galerie 
neuve  qu'il  vient  d'exécuter,  on  voit  que  j'étais  fondé  à  attribuer  au  mot  galerie  un  sens  autre 
que  celui  de  souterrain.  11  apparaît  bien  que  les  galeries,  en  question,  lieu  de  passage  ou  abri, 
sont  des  constructions  extérieures.  Peut-être  dans  cette  désignation  /«  dictet  galeries  faut-il 
comprendre  la  galerie  des  jardins  et  celle  de  la  chambre  de  la  reine. 

(3)  Cet  article  viserait  la  portion  des  murs  des  grands  jaadins  bordant  le  fossé  de  la  ville 
(rû  de  Tubœuf).  Cette  portion  était  d'étendue  très  restreinte.  J'y  reviendrai  plus  loin  à  propos 
du  mémoire  du  charpentier,  Jehan  de  Mandres. 

(4,  Busches  me  paraît  être  écrit  ici  pour  brisches.  Mais  si  cette  lecture  est  exacte  je  n'en 
reste  pas  moins  embarrassé  pour  interpréter  cet  article.  Brische  ou  briche  est  un  vieux  mot 
français  qui  signifie  engin  et  particulièrement  un  engin  de  guerre  qui  s'appelait  la  bricole. 
Celle-ci  semble  avoir  été  une  sorte  de  catapulte  ou  de  baliste  lançant  des  pierres  ou  des  balles 
de  plomb.  Un  passage  de  Froissard  pourrait  laisser  cependant  entendre  que  la  bricole  lançait 
aussi  des  traits  :  <k  Et  nous  logerons  au  plus  prez  de  la  ville  que  nous  porrons,  hors  du  tr4it  de 
leurs  bricolles.  »  je  crois  que  l'expression  hors  du  trait  coit  être  interprêtée  hors  de  la  portée. 
Mais  si  les  brisches.dont  parle  le  compte  du  maître  maçon  de  la  reine  )eanne,sont  les  balistes 
de  la  garnison,  il  faudrait  supposer  que  leur  maniement  causa  des  dégtâs  à  une  maison  voisine. 
Or.  comme  en  1 334-1 336,  on  étaii  en  pleine  paix  et  qu'il  n'est  pas  question  d'une  opération  de 
guerre  à  Brie  ou  dans  ses  environs,  force  serait  d'admettre  que  ces  dégâts  sont  la  suite 
^exercices  militairet.  Je  ne  vois  pas  d'autre  explication  plausible  si  particulière  que  soit  la  con- 
clusion à  laquelle  on  arrive. 

(5)  Je  lis  bien  cou,  mais  il  y  a  peut-être  fou. Godefroy  ne  donne  pas  le  sens  de  mot.  J'ivancc, 
avec  beaucoup  d  hésitation  cependant,  qu'on  pourrait  peut-être  interpréter  ce  mot  dans  le 
sens  de  puits  perdu  et  supposer  un  argument  en  faveur  de  ma  thèse.  La  disposition  des  mai- 
sons, jardins  et  autres  constructions  qui  encombraient  la  vieille  enceinte  de  1208,  la  construc- 
tion des  nouveaux  bâtiments,  régulièrement  distribués  le  long  de  cette  enceinte, laissant  sur 
leur  milieu  une  cour,  avaient  dû  nécessiter  un  système  pour  l'écoulement  des  eaux  pluviales* 
Pour  les  pentes  de  la  toiture  regardant  l'extérieur,  ce  n'était  pas  une  difficulté,  mais  pour  les 
autres  }  Il  avait  fallu  songer  à  leur  résnion  d'abord,  à  leur  absorption  ensuite,  ce  qui  devait 
se  faire  par  un  puits  perdu,  un  trou  situé  naturellement  au  milieu  de  la  cour. 


324  HSTOIRE   DE   LA   VILLE 

lUin.  Huur. ...  (i|  la  vîcz  vîz  (3)  d'acnmi  U courte!  poarcn  reliure 
une  nucve,  pour  peine,  piastre  el  pour  autres  choses  :  iii)"  livres  irj 
sols,  X  deniers  ob-  par. 

Grossa.  —  Somme  de  tons  les  ouvrages  faiz  â  Bnye  :  xiiij* 
iiij**  xvîij  livres  xviij  sols  viij  deniers  ob.  par.,  valtcot>  xviij'  Ixxiq 
livres  lij  soiS,  i  deoier  tournois. 


l'LAV  D'ENStMBLE  DU  rHATKAU  DE  BRIE-COMTE-ROBERT  ET  DE  SES  FOSSES 


cour  duchdleau.  Y  lur 
;  il  est  purlé  lu  prtcéd 
1  recherch».  (V.  cepen< 


compte  du  charpentier.; 


DE  BRIE-COMTË-RÔBERT  325 

Despense  commune  : 

Premièrement^  pour  messages  envoiéz  et  pour  vins  des  marchiez  (i)  ; 
vij  livres  parisis. 

Item.  Pour  grossier  et  doubler  (grossoyer  et  transcrire  en  double) 
ce  présent  compte  Ilfoiz  :  xij  livres  parisis. 

Grossa.  —  Somme  de  dépense  commune  :  xix  livres  parisis, 
valent  xxiij  livres,  xv  sols  tournois. 

Charpenterie. 

Le  grant  abrégié  dou  compte  des  ouvrages  de  charpenterie  faiz  es 
ostiex  Madame,  rendu  par  Jehan  de  Mandres,  charpentier. 

Braye.  Pour  achat  de  merrien.  pour  les  ouvrages  des  galeries  qui 
sont  dessus  la  cave,  pour  les  ouvrer,  pour  tuile,  couverture,  late, 
clou,  pour  lambroissier,  voitures  de  merrien,  siage  d*ais.  pour  bort 
d'Illande  à  faire  fenestres,  huys,  pour  la  ferreure  d'yceux  huis  et 
fenestres  et  pour  pointures  faites  es  dictes  galeries  :  ij*^  iiij"  xj  livres, 
V  sols  parisis. 

Item.  Pour  autres  ouvrages  faiz  ou  corps  dou  chastel  aux  journées 
de  Madame  :  c*est  à  savoir  pour  le  degré  de  la  chambre  au  confessor, 
pour  le  merrien  de  la  galerie  Madame  sur  la  court,  pour  le  merrien 
mis  es  chambres  dessouz  le  confesseur,  pour  une  poutre  et  autre 
merrien  mis  en  la  fruicterie,  pour  unes  chambres  nécessaires  en  la 
chambre  aux  escriz  Madame,  et  pour  les  nécessaires  aus  chapelains 
sus  lescréniaux.  et  pour  grant  quantité  de  huiset  de  fenestres  faiz  ou 
dit  hostel  et  pluseurs  autres  menues  besoingnes.  ferreures,  serreures. 
late.  clou  et  piastre  :  vj"  xvij  livres  in  sols  i  denier  parisis. 

Item .  Pour  poindre  la  galerie  devant  la  chambre  Madame  xxj 
livres  parisis. 

Item.  Pour  faire  II  aumaires  en  la  tour  devers  la  ville  :  xlvj 
livres,  xiij  sols,  vj  deniers  parisis. 

Item.  — Pour  grant  quantité  de  lambrois  mis  es  galeries  et  ailleurs 
à  Crécy  et  Coulommiers,  pour  clou  et  pour  bort  d'Illande  :  pour  tout 
iiij**  xvij  livres  xj  sols  ij  deniers. 

Item.  Pour  faire  unes  chambres  nécessaires  sur  les  fosséz,  pour  le 
commun,  xiiij  livres  par. 

Item,  Pour  la  charpenterie  de  la  garde-robe  joignant  à  la  tour 
devers  la  ville,  pour  la  couverture  d'ycelle,  pour  lambroys  et  lam- 
broissier, clous,  ferreures,  pour  huis  et  fenestres,  pour  pointures  et 
pour  voires  :  Ix  livres  xiij  sols  par. 


(l)  Cette  locution  se  comprend  d'elle-même. 


326  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

Item.  Pour  merricn,  poinne  et  voitures  de  la  viz  (  i  )  par  où  Too 
monte  es  prisons  ;  xxxj  livres  vj  deniers  par. 

Item,  Pour  ouvrages  de  charpenterie  faiz  es  tournelles  (2)  joingnans 
aus  murs  des  jardins  ^  tant  pour  merrien^  plomb ^  tuile^  clou  et  couver- 
ture^ pour  les  portes,  et  huis  desdites  tournelles  y  /erreur  es  et  tout  ce  qui 
y  appartient^  iiij^^  une  livre  xiij  s.  p. 

Item.  Pour  serreures,  gons,  verdelles,  loquez  et  plusieurs  autres 
mêmes  parties  de  charpenterie  :  xj  livres  xij  deniers. 

/tem.  Pour  menuz  ouvrages  faiz  au  pressouer  et  ailleurs  hors  dou  dit 
chastel^  et  pour  les  vins  des  marchiez  dessuz  diz^  escriptures,  cyrogreffes 
et  quitances  :  vj  livres^  v  sols^  ij  deniers  parisis. 

Somme  toute  des  ouvrages  de  charpenterie  faiz  ou  chaste!  et  en  la 
ville  de  Braye  :  vij*^  iiij"  xviij  livres  xiiij  sols  vj  deniers  obole  parisiS' 
valent  ix^  iiij"  xviij  livres  viij  sols  ij  deniers  pougeois  tournoie. 

Dépense  commune.  Pour  messages  envoiéz  et  pour  grossier  et  doubler 
ce  présent  compte  :  xiiij  livres  parisis. 

Somme  par  soy  xiiij  livres  par,  valent  xvij  l.  x  s.  tourn. 

Il  fut  donc  ainsi  dépensé,  en  travaux  neufs,  tant  à  l'hostel 
qu'au  chastel  de  i332  à  i336  : 

En  maçonnerie 693  livres  10  sols  2  deniers. 

En  menuiserie  et  charpente  (3)  820  livres  16  sols. 

Soit  une  somme  totale  de  .  .  i5i4  livres   6  sols  2  deniers. 

J'ai  pris  plus  haut  pour  base  comparative  de  la  valeur  de 
l'argent  avec  notre  époque  le  prix  du  septier  de  froment  sans 
dissimuler  combien  ce  prix  était  soumis  à  des  fluctuations 


(l)  Il  me  semble,  jusqu'à  plus  ample  informé,  que  cette  viz  et  celle  dont  il  est  question  au 
compte  du  maçon  sont  la  même  chose.  Le  charpentier  n'a  pas  à  s'occcuper  de  l'ancien  escalier 
démoli  par  le  maçon  :  il  n'a  à  parler  que  du  nouveau,  construit  à  la  place  et  des  travaux  exé- 
cutés pour  le  terminer.  Il  existe,  dans  le  château,  une  tour  dans  laquelle  la  légende  veut  qu'il 
y  ait  des  oubliettes.  C'est  probablement  contre  cette  tour  qu'était  accolée,  du  côté  de  la  cour. 
la  viz,  l'escalier,  en  question. 

(2;  J'ai  dit  plus  haut,  en  parlant  des  murs  de  la  ville,  que  la  poterne  du  château,  celle  qui 
ouvrait  sur  les  grandsjardins,  était  défendue  par  deux  tourelles  placées  de  chaque  côté 
de  l'ouverture.  J'ajoutais  que  les  fondations  de  l'une  de  ces  tourelles  se  retrouvait  dans  la 
maison  de  M.  Paillard.  Ce  sont  là  les  tournelles  dont  il  est  parlé  dans  le  compte  du  charpentier. 
On  comprend,  alors,  que  de  ce  cô:é,  le  maçon  n'ait  pas  été  dans  la  nécessité  de  faire  des 
murs  de  clôture  aux  jardins.  (V.  à  cet  égard  ce  que  je  dis  plus  haut  sur  le  périmètre  de  ces 
murs.)  Les  tournelles  remplissaient  presque  tout  l'espace,  entre  le  débouché  du  pont  et  le 
point  d'où  partait  le  mur  de  clôture  des  jardins. 

(9)  On  a  pu  se  rendre  compte  en  lisant  le  mémoire  du  charpentier.  Jehan  de  Mandres.  que 
les  travaux  dont  il  donne  le  détail  étaient,  en  grande  partie,  des  travaux  de  menuiserie  et  même 
de  serrurerie.  Sans  nul  doute,  on  trouverait  les  ouvrages  de  chapente  exécutés  par  lui  au  châ- 
teau dans  les  mémoires  qui  provoquèrent  les  cédules  de  paiement  dont  j'ai  déjà  parlé,  et 
s'élevant  a  8^0  livres  m  sols  9  deniers. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  327 

provenant  de  causes  diverses.  Mais  on  peut,  avec  beaucoup 
plus  de  précision  et  de  certitude,  évaluer  la  dépense  ci-dessus 
en  notre  monnaie  actuelle. 

Dans  le  compte  de  i336.  nous  voyons  que  Jehan  le  Fau- 
cheur, de  Braye,  est  payé  trois  sous  l'arpent  pour  faucher  les 
prés  de  la  reine  Jeanne.  Ce  même  travail  se  paie  aujourd'hui 
de  6  à  7  francs.  Sa  valeur  représentative  est  évidemment 
restée  la  même.  Il  n'y  a  rien  de  changé  ni  dans  les  outils,  ni 
dans  la  manière  d'opérer.  Le  salaire  du  XIV'  siècle,  comme 
celui  du  XXs  constitue  la  rémunération  des  forces  du  travail- 
leur. En  un  mot,  il  y  a,  autant  qu'on  peut  le  désirer,  identité 
entre  les  deux  situationsde  sorte  qu'on  peutétablir  que  trois 
sous  du  XlVe  siècle  valent  six  à  sept  francs  de  notre  monnaie  ; 
je  m'arrête  à  la  plus  faible  de  ces  sommes. 

D'autre  part,  la  valeur  représentative  de  travaux  de  maçon- 
nerie et  de  charpente  peut  être  regardée  comme  la  même  au 
XIV'  siècle  et  au  siècle  actuel.  Elle  est  composée  de  journées 
d'ouvriers,  de  fournitures  de  matériaux  dont  le  coût,  propor- 
tionnellement, ne  s'est  pas  sensiblement  modifié. 

Les  i5i4  livres  6  sols,  dépensés,  de  i332  à  i336,  pour  le 
manoir  seigneurial  et  le  châ  eau,  représenteraient  donc  au 
minimum  66,570  francs  de  notre  monnaie  (i).  On  conviendra 
qu'une  telle  somme  ne  répondant  qu'à  des  ouvrages,  neufs 
c'est  entendu,  mais  que  l'on  pourrait  qualifier  d'appropria- 
tion, est  le  meilleur  argument  en  faveur  de  ma  thèse  relative 
à  la  construction  du  château.  Qu'il  existât  jusque  là  dans  la 
tour  St-Jean  une  sorte  de  pied-à-terre  pour  le  seigneur, 
cela  ne  fait  aucun  doute.  Mais  il  demeure  avéré  aussi  que, 
dans  le  premier  quart  du  XIV*  siècle,  et  notamment  de  i33oà 
i336,  l'enceinte  du  chastel  fut  débarrassée  des  maisons  parti- 
culières qu'elle  renfermait  et  le  manoir  seigneurial  reconstruit 
et  agrandi. 

On  conçoit  que  ceux  qui  ont  écrit  sur  le  château  de  Brie, 


(i)  Il  ne  s'agit  évidemment,  là,  que  des  ouvrages  sur  lesquels  nous  avons  des  données  posi- 
tives. 11  est  certain  que  d'autres  travaux  furent,  soit  avant,  soit  après  ces  dates,  exécutés  dont 
il  ne  reste  aucune  trace  documentaire. 


328  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

sur  le  vu  de  ses  ruines,  aient  tous  fait  remonter  sa  construc- 
tion à  une  époque  bien  plus  éloignée. 

«  Le  château  de  Brie,  écrivait  Tabbé  Lebeuf,  (i)  parait 
avoir  été  fort  autrefois.  Il  est  situé  à  l'entrée  de  la  ville  du 
côté  de  Paris,  défendu  par  un  large  et  profond  fossé.  Il  est  de 
figure  quarrée,  composé  de  huit  tours  posées  de  telle  manière 
que  de  quelque  face  qu'on  le  regarde  on  en  voit  trois.  Cet 
^ifice  est  de  4  à  5oo  ans  sans  aucun  ornement.  » 

Le  docteur  Félix  Pascal  (2),  qui  semble  s'être  fréquemment 
inspiré  de  l'abbé  Lebeuf,  dit  de  son  côté  :  «  Le  château  (de 
Brie)  datait  du  12"  ou  /  J*  siècle  ;  il  n'en  r  ste  plus  que  les 
ruines,  au  nord  de  la  ville,  sur  le  bord  de  la  route  de  Paris.  Il 
était  de  figure  carrée,  composé  de  huit  tours  placées  de  telle 
façon,  que  de  quelque  façon  qu'on  le  regardât  on  en  voyait 
toujours  trois...  (3)  » 

Suivant  Michelin  (4),  le  «  château  de  Brie-Comte-Robert  fut 
bâti  à  la  Jin  du  XII*  siècle  ou  au  commencement  du  XIII*. 

MM.  Aufauvre  et  Fichot  (5)  a  croient  pouvoir  affirmer  que 
Robert  I*  comte  de  Dreux,  avait  reçu  le  château  de  Louis  VII 
son  frère  (vers  11 53)  (6).  » 

Tous  ces  auteurs  n'ont  écrit  évidemment  que  sous  l'impres- 
sion que  leur  a  laissée  l'aspect  des  ruines.  Celles-ci  ne  pré- 
sentent, en  effet,  que  les  débris  de  l'enceinte  dressée  au 
commencement  du  XIII*  siècle  autour  de  l'étang  sur  lequel 
s'était  réfugie  ce  qui  restait  de  la  population  de  Brie.   Du 


(1)  Hiitoire  de  la  ville  et  du  diocèse  de  Paris.  Op,  cit.  Lebeuf  écrivait  veps  1750. 

(2)  Hiit.  de  Seine-et-Marne.  Op.  cit. 

(3)  On  est  en  droit  de  se  demander  ou  l'abbé  Lebeuf  er  le  docteur  Pascal  ont  vu  les  huit 
tours  dont  ils  parlent. 

Le  château  était  flanqué  à  ses  quatre  angles  d'une  tour.  Sur  la  courtine  du  Nord-Est  et 
sur  celle  du  Sud-Ouest  s'élevaient  deux  tours  carrées.  Enfin,  la  courtine  du  Nord«Ouest  était 
interrompue  en  son  milieu  par  une  tour  engagée.  Cela  fait  au  total  sept  tours  et  non  huit.  Il 
est  dificile  de  s'expliquer  aussi  la  remarque  faite  par  ces  deux  auteurs  au  sujet  du  nombre  des 
tours  qu'on  pouvait  apercevoir.  Outre  que  la  particularité  qu'ils  signalent  est  inexacte,  puisque 
l'observateur  pouvait  ne  voir  que  deux  tours  ou  en  voir  cinq,  suivant  l'endroit  où  il  se  plaçait, 
elle  paraît  d'un  très  médiocre  intérêt  et  sans  portée  appréciable. 

(4)  Etsaii  historiques  sur  Seine-et-Marne.  Op.  cit. 

(5)  Les  mouvements  de  Seine-et-Marne.  Op.  cit. 

(6)  Assertion  reproduite  par  M.  Blondeau  dans  son  étude  sur  le  vieux  château   fort  de    Brie 
Comte- Robert  (1899-in  8-,. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  829 

château  proprement  dit,  c'est-à-dire  du  manoir  seigneurial, 
ils  n'ont  vu  aucune  trace,  Sur  la  foi  de  la  tradition,  ils  ont  cru 
que  le  manoir  et  l'enceinte  étaient  de  la  même  époque,  ce  qui 
explique  leur  erreur. 

On  sait,  maintenant,  que  les  murs,  les  tours,  qui  reslfent 
encore  mutilés  et  méconnaissables,  existaient  bien  avant  la 
construction  de  l'habitation  seigneuriale.  Ceux-là  sont  bien 
réellement  de  la  fin  du  XII*  siècle  ou  du  commencement  du 
XIIP  siècle.  La  base  du  donjon  (tour  St-Jean),  disparu  remon- 
tait môme  fort  probablement  —  comme  l'observèrent  Aufau- 
vre  et  Fichot  —  à  une  époque  antérieure,  peut-être  au 
commencement  du  XII*  siècle.  Mais  le  castel,  l'hôtel  sei- 
gneurial, tel  qu'il  exista  jusque  sous  Chauvelin,  au  XVIII» 
siècle,  datait  tout  à  peine  du  premier  quart  du  XIV»  siècle. 

Cet  hôtel  seigneurial  était,  en  somme,  une  construction 
appliquée  contre  les  vieilles  murailles  de  1208,  sans  liaison 
avec  ces  dernières  et  à  coup  sûr  moins  solidement  exécutées, 
ce  qui  explique  la  résistance  des  unes  à  l'action  des  siècles 
et  la  totale  disparition  des  autres  dans  un  temps  relative- 
ment court.  Il  est  certain  que  l'hôtel  seigneurial  n'était  plus 
qu'une  ruine  lamentable  vers  1780  et  que  Chauvelin,  en  le 
démolissant,  ne  fit  que  devancer  sa  chute. 

Il  ne  nous  resterait  absolument  rien  de  la  distribution 
intérieure  de  ce  manoir  si  je  n'avais  eu  la  bonne  fortune  de 
rencontrer  dans  les  archives  de  M»  Camus,  notaire  à  Brie- 
Comte-Robert,  un  état  descriptif  qui  fournit  à  cet  égard  des 
détails  intéressants.  Bien  que  cette  pièce  soit  postérieure  de 
3oo  à  35o  ans  à  la  date  que  je  crois  pouroir  assigner  à  la 
construction  de  l'hôtel  seigneurial,  elle  donne  une  sorte  de 
topographie  du  castel  à  l'époque  et  il  est  très  probable  que 
celle-ci  répond,  à  peu  près  exactement  à  la  distribution  du 
XIV*  siècle.  C'est  en  somme  l'unique  pièce  officielle  et  pro- 
bante qui  nous  permette  d'avoir  des  renseignements  sur  le 
plan  général  du  château  de  Brie-Comte-Robert.  En  voici  la 
teneur  (i)  : 


(i)  Bien  que  j'ai  donné  ce  document  dans  le  Bulletin  de  la  Société  d'histoire  et  d'archéologie 
de  Brie-Comte-Robert  (1900)  je  crois  utile  de  le  reproduire  ici. 


Zyj  HISTOIPE   DE  L.\   VILLE 

Forent  présents  en  leurs  pers-jnncs  M*  Njcî  Petit  rcccpvTCur 
admcrdiateor  p-jyxr  moitié  du  domaine  de  br^e  -;-n:rjbcrî  d' une  part. 
et  M'  Jean  Noeitc,  aussi  recepveur  admi-diaieur  poor  taotre  moitié 
du  do.naine  de  bryc  d  autre  part.  lesqaelz  de  leurs  bons  ^rez  et 
voilontairement  jot  dict  et  déclaré  quayani  ensemble  paies  à  tiltré  de 
ferme  la  r&:epte  du  dict  domaine  dans  laquelle  ^st  comprise  la 
j'iuissance  du  chasteau  du  dict  brye.  bastimens.  jardins  et  terasses  et 
deppendances  et  considérant  quilz  ne  peulvent  faire  ensemble  la 
jouissance  et  ainsi  qu'il  est  nécessaire  de  les  partager,  ils  ont  faict 
entre  eux  les  partages  des  dits  bastimens  du  dit  château  terasses  et 
jardins  et  deppandances  pour  faire  par  chacun  deux  chacune  et  la 
pareille  joui««sance  de  ce  qui  est  porté  dans  leurs  lotz  pendant 
l'exploitation  du  bail  général  de  la  dite  recepte  et  admodiation  du 
dit  domaine  de  bryc  ainsi  qu'il  ensuit  : 

Scavoir  :  Que  le  dit  Petit  jouira  de  la  salle  qui  est  en  entrant  à 
main  droite  par  le  grand  escalier,  en  laquelle  demeure  à  p^^ésent  pour 
le  dit  Petit  le  nommé  Pierre  Pelletier  avecq  le  bouge  qui  est  de 
l'autre  costé  et  sellier  attenant  et  cave  derrière  la  dite  salle  et  bouge. 

Item  une  chambre  et  une  anti  chambre  au-dessus  de  la  dite  salle 
et  une  autre  chambre  au  bout  de  lallée  qui  est  le  long  de  cette 
chambre  et  autre  chambre  en  une  tourelle  au  coing  de  ladite  chambre 
du  costé  du  marché  de  brye  au  bas  de  laquelle  tourelle  il  y  a  une 
fontaine  qui  demeurera  commune  comme  pareillement  la  cuisine 
attenant  servant  de  passage  pour  aller  à  la  dite  fontaine. 

Item  jouira  aussi  le  dit  Petit  d'un  cabinet  qui  est  sur  le  grand 
escallier  qui  a  vue  sur  le  jardin  den  bas  comme  aussi  des  deux 
greniers  auxquels  on  entre  par  le  dit  grand  escalier  dont  lun  est  au 
dessus  des  dites  chambres  cy  devant  déclarées,  lautre  au  dessus 
d'une  grande  salle  qui  est  dans  le  lot  du  dit  Noette  le  dit  plancher 
de  laquelle  salle  est  en  partie  rompu  et  sans  aucun  plancher  y  ayant 
ung  pressoir  à  la  place. 

Item  jouira  le  dit  Petit  dune  petite  estable  qui  est  au  bout  des 
escuries,  dune  grande  chambre  qui  est  au-dessous  des  escuries  du 
dit  château  d'une  petite  chambie  attenant  par  laquelle  on  passe  pour 
aller  à  la  chapelle  Saint-Jean,  dun  petit  grenier  qui  est  joignant  la 
dite  tour  Sl-Jean  et  qui  a  entrée  par  la  montée  qui  sert  à  monter  aux 
dites  chambres  et  dun  grand  grenier  qui  est  au-dessus  des  dites 
grandes  et  petites  chambres. 

Item  jouira  le  dit  Petit  de  la  grande  cour  du  dit  château  entrées 
des  portes  dicelle  avec  communauté  de  la  terasse  qui  est  en  sortan 
du  dit  chasteau  du  costé  du  faubourg  à  main  gauche  pour  y  mettre 
ses  volailles  seulement. 

Item  jouira  le  dit  Petit  entièrement  des  grands  jardins  qui  sont 
hors  du  dit  chasteau  dans  le  dit  faubourg  au  devant  d'iceluy  chasteau 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  33 1 

en  toute  leur  estendue  et  des  arbies  fruitiers  bois  et  tous  lieux  estant 
dans  le  dit  jardin  sans  rien  excepter  diceux. 

Et  quant  au  dit  Noette,  il  jouira  de  la  cuisine  et  tournelles  attenant 
la  dite  cuisine  salle  et  antichambre  qui  est  proche  dicelle  lesquels 
bastimens  sont  au  devant  du  dit  chasteau  du  costé  du  faubourg  entre 
la  dite  salle  et  la  tour  Saint-Jean. 

Comme  aussi  jouira  du  poulailler  attenant  la  montée  du  ditbasti- 
ment  et  du  fourny  où  est  le  pressoir  et  de  la  salle  qui  est  au  dessus 
du  dit  pressoir  et  des  caves  etscelliers  du  lot  du  dit  Petit  à  la  charge 
que  le  dit  pressoir  demeurera  commung  pour  faire  les  marqs  avec 
les  autres  pressoirs  du  dit  chasteau. 

Item  jouira  le  dit  Noette  de  la  chambre  appelée  la  chambre  du 
Roi  qui  est  au  dessus  dudit  poulailler. 

Item  jouira  semblablement  de  la  chambre  qui  est  au  dessus  de  la 
dite  cuisine  et  de  la  tournelle  attenante  et  de  la  chambre  et  anti- 
chambre qui  sont  au  dessus  des  dites  chambres  et  bouges  et  dun 
cabinet  joignant  la  dite  tour  Saint- Jean  et  tenant  la  dite  chambre. 

Item  du  grenier  qui  est  au  dessus  des  dits  batimens. 

Item  de  lescurie  du  château  et  de  la  tournelle  qui  est  au  bout 
dicelle  du  costé  de  la  porte  des  fontaines. 

Item  'de  la  volliôrcet  tournelle  qui  est  au  dessoubz  dans  laquelle 
volliôre  il  ny  a  aucuns  pigeons  de  tous  temps  immémorial. 

Item  de  la  tournelle  qui  est  du  costé  de  la  ferme  du  sieur  Luce 
au  coing  du  dit  chasteau  dans  laquelle  on  met  ordinairement  du  vin. 

Item  de  la  communauté  de  la  grande  cour  du  dit  chasteau  entrées 
et  portes  d*icelluy  de  la  dite  cuisine  et  fontaine  et  de  la  dite  terrasse 
en  sortant  du  chasteau  pour  aller  aux  faubourgs. 

Item  jouira  le  dit  Noette  entièrement  des  deux  terrasses  qui  sont 
au  delà  du  pont  dormant  du  dit  chasteau  entre  les  dits  fossés  dicelluy 
os  le  mur  de  la  ville  et  du  jardin  appelé  le  jardin  bas  qui  tend  à  la 
rue  du  Gué  arbres  fruitiers  et  tontures  de  saulceset  ormes  et  autres 
arbres  sans  aucune  exception  lesquels  sont  tant  dans  le  dit  jardin 
que  dans  les  fossés  et  terrasses. 

Et  à  lesgard  de  la  terrasse  qui  est  en  jardin  et  qui  commence  au 
bout  du  dit  chasteau  en  entrant  par  la  ville  ledit  Petit  en  jouira 
jusques  au  mûrier  qui  est  proche  la  planchette  du  dit  jardin  lequel 
mûrier  demeurera  commung  et  le  surplus  de  la  dite  terrasse  depuis 
le  dit  mûrier  jusques  au  passage  de  la  tour  St-Jean  pour  aller  aux 
faubourgs,  le  dit  Noette  en  jouira. 

Pour  et  ce  que  dessus  jouir  par  les  dites  parties  chacune  en  droict 
pendant  la  dite  exploictation  du  bail  de  la  dite  admodiation  à 
condition  qu'en  cas  de  guérie  ou  autre  pressente  nécessité  ledit 
Petit  aura  la  jouissance  de  moitiée  de  la  dite  escurie  pour  y  mestre 
des   chevaux  et  à  condition  aussi  que  le  dit  Noette  pourra  laisser  le 


01  tiitf 


19 


PLAN  DU  RF.Z-DE-CHAUSSEE  DU  CHATEAU  DE  BRIE-COMTE-ROBERT 

Légende 

1.  Grand  escalier.  —  2,  Salle.  —  3,  Cuisine  servant  de  passage  pour  aller  parle  couloir  a  d  au  puisard  recevant Tei 
de  source  dans  la  tour  8.  Cette  cuisine  devait  être  celle  des  gens  de  l'hôtel.  —  4,  Cellier,  d'après  le  partaec  de  167 
—  5,  Fournil,  d'après  le  partage  de  1673,  dans  lequel  était  à  cette  époque  un  pressoir  qui,  pour  son  installation,  ava 
nécessité  la  rupture  du  plancher  de  la  salle  supérieure.  —  6,  Cuisine,  probablement  réservée  au  personnage  de  marqu 
habitant  le  château.  —  7,  Tour  Est,  où  l'on  entrait  par  le  passage  b.  Le  rez-de-chaussée  de  cette  tour  devait  servir  à 
garde-manger  aux  gens  de  la  cuisine.  (Le  rez-de-chaussée  existe  encore).  —  8.  Tour  Sud.  dont  le  rez-de-chaussé< 
encore  existant,  abrite  un  puisard  alimenté  par  une  source.  —  9,  Caves  ou  plutôt  galerie  longeant  la  face  Sud-E; 
ée  par  des  barbacanes  et  divisée  suivant  les  nécessités    du  moment  en  compartiments  divers.   C'est  là  au'o 


éclairée  pai 


trouve  évidemment,  en  c,  c.  la  dépense  dont  il  est  parlé  au  partage  de  1673.  —  10,  Galerie  qui.^n  iôjf,  servait  de  poi 
lailler,  «  attenant  à  'a  montée  »  et  sous  la  chambre  du  roi.  —  II,  Salle,  probablement  salle  à  manger  intime,  à  pn 
ximité  de  la  cuisine.  —  12.  Montée  menant  aux  appartements  de  la  reine  Jeanne,  au  XIV»  siècle,  et  |>osténeuremen 
du  roi.  Cette  montée  disposée  évidemment  en  escalier  de  service  ouvrait  dans  la  galerie  (10)  et  avait  une  issue  bâtard 
dans  11  cour.  —  13.  Passage  sous  la  tour  St-Jean  et  les  bâtiments  accolés  contre  sa  faceS.O.  —  14,  Espace  qui  pouvai 
convenir  à  un  corps  de  garde.  —  is.  Montée  menant  à  la  chapelle  St-Jean,  située  au  premier,  en  se  servant  d'un 
des  tourelles  d'angle  de  la  tour.  —  16.  Petite  écurie,  probablement  pour  le  service  du  personnage  de  marque  d 
château.  —  17,  Grande  écurie.  —  18.  Tour  dont  l'usage  est  inconnu.  J  émets  l'hypothèse  que  le  rez-de-chaussée  étai 
une  resserre  a  grains.  —  19.  Tour,  à  moitié  engagée,  dont  l'usage  intérieur  est  inconnu.  J'incline,  en  ce  qui  touche  I 
rez-de-chaussée,  pour  l'hypothèse  ci-dessus.  —  20,  Tour;  celle,  nous  dit  le  partage  de  1673,  où  on  mettait  le  vin.  Soi 


dans  lequel  devait  se  loger  la  faible  garnison  du  château.  —  22,  Passage  sous  la  tour  de  Brie,  la  tour  carrée,  en  oppo 
sition  ae  la  tour  Saint-Jean,  qui  regardait  la  ville.  •»  23,  Montée  conduisant  i  une  galerie  que  Ton  trouve  dans  le  piif 
du  premier  étage. 


PLAN  DU  PREMIER  ÉTAGE  DU  CHATEAU  PE  BRIE-COMTE-ROBERT 


Légende 

jrand  escalier.  —  2.  Antichambre  conduisant  à  la  chambre  3  et  à  la  galerie  6.  —  },  Chambre.  Cette  dispositioi 
idiquée  par  le  partage  de  1673  ;  mais  il  est  prcsumable  qu'aux  époques  antérieures  la  cloison  a  a  n'existait  pas 
Chambre.  —  5,  ('.hambre  située  au-dessus  de  a  la  Source  ».  —  6,  Galerie  conduisant  du  ^'rand  escalier  à  la  tou 
.ituce  au-dessus  des  caves,  Otte  galerie  comme  celle  10  est  très  explicitement  désignée  dans  les  comptes  d 
publiés  ci-tlessus.  —  7.  (^ibinct.  conquis  évidemment  sur  la  galerie  précitée,  signale  dans  le  partage  de  167 
le  ayant  vue  sur  le  jardin  du  bas,  mais  qui  ne  devait  pas  exister  aux  époques  anterieuses.  —  8,  Grande  sal  e  don 
ncher  était  complètement  rompu  en  1673.  à  ce  que  nous  dit  le  partage,  mais  qui  devait  aux  époques  antérieures 
ine  très  belle  salle  de  réce'>tion,  —  9,  Cnambre.  —  10.  Galerie  faisant  suite  à  la  galerie  6  et  coupée  de  celle-ci  pa 
linet  7.  —  II.  Chambre  dans  la  tour  Est  —  12,  Edicule,  monté  sur  des  corbeaux  dont  il  reste  des  traces,  et  quj 
ondeau  a  relevé  avec  son  entrée  en  b.  M.  Blondeau  y  voit  un  observatoire  militaire  pour  surveiller  la  face  exté 

•  de  la  muraille  Sud-Est.  je  serai  plutôt  disposé  à  croire  que  c'était  là  une  de  cfs  nombreuses  aiiances  ou  cabine 
dont  il  est  parlé  à  maintes  reprises  dans  les  comptes  de  1336,  —  13,  Chambre  de  la  reine,   plus  tard  du  roi.  - 

•  Galerie  de  la  reine,  «  devers  la  court   »  dont  il  est  question  dans  les  comptes  de  1336.  —  15,  Petit  cabinet  pt 

I  on  va  à  la  chapelle  St-Jean.  —  16.  Chapelle  St-Jean.  —  17,  Montée  conduisant  à  la  chapelle  St-Denis  au-dessu 

chapelle  ?t-Jean.  —   18.  Chambre.  —  19.  Grande  chambre  au-dcssus  des  écuries.  — 2o,  Tour,  servant  probable 

de  chambre.  — 21,  Tour  a  moiti**  engagée,  disposée  à  cet  étage  en  volière.  — 22.  Tour  qui  servait  probablemen 

isons.  —  23,  Greniers  ou  allées  de  défense  (hypothétiques),  circula  t  au-dessus  des  logements  de  soldats  e 
rvant  les  créneaux  de  la  muraille.  —  24,  Toui*  de  Brie,  qui  pouvait  servir  à  loger  les  archives,  à  en  juger  par  le 
laires  d  que  le  charpentier  y  a  faites.  —  25,  Galerie  dont  il  est  parlé  dans  les  comptes  de  1336.  —  M>,  Monté 
ant  accès  à  cette  galerie.  —  27,  Montée  conduisant  aux  appartements  du  roi  ou  de  la  reine. 


334  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

foiag  qu'il  a  dans  le  grenier  dau  dessus  les  dites  escuries  jusquan 
premier  jour  de  juillet  prochain  sans  les  paier  aucun  loier  et  sans 
préjudice  de  ce  que  le  dit  Noette,  etc. 

Faict  et  passé  en  lestude  et  par  devant  le  notaire  royal  au  dit  brye 
soubsigné  le  trente  ung  jour  de  mars  mil  1 1 5  cent  soixante  treize 
aprés-midy  présens  M*  henry  Langle,  conseiller  du  Roy  et  contrô- 
leur au  grenier  à  sel  du  dit  brye  Claude  Esnault,  clerc  demeurant  au 
dit  brye  conterobert  (1). 

On  a  pu  voir,  dans  les  comptes  du  maître  maçon  Guil- 
laume Piquart,  qu'il  construisit  dans  Thôtel  une  chapelle.  Je 
rappelle,  à  ce  sujet,  ces  extraits  de  son  mémoire  : 

«  Pour  la  fourme  de  la  chapelle  tant  pour  achat  de  pierres 
comme  pour  voitures  tasches  et  journées  d'ouvriers  :  ij^  xxvj 
livres  iiij  sols  x  deniers  par. 

M  ...  Pour  enduire  de  piastre  la  chapelle  par  en  haut  et 
par  en  bas...   » 

«   ...  Pour  piMndre  la  chapelle...   »> 

de  momiMrc  ci^mprcnanl  les  travaux  exécutés  depuis  la 
Saint  André  lx>  novembre)  i334  jusqu'au  9  janvier  i33b 
tKv^7>.  précise  la  date  de  la  c» instruction  :  elle  ne  saurait 
remonter  au  delà  de  kvv. 

Il  y  avait,  cependant,  bien  avant  cette  date  un  chapelain  au 
château  de  Brie.  Vràci  ce  qu'«»n  peut  lire  dans  le  Ci»mpte  de 


.\u  chapelain  dou  chastel  de  Brave  qui  prant  par  an  c  sols  parisis. 
1  mui  de  troment  ei  l  mui  de  mciueil  au  terme  de  Noél  :  deffendu  de 
.Madame  qu'il  ne  t'cust  paiez  du  terme  ce  Noei  I  an  XXVIII  pour  ce 
que  II  ne  ùisoit  résidence  corporelle  et  qu  li  n'avoit  point  de  chartre 
de  sa  tundacion  :  commande  depuis  qu  »!  feust  paiez  par  lettre  de 
Madame  donnée  à  Becquoise.,  w  jour  de  juing  lan  XXIX.  rendue 
à  cour:.  Pour  ce  au  terme  de  No«îl  lan  XXVI  11  pour  non  compté  par 
les  comptes  de  l'an  ter.i  à  la  v'hanieleur  CCCXXXIIl.  c  sols  et  poar 
les  II  muis  de  jfraîn  dessu-  i:.-.  \  livres. 

/:^*'*.v  Au  .iit  charelam.  p.-'ur  sa  J-ite  rente,  au  terme  de  Noël  Tan 
XXIX.  c  sols  et  r.^u:  les  H  niuis  ie  A:ra:n  \'.î  Livres,  xv]  sols. 


r   v' <■>:  V"    ".*   vr  M 't  ."v-   s,*  .♦..•<- '-ft    ^_-     i    c:-ïv^   -  r  j-:  iu  m-sl<^-chau5s*<  et  du 
t»w  ^:j^v*  .j-v-     .*  *  :-v,:\»-  i   i\cc    V*--    >.' ^, •*.*.< -ir  ,;at  .•- icccnpoçrîjnt  c*s  pia«e*.  On 
TA.  vù-v-'t  -x-'î-xv.  .,  .rr  ti  i.   <  -,  *Sft:  ^j.'t-    jt  j  >w-u».o~  ^u:  î<rt  ae  base   a  cette 
tutw« 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  335 

Le  compte  de  i328,  le  premier  que  nous  ayions  de  la  reine 
Jeanne,  est,  en  effet,  muet  sur  l'article  du  chapelain.  Il  est 
vraisemblable,  que  lorsque  Jeanne  d'Evreux  fut  investie  de 
l'administration  de  son  douaire  (i),  elle  fit  un  examen  métho" 
dique  de  ses  recettes  et  un  contrôle  sérieux  de  ses  dépenses. 
Parmi  celles-ci  figurait  le  chapelain  dont  le  traitement  annuel 
était  assez  élevé  pour  frapper  son  attention.  Lorsqu'elle  se 
fut  renseignée,  lors  qu'elle  apprit  que  cet  ecclésiastique  ne 
possédait  aucun  titre  qui  constatât  son  droit  à  émarger  au 
budget  seigneurial,  qu'il  se  dispensait,  en  outre,  de  résider  à 
Brie,  son  premier  mouvement  fut  de  supprimer  la  dépense. 
Le  titulaire,  ainsi  menacé,  dut  plaider  ou  laire  plaider  sa 
cause  auprès  de  la  reine.  Il  dut  représenter  l'ancienneté  delà 
chapelle  qu'il  était  appelé  à  desservir,  invoquer  la  tradition, 
à  défaut  de  titres,  perdus  peut  être,  pour  justifier  les  émolu- 
ments qui  lui  étaient  alloués  et,  surtout,  promettre  à  l'avenir 
de  demeurer  sur  les  lieux.  On  peut  ainsi  expliquer,  avec 
quelque  chance  d'approcher  de  la  vérité,  la  défense  faite 
d'abord  de  payer  le  chapelain,  l'autorisation  de  solder  ensuite 
ses  émoluments. 

Cette  chapelle,  si  ancienne,  n'était  autre  que  la  chapelle 
Saint-Jean  dont  j'ai  parlé  à  plusieurs  reprises  et  qui  donna 
son  nom  au  donjon  qui  l'abritait.  Son  existence  ne  peut  faire 
aucun  doute  et  j'invoquerai,  à  défaut  d'autres  preuves,  ce 
compte  de  1644  dont  je  parlerai  en  son  lieu,  où  l'on  trouve 
cette  mention  :  «  Au  chapelain  de  la  chapelle  Saint-Jean- 
Baptiste,  fondée  au  château...  néant,  parce  qu'il  n'y  a  plus  de 
chapelain.  » 

La  reine  Jeanne  ne  se  contenta  pas  de  cette  fondation.  Elle 
avait,  comme  la  maison  royale  à  laquelle  elle  appartenait, 
une  foi  spéciale  en  Saint-Denis.  C'est  sous  l'invocation  de  ce 
saint  qu'elle  érigea  dans  le  château,  en  outre  de  la  chapelle 
Saint-Jean,  l'oratoire  dont  Guillaume  Piquart  parle  dans  ses 
comptes.  Le  chapelain  de  Saint-Jean  n'était  qu'appointé  sur 
le  budget  seigneurial  ;  la  reine  voulut  mieux  pour  le  chape- 
lain de  Saint-Denis.  Elle  entendit  lui  concéder  à  titre  de 

(1)  Elle  était  veuve  depuis  le  !•'  février  1328. 


336  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

bénéfice,  un  fief,  une  suzeraineté  féodale.  Cependant,  elle  ne 
put  le  faire  avant  sa  mort  ;  ce  fut  sa  fille  qui  réalisa  sa  pensée. 
En  attendant,  le  chapelain  de  Saint-Denis  n'en  était  pas  moins 
rétribué  comme  son  collègue  sur  le  budget  seigneurial  et 
aux  comptes  du  douaire  de  la  reine  finissant  à  la  Madeleine 
1364,  on  trouve  ce  paragraphe  :  «  Au  chapelain  de  la  chapelle 
Mons.  Saint-Denis  que  Madame  a  pièça  (depuis  peu  de  temps) 
fondée  en  son  chastel....  ». 

Guillaume  Piquart,  le  maçon,  avait  achevé  la  chapelle 
neuve  en  i337  ;  presque  aussitôt  après,  le  chapelain  entra  en 
exercice,  car,  dans  ses  lettres  du  mois  de  juillet  i34i,  —  dont 
j'aurai  à  parler  plus  loin  —  Jeanne  d'Evreux  stipule  une 
aumône  annuelle  de  dix-huit  deniers  parisis,  à  chacun  des 
deux  chapelains  du  chastel. 

Par  lettres  patentes  du  i3  février  i328(n.  s.),  Charles-le- 
Bel  avait  autorisé  Jeanne,  son  épouse,  d'acquérir  pourSoo 
livres  de  rentes  en  fiefs,  arrière-fiefs  et  censives  pour  fonda- 
tionspieuses.  En  i35o,  Philippe  de  Valois,  en  i365,  Charles  V 
confirmaient  cette  autorisation.  A  sa  mort,  Jeanne  d'Evreux 
n'avait  employé  qu'une  partie  de  cette  somme  (i).  C'est  le 
reliquat  disponible  queBlanche,  duchesse  d'Orléans,  mettant 
à  exécution  la  pensée  de  sa  mère,  employa  à  assurer  la 
fondation  de  la  chapelle  Saint-Denis.  C'est  ce  qui  résulte  des 
lettres  patentes  de  Charles  VI,  en  date  du  23juillet  iSgi, 
confirmées  par  d'autres  lettres  adressées  le  7  octobre  iSgi 
à  la  cour  des  comptes.  Ce  reliquat  s'élevait  à  109  livres,  i3 
sols,  10  deniers  de  rente  que  Blanche,  munie  de  l'autorisation 
royale,  employaàacquérir«  certaines  rentes  dans  Fontenay  (2) 
et  la  Blanchardière  (3)  sur  certains  héritages  et  maisons 
portant  lods  et  amendes  et  la  quatrième  partiedu  moulin  du 
Pont  (4),   le  tiers  de  la  dîme  de  Fontenay  et  Maries  (5)  et  cer- 

(1)  On  trouve  par  exemple  a  la  côte  K  4J.  des  quittances  de  deux  cents  livres,  reçues  par  les 
religieux  de  Longchamps.  de  Jeanne  d'Kvreux,  reine  de  France,  pour  èfre  converties  en  rentes 
et  employées  a  payer  les  frais  de  l'anniversaire  de  Charles-lc-Bcl.  Félibien,  dans  son  Histoire  de 
l'abbaye  de  Saint-'Denn.  dit,  d'autre  part,  que  Jchanne  d'Kvreux  fit  peindre  ctordoner.  en  la  consa- 
crant à  la  Vierge,  une  chapelle,  appelée  Notrc-Dame-la-Blanche,  dans  le  transept  nord  de 
l'église  Saint-Denis. 

(2)  Fontenay-Trésigny,  cant.  de  Rozoy-en-Brie,  arrondiss.  de  Coulonimiers  (S.-ct-M.). 
(î)  Appartenant  à  la  commune  de  la  Honssaye,  cant.  de  Rozoy-en-Bric. 

(4)  Commune  de  Couilly.  cant.  de  Crêcy-en-Brie.  arrondiss.  de  Mcaux. 

(5)  Commune  de  Rozoy-en-Brie. 


DE    BRIE-COMTE-ROBERT  337 

taines  censives  à  Maries,  portant  lods  et  amendes  ;  la  justice 
haute,  moyenne  et  basse  en  certaines  censives  de  la  Blan- 
chardière;  le  fief  de  Grisy  (i)  avec  ces  mouvances,  Lésigny  (2), 
Pontault  (3),  Chevry  (4),  La  Queue  (5),  et  la  Grange  (6)  ; 
avec  un  arpent  de  terre  en  friche  depuis  longtemps  en  non 
valeur  ;  avec  60  sous  parisis  de  cens  portant  lods  et  ventes 
et  saisines  sur  plusieurs  héritages  séant  en  la  ville  de  Brie- 
Comte-Robert  (7)» 

Dans  son  Histoire  du  diocèse  de  'Paris,  l'abbé  Lebeuf 
s'exprime  en  ces  termes  :  «  Je  trouve  que  la  duchesse  d'Or- 
léans, Valentine  de  Milan,  dame  de  Brie,  avait  fondé  aussi 
une  chapelle,  un  peu  après  Tan  1389,  parce  qu'il  est  parlé  de 
l'amortissement  qui  lui  fut  accordé,  mais  il  est  difficile  de 
découvrir  où  elle  était  située.  »  Il  y  a  là,  je  crois,  une  confu- 
sion. L'amortissement  accordé  par  la  cour  des  comptes  et  qui 
est  du  mois  d'octobre  1391,  concerne  bien  une  duchesse 
d'urléans,  mais  ce  n'est  pas  Valentine  de  Milan,  quoique 
cette  dernière  porte  ce  litre  depuis  son  mariage  avec  Louis 
duc  d'Orléans,  à  Melun  (17  avril  1389).  Mais  à  cette  date, 
\*alentinc  de  Milan  n'était  pas  encore  dame  de  Brie-Comte- 
Robert.  Blanche,  duchesse  douairière  d'Orléans,  veuve  de 
Philippe,  duc  d'Orléans,  quoiqu'elle  eut  donné,  comme  je 
vais  le  dire,  la  châtellenie  de  Brie-Comte-Robertà  la  Couronne, 
s'en  était  réservé  la  jouissance  jusqu'à  sa  mort  qui  survint 
le  7  février  i393.  Lebeuf  attribue  donc  à  tort  à  Valentine  de 
Milan,  ce  qui  appartient  à  Blanche  de  France  et  il  ne  faut 


(1)  Grisy-Suisnes,  commune  du  canton  de  Brie-Comte-Robert  à  6  kilom.  de  cette  dernière 
ville. 

(2)  Commune  du  canton  de  Prie-Comte-Robert,  à  6  kil.  de  cette  dernière  ville. 

(3)  Pontault-Combault.  canton  de  Tournan,  arrondiss.  de  Melun. 

(4)  Commune  du  canton  de  Bric-Comte-Robert,  à  6  kil.  de  cette  dernière  ville. 

(,)  La  Queue-en-Brie.  commune  du  canton  de  Boissy-Saint-Léger  (Seine-et-Oise),) 

(6;  Commune  de  Grisy-Suisnes. 

;7)  L'abbé  Lebeuf  dit  à  ce  sujet  :  a  La  chapelle  du  chasteau  ou  au  moins  le  chapelain 
vnous  avons  vu  que  dès  le  XVi'  siècle,  il  n'y  avait  plus  de  chapelain  de  St-Jean)  est  ainsi  m  en 
tionné  dans  le  même  testament  (d'isabeau  de  Bavière).  Cette  chapelle,  dite  du  titre  de  Saint- 
Denis,  est  située  dans  la  tour  du  château,  dite  la  tour  Saint-Jean.  On  la  croit  à  la  nomination 
du  seigneur  de  Brie.  Elle  est  marqdée  au  Fouillé,  écrit  sous  le  cardinal  Noailles,  sur  le  pied 
de  310  livres  de  revenu  et  elle  est  imposée  au  rôle  des  décimes.  Ses  biens  sont  des  terres 
données  à  bail  emphythéotique.  J'ai  lu  qu'il  y  avait  sept  arpents  de  terre  situés  à  Fontenay-en- 
Prie.  (V.  Regitrum  épiscop,  parisiensis,  12  août  1533).  De  cette  chapelle  Saint-Denis  et  tour 
Saint-Jean  relève  en  plein  fief  une  grande  portie  de  la  terre  et  seigneurie  de  Lésigary.   » 

22 


338  HISTOIRE  DE  LA    VILLE 

pas  dès  lors,  chercher  la  chapelle  dont  il  parle  ailleurs  que 
dans  la  tour  Saint-Jean,  où  elle  était  sous  le  vocable  de  Saint- 
Denis. 

Blanche  de  France,  dont  je  viens  de  parler  était  restée  fille 
unique  de  Jeanne,  veuve  de  C>harles-le-Bel.  Par  suite  d'une 
convention  probablement  arrêtée  avec  Philippe  de  Valois 
lorsqu'en  recueillant  la  succession  au  trône  de  f^harles-le- 
Bel,  il  assura  le  douaire  de  sa  veuve,  Blanche  épousa  Phi- 
lippe d'Orléans,  tils  de  Philippe  VI  (i).  Mais  Jeanne 
d'Kvreux  qui  travaillait  pour  sa  maison  estima  que  ce  n'était 
point  suftisamment  se  rapprocher  de  la  Couronne  et  elle 
négocia  le  mariage  de  sa  nièce  Blanche  de  Navarre  avec  le 
lils  aine  du  roi,  Jean,  duc  de  Normandie. 

Celui-ci  venait  de  perdre  sa  femme,  Bonne  de  Luxembourg, 
emportée  par  la  terrible  épidémie  qui  ravageait  alors  la 
France,  je  dois  ajouter,  l'Europe  entière.  La  contagion  vint  de 
l'Asie  par  l'Egypte.  Elle  s'attaqua  d'abord  à  l'Italie  et  de  là 
passa  en  France  par  les  Alpes,  pour  gagner  l'Angleterre  et 
la  Flandre,  c'est-à-dire  qu'elle  suivit  le  grand  chemin  com- 
mercial de  l'époque.  La  mortalité  atteignit  des  proportions 
extraordinaires.  A  Avignon,  au  fort  de  l'épidémie,  quatre 
cents  personnes  mourraient  par  jour.  A  Narbonne,  de  mars 
à  août  1348,  trente  mille  personnes  succombèrent.  A  Paris. 
il  mourait  a  THi^tel-Dieu  jusqu'à  cinq  cents  personnes  par 
jour.  «  11  périt  tant  de  personnes,  que,  dans  Paris  même,  les 
maisons  désertes  et  inhabitées  tombaient  en  ruine.  Le  cime- 
tière des  Innocents,  rempli  de  corps  qu'on  y  portait  sans 
cesse,  fut  fermé  et  l'on  fut  obligé  d'en  bénir  un  nr)uveau  hors 
de  la  ville.  »  La  maladie  dura  «  environ  un  an  et  demie,  peu 
plus,  peu  moins.  »  C'était  la  peste  noire,  la  peste  à  bubons, 
dont  tout  récemment,  encore,  l'Europe  redoutait  l'invasion 
qu'elle  a  conjurée  grâce  aux  mesures  administratives  prises, 
et  grâce  aussi  à  l'amélioration  incontestable  de  l'hygiène 
publique. 


i  i. citiez  do  jcaniu-  d'Hvreux.  veuve  ilc  (^lurlt-N-lc-Bcl.  continuant  le  traite  tle  mariage  do 
Blanche  sa  lille  avec  Piiilippe  d'Orléans.  fil>  de  Philippe  de  Valois  (AJ^.  —  K  45,  n"  55  iS 
janvier  1  >4S. 


oo 


Di:  liRlE-COMTE-kOBblKT  J.X) 

Il  ne  nous  est  resté  aucune  trace  des  ravages  que  la  conta- 
LCion  lit  à  Brie,  mais  il  est  évident  qu'ils  durent,  comme 
ailleurs  être  épouvantables,  »x\lalgréune  grande  consomma- 
tion d'aloës  et  de  mvrrhe,  écrit  M.  Coville,  la  mortalité  en 
l'Yance  atteignit  peut-être  la  moitié  de  la  population  (n  ; 
partout  il  fallut  agrandir  les  cimetières  et  en  créer  de  nou- 
veaux. »  C'est  sans  doute  là  Torigine  du  grand  cimetière  qu'\  a 
existé  pendant  plusieurs  centaines  d'années  sur  l'emplace- 
ment occupé  aujourd'hui  par  la  maison  de  M.  Bertrin.  On 
l'appelait  grand  cimetière  par  opposition  avec  le  petit  qui 
s'étendait  autour  des  deux  églises  Saint-Eiienne  et  Notre- 
Dame,  c  est-à-dire  sur  la  place  Gauthier.  (2) 

Jeanne  d'Evreux  jugea  utile  de  consoler  le  duc  de  Norman- 
die de  la  perte  qu'il  venait  de  faire  en  lui  faisant  épouser  sa 
nièce.  Blanche  de  Navarre.  Peut-être  espérait-elle,  en  faisant 
Je  son  neveu  Charles-le-Mauvais  le  propre  beau-frère  du 
futur  roi  de  France,  prévenir  les  extrémités  funestes  aux- 
quelles devait  se  porter  cet  ambitieux,  et  dont  j'ai  dit  quel- 
ques mots. 

Je  laisse,  ici,  la  parole  à  Radier  (3)  qui  a  fort  justement 
résumé  le  petit  drame  intime  dont  Brie-Comte-Robert  vit  le 
dernier  acte. 

«  Blanche  de  Navarre,  était  la  fille  de  Philippe  3  du  nom  14) 


1 ,  0  ne  tut  pas  la  seule  invasion  de  cette  contagion.  Au  mois  de  juillet  1368.  la  peste  qui, 
depuis  deux  ans.  désolait  Paris  et  ses  environs,  redoubla  d'intensité  et.  dit  un  historien,  en 
trois  mois  (Jusqu'au  milieu  du  mois  d'octobre  suivant)  la  moitié  de  ce  qui  restait  d'habitants 
fut  emportée. 

Hn  1579,  pendant  Tété,  éclata  une  nouvelle  et  grave  épidémie  de  peste  qui  fit  de  nom- 
breuses victimes. 

A  signaler,  également,  parmi  les  fléaux  qui  ravagèrent  la  pspulation  pendant  ce  siècle,  les 
lamines  des  années  1315,  1348.  1351,    13S9.  qui  furent  excessives. 

(2)  Il  a  été  plus  haut  question  de  l'ancien  cimetière  des  juifs  dont  le  revenu  figure  dans  les 
comptes  de  la  reine  Jeanne,  mais  sans  indication  d'emplacement.  Il  y  a  Heu  de  croire  que  le 
i^rand  cimetière  fut  créé  très  proche  de  l'ancien  cimetière  des  juifs.  D'abord,  cela  ne  saurait 
(■tonner,  puisque  la  colonie  Juive  occupait,  cela  ne  fait  aucun  doute,  la  partie  de  la  ville  la  plus 
rapprochée  de  ce  point.  Cette  tradition  fait  donnera  ce  quartier,  au  l9*Mècle,  le  nom  sympto- 
matique  de  rue  des  Juifs.  D'autre  part,  dans  un  acte,  du  12  avril  i^.  passé  devant  Maillet» 
notaire  à  Brie.  Grégoire  de  la  Jarrye.  achète  à  Guillot  Delesme  une  maison  «  assise  sur  la  rue 
.ies  cymeturci^y.  <  Arch.  département,  de  Seine-et-Marne).  Cette  voie,  qui  porte  aujourd'hui  le  nom 
A'oAvenac  Beau,  conduit  encore,  bizarre  coincidence,  au  cimetière  actuel  de  la  ville.  Mais  ne  sem- 
ble-t-il  pas  qu'elle  ait  reçue  a  l'époque  l'appellation  de  rdeda  cymetières  parce  que  le  .souvenir 
s'était  conservé  de  l'existence  du  cimetière  juif  sur  ce  point,  et  parce  que  le  grand  cimetiire,  le 
nouveau,  y  était  place  ? 

(3)  Dreux  de  Radier,  Mémoires  sur  les  reines  de  France  (Paris  1802,  —  T.  III.  p.  100. 

(4)  Frère  de  Jeanne  d'Evreux. 


040  HISTOIRE    DE    LA    VILLE 

roi  de  Navarre,  de  la  branche  d'P>reux  et  de  Jeanne  de 
Fiance,  reine  de  Navarre,  fille  unique  de  Louis  Le  Hutin.  Le 
duc  de  Normandie  qui,  depuis,  fut  le  roi  Jean,  était  veuf  de 
Bonne  de  Luxembourg  ;  le  roi  pensant  à  le  marier,  avait  jeté 
les  yeux  sur  cette  princesse  Non-seulement  elle  était  d'une 
beauté  rare,  mais  on  rapportait  des  traits  admirables  de  la 
vivacité  de  son  esprit  et  des  agréments  de  son  caractère.  Les 
Navarrais  lui  avaient  donné  le  nom  de  la  Belle  Sagesse  pour 
caractériser  l'union  de  son  esprit  et  de  sa  beauté.  Elle  était 
déjà  accordée  à  Pierre,  filsdWlphonse,  roi  de  Castille,  mais 
Philippe  de  Valois  n'eut  pas  plutôt  témoigné  la  souhaiter 
pour  son  lils  qu'on  rompit  les  articles  avec  la  Castille.  La 
princesse  fut  envoyée  en  France  par  la  reine  régente  de 
Navarre.  Pendant  qu'elle  était  en  chemin,  attendue  avec 
impatience  par  le  duc  de  Normandie,  la  reine  Jeanne,  femme 
du  roi  mourut  et  la  princesse  de  Navarre  qui  croyait  trouver 
la  cour  de  P'rancc  dans  les  plaisirs  la  trouva  dans  le  deuil. 
Mais  la  reine  sécha  bientôt  les  larmes  du  roi.  A  peine  ce 
prince  la  vit-il  qu'il  en  devint  amoureux.  Il  oublia  qu'elle  était 
accordée  à  son  fils  et  ne  pensa  qu'à  se  satisfaire  en  Tépousant 
lui-même  (i  ). 

«  Le  sacrifice  se  fit  sans  que  la  victime  parut  y  résister  et 
elle  reçut  de  bonne  grâce  une  couronne  qu'elle  n'avait  envi- 
sagée qu  en  espérance.  Le  mariage  se  fit  à  Brie-Comte- 
Robert  le  19  janvier  1349.  La  princesse  n'était  âgée  que  de 
dix-huit  ans  environ.  Le  roi,  né  en  1298,  avait  dOjà  56  ans.  Il 
ne  surv^écut  pas  longtemps  à  son  mariage,  étant  mort  à 
Nogent-le-R')i  '2)  le  22  août  i35o. 

•'  Brantôme,  parlant  de  ce  mariage,  s'exprime  ainsi  :  Phi- 
lippe de  Valois,  fort  vieux  et  fort  cassé,  aima  et  épousa 
Blanche  d'Evreux  qui  n'avait  que  dix  sep  ans,  mais  pourtant 
la  plus  belle  princesse  de  son  temps  qui  lui  avança  ses 
jours,  comme  s'il  n'était  assez  vieux  penard  pour  mourir 
bientôt  sans  prendre  ce  sujet.  » 


î\    Philippe  Vi  oublie  vite  sa  première  femme  puisqu'il  se  remarie  trente  jours  après  avec 
Blanche  de  Navarre. 
(2)  A  l'Abbaye  de  Coulombs,  près  de  Dreux. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  84! 

Radier,  dit  que,  devenue  veuve,  Blanche  se  retira  à  la 
campagne  (  n  où  elle  passa  sa  vie  dans  les  œuvres  de  piété  ; 
nous  avons  déjà  vu  qu'elle  ne  se  désintéressa  pas  autant  que 
cela  des  affaires  et  qu'elle  prit,  avec  Jeanne  d'Evreux,  une 
part  active  aux  négociations  de  Charles  le  Mauvais,  qui  était, 
du  reste,  son  frère,  avec  le  régent  Cha  les. 

Philippe  VI  ne  fut  pas  le  seul  roi  de  l'époque  qui  eut  l'occa- 
sion de  séjourner  à  Brie-Comte-Robert.  Il  est  vrai  que  le 
souvenir  de  son  passage  s'est  conservé  plus  constant  à  raison 
de  la  cérémonie  nuptiale  dont  il  fut  le  principal  acteur  (2). 
Son  petit  lils  —  alors  régent  —  y  était  le  i5  novembre  iSSy. 
Il  y  revint  roi.  le  29  octobre  i368.  On  ne  sera  pas  surpris 
d'apprendre  que  parmi  ses  prédécesseurs  Charles  IV,  le  Bel, 
époux  de  Jeanne  d'Evreux,  ait  passé  à  Brie-Comte-Robert. 
(S)  11  y  est  signalé  le  5  avril  i326.  (4)  Précédemment  le  frère 
de  Charles,  Philippe  V  dit  le  Long  passa  à  Brie-Comte-Robert 
le  '2t>  janvier  iSig.  (5) 

Il  est  à  présumer  que  la  seconde  femme  de  Philippe  III,  le 
Hardi,  fils  de  Saint  Louis  (6),  vint  aussi  à  Brie-Comte-Robert 
ou  tout  au  moins  que  Télégante  et  jolie  Marie,  princesse  de 
Brabant  (7),  y  recruta  Tun  de  ses  couturiers  ou  tailleurs,  un 
artiste  probablement,  en  tous  cas  un  des  personnages  en 
vue  de  la  cour  un  peu  frivole  de  la  charmante  reine.  Il  exis- 
tait, enefTet,  dans  l'ancienne  abbaye  de  N.-D.  de  Gercy  (Jarcy) 
une  pierre  tombale,  avec  cette  inscription  : 

((  Ici  gist  dame  Marie  famé  Henri  Doutremer.  tailleur 
madame  la  reine  Marie.  Priez  pour  l'àme  de  li.  » 


(I)  tlle  mourut  le  s  octobre  i^t^S.  Hllc  ctrit  .^ccov.chée  en   1351   d'une  princesse  posthume 
;;  \-cicc  Blanche  con.inc  dif.  et  luojtc.  sans  a;liancc.  le  16  septembre  1371. 

2)  II  est  croyable  que  cette  cérémonie  revêtit  un  caractère  intime  autant  a  raison  du  deuil 
tout  récent  du  roi  que  de  l'énorme  disproportion  d'âge  entre  les  deux  époux  et  delà  situation 
bizarre  créée  au  duc  de  Normandie  par  ce  mariage. 

("i)  Caroli  quarti  Mamiones  et  itinera. 

(4)  C'est  exactement  la  date  de  la  lettre  confirmative  du  pape  Jean  XXII,  de  sa  dispense 
accordée  le  21  juin  1524  ;  cette  lettre  fut  expédiée  sur  un  défaut  de  formalité  de  ce  que  le 
mariage  de  Charles  et  de  Jeanne  avait  été  célébré  sans  publications  de  bans. 

(s)  Philippi  Quinti  Mansiones  et  itinera. 

(6)  Veuf  d'Isabelle  d'Aragon,  Philippe  III  avait  épousé,  en  1274,  Marie,  fillc  de  Henri  VI.  duc 
de  Brabant. 

(7)  Elle  mourut  en  132 1  et  fut  inhumée  dans  l'église  des  Cordeliers  de  Paris. 


3_|C>  HISTOIRE  DE  LA  VILLE 

Or,  à  côté,  était  une  autre  pierre  tombale,  ressemblant  à 
Tautre  et  de  la  même  époque,  avec  cette  inscription  : 

«  Ici,  gistHuitave<?i^Eustache,  Eustachie),  famé- feu  Jehan 

Morel  de  Brcie  qui  trespas mois  d'août.  Priez  pour  Tàme 

de  li.  »  (I) 

La  similitude  de  ces  deux  tombes,  le  lieu  dans  lequel  elles 
étaient  dressées  ^à  côté  de  Brie-Comte-Robert),  permettent 
de  supposer  qu'il  s'apit  de  deux  amies,  deux  parentes,  peut- 
être  deux  S(eurs.  L'une  d'elles  avait  d'étroites  relations  avec 
Brie  et  le  mari  de  l'autre  vivait  dans  l'entourage  de  la  reine 
Marie.  On  peut  en  inférer  que  cette  dernière  fît  séjour  à 
Brie-(](jmte-R()bert,  auprès  de  son  neveu,  Philippe  d'Artois, 
marié  à  Blanche  de  Bretagne,  dame  du  lieu. 

Kn  dehors  de  ces  hôtes  royaux.  Brie  vit,  souvent,  un  prince 
qui  joua,  particulièrement  à  la  lin  du  XIV'  siècle  un  rôle 
prépondérant  dans  notre  histoire.  Je  veux  parler  de  Philippe 
le  Hardi  (2).  duc  de  Bourgogne,  le  propre  frère  du  roi 
Charles  V.  Philippe,  qui  accompagnait  son  père  à  la  bataille 
de  r^')itiers,  mérita  son  surnom  par  le  courage  qu'il  y  montra. 
Hn  13^)3,  à  l'âge  de  22  ans,  il  fut  institué  par  le  roi  Jean,  son 
père,  duc  de  Bourgogne,  et  devint,  ainsi,  le  chefde  la  seconde 
dynastie  capétienne  de  Bourgogne  «  dont  la  puissance  devait, 
en  moins  d'un  demi-siècle,  devenir  si  dangereuse  pour  la 
sécurité  même  du  royaume.  »  (3) 

(I  Cvs  lieux  tombo,  dont  l'une  était  coupée  a  la  partie  inférieure,  sont  de  la  même 
époque,  probablement  du  premier  quart  du  XIV    siècle.  Les  dates  manquent. 

,2)  11  ne  faut  pas  confondre  l*hilippe-le-Hardi.  duc  de  Bourgogne,  avec  le  roi  qui  porte  ce 
nom  et  ce  surnom  et  qui  succéda  à  Saint-Louis,  dont  il  était  le  fils. 

1  V  J'emprunte  aux  Itinéraires  de  Philippe-U-Hurdi.  par  M.  Petit,  les  indications  suivantes  sur 
les  séjours  que  ce  prince  fit  a  Brie-Comte-Robert  durant  le  XIV-  siècle  : 

1365.  —  Février^  21  (Veadredi).  —  Disner  au  val  la  Comtesse  (Vaux- 

la-Reioe  près  Combs-la-V'ille),  venant  de  Paris,  soupe-  et 
giste  à  Hrie-Comte-Robert  :  départ  pour  Coulotnmiers. 
Norcmhre,  20  (Jeudi).    —  Départ   de  V'incennes.    disne*"    et 
gi^te  à  Brie-Comte-Robert  ;  21   retour  à  Vincennes. 

1366.  —  Mars^  2^  (Lundi).   —    Venant  de  Paris,   disner,    souper  et 

giste  à  Brie-Comte-Robert  ;  24,  retour  à  Paris. 

Aoùt^  2^  ( Dimanche L   —   Venant  de    N'inccnnes.   disner  à 

Brie-Comte-Robert.  Giste  à  Melun 

1367.  —  M.trs,  2/  (DimancheV  —  Venant  de  Rosoy,   disner  à   Brie- 

Comie-Robert  ;  souper  et  giste  à  Paris 


DK    BKIK-COMTE-KOBERÏ  343 

Il  fut,  après  la  mort  de  Charles  V,  un  des  conseillers,  un 
des  régents  du  royaume  à  la  minorité  de  Charles  VI  d'abord, 
puis  lorsque  ce  roi  tomba  en  enfance.  C'est  lui  qui  préconisa 


Xovenihre^  5  (V^endredi).  —  Venant  de  Rosoy,  disner  à  Brie- 
Comle-Robert,  giste  à  Paris. 

1368.  — Juin,  J5  (Diinanche).  —  Disner  à  Paris,  giste  à  Brie-Comte- 

Robert  ;  part  pour  venir  en  Bourgogne.  (La  route  de  Bour- 
gogne est  celle  qui  franchit  l'Yerres  sur  le  pont  près  de 
Sansalle  et  passe  par  Evry-les-f  hâteaux.  —  V,  les  routes  de 
Seine-et-Marne  avant  77^9,  par  M.  Hugues.  Op.  cit.) 
Aoûty  25  (Vendredi).  —  Disner  à  Grantpuis  (Grant-puits)» 
cant.  de  Mornvant)  ;  giste  à  Brie-Comte-Robert. 
Octobre,  29  (Dimanche).  —  V^enant  de  Melun,  à  Brie-Comte- 
Robert  avec  le  roy  (Charles  V). 

1369.  —  iV/tirî,    2^   (V^endredi).   —   Venant   du   Vivier    (Vivier-les- 

Ruines,  châteaui  sur  la  commune  de  Fontenay-Trésigny, 
cant.  de  Rozoy-en-Brie),  disner  à  Brie-Comte-Rober,  giste 
à  Vincennes. 

1372.  — Juillet^  2^  (Samedi).  —  Venant  de  Grantpuis  ;  disner  à  Brie- 

Comte-Robert,  giste  à  Vincennes. 

1373.  —  MarSy  75  (Mardi).  —  Venant  de  Grantpuis  ;  disner  à  Brie- 

Comte-Robert,  souper  et  giste  à  Paris. 
iV/jfi,  7  2  (Jeudi).  —  Venant  de  Vincennes,  souper  et  giste  à 
Brie-Comte -Robert  ;  le  lendemain  part  pour  Nangis. 
Août^  16  (Jeudi).  —  Venant  de  Grantpuis  ;  disner  à  Brie- 
Comte-Robert,  souper  et  giste  à  Vincennes. 

1374.  —  Avrily  2j  (Dimanche).   —  Venant  de  Grantpuis  ;  disner   à 

Brie-Comte- Robert  ;  souper  et  giste  à  Vincennes. 
'37v  — Janvier^  i^  (Dimanche».  —  Venant  de  Paris,  souper  et  giste 
à  Brie-Comte-Robert,  vers  Madame  la  comtesse  d'Artois. 
Le  lendemain,  15,  à  Boissy. 

Février^  22  (Jeudi).  —  Venant  de  Leursains  (Lieusaint), 
giste  à  Brie-Comte-Robert  et  avec  luy  le  duc  de  Bourbon, 
le  comte  de  Tancarville  (il  y  avait  à  Grisy  un  fief  dit  de 
Tancarville)  et  plusieurs  autres  seigneurs. 
Février^  26  iLundi^.  —  Disner  à  Ferrolles  ;  souper  et  giste, 
à  Brie-Comte-Robert. 

Février^  27  (Mardi).  —  Disner  à  Ferrolles  ;  souper  et  giste 
à  Brie-Comte-Robert  ;  le  lendemain,  28,  à  Boissy  (Boissy- 
Saini-Léger). 

Octobre,  20  (Samedi).  —  Venant  de  Grantpuii,  disner  et 
giste  à  Brie-Comte-Robert  ;  le  lendemain,  21,  à  Charenton. 


3-14  HISTOIRt:    DE    LA    VILl.i: 

et  négocia  le  mariage  du  roi  avec  Isabeau  de  Bavière  (n, 
do;-:^  les  actes  néfastes  mirent  la  France  à  deux  doig-ts  de  sa 
perte. 

Tous  ces  personnages  de  haut  rang  furent  les  hôtes  de 
Jeanne  d'Evreux  ;  après  la  mort  de  cette  dernière,  le  duc  de 
Bourgogne,  trouva  auprès  de  sa  lille,  la  duchesse  d'Orléans, 
la  même  hospitalité. 

Jeanne  d'Evreux  mourut,  au  château  de  Brie,  le  4  mars 
1370  (  1^71 1,  Af?^*<-*  d'environ  (yj  ans  <*2i.  Après  un  service 
solennel,  célébré  en  l'église  Saint-Etienne,  le  corps  présent, 
ses  restes  furent  apportés  le  samedi-saint  à    Tabbaye  de 


ni^   —Juin,  2(»  (Jeudi).  —  N'enant  de  Naogis,  giste  à  Brie-Comic- 
Robert.  Le  lendemain,  27,  venu  à  Cocairix. 

13S3  — Avrils  5  (Dimanche).  —  Venant  de  Paris,  disner  à  Brie- 
Comtc-Robert  avec  M.  de  Hussy  ;  giste  à  N'incennes. 

13K4.  —  Octobre,  2  1  (Vendredi).  —  N'enant  de  Boissy,  giste  à  Brie* 
Comte-Robert  ;  le  lendemain,  27    à  Nangis. 
Décembre,  20  (Mardi).  —  Venant  de  Guigne  Putain,  (Gui* 
gnes-Rabuiin)    giste   et  souper  à  Brie-Gomte-Roberc  •  le 
lendemain,  21,  à  Paris. 

1 3.S9  — .irr/7,  27  (Mardi).  —  Avec  Mons.  de  Nevers  (fils  aîné  du 
duc),  venant  de  Nangis,  disner  à  Hrie-Gomte-Robert  • 
souper  et  giste  à  Gréteil. 

1  j9<».  —  Avrils  /'V  (Lundi).  —  N'enani  de  Granipuis,  disner  à  Brie- 
Gomte-Robert  :  souper  et  giste  à  Gréteil. 

139^.  —  AiH'il,  i)  (Samedi).  —  Séjour  à  Hrie-Gomte-Robert.  (Mande- 
ments divers,  Bib.  Nat.  coll.  Bourgogne  t.  LUI  1®  542  et 
572).  Môme  jour,  les  Bordes  Brie-Gomte-Robert. 

1 3cy>.  —  Avril,  6  (Jeudi).  —  Le  duc  disne  à  Paris.  le  comte  de  Nevers 
à  Gharenion,  leur  commun  à  Gréihuel  (Gréteil)  et  toos 
ensemble  gistent  à  Brie-Gomte-Robert  :  letlendemain,  7,  à 
Grantpuis.  (3) 


(1)  Blanche  de  Navarre,  nièce  de  Jeanne  d'Kvreux  et  veuve  de  IMiilippe  VI.  tut  chîrgée  de 
régler  le  cérémonial  de  l'entrée  d'Isabeau  de  Bavière  a  Paris,  en  i  îS«^).  O  fut  une  fête  splendide 
dont  les  chroniqueurs  du  temps  nous  ont  laissé  maints  tlétails. 

(2)  La  reine  avait  fait  son  testament  dès  le  mois  de  juillet  1541.  Klle  donnait  à  l'église 
Saint-Etienne  de  Brie.  20  livres  ih  sols  parisis  de  rentes  pour  être  emploves  en  services  reli- 
gieux. Je  donnerai  la  clause  complémentaire  réglant  ce  legs  plus  loin  en  parlant  de  Téglisr 
Saint-Etienne. 

(3)  Dans  le  chapitre  qui  traite  du  XV'  siècle  Je  reviendrai  a  cette  enumeration  et  aux  séjours 
des  ducs  de  Bourgogne  à  Brie-Comte-Robert. 


DE    BRIE-COMTE-ROBERT  S^S 


DE   BRIIt-CÎOMTE-RÔtîËÎ^T  .I47 

Saint-Antoine-des-Champs,  à  Paris,  et  de  là  à  Notre  Dame. 
«  Le  roi  (Charles  V)  se  joignit  au  convoi  lorsqu'il  passa 
devant  1  Hôtel  de  Saint-Paul  1 1  ),  et  le  suivit  à  pied.  Le  corps 
était  porté  sur  un  lit  de  parade,  le  visage  découvert  ;  le  Prévôt 
et  les  échevins  soutenaient  sur  quatre  lames  un  drap  d'or 
qui  servait  de  dais  au  lit,  qui  était  entouré  de  tout  le  Parle- 
ment en  habits  de  cérémonie  ;  les  présidents  soutenaient  les 
quatre  coins  du  poêle  ;  le  roi  assista  à  la  messe  des  morts  que 
TEvèque  de  Paris  célébra  le  lundi,  et  il  conduisit  à  pied  le 
convoi  jusqu'à  la  porte  Saint-Denis  ;  le  corps  fut  porté  à 
l'abbaye  de  ce  nom  où  il  fut  enterré  ;  le  cœur  et  les  entrailles 
de  la  Reine  furent  inhumés  aux  Cordeliers  de  Paris,  et  le  Roi 
assista  à  toutes  les  cérémonies  funèbres.  » 

A  lire  ces  détails,  que  j'emprunte  à  un  historien  anonyme 
de  la  ville  de  Paris,  à  la  description  de  ces  pompes  officielles, 
il  est  vrai,  mais  rehaussées  par  la  présence  du  roi  et  carac- 
térisées par  son  attitude,  on  se  rend  compte  qu'un  person- 
nage important  de  l'Etat  venait  de  disparaître  (2).  Jeanne 
d'Rvreux  avait  eu,  en  eflet,  dans  les  affaires  de  son  temps  une 
grande  part  et  son  influence  pendant  près  d'un  demi-siècle 
se  fit  sentir  dans  les  conseils  de  la  couronne.  Il  n'entre  pas 
dans  le  cadre  que  je  me  suis  tracé  l'examen  et  l'exposé  de 
l'action  de  la  veuve  de  Charles-le-Bel  ;  c'est  un  sujet  que  j'ai 
seulement  indiqué,  surtout  à  propos  des  troubles  suscités  par 
Charles-le-Mauvais.  Je  constate,  en  passant,  l'extrême  défé- 
rence et  l'unanime  respect  qui  entourèrent  Jeanne  d'Evreux 
jusqu'à  sa  mort  et  les  témoignages  d'affliction  qui  accrmipa- 
gnèrent  son  cercueil. 

L'afl*ection  profonde  que  Charles  V  ressentait  pour. sa 
vieille  parente  ne  s'était  jamais  démentie  ;  nous  en  avons 
déjà  constaté  les  effets.  Ces  deux  natures,  calmes,  dignes  et 
pondérées  étaient  faites  pour  s'entendre.  On  a  dit  (3)  que 


I  )  l'alais  ou  résidait  Charles  V,  situé  rue  Saint-Antoine. 

'2i  Charles  V  ne  se  contenta  pas  de  suivre  le  convoi  à  pied  Jusqu'à  la  porte  Saint-Denis. 
La,  il  monta  a  cheval  et  l'accompagna  jusqu'à  l'abbaye.  Jeonne  d'Evreux  avait  ordonné  par 
son  testament  qu'on  ne  lui  rendit  aucuns  honneurs  funèbres  et  supprimé  les  grands  lumi- 
naires qu'elle  regardait  comme  inutiles. 

(3)  Christine  de  Pisan.  historiographe  de  Charles  V. 


346  HISTOIRE  DE  LA  VILLE 

Charles  V  avait  «  toutes  les  vertus  d'un  sage  :  prudence, 
justice,  bénignité,  clémence,  débonnaireté,  humilité,  sage 
largesse,  sobriété,  chasteté.  »  Le  même  éloge  pourrait  être 
appliqué  à  Jeanne  d'Evreux. 

Tous  deux  avaient  une  grande  dévotion  à  la  Vierge.  Charles 
rappelait  «  souveraine  médiatrice  »,  Jeanne  l'invoquait  en  ces 
termes  :  «  La  dame  qui  estes  la  fleur  de  lis  de  virginité  et  de 
humilité,  la  rose  de  grâce  et  de  douchouret  lumière  de  toutes 
clartés.  »  J'emprunte  cette  invocation  à  un  livre  d'heures 
qui  a  appartenu  à  la  veuve  de  Charles-le-Bel  (1  ).  On  y  trouve 
au  folio  36  une  pièce  avec  ce  titre  : 

Chi  sensient  une  orison  belle  et  dévole,  laquelle  la  royne  Jehannc 
avoit  p'our)  espéciale  dévotion  et  est  bonne  à  dire  à  personne 
desconseillié  et  desconforié  pour  bavoir  conseil  de  la  glorieuse 
Vierge  Maiic. 

J'en  détache  le  passage  suivant  : 

....  l£i  voulliôs  en  moy  mettre  humilité  en  ce  que  pour  honneur  n< 
pour  joie  terrienne,  je  ne  puisse  prendre  aultrevoie  que  la  droite  voi( 
de  humilité  et  voulliés  moy  envoier  voire  grâce  que  je  puisse  cognoistr 
présentement  et  aimer  de  tout  mon  cucur  et  detoutcs  mes  p)fen<ée 
ardanmcnt  mon  bon  Dieu  créateur  et  vous  et  recognoistre  les  bien 
que  vous  mavés  fais  et  encore  faites  tendis  en  plusieurs  manière 
et  me  donnés  torche  et  povoir  de  bien  gouverner  ce  que  vous  m'av^ 
balliei  en  garde  à  la  loange  de  mon  créateur  et  de  vous  et  au  pourt 
cl  salut  de  mon  âme  et  de  mcn  peuple  que  j'ai  à  gouverner  < 
veuilles  douce  dame  arouscr  mon  esprit,  mes  fois,  mes  dis  et  m 
pensée  de  vraye  sapieuce  cl  de  passience  en  contre  toutes  les  lemp 
talions  et  adverï^ilés. 

Dans  un  livre  d'heures  ayant  appartenu  à  Charles  V.  •» 
lit  une  longue  oraison  à  Saint-Louis,  laite  à  son  usage.  «  o' 
dans  son  indignité  et  son  insuffisance,  il  prie  son  prédéce? 
seur  d'obtenir  pour  lui  un  peu  de  cette  lumière  divine  qui  li 
est  nécessaire  pour  gouverner  son  peuple.  »  X'est-ccpas  1 
un  écho  de  r  «  oraison  »  de  la  reine  Jeanne.  Si  tous  lesdeu 
étaient  dévots,  tous  les  deux  étaient  aussi  amoureux  de- 
belles  choses  et  versés  dans  les  belles  lettres.  Charles  ^ 
«  maçonna  »  fort,  c'était  aussi  le  faible  de  Jeanne  d'Evreux 

(I;  BibL  Nal.  Mv».  Fonds  hnin^nis.  .\ouv.  ac<|.  4412, 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  849 

quoique  peut-être,  dans  un  ordre  d'idées  plus  utilitaire.  Mais 
l'un  et  l'autre  s'attachèrent  à  s'entourer  de  trésors,  d'orfè- 
vrerie, d'émaillerie,  de  joaillerie  et  de  tapisserie.  Nous  avons 
vu  quels  joyaux  la  veuve  de  Charles-le-Bel  donna  à  l'abbaye 
de  Saint-Denis  en  échange  de  services  funèbres  pour  le  repos 
de  l'âme  de  son  mari  (i).  L'inventaire  de  ses  biens  meubles 
dressé  après  sa  mort  justifie  cette  manière  de  voir.  Il  est 
certain  que  Charles  V  réunit  une  bibliothèque  dont  on  con- 
serve le  précieux  catalogue  rédigé  par  Gilles  Malet.  Il  mettait 
son  nom  sur   les  livres  qui  lui  étaient   le   plus   précieux, 
€  comme  les  Ethiques  d'Aristote,  Tîte-Live,  les  Institutes,  le 
Songe  du  verger,  etc.  Il  ne  nous  reste  qu'un  souvenir  très 
imparfait  de  la  bibliothèque  de  la  reine  Jeanne  ;  un  ouvrage 
en  quatre  volumes,  les  Décades  de  Tite-Live  (2),  c'est  tout. 
On  se  dira,  cependant,  que  cet  ouvrage  décèle  la  présence 
de  plusieurs  autres,  d'une  collection  peut-être  aussi  impor- 
tante  et  aussi  riche  que   celle  du  roi.  Un   détail  viendra 
justifier  cette  opinion,  car  il  nous  prouvera  que,  à  l'instar  de 
Charles  V,  la  reine  Jeanne  aimait  à  apposer  sa  signature  sur 
les  livres  qu'elle  avait  en  sa  possession.  Sur  le  tome  IV  des 
Décades,  on    lit,  en  effet,  ces  mots  écrits  fort  probablement 
par  la  reine  elle-même. 


S^c^neC^^^ 


Cette  conformité  de  goûts,  cette  sympathie  réciproque 
entre  la  veuve  de  Charles-Ie-Bel  et  le  petit  fils  de  Philippe 


(  I  )  Ces  Joyaux  sont  mentionnés  dans  un  inventaire  de  1505  et  dans  celui  dressé  le  3  Juillet 
1739.  —  V.,  à  cet  égard,  la  notice  de  M.  H.  Omont,  inventaires  du  trisêr  de  Vapbaye  de  Saint-Denis, 
publiée  dans  les  Mémoires  de  la  Société  de  l'Histoire  de  Paris  et  de  l'Ile  de  France)  t.  XXVIlIr 
p.  165-212., 
(2)(Bibl.  Nat.  Fonds  Français,  273. 


35o  HSTOIRE   DE   LA   VILLE 

VPi»,  la  respectueuse  déférence  que  ce  dernier  ne  cessa  de 
témoigner  à  sa  vieille  parente  expliquent  la  cordialité  des 
rapports  qui  unissaient  Jeanne  à  la  cour  de  France.  On  ne 
saurait,  dès  lo»s,  s'étonner  qu'en  vue  de  sa  mort  prochaine, 
elle  ait  commis  spécialement  (Charles  V  à  la  surveillance  et  à 
la  garde  de  ses  biens,  après  sa  mort. 

Est  à  scavoir  que  le  rov  nostre  sire  (2)  qui  longtemps  avant  le 
trespassemeot  de  ma  dite  dame  ^3)  avoit  à  sa  requeste  pris  et  misa 
sa  sauvegarde  tous  ses  biens  meubles  quelconques  elle  avoit  au  jour 
de  son  trespassemeot  en  quelconques  lieux  que  ils  feussent.  si 
comme  par  ses  lettres  patentes  scellées  en  cyre  verte  et  en  soye  peut 
àppaioir.  envoyast  tantôt  après  le  trespassemcnt  de  ma  dite  dame  la 
dite  royne  ou  chastel  de  Bric  Comte  Robert  ou  ma  dite  dame  tres- 
passa  noble  homme  M.  Philippe  de  Savoisy,  son  chambellan  et  nous 
doyens  de  rEgli>e  Notre  Dame  de  Paris  dessus  dicte  pour  faire 
retraire  en  lieu  seure  ou  dit  chastel  tous  les  biens  et  joyaux  de  ma 
dite  dame  estant  illuec  pour  la  conservation  diceux  jusques  à  ce  que 
bon  inventaire  en  feust  fait,  lesquelz  biens  ainsy  retraiz  furent  scellez 
du  sel  de  son  secret  si  comme  il  avoit  commandé  estre  faict  pour 
greigneur,  seureté  et  demourance 

Tel  est  le  préambule  de  l'inventaire  dressé  après  la 
mort  de  la  reine  Jeanne,  inventaire  qui  a  été  reproduit  par 
Leber.  Il  fut  dressé,  nous  apprend-il,  par  : 

Guy,  abbé  de  l'église  Mgr  Saint  Denys(4)  en- France.  Jacques  Le 
Riche,  dosyen  de  l'Eglise  N.  D.  de  Paris,  Hugues  Boylau  naguère 
conseiller,  Regnault  de  Coulons  (5),  maistre  de  la  chambre  aux 
deniers  et  Jean  de  Juerre  (6)  secrétaire  de  ma  dite  dame  (Jehanne 
de  Evreux)  exécuteurs  du  testament  faiz.  nommez  et  ordennez  par 
elle  si  comme  il  apport  par  la  teneur  du  dict  testament  et  d'un 
codicille  en  yceluy,  laquelle  exécution  nous  exécuteurs  cy  dessus 
ûommez  désirons,  comme  droict  est  faire  et  accomplir  l'intention  et 
bon  propos  de  ma  dicte  dame  et  par  l'ordre  et  commandement  du 
roy  nostre  sire,  avons  entrepris  et  faict  en  la  manière  qui  s  ensuit.. . 


i,  On  pourrait    fort   bien  supposer  que  Jeanne  d'Evreux  fut  appelée  à  être  la  marraine  de 
ce  prince  et  qu'elle  lui  donna,  en  mémoire  de  Charles  IV,  a  laquelle  elle  ne   cessa  d'avoir    un 
inlassable  attachement,  le  prénom  de  Charles. 
(2)  Charles  V. 
;  '  Jeanne  d'hvreux. 

4j  l.e  même  dont  il  acte  question  dans  la  donation  faite  par  la  reine  Jeanne  pour  le   service 
anniversaire  de  son  mari, 
v^;  (Coulombs,  canton  de  Lisy-sur-Ourcq  y^arr.  de  Meaux;  Seine-et-Marne. 
(6)  Jonarre.  canton  de  la  Ferté-sous-Jouarre  'arr.  de  Mcaux). 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  35 1 

On  conçoit  que  je  ne  reproduirai  pas  ici  l'intégralité  du 
document  recueilli  par  Leber.  Je  crois,  cependant,  devoir 
signaler  quelques-uns  des  articles  de  l'inventaire  qui  nous 
donneront  une  idée  de  Tameublement  du  château  à  cette 
époque  (i). 

Comme  on  a  pu  s'en  rendre  compte  Jeanne  d'Evreux 
aimait  les  joyaux,  les  pièces  d'orfèvrerie.  C'était,  du  reste,  la 
manie  du  temps  de  posséder  et  d'échanger  des  chasses, 
reliquaires  ou  tableaux  pieux,  en  matière  précieuse  ornée 
et  enrichie  de  pierreries..  Dans  l'inventaire  des  joyaux  de 
Charles  V,  il  s'en  trouve  qui  lui  ont  été  donnés  par  Jeanne 
d'Evreux;  par  voie  de  réciprocité,  Jeanne  en  avait  reçu  du  roi 
à  ce  que  nous  dit  l'inventaire  fait  après  sa  mort. 

l  ne  aullre  tableau  dor  à  pierrerie  et  a  dedans  une  Trinité  enlevée 
el  daultre  part  à  une  Annonciation  escueillée  lequel  label  le  roy 
nostre  sire  donne  à  la  dite  dame^  prisé  iiij*^   xl  frans  (2)  d'or. 

Un  tableau  d'or  garny  de  pierreries  que  le  roy,  oostre  sire,  donne 
à  la  dite  madame  la  royne  Jehannex^  et  en  iceluy  tableau  a  amont 
(au  dessus,  au  faîte,  dans  la  partie  supérieure)  une  image  de  la 
Trinité  et  d'autre  part  a  un  cristal  où  sont  plusieurs  sainctuaires 
(reliquaires)  et  est  nommé  LeFretel  (3),  damont  a  un  drapel  qui  est 
dun  balay  :  prisé  mil  francs  d*or. 


I)  Il  est  regrettable  que  l'inventaire  n'ait  pas  été  fait,  pièce  par  pièce,  à  Brie-Comte-Robert 
même.  Nous  eussions  eu  ainsi  une  description  du  château  avec  ses  arrangements  intérieurs. 
Mais  il  nous  est  dit  expressément  dans  le  document  visé  ci-dessus  qu'une  fois  les  objets 
mobiliers  recueillis  par  Philippe  de  Savoisy  et  mis  sous  scellés  *  les  dits  bijoux  et  autres 
meubles  restés  à  Brieam't^à  Parti,  on  procéda  au  dit  inventaire.  » 

(2)  Le  ^ranc  est  une  monnaie  d'or  du  XIV*  siècle  et  non  le  franc  de  la  monnaie  actuelle.  Dans 
l'ordonnance  de  1374,  Charles  V,  fixant  les  biens  à  venir  de  ses  enfants,  décida  que  Louis 
plus  tard. duc  d'Orléans  et  seigneur  de  Brie-Comte-Robert)  n'aurait  pour  tout  droit  de  partage, 
que  12000  livres  tournois  de  rentes  en  terre,  avec  titre  de  comte  et  40000 /raocs  en  deniers  ;  ses 
filles  devaient  se  contenter:  l'aînée  de  j<  0000  francs  ;  la  seconde  de  60000  francs.  Les  deniers  dont 
il  s'agit  ici,  sont  des  deniers  d'or  aux  fleurs  de  lys.  Les  premiers  francs  d'or«  frappés  en  l^,  par 
Jean  portaient  le  nom  de  francs  c  cheval;  on  les  appe'le  francs  à  cause  delà  devise  Francorum 
rix  qu'accompagnait  le  nom  du  roi.  Sous  Charles  V  furent  frappés  des  francs  dits  à  pied. 
Ottc  monnaie  était  très  recherchée  à  cause  de  la  fixité  de  sa  valeur.  Elle  valait  exactement 
20  sous  soit  une  livre.  Le  franc  cessa  d'être  frappé  en  1641  :  le  mot  resta  toutefois  comme 
monnaie  de  compte. 

(3  11  est  nécessaire  d'appeler  l'attention  sur  ce  mot.  Le  Fr^f^/ était  un  instrument  à  vent  en 
usage  au  moyen-àge.  C'est,  dit  Leber,  le  nom  d'une  flûte  en  tuyaux  d'orgues,  la  syrinx  des 
anciens.  Il  est  a  peu  près  certain  que  la  syrinx  ou  flûte  de  Pan  adaptée  à  un  sommier,  avec  un 
soufllet  destiné  à  le  mettre  en  jeu  fut  l'orgue  primitif.  Cet  instrument  devait  être  de  petite* 
proportions.  Tel  il  était  au  début  de  son  existence  (le  plus  ancien  connu  est  celui  qui  fut  envoyé 
en  757  à  Pépin-le-Bref  par  Constantin  Copronymc)  tel  il  resta  pendant  plusieurs  siècles.  Çc  n'est 
qu'en  1470  que  furent  inventées  les  orgues  à  pédale  par  l'Allemand  Murede.  Jusque-là  l'orgue 
ne  fut  autre  chose  qu'une  petite  boîte  portative  comme  on  en  voit  dans  quelques  peintuf«  • 
anciennes  et  dans  certains  manuscrits  du  XII*  et  du  XIII*  siècles.  «M.  Fétis,  dit  Larousse,  parle 


3b2  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

On  voit  le  prix  é\efé  auquel  étaient  évalués  ces  dons  faits 

par  Charles  V  à  la  reine,  (i)  mais  on  se  rend  compte  aussi  des 

richesses  que  contenait  le  château.  Je  relève  notamment  au 

milieu  des  articles  d'orfèvrerie  : 

Un  reliquaire  dor  ou  milieu  duquel  a  ij  angelots  (statuettes  repr6- 
sentant  des  anges)  qui  tiennent  une  couronne  d'or  où  il  y  a  ua  gros 
balay  ou  milieu  iiij  saphirs  aux  iiij  coins  et  est  garny  de  xxxij 
grosses  perles,  viij  diamants  et  iiij  petits  balays  pendans  à  une 
chaisne  d'or  ;  prisé  Vl^  francs  d'or. 

Cela  ferait  un  joyau  valant  à  notre  monnaie  actuelle 
24,000  fr.  un  chiffre  assez  royal,  en  vérité.  Il  en  était  de  même 
des  tapisseries  ;  on  y  remarque  : 

iiij  pièces  dun  drap  d'or  de  Chipre  pour  le  clotet  (creux,  enfonce- 
ment, niche)  à  mettre  reliques  et  est  le  dit  drap  doublé  de  cendal 
(étoffe  de  soie)  en  graine  (teinte  en  cochenille,  en  écarlate)  ;  prisée 
xxiiij  francs (960  fr.  de  notre  monnaie). 

Une  chambre  de  brouderie  veluel  (velours)  vert  à  compas  (à  com- 
partiments) de  velue»  vermeil  et  ou  milieu  du  compas  avoit  besans 
des  armes  de  Navarre,  cest  assavoir  ciel,  dossier  et  courte  pointe 


d'un  petit  orgue  de  regai\e  (regabellum  ou  rigabellum)  qui  parait  avoir  été  exécuté  au  TV«  siècle, 
peut-être  même  au  XIV*  siècle,  car  les  peintures  dont  il  est  orné  sont  exécutées  au  blanc  d'oeuf. 
La  largeur  de  la  boite  dans  laquelle  sont  rcnlVrmcs  le  clavier,  les  tuyaux  en  cuivre  et  le  mécanis- 
me des  soupapes  n'est  que  de  8  pouces  environ  et  sa  hauteur  de  7  ;  deux  soufflets,  dont  les  cavités 
lui  servent  d'enveloppe,  lorsque  l'on  veut  transporter  l'instrument  d'un  lieu  à  un  autre,  s'adap- 
tent à  de  petits  porte-vents  saillants  ;  les  tuyaux  dont  le  plus  long  n'a  pas  plus  de  4  pouces  et 
demi  de  hauteur  et  8  lignes  de  diamètre,  sont  placés  horizontalement...  » 

De  tels  instruments  qui  ne  mesuraient,  on  le  voit,  que  deux  ou  trois  dizaines  de  centimètres 
étaient  facilement  transportables.  C'est  évidemment  ainsi  qu'il  faut  entendre  ce  passage  d'un 
compte  d'isabeau  de  Bavière. 

m  A  messirejean  Poincin,chappellain  de  la  Royne,  pour  ses  dépenses  d'avoir  esté  du  dict  Saint- 
Germain  au  bois  de  Vincennes  querre  et  fere  venir  les  orgues  de  lachappelle  d'icelle  dame 
(Isabeau)  xviij  s.  p.  pour  les  despens  et  salaire  d'un  homme  qui  a  y  celles  orgues  apportées  du 
boisau  dict  Saint-Germain,  viij  s.  p....  »» 

Le  nom  de  Fretel,  donne  par  les  exécuteurs  testamentaires  de  la  reine  Jeanne  à  un  tableau  en 
sa  possession  laisserait  croire  qu'il  s'agit  en  l'espèce  d'un  de  ces  orgues  portatifs  richement 
décoré  et  peut-être  celui  dont  on  se  servait  dans  les  chapelles  Sai't-Jean  ou  Saint-Denis.Peut-ètre 
cet  instrument  se  fit-il  entendre  à  la  dédicace  de  leg  ise  Saint-Etienne,  de  Bne  (156?).  Dans 
tous  les  cas,  il  était  intéressant  de  constater  l'existence  à  Brie  de  l'un  de  ces  orgues  anciens  sur 
le  principe  duquel  sont  fondées  les  orgues  actuelles. 

(1  ■  Si  nous  appliquons  à  ces  évaluations  la  méthode  comparative  dont  nous  nous  sommes 
déjà  servis,  en  mettant  en  parallèle  le  coût  du  fauchage  de  l'arpent  à  cette  époque  et  aujour- 
d'hui, nous  obtenons  les  résultats  suivants.  Le  fauchage  d'un  arpent  coijtait  3  sols,  au  mini- 
mum ;  il  coûte  aujourd'hui  6  francs  dans  les  mêmes  conditions.  Or,  dans  un  franc  d'or,  il  y 
avait  exactement  20  sols.  Donc,  proportionnellement  et  pour  la  rétribution  identique  d'un 
travail  s'accomplissant  de  la  même  façon  au  XIV»  siècle  et  aujourd'hui,  la  dépense  est  aujour- 
d'hui .^o  fois  plus  forte,  d'où  cette  conclusion  que  le  franc  d'or  vaudrait  40  fois  notre  franc 
d'argent.  11  s'ensuivrait  que  le  Frrul  cité  dans  l'inventaire  vaudrait  40.000  francs  de  notre 
monnaie,  puisqu'il  est  cote,  en  IJ70.  mil  francs  d'or.  L'autre  tableau,  par  suite,  vaudrait 
17,600  fr. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT 


353 


(ensemble  des  rideaux  enveloppant  le  lit)  cl  viij  carriaux  (coussins)  de 
même  et  ij  pièces  de  courtines  (rideaux)  de  tartane  rayez  pour  la  dicte 
chambre  ;  prise  v  francs  d'or  (200  fr.  de  notre  monnaie). 

ij  aulnes  et  demyc  de  tartane  rayée  pareille  aux  courtines  et  dessus 
des  las  devisié  ;  prisé  un  franc  et  demye  (60  fr.  de  notre  monnaie). 

iiij  sièges  de  drap  d'or  pareil  brodez  de  veluyau  violet  semé  des- 
cussons  des  armes  de  France  et  de  Navarre  dont  il  y  en  a  ij  doubles 
et  iiij  pièces  de  bordure  de  la  longueur  de  diz  sièges  et  de  mesure  ; 
prise  vij""  fr.  (5600  fr.  de  notre  monnaie). 

Un  drap  de  couvertoire  descarlatte  sanguine  fourrée  d'une  panne 
de  menu  vair  (i)  contenant  xxxviij  tiers  de  Ion  et  Ixiiij  de  lé  (large) 
prisé  c  fr.  (4000  fr.  de  notre  monnaie),  etc.,  etc. 

(]ette  cnumcration  serait  fort  long-ue  et,  en  fait,  elle  ne 
touche  que  d'une  façon  indirecte  à  l'histoire  de  Brie.  Je  m'en 
voudrais  tiïutefois  de  ne  pas  la  compléter  par  le  détail  des 
vaisseaux  de  cuisine  trouvés  au  château  après  la  mort  de  la 
reine. 

xj  grans  paelles  (poêles,  poêlions  ;  signifie  anssi  pelle)  à  bous 
queue)  prisé  xvij  francs  d'or  (600  fr   de  notie  monnaie). 

xvj  paelles  à  ances  (chaudrons,  bassines)  prisé  xij  francs  (480  fr.). 

iij  paelles  à  queues,  prisé  i  franc  (40  fr.). 

iiij  grils  de  fer  prisé  1  franc  et  quart  (50  fr.). 

viij  conlrecotiers  (grils),  prisé  2  francs  et  demy  (100  fr.). 

j  broche  de  fer,  prisé  iiij  sols  parisis  (8  fr.). 

iij  culiers  darein  (d'airain)  percées,  prisé  2  francs  (80  fr.). 

ij  culiers  de  fer  percées,  prisé  v  sols  (10  fr.). 

j  musel  de  buef  (probablement  muselière  de  bœuf)  prisé  iiij  sols 
(8fr). 

iij  paelles  de  fer  mauvais  prisé  xij  sols  (24  fr.). 

iij  pincettes  darein,  prisé  un  franc  et  demy  (60  fr.) 

ij  paelles  de  fer,  prisé  v  sols  (10  fr.). 

ij  grandes  chaudières,  prisé  x  francs  d'or  (400  fr.) 

iiij  autres  petites  chaudières,  prisé  iiij  fr.  (160  fr.). 

xij  chauderons  tant  grans  que  moyens  xv  francs  (600  fr.). 

XV  petites  chaudières  prisé  iij  francs  (i2o  fr.). 

j  roabble  (large  pelle  à  tirer  la  braise  des  fourneaux)  de  1er,  ij  s.  p. 
(4  fr.). 


I)  Le  vair  était  une  fourrure  blanche  et  grise,  mais  probablement  fort  rare  et  réservée 
par  suite  aux  personnes  de  rang  royal.  On  connaît  la  légende  de  Cendrillon  qui  avait,  dit-on, 
perdu,  en  se  rendant  au  bal.  sa  pantoufle  de  verre.  11  est  probable  que  verre  est  ici  pour  vair.  ce 
qui  donne  un  sens  à  une  expression  sans  cela  ridicule.  Cette  opinion,  fort  juste,  a  été  suggérée 
par  Balzac. 

23 


354  HISTOIRE   DE    LA   VILLE 

ij  lèchefrites,  prisé  x  sols  (20  Ir.). 

j  trépied  de  'er  pri^^é  ij  fr.  i8o  fr.  ). 

j  mortier  de  cuivre  et  le  pilon  de  fer  sans  pris  {sic) 

j  escumoire  prisée  ij  s   p.  (4  fr.)- 

j  pot  de  cuivre,  prisé  iiij  s.  p.  (S  fr.). 

zxxvj  /.irs  qui  estoient  en  la  dite  exécution  dont  le  roi  en  a  xvj  cl 
M-'  d'Orléans  (i)  x  qui  ont  esté  vendu  chacun  lart  iiij  francs  valcni 
vj**  iiij  Iv  et  les  autres  demourés  sans  pris  à  la  dite  exécution  Iesqoel> 
furent  despensez  en  faisant  des  obsèques  de  ma  dite  dame. 

Leber  ajoute  après  ce  dernier  article  : 

"  Si  Lus  était  ici  pour  /j;\/,  il  faudrait  entendre  une  provi- 
sion de  p«>rc  salé  remplissant  '^h  tinettes...  Comme  chair  de 
porc,  cette  réserve  a  pu  être  distribuée  en  aumônes.  » 

L*aumr>ne,  dans  tous  les  cas,  ne  serait  que  de  ciîjq  tinelteSi 
pour  employer  l'expression  de  Leber,  puisque  ni  le  roi,  nik 
duchesse  d*(.)rléans,  n'ont  décaig"né  de  faire  vendre  les  3i 
autres.  Il  est  vrai  que  cette  vente  a  produit  un  assez  for 
chitïre  :  4  francs  (  \G  >  fr.  de  notre  monnaie)  par  i incite,  soit  ur 
total  de  3.'Ma)  fr.  de  notre  mr>nnaie  pour  le  roi  et  de  i.ôlX"*  fr 
pour  la  duchesse.  Les  six  iineitcs  «  dépensées  en  faisan 
les  obsèques  »  furent  consommées  tout  simplement  pari; 
foule  des  assistants. 

Il  ne  resta  à  Hrie  de  tout  le  mobilier  royal  que  les  article 
suivants  : 

ii;z  orfèvrerie.  «  une  chasse  faite  de  maçonnerie  (2)  d'ar 
gent  doré,  où  il  y  a  dedans  un  cristal  à  six  carrés  où  il  v  ; 
des  os  de  Saint-Ltienne  et  de  Saint-\'incent  et  poise  (pèse 
j  marc  vj  onces  et  demyes.  Laissié  à  l'église  parochiale  d< 
Brie-(^(»mte-Roberi  (S).  » 

Le  marc  (S  «  )nces)  d'argent  valait  environ  ?  livres  iG  sols,  c( 
qui  donne  au  cadeau  fait  a  l'église  une  valeur  vénale  d( 
321')  francs  comme  poids  d'argent. 

I)  l.a  duchc.ssf  il'Orléans,  tille  de  Jeanne  il'Evreux.  (V.  à  la  page  suivante,  j 
(2;  Leber  ilit  a  ce  snjet  et  je  ne  suis  pas  éloiiiné  lie  partager  son  avis  :  a  Le  mot  maionnerU 
ne  serait-il  pas  employé  dans  le  sens  de  «  fabrique,  édifice,  église  »  ?  On  a  beaucoup  d'exemples 
d'fx-volo  et  de  reliquaires   d'argent  ou   dor  représentant  des  églises  et  d'autres  monuments 
religieux. 

.,3)  Dans  les  inventaires  subséquents  de>  biens  mobiliers  de  l'église  Saint-Etienne,  il  n'est 
pas  question  ni  du  reliquaire  ni  du  tapis  dont  mention  est  faite  ici.  Comme  ces  inventaires 
sont  postérieurs  à  1»  prise  de  Frie  par  les  Anglais  ^1450'.  on  peut  supposer  que  cet  objet 
-lira  disparu   à  cette  époque  et  lois  du  pillage  de  i'eglije  et  de  la  ville. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  355 

En  tapisserie,  l'église  Saint-Etienne  eut  en  partage  un 
tapis  qui  figure,  dans  l'inventaire,  après  «  Tinventoire  des 
vaisseaux  de  la  cuysine  de  la  dite  Madame  la  royne  Jehanne 
d'Evreux  ^).  Il  est  indiqué  comme  suit  :  «  Un  tapis  noir, 
armoyez  aux  cornes  des  armes  de  la  dite  Madame  la  royne 
Jehanne  ;  prisé  demy  franc  d'or  120  fr.  de  notre  monnaie).  Il 
fut  baillé  jux  curés  de  Hrye-Comte-Robert  pour  ce  qu'il  avoit 
esté  porté  en  leur  église  quand  le  service  de  ma  dite  dame 
y  fut  faict  et  pour  ce  néant  en  argent  (  ij.  » 

En  objets  de  cuisine,  le  château  garda  une  boutique  à  poisson 
(probablement  quelque  objet  destiné  à  conserver  le  poisson 
encore  vivant).  L'inventaire  s'exprime  ainsi  :  «  Y  avoit  à 
Brye-(]()mte-Robert  es  fossez  (les  fossés  du  château)  (2),  une 
autre  boutique  à  poisson  appartenant  à  la  dite  exécution 
dcmourez  es  fossez  de  Brye.  » 

Hlanche  de  France,  qui  succéda  à  sa  mère  Jeanne  d'Evreux, 
comme  dame  de  Brie-Comte-Robert,  était  née  le  V  avril 
i1vj8,  deux  mois  après  la  mort  de  son  père,  Charles-le-Bel. 
Elle  avait  épousé,  le  i3  janvier  i3-i-i,  Philippe,  cinquième  fils 
de  Philippe  VI  de  Valois,  et  apanage  par  ce  dernier,  du  duché 
d'Orléans,  des  comtés  de  Beaumont  et  de  Valois.  Blanche 
fut  veuve  peu  d'années  après  avoir  perdu  sa  mère,  en  i375. 
Son  mari  était  mort  sans  postérité,  encore  dans  la  force  de 
Tâge.  Dès  qu'elle  lut  maîtresse  de  ses  biens,  elle  les  céda  à 
Charles  V.  Cette  donation  est  du  2G  septembre  1^76  (3).  Je 
crois  devoir  reproduire  ce  titre,  parce  qu'il  est  un  document 
intéressant  l'histoire  de  la  ville  de  Brie-Comte-Robert. 

Lettre  faite  soubz  le  scel  du  chastelet  de  Paris,  scellées  du  scel  de 
la  duchesse  d'Orliens,  par  lesquelles  elle  code  et  transporte  au  Roy 
la  propriété  des  chastiaus  et  chastcUenies  de  Braye-Comte-Robert, 
de  Gournay  et  de  la  Ferté  Alez  et  des  fiez,  fermes  etc.  du  bailliage 
de  Caen  et  de  la  vicomte  d'Auge,  lesquels  elle  tiendra  sa  vie  durant 
tant  seulement. 

A  tous  ceulx  qui  ces  présentes  lettres  verront  Hugues  Aubriot, 


O)  C.e  tapis  pourrait  être  celui  qui  figure  dans  un  inventaire  des  biens  de  l'église  du  4 
novembre  1614,  sous  cette  mention  :  «  A  la  chapelle  Nostre-Dame...  Item  ung  ancien  tappy 
servant  au-dessus  de  la  chaire  de  M*  le  curé.  » 

{2}  Nous  l'avons  déjà  vu,  cette  expression  s'applique  expressément  aux /ojS(fî  du  château  pour 
les  distinguer  des /os;«  de  la  ville. 


3r»*i  HISTOIRE   DE   LA   VIIXE 

chevalier,  garde  de  la  prévosté  de  Paris,   salut.    Savoir  faisons  qnc 
par  devant  Pierre  de  Montigny  et  Jehan  Fourquant,   alors  notaires 
jurez  du  Roi  nostre  seigneur  ou  Cha-stellet  de   Paris,    fut  présenie 
noble,  haulic  et  puissante  dame,  madame  Blanche     fille  de  Roy  de 
France  et  de  Navarre,  duchesse  d  (  )r;iens,  laquelle  afferma  pardevast 
ycculx  notaires  quccomme.  à  cause  de  la  succession  de  feu  très  noMe 
mémoire  madame  Jehanne  d'Evreux,  jadis  Royne   de  France  et  de 
Navarre     sa    môre.   el!e    ait    tiengué,    possidé  et   lui    appartieonenl 
entièrement  à  héritage  perpétuel    les  villes  chasteaux  et  chastelleoies 
de   Hraye-Comtc-Kobert     de   la   Ferté-Aales  et    de    Goumay-sa^ 
Marne    lequel  Gournay  fut  de  l'acquest  de  ladite  Madame  la  Roysc 
Jehanne  sa  mère,    t  toutes  leurs  revenues,  dépendances  et  apparte- 
nances, tant  en  terres,   prez,   vignes    cenz.  rentes,   champars,  bois 
pasturages.   hostcs.  ho-^iises    hommes  et   femmes    de    corp«,   fiez 
arrêtiez,  nobleces.  ressors.  patronages,  e<^paves,  forfaitures,  justices 
seigneuries  haultc*^,  basses  et  moiennes,   comme  en    autres,   posses 
siens  tt  choses  quelconques. .. .    ycelle  madame  la  duchesse  de  s 
bonne  volonté,  propre  mouvement  et  certaine  science,    sanz  fora 
contrainte  ou  induction  aucune,   lecognut  et   confessa    par  devai 
yceulx    notaires   de   toutes   les   dictes   chastcllenies,    possessions  ( 
revenues,  en  considcracion  à  la  vraye  affection  que   elle  a   envers  1 
coronne  et  le  royaume  de  France,  mesmement  pour   son   trds  grau 
et  évident  prou  lit,  sanz  fraude  ou  decevance  et  comme  de  ce  bic 
avisiée.  prouveue  et  consilléc  par  bonne,  longue  et  meure  délibén 
cion  par  elle  eue  sur  ce  avecques  les  gens  de  son  conseil  et  plusieu 
autres  sages  et  discrez  que  pour  ce  faire  avoit  et  a   plusieurs  foiz 
par  plusieurs  journées  assemblez,  avecques  elle  si  comme  elle  poi 
vérité  disoit  avoir  trailtié.  accorde,  transigé  et  composé  et  fait  accoi 
traitlié,  composition  et  transi^ction  perpétuelle  au    r<o\-,   nosire  sir 
en  ceste  matière  :  c'est  assa\(»ir  que  la  ditte  madame    la   duchesse 
transporté,  baillé,  octroyé,  quiltié.  ctâc,  délaissiè  et  par  ces  présente 
transporte,  baille,  octroyé,  quitte,  cède  et  délaisse   de    tout  en  to 
dès   maintenant    à    tou/iours    pcrpétuelement   au    Roy,    nostre  c 
seigneur,  pour  lui,  pour  ses  successeurs  Roys  de  France,   et  ccd 
qui  de  lui  ou  de  ses  successeurs,  auront  cause,   toutes   les  dess 
dictes  villes,  chasteaux  et  chastellenies. . .    et  leurs  appartenance 
revenues  et   appendances.   m^blesses   et   possessions    telles    comr 
dessus  est  dict  et  en  autres  quelles  que  elles  soient,   comment  dit 
et  nommées  seroient  et  de  quelque  chose  et  valeur  que   elles  sont 
ourroient  estre  et  généralement  tout  ce  que  ycelle   feu    madame 
<oyne  sa  mère  poxoit  avoir  et  qui  luy  povoienlet  devoientappartec 
au  jour  du  trc^passemcnt  d  icelle  en  toutes  les  dessus  dittes   villes 
chastellenies  cl  tcnoucrs,  appartenances  et  appendances  d'icellessai 
riens  en  toutes  cc<  choses  excepter  ne  retenir  y.  Ensemble  tous  1 
droiz    de    propriété,    saisine,    pc^ssession,    seigneurie    et    toutes   I 
actions  réelles,  persoînelles.  directes,  expresses  et  autres  quelconqu 
qui  en  toutes  les  dessus  dittes  \  illes,  chasteaulx  et  chastcllenies  ( 
leurs  revenues  appartenances  et  appendances. ...  et  envers  quelcoi 
ques  pcrs(>nne^  et  biens  pour  raison,  occasion  ou  a  choison    de  to' 
ce  luy  peveni  et  doivent,   pourroient  et  devroient.   à   quelque  cau: 
ou  liltre  et  en  quelque  manière  feust.  de  fait  ou  de   droit,   ne   autn 
ment,  comment  que  ce  soit  ou  feust  competer,  aflerir  et  apparteni 
Retenu  à  la  ditte  madame  la  duchesse  les  conques  que  fit  en   autn 
choses  que  Gournay  et  ses  appartenances,  la  dite  madame  la  Royr 
Jehanne,  sa  mère,  en  son  vivant,  pour  les  quiex  elle  doit  acquitt< 


R 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  35j 

et  deschargier  aussi  tout  ce  de  quoy  la   ditte   Madame  la   Royne 
Jehanne  avoit  et  a  en  son  vivant  chargié  le  domaine  et  recepte  de 
feraye-Conte-Robert  et  autres  choses  dessus  transportées  (i  )    ;   de 
toutes    lesquelles    villes,    chasteaulx,    chastellenies,    appartenances, 
revenues  et  appendances  et  rentes,  ycelle  madame  la  duchesse  du 
tout  en  tout,  par  devant  les  diz  notaires,  dès  maintenant  à  touziours 
perpetuelement,   pour  elle  et  en  son  lieu   fit,    constitua   et  establit 
sanz  rappel  le  Roy,  nostre  dit  seigneur,  pour  luy  et  ses  diz   succes- 
seurs Roys  de  France  et  leurs  aians  cause,  vray  seigneur  propriétaire, 
acteur,   demandeur,    possesseur   et   quonque    miex    estre    peut  en 
toute  manière  comme  de  son  propre  héritage  et  domaine.  Mandons 
par  ces  présentes  à  tous  les  tenans  fiez,  arrière  fiez  et  autres  posses- 
sions quiexconques  d'elle  pour  raison  des  choses  dessus  devisées  et 
esclarcies  que   dès   maintenant   en    lieu    d'elle,  de   tout  ce  qui    en 
tiennent  et  dont  ils  sont  en  foy  et  hommage  ou  souffrance  du  Roy 
nostre  dit  seigneur  et  luy  facent  toute  révérence,  service  et  obéis- 
sance teles  et  par  la  manière  que  ils  sont  tenuz  comme  a  vray  sei- 
Ijneur  et  propriétaire  de  ce.  Et  aussi  à  tous  les  autres  subgicz  de 
tous  les  diz  lieux  que  doresnavant  luy  facent  toute  obéissance  comme 
il  appartient  à  vray  seigneur  propiiétaire  et  demeneur  et  lui  paient 
les  rentes  et  aultres  debvoirs  qui  pevent  et  pouroient  devoir,  sanz 
nul  reffuz,  après  son  décès,  comme  cy  après  sera  dict  ;  c'est  assavoir 
tant  parmi  ce  que  le  Roy   nostre  dit  suigneur  luy  a  baillé,  assis, 
assigné  et  délôssié  dès  maintenant  tant  comme  elle  vivra  tant  seule- 
ment toutes  les  fiez,  fermes   rentes  et  fermes  muables  tant  en  grains, 
deniers  comme  en  autres  choses  quelconques  que  tenoit  feu  de  noble 
mémoire   Monsieur  le  duc  d'Orléans,    son  mary,  au  jour  de  son 
trespassement  ou  bailliage  de  Caen  et  en  la  vicomte  d'Auge,  tant  à 
cause  de  la  recompensacion  qui  lui  fut  faite  pour  raison  de  la  Comté 
de  Beaumont-le-Rogier  comme  de  ce  qui  luy  estoit  venu  à  cause  du 
douaire  de  la  dite  feu  Madame  la   Royne  Jeanne  en  pris  et  en  la 
v^aleur  que  elles  pevent  valoir  à  présent  et  que  elles  pourront  valoir 
en  quelque  manière  durant  son  dit  viager  de  laquelle  valeur  ycelle 
Aladame  la  duchesse,  en  la  présence  des  diz  notaires,  se  tint  et  par 
ces  présentes  se  tient  à  bien  contente,  paiée  et  agréée  à  tenir  par  ce 
lever  et  recevoir  les  dittes  rentes  et  revenues  quelconques  du  jour  de 
la   date  de  ces  présentes  et  doresnavant  par  elle  ou  son  certain  com- 
mandement et  par  sa  main  et  contrainte,  comme  fesoit  madame  U 
Royne  Jehanne,  en  son  vivant,  et  à  cause  d'elle,  le  dit  monsieur 
le  duc   en  son  vivant  tant  et  si  longuemment  comme  elle  aura  vie 
ou  cops  (sic)  tant  seulement,    comme  par  ce,  elle,   durant  sa  vie 
tant  seulement  et  comme  viagère,  aura,  percevra,  lèvera  et  rece-^ra 
par   elle  et  par  son  commandement    sanz  nul  contredit,   tous  les 
proufiz  revenues  et  émolumens  quiexconques  des  dites  villes,  chas- 
teaulx et   chastellenies  de   Braye-Comie-Robert,  la  Ferté-Aales  et 
Gournay,  de  leurs  appartenances  et  appendances.  .  ou  en  la  forme 
et  manière  que  elle  en  jouissoit  etpossessoit  avant  ce  présent  accort 
durant  sa  ditte  vie  et  comme  viagère,  et  après  le  décez  d'elle,  ycelles 
fermes    fermes  muables,   rentes  et  toustes  les  dittes  revenues  des 
dites  villes,  chasteaulx,   chastellenies,   de   leurs   appartenances    et 


(\)  Le  document  vise,  ici.  certaines  donations  faites  a  l'église  Saint-Etienne  de  Brie-Comtc- 
Robcrt  et  au  chapitre  Saint-Denis.  Nous  avons  dit  un  mot  de  ces  dernières  ;  nous  y  revien- 
drons à  l'article  des  fiefs,  de  même  que  nous  parlerons  des  donations  à  l'Eglise  Saint-Etienne 
en  parlant  de  cette  dernière. 


HISTOIRE   DE   I.A  VILLE 


appendances...  revendront  ei  recouvreront  de  plein  doit  (sic)  au  Roy 
nostie  dit  seigneur  et  à  ses  diz  successeurs  et  leur  aians  cause. 
ccssans  tous  empeschtmens,  comme  à  vrais  seigneurs  et  proprié- 
taires et  seigneurs  de  ce.  ;Et  sera  son  dit  usufruit  liny.  coofuz  ci 
adjoint  en  la  pro- 
priété d'icclles  saoi 
ce  que  les  héritiers 
de  la  dite  madame 
la  duchesse,  oc  au- 
nes, le  puissent  dé- 
battre ny  demander 
en  quelque  manière 
avoir  ou  réclamer 
aucun  droit  pour 
quelque  demeure , 
longue  teneure  et 
possession  qu'elle  ea 
teroit,  ne  autrement, 
par  droit  usage  ou 
coustume.  Es  mains 
desquel  X  notaires, 
apréi  tout  ce  fait, 
ycclic  madame  la  du- 
chesse de  tout  ce  qui 
meut  et  peut  mou- 
voir du  Roy  nosire 
dit  seigneur  ou  d'au- 
tres des  dtssusdities 
possessions  et  reve- 
nues se  demi  st  et,  par 
cei  présentes,  se  dé- 
met du  tout  en  sai- 
sine et  propriétii  en 
quittant  le  dit  sei- 
gneur et  autres  de  la 
foy  et  hommage  en 
quoy  elle  pour  ce 
est  et  puct  eslri;  envers  eulx.  Avecquei  ce,  en  la  présence  des 
diz  notaire?,  bc  démisi  du  lout  ds  mains  de  rivérend  père  en  Dieu 
monsieur    l'évesque   de    Pjtis,   prirent   à  ce,   et   recepvaat    icellc 

.  .0)(".'  >"au  est  «appnJu  à  b  pr«;ntcdonalinn.  Par  !■  photognphie  qui  «r  reproduite 
ICI,  nn  ïûii  ijue  U  duchrwe  cit  reprcaentir.  .lehout  dans  une  niche  principale,  accompainéi 
de  deui  aulfcsoii  dï»  anilf s  ^ou^u■nnp^^.  adtxtn-ct  a  «neslre  un  ecu parti  d'OrlMniei* 
Krante.  l.êEeiidr  :  S.  BLAMCHK.  FIMK  FR  ANCIE  HT  NAVARRE  DVGSSÉ  AVRELIAVEVSIS. 

Ontrr  sceau  :  Un  parti  d'Orléans  et  di-  Krancr.  n 


si:i:au  dk  blanche  dz  frange 


,ï"rial  rSn",lTî7'mifl'1fe'",'ÎV,  ;A.  N.  - 
■m^igne  de  qumn  ccussonî  en  lown^'. 


liienJe. 
Eesceaa   e<t  a:;pçnJu 


HHACOitV:  DVCIS:  AVRELIANENSIS  :  CÔTIS 


Ltj^nJïs    S.  [>H1.1P?I     KILLI  :  ItKf 
VAI,FS1[  :  F.T:  Bkl.l.lMÛTIS. 
û»tre  sceau  :  1.  «u  d  Orkaiis  dans  une  ro.ac.'  :_ 
t  COTRE  SIGILLV  PHIL<,tl'Pl  FlLtl  REGIS  FRACORV  DVCiE  AVRELlANHÏ. 


DE   BRIÊ-CiOMTË-RÔBERt  3?9 

démission  de  la  foy   et  hommage   en   quoy  elle    estoit   et   povoit 
estre  envers  lui   pour  raison  des  choses  dessus  dittes  par  elle  bail- 
lées, voult    consentit  et  accorda  expre^^sément  que  le  Roy  nostre  dit 
seigneur,  par  lui  baillant  ces  présentes  en  soit  et  demeure  saisy, 
vray   propriétaire  et  seigneur  et  aussi  que  ledit  monsieur  l'évesque 
le  recepte  ou  auir:î  pour  lui  en  sa  foy  et  hommage  pour  tout  comme 
il  luy  pourra  appartenir,  (i)  Avecques  ce  voult,  consentit  et  accorda 
que  les  nutres  seigneurs  desquiex  aucunes  parties  d'icelles  possessions 
et  de  leurs  appartenances  mouvroient  et  seroient  tenues,  le  recepvent 
paisiblement   ou  autre    pour   lui   au   lieu  d  elle  et  en  son  absence, 
chascun   au   droit   soy.   de   tout   ce  qui  sera  mouvant  d'eulx  et  s'en 
mettent  en  leur  foy  hommage  ou  souffrance  ou  son  commandement, 
sans  nulz   reffus.  Et  encore  la  dite  madame  la  duchesse,  pour  grei- 
gneur     confirmation  de   ces  choses,  fit,   constitua   et  establit,  par 
devant  les  diz   notaires,   ses  procureurs,  et  certains  messages  espé- 
ciaulx.    sans  rappel,    monsieur  Adam  de    Guillonnel     chevalier  et 
chambellan  (2).  monsieur  Nicolas  Bracque.  chvalier  etconseillier  (3) 
et  maistre   Jehan  Pastourel  conseiller  du  Roy  nostre  dit  seigneur... 
En  tesmoing  de  ce.  à  la  relaciondesdiz  notaires,  avons  mis  à  ces 
lettres  le  sceel  delà  Prévosté  de  Paris  avecques   le  sceel  de  madame 
la   duchesse,    mis  par  le  commandement  d'elle  pour  greigneuret 
confirmacion  de  ces  présentes,  en  la  présence  d  iceulx  notaires.  Ce 
fut   fait  et  passé  le  mardi  vint  trois  jours  du  moys  de  septembre  l'an 
de  grâce  mil  trois  cens  soixante,  et  seze. 

(Signés  :)  Fourquant  P.  de  Montigny. 


Comme  sa  mère,  mais  peut-être  avec  moins  d'autorité, 
Blanche  participa  aux  affaires  du  temps.  Je  signalerai,  à  ce 
propos,  les  quelques  lignes  par  lesquelles  le  religieux  de 
Saint-Denis  signale  son  intervention  au  cours  de  la  terrible 


(1)11  ne  faut  pas  oublier  que,  féodalement,  la  terre  de  Brie-Comte-Robert  était  vassale  de 
l'Evéque  de  Paris.  11  n'y  a  à  ce  sujet  qu'à  se  reporter  à  ce  qui  a  été  dit  p.  219  et  suivantes. 
Mais  une  fois  entre  les  mains  du  Roi,  cette  obligation  féodale  n'existait  plus.  A  ce  propos,  il 
est  à  observer  que  la  famille  de  '^ric,  comme  on  le  verra  par  la  suite,  rendait  foi  et  honimage, 
pour  ses  biens  à  Brie-Comte-Robert  au  seigneur  de  cette  terre  et  non  à  l'évéque  de  Paris. 
Cette  famille  avait  été  par  conséquent  investie  des  fiefs  qu'elle  occupait  à  Brie  par  le  seigneur 
de  Brie,  dans  l'espèce  par  Robert  I,  de  Dreux.  Oette  remarque  détruit  l'hypothèse  d'une 
cession  ou  vente  faite  par  un  seigneur  autochtone  de  Brie  à  Robert  I,  d'une  partie  de  ses 
biens.  Si  cela  eût  été,  ses  descendants  auraient  dû  rendre  hommage  à  rdvéquc  de  Paris.  Il 
faut  bien  que  /a  seigneurie  de  Brie  fut  ou  bien  achetée  par  Louis  VI  au  Chapitre  de  Paris, 
ou  confisquée  sur  un  seigneur  de  la  comté  deCorbeil,  vassal  du  Chapitre.  Ceci  donnerait  plus 
de  force  à  ce  quej'ai  avancé  p.  84  et  85. 

(2)  On  verra  plus  tard  qu'une  descendante  de  cet  Adam  de  Guillonnel  posséda  un  fief  de 
Brie  :  le  Colombier.  Sa  famille  avait  la  seigneurie  de  Brunoy.  M.  Th.  Lhuillier  signale,  dans  sa 
notice  sur  BUnche  de  France  dam  la  Brie  (  Almanach  Le  Blondel,  (1872,  p.  l  yg)  une  a  suerjacqueleine 
de  Galloniel  »  (pobablement  Gaillonnel)  abbesse  du  Pont-aux-Dames.  On  sait  tous  les  bienfaits 
q jcjeanne  d'Evreux  et  sa  fille  accordèrent  à  cette  abbaye, 

(3)  Nicolas  Bracque  que  l'on  a  quelquefois  qualifié  de  «  financier  véreux  «  fut  un  des  conseiller; 
les  plus  influents  de  Jean  le  Bon    et  de  Charles  V. 


36o  HISTOIRE  DE  LA  ViLLÈ 

répression    qui  suivit  la  révolte  des  Parisiens  (i)   contre 
Charles  VI,  (ils  et  successeur  de  Charles  V  (2),  en  i383. 

«  Le  second  samedi  du  mois  de  février,  écrit  le  chroni- 
queur (3),  la  duchesse  d'Orléans  arriva  à  Paris.  Par  ses  douces 
paroles  et  ses  instantes  prières,  elle  essaya  de  calmer  le 
courroux  du  roi  et  des  princes  14),  mais  le  temps  de  la  misé- 
ricorde n'était  pas  encore  venu.  Tout  ce  qu'elle  put  obtenir, 
ce  fut  que  l'on  différât,  jusqu'à  la  semaine  suivante,  l'exécu- 
tion de  sept  malfaiteurs  qu'on  conduisait  au  supplice.  » 

Le  même  chroniqueur  s'exprime  ainsi  au  sujet  de  la  mort 
de  la  duchesse  d'Orléans  : 

«Depuis  le  mois  de  janvier  1392  (1393,  n.  s.),  madame 
Blanche,  d'illustre  et  pieuse  mémoire,  duchesse  d'Orléans, 
comtesse  de  Beaumont  et  de  Brie,  et  fille  du  feu  roi  de 
France,  Charles,  fils  de  Philippe-le-Bel  et  de  l'auguste  reine 
Jeanne  d'Evreux,  était  atteinte  d'une  longue  et  douloureuse 
maladie.  Quand  cette  princesse  qui  était  d'un  âge  avancé  vit 
que  le  mal  empirait  et  qu'on  n'avait  plus  d'espoir  de  la  gruérir 
et  que  sa  fin  était  prochaine,  elle  fit  appeler  en  toute  hâte  des 
ecclésiastiques.  Elle  rendit  le  dernier  soupir  en  leur  présence 
le  7  février.  » 

Juvenal  des  Ursins  (5)  dit  que  Blanche  «  estoit  de  bonne, 
honneste  et  saincte  vie,  grande  aumonière  en  sa  vie,  distri- 
buant tous  ses  biens  meubles  aux  pauvres,  tellement  qu'on 
y  trouva  comme  rien.  »  Il  ajoute  qu'après  sa  mort  «disait-on 
merveille  de  biens  d'elle,  et  partout  prières  et  oraisons  se 


(i)  On  lui  donna  le  nom  de  révolte  des  maillotins  parce  que  les  Parisiens  s'étaient,  en  cette 
circonstance,  armés  de  maillets. 

(2)  Charles  V  était  mort  le  15  juillet  1380,  à  l'âge  de  43  ans. 

{})  Chroniques  de  Charles  VI  par  les  religieux  de  Saint-Denis  (trad.  Belluguet.  I  p.  239;. 

(4)  Charles  VI  et  ses  oncles  parmi  lesquels  le  duc  de  Bourgogne,  Philippc-le-Hardi,  si  sou- 
vent, nou5  l'avons  vu.  l'hôte  du  château  de  Brie-Comte-Robert  (v.  p.  342.  343,    344). 

(3)  J«an  juvenal  ou  plutôt  Jouvenel  des  Ursins,  historien,  était  le  fils  du  célèbre  Jean  Juve- 
nal des  Ursins  né  à  Troyes  vers  1560.  On  a  de  lui  une  Histo'.re  de  Charles  VI,  d'où  sont  extraits 
les  deux  passages  ci-dessus  concernant  Blanche,  duchesse  d'Orléans. 

Cette  famille  possédait  à  Brie-Comte-Robert,  des  droits  seigneuriaux  ;  nous  trouvons,  en 
effet,  dans  un  Inventaire  des  titres  de  l'Eglise  Siint-Etienne,  conservé  aux  Archives  commu- 
nales, les  artick'î.  suivants  : 

a  l.ectres  faictcs  et  passées  sous  le  •>ccl  du  dit  Brayc  le  dix  huictiesme  jour  du  moys  de 
décembre  mil  quatre  cens  soixante  et  sept,  en  quoy  appert  :  Messire  Jean  Laumosnier. 
prebtre,  comme  procureur  de  noble  homme  Michel  Juvenal  des  Ursins,  escuicr.  seigneur  de 
la  Chapelle  messire  Gauthier  ;la  Cl  apelle-Gauthier.  canton   de  Mornant)  tvoir    quicté  et 


bE   BRiE-COMTE-ROBERt 


i6 


faisaient  pour  le  salut  de  son  âme.  »  L'historien  de  Charles  VI 
rapporte  d'elle  un  mot  qui  peint  le  caractère  de  la  fille  de 
Jeanne  d'Evreux  :  «  Et  disent  aucuns  que  ce  fut  à  cette  du- 
chesse d'Orléans,  surnommée  Blanche  l'ancienne  (i)  (en 
13921  que  le  roy  Philippe  de  Valoys  ou  le  roy  Jean,  son  fils, 
parla  un  jour  aigrement  et  elle  luy  respondit  que  si  elle  eust 
été  homme,  il  ne  luy  eust  osé  dire  ce  qu'il  lui  disoit.  > 

Du  long  testament  (2)  que  dicta  la  duchesse  d'Orléans  le 
21  mai  i3c)2,  je  n'ai  à  citer  que  deux  lignes  concernant  Brie- 
Comte-Robert.  Elle  donne  «  aus  curez  et  à  l'œuvre  de  Braye- 
(>)mte  Robert,  à  départir  par  moitié  entre  eulx,  cinquante 
sols.  »  C'est  tout   ;  il  est  vrai  que,  par  la  cession  de  iSyô, 


promis  faire  tenir  quicte  Pierte  Delaistre.  marriglier  de  la  dicte  Eglise,  du  relief  et  rachapt 
de  quatre  arpents  et  demy  de  terre  appartenans  à  icelle  église,  moavam  en  fief  du  dit  escuierf 
assis  terrouer  du  dit  Braye,  au  lieu  dit  de  Laval  en  allant  aux  mollit  s  le  comte  (la  rue 
du  Martinet  aujourd'hi)  moyennant  la  somme  de  soixante  solz  que  pour  ce  il  en  avoit  con- 
fessé avoir  eu  et  receu. 

a  Lectics  faictes  soubz  le  scel  armoyé  des  armes  Jean  Juvénal  des  Ursins,  escuier,  en  quoy 
appert.  Michel  de  Bui,  comme  homme  vivant  et  mourant  baille  et  présente  par  les  marri- 
gliers  de  la  dicte  Eglise  avoir  fait  les  foy  et  hommage  que  estoit  tenu  de  faire  pour  icelle 
Eglise  à  cause  de  la  terre  dessus  déclairèe,  tenue  et  mouvant  en  fief  du  dit  escuier  à  quoy 
avoit  esté  receu  après  le  payement  du  proufRct  de  rtlief,  rachapt,  quindemeret  indempnité 
pour  ce  deubz  en  quoy  aussy  appert  que  le  trentiesme  jour  du  moys  de  novembre  mil  quatre 
cens  quatre  vingts  et  huict,  Michel  Maillet,  comme  marriglier  de  la  dicte  Eglise  avoir  advoué 
a  tenir  a  une  seulle  foy  et  hommaige  du  dict  des  Ursins  à  cause  de  sa  seigneurie  de  Mor- 
nant,  quatre  arpens  de  terre  ou  environ  séans  près  les  mouUins  banniers  en  deux  pièces 
applain  déclairées  es  dictes  lettres. 

<«  Lectres  faictes  sous  le  scel  armoyé  des  armes  du  dict  des  Ursins  et  signées  de  son  seing 
le  dix  huictiesme  Jour  du  moys  de  mars  lan  mil  cinq  cens  et  sept  en  quoy  appert  :  Gabriel!  le 
.V.açon,  escuier,  ou  ncm  et  comme  homme  vivant  et  mourant  baillé  et  présenté  par  les  mar- 
rigliers  de  !a  dicte  Eglise  avoir  faict  pour  icelle  les  foys  et  hommaiges  au  dit  des  Ursins  pour 
les  dictes  terres  de  luy  tenues  en  fief  à  cause  de  sa  seigneurie  de  Mormanl,  ensemble  le  rcpice 
de  l'adveu  et  dénombrement  pour  ce  baillé  à  icel  uy  des  Ursins  escuier,  par  Sébastien  Richard, 
marreglier  de  la  dicte  Eglise,  ausquelz  lectres  sont  attachées  une  quictance  faicte  et  passée  par 
devant  Estienne  Delaistre,  tabellion  du  dict  Braye,  le  dix  huictiesme  mars  ou  dict  an  en  quoy 
appert  le  dict  des  Ursins,  escuier, avoir  receu  du  dict  Richard,  es  dict  nom,  la  somme  de  cin» 
quante  six  sols  parisis  pour  le  prouffict  et  relief  qui  estoit  deu  au  dict  escuier  à  cause  de  \.\ 
terre  dessus  déclairèe,  ensemble  huict  sols  parisis  pour  le  chambellaige  baillé  â  son  homme.» 
Il  semble  résulter  des  dates  de  ces  lettres  que  Jean  Juvénal  des  Ursins,  dont  il  est  parlé,  se- 
rait le  fils  lie  l'historien. 

(1)  On  la  nommait  ainsi  pour  la  distinguer  de  Valentine  de  Milan  qui  venait,  récemment 
d'épouser  Louis,  deuxième  duc  d'Orléans,  et  frère  de  Charles  VI.  (V.,  à  ce  sujet,  ce  que  j'ai 
dit  des  deux  duchesses  d'Orléans,  p.  357). 

(2)  Ce  document  a  été  pubMé  in  extenso  par  M.  Gaston  Vignat  dans  sa  Note  sur  une  des  cha- 
pelles absidales  di  Sainte-Croix-d'Orléans  (Orléans  1865,  inS").  <*  Cette  pièce,  dit  M.  Vignat,  est 
formée  de  quatre  feuilles  de  parchemins,  collées  autrefois  à  la  suite  les  unes  des  autres  et 
p:'éscnt.int  réunies  une  laiig;.eur  de  i  m.  90.  La  signature  de  l'un  des  notaires  a  été  apposée 
sur  les  deux  marges  au  point  de  jonction,  ainsi  qu'un  sceau  (sans  doute  celui  de  la  Prévôté 
de  Paris),  pendant  sur  des  lacs  de  soie  verte.  Tous  les  sceaux  ont  disparu.  » 


302  Histoire  de  la  vili  f1 

Brie-Comte-Robert  ne  lui  appartenait  plus  et  qu'elle  ne  lais- 
sait pas  dans  cette  ville  les  intérêts  qu'y  avait  sa  mère  (i). 

Charles  VI  donna,  en  apanage,  à  son  frère  Louis  les 
domaines  que  possédait  le  précédent  duc  d'Orléans,  mari  de 
Blanche  de  France.  Les  habitants  d''*Jrléans  protestèrent 
contre  cette  nouvelle  séparation  de  la  couronne  de  France 
par  l'organe  de  leur  évèque  Jean  Xicot.  Deux  cents  ans  plus 
tard  nous  retrouvons  un  autre  Jean  Xicot,  curé  de  Brie-Comte- 
Robert.  Le  nouveau  duc  d'Orléans  se  maria,  à  Melun,  le  17 
août  rjS-)  avec  Valentine  Visconti,  de  Milan.  Les  nouveaux 
seigneurs  de  Brie  ne  prirent  possession  dudomainequ'après 
la  mort  de  Blanche  de  France  (2),  c'est-à-dire  en  iSgS.  On 
peut  donc  considérer  l'action  de  cette  nouvelle  famille  sei- 
gneuriale à  Brie  comme  appartenant  au  XV''  siècle,  bien 
qu'elle  apparaisse  dans  les  toutes  dernières  années  du  XIV'. 
Par  suite,  je  m'en  occuperai  au  chapitre  suivant. 


(1)  Cependant  je  relève,  dans  ce  testament  des  libéralités  dont  mention  doit  être  faite  ici. 
Un  article  laisse  à  a  damoiselle  Jehanne  de  Gaillonnel,  sa  damoiselle,  son  bréviaire  qui  fut 
Yolente  de  Ptgoine,  damoiselle  ds  sa  ml*re  (la  reine  Jehanne)  »  et  dans  un  autre  article  elle 
laissa  «  à  chacune  des  damoiselles  de  la  ditte  Madame  la  duchesse,  c'est  assavoir  Jehanne  de 
Gaillonnel,  etc..  à  chacune  d'icelles  vingt  livres  parisis  avecques  une  des  robes  entières  de  ia 
ditte  dame,  c'est  assavoir  à  la  ditte...  Jehanne  de  Gaillonnel  et...,  les  trois  meilleurs...  excepté 
toutefois   ses  robes  fourrées  de  pennes  d'ermine.  d 

Jeanne  de  Gaillonnel.  fille  du  baron  de  Gaillonnel  et  de  Jeanne  de  Melun,  était  mariée  à  un 
seigneur  de  Brie,  Arthur  de  Brayc,  seigneur  de  Villemain  et  du  Colombier,  dont  J'ai  déjà  parlé 
(v.  p.  75,  note)  et  dont  il  sera  parlé  plus  loin. 

Blanche  laissait  également  à  a  messire  Martin  Cordier,  son  secrétaire,  quarante  livres  parisis, 
avecques  son  cotidian  de  drap  d'or  sur  soie  azurée,  fourni  des  choses  qui  en  déppendent,  avec 
une  touaille  brodée  de  lis  et  à  rosettes,  un  corporailler,  l'aumusse,  rochet  et  surpliz  où  le 
prélat  a  accoustumé  de  chanter  par  devers  elle.  »  Ce  Cordier  peut  fort  bien  avoir  appartenu 
a  cette  famille  briarde  dont  nous  avons  vu  plusieurs  membres,  Adam,  |ehan»  Robert,  etc., 
occuper  des  fonctions  de  confiance  auprès  de  la  reine  Jeanne  d'Evreux. 

(2)  Blanche,  duchesse  d'Orléans,  fut,  suivant  ses  dernières  volontés,  inhumée  dans  l'abbaye 
de  Saint-Denis,  mais  son  cœur  fut  transporté  à  Sainte-Croix-d'Orléans  et  ses  entrailles  à 
l'abbaye  du  Pont-aux-Dames.  a  Dans  l'église  abbatiale  du  Pont-aux-Dames,  dit  M.  Lhuillier 
(Almanach  Le  Blondel.  1872,  p.  i6l),  la  tombe  qu'on  lui  avait  consacrée  se  trouvait  au  milieu 
de  la  nef,  près  de  la  sépulture  de  trois  autres  enfants  du  roi  Charles-le-Bel  et  de  Jeanne  (d'E- 
vreux). Sur  un  marbre  noir,  la  figure  de  Blanche  ressortait  en  marbre  blanc  ;  cette  sculpture  a 
disparu  comme  le  couvent  et  l'église  en  1793  ;  elle  fut  recueillie  pourtant,  avec  plusieurs  autres 
tombes  gravées,  par  un  ancien  notaire  de  Quincy,  nommé  Picard,  qui  les  possédait  encore  à 
Lagny  en  1819  et  qui  offrit  alors  de  les  céder,  à  vil  prix,  à  l'administration.  L'offre  ne  fut  pas 
accueillie.  Nous  ignorons  ce  que  sont  dev  mus,  aujourd'hui,  ces  intéressants  monuments 
funéraires.  De  la  sépulture  de  Blanche  dans  la  Brie,  il  ne  reste  plus  qu'une  trace  ;  c'est  le 
dessin  conserve  dans  la  collection  Gaignières  (t.  XV,  f'"''j2,  73).  & 


hE  lîlUli-COMTE- ROBERT 


PIERRE  TOMBALE 
Conservée  dans  l'Eglise  Sainl-Elienne  (1} 


CHAPITRE  V 


Les  comptes  de  [11  reine  Jeanne,  en  dehors  des  renseigne- 
ments intéressants  que  nous  en  avons  tiré  sur  le  domaine 
seigneurial  et  son  administration,  nous  fournissent  égale- 
ment des  indications  sur  les  fiefs  briards  mouvants  du 
domaine.  Nous  nous  y  reporterons  dans  les  pages  qui  vont 
suivre.  Alais  à  côté  des  tîefs  mouvant  directement  du  château 
de  Brie-Comte  Robert,  d'autres  existaient  sur  le  terroir  de 
Brie,  dans  les  faubourgs  mêmes  de  la  ville,  qui  relevaient  de 
seigneuries  avoisinantes. 

Il  a  été  plus  haut,  à  deux  reprises,  question  de  la  famille  de 
Pommeuse  qui  tenait  Pun  de  ces  fiefs  (2).  j'ai  dit,  à  cet 
égard.  le  rôle  joué  par  Perceval  de  Pommeuse  pendant  la 
S'jvjrren'e,  .sa  condamnation  et  la  confiscation  de  ses  biens. 
Dans  les  comptes  de  i333,  on  voit  Arthur  de  Pommeuse 
entrer  en  la  possession  de  la  terre  de  Nandy  qu'il  ajoutait  ri 
son  lief  de  Belle-Assise,  situé  à  Villemeneux. 


(I)  V.  p.  138  (not«)  «t  176. 


%4  HISTOIRE  bË  LA  ViLLË 

Ce  fief  de  Belle-Assise  était  certainement  important-  Le 
manoir  seigneurial  était  qualifié  de  forteresse  (i)  ;  le  mande- 
ment du  roi  Jean,  relatif  à  la  saisie  des  biens  de  Pommeuse. 
s'exprime,  en  elTet,  ainsi  : 

«  Mandement  adressé  au  prévôt  de  Paris  pour  mettre  les 
religieux  de  Saint-Denis  en  possession  de  tous  les  biens 
meubles  et  immeubles  qui  ont  appartenu  à  Perceval  de 
Pommeuse  confisqués  au  profit  de  sa  Majesté,  laquelle  en  a 
fait  donation  à  la  dite  abaye,  après  néanmoins  avoir  détruit 
tous  les  Jorts  et  forteresses  provenant  do  la  dite  confiscation, 
sans  endommager  les  bâtiments  propres  et  utiles  pour  y  faire 
demeure.  Item  fera  rendre  par  les  vassaux  les  mêmes  hom- 
mages foy  et  devoirs  tels  qu'ils  les  ont  rendu  au  dit  Perceval 
de  Pommeuse  (2). 

La  position  de  Belle-Assise,  d'ailleurs,  laisse  entendre  à  la 
fois  son  ancienneté  et  sa  force.  Placé  à  mi  côte  sur  le  versant 
nord  de  la  vallée  de  TYerres,  le  fief  de  Belle-Assise  comman- 
dait la  route  de  Brie  à  Corbeil  au  débouché  du  gué  (3)  à  côté 
duquel  on  a  construit  le  Pont-au-Diable.  Le  nom  de  Belle- 
Assise  donné  à  ce  lieu  semble  symptomatique.  Il  est 
possible  que  cette  forteresse  ait  été  élevée  par  un  de  ces 
seigneurs  du  X"  ou  du  XI*  siècle  qui  se  taillaient  un  domaine 
et  s'y  rendaient  indépendants,  rançonnant  les  voyageurs 
obligés  de  passer  sur  leurs  terres,  ou  pillant  les  environs  à 
leur  convenance.  Cela,  seul,  suffit  à  expliquer  la  recomman- 
dation faite  par  le  roi  Jean  à  son  prévôt  de  démolir  «  tous  les 
forts  et  forteresses  »  du  lieu. 

Il  faut,  néanmoins,  ne  pas  s'exagérer  la  valeur  du  mot 
forteresse  employé  ici.  A  une  époque  où  Ton  n'avait  guère 
pour  attaquer  ou  se  défendre  que  des  armes  de  main  ou  des 
armes  de  jet  imparfaites,  la  moindre  construction  aux  murs 
sufiisamment  épais,  aux  portes  solides,  pouvait  arrêter  long- 
temps un  assaillant  mal  outillé  surtout  si  l'assiégé  avait  de 
l'eau  à  discrétion  et  des  approvisionnementssuffisants.  Mais, 
la  valeur  militaire  de  cette  construction  était  surtout  dans  sa 

(I)  V.  p.  278. 

,2;  A.  N.  —  LL.  1191,  f  725,  II'  4349, 

(3;  Dans  ces  dernières  années,  alors  que  le  Pont-au-Diable  était  en  reconstruction,  ce  gué 
servait  de  moyen  de  communication  entre  les  deux  rives  de  l'Yerres. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  365 

situation  topographique.  C'est  ce  qui  devait  rendre  Belle- 
Assise  redoutable,  non  que  la  maison  fût  inabordable,  mais 
parce  qu'il  pouvait,  à  la  fantaisie  de  son  propriétaire,  inter- 
cepter une  voie  de  communication  fréquentée. 

Comme  nous  l'avons  vu,  il  est  parlé  pour  la  première  fois 
d'un  Pommeuse  en  i333,  dans  un  des  comptes  que  j'ai  ana- 
lysés au  chapitre  précédent  ;  encore  n'est-il  pas  spécifié  que 
ce  Pommeuse  fût  à  l'époque  seigneur  de  Belle-Assise.  Il  est 
représenté  comme  rachetant  pour  son  neveu,  Perrot  de 
Poincy,  dont  «  il  a  le  bail  et  la  garde  »,  la  terre  de  Nandy. 
Perrot  de  Poincy  était  le  tîls  de  Guillaume  de  Poincy  (i)  et 
d'une  sœur  du  Pommeuse  qui  nous  occupe.  Ces  noms  de 
Pommeuse  et  de  Poincy,  étrangers  au  sol  de  la  ville  de  Brie, 
évoquent  cette  remarque,  faite  déjà  à  plusieurs  reprises,  de 
l'apparition  dans  le  pays  de  seigneurs  venus  des  environs, 
fort  probablement  à  la  suite  d'achats  elïectués  sur  le  Chapitre 
de  Paris  de  qui  dépendait  presque  tout  le  pays. 

Il  se  pourraitquecedernier,ArtusouArthurde Pommeuse, 
ait  acquis  à  Villemeneux  le  lief  de  Belle-Assise  vers  cette 
époque.  Dans  le  cartulaire  de  l'abbaye  Saint-Denis  (2)  on 
trouve  un  contrat  de  vente  faite  par  Etienne  Chapuis,  au 
prolit  de  messire  Arthur  de  Pommeuse,  de  vingt  arpents  de 
bois,  sis  à  Forest,  tenant  d'une  part  aux  usances,  d'autre 
part  à  Jean  de  Nanteuil  ;  item  un  demi  arpent  de  pré,  un  demi 
arpent  de  terre  au  même  terroir  de  Forest  ;  item  une  maison 
et  jardin  appelée  la  maison  de  la  Borde  tenant  au  dit  de  Pom- 
meuse, avec  environ  dix-sept  arpents  de  terre  ou  plusieurs 
pièces  au  terroir  dit  de  F'orest  ;  item  quinze  sols  parisis  de 
menu  cens  portant  lods  et  ventes,  le  tout  mouvant  en  fief  de 
Jean  de  Melun,  sieur  de  la  Borde  ;  sous  le  scel  de  la  prévosté 
de  Brave  le  2  septembre  i355  (3). 

(I  j  Poincy,  commune  du  canton  de  Meaux  à  5  kii.  de  cette  dernière  ville. 

(2    A.  N.  —  LL.  1  ic)i ,  f-  584.  n"  4205. 

(?)  Il  ne  faut  pas  confondre  ce  fief  de  I.a  Borde,  avec  celui  dont  il  va  être  parlé  ci-après  sous 
le  nom  de  la  Borde-Fournier.  Le  fief  dont  il  est  question  ici  me  paraît  devoir  plutôt  s'iden- 
tifier avec  la  Borde,  de  rhàtillon-la-Borde,  commune  du  canton  du  Chàtelct.  Je  ne  propose, 
d'ailleurs,  cette  identification  qu'à  cause  de  la  présence  de  Jean  de  Melun  dans  le  contrat. 
Le  nom  de  la  Borde  est  tellement  c  Jmmun  que  celui-ci  peut  s'appliquer  à  un  tout  autre  lieu  dit. 
Il  existe  dans  tous  les  cas,  tout  à  côté,  dans  la  commune  de  Bombon,  une  ferme,  appelée 
Forêt,  tenue  actuellement  par  M.  Collcau  ;  disons  par  parenthèse  que  ce  dernier  est  le  des- 
cendant d'une  vieille  famille  briarde  qui  a  donné     Bric  un  notaire  réputé. 


366  HISTOIRE  DE  LA  VILLE 

Je  considère  cette  vente  comme  l'indice  de  rétablissement 
des  Pommeuse  dans  le  pays.  Pareillement,  je  citerai  cette 
autre  charte  et  portant  fondation  par  un  Arthus  de  Pommeuse 
«  de  deux  chapellenies  à  l'autel  de  la  chapelle  Notre-Dame, 
sise  en  sa  maison  de  Belle-Assise,  en  la  paroisse  de  Braye- 
Comte-Robert,  diocèse  de  Paris  ».  Arthus  de  Pommeuse 
exig'eait  que  les  deux  chapelains  tissent  «  résidence  person- 
nelle aux  dits  lieux  ».  Ceux-ci  devaient  chanter  et  célébrer  au 
dit  autel  chacun  trois  messes  par  semaine  «  et  l'un  d'iceux 
chanter  alternativement  vêpres  en  notes  chacun  jour  de 
samedi  et  messe  en  nr)tes  chacun  jour  de  dimanche,  ce  outre 
le  service  solennellement  à  toutes  les  grandes  fêtes  annuelles 
et  de  Notre-Dame  ».  P(.)ur  cette  fondation,  Arthus  de  Pom- 
meuse assignait  aux  deux  chapelains  quarante  livres  parisis 
de  rente-^  sur  les  terres  de  Nandy  et  de  Belle-Assise  «  jusqu'à 
ce  que  la  dite  rente  soit,  par  lui,  plus  à  plain  assise  ;  et,  à  cet 
elïet,  promet  envoyer  en  c<  »ur  de  Rome,  pour  obtenir  du  pape 
la  confirmation  de  cette  fondation  et  le  droit  de  présentation 
aux  dites  chapellenies  pour  lui  et  ses  successeurs,  seig-neurs 
de  Belle-Assise,  et.  à  faute  par  lui  ou  ses  successeurs  d'obte- 
nir du  pape  le  drnit  de  préscntati<jn,  la  collation  entière  en 
appartiendra  à  réveque  de  Paris,  après  le  décès  des  deux 
premiers  chapelains  que  mcssire  Arlhus  a  pourvu  des  deux 
chapellenies  et  les  en  a  mis  en  possession  et  des  revenus 
d'icelle  par  la  tradition  de  deux  fétus  (de  paille)  qu'il  tenait 
en  sa  main.  Sous  le  scel  de  la  prévosté  de  Brayc-Comte- 
Robert  le  17  décembre  i.S.^y.  » 

Ne  semble-t-il  pas  qu'il  y  ait  dans  Tacte  qui  précède  comme 
une  sorte  de  prise  de  possession,  comme  un  cachet  pers<»nnel 
que  le  nouveau  propriétaire  veut  imprimer  au  ticf  dont  il 
vient  de  faii^e  l'acquisition,  acte  qui  est  bien,  du  reste,  dans 
l'esprit  religieux  du  temps  >  n'est-ce  pas  la  même  pensée 
qui  apparaît  dans  la  charte  suivante  empruntée  au  même 
cartulaire  r 

1'  Lettres  de  (jile,  abbesse  de  Jarcy  (i),  et  des  religieuses 
du  couvent,  par  lesquelles,  elles  accordent  à  messire  Arthus 

(l)  Jarcv  dépend  de  la  commune  de  Varennes  (Seine-et-Oise).  l/abbayc  n'existe  plus.  Ses 
ruines  sont  biluées  à  y  kiloniétre.s  de  Brie-Onite-Kobei  t,  sur  les  bords  de  la  rivière  d' Verres, 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  Sby 

de  Pommeusc,  chevalier,  la  sépulture  dans  leur  église  devant 
le  grand  autel  entre  les  deux  derniers  piliers,  à  main  gauche, 
en  allant  au  grand  autel,  laquelle  sera  élevée  de  trois  pieds 
de  haut...  et,  en  outre,  s'obligent  de  faire  le  service  de  son 
enterrement  auquel  service  son  corps  sera  couvert  d'un  drap 
d'or  et  autour  d'icelui,  une  chapelle  pour  mettre  deux  cents 
livres  de  cire  en  luminaire  tant  en  cierges  qu'en  torches  et  y 
aura  deux  chevaux  et  deux  hommes  montés  dessus,  couverts 
des  armes  du  dit  seigneur  et  deux  autres  chevaux  sur  les- 
quels on  tiendra  deux  bannières  de  ses  armes,  l'une  d'icelle 
pour  la  guerre  et  l'autre  pour  le  tournoi,  et  aura  chaque 
homme  armé  un  heaume  et  un  escu  tout  pour  offrir  comme 
il  appartient,  et  demeurera  tout  le  luminaire  à  la  dite  abbaye 
et  les  bannières,  escus  et  heaumes  seront  attachez  à  l'in- 
térieur de  la  sépulture  du  dit  chevalier  et  le  drap  d'or, 
chevaux,  harnais  et  armures  demeureront  à  ses  héritiers  et 
s'obligent  les  dites  abbesses  et  religieuses  de  faire  célébrer 
perpétuellement  par  chascun  jour  une  messe  haute  au  dict 
grand  autel  pour  le  repos  de  l'âme  du  dit  seigneur  et  chascun 
an  un  service  solennel.  Pour  toutes  lesquelles  fondations  le 
dit  seigneur  de  Pommeuse  a  donné  aux  dites  religieuses  une 
maison  assise  aux  Bordes-les-Braye  (i),  terres,  prés,  cens  et 
rentes  et  autres  revenus  en  dépendant  prisés  et  estimés 
24  livres  parisis  de  rente  et  leur  a  délivré  cent  florins  d'or 
estimés  six  livres  parisis  de  rente.  Sous  les  sceaux  de  la  dite 
abbesse  et  couvent  le  11  juin  iSSy.  » 

11  esta  croire,  cependant,  que  les  deux  chartes  ci-dessus 
ne  Concernent  pas  le  même  seigneur  que  celui  mentionné 
dans  les  comptes  de  la  reine  Jeanne  en  i333.  11  y  aurait  eu, 
dans  ce  cas,  deux  seigneurs  du  nom  d'Artus  de  Pommeuse. 
L'un  deux,  signataires  des  deux  chartesprécitées,  devait  être 
le  frère  de  Perceval,  condamné  à  mort  sous  Charles  V;  c'est 
lui  dont  l'épilaphe  est  rapportée  par  l'abbé  Lebœuf  d'après  la 
GaUij  christLina (col. (rjS). 

Perceval  et  Artus  auraient  été,  dans  ce  cas,  les   lils  de 

(I.,  11  >"agit  ici  des  Bordes  que  nous  allons  voir,  par  la  .«uite,  porter  le  nom  de  Borde-Morin 
et  Borde-Fournier.  Labbaye  de  Jarcy  possédait,  en  effet,  et  a  possédé  jusqu'à  la  Révolution, 
des  prés  et  terres,  tenant  à  la  Borde-Fournier  {Xa  borde  Morin  avait  disparu  depuis  longtemps). 
Quant  à  la  maison,  dont  il  est  ici  parlé,  il  est  impossible  d'en  fixer  la  place,  nulle  trace  n'étant 
estée  de  cette  construction. 


368  HI;>TOIRE  DE  LA  VILLE 

l'Artus  de  Pommeuse  mentionné  dans  les  comptes  de  la  reine 
Jeanne. 

L*ainé,  probablement,  Perceval  de  Pommeuse,   marié  à 
Marguerite  de  Blainville,  eut  la  triste  lin  que  nous  connais- 
sons. Il  périt,  décapité,  et  ses  biens  furent  confisqués.  J'ai 
déjà  donné  copie  de  documents  à  cet  égard  (i).  Ils  se  complè- 
tent par  ceux  qui  vont  suivre.  Ils  ont  leur  intérêt  puisqu'ils 
vont  nous  prouver  Textinction  complète  de  la  famille  de 
Pommeuse  qui,  en  quelques  années,  jeta  sur  ce  coin  du  sol 
briard  un  si  brillant,  mais  si  fugitif  éclat.  Gomme  cela  a  été 
déjà  dit,  les  biens  de  Perceval  de  Pommeuse  furent  donnés, 
par  le  roi  Jean,  à  l'abbaye  de  Saint-Denis  ;  j'ai  eu  Toccasion 
de  parler,  à  ce  propos,  d'un  arrangement  «  passé  en  parle- 
ment »  entre  les  religieux  de  Saint-Denis  et  la  veuve  de 
Pommeuse.  Les  premiers  laissaient  à  celle-ci  la  jouissance 
viagère,  de  Belle-Assise,  de  Toussas,  de  l'hùtel  de  Villeme- 
neux,  de  l'hôtel  des  Bicnfaites,  etc.,  etc.  Ils  la  traitaient,  en 
somme,  assez  humainement  (-2).  Un  acte  postérieur  vient 
aj()Utcr  à  ces  dispositions  bienveillantes.  Le  précédent  était 
daté  du  2b  février  i365  ;  celui-ci  est  du  2?  novembre  iSjS.  En 
voici  le  libellé  : 

«  Appointcment  passé  en  Parlement  entre  dame  Margue- 
rite de  Blainville  tant  en  son  nom  que  comme  ayant  la  garde 
de  Perceval  de  Pommeuse,  son  fils,  et  lils  de  feu  Perceval  de 
Pommeuse,  d'une  part,  et  les  religieux  de  Saint-Denis,  d'autre 
part,   portant  que    les   maisons  de   Belle-x\ssise,  Toussas, 
Villemeneux   et   Bienfaites   et   leurs   dépendances,    Boucy, 
Trembleceaux  et  Sougnolles,  cens,  rentes,  fiefs  et  arrière- 
liefs  dépendants  et  ce  que  tient  en  douaire  la  dame  de  Ver 
à  \'illemencux,  baillés  en  douaire  à  la  dite  de  Blainville. 
demeureroientau  dit  Perceval  et  au  cas  qu'il  vienne  à  décéder, 
sans  enfants  légitimes,  les  dites  terres  et  héritages  revien- 
droient  de  plein  droit  aux  religieux.  » 

D'où  il  résulte  que  Perceval  I  de  Pommeuse  laissa  un 

(I    V.  p.  278  note  7  et  p.  279. 

2)  Arrêt  du  Parlement  entre  les  abbes  et  religieux  de  Saint-Denis  et  Marguerite  de  Hlain- 
ville,  veuve  de  Perceval  de  Ponmieuse.  par  lequel  il  est  ordonné  que  la  dite  veuve  prendra  son 
douaire  sur  les  biens  du  dit  de  Pommeuse,  son  détunt  mari,  pour  en  jouir  par  elle  sa  vie  durant 
(30  mai  1375). 


1 


HISTOIRE   DE  LA  | 


CUi ,  JanUn,  ,t  dcUuTunà 


Jri.  l  u^P^^e^  CA^je,  ' 


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«  Jêiit  Louvre,. 


ferme.       d^ 

Oaint~  CnrùL 


I.E  CI.OS  DE  U 
Copip  d'UD  plaD  du  17"  aiëcli',  ooaae 


RI  E-COMTE- ROBERT 


rU^cU  tau 
Tceuh  do 


E  LYS  (anciens  fiefs} 

lives  D(*parteaieii taies  de  Seinf-et-Oise 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  869 

unique  héritier,  Perceval  11,  et  que  celui-ci.  à  coup  sur, 
mourut  sans  laisser  d'enfants  légitimes,  puisque  les  biens 
précités  restèrent  la  propriété  de  Tabbayc.  Celle-ci  liquidait, 
du  reste,  sa  situation  avec  la  famille  de  Pommeuse. 

Artus  de  Pommeuse  avait  laissé  un  fils,  PercevaL  et  une 
fille,  Marguerite,  mariée  avec  Jean  de  Moiron,  ditdeLyons, 
fruitier  du  roi.  Le  16  décembre  1872,  survint  entre  les  parties 
un  accord  dont  voici  la  teneur  : 

«  Appointement  passé  en  parlement  entre  les  religieux  de 
Saint-Denis,  donataires  de  la  confiscation  des  biens  de  Per- 
ceval de  Pommeuse,  d'une  part,  et  Jean  de  Moiron,  dit  de 
Lvons,  fruitier  du  roy  et  Marguerite  de  Pommeuse.  sa  femme, 
lille  de  messire  Artus  de  Pommeuse,  d'autre  part,  portant 
que  la  terre  de  Pommeuse  demeurera  toujours  au  dit  Mi^iron 
et  a  sa  femme...  » 

Marguerite  de  HIainvilleet  snn  fils,  Perceval  de  Pommeuse, 
avaient  fort  probablement  disparu  avant  le  18  mars  loy^i  :  il 
est  même  présumable  que  Perceval  mourut  avant  sa  mère. 
Nous  savons,  en  eflet,  par  un  vidimus  du  garde  de  la  prévôté 
de  Brie,  en  date  du  T'  juin  i3(p.  que  Marguerite  de  Blain- 
ville  «  donna  à  bail  à  (luillaume  Le  (lois,  escuier,  et  demoi- 
selle Agnes  de  Milefray.  sa  fennme,  les  héritages  ci-après, 
nnjuvans  et  appartenans  à  la  terre  de  Belle- Assise,  c'est 
assavoir  une  maison  et  jardin  qui  furent  à  Denis  Fouchier. 
puis  à  Perceval  de  P<  ^mmeuse,  sis  à  Villemeneux  et  plusieurs 
pièces  de  terre  dont  quelques-unes  sont  proches  de  celles  du 
chapelain  de  la  chapelle  de  Villemeneux  (i  i.  »  Cet  acte  porte 
la  date  du  14  janvier  loyq.  Le  18  mars  suivant,  les  religieux, 
probablemunt  mis  en  possession  absolue  du  liet  par  la  dis- 
parition des  Pommeuse,  passaient  avec  le  dit  Guillaume  Le 
(iois,  un  bail  à  vie  pour  les  mêmes  biens  (2). 

Le  fief  de  Belle-Assise,  et  avec  lui,  ceux  de  Toussats,  de 


(!)  Comme  nous  le  verron*»  par  la  suite,  cette  chapelle  était  dédiée  à  Saint'Martin.  11  faut 
la  distinguer  de  celle  di  nt  il  est  question  plus  haut,  dédiée  à  Notre-Dame,  et  dans  laquelle 
Artus  de  Pommeuse  fonde  deux  chapellenies.  Cette  chapellenie  était  située  dans  l'enceinte  du 
fort  de  Belle-Assise. 

(2)  Bail  à  vie  fait  par  Jes  religieux  à  Guillaume  Le  Gois  et  sa  femmed'une  maison  et  jardin, 
sis  à  Villem Aeux  avec  quatre  arpents  de  terre  en  plusieurs  pièces,  le  tout  dépendant  de  Belle- 
Assise,  provenant  de  Perceval  de  Pommeuse,  sous  le  sçel  <le  la  prévôté  de  Brie  le  i8  mars  i  ^79. 

24 


370  USTOIRE   DE   LA    VILLE 

Volangis,  était  mouvants  du  seigneur  de  La  Grang-e-Nive- 
lon  ('  I  ).  Si  on  se  rapporte  à  un  passage  du  chapitre  II  de  cette 
histoire  ('2),  on  remarquera  qu'un  clerc,  Jean  de  Villemeneux, 
chantre  de  l'église  de  Melun  et  so;i  neveu  Simon,  se  placent, 
dans  un  acte  de  vente  ou  de  cession,  sous  la  protection  d'un 
certain  Guillaume  de  la  Grange,  homme  d'armes.  II  y  a  lieu 
de  croire,  par  conséquent,  que  les  fiefs,  dont  il  est  question 
ici,  appartinrent  à  Jean  et  à  Simon  de  Villemeneux  ou  au 
neveu  du  premier,  Pierre  de  Villemeneux  (3). 

Dans  un  aveu  reçu,  en  1344,  par  «  Guillaume  de  Coully  14.' 
prévost  de  Brye  et  Jehan  deBeaurouvre  (5),  garde  du  scel  de 
la  prévoté,  Jehan  de  (^hastel  (6)  dit  tenir  de  Jehan  ne,  royne, 
a  une  seule  tby  et  hommage  plusieurs  tiefs  et  arrière-fiefs.  » 
Kt  il  donne  la  liste  de  ceux-ci  : 

<i  Alons  Jehan  de  Melien  (7),  chevalier,  en  tient  sa  maison 
avec  le  pourpris,  prés,  terres  et  les  autres  choses  apparte- 
nans  à  la  dite  maison,  tout  situé  à  Villemeneur. 

«  Mons-Guillaume  de  Volcngi  (Voulangisi,  chevalier,  en 
tient,  prés,  terres  et  cens,  séans  à  Villemeneur  avecques  la 
maison  du  dit  lieu. 

"  Mons-Artus  de  Pommeuse,  chevalier,  en  tient  environ 
XV  livres  de  cens  avecques  les  émolumens  séans  à  Belle- 
Assise  (8). 


1  La  (jran^c-Nivflon,  appt'lcc  dans  la  suite.  La  Grangc-le-Roi.  est  un  château  avec  ferme 
>itués  sur  la  ooiiinninc  di*  Grisv-Suisnes. 

(2)  Pa-c  I7Î. 

I  1;  V,  cgak'Mirnt  p.  194. 

(4)  ('ouilly.  commune  du  canton  deCrécy. 

(.î;  Beaurose.  ferme  sur  la  comnmne  de  Ferrolles-Attilly. 

(())  Il  >era  question  de  cette  famille  à  propos  du  fief  de  Vaudoy. 

7)  M<'lien.  orthoj^raphié  au  ly  siocle  Mclian.  au  Ur  Meslian  et  au  17- Mesliand,  était  un 
tietcon^istaiit  en  «  un  manoir,  maison  manaMe,  estables.  s^ranges.  cour,  clos  de  fossés,  jardin 
assis  a  V  illenu-neux.  parois>e  de  Brie-Comte-Robert,  aboutissant  d'un  bout  sur  le  cliemin  des 
pàtis.  et  dautre  Nur  la  i;r;mde  rue.  plus  les  terres,  rentes  et  cens,  un  droit  de  rouage  de 
20  s.  t.  de  cens  (Aveu  du  28  janvier  15801. 

{S)  Je  mentionne,  en  passant,  que  v*  le  lundi  après  la  Saint-Martin  1357,  Marguerite  de 
Blainville.  dame  de  Belle-Assise,  rend  foi  et  hommage  à  la  reine  Jeanne,  de  la  terre  qu'elle  a 
achetcL"  à  Jehan  de  Vignencou't,  écuyer,  et  demoiselle  Eléonore,  sa  famé,  pour  le  prix  de 
cij  francs  d'or,  v*  (Compta  d:  la  reine  Jeanne  d'Evreux). 


DE    BRIE-COMTE-ROBERT  3j  I 

«  Adam  de  Villiers  (  i  ),  escuier,  en  tient  sa  maison  avecques 
tout  le  poarpris  cens  et  rente  appartenans  à  la  dite  maison, 
séans  à  Braye  (2). 

(f  Jehan  de  Parreigny  (Périgny),  escuier,  en  tient  une 
maison  que  len  dit  la  pinelle  (3),  avecques  le  pourprins, 
prés,  terres  et  cens  appartenans  à  la  dite  maison,  séans  à 
Braye  ». 

On  s'étonnera  peu  de  cet  aveu  rendu  à  Jeanne  d'Evreux  si 
on  veut  bien  se  reporter  à  ce  qui  a  été  dit  plus  haut  (p.  3391 
au  sujet  de  la  fondation  de  la  chapelle  Saint-Denis,  dans  la 
tour  Saint-Jean  du  château.  Jeanne  d'Evreux  possédait,  en 
elïet,  la  seigneurie  de  la  Grange. 

Il  n'en  est  pas  moins  curieux  de  constater  ici  la  bizarre 
distribution  des  divisions  féodales,  qui  faisait  dépendre  une 
partie  du  sol  de  Brie  de  seigneuries  voisines.  On  voit,  en 
elïet,  d'après  l'aveu  qui  précède,  que  les  mouvances  de  La 
(jrange  ne  comprenaient  pas  seulement  Villemeneux,  mais 
aussi  des  fiefs  importants  tels  que  la  Fleur  de  Lys,  TEpinelle, 
dont  les  dépendances  touchaient  presque  aux  fossés  du  châ- 
teau de  Brie-Comte-Robert  (4).  Par  un  retour  singulier  et 
qui  montre  l'inextricable  enchevêtrement  de  tout  cet  orga- 
nisme, resté  cependant  debout  pendant  des  siècles,  les  fiefs 
mouvants  de  Belle-Assise  étaient  situés  hors  du  territoire  de 
Brie.  Deux  étaient  sur  le  terroir  de  Servon  :  un  fief  consistant 
en  neuf  arpents  de  terres,  à  la  Haie  du  guerrier,  un  autre  de 


(i;  A  la  page  189,  il  est  question  d'un  lieu  dit  Villers  ou  Villiers  situe  aux  alentours  de  Saint- 
Lazare,  un  bailli  de  Brie  au  ly  siècle  porte  le  nom  de  Baudoin  de  Villiers  (p.  190).  —  II  est 
question  d'une  Edouarde  de  Villiers  dans  une  donation  que  je  rapporte  à  la  page  191.  11  est 
utile  de  mentionner  que  le  15  novembre  1364,  Adam  de  Vi  liers  acquiert  de  Jean  de  Genouilly 
plusieurs  immeubles  situés  en  la  ville  de  Crisenoy  (cant.  de  Mormant).  Un  acte  du  20  sep- 
tembre 1381  donne  comme  possesseur  de  fîcfà  Crisenoy  Hérart  de  Villiers,  seigneur  de  Boron. 
(Alm.  Le  Blondel,  1890,  p.  :o6.) 

(2)  Nous  reviendrons  sur  cette  partie  de  la  déclaration  en  parlant   du  (icf  de  la  Fleur  de  Lys. 

(5)  Le  fief  de  l'Epinelle  était  voisin  de  celui  de  la  Fleur  de  Lys.  Nous  aurons  à  nous  occuper 
ultérieurement  d'une  recherche  assez  curieuse  touchant  deux  fiefs  portant  chacun  le  nom  de 
l'Epine  et  mouvans  l'un  directement  de  La  Grange  le  Roy,  l'autre  de  l'Epinelle  en  arrière-fief 
de  La  Grange  le  Roy  et  situés  à  côté  de  la   Fleur  de  Lys  et  de  l'Epinelle.  A  remarquer  la 
forme  orthographique  donnée  au  nom  l'Epinelle.  Elle  fixe  l'étymologie  du  mot  et  prouve    que 
c'est  à  tort  qu'on  l'a  écrit  quelquefois  VEpinette,  ce  qui  laissait  entendre  qu'il  y  avait  la    des 
buissons  épineux  ;  il  s'agit,  plus  vraisemblablement,  d'un  lieu  planté  de  pins.  La  pinelle  rappelle 
le  mot  provençal  la  pinède. 

(4)  Le  fief  de  la  Grange,  lui-même,  relevait,  à  cette  époque,  par  moitié,  du  fief  de  Tamar- 
vllle,  assis  à  Grisy  et  du  fief  de  la  Feuillarde,  pour  l'autre  moitié» 


372  HISTOIRE   DE   La  VILLE 

quarante  arpents  de  bois  et  quarante  arpents  de  terres  et 
prés.  Le  troisième  était  à  Villepatour  (i)  ;  un  aveu  de  i58o 
dit  qu'il  était  tenu,  alors,  par  Simon  de  Villepinte. 

Du  tief  de  Meslian,  dont  il  est  parlé  ci-dessus,  situé  à 
MUemeneux,  mouvaient  deux  autres  liels  :  La  Folie  et  Fan- 
chon,  sis  à  Villemeneux.  (Aveu  de  i58o). 

Du  tief  de  Voulangis  ou  Volangis  relevaient  «  quelques 
petits  fiefs  insignifiants  consistant  en  quelques  arpents  de 
terre  sis  à  Villemeneux  »  (aveu  de  1S80). 

Les  autres  fiefs  relevant  de  la  Grange-le-Roi  étaient,  d'après 
l'aveu  précédent  : 

La  Fleur  de  Lys  (2)  que  tenait  Adam  de  Villiers  dont  la 
consistance  se  trouve  dans  un  aveu  du  10  avril  1476,  ainsi 
qu'il  suit  :  «  i"  Une  maison  appelée  la  Fleur  de  Eys,  cour  et 
jardin  assis  au  faubourg  de  Brie,  en  la  rue  de  Paris,  tenant 
d'une  part  à  la  rue  de  Paris,  d'autre  part  au  chemin  de 
Paris  (3i  ;  2°  une  pièce  de  terre  assise  derrière  la  dite  maison 
comprenant  cinq  quartiers  environ  ;  lesquels  héritages 
furent  jadis  à  Simon  Morin  et  avant  à  Adam  de  Villiers...  » 

L'aveu  de  1344,  rapporté  ci-dessus,  dit  à  cet  égard:  «Adam 
de  Villiers  tient  sa  maison  avec  tout  le poupris,  cens  et  rentes 
appartenans  à  la  dite  maison.  » 

On  sait  ce  qu'il  faut  entendre  par  ce  mot  «  pourpris». 
C'est  une  enceinte,  un  enclos.  Il  semble  bien  néanmoins, 
qu'il  se  créa  un  autre  lief  dans  le  pourpris  tenu  par  Adam  de 
Villiers,  soit  du  vivant  de  celui-ci,  soit  après  sa  mort.  Dans 


i)  Hameau  et  château  de  la  commune  de  Presles.  canton  de  Tournan. 

(2)  Aujourd'hui  propriété  de  M''"^  Vve  Eissen. 

(3)  Il  faut  expliquer  la  topographie  des  lieux  pour  comprendre  les  tenants  ainsi  indiques. 
Je  rappelle  tout  d'abord  i)ue  la  route  «  le  chemin  o  de  Paris  passait  au  nord  de  Brie  à  quel- 
i]ue>  cents  mctres  du  château.  O  chemin  je  retrouve  exactement  dans  la  rue  appelée  aujour- 
d'hui iiii  Coq  Gaulois  (V.  carte  p.  28f)J.  Au  milieu  du  17  siècle,  le  a  chemin  »  de  Paris  tut 
reporté  plus  près  de  la  ville  ;  mais  il  ne  fut  dcdnitivemcnt  fixé  là  où  est  aujourd'hui  la  roule 
nationale  qu'après  une  seconde  rectification  exécutée  vers  la  mo  tié  du  18"  siècle. 

Au  moment  ou  on  réalisa  le  <*  déplacement  du  chemin  »,  il  existait  une  rue  allant  de  la 
(.haussée,  c'est-a-dire  du  Tubeuf.  alors  découvert,  jusqu'à  l'hôtellerie  de  l'Ecu  de  France,  ou 
elle  rejoignait  le  «  chemin  de  Paris  ».  pour  se  continuer  parle  chemin  qui  va  à  Servon  et  qui 
portait  le  nom  de  Pierre  Marchande  ou  de  Mare  aux  prêtres,  ('ette  rue  s'appelait  rue  de  Pari's 
Hlle  détermina  à  peu  près  le  tracé  de  la  nouvelle  route,  au  l8'  siècle,  en  l'élargissant  unique- 
ment aux  dépens  des  riverains  du  eôté  sud.  Cette  rue  ainsi  agrandie  est  devenue  la  route  de 
Paris  actuelle.  Après  ces  explications  la  situation  de  la  Fleur  de  Lys  entre  le  chemin  de  Paris 
trt  la  rue  de  l'arïs.  se  comprend  fort  bien  ;  elle  n'a  pas  varié. 


DK  BRIE-COMTE-ROBERT  SyS 

Taveu  de  Jean  de  Chastel,  il  n'est  question  que  de  deux  fiefs, 
la  Fleur  de  Lys  et  1'*  pinelle.  Or,  de  la  Grange-Nivelon  rele- 
vaient, au  moins  aux  siècles  suivants,  trois  liefs,  I.J  Fleur  de 
Lys,  r  Epinelle  Qi  V  Epine .  Si  ce  dernier  fief  existait  en  1344,  date 
de  l'aveu  que  j'examine,  il  devraitétre  compris  dans  le  pour- 
pris,  occupe  par  Adam  de  Villiers.  S'il  fut  créé  par  la  suite, 
ce  fut  peu  après  la  date  précitée. 

Il  existe  à  cet  égard  un  mémoire  Ci)  datant  du  18" siècle, 
dressé  pour  Valladon,  alors  seigneur  de  la  Grivelle,  etc.  En 
voici  des  extraits  :  «  De  la  seigneurie  de  la  Grange-le-Roi 
—  ci-devant  appelée  La  Grange-Nivelon  —  relèvent  trois 
fiefs,  le  fief  de  la  Fleur  de  Lys,  le  fief  de  TEpine,  et  le  fief  de 
l'Epinelle.  Du  fief  de  l'Epinelle  relève  un  petit  fief  appelé  le 
fief  de  FEpine.  Cette  conformité  de  nom,  entre  le  fief  de 
TEpine  mouvant  de  TEpinelle  et  le  fief  de  TEpine  mouvant 
directement  de  la  Grange,  font  une  confusion  qu'il  est  néces- 
saire de  faire  cesser,  sans  quoi  on  ne  pourrait  jamais  s'en- 
tendre. Les  actes  dont  on  parlera  dans  la  suite,  prouvent  que 
le  fief  de  la  Fleur  de  Lys  a  appartenu  anciennement  à  Adam 
de  Villiers....  Les  anciens  titres  prouvent  également  que  le 
fief  de  l'Epine  mouvant  directement  de  la  Grange  avait  an- 
ciennement appartenu  à  Jean  de  l'Epine  lequel  l'avait  vendu 
le  10  novembre  1869  à  Simon  Morin  (2).  On  ne  voit  pas  aussi 
clairement  quels  ont  été  les  anciens  propriétaires  du  fief  de 
l'Epine  relevant  de  l'Epinelle,  mais  il  y  a  des  titres  qui  énon- 
cent que  ce  fief  avait  aussi  appartenu  à  Simon  Morin... 

«  Ainsi  il  paraît  assez  certain  que  Simon  Morin  avait  pos- 
sédé les  deux  fiefs  de  l'Epine  qui,  vraisemblablement,  avaient 
pris  le  7îom  de  l'Epine  de  Jean  de  VEpine,  leurs  anciens  pro- 
priétaires... 

«  On  croit  devoir  faire  observer  que  les  fiefs  de  la  Fleur  de 
Lys    et   de   l'Epine,   mouvant  directement  de  La  Grange, 


(i)  Ce  mémoire  recueilli  par  M.  Deloison,  notaire  de  Brie-Comte-Robert,  fut  communiqué 
par  lui  à  M.  Camille  Bernardin  qui  en  prit  copie.  Cette  copie  figure  dans  les  documents  et 
pièces  que  M.  Camille  Bernardin  avait  réunis  et  qui  sont  conservés  aux  Archives  départe- 
mentales de  Seine-et-Marne. 

(2)  Cela  résulte  d'un  aveu  rendu  le  !•' octobre  1479.  La  vente  fut  passée  devant  Lantenet 
et  Le  Questois,  notaires  à  Paris. 


376 


HISTOIRE   DE  LA  VîLLÉ 


bourg  de  Brie  en  la  rue  de  Pai  is  (i  ).  La  seigfneurie  compoit«lr| 
en  outre,  !^)  arpents  de  terre  ou  environ. 

Du  fief  de  la  Pinelle,  relevant  directement  de  LaGrangci 
mouvaient  plusieurs  autres  liefs.  D'abord,  celui  de  PEpiv' 
qui  motiva  par  son  homonymie  avec   un    tîef  voisin  une 
confusion  éclairée   par  le  ^Mémoire  à   Valladon,    rapports 
ci-dessus  en  partie.  Quoique  les  divers  aveux  qui  nous  restent 
de  ce  lief  ne  S(aent  pas  tous  absolument  d'accord,  il  semble 
résulter  que  ce  lief  de  l'Epine,  arrière-fief  de    La   Grange, 
consistait  tv7  la  moitié  à\\n  manoir,  étables,  berg-eries,  cour, 
jardin  et  autres  édifices.  Le  jardin  touchait,  disent  certains 
documents,  à  l'hôtel  de  la  Neuville,  c'est-â  dire  au  manoirde 
l'Kpinellc,  puisque  de  la  Neuville  est  qualilîé   à  la  même 
ép<)que  de  seiprneurde  l'Epinelle  (2.i.  Le  lief  de  l'Epine  devait 
être  situé  à  l'anp^le  très  obtus  que  faisaient  alors  la  rue  de 
Paris,  dont  j'ai  parlé  plus  haut,  et  le  chemin  de  Paris  à  Pro- 
vins (3),  en  face  la  Fleur  de  Lys,  à  très  peu  près  vers  rem- 
placement occupé  aujourd'hui  par  le  bâtiment  dit  «  Le  Petit- 
Louvre  ». 

Kn  deh()rs  de  l'Epine,  mouvait  de  l'Epinelle,  le  fief  de  la 
("hevric  ou  (^heuvry  «  tenant  d'une  part  à  la  rue  de  Paris. 
d'autre  au  clos  de  Chantepie  (41  ».  Ce  lief  comprenait  un 
h(')tel  seigneurial,  des  étables,  un  colombier,  cour,  jardin,  le 
tout  contenant  deux  arpents.  Tout  cela,  d'ailleurs,  était  en 


I)  O  fief,  dans  un  aveu  du  iQJanvier  1444.  rendu  par  Pierre  de  Saulx,  ccuyer,  est  dit  «  n'être 
plus  de  présent  que  des  masures  ».  11  avait  eu  cependant  une  certaine  importance  puisque 
autour  de  lui  étaient  groupées  des  mai>ons,  occupées  par  des  «  hôtes  ou  hôtesses  a  sur  lesquels 
le  seigneur  avait  droit  de  justice  jusqu'à  60  sols  parisis.  droit  de  censive  portant  lods  et  ventes. 
saisines,  amendes  et  autres  droits  seigneuriaux  selon  la  coutume  des  lieux.  Les  cens  et  rentes 
étaient  dûs  à  la  seigneurie,  a  la  Saint-Jean-Baptistc  et  à  la  Saint-Martin  d'hiver.  La  Pinelle,  ou 
rHpinelle.  aujourd'hui  ferme,  appartient  à  .M.  Viet.  A  la  fin  du  15*  siècle,  la  seigneurie  était 
occupée  par  une  hôtellerie  où  pendait  pour  enseigne  U  Croisant.  Voir  plus  loin,  à  propos  de 
cette  enseigne,  ce  qui  est  dit  de  la  léproserie  de  Saint-Lazare. 

(2;  ("est  vraisemblab'ement  de  ce  fief  dont  il  est  question  dans  cette  note  que  je  retrouve 
aux  comptes  de  la  reine  Jeanne.  <*  Le  lundi,  après  la  Saint-Martin  1357,  Pierre  de  Neuville 
escuyer  rend  hommage  pour  certaines  terres  séant  à  Braye  pour  ses  enfants  qui  tiennent  le 
fief  par  la  mort  de  Jehanne  famé  du  dit  Pierre.  » 

(3;  Cette  partie  de  l'ancien  chemin  royal  n'existe  plus  aujourd'hui.  On  peut  cependant  en 
suivre  la  direction  vers  Saint-Lazare,  devant  laquelle  passait  alors  la  route.  Celle-ci  continuait. 
à  très  peu  près,  la  voie  que  nous  appelons  aujourd'hui  rue  du  Coq  Gaulois.  On  voit  l'amorce 
de  cette  voie  devant  les  bâtiments  appartenant  actuellement  à  M.  Viet  et  M.  Galon. 

(4 1  L'emplacement  de  ce  fief  pourrait  être  fixé  à  très  peu  près  vers  les  maisons  appartenant  a 
.M.  janel  rt  occupéî*  par  V.  Rlondcau.  architecte  ou  n  M.  Narcisse. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  877 

masure  dès  le  ib^  siècle  et  en  ruines  au  i6*.  C'est  ce  qui  résulte 
d'un  premier  aveu  du  19  janvier  1444  où  Ton  voit  que  la 
Chcvrie  appartenait  alors  ti  Girard  Bras-de-fer  et  d'un  second 
du  6  juillet  1608. 

A  côté  de  In  Chevrie  était  un  autre  fief,  disparu  comme  le 
premier,  appelé  le  fief  de  la  Tour  brûlée,  nom  suggestif  s'il 
en  fut  et  qui  rappelait,  peut-être,  quelque  dramatique  épisode 
des  guerres  intestines  du  passé  (i). 

On  se  rend  compte,  par  cet  exposé,  de  ce  qu'était  ce  coin  du 
sol  de  Brie.  11  y  avait  là,  à  n'en  pas  douter,  une  véritable 
agglomération  qui  touchait  à  cette  autre,  dont  j'ai  déjà  parlé 
à  la  lin  du  i3^'  siècle,  et  qui  se  groupait  autour  de  Saint- 
(^hristophe.  Nous  sommes  ainsi  amenés  à  constater  au  14" 
siècle,  au  moins,  l'existence  d'un  véritable  faubourg  ayant 
une  réelle  importan»e,  dont  on  aurait  peine,  même  aujour- 
d'hui, à  retrouver  la  moindre  image  (2). 

(1  II  n'est  pas  douteux  que  tousecs  fiefs  que  je  cite  pour  la  première  fois,  aient  existé  bien 
avant  le  14*  siècle.  S'ils  apparaissent  seulement  maintenant  dans  cette  histoire,  c'est  qu'aucun 
document  ne  les  concernant  ne  nous  est  parvenu  des  siècles  antérieurs. 

(2  Je  m'en  voudrais,  à  ce  propos,  de  ne  pas  donner,  dans  sa  teneur,  un  aveu  qui  date  il  est 
vrai  du  premier  quart  du  i6»  siècle,  mais  qui  fournit  sur  la  disposition,  sur  l'agglomération 
même  et  sur  quelques  autres  particularités  des  lieux  des  détails  intéressants  : 

Devant  François  de  Larche  et  Pierre  Dethamenay,  notaires  au 
Chàtelet  de  Paris,  comparurent  le  trente  avril  mil  cinq  cent  vingt  sept, 
Jehan  de  Troyes  S'  de  Lonans,  en  partie,  prés  Longjumeau.  et 
demoiselle  Clémence  de  Saulx,  sa  femme,  fille  de  Guillaume  de 
Saulx  et  de  Jeanne  de  Godomilliers,  qui  affirmèrent  «  par  vérité  a 
leur  appartenir  du  propre  de  la  dite  dame  et  vendre  à  Guillaume 
Prudhomme,  une  maison,  grange,  court,  estables,  bergeries,  jardin 
et  appartenances  appelés  le  fief  de  l'Espinelle,  assis  aux  fauxbourgs 
de  Braye  en  la  grant  rue  de  Paris,  tenant,  d*une  part,  aux  hoirs  feu 
Guillot  Godin  et  de  présent  â  (un  blanc),  d'autre  part,  Jehan 
Guesdon  et  de  présent  à  Charles  Guesdon,  son  fils,  ung  sentier 
ENTHE  DEUX,  aboutissaut  d'un  bout  à  U  grant  Tuc.  d'autre,  à  Guesdon, 
avec  une  maisure  et  ung  arpent  de  terre  joignant  la  dite  maisure.  assis 
à  l'opposite  (en  face)  de  la  dite  maison,  la  grant  rue  entre  deux,  des- 
quels lieux  sont  détenteurs,  à  présent,  Loys  Mehault,  et  les  enfans  de 
Jehan  Mehault,  son  frère. 

Fiefs  mouvants 

Le  jii'f  de  /.i  Chevrie  qui  appartint  à  Jehan  Guesdon  et,  à  présent, 
à  son  fils,  Charles,  qui  consiste  en  un  hôtel,  manoir,  court,  colom- 


380  HISTOIRE   DE  LA  VILLE 

Jeanne...  i8  arpens  de  terres  arables  séans  ou  terroir  de  braye  en 
plusieurs  pièces  en  divers  lieux  ;  une  maison  avecques  le  jardin 
appartenant  à  ycelle.  si  comme  tout  se  comporte  en  long  et  en  lé 
avecques  toutes  leurs  appartenances,  assis  en  la  ville  de  Braye.  en 
la  rue  de  Chantepie  Un  jardin,  avecques  la  terre  derrière  le  jardin, 
séant  à  Braye,  en  la  rue  de  Laval  tenant  à  la  maison  et  au  jardin 
Liénart  escuyer,  bourgeois  de  Paris. 

Cet  aveu  est  du  14  juillet  1843.  On  en  pourrait  conclure 
que  Oudart  de  Cordon  était  marié  avec  la  fille  de  Thiebaut 
Gile,  car  il  est  manifeste  que  les  deux  aveux  précités  visent 
la  même  terre.  Or,  dans  un  aveu,  emprunté  aux  mêmes 
comptes  de  la  reine  Jeanne,  je  relevé  cette  mention  ; 

Jean  de  Lieuvre,  de  Sucy,  adveue  tenir  sept  arpens  de  terres  ara- 
bles, séant  au  terrouer  et  finage  de  braye  qui  jadis  furent  à  Guillau- 
me Gile,  jadis  père  de  Jeanne  sa  famé,  au  lieu  dit  Chantepie.  (18 
décembre  1342). 

Et  au  même  moment,  c'est-à-dire  le  lundi  12  décembre 
1841,  Raoul  de  Lieuvre,  de  Sucy.  fait  la  déclaration  suivante: 

Devant  Jeanne  Cousture,  tabellion  juré  et  establi  à  braye  vint  en  sa 
propre  personne  Raoul  de  Lieuvre,  ayant  le  bail  ou  garde  de  Jehan 
de  Lieuvre  son  trère,  si  comme  il  devoit,  lequel  ordonne  et  adveue 
à  tenir  en  fie  à  une  seule  foy  à  un  seul  hommaigede.  .  la  royne  Jeanne 
un  fie  séant  au  dit  braye.  c'est  assavoir  :  un  arpent  de  terre  séant  en 
la  voye  de  Servon  tenant  d'une  part  à  Liénart.  escuier,  d'autre  à 
Colin  Prévost,  un  arpent  et  demi  de  terre  devant  la  maladrerie  de 
braye  tenant  d'une  part  à  la  dite  maladrerie  d'autre  au  dit  Liénart  ; 
demi  arpent  de  terre  sur  les  fossés  de  Tubuef  tenant  aux  arpents 
Simon  Le  Fevre  ;  une  maison  assise  au  dit  braye  au  lieu  que  l'on 
dit  Chantepie.  tenant  à  Simon  de  Courdon. . . 

Ces  documents,  tout  informes  qu'ils  soient,  peuvent  nous 
permettre  d'établir  que  «  le  lieu  de  Chantepie  »  était  à  tout  le 
moins  aussi  peuplé  que  le  carrefour  de  l'Epinelle  et  de  la 
F'ieur  de  Lys.  Il  s'y  élevait  des  maisons,  on  y  voyait  des  jar- 
dins, il  y  existait  des  granges  et  conséquemment  les  bâti- 
ments agricoles  correspondants,  et  bien  que  le  tout  semble, 
dès  les  premières  années  du  14*  siècle,  avoir  appartenu  à  une 
seule  famille  ou  à  deux  au  plus,  les  Gile  et  les  Courdon,  pour 
se  diviser  ensuite  entre  leurs  enfants,  l'agglomération  sur  ce 
point  semble  évidente.  Il  faut  bien,  en  effet,  admettre  que, 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  38 1 

tout  autour  des  manoirs  des  Gileel  des  Courdon,  devaient  se 

dresser  les  chaumières  assurément  nombreuses,  de  leurs 
serviteurs  de  toute  nature.  Il  y  a  lieu,  cependant,  de  consi- 
dérer que  le  lieu,  dit  Chantepie,  parait  avoir  été  plutôt  occupé, 
à  cette  époque,  par  des  installations  agricoles. 

Tout  â  côté,  un  autre  coin  du  territoire  briard,  mouvant 
encore  d'un  tief  ex.érieur,  présentait  une  agglomération 
appréciable.  11  y  avait,  là,  «  devant  le  cimetière  de  la  ville  », 


TÊTE  D'UNE  CLE-  DE  VOUTE  DE  L'ÉGLISE  DE  BRIE 


des  maisons,  masures  ou  jardins,  dont  les  documents  du  14' 
siècle,  qui  nous  restent  informes,  ne  portent  pas  de  traceS: 
mais  qui  sont  au  moins  signalés  au  siècle  suivant.  Ce  grou- 
pement portait  le  nom  de  'Pelit-Chanlepie,  reliant  Chantepie 
dont  je  parle  ci-dessus  à  un  lief  alors  important  mais  qui 
disparut  dès  le  commencement  du  1 7'  siècle  pour  faire  place  au 
Vaudoy.  Le  Poncelet,  tel  était  le  nom  de  ce  dernier  lief,  était 
tenu  à  Tépoquepar  la  famillede  Chasiel-les-Nangis(i).  Nous 


disscmtnt  de  Provini 


382  HISTOIRE   DE   LA   VILl.E 

avons  déjà  enregistré  un  aveu  rendu  par  Jean  du  Chastel  à  la 
reine  Jeanne  pour  certaines  terres  dont  il  énumère  les  arrière- 
fiefs,  comme  mouvants  de  La  Grange.  D'autres  aveux  et 
dénombrements  rendus  au  roi,  en  sa  chambre  des  comptes, 
à  Paris,  pour  son  château  deTournau,  nous  apprennent  que 
le  tîef  du  Poncclet,  «  ayant  manoir  et  château  et  72  sols  parisis 
de  menu  cens  »>,  appartint  successivement  à  Eustachie  de 
Trainel  et  d'Estenay,  veuve  de  Henry  du  Chastel  (juillet  iSySi 
et  à  son  fils  Gaulcher  (février  1384). 

De  ce  lief  mouvaient  et  relevaient  en  arriôre-lîef  de  !*ournan, 
les  liefs  de  La  Brosse,  d'Ygenard,  en  la  paroisse  de  Presles  ; 
du  bois  de  la  Mérisière,  anciennement  de  la  Sablonniêre,  le 
petit  Limodin,  tenant  au  chemin  de  Chapelle  à  la  Houssaye  ; 
la  tour  et  maison  de  Courthomer  ;  le  fief  Ancourt.  le  fief  de 
Pontpierre,  Dammartin,  de  Saint-Gobert  à  Dammartin  ;  le 
fief  de  la  Borde  à  Presles.  A  Brie  les  mouvances  étaient 
Vaudoy  la  Haye-Dieu  à  cause  du  château  d'Armainvillers,  le 
Four  et  le  Grais,  à  cause  du  château  de  Brie-Comte-Robert. 

C'est  par  ces  deux  derniers  fiefs  que  nous  rentrons  sur  le 
territoire  féodal  spéc'al  à  Brie-Comte-Robert.  Mais  ici  se 
produit  d'une  façon  fort  curieuse  un  véritable  enchevêtrement 
féodal.  Le  fief  du  Four  relevait  par  moitié  de  deux  seigneu- 
ries :  Tancarville  et  Brie-Comte-Robert.  J'aurai  à  signaler  les 
aveux  respectivement  faits  dans  les  siècles  suivants  et  qui 
précisent  cette  situation  singulière.  Du  tiefdu  Four  j'ai  déjà 
eu  occasion  de  parler  plusieurs  fois  et  je  rappelle  ici  qu'il 
touchait  à  la  ville  même,  aux  environs  de  la  porte  du  Mous- 
tier.  Cette  situation  lui  fit  même  donner  au  i5*^  siècle  le  nom 
de  Four  au-dessus  des  fossés. 

C'est,  fort  probablement,  de  ce  fief  qu'il  est  question  dans 
les  comptes  de  la  reine  Jeanne,  sous  la  forme  suivante  : 

Jehan  Proche,  de  Saint-Germain  de  Lascie(i)dit  etc..  en  tient 
plusieurs  :  Liénart  escuier  de  braye.  en  tient  terres  arables  et  cens 
séans  à  Villemeneur. 

Item.  Ta^sin  de  Granvilliers.  escuier.  lient  de  moi  en  fie  plusieurs 
cens  et  rentes  que  il  a  seur  environ  xviij  hostes  qu  il  a  séans  à  brave 


(1)  Commune  du  canton  de  Melun  (Nord). 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  383 

et  terres  gaigaables  qu'il  a  es  appartenens  daas  la  dite  ville  et  ung 
four  duquel  les  dessus  dicts  hostes  sont  banniers  et  basse  justice  es 
lieux  susditz  et  peut  valoir  le  dict  fie  quatorze  livres  de  rentes  ou 
environ  et  timt  len  du  dict  Tassin  deux  fiez  lesquelz  il  tient  de  moy 
en  arrière-fie.  c'est  assavoir  :  Heuner  de  Beaucouvre  en  tient  ung  ; 
Malin  de  Mandres,  à  cause  de  sa  famé  tient  l  autre  et  sont  les  dicts 
deux  fiefs  des  apparienences  de  la  ville  de  brave. 

A  rapprocher  de  cet  aveu  de  Yvonne  de  Fleury  du  r6  février 
i5o3  : 

Yvonne  de  Fleury,  héritière  de  feu  Jehan  Sanguin,  chevalier  et  de 
Yvonne  Le  Fèvre,  sa  femme,  seigneur  de  Maffre  et  du  fief  du  Four 
assis  sur  les  fossés  de  Braye,  l'autre  moitié  appartenant  à  Pierre 
Mérault,  bourgeois  de  Paris  (c'est  pourquoi  le  fief  du  Four  est  sou- 
vent appelé  fief  Mécault),  La  dite  moitié  de  Yvonne  de  Fleury  lui 
appartenant  comme  lui  venant  de  la  succession  de  Jean  Sanguin, 
son  aïeul,  comprend  les  terres,  rentes,  cens...  une  place  où  jadis 
pouvoit  être  le  four  bannier  de  ce  fief,  assis  sur  les  fossés  de  Brie, 
près  la  porte  du  Moustier,  auquel  four,  les  hostes,  hosieliers  et 
hostesses  du  dit  fief  étaient  tenus  de  y  cuve  leur  pain  et  non  ailleurs 
et  POUVAIT  AVOIR  DIX  HUIT  HOSTES,  sujets  au  dit  four  ;  et  de  présent, 
il  n'y  en  a  que  trois  parce  que  les  maisons  furent  abattues  et  bruslées 
par  la  guerre  étant  qu  elles  étaient  près  de  la  ville. 

A  côté  et  touchant  au  fief  du  Four  était  le  tîef  des  Bienfaites 
qui  devint  beaucoup  plus  tard  la  propriété  des  Minimes  et 
sur  l'emplacement  duquel  ils  construisirent  un  couvent. 

Le  fief  des  Bienfaites,  dont  le  nom  s'est  trMuvé  parmi  les 
fiefs  ayant  appartenu  à  la  famille  de  Pommeuse,  relevait  en 
plein  fief  du  château  de  Brie-Comte-Robert,  sans  division 
d'aucune  sorte.  J'ai  déjà  signalé  un  Nicolas  de  Bienfaite  (i), 
sans  préciser  cependant  qu'il  appartint  à  la  famille  des  Bien- 
faites  de  Brie.  Ce  qui  est  certain,  c'est  qu'un  seigneur  de  ce 
nom,  Etienne  des  Bienfaites,  apparaît  en  i3o2.  On  ade  lui  un 
échange  de  six  vingt  onze  livres  tournois  de  rente  que  ce 
chevalier  échange  avec  le  roi  Philippe-le-Bel  pour  quelques 
droits  auxquels  le  roi  p  étendait.  Ce  document  porte  même 
le  sceau  du  seigneur  des  Bienfaites  ;  malheureusement  ce 
sceau  est  incomplet.  Le  fragment  qui  reste  représente  un 


I  )  V.  page  200, 


384  HISTOIRE  DE  LA  VILLE 

écusson  sur  lequel  est  un  oiseau  aux  ailes  étendues  (i).' 
regarde  généralement  ce  seigneur  comme  ayant  possédil 
lief  qui  porte  son  nom  à  Brie.  Ce  n'est  toutefois  pas 
certitude  car  il  y  a,  en  Normandie,  un  Bienfaîte.  Mïûsi 
comptes  de  la  reine  Jeanne,  le  22  septembre  1844,  ^^^^ 
vons  la  déclaration  suivante  : 

Cy  après  est  esclarci  le  fie  que  tient  de  nous  Symon  des  Bi< 
escuier. 

A  tous  ceulx  qui  verront  ces  présentes  lettres,  Jehan  deLanqi 
prévost  de  braye  et  Jehan  de  Beaurouvre,  clerc,  grande  du  sccl  de 
dite  prévosté,  salut.  Saichent  touz  que  par  devant  nous  vintpova] 
personnellement  eslabli  Symon  des  Bienfaites  escuier,  demeurant  il 
la  Noe  dp  Friadel,  si  qomme  il  dit  et  recogneut  que  il  tient  et  adicS' 
tenir  en  fie  à  une  seulle  foy  et  un  seul  hommaige  de  très  exceUoK 
haulte,  noble  dame  et  puissante  madame  la  royne  Jehanne,  rovnedt- 
France  et  de  Navarre,  à  cause  de  son  chastel  de  braye,  les  héritatga 
qui  cy  après  s'ensuivent.  C'est  assavoir  :  la  grant  meson  des 
faites  si  qomme  elle  se  qomporte  avecques  la  chambre  et  la  cuisine  cl 
les  bergQriez  couvertes  de  gluy  qui  sont  par  devers  les  jardins  et  îj 
arpens  de  terre  séans  au  bost  des  bergeriez  par  devers  le  chemin  de 
Graigy  (2);  item  aus  marchez  du  petit  val,  sept  arpens  de  terre,  etc.. 
etc.  (3) 

Le  lief  des  Bienfaites,  soit  dans  le  courant  du  14^  siècle, 
soit  dans  le  commencement  du  iS^  dut  sini^^ulièrement  péri- 
cliter car  un  vidimus  de  la  prévoté  de  Brie,  en    date  du  m 

m 

décembre  1481,  enregistre  «  le  bail  passé  par  les  relig-ieuxde 
Saint-Denis  à  Jehan  de  Laval  des  masures,  court  et  jardin 
appelé  r hôtel  des  Bienfaites.  » 

Tout  proche  du  lief  ci-dessus,  en  était  un  autre  dont  le  nom 


s 

â 

i 
r 


(i)  C'est  probablement  le  sceau  du  même  chevalier  qui  est  appendu  à  une  quittance  déli- 
vrée au  comte  de  Bernay  pour  les  «  œuvres  de  la  osannc  »  à  Rouen,  en  1^)1.  Sceau  rond  de 
23  ■/".  Ecu  i  l'aigle  dans  une  rose  gothique. 

(2)  Commune  du  canton  de  Brie-Comte-Robert,  à  5  kil.  de  cette  dernière  ville. 

(5)  D'un  inventaire  des  chartes  de  l'abbaye  de  St-I)enis,  dont  je  n'ai  pu  retrouver  l'acte 
probablement  conservé  au  chartrier  des  dames  de  St-(!yr  et  que  je  soupçonne  être  aux  archives 
départementales  de  Seine-et-Oise,  il  semblerait  résulter  que  la  famille  des  Bienfaites  s'allia  aux 
Pommeuse,  ce  qui  expliquerait  comment  les  Pommeuse  entrèrent  en  possession  du  fief  On  v 
lit.  en  effet  :  u  Acte  de  présentation  par  les  religieux  a  la  duchesse  d'Orléans  (alors  dame  de 
Brie-Comte-Robert)  d'un  homme  vivant  et  mourant  et  offre  de  foy  et  hommage  des  terres 
qui  furent  à  Symon  des  Bienfaites  et  à  Marguerite  de  Pommeuse  (3  avril  146 î)  ».  Ces  terres 
me  paraissent  être  celles  visées  dans  l'aveu  ci-dessus  de  1344.  Il  faudrait  alors  conclure  que 
cette  iMarg'ierite  de  Pommeuse  se  remaria  avec  Jean  de  Moirans,  car  ce  serait  celle  que  citç 
l'acte  de  1372  dont  je  parle  à  la  page  369. 


DE    imiE-COMTE-ROHERT  385 

s'est  perpétué  jusqu'à  ce  jour  bien  qu'il  n'en  reste  plus 
aucune  trace,  (rest  le  licf  de  Pamphou  (i).  Enre^nstrons 
d'abord  l'aveu  suivant  que  je  trouve  dans  les  comptes  de  la 
reine  Jeanne  a  la  date  de  i343. 

Aveu  par  Jehanne  Aaleps,  dame  de  Mons,  des  possessions  qu'elle 
tient  à  la  Queue  en  Hrie  du  mardi  après  la  fête  du  Saint-Sacrement 
I  ^4  3  à  la  royne  Jehanne  royne  de  France  et  de  Navarre.  C'est 
assavoir  :  trois  vavasseurs  dont  le  premier  est  Symon  Piquart  de 
Ponsigny,  lequel  tient  de  moy  en  tie  environ  vj  livres  x  solde  menus 
cens  reçus  à  Brave  chascunan  le  jour  de  Saint-Remy.  les  champarls 
de  cinquante  rinq  arpens  de  terre  au  terroir  deBraye,  lequel  champart 
vaut  par  an  x  septiers  de  blé  et  v  septiers  d'avoine,  ces  xv  septiers 
peuvent  valoir  par  an  de  rente  Ixv  sols  ou  environ,  droitures  et  dimes 
qui  peuvent  valoir  par  an  iij  sols  et  tel  droit  qu'il  a  en  un  four  ban- 
aier  assis  en  la  ville  de  Brayc. 

Le  second  savasseur  est  M  Jehan  de  V^arennes,  qui  tient  de  moy 
en  tie  un  manoir  et  jardin  qui  rapporte  par  an  xx  sols  parisis,  tous 
deux  situés  en  la  ville  de  Braye  ;  iv  arpens  de  terre,  x  livres  de  cens 
reçus  à  Braye  à  la  Saint-Remy.  le  champart  de  vj  arpens  de  terre  qui 
peut  valoir  par  an  une  mine,  moitié  blé,  moitié  avoine,  estimée  à  iij 
sols  par  an  et  tel  droit  qu'il  a  au  four  de  Pamphou. 

Le  y  vavasseur  est  Jehanne  fille  de  Gille  de  Poisel  qui  tient  de 
moy  en  tie  iij  droitures  et  dcmy  qui  peuvent  valoir  par  an  xiv  livres 
xvj  sols  dessus  dites  assises  à  Braye  ou  terroir  d'environ. 

Tout  ce  que  dessus  peut  valoir  ensemble  Ixij  livres  xvij  sols. 

Revêtu  de  mon  scel,  daté  comme  ci-dessus.  • 

Or,  déjà,  à  la  date  du  4  mars  iSSy,  la  même  dame  rendait 
l'aveu  suivant  : 

Alis.  dame  de  Mons  (2).  adveue  tenir  (de  la  reine  Jeanne)  :  Un 
manoir  et  un  jardin  ainsi  qu'il  secomportequ'on  appelle  Lji  Mayrie  (3) 


(1)  Ce  qui  reste  de  ce  (lef,  rue  de  Paris,  est  occupé  aujourd'hui,  en  partie,  par  M.  Sylvain 
Gourdon  qui  a  conservé  une  partie  du  parc  dont  s'enorgueillissait  autrefois  le  château  de 
Pamphou.  érigé,  comme  on  sait,  en  marquisat  par  Louis  XIV. 

■2)  Mons  est  très  probablement  la  comm  ne  du  même  nom  comprise  dans  le  canton  de 
Dannemarie,  arrondissement  de  Provins.  Cette  identification  est  d'autant  plus  probable  que, 
dans  un  autre  aveu.  Alis  de  Mons  se  qualifie  de  dame  de  Montigny  dans  lequel  je  verrai 
Montigny-I.encoup  du  même  canton  ci-dessus  nommé.  A  ce  propos,  j'insiste  encore  une  fois 
sur  ce  que  l'on  rencontre,  pour  ainsi  dire  à  chaque  pas  fait  sur  le  territoire  briard,  des  posses- 
seurs de  fiet  venus  de  dehors,  des  environs  ds  Coulommiers,  et  de  Provins  en  particulier. 

{y,  Qnc  veut  dire  ce  mot  Maine  r  Mairie,  Mayrie,  Mairrie  ou  Mérie  est  une  sorte  de  fief 
nous  dit  Grégoire  ;  et  il  cite  un  procès-verbal  des  Coutumes  de  Seulis,  en  1539  :  «  Fiefs  appe- 
lés mairies,  qui  ne  sont  que  scrgeantiscs  qui  ne  se  divisent  point.  » 

C'était    également  au   reçard    de  la  Coutume    d'btampes  (1556;,   une  sorte  de  juridiction 

25 


386  HISTOIRE   DE  LA  VILLE 

séant  à  Braye;  un  arpent  et  demi  deviene,  situé  nu  puits  Ju  iarirc{i); 
un  arpent  et  demi  de  pré  séant  au-dessus  du  Mmilin  le  (Jomte  (2). 
iij  arpens  nu  environ  en  une  pièce  vers  le  parc  ;  environ  xv  h'>sttses 
demourans  à  Braye  en  plusieurs  liceux  ;  le  ch  impart  d'environ  Ixvij 


<*  J'abbc   Sa:nt-Benoit  a  'uridiction  sur  les  habi*an*s   du  dit  PIcssis  et  simr»lc  mayrte   sur  ks 
habitants  de  Sainvil'e.   a  V.\\*\-\  Ma'  i"  était  un  cr   qu    ceux  qui  a*  aien^  d'o  t  ilc  p«"endre  da 
b  is  ét.iient    obli..'S   J  ■  "ot*  se    lorN]u"  Is  nr  t  o  .va    n    .>as  l«*  sei^en"  o  i  son  coni'nis  k  qa\ 
lU   devai  i.t    p->y<"     "'   Ue.  x  de     "- dus  ,'Oiii  le  d'o  i  dissue    I  a  Coutume  de   Siiull.   (I961) 
d  t   à    ce   su  et   :  «  L'on  e.st  tenu  pa.ci  av  nt  ^oit/r  d-  '«ois  et.  si  le  prévost  ou  son  commis 
n.'   y    sont   pour   le    recevoir,    le  cha  to    est  t»'nu  c.er  ;u  dit  bois,  par  troys  foi»>,  à  hsulte 
voix  :  (Mayri  ,  et    si  le  piévost  et  sou  coinni'S  i.e  viennent  rec^iwoir  le  dit  droit,  iceluy  char- 
ton  est  tenu  de  m-t^r»',  en  r.n^  e>to:q  aupsvs  du  lieu     ù  il  a  chargé  son  car.  les  deux  der.iers, 
en  lien  patent,  d.  ('•tt*'  u,>inion  ie    .ipproclic  si*nsibl'-ni»*nT  de  la  première  qu-    e  donne,    car, 
le    cri   de  m  ine  devait  1  aturelleni'-nt  s    pousser  dans  la  di  ection  de  la  demeure  du  sergent 
ou    prévost.   Ce  pounait  être   là  l'o  igine  du  nom  donné  n  la  maison  qui  nous  occupe.  11  ne 
serait   pas  impossible,   en    efi' t,  que    le   bois   auqu  1    conduisait  la   rue  de  Biie.  ap  elée  du 
Beau-Guillaume.  6ojc<  v//Woj/   descendit  usqie  vers  ce  point  avant  le  13' siècle.  Cependant,  il 
est  nécessaire  de  remarquer  que  La  Mayrie,  dont  parle   1  aveu  d'Alix   de  Mons,  touchait   aux 
Tanneries.  Or,  il  semble  que  ce  fut  une  industrie  très  prospère  et  florissante  à  Brie  à  l'époque. 
On  en  trouve  trace  dans  Vyaue  .ux  foulons  aux  recettes  des  comptes  delà  reine  Jeanne.  11  sem- 
blerait fort  possible  que  les  tanneurs  de     rie,  corporation  nombreuse  et  importante,    tout   le 
prouve,  aient  formé  le  corps  des  bourgrois  de  Brie.   Nous  avons,  au  13»  siècle,  entrevu  cette 
bourgeoisie  briarde  et  probablement  plus  industrielle  qu  agricole.  Le  quartier  des  Tanneries 
groupait  certainement  les  bourgeois  tanneurs.  Des  lors,  pourquoi  ne  pas  admettre  que  La  Mayrie^ 
ci-dessus  dénommée,  fut  le  lieu  de  reunion  de  la  bourgeoisie  briarde,  quelque   chose  comme 
le  premier  Hôtel-de-Ville,  la  première  Mairie  de  Brie-Comte-Robert  ? 

(1)  Il  serait  difficile  de  préciset  l'emplacement  de  ce  point  si  nous  n'avions  quelques 
déclarations  fort  nettes  à  cet  égard.  Je  les  mentionne  par  ordre  de  date  : 

<♦  i»' décembre  1507.  —  Quatre  sols  dus  par  François  de  Vielmaizon,  laboureur,  sur  une 
travée  de  maison,  court  et  jardin  derrière,  au  lieu  dit  les  Carrières,  sur  la  rue  des  Tanneries. 

<*  19  janvier  157s.  —  Quatre  solz  dus  par  Rochv*  Pierre,  vig  eron.  sur  un«  mazure,  court  et 
jardin  ou  pouvoit  y  avoir  une  maison  qui  fut  jadis  François  Vielmaizon,  près  le  piuf s  da  tartre. 

a  19  août  1579.  — Quatre  sols  dus  par  Etienne  Clément  le  jeune,  vigneron,  ayant  cause 
de  Marion  Vigoureulx.  sa  femme,  veuve  en  premières  noces  de  Roche  Pierre  sur  une  mazure 
et  lieu  et  où  pouvoit  y  j«voir  une  maison,  près  du  pu/fi  du  tartre,  jadis  à  Jean  de  Vielmaizon, 
tenant  d'un  bout  sur  la  rue  tendant  de  Paris  à  Provins. 

*<  15  août  1587.  —Quatre  sols  dus  par  EtienneVigoureux  sur  une  maison,  jardin,  lieu  dit  les 
Carrières,  près  les  Tanneries. 

»*  6  juillet  1614.  —  Quatre  sols  dus  par  Pierre  Mytaine,  vigneron,  ayant  cause  de  Marie 
(élément,  sa  femme,  sur  un  jardin  clos  de  murs,  près  le  puits  du  tartre,  contenant  onze  à 
douze  perches,  jadis  à  Roche  Pierre,  depuis  à  Etienne  (élément. 

C'est  sur  cet  emplacememt  que  s'éleva,  au  Ur  siècle,  le  bâtiment  qui  servit  aux  exercices 
religieux  des  huguenot>,  alors  nombreux  à  Brie.  Il  en  reste  une  maison  que  l'on  appelait 
au  18'  siècle,  la  'Prdche,  indiquée  avec  sa  cour  et  jardin,  comme  tenant  au  passûg^  et  potager 
du  Pamphou  et  sur  la  rue  des  Tanneries.  O  passage  de  Pamphou  s'ouvrait  sur  la  rue  dcî. 
Tanneries  et  lo'geait  le  faux  rù.  Elle  porte  aujourd'hui  dans  la  rue  des  Tanneries,  toujours 
existante,  le  numéro  s  t*t  appartient  à  M.  (Carillon. 

(2)  11  s'agit  évidemment  du  Grand  Moulin.  Oi  voit  qu'au  14'  siècle,  ce  moulin  portait  le  nom 
de  Moulin  le  Comte,  Je  rappellerai  à  cet  égard  ce  que  j'ai  avancé  ip.  "Jty-So)  au  sujet  de  la  pos- 
^v.^^ion  probable  du  moul'n  par  Etienne,  com/^  de  Biiect  la  donation  qu'il  fit  de  ses  biens  au 
chapitre  de  l'hglise  de  Paris,  lappelation,  Moulin-le-Comte,  serait  un  nouvel  argument  à  ajouter 
à  ceux  que  jai  déjà  produits  pour  justifier  l'identification  que  je  propose  de  Odçlinii,  lieu  des 
moulins,  dont  il  est  question  dans  le  testament  o'Etienne. 


DE    hRlE-COMTE-ROBERT  887 

arpens  entre  Braye  et  Mignières  (i).  la  moitié  du  four  de  Panfou, 
séant  à  Braye  qui  est  banoier  aux  hostes  dessus  ditz. 

Jehan  de  Braye   escuier,  tient  iij  hostises  séant  à  Braye. 

Symun  Piquart,  escuier,  tient  la  moitié  du  four  bannier  assis  à 
Braye. 

La  note  ci-dessous  nous  fixe  sur  remplacement  du  puits  du 
tartre.  C'était  au  i.f  siècle  une  vigne  auprès  de  laquelle  était 
bâtie  une  maison,  entourée  d'un  jardin  et  d'une  cour,  tou- 
chant, d'une  part  à  la  rue  des  Tanneries,  de  l'autre  â  ce  qu'on 
appelait  alors  la  rue  allant  de  Paris  à  Provins,  puisque  la 
route,  le  pavé  du  roi\  passait  à  l'époque  au  Coq  Gaulois  (2). 
Un  aveu  de  i352  va  préciser  la  situation  de  La  Mayric.  Le 
i[^  mars  i343,  Alis  de  Mons,  dame  de  Montigny,  déclarait 
tenir,  pai  la  succession  de  feu  Prenal,  son  père,  «  une 
malvoise  meson  et  un  peu  de  jardin  dit  la  maison  de 
LaMayrie.  »  Kn  1 35*2,  Alis  de  Mons  se  reconnaît  propriétaire  : 

D'une  vigne  séant  au  puits  du  tertre  appelée  la  vigne  du  Clos. 
D'un  pré  au-dessous  du  Moulin-le-Comte. 

De  la  moitié  dune  place  ou  étoit  jadis  un  four  que  l'on  disait  le 
four  de  panfoul,  en  la  ville  de  Braye. 

D'une  granche  avec  jardin  en  la  rue  du  cul  de  sac. 
D'une  maison  séant  au-dessus  du  clos  dessus  dict. 
De  quinze  hostises  assises  en  la  ville  de  Braye. 

Cette  déclaration  est  bien  la  reproduction  de  l'aveu  de 
1337,  reproduit  ci-dessus,  mais  il  nous  fournit  une  indication 
qu'il  importe  de  retenir.  On  ne  saurait  douter  que  la  maison 
avec  Jardin  avpelée  kl  Marrie,  dQ  i337,  la  malvoise  maison  et 
un  peu  de  jardin  dit  la  maison  de  la  Mayrie,  de  1348,  et  la 
irranche  avec  jardin  en  la  rue  du  cul  de  sac,  de  i352,  ne  soient 
la  même  chose  Or  nous  savons  où  était  située  la  rue  du  cul 
de  sac,  car  ce  nom  a  été  donné  jusqu'au  siècle  dernier  à 
une  voie  perpendiculaireàlaroutede  Paris,  en  facePamphou, 
et  descendant  vers  le  rû  du  Cornillot.  Il  y  a  là  encore  une 


'.  ij  Mynicros  ou  Meunières  est  une  terme,  aujourd'hui  disparue,  qui  se  trouvait  entre  le 
Mesnil  et  Brie.  Il  existe  encore  le  chemin  dit  de  Meunières.  Nous  verrons  plus  tard  cette 
ferme,  alors  importante,  aux  mains  de  la  famille  Nicot.  dont  un  membre  est  resté  célèbre 
comme  importateur  du  tabac  en  France. 

(2)  Cette  rue  o  tendant  de  Paris  à  Provins  b  fait  en  réalité  le  pendant  de  la  «  grande  rue  de 
paris  9  dont  il  a  été  question  en  parlant  des  fiefs  de  l'Epinelle  et  de  la  Fleur  de  Lys, 


388  HISTOIRE   DE    L\    VILLK 

maison  fort  vieille,  qui  appartient  à  la  famille  Rousseau,et 
dans  laquelle  on  pourrait  bien  voir  La  Mayrie,  désignée  par 
les  aveux  et  dénombrements  qui  précèdent. 

La  déclaration  de  i332  nous  tixe,  en  même  temps  surTori- 
gine  du  mot  pamphou,  que  Ton  écrivait  au  14'  siècle /unjbv 
et  même  panfoiil.  Cette  dernière  forme  apparaîtra  comme 
l'expression  adoucie  de  panjour,  panis  jurmis,  le  four  du  pain 
(i).  11  est  évident  que  ce  nom  fut  donné  pour  distinguer  ce 
four  d'un  autre,  placé  dans  le  voisinage,  fort  probablement 
un  four  à  chaux.  Des  aveux  postérieurs  nous  font  connaître 
que  le  four  de  Pamphou  se  trouvait  rue  d  »  Martinet  (2). 
(.\veuxdj3i  mus.  avant  Pasqu^s,  i33),  du  28  nov^embre 
1640).  Or,  précisément,  tout  à  côté  se  trouvaient  (Jw*s  fours  à 
chaux,  cale i  fu m i\  dont  le  souvenir  s'est  conservée  dans  le 
nom  de  rue  des  Fours  à  chanx  donne  à  la  voie  parallèle  à  la 
rue  du  Martinet. 

Nous  avons  ainsi  l'origin.?  bien  nette  du  lief  de  Pamphou 
qui,  après  .oir  eu  son  siè^^e  sur  les  rives  des  rûs  du 
Cornillot,  s'étendit  par  la  suite  jusqu'à  lancienne  route  de 
Paris  et  Provins  et  tinit  par  être  érigé,  comm  j  nous  le  verrons 
par  la  suite,  en  marquisat. 

LePanfou,  dont  nous  venons  d'esquisser  la  première  cons- 
titution, ne  se  m<.>dilia  pas  seulement  quant  au  nom,  trans- 
formé en  Pamphou,  mais  son  assiette  subit  aussi  de  sérieux 
changements  que  nous  verrons  par  la  suite.  Contentons- 
nous  de  dire  qu'aux  terres  et  biens  déjà  entrevus,  il  en  fût 
adjoint  d'autres,  notamment,  par  exemple,  le  lief  du  Carre- 
four pour  lequel,  le  8  décembre  1348,  Denis  du  Carrefour,  son 
propriétaire,  rendait  foy  et  hommage. 

Il  s'est  produit  à  l'égard  de  celiefd(.)nt  le  nom  s'est  conservé 


I;  «  ht  sont  tenus  1»n  liostc>  «J  ycfux  fifts  (grand  et  polit  pamphou)  aller  cuire  à  mon  four 
b  mnicr  du  dit  panfou  s'il  est  en  estai  que  l'on  puisse  cuire.  »  (Aveu  rendu  par  Guillaume 
IVudhomme,  notaire  et  secrétaire  du  roi.  le  31  mars  IS50  . 

(2)  Cette  maison  est  indiquée  d.»n>  l'état  indicatifde  I75(>  comme  il  suit  :  «  La  maison  ou  est 
1  •  Four  de  Pamphou  et  un  jardm.  tenant  a  la  dite  rue  du  Martinet.  22  perches  n.  Elle  tenait  a 
1  ;  maison,  cour  et  jardin  «  taisant  lencognure  des  rues  du  Martinet  et  de  la  Tannerie  b.  ("c 
sont,  en  conséquence,  celles  qui  portent  aujourd'hui  le  n"  i  et  i  bis  ;  elles  appartiennent  la 
première,  à  M.  Bonnafour  ;  la  seconde,  a  M.  Thomas,  conseiller  municipal, 


bE  RRÎK-COMTK-ROBFRT  38() 

dans  les  actes  féodaux,  jusqu'à  la  lin  du  i8''  sicclc  ii)  une 
singulière  confusion.  On  l'appelait  indifféremment  le  Carre- 
four ou  la  Fleur  de  Lys.  Or,  après  ce  que  j'ai  dit  de  ce  dernier 
lief,  on  pourrait  croire  que  le  fief  du  Carrefour  fût  situé  a 
l'endroit  même  où  se  trouve  aujourd'hui  la  fort  belle  propriété 
de  M'"*' Kissen,  entre  la  rue  de  Paris  et  l'ancienne  route  ou 
rue  du  Coq  Gaulois.  11  n'en  est  rien.  Par  suite  de  mutations 
ou  d'acquisitions  dont  je  parlerai  à  leurs  siècles  respectifs, 
tout  le  terrain  sur  lequel  s'élevaient  les  fiefs  dont  j'ai  parlé  : 
la  Tour  brûlée,  la  Chevrie  et  même  un  autre  que  je  n'ai  pas 
encore  eu  l'occasion  de  citer,  Boigny,  devint  la  propriété  d'un 
seigneur  de  la  Fleur  de  Lys,  et  prit  alors  le  nom  de  clos  de  la 
Fleur  de  Lys.  Ce  clos  s'étendait  principalement  vers  la  voie 
qui  s'appelle  aujourd'hui  rue  de  la  Chaussée,  limité  au  nord 
par  la  route  de  Paris,  au  midi  par  la  rue  Saint-Christophe 
actuelle.  C^'est  probablement  cette  situation  qui  lui  lit  donner 
le  nom  du  Carrefour  qu'il  portait  avant  de  porter  celui  de  clos 
de  la  Fleur  de  Lvs.  Le  fief  était  en  effet  assis  au  croisement 
de  la  rue  des  Ormeteaux  (aujourd'hui,  de  la  Gare),  delà  rue 
de  Paris,  de  la  rue  tendant  à  la  porte  des  Fontaines 
(aujourd'hui,  rue  delà  Chaussée),  de  la  rue  Chantepie  (aujour- 
d'hui, Saint-Christophe)  et  du  chemin  appelé  aujourd'hui  bou- 
levard de  l'Ouest.  Ce  clos  était  mouvant,  en  partie,  de  la 
seigneurie  de  Perigny  (2). 

Quant  à  Boigny,  dont  il  vient  d'être  question,  c'était  un 
fief  primitivement  enclavé  dans  le  clos  ci-dessus.  Le  chef-lieu 
de  ce  fief  s'est  déplacé.  Il  était  auparavant  situé  sur  la  rue 
Saint-Christophe  (3),  de  l'autre  côté  de  la  gendarmerie 
actuelle,  à  ce  que  nous  apprend  un  plan  conservé  aux  Ar- 
chives départementales  de  Seine-et-Oise.  Dans  ce  plan, 
Boigny  est  indiqué  comme  relevant  de  Combs-la-Ville  ;   il 


(1)  Aveu  du  19  mai  1787  au  duc  de  Normandie,  comme  comte  de  Brunoy,  par  le  comte  de 
Balby  du  fief  du  Carrefour  ou  de  la  Fleur  de  Lys.  (Arch.  département,  de  Seine-et-Oise). 

(2)  On  se  rappellera,  .i  cet  égard,  que  dans  un  aveu  ci-dessus  relevé,  de  1545,  il  est  dit  quejean 
de  Parrcigny  (de  Perigny  )  détient  le  fief  de  la  Pinelle  ou  l'Epinelle.  Or  le  clos  de  la  Fleur  de  Ly  § 
ou  fief  du  Carrefour  touchait  au  fief  de  l'Epinelle  ou  aux  terres  en  dépendant.  Cela  pourrait  ex- 
pliquer la  mouvance  que  j'indique  du  reste  d'après  les  aveux  que  j'ai  pu  retrouver. 

(3)  Son  emplacement  se  retrouverait  dès  lors  au  n°4de  la  rue  Saint-Christophe,  immeuble 
appartenant  â  M.  Narcisse. 


ign  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

pourrait  être  considéré  alors  comme  ayant  appartenu  à  cette 
portion  du  terroir  de  Chantepie  qui,  lui  aussi,  relevait  de 
cette  dernière  seigneurie.  Dans  la  suite,  le  chef-lieu  deBoigny 
passa  de  l'autre  côté  de  la  rue  Saint-Christophe.  C'est  aujour- 
d'hui la  gendarmerie.  Il  relevait  alors  du  château  de  Brie- 
Comte-Robert.  Du  moins  peut-on  considérer  comme  viv^ant  un 
seul  et  même  tief,  des  aveux  au  titre  de  Bugny,  Bougrny  ou 
Boigny. 

Pamphou  s'accrut,  en  tant  que  (îef,  des  autres  propriétés 
de  Denis  du  Carrefour.  Dans  un  aveu  de  Claude  de  Bullion, 
il  est  dit  que  «  le  domaine  des  liefs  qui  furent  à  Denis  de 
Carrefour  ne  consistait  qu'en  terres  sis  en  plusieurs  terroirs 
de  Brie  ».  Pamphou  s'accrut  également  des  possessions  de 
Denis  de  Brasdefer,  dont  un  aveu  de  1347  a  la  reine  Jeanne 
nous  fournit  l'indication  suivante  : 

Item.  Denis  Bradefer  de  braye  à  cause  de  sa  famé  tient  de  moy 
(Jeanne,  reine  de  France  et  de  Navarre)  en  fie  terres  gaignables  qu'il 
a  environ  le  parc  (i)etceus  qu'il  a  à  braye  et  vault  le  dit  fie  environ 
quatre  livres  tournois  de  rente  et  tient  len  de  luy  trois  fiez  lesquelz 
il  tient  de  moy  en  arrière-fiez,  c'est  assavoir  :  Symon  de  Laval  en 
tient  ung  ;  Adam  de  Beaurouvre  tient  le  second  et  la  famé  Denis  du 
noyer  à  cause  de  ses  enflans  tiennent  le  tiers  et  sont  touz  les  dicts 
fiez  à  braie  ou  environ. 

C'est  probablement  ainsi  que  le  lief  de  Pamphou  s'aug- 
menta de  la  ferme  du  Petit  Pamphou.  En  réunissant  ces  divers 
domaines,  il  s'est  tnjuvé  ai^gloméré,  autour  de  l'ancien  four 
bannier  appelé  Pantoul  ou  Panfou,  un  domaine  qui  a  pris  ce 
nom.  L'adjonction  des  terres  de  Denis  de  Carrefour  et  de 
Denis  Bradefer  (qui  pourraient  être  le  même  personnage)  a 
amené,  sur  un  point  opposé  de  la  ville,  un  autre  groupement 
qui  portait  aussi  le  nom  de  Panfou.  D'où  la  dénomination  de 
Grand  Panfou  donnée  au  domaine  groupé  autour  de  l'ancien 
chef-lieu  du  tief,  et  de  Petit  Panfou  à  la  portion  du  lîef  qui 
av(.)isinait  (Chantepie  et  d<.)nt  la  ferme  du  Petit  Pamphou 
devint  le  point  central. 

I  )  Le  lict"  de  ('hantcpic  s'appelait  aussi  fief  du  Parc,  a  Aveu  du  fief  du  Parc  ou  de  Chantepie 
par  François  Bachelier  à  Frédéric  Schomberg  à  cause  de  la  seigneurie  de  Tancarville  devant 
Thuillier.  notaire  a  Brie,  le  28  avril  1687  ».  (Arch.  notariales  de  M"  Camus,  notaire  à  Brie- 
Comte-Robert). 


DE   BklË-COMTE-ROBERT  Sgi 

Un  autre  fief  important,  bien  qu'il  n'ait  pas  eu  la  brillante 
fortune  de  Pamphou,  dépendait  du  château  de  Brie-Comte- 
Robert.  C'est  celui  de  la  Borde-Fournier,  dont  nous  allons 
trouver  Ténumération  dans  l'aveu  suivant  rendu  «  à  la  feste  de 
la  Pentecouste  l'an  mil  trois  cens  quarante  trois.  » 

Et  pour  les  dénoncemens  du  fiez  et  arrère  fiez  que  Simon  de 
Verneuil  tient  de  nous  (ce  dénoncement  est  scellé  du  scel  de  la  pré- 
vosté  de  Meleum)  sachent  tous  que  se  Simon  de  Verneul  escuier  tiens 
et  adveue  a  tenir  en  fie  a  une  seule  foy  et  homage  les  biens  et  aucunes 
choses  qui  cy  après  sensuivent  de  très  haute  excellante  et  puissante 
dame,  madame  la  Royne  Jehanne,  royne  de  France  et  de  Navarre,  à 

cause  de  son  chastel  et  chastelenie  de  Brayc-Conte-Robert,   c'est 
assavoir  : 

La  Borde-Fournier 

Cinquante  cinq  arpens  de  terre  arables  sèans  au  lien  que  leu  dit  la 
Borde  Fournier  tenant  dune  part  ou  bois  du  parc  (i)  ma  dite  dame 
la  Royne  et  d'autre  part  aus  terres  du  Breil  (2)  ;  item  sept  arpens 


(1)  C'est  'a  première  fois  qu'il  est  question  de  ce  bois.  On  trouve,  à  la  rubrique  a  recette» 
des  comptes  de  la  reine  Jeanne,  en  l'an  1^28,  l'article  suivan  :  a  Item.  Recepte  de  la  dicte 
terre  de  Braye,  qui  est  dou  propre  héritage  Madame,  faite  par  Gautier  de  Bian,  gruier 
Madame,  (gruier,  chef  d'une  gruerie.  ancienne  juridiction  forestière)  pour  lan  feni  à  la  dicte 
Chandeleur  CC  -XXIX,  des  bois  et  d<>s  choses  qui  purent  touchierà  son  dit  office  par  parties 
abrégiées  traites  du  compte  principal  du  dit  Gautier,  lequel  compte  a  esté  rendu  auz  gens  de 
Madame,  présente  ma  di<*te  dame  le  darrenier  jour  de  juillet  l'an  xxx  :  Bois  de  Braye  domainnet 
v  xxiij  livres,  v  sols  tournois  de  fueble  monnoye.  b  Ce  bois  de  Brie,  faisant  partie  du  domaine 
de  la  reine  Jeanne  me  paraît  n'être  autre  chose  que  le  Bois  du  Parc,  (.e  dernier,  déjà  réduit 
par  des  défrichements  successifs,  existait  encore  au  18*  siècle.  Il  a  compl  -temcnt  disparu  dans 
le  courant  du  19»  siècle  ;  «on  souvenir  reste  dans  le  nom  donné  à  la  ferme  qui  l'a  remplacé 
en  partie,  la  ferme  du  Bois,  du  parc,  (appartenant  à  M.  de  ^erthois  et  tenue  à  ferme  par  la 
société  de  la  sucrerie  de  Chevry  dont  M.  Dufay  est  le  directeur).  Ce  bois  devait,  comme  je 
l'ai  déjà  indiqué,  s'-'«vancer  jusqu'aux  grands  jardins  ou  parc  du  château.  En  1328,  ces  jardins 
n'existaient  pas  encore,  (v.  p.  320,  322,  323),  mais  en  1343,  date  de  l'aveu,  ils  étaient  terminés 
et  on  avait  dû  donner  au  Bois  de  Braye,  le  nom  de  Bois-du-Parc.  Je  signalerai,  à  ce  propos, 
un  article  des  comptes  de  1364  :  a  A  Oudin  Faitort,  jardinier,  de  braye,  qui  prent  par  an 
pour  soutenir  et  faire  de  toutes  façons  tant  qu'il  plaira  à  Madame  et  à  Messieurs  de  son 
conseil  les  Jardins  de  Braye  et  les  soustenir  en  la  fourme  et  manière  que  feu  Jehan  le  Fauchieur 
les  maintenoit  par  an,  iiij**  livres  ». 

(2)  J'ai  déjà  parlé  de  ce  fief  Le  Breuil  (v.  p.  190  et  191).  11  appartenait  au  14*  siècle  à  Jean  de 
Viilers,  ce  qui  résulte  d'un  aveu  rendu  le  )i  mars  1346  et  un  autre  de  sa  veuve  rendu  le  31 
mai  1354.  Il  importe  de  dire,  car  ce  détail  servira  dans  la  topographie  des  environs  de  Brie, 
qu'en  mars  1224.  une  chapelle  fut  fondée  auprès  du  Breuil.  Guérard  dans  le  Cartulaire  de  N.  D. 
(t.  III.)  cite  une  charte  concernant  cette  fondation.  Ce  document  nous  apprend  que 
Regnault,  curé  d'Attilly,  consentit,  en  réservant  les  droits  de  son  église,  à  ce  que  cette  cha- 
pelle fondée  nar  Barthél-my  de  Chevry,  de  son  vivant  chevalier,  dans  le  manoir  de  Pierre  de 
Brie,  chevalier,  situe  auprès  du  Breuil,  fut  élevée  en  dedans  des  bornes  de  la  paroisse  , 
d'Attilly.  L'acte,  enlevait,  en  somme  à  cette  dernièrç  paroisse  le  manoir  de  Pierre  de  Brie,  un 
arpent  de  terre  joignant  ledit  manoir,  concédé  pour  la  fondation  de  la  chapelle,  et  l'habitation 
du  chepelain.  Celui-ci,  probablement  le  premier  en  date,  Simon,  clerc,  reconnaissait  devoir 


392 


IIISTOÎRF.  DK   LA  XllA.E 


de  pré  en  une  piôce  au-dessous  des  dictes  terres  ;  item  quinie: 
de  terre  arables  séans  en  une  pièoc  et  tenant  aux  terres  du 
item  deux  arpens  de  terres  arables  séant  au  dit  lieu  tenant  an 
des  bordes  (i)  ;  //cm  deux  arpens  de  terre  arables  séant  ou 
des  dites  bordes  tenant  dune  part  à  la  terre  de  Tostel  Dieu  de 
iiem  vint  deux  sols  de  menus  cens  rcçeus  le  jour    Saint-Remj 
ville  de  Brayc  ;  iicfn  quinze  livres  et  sept  solz  le    jour  de  la 
Jehan  Baptiste  pour  cause  de  plusieurs  héritages  séans  et  cstiis^ 
ma  censive  et  telle  justice  et  seigneurie  foncière  comme   mes 
ciers  ont  heu  ou  dit  lieu  ;  item  quatre  fiez  mou  vans  de  moy  qui 
arriére  fiez  à  ma  dicte  dame  la  ro\  ne  dont  Jehan  de  braye  (2), 
seigneur  de  V'illememain  (3)  en  tient  ung  ouquel  a  plusieurs  cûoaij 

VlLLEAlAlN 

Premièrement,  sa  meson  de  N'illemain  avesque  le  jardin  si  cootft 
tout  se  comporte.  Ihni.  Un  molin  séant  devant  la  dite  meson.  lUm, 
(Jinq  arpens  de  prez  à  deux  herbes  séans  au-dessus  dudit  molio./^- 
Six  arpens  de  prez  prés  d'ycelle  meson.   /tem    Environ  cent  dix  scpi 
arpens  de  terre  gaignables  séans  au  terrouer  ou  finage  ôs  enviroak 
dite  meson.  liew.  Le  jour  Saint-Remy.  dix-huit  solz  de  menus  ccus 
ou  environ   rcceus  de  plusieurs  per-onnes  de  ce  que  tiennent  à  ccus 
de  moy.   //cm,    en  la  ville  de  braye.  soixante  et  dix  solz  de  menus 
cens  ou  environ  receus  par  an  le  jour  Saint-Remv  de   plusieurs 
personnes  pour  cause  de   plusieurs  héritages  tenus   de    moy.  c'est 


payer,  en  échange,  à  Regnault.  curé  d'Attilly  ou  à  ses  successeur*,  huit  sous  et  à  'a  fabrique 
d'Attillv.  deux  sous,  annuellement.  Simon  s'engageait,  en  outre,  pour  lui  et  ses  successeurs  a 
rendre  à  la  cure  d'Attil  y  les  dons  que  jiourraient  lui  être  faits  pas  les  paroissiens  d'AttilU 
(^'est  sur  cette  dernière  paroisse  que  s'élevait  le  (ief  du  Breuil  lui-même.  Dans  une  note  <io 
17' siècle,  on  lit  :  «  l.e  fîef  du  Breuil.  sis  on  la  paroisse  d'Attilly,  relevant  du  rov  à  cause  àt 
son  domaine  de  Tournan  et  qui  consistait  anciennement  en  un  chasteau  sis  en  la  dite  paroisse 
joignant  le  bois  du  parc  duquel  il  ne  reste  plus  que  quelques  pans  de   murs    et  en  to  arpens 

de  terre  situes  aux  environs  du  dit  chasteau  sur  \e  terroir    du   dit   Attilly La    motte  de 

terre  ou  mazure  de  la  terre  du  Breuil  ei  laquelle  étoit  anciennement  le  manoir  d'icelle  terre 
avec  ses  prés,  closture.  environs  et  fossés  tenant  d'une  part  et  d'autre  au  bois  du  Rov  (bois 
du  Paro...  Le  bois  du  Breuil.  joignant  la  motte  ou  mazure  aboutissant  d'un  bout  sur  le  bo:s 
du  Parc,  d'autre  au  chemin  de  Biie  à  Chevry.  » 

1;  Nous  avons  déjà  rencontré  cette  expression  dans  un  acte  concernant  Artus  de  Pom- 
meuse.  sous  la  forme  des  Bordes  de  Braye.  il  y  avait,  en  effet,  voisines  l'une  de  l'autre  deux 
bordes  entre  Braye  et  Ferrolles  L'une  portait  le  nom  de  Borde-Morin  ;  elle  a  disparu.  L'autre 
s'appelait  Borde-Fournier.  Les  ruines  de  celle-ci  se  voyaient  encore,  nous  dit  un  document  du 
17  -siècle,  aux  abords  d  î  la  Mare  Pierreuse,  à  coté  de  la  chapelle  de  Breuil.  La  Borde-Fournier 
a  été  réédifiée  sur  l'emplacement  qu'elle  occupe  aujourd'hui  vers  le  commencement  du  i" 
siècle.  On  a  avancé  que  «son  nom  de  Fournier  lui  viendrait,  soit  de  celui  de  son  fondateur  ou 
lie  1  un  de  -ses  anciens  propriétaires,  soit  pour  témoigner  de  la  banalité  du  four  à  cuire  le 
pain.  I)  (!e  qui  e>t  certain  c'est  que  la  Borde-Morin  portait  le  nom  d'une  famille  a  laquelle  elle 
a  appartenu. 

2    Voir  plus  loin  ce  qui  est  dit  de  cette  famille.  V.  également  p.  63-74. 

r,,  V.  p.  ic>-4i. 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  ig3 

assavoir  :  prez.  terres,  mesons,  vuignes  et  autres  choses  Item,  Deux 
droitures  paiées  lendemain  de  Noël  à  la  mesure  de  Corbeil  prise 
lune  sur  la  meson  ou  fut  Adam  le  Maire  et  lautre  sur  un  arpent  de 
terre  séant  au  petit  ouime  qui  est  Hébert  Rive  et  Jean  de  Moiessait. 
Jtem .  En  la  dite  ville,  les  champars  de  quatre  arpens  de  terre  séans 
ou  terrouer  de  braye.  /tem  Un  fie  que  len  tient  du  dit  Jehan  de 
Brave,  escuier.  lequel  tient  mons  Jehan  de  Champs  n),  chevalier, 
lequel  est  arriére  fie  au  dit  Simon  ^de  V'erneuil),  c'est  assavoir  : 
deux  mesures  de  Tourment  qu'il  preni  sur  le  molin  de  braye.  Item. 
Un  lie,  séant  à  \'iry-sur-Seine  (2)  mouvant  du  dit  mons  Jehan, 
lequel  est  arriére  fie  au  dit  Jehan  de  Braye. 

La  Grange  de  Brie  (3) 

Item.  Le  second  fie  tenu  de  mov  arrière  fie  à  ma  dite  dame  la 
royne  lequel  tient  Thomas  de  braye.  escuier,  ouquel  à  plusieurs 
choses.  C'est  assavoir  :  Son  manoir  qui  est  appelé  la  granche  de 
Brave  emprez  la  ferte  Allez  si  comme  il  se  comporte  en  Ion  et  en  le 
avesques  les  fossez  qui  sont  autour  ledi  manoir,  un  vivier  et  ledit 
coulombier  appartenant  au  dit  manoir,  /lem.  Cinq  arpens  de  prez 
seans  ou  dit  lieu.  Ilem  Cinquante  et  un  arpens  de  terre  arables 
séan»^  environ  le  dit  manoir  en  plusieurs  pièces.  Item.  Douze  livres 
de  menus  ceus  paiez  ou  dit  manoir,  c'est  assavoir  à  deux  fesies,  la 
Saint-Remy  et  landemain  de  Noôl.  ftem.  Une  droiture  prise  par  an 
/tem.  vj  fiez  petits  qui  sont  tenus  du  dit  Thomas  et  sont  arrière  fiez 
à  moy. 

PRUNAY 

Ileni.  Le  troisyéme  fie  tenu  de  moy  arrière  fie  à  ma  dite  dame  la 
royne  lequel  lient  mons  Jehan  de  Cosigny.  chantre  en  l'église  Notre- 
Dame  de  Corbeil.  cest  assavoir  :  environ  treize  livres  sept  sols  parisis 
de  cens,  portant  ventes  qui  deus  luy  sont  par  an  à  la  Saint-Iean  et 
à  Noël  Dour  certains  héritages  que  plusieurs  personnes  tiennent  de 
luy  à  cens  assis  en  la  paroisse  et  finage  de  prunoy  en  la  chastelenie 
dEstampes  les  quieux  héritages  tiennent  dun  costé  aux  ceosives 
philippc  de  Mouraille    escuier,   anciennement  dit  des  Murs  durans 

jusqu  s  aux  champs  en  haut  et  de  laustre  costé  de  la  ville  de  Vuns 
le  chastel  jusques  à  la  rivière  /tem.  Un  quart  de  droitnie  par  an  et 
telle  justice  comme  le  dit  mons  Jehan  a  eu  dit  lieu. 

1)  Ne  serait-ce  pas  un  proche  parent  de  ce  Jean  de  Champs  et  de  la  famille  du  même  nom 
dont  il  est  question  à  propos  d'amendes  dues  «pour  plusieurs  excès  ».  (V.  p.  232  et  253). 

(2)  Viry-sur-Seine  est  une  commune  de  l'arrondissement  de  Corbeil  (Scine-et-Oise).  La 
po>session  de  ce  fief  entre  les  mains  de  la  famille  de  Brie  serait  un  argument  à  ajouter  à 
crux  que  je  fais  valoir  p.  72. 

{})  V.  ce  que  je  dis  à  ce  sujet  p.  73. 


3q4  histoire  de  la  ville 

Un  fief  a  Brie-Comte  Robert  (  i  ) 

Ilem.  Le  quatrième  fie  tenu  de  moy  arrière  fie  à  ma  dite  dame  la 
royne  lequel  lient  Geoffroy  le  flament,  bourgeois  de  Paris,  cesl  assa- 
voir :  trente  et  un  arpens  de  terre  ou  environ  et  trois  arpcns  de 
préz  ou  environ,  deuxsolz  de  menus  cens,  sept  droitures,  champars 
sur  trente  arpens  de  terre  ou  environ  séans  les  choses  ci -dessus 
dites  et  divisées  à  braye  comte  robert  et  ou  finage  dicelle  ville  et  fut 
le  fie  dit  Robert  de  Moullanc  et  ce  plus  y  avoii  trouvé  ou  dit  fie  ou 
es  arrière  fief  en  adveue  le  dit  Simon  (de  Verneuil)  à  tenir  de  ma 
très  haute  e  puissante  dame  madame  la  royne  Jehannc.  Kn  tesmoings 
de  ce  je  scelles  ces  lettres  de  mon  propre  s^el  lan  mil  trois  cens 
quarante  trois  le  dimanche  jour  l'octave  Jehan 

Que  l'on  veuille  bien  se  reporter  à  Tarticle  des  comptes 
(recettes)  de  la  reine  Jeanne  (2)  que  j'ai  donné  plus  haut  et  on 
y  verra  que  «  Simon  de  Vernoil,  escuier,  (est  taxé)  pour  le 
rachat  de  la  terre  qui  fu  au  Breton  de  braye,  à  lui  apparte- 
nant à  cause  de  damoiselle  iMarguerite  la  Bretonne,  sa 
lame....  »  Je  disais,  même,  en  citant  in  extenso  cet  article  que 
j'aurais  à  m'occuper  de  Simon  de  Verneuil,  en  parlant  des 
tiefs.  De  ce  qui  précède  —  et  je  suis  aise  d'avoir  donné,  dans 
toute  sa  teneur,  l'aveu  ci-dessus,  un  des  plus  anciens,  sinon 
le  plus  ancien  que  nous  possédions,  aussi  clair  et  détaillé, 
en  ce  qui  touche  Brie-  (^mte-Robert —  on  peut  déduire  que 
la  terre  de  la  Borde-Fournier  vint  aux  mains  des  Verneuil  par 
le  mariage  de  Simon  avec  Marguerite  de  Brie.  Nous  voyons, 
en  elTet,  que  le  7  janvier  iSby  «  devant  Liénart  Pioche  et  Jean 
de  •  ospital,  prévost  de  Melun.  damoiselle  Marguerite  de 
Braye.  dame  de  Verneuil-en-Brie,  avoue  tenir  de  la  royne 
Jehanne  cinquante  cinq  arpens  de  terre  arables  au  lieu  dit  la 
Borde-Fournier,  tenant  d'une  part  au  bois  du  parc  de  la  dite 


(i)  Dans  un  aveu  subrcquent  du  31  mai  1452,  rendu  par  damoiselle  Marie  Laugucr,  veuve 
de  feu  Nicolas  Bernart,  escuier  de  cuisine  du  duc  d'Orléans,  il  est  dit  que  les  objets  ênumé- 
rés  ci-après  sont  situés  de  la  façon  suivante  :  Les  trente  et  un  arpents  de  terre,  en  plusieurs 
pièces,  savoir  :  <*  7  arpens  ou  environ  séanz  au  thuebœuf  :  5  arpens  de  terre  ou  environ  au 
chemin  du  parcq  .  4  arpens  de  terre  ou  environ  aux  préz  le  Roy  ".  3  arpens  de  terres  ou 
environ  en  la  vallée  de  Gaingot  ;  3  arpens  séans  a  Monteguin  ;  4  arpens  au  marchés  de  Ran- 
dost  ;  I  arpent  tenant  aux  héritiers  Simon  Morin  :  7  quar  iers  séans  au  moulin  ;  2  arpens 
et  demi  (trois  arpents)  de  prez  aux  préz  le  Roy.  ».  A  cet  égard  il  faudrait  ne  pas  oublier,  je 
crois,  qu'en  1235,  un  Auby  le  Ramant  vend  à  l'Hôtel-Dieu  de  Paris  certames  terres  situées  à 
Rubertin.  (^'est  a  Rubertin  qu'étaient  les  près  le  Roi  (V.  p.  178)  et  c'est  au  même  lieu  que 
Geoffroy  le  Flamant  possède  un  fief  en  1543.  Ne  serait-ce  pas  la  même  famille  ? 

(2)  P.  241. 


DÉ  BRIE-COMTE-ROBERT  SgS 

madame  la  royne,  aboutissant  sur  les  terres  du  brueil  (le 
Breuil)  et  sur  les  prés  de  la  dite  demoizelle  ;  onze  arpens  de 
terre  en  une  pièce  séans  devant  la  Borde-Morin,  tenant  d'une 
part  aux  terres  du  Brueil  ;  deux  arpens  de  terre  séans  audit 
lieu  tenant  au  chemin  des  Bordes  à  Braye,  etc.,  etc.  »  et  le 
ir)  juillet  1070,  Symon  de  Verneil,  escuier  (i)  rend  foy  et 
hommage  pour  la  Borde-Fournier  «  qu'il  tient  par  la  mort 
et    trespassement  de  damoiselle  Marguerite  de  braye  sa 

mère » 

Nous  avons  ainsi  la  certitude  que  Simon  de  Vernenil  (2) 
est  devenu  propriétaire  de  la  Borde-Fournier  par  son  mariage 
avec  Marguerite  de  Braye,  fillt  du  Breton  de  Braye.  Et  de 
tout  ce  qui  précède,  comme  de  ce  qui  va  suivre,  nous  tirons 
également  cette  conclusion  que  la  famille  de  Brie  ou  de  Braye 
possédait  tout  le  nord  du  terroir  de  Brie-Comte-Robert,  allant 
de  Villemain  à  la  Borde-Fournier,  y  compris  le  Co  ombier. 
II  nous  faut  également  remarquer  que  le  fief  de  la  Borde- 
Fournier  consistait,  en  ce  moment,  uniquement  en  terres  sises 
devant  les  Bordes.  Il  n'est  pas  question,  en  effet,  ni  en  i343, 
ni   en   1370  de  maisons,   manoir  ou   habitation  élevés    en 
ce  lieu,  et  cependant  la  Borde  implique  une  construction 
quelconque,  si  misérable  fût-elle,  couverte  de  chaume,  de 
joncs.   11   faudrait  donc  admettre  qu'au  14*  siècle,  la  Borde 
dénommée  Fournier,  n'existait  plus  ou  était  en  ruines.  Ce 
sont  probablement  les  ruines  que  Ton  signalait  au  17"  siècle 
aux  abords  de  la  mare  pierreuse.  Nous  aurions  ainsi  une 
date  approximative  de  la  construction  de  la  Borde-Fournie^*, 
la  où  elle  est  placée  aujourd'hui.  L'aveu  du  3i  mai  1462  ne 
parle  pas  enc  re  de  manoir.  1  e  lieu  est  ainsi  spécifié  :  «  Une 
motte  de  terre  enclose  à  fossez,  communément  appelée  la 
Borde-Fournier.  »  Ce  n'est  que  dans  un  aveu  du  16  août  i55o 
que  je  relève  l'aflirmation  de  bâtiments  élevés  sur  ce  point. 
La  déclaration   de  cette  époque   est    libellée  comme  suit  : 
«L'hostel,   fief,  terre,  etseig  eurie  nommée  et  appelée   la 


(1)  Evidemment  fils  du  précédent.  C'était  dans  certaines  familles,  de  conserver  la  tradition  de 
génération  en  génération,  le  même  prénom  donné  généralement  à  l'aîné.  On  avait  ainsi  des 
Jean  1,  des  Jean  II...  des  Jean  X,  par  exemple,  comme  une  dynastie  régnante  désigne  ses  chefs. 

(2)  Verneuil-l'Etang,  cemmune  du  canton  de  Mormant. 


3g6  HISTOîRË    DE   !-A    VII.Î.È 

Borde-Fournier  en  brye,  ainsy  comme  le  tout  se  comporte 
enclos  de  fossez  avesques  le  jardin  joignant  clos  de  hayes.  » 
Par  contre,  dans  ces  derniers  aveux,  il  n'est  plus  question 
des  Bordes.  Par  ailleurs,  le2C)  janvier  i5o5  1 1),  il  est  question 
de  la  Borde  Morin  et  de  la  Borde  Fournier.  dans  le  texte 
suivant  :  «  Les  maisons,  maisures,  granches,  bergeries. 
estables  et  lieu  de  La  Borde  Morin  (2)  assis  entre  le  dit  Brave 
et  Ferrolles,  tenant,  d'une  part,  au  chemin,  et  d'autre  part, 
aux  religieuses  de  Jercy  (3),  aboutissant,  d'un  bout  sur  les 
terres  de  la  Borde-F'ournier.  ».  Il  reste  enfin,  à  souligner  ce 
fait  que  de  la  Borde,  c'est-à-dire  de  la  famille  de  Brie,  relevaient 
des  lief^  situés  autour  de  la  Ferté-Aleps.  J'avais  fait  cette 
constatation  déjà  en  parlant  de»^  Brie  dont  Texistence  au  i3« 
siècle  était  authentiquemcnt  prouvée. 

A  lire  les  aveux  qui  précèdent,  il  semble  que  cette  famille 
de  Brie  eut  au  milieu  du  14*  siècle  sur  le  territoire  un  seul 
représentant,Jean  de  Brie(4).Nous  venons  de  le  voir  tenantle 
lief  de  Villemain  mouvant  de  la  Borde.  En  la  même  qualité, 
il  rend  l'aveu  suivant  pour  sa  propriété  du  Colombier  : 

Cy  après  est  esclarci  le  ht  que  tient  de  moy  (la  reine  Jeanne) 
Jehan  de  brave   escuier  (5). 

Ce  sont  les  choses  que.  Jehan  de  braye,  escuier,  seigneur  de  V^ille- 
memain,  adveue  a  tenir  en  fie  a  une  foy  et  hommage  de  très  haute, 
noble  et  très  puissante  dame  madame  la  royne  Jehanne.  royne  de 
France  et  de  Navarre,  premièrement  :  ma  meson  de  braye,  appelée 
le  Coulombier,  la  granche  et  les  jardins  avec  toute  la  contenance 
d'icelle.  Item.  Environ  cinquante  et  quatre  arpens  que  pré-  que 
terres,  séans  ou  terrouer  de  braye  en  plusieurs  pièces  et  vault  l'ar- 
pent vij   solz  ou  environ  de  rente  par  an.  //ew,  en  la  dite  ville,  sept 


(i;  Archives  communales  de  Brie-Comte-Robert. 

•  2)  A  la  page  189,  j'ai  fait  mention  d'une  vente  faite  à  l'Hôtel-Dieu  de  Paris  par  Guillaume 
Morin  et  sa  femme  Alix,  du  consentement  de  son  père  Jean  et  d'^melina,  femme  de  ceder- 
nier.  de  i'ierre  Morins.  et  avec  l'agrément  de  Pierre  de  Brie.  Il  est  hors  de  doute  que  l'une 
des  bordes  de  Brie  prit  le  nom  de  Borde  Morins  du  nom  de  cette  famille. 

I  3)  On  a  vu  plus  haut  que  Artus  de  Pommeuse  avait  acquis  des  terres  touchant  aux  Borde^ 
et  qu'il  les  avait  données  à  l'abbaye  de  Jarcy. 

i4  II  a  été  dit  plus  haut  dans  l'aveu  de  la  Borde-Fournier  qu'un  Thomas  de  Brie  était 
posse.sseur  du  fief  de  la  Grange-de-Brie.  près  la  Ferté-Aleps. 

(S)  Dans  1  imbroglio  des  droits  féodaux  se  glissèrent  des  erreurs  ou  des  prétentions  qui  mo- 
difiaient parfois  les  mouvances.  C'est  ainsi  que  plus  tard  le  Colombier  fut  avoué  comme  rele. 
vant  de  la  Borde  Fournier  en  plein  fief. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  897 

houstises  et  la  seigaoirie  et  justice  de  vavassoir.  Item,  les  forages  du 
vin  qui  est  vendu  en  la  dite  ville  au  détail...  (L'an  1343  avant  la 
Saint-Thomas,  apôtre). 

J'ai  plusieurs  fois  cité,  tant  au  12'^  qu'au  iS*'  siècle,  des 
seigneurs  portant  le  nom  de  J5r/e,  mais  sans  qu'il  fut  possible 
de  les  relier  entre  eux.  Au  14"  siècle,  ce  travail  présente  moins 
de  difficultés.  Il  existait  sûrement  au  commencement  de  ce 
siècle  un  Jean  de  Brie  ;  il  a  été  donné  plus  haut  description 
de  son  sceau,  d'après  Clairambault  (i).  Il  est  appendu  à  une 
quittance  de  gages,  en  date  du  29  mars  i3i5.  Je  crois  devoir 
en  rappeler  ici  la  description  :  «  Sceau  rond  de  18  millimètres. 
h^at  à  deux  haches  adossées  en  pal.  » 

Dans  une  note  sur  le  fief  du  Colombier,  dont  j'ai  eu  la 
faveur  d'avoir  les  bonnes  pages,  M.  Mottheau,  de  Brunoy, 
cite  des  «  lettres  royaux  '  >  ,  par  lesquelles  Philippe-le-Bel 
autorisait,  en  1297.  Miles  de  Noyers,  chevalier,  et  Jeanne  de 
Montbôliard,  sa  femme,  à  acquérir,  dans  ses  propres 
domaines,  cent  livrées  de  terre  et  de  les  donner  cunorties  à 
GeolTroy  du  Plessis,  notaire  de  l'Eglise  de  Rome  0.  M.  Mot- 
theau ajoute  que  GeoflVoy  céda  à  l'abbaye  de  Jarcy-en  Brie, 
de  ces  mêmes  biens,  soixante  arpens  de  bois,  au-dessus  de 
Quincy ,  que  Jean  de  Brie,  seigneur  de  Villememain  et  gruyer 
de  Sénart,  amortit  moyennant  six  vingts  livres  parisis.  Il 
peut  se  faire  que  ce  Jean  de  Brie,  seigneur  de  Villememain, 
fut  le  même  que  celui  dont  je  relève  faveu  ci-dessus,  en 
1343,  le  même  que  celui  dont  j'ai  rappelé  la  quittance  de 
gages,  datée  de  i3iS.  U  se  peut  également  que  ce  même  pré- 
nom, Jean,  désigne  deux  individus  difTérents,  mais,  à  coup 
sûr  alors,  l'un  fils  de  l'autre  ou  appartenant  par  des  liens  très 
rapprochés  à  la  même  famille. 

M.  Mottheau  dit  dans  son  travail  :  «  Son  fils  (le  fils  de  Jean 
de  Brie  i,  Thomas,  épousa  l'une  des  héritières  de  la  seigneurie 
de  Brunoy  qui  lui  apporta  les  fiefs  de  la  Voulte  et  de  Voisins 
dont  mouvaient  les  Glaisières  de  Villecresnes  et  le  petit  lief 
de  Paradis  et  d'Enfer  de  Mandres.  Il  en  fit  hommage  et  aveu 


I  ;  V.  notf  p.  75. 
(2;  Archives  départementales  de  Scinc-et-Oise  (cote  citée  par  M,  Motheau). 


SgS  HISTOIRE  DE   LA  VILLE 

au  roi  en  1364.  »  C'est  évidemment  de  ce  même  Thomasdtî 
Brie  dont  il  est  question  dans  les  comptes  de  l'Hôtel  au  \4fA] 
au  ib"  Siècle:  «  Saussevert,  messagier  de  pied,  envoie dti 
Paris  à  Braye-Comte-Robert,  porter  lettres  de  par  le  Royà' 
messire  Thomas  de  Brie,  dymanche  xxiiij  jours  de  mm 
(i38()),  le  roy  disner  à  Corbeuil,  giste  à  Meleun,  argent  vnj 
sols  parisis.  » 

Pierre  de  Brie,  dont  Clérambault  signale  le  sceau  exact^ 
ment  semblable  à  celui  de  Jean,  au  bas  d'une  quittancede 
gages  du  7  novembre  i3(j6,  était  certainement  le  fils  de 
Thomas.  M.  Motthcau  reproduit,  du  même,  une  quittancede 
gages  du  (j  août  i3()6,  où  Pierre  se  qualilie  de  «  grruyerdela 
forêt  de  Sénart  »,  titre  que  possédait  Jean  de  Brie,  son  aïeul. 
Il  sera  question  au  siècle  suivant  de  son  fils,  Artus,  dont  j'ai 
déjà  donné,  d'après  Clérambault,  une  quittancede  gagesde 
141?. 

M.  Alottheau,  qui  s'est  demanda  lui  aussi,  quelle  pouvait 
bien  être  l'origine  de  cette  famille,  cite  Drouin  de  Brie('!226), 
Herbert  de  Brie  (i235),  Albéric  de  Brie  (1245),  inscrits  au 
cartulaire  de  Tabbave  d'IIverrcs  parmi  les  bienfaiteurs  de 
Tabbaye  et  les  considère,  avec  quelque  apparence  de  raisc»n, 
comme  des  représentants  de  la  famille  de  Brie,  demeurant  à 
Brie.  Il  y  ajoute  également,  non  sans  logique,  Agnès  de 
Braye  «  qui  succéda,  comme  abbesse,  à  Marguerite  de  Cour- 
tenay  »  (i3r2-i3i7).  M.  Mottheau  n'est  pas  éloigné  d'admettre 
que  certains  bienfaiteurs  désignés  sous  le  nom  générique 
de  Briard,  dont  le  premier,  Odon,  apparaît  en  ii5o,  appar- 
tiennent à  la  famille  de  Brie,  bien  qu'il  n'ait  pu  saisir  les  liens 
de  parenté. 

A  la  vérité,  il  est  extrêmement  diùicile  de  rien  savoir  au  juste 
sur  les  commencements  de  cette  famille.  La  (]hesnave-Dosbois 
et  Badier  disent  que  cette  famille  est,  en  etïet,  une  de  ces 
anciennes  maisons  dont  on  ne  peut  fixer  l'origine  (i).  Ils 
enregistrent  que  <'  dans  un  ancien  Iléraidl  d'armes  de  l>rc. 
ta</nc,  il  est  fait  mention  d'un  Noël  de  Brie,  comte  de  Nantes. 
du  temps  d'Hugues  Capet.  X'est-il  pas  curieux,  à  ce  propos, 

1    l'uiionnaiic  de  U  tiobiene,  loinc  IV.  p.  117. 


DE  BRIK-COMTE-ROBERT  399 

"-de  rappeler  au'on  a  pu  voir  ci-dessus,  le  tief  de  la  Borde- 
^  Fournier  avoir  été  la  propriété  de  Breton  de  Brie,  et  sa  lille 
-  appelée  Marguerite  la  Bretonne.  La  Chesnaye  et  feadier, 
":  continuant  leur  énumération,  parlent  d'un  Anseau  de  Brie, 
^•favoride  Fouques,  comte  d'Anjou  et  roi  de  Jérusalem,  en 
i^  .1102.  J'ai  eu  également  à  citer  un  Anseau  de  Brie  (i),  mais 
vivant  à  une  date  bien  postérieure  (i258)  et  signant  des 
.:  contrats  datés  de  Corbeil. 

La  Chjsnaye  semble  faire  découler  des  Brie,  ci-dessus,  d'un 
:  J^an  1  de  Brie,  marié  à  Marguerite  de  Goulaine  et  vivant  en 
,.  i3o3.  Nous  avons  eu  à  constater  qu'un  Jean  de  Brie,  seigneur 
-.  de  Villememain,  existait,  lui  aussi,  au  commencement  du 
.    14*'  siècle. 

De  ce  Jean  I  de  Brie,  La  Chesnaye  fait  descendre,  probable- 
ment, un  Jean  II  qui  se  marie  avec  Françoise  de  Serrant  (d'où 
la  maison  Brie  de  Serrant)  (2)  et  qui  meurt  à  la  bataille  de 
Poitiers,  le  i3  septembre  i356.  (3)  Ne  serait-ce  pas  un  frère  du 
Thomas  de  Brie,  ci-dessus  signalé. 

Mais,  La  Chesnaye  signale  un  autre  membre  de  cette 
famille,  Louis  de  Brie,  seigneur  de  Sablonnières  ctdeGeville 
en  Beauvoisis,  qui  épousa  Jeanne  de  Boulainvillers,  lille  de 
Perceval,  seigneur  de  Boulainvillers  et  de  Jeanne  de  Gournay. 


(l)  Il  est  à  peu  près  probabk  que  c'est  de  ce  même  Anseau  de  Brie  dont  il  est  question  à 
maintes  reprises  dans  la  Chronique  de  l'Ile  de  Chypre  (coUect.  des  documents  inédits  sur  l'Histoire 
de  France,  mélanges  historiques,  tome  V.)  et  qui  fut  le  héros  d'un  duel  avec  un  certain 
Arnaury  Barlas,  duel  qui  est  narré,  dans  ses  moindres  détails,  par  le  chroniqueur.  Ce  dernier 
nous  a  même  conservé  le  portrait  d'Anseau  dont  il  se  plait  d'ailleurs  à  raconter  les  diverses 
prouesses. 

(i  Ansian  era  giovane,  membruto,  e  ben  fatto,  vigoroso,  bianco,  biondo,  e  de  una  bella 
cicra.  et  perché  era  giovane,  non  troppo  experimentato  nella  battaglia  li  suoi  parenti  et  tra 
gli  altri  Gioan  d'ibliii,  il  quale  era  germano  di  suo  padre,  l'haveva  avertito  di  moite  cos:?  chc 
dovera  farc  combattendo....  » 

«  Anseau  ctait  jeune,  solidement  bâti  et  bien  fait,  vigoureux,  blanc,  blond  et  d'une  belle 
stature  et.  parce  qu'il  était  jeune,  assez  peu  expérimenté  à  se  battre,  ses  parents  et  parmi  eux 
Jean  d'Iblin.  lequel  était  le  frère  (germain;  de  son  père,  l'avait  averti  de  tout  ce  qu'il  avait  à 
^aire  en  eombattant.  n 

Ce  duel  eut  lieu  en  1227,  et  puisqu'Anseau  nous  est  représenté,  à  cette  époque,  comme 
jeune  de  corps  et  d'expérience,  il  n'y  a  rien  d'extraordinaire  à  admettre  qu'il  signa  en  12^ 
les  actes  publics  que  j'ai  cités,  p.  190.  (note).  La  même  Chronique  mentionne,  en  IÎ07,  un  Jean 
de  Brie,  un  Thomas  de  Brie,  un  Gui  de  Brie,  en  1310,  un  Jean  de  Bric,  fils  de  Boémond. 

ij  Serrant,  en  Anjou.  Ce  sont  les  Brie  d'Anjou. 

(3)  Rapprochement  curieux.  Le  fils  de  Jean  1',  de  Brie,  Jean  lU,  épousa  Jeanne  de  Dreux,  une 
des  filles  de  Robert  111,  de  Dreux,  qui  fut  seigneur  de  Bric-Comtc-Robcrt. 


M- 


400  HISTOIRE   DE   LA    VILLE 

Les  armes  de  Louis  de  Bric  sont  :  cVai^ur,  à  deux  haches  d'armes 
adossées  en  pal,  c'est-à-dire  identiquement  celles  des  Brie, 
habitant  Brie-Comte-Robert  et  qualifiés  de  seigneurs  de 
Villemain  et  du  Colombier.  C'est  évidemment  ce  même  Louis 
de  Brie  (i)  qui  est  qualifié  de  seigneur  de  Boissy-le-Ghâlel 
(2)  et  de  Sablonniêres  (3)  (i48())  lequel  était  propriétaire  «  du 
tîef  de  La  Noue,  (4)  le  long"  du  vieux  grand  chemin  qui  va  de 
Pont  a  Leuge  à  Resbetz.  » 

(Juant  à  la  seigneurie  de  Boiilainvillers,  dont  PercevaK 
beau-père  de  Louis  de  Brie  est  seigneur,  j'y  verrai  plutôt 
Boulivillers,  aujourd'hui  ferme  de  la  commune  de  Rebais  et 
cela  me  conduit  à  parler  ici  un  aveu  du  24  mai  i5o4,  dont 
M.  Mottheau  reproduit  quelques  extraits  et  duquel  je  détache 
le  suivant  :  «  Un  autre  lief,  tenu  en  plein  tief  du  molin  de 
Bescherelle  et  en  arrière  fief  des  dits  escuiers  que  le  dict 
Bourinvilliers  occupe  de  présent  et  fust  à  feu  Pierre  de  Brye. ..  d 

Bourinvillicrs,  Boulainvillers,  Boulivillers,  me  paraissent 
le  mjme  nom,  diversem^int  orthographié  ce  qui  me  ramène 
à  dire  que  Louis  de  Brie  appartient  à  la  famille  qui  nous 
occupe.  On  se  rend  compte  à  cette  courte  et  sèche  énuméra- 
tion  des  obscurités  ou,  pour  être  plus  exact,  des  diflicultés 
du  problème,  relatif  à  cette  famille,  singulièrement  intéres- 
sant cependant,  puisqu'elle  r)ccupait,  selon  toute  apparence, 
le  sol  briard  bien  avant  le  comte  Robert  lui-même. 

11  était,  enlin,  un  dernier  lief,  mouvant  du  château  de  Brie- 
Comte-Robert  et  de  récente  création  au  XIV**  siècle.  11  prit  le 
nom  de  tief  Saint-Denis.  C'est  à  son  sujet  que  fut  rendu  Larrêt 
de  Servon  en  1G6G,  arrêt  dont  j'ai  déjà  parlé  et  dont  j'aurai  à 
reparler  encore. 

J'ai  reproduit  plus  haut  (5)  une  donation  faite  par  Jeanne 
d'Evreux  aux  religieux  de  l'abbaye  Saint-Denis,  où  il  était 
spécilié  entre  autres  choses  que  la  reine  donnait  :  «  quatre 
vingt  quatorze  livres  trois  sols  neuf  deniers  tournois  de  rente 


(1)  Alnianach  Le  Blondel  1878,  p.  1^4. 

(2)  Coniinunc  du  canton  de  Coulomniier>. 

(51  Commune  du  carton  de  Rebais,  arrond    de  t^oulomniicrï.. 

(4;  Ferme  de  la  commune  de  Sablonniêres.. 
(5:  V.  p.  214.  21Î  et  217,  notes. 


DE  BRIE-COMTE- ROBERT  4OI 

L«  FUf  de  Saint-Denis 


A.pnrtcduMousticr 

B.  rur  drs  Fripiers  ou  Madcicin 

I).  ï^diM  ^'int'Ëticnne. 

E.  riic  Dii>»r»sc. 

K,  coin  (jM>nt[R. 

G.  rue  du  Puits  Sillé. 

H.  lïpuils  Salit. 


N.  Four    binil  âr  Siint-Ocnit, 


S,  rue  du  Mourtiir  (de  TEglisel. 
T.  les  fours  binnirn  du  Ollteiu. 


402  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

à  prendre  par  les  religieux  de  Saint  Denis  sur  la  châtellenie 
de  Brie-Comte-Robert  que  la  dite  dame  royne  leur  a  donnée 
jusqu'à  ce  qu'elle  leur  ait  donné  un  autre  fond  de  pareille 
valeur  bien  et  dûment  amorti.  » 

Pour  amortir  cette  donation,  Blanche  de  France,  par  lettres 
patentes  en  forme  de  donation,  de  décembre  iSyô,  céda  aux 
religieux  de  Saint-Denis  généralement  tous  les  droits  qui  lui 
appartiennent  dans  Brie-Comte  Robert,  comme  venant  des 
doyen  et  chapitre  de  Notre-Dame  de  Paris.  On  doit  se  souvenir 
que  Jeanne  d'Evreux  avait  échangé  ses  propriétés  à  Damp- 
martavec  celles  que  le  chapitre  de  Paris  possédait  encore  à 
Brie-Comte-Robert.  Ce  contrat  d'échange  a  été  publié  dans 
un  chapitre  précédent,  (i) 

Ce  furent  ces  propriétés  qui,  à  dater  de  iSyS,  appartinrent 
aux  religieux  de  Saint-Denis.  Elles  constituaient  un  fief  avec 
son  prévôt,  et  ce  droit  de  justice  était  jalousement  défendu 
par  les  religieux  (2.)  contre  les  entreprises  du  prévôt  du 
dr)maine.  Les  deux  juridictions  se  touchaient  puisque  le 
prévôt  du  Seigneur  de  Brie  avaitdroit  jusqu'au  coin  Quentin, 
c'est-à-dire  à  l'intersection  de  la  rue  de  l'Eglise  et  de  la  rue 
des  Halles.  Au  delà,  du  côte  de  la  place  de  riIôtel-de-Ville, 
s'étendait  le  ressort  du  prévôt  de  Saint-Denis.  11  est  facile  de 
comprendre  que  dans  de  telles  conditions  les  empiétements 
d'une  justice  sur  l'autre  et  les  conflits  en  résultant  devaient 
être  incessants. 

Le  tlef  Saint-Denis  se  composait  surtout  de  la  place  de 
l'IIôtcl-de-Ville  qui  était,  ainsi  que  j'ai  eu  maintes  fois  l'occa- 
sion de  le  dire,  le  lieu  où  se  tenait  le  marché  appartenant  à 
l'Eglise  de  Paris.  Cette  place  portait  anciennement  le  nom  de 
place  du  Marché  aux  pourceaux  et  prit  après  celui  de  place 
royale  qu'elle  a  conservé  jusqu'au  nf  siècle  pour  recevoir 
ensuite  celui  qu'elle  porte  aujourd'hui. 

Si  peu  étendu  qu'il  fut.  ce  fief  constituait  un  revenu  appré- 


\\)  V.  p.  ly-i  et  2y). 

i2)  Hn  1416.  en  1448,  en  1472.  notamment,  ou  trouve  des  lettres  royaux  obtenues  parles 
religieux  contre  le  prévôt  de  la  justice  du  duc  d'Orléans  lequel  entreprenait  sur  leur  justice. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  403 

ciable  puisque,  dans  l'acte  d'échange  de  ^^46,  il  est  évalue  à 
55  livres  parisis. 

Kn  outre  des  droits  de  justice  et  de  marché,  le  lief  possédait 
également  un  four  bannier,  situé  sur  la  place  même.  Il  était 
dans  la  troisième  maison  à  gauche,  en  sortant  de  la  petite 
porte  de  l'église.  Le  plan  de  lySG  l'indique  comme  suit  :  «  A 
la  V'^^  Nicolas  Cochard,  une  maison  bâtiment  et  une  petite 
cour  tenant  à  Louis  Patron,  et  sur  la  place  royale  où  était  le 
four  banal  du  lief  Saint-Denis.  »  Mais,  primitivement,  il 
occupait  un  autre  immeuble  non  loin  de  là.  En  1612,  le  sieur 
Portas  échangea  une  maison  qu'il  avait  sur  la  place  aux 
pourceaulx  (place  royale)  avec  une  maison  des  religieux  de 
Saint-Denis,  sise  sur  la  même  place,  «  à  charge  par  lui  de 
faire  faire  un  four  bannal  en  la  maison  par  lui  transportée  au 
lieu  de  celui  qui  était  dans  l'ancienne  maison,  (i)  »  (>ette 
ancienne  maison  peut  s'identifier  au  moins  en  partie  avec 
celle  qui  appartient  aujourd'hui  à  la  famille  Boucreux.  ('2) 

Je  ne  serai  pas  éloigné  de  croire  que  la  «  justice  »  du  lief  fut 
alors  située  au  même  endroit.  Au  siècle  dernier  on  la  trouve 
occupant  l'emplacement  sur  lequel  sont  aujourd'hui  le  hangar 
des  pompes  il  incendie,  une  partie  de  l'école  maternelle,  les 
chambres  d'hospitalité  municipales.  Sur  le  plan  de  1736,  ce 
lieu  est  ainsi  désigné  :  «  A  la  V^^  Antoine  des  Agneaux  (3), 
une  maison  et  cour,  tenant  au  S'Guillot  et  sur  la  place  royale, 
appelée  la  maison  des  trois  piliers  où  se  tenait  la  justice  du 
lief  de  Saint-Denis.  »  Or,  au  XV*'  siècle  cette  maison  appar- 
tenait à  des  particuliers.  Elle  est  mentionnée  comme  suit 
dans  un  registre  conservé  aux  Archives  communales,  registre 


(I  l.a  situation  de  la  maison  que  François  Portas  reçut,  en  échange,  des  religieux  de  Saint- 
Denis,  est  indiquée  par  les  tenants  et  aboutissants  d'immeubles  spécifiés  dans  certains  actes 
conservés  aux  archives  notariales  de  M.  Camus  a  Brie-Comte-Robert  et  dressés  par  Doguet, 
notamment  le  I9juillet  \b^)  et  le  51  mai  1649. 

(2)  Les  caves  de  cette  maison  sont  particulièrement  intéressantes.  En  les  visitant,  on  se 
rend  compte  qu'elles  ont  dû  servir  de  sous-sol  à  un  immeuble  important.  Si,  ce  qui  est  à  peu 
prés  certain,  elles  appartenaient  à  l'ancien  four  banal  de  Saint-Denis,  elles  furent  auparavant 
la  propriété  du  chapitre  de  Paris,  comme  il  a  été  expliqué  ci-dessus,  et  c'est  lui  qui  fit  cons- 
truire ces  solides  voûtes  aux  arêtes  bien  dégagées,  aux  arcs  soigneusement  établis  et  aux 
piliers  caractéristiques. 

(5)  Les  Agneaux,  château  situé  sur  U  commune  d'Ozoir-la-Ferriére,  canton  de  Tournan, 
arrond.  de  Mçlun, 


404  HISTOIRE    DE   LA   VILLF. 

auquel  j'ai  déjà  fait  plusieurs  emprunts  :  «  Golecte  veufve  de 
feu  Henry  Soullot  et  Messires  Nicolle  SouUot  et  François 
SouUot  (sont  propriétaires  indivis)  d'une  maison  couverte  de 
thuilles,  appelée  lostei  des  Pilles  et  lieu  assis  à  Braye,  tenant 
d'une  part  à  Jehan  Benard  et  d'autre  part  à  Jehan  Blaye.  * 
(6  juin  1461).  Et,  pour  qu'il  n'y  ait  pas  d'hésitation  possible, 
je  cite  cet  autre  passage  provenant  de  la  même  source  : 
«  9  décembre  1452.  —  Une  maison  couverte  de  thuilles  que, 
en  ce  temps,  tenoitet  occupoit  Jehan  Blaye,  charron  (1),  assis 
en  la  rue  Beau-Guillaume,  près  des  Piiliers,  tenant  d'une  part 
aux  hoirs  Thévenin  Petit,  aboutissant  par  devant  à  la  dite 
rue.  »  H  est  évident  que  l'hôtel  des  Pilles  et  la  maison  des 
trois  piliers  sont  une  seule  et  même  chose.  11  faudrait  donc 
conclure  que  pour  la  justice  du  fief,  comme  pour  le  four 
banal,  il  se  lit  un  déplacement  de  siège,  peut-être  au  même 
moment.  Seulement  le  transfert  de  l'un  nous  est  parvenu 
tandis  que  celui  de  l'autre  nous  échappe  encore  (2).  Quant  à 
l'origine  du  nom  donné  à  la  maison  des  pilliers,  elle  est  facile 
à  expliquer.  Partout,  aux  abords  des  marchés,  et  il  est  peu  de 


(1)  Je  profite  de  cet  exemple  pour  montrer  combien  les  documents  anciens  nous  permet- 
tent de  remonter  quelquefois  loin  dans  le  passe.  Cette  maison,  dans  les  archives  communales 
ne  fait  pas  seulement  l'objet  de  l'article  que  je  reproduis.  Il  est  dit,  en  outre  :  a  }  janvier 
1445.  —  Sentence  condempnant  Jehan  Blaye,  charron  quie  détempteur  et  propriétaire  de  la 
dite  maison  et  lieu  qui  anciennement  fut  Bellon  la  Chardonne,  ayeulle  de  la  dite  deffunct^ 
damoiselle  Ysabel  la  Pichette.  »  Or,  au  9  décembre  1452,  il  est  dit  en  outre  qve  a  Jehan 
Boullet,  bouchier.  exécuteur  testamentaire  de  feue  Ysabel  la  Pichette,  veufve  de  feu  Girardin 
de  Listenbert  estoit  conjoinct  par  mariage  avecques  Perrecte,  arrière-fille  de  la  dicte  Ysabel.  » 
D'où  il  faut  estimer  que  Bellon  la  Chardonne,  propriétaire  de  l'immeuble  en  question  vivait 
quatre  générations  avantc  elle  de  1452,  soit  environ  cent  ans.  Nous  remontons  donc  ainsi  au 
possesseur  de  l'hôtel  des  Pilliers  en  plein  14"  siècle,  ce  qui  nous  permet  d'affirmer  l'existence 
de  cette  maison  au  moins  à  cette  époque. 

(2)  Dans  tous  les  cas,  lorsque  la  «  justice  »  des  religieux  s'établit  là  où  elle  était  encore  au 
l8'"  siècle,  il  dut  se  faire  sur  ce  point  des  travaux  importants.  Je  crois  d'ailleurs  que  cette 
justice  dut  comprendre  à  la  fois  l'hôtel  des  Pilliers  et  la  maison  voisine  qui  au  \y  siècle  était 
occupée  par  le  charron  Jean  Blaye.  Cette  dernière  maison  est.  aujourd'hui,  entre  les  mains  de 
M.  Wosmeck,  entrepreneur  de  maçonnerie.  11  suffit  de  descendre  dans  les  caves  qui  s'étendent 
sous  le  terrain,  même  à  l'endroit  ou  n'existe  plus  la  moindre  construction  pour  se  rendre 
compte  de  l'importance  des  bâtiments  qui  les  couvraient.  Ces  caves,  d'ailleurs,  par  plusieurs 
passages,  aujourd'hui  comblés  ou  muréj,  semblent  avoir  communique  d'une  part,  avec  les 
sous-sols  de  l'hôtel  des  Pilliers,  de  l'autre  avec  celles  de  la  maison  que  Portas  reçut  des  reli- 
gieux en  échange  de  la  sienne  et  qui  contenait  le  four  banal.  De  sorte,  qu'on  peut  supposer 
que  l'établissement  de  la  «justice  »  des  religieux  sur  ce  point  se  fit  vers  la  fin  du  \y  siècle, 
par  exemple  pendant  que  le  four  banal  du  fief  fonctionnait  de  l'autre  côté  de  la  rue.  et  qu'on 
fit  un  passage  souterrain  pour  communiquer  de  l'un  à  l'autre  immeuble.  Cette  situation 
aurait  duré  cent  ou  cent  cinv^uante  ans.  Dans  le  volume  suivant  je  donnerai  un  plan  généra] 
des  caves  de  cette  partie  de  la  ville,  en  une  planche  séparée. 


DE  BRÎE-COMTE-RORERT  40S 

vieilles  villes  qui  ne  permettent  de  vérifier  cette  assertion,  les 
maisons  étaient  construites  sur  pilliers  ou  colonnes,  de  façon 
que  le  rez-de-chaussée  en  retrait  sur  le  premier  étage  laissât 
à  la  circulation  une  portion  libre  et  couverte  sous  laquelle 
se  faisaient  les  étalages.  On  retrouve  quelque  chose  de  cette 
disposition  dans  la  vieille  bâtisse,  connue  sous  le  nom  de 
gâchoir,  dont  l'habile  crayon  de  M.  Jouas  nous  a  conservé  la 
silhouette  et  qui  a  été  reproduite  plus  haut  (i).  Du  reste  le 
nom  donné  à  la  rue  allant  de  la  porte  du  Moustier  à  la  place 
royale  indique  que  la  plupart  des  maisons  bordant  cette  rue 
devaient  présenter  un  aspect  semblable  ;  et  cela  se  comprend 
facilement.  Le  marché  seigneurial  avait  ses  halles  avec  les 
étaux  dont  j'î^i  parlé.  Le  marché  de  TEglise  n'ayant  point  de 
halles  ou  d'abris  pour  les  étaux,  des  commerçants  y  avaient 
suppléé  parla  disposition  que  je  viens  d'exposer.  Seulement^ 
je  crois  que,  exceptionnellement,  alors  que  toutes  les  maisons 
ainsi  appropriées  appuyaient  leur  premier  étage  sur  des 
montants  en  bois,  comme  la  maison  du  gâchoir  par  exemple, 
seule  ]a  maison  des  pilles  ou  des  pilliers  était  élevée  sur  des 
colonnes  en  pierre.  M'appuyant  même  sur  le  plan  de  1786,  je 
pourrais  affirmer  que  ces  colonnes  étaient  au  nombre  de 
trois,  d'où  le  nom  de  maison  des  trois  pilliers. 

J'ai  rapidement  exposé  la  situation  des  fiefs  situés  autourde 
Brie  au  14*  siècle  comme  j'ai  essayé  de  fixer  la  position  de  cer- 
tains au  1 3*  siècle.  Il  ne  faut  pas  oublier  queces  établissements, 
pour  la  plupart  agricoles  et  créés  par  l'intérêt  bien  entendu 
d'une  culture  productive,  ne  durent  leur  extension  qu'aux 
années  de  paix  relative  dont  jouit  le  pays  depuis  le  règne  de 
Louis  le  Gros  jusqu'à  celui  de  Philippe  de  Valois,  c'est-à-dire 
pendant  près  de  deux  cents  ans.  C'est  pourquoi  j'ai  insisté 
sur  le  développement  des  faubourgs  de  Brie  et  conséquem- 
ment  de  sa  population,  en  montrant  les  agglomérations 
extérieures  à  la  ville  se  faire  d'abord  timidement,  du  côté  de 
Saint-Christophe,  ensuite  avec  une  sorte  de  précipitation  qui 
se  traduit  par  les  aveux  et  dénombrements  dont  j'ai  pu 
recueillir  et  fournir  le  détail.  J'avais,  d'ailleurs,  fait  déjà 

CO  V.  p.  197  frontispice  du  chapitre  IV. 


4(^  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

pressentir  cet  accroissement  matériel  dans  les  chapitres  pré- 
cédents ;  il  restait  à  en  administrer  la  preuve. 

Mais,  cette  constatation  faite,  il  en  estune  autre,  résultante 
naturelle  de  plusieurs  observ^ations  déjà  émises. 

Si  Ton  considère  les  fiefs  dont  Ténumération  précède,  il 
est  un  point  qui  ne  saurait  échapper  à  personne.  Les  fiefs 
que  je  qualifierai  iVextérieiirs,  parce  qu'ils  relevaient,  soit 
directement,  soit  en  arrière  fiefs,  de  seigneurs  du  dehors,  se 
suivent  et  se  touchent  formant  une  bande  continue  de  terri- 
toire, allant  de  la  Fleur  de  Lys,  en  passant  par  Villemeneux, 
au  Poncelet  et  comprenant  même  une  partie  d'un  fief  limi- 
trophe de  ce  dernier  le  Four,  De  ce  point,  par  les  Bienfaites, 
Pamphou,  Villemain,  les  Bordes  et  le  Colombier,  sans 
compter  le  bois  du  Parc,  qui  était  du  domaine,  tous  les  fiefs, 
se  touchant  également,  relèvent  du  château  de  Brie-Comte- 
Robert. 

Que  Ton  remonte  quelques  pages  de  cette  histoire  et  on  y 
trouvera,  plusieurs  fois  mentionné,   ce  fait  que  le  territoire 
de  Brie  avait  été  partagé  en  deux  seigneuries  :  TEglise  de 
Paris  et  le  seigneur  de  Brie,  Ce  dernier  restait  même  vassal 
de  l'Eglise,  ainsi  que  nous  Ta  prouvé  le  compromis  entre 
Jeanne  d'Evreux  et  l'évéque  de  Paris.  De  sorte  que,  féodale- 
ment,  tous  les  fiefs  dépendant  du  château  étaient  arrière-fiefs 
du  chapitre  de  Notre-Dame  de  Paris.  Tout  le  monde  com- 
prendra qu'à  partir  de  la  fin  du    I2*  siècle,  la  paix   et  la 
tranquillité  une  fois  assises,  il  se  produisit  une  sorte  d'en- 
gouement en  faveur  de  la  propriété  foncière.   De  là  une 
augmentation  considérable  dans  la  valeur  vénale  des  terres 
qui  devaient  se  vendre  à  très  haut  prix.  Il  eut  été  surprenant 
que  le  Chapitre  de  Paris,  détenteur  de  terres  d'excellente 
v'^aleur,  ne  profitât  pas  de  l'occasion.  De  même  que  THOtel- 
Dieu  de  Paris  achetait,  ainsi  que  nous  l'avons  vu,    pour 
placer    au    mieux,   et   avec  la  perspective    d'un    excellent 
rendement,   les  fonds  dont  il  avait  la  garde,  de  même  le 
Chapitre  de  Paris  devait  réaliser  son  avoir  foncier  par  un 
calcul  tout  humain. 

N'était-ce  pas,  d'ailleurs,  le  moment  où  se   contruisait   la 
merveilleuse  métropole  de  Notre-Dame,  qui,  quoi  qu'on  en 


DE  BRIÈ-COMTE-ROBÈRt  40^ 

puisse  dire,  a  dû  coûter  des  sommes  considérables  pour 
Tépoque  ?  Je  ne  crois  guère,  en  effet,  au  seul  travail  imposé 
aux  serfs,  aux  corvées.  Des  monuments  tels  que  Notre-Dame 
exigent  autre  chose  qu'un  simple  effort  matériel.  L'art,  dont 
elle  est  la  grandiose  expression,  a  d'autres  exigences  et 
commande  d'autres  moyens.  Ce  n'est  pas  tout.  Les  cultiva- 
teurs passaient  peu  à  peu  à  l'état  de  salariés  et  la  rétribution 
du  travail,  sur  une  étendue  aussi  considérable  de  terres  que 
celle  dont  disposait  le  Chapitre  de  Paris,  devait  avoir  pour 
effet  une  augmentation  considérable  des  dépenses  d'admi- 
nistration sans  un  accroissement  proportionnel  dans  les 
recettes. 

Quelles  que  soient  les  causes,  du  reste,  du  changement 
foncier  qui  se  fit,  il  est  évident  que  le  Chapitre  de  Notre 
Dame  de  Paris  vendit  son  terroir,  et  que  des  acheteurs 
empressés,  venus  de  plusieurs  points  des  territoires  voisins, 
acquirent  ainsi  des  droits  à  Brie,  droits  qu'ils  revendirent 
ou  concédèrent,  en  partie,  à  d'autres.  De  là  cet  enchevêtre- 
ment des  servitudes  féodales  sur  lequel  j'ai  appelé  l'attention. 

Ainsi,  à  mon  sens,  se  créèrent,  sur  le  territoire  appartenant 
au  Chapitre  de  N.-D.,  les  fiefs  que  je  qualifiais  plus  haut  et 
par  pure  convention,  d'extérieurs,  en  opposition  avec  ceux 
qui  relevaient  directement  du  château  de  Brie-Comte-Kobert. 
Si  cette  observation  est  vraie  —  et  elle  me  parait  assez  pro- 
bante —  nous  pouvons,  par  la  pensée,  établir  la  portion 
respective  occupée  par  les  deux  seigneuries  qui  se  parta- 
gèrent le  territoire  briard  lorsque  Louis  VI  le  Gros,  prit 
possession  de  la  comté  de  Corbeil  et  y  créa,  pour  sa  sûreté 
et  celle  de  sa  capitale,  des  postes  dont  il  confia  la  garde  à 
l'un  de  ses  fils.  On  peut  dire,  ce  me  semble,  que  tous  les 
fiefs,  arbitrairement  désignés  par  moi  pour  la  commodité  de 
la  discussion  sous  le  nom  d'extérieurs,  appartenaient  au 
territoire  de  TEglise  (i).  C'était,  là,  dans  ce  cas,  la  terre  de  la 
Bienheureuse  Vierge  Marie  dont  il  est  question  si  souvent 
dans  la  charte  de  1208,  qui  avait  son  centre  religieux  dans 

(I)  Je  rappelle  pour  mémoire  les  fiefs  qui  furent  formés  à  ses  dépens  :  Là  Fleur  de  Lys, 
l'Epine,  l'Epinelle,  la  Tour  brûlée,  La  Chevrie,  Boigny  (en  partie),  Chantepie,  le  petit  Chante- 
pie,  le  Poncelet,  le  Vaudoy,  le  Four  (en  partie). 


4o8  MistoiRE  DE  La  ville 

l'église  Notre-Dame,  élevée  autrefois  sur  la  place  Gauthier. 
Le  terroir  seigneurial  occupait  le  restant  (i). 

Mais,  sur  cette  dernière  portion,  n'existaient  pas  uni- 
quement des  tiefs.  L'aveu  rendu  par  Alix  de  Mons  et  repro- 
duit plus  haut  indique,  d'un  mot,  l'existence  d'une  industrie 
à  Brie  qui  devait  avoir  ses  chefs,  ses  ouvriers,  partant  une 
population  bourgeoise  et  ouvrière  as^^ez  considérable.  Ces 
bourgeois,  nous  les  avons  entrevus  au  i3' siècle,  désignés 
nominativement  ou  en  corps  dans  des  actes  publics  de  vente 
ou  de  donation.  Il  va  nous  être  donné  de  les  voir  administra- 
teurs et  constructeurs.  On  s'étonn-^ra  peu  qu'à  cette  époque  la 
sollicitude  delà  communauté  se  portât  plus  particulièrement 
vers  les  établissements  hospitaliers  et  vers  l'église  parois- 
siale. Le  soulagement  des  maux  physiques  et  le  réconfort  de 
l'âme  par  la  prière  paraissaient,  alors,  pour  le  peuple,  comme 
les  plus  importantes  fonctions  de  la  société. 

C'est,  d'ailleurs,  tout  ce  qui  restait,  comme  activité  sociale, 
à  la  bourgeoisie.  Nous  avons  pu  constater  que  le  seigneur 
s'était  réservé  l'exploitation  et,  par  conséquent,  l'entretien  des 
marchés  et  même  des  jeux  publics.  Les  hospice^  et  l'église 
étaient  laissés  aux  soins  éclairés  du  peuple,  limités  cependant 
par  l'intervention,  au  spirituel,  et  même  l'intrusion,  au  tem- 
porel, de  Tévêque  ou  de  ses  agents  ecclésiastiques. 

Les  établissements  hospitaliers,  au  i3'=  siècle,  furent,  un 
moment,  au  nombre  de  trois. 

C'était,  d'abord,  la  Maison-Dieu  ou  Tllôtel-Dieu  dont  j'ai 
longuement  parlé  dans  un  chapitre  précédent  (2)  ;  puis  la 
léproserie  de  Saint  Ladre  ou  de  Saint-Lazare,  dont  le  nom  a 
été  quelquefois  cité  comme  alTrontailles  dans  des  actes  de 
vente  ou  des  aveux  ;  enfm  une  troisième  maison  hospitalière, 
la  maison  aux  malades,  dont  l'existence  est  révélée  par  les 
comptes  de  la  reine  Jeanne  d'Evreux. 

De  cette  dernière  institution,  il  ne  nous  reste  que  peu  de 
choses.  Tout  semble  prouver,  au  surplus,  que  son  existence 


(i)  C'est-à-dire,  outre  le  château,   les  fiefs  suivants:   le  Colombier.  la  Grivelle,   la    Borde- 
Fournier,  le  bois  du  Parc  et  de  Cossigny,  Pamphou,  les  Pienfaites. 
(î)  Chap.  11,  pp.  133  't  suivantes. 


DE    BRIE-COMTË-RÔIJF!Rt  4Ô9 

fut  momentanée.  Dans  les  comptes  de  la  reine  Jeanne,  il  n'en 
est  fait  mention  que  deux  fois  ;  il  est  vrai  qu'il  existe  dans 
ces  comptes  une  lacune  qui  nous  dérobe  l'administration  du 
domaine  pendant  une  vingtaine  d'années.  Voici  dans  quels 
termes,  il  en  est  parlé  pour  la  première  fois  : 

Aux  hoirs  mons.  Jehan  de  braye  pour  les  cens  et  rentes  de  la 
maison  et  jardin  qui  fu  au  petit  presbitaire  où  madame  avoii  Jaici 
faire  la  meaon  aux  malades^  à  la  Saint  remy,  xij  deniers  et  landemain 
de  Noôl  un  boissel  et  demi  de  bled,  iij  mynes  davoinne,  chappon  et 
demi  pour  le  quit  d'une  droiture. 

Il  est  à  remarquer  que  cet  article,  dans  les  comptes,  figure 
en  même  teitips  que  celui  déjà  cité  et  relatif  au  moulin  à 
chevaux  «  fait  à  Brie  pendant  les  guerres  ».  A  la  date  du 
compte  (i.%4),  le  moulin  à  chevaux  et  la  maison  aux  mala- 
des figurent  comme  des  établissements  n'existant  plus  qu'à 
Tétat  de  souvenir.  On  ne  s'en  sert  plus.  En  effet  au  chapitre 
des  recettes  de  ce  même  compte,  il  est  dit  que  la  maison  aux 
malades  est  louée  à  un  tiers. 

Du  louage  de  la  meson  aux  malades  (i)  que  Jean  du  chemin  le 
josne  (le  jeune)  tient  à  ferme  iij  ans  commencez  à  la  Saint'Jean«- 
Baptiste  CCCLXIII  pour  la  some  de  Ix  s.  p.  pour  chascun  an  paiez 
aux  termes  la  Saint-Remy,  Noôl,  Pasques  et  la  Saint-Jehan  et  aussy 
doit  paier  chascun  an  telle  droiture  comme  icelle  maison  doit  à 
mons.  Thomas  de  braye  (2)  pour  cet  an  auz  ditz  termes  Ix  s.  p. 

Par  conséquent,  tout  au  moins,  depuis  la  Saint-Jean- 
Bapiiste  de  i363,  la  maison  aux  malades  cessa  d'être  affectée 
à  ce  service  spécial  pour  demeurer,  dans  le  domaine,  comme 


(\)  Dans  les  comptes  de  Michel  Dupont,  admodiateur  du  domaine  seigneurial  de  Brie- 
Comt .Robert,  au  \(f  sièle,  on  lit  au  chapitre  des  recettes  :  «  De  la  femme  et  enfans  Simon 
Le  Feuve,  pour  maison  et  jardin  iiant  à  la  porte  des  Fontaines,  appelée  la  maison  aux  malahs,  82 
s.  p.  •»  Cette  somme  représente,  de  toute  évidence,  la  location  d'une  année.  Je  Juge  bon  de 
la  rapprocher  de  celle  de  60  s.  p.  prix  de  la  location  du  même  immeuble  en  i^.  Ces  obser- 
vations sur  la  fluctuation  du  prix  d'objets  dont  la  valeur  intrinsèque  n'a  pas  changé,  sont 
toujours  intéressantes.  La  maison  aux  malades  occupait  l'immeuble  appelé,  plus  tard,  la 
Trinilé. 

a  VC.S1636,  — nous  le  verrons  par  la  suite,  — laCharité  de  Brie,  dit  un  mémoire  rédigé  sur  ce 
sujet,  loua  une  maison  pour  recevoir  et  soigner  les  pauvres  malades.  Cette  maison  t%X,  proba- 
blement, écrit  le  rédacteur  du  mémoire,  celle  que  Von  appelait  ¥ulgairement  la  maison  aux  malades  et 
qui  était  située,  à  cette  époque,  rue  des  Fontaines.  »  Ce  mémoire,  on  le  voit,  n'est  pas  éloigné 
d'attribuer  le  nom,  donné  à  cette  maison,  k  l'usage  qu'en  put  faire  la  Charité  de  Brie,  alors  que 
cette  maison  était  amsi  désignée  depuis  le  commencement  de  la  seconde  moitié  du  14*  siècle. 

(2)  Caci  prouve    bien  que  Thomas  de  Brie  était  le  Ois  de  Jean,  précédemment  nommé. 


4IO  HStOIRE   DE   LA  ViLLÈ 

d'autres  immeubles,  une  maison  de  rapport  locatif .  J'incline 
à  croire   que,   pendant   les  guerres,  de  même  qu'on  avait 
créé  un  moulin,  de  même  on  créa  une  sorte  d'hospice,  deve- 
nu indispensable  par  suite  de  Tinsécuritéde  la  campagne. 
Saint-Lazare,  en  effet,  par  sa  situation,  devait  être  parfois 
aussi  inaccessible  aux  habitants  de  Brie  que  l'étaient  le  mou- 
lin â  vent  et  les  moulins  à  eau.  J'ajoute  qu'il  est  ici  une  autre 
remarque  à  faire.    Le   personnel,  la  garnison   du   château 
devaient  être,  à  ce  moment,  assez  nombreux  (i)  et  partant 
compter  un  certain  nombre  de  malades.  Or,  ce  n'était  point 
à  l'Hôtel-Dieu  que  les  malades  du  château  pouvaient  trouver 
les  soins  que  réclamaient  leur  état.  L'Hôtel-Dieu   n'était, 
en  effet,  pasâ  proprement  parler,  un  hôpital.  Il  semble  bien, 
dit  M.  Léon  Le  Grand,  que  les  seuls  malades  soignés  dans 
cette   maison  fussent  des  voyageurs  auquel   l'état  de  leur 
ganté  ne  leur  permettait  pas  de  poursuivre  leur  route.  «  Le 
titre  de  la  chapelle   de  THôtel-Dieu  de  Brie-Comte-Robert, 
lit-on  dans  un  mémoire  du  XVIP  siàcle.  c'est  dédire  la  messe 
quatre  foys  la  sepmaine  et  d'administrer  les  sacremens  auz 
pauvres  qui  tombent  malades,  parce  que  sont  des  passants 
quVdoivent  loger  une  nuit  ou  deux  (2).  »  rlus  tard,  d'ailleurs, 
lorsque  s'établit,  à  Brie,  la  confrérie  de  la  Charité  «  pour 
assister  spirituellement  et  corporellement  les  pauvres  mala- 
des de  la  paroisse  »,  la  confrérie  dut  louer  un  immeuble  spé- 
cial, afin  de  recueillir  ceux  d'entre  eux  qui  nécessitaient  des 
soins  sp  !'ciaux  ou  qui  ne  trouvaient  chez  eux  qu'un  abri  inef- 
ficace. 

(t)  C'est  ici  le  cas  de  regretter  la  coupable  incurie  qui  a  éloigné  de  nos  archives  et  de  nos 
dépôts  publics,  une  collection  remarquable  et  d'un  haut  intérêt  pour  l'histoire  de  nos  pro- 
vinces. Joursanvault  avait  réuni  une  série  de  documents  originaux  qui  fut  mis,  après  sa  mort, 
en  vente.  Le  gouvernement,  faute  de  quelques  milliers  de  francs,  laissa  cette  précieuse  et 
unique  collection  aller  en  Angleterre.  On  comprend  qu'il  soit  difficile  de  la  consulter.  En  ce 
qui  concerne  Brie-Comte-Robert  et  l'époque  qui  nous  occupe,  les  archives  de  Joursanvault 
nous  eussent  fourni  les  renseignements  suivants  : 

1350-1401  —  Titres  concernant  diverses  propriétés  au  Grand  Val  de  Brie-Comte-Robert  au 
pressoir  de  la  reine  Jeanne.  Ordonnances  et  pièces  diverses  sur  la  capitainerie  et  la  conciergerie  da 
château  de   Hrie-Comte-Roberl.  Approvisionnements  de  guerre  du  château,  etc.,  etc.  (8  pièces). 

1401-1448.  —  Le  receveur'de  Brie-(2omte-Robert.  pour  le  duc  d'Orléans,  paie  diverses  rentes. 
Etat  des  hommes  d'armes  du  château  de  Brie.  Gages  de  Pagan  de  zMedicis,  capitaine  génois  en  garniiOK 
au  château  de  Brie-Comte-Robert.  Gratification  de  Charles,  duc  d'Orléans,  à  Jean  Foucault,  capitaine  du 
même  château.  Indemnité  a  Mahieu  de  Villemcneux.  trésorier  de  Brie-Comte-Robert,  etc.  etc. 
(10  pièces). 

;2)  Les  Maisons-Dieu  et  léproseries  du  diocèse  de  Paris,  op,  cit. 


DE  bRie-comte-robert  41  ( 

De  plus,  l'administration  de  l'Hôtel-Dieu  échappait  totale- 
ment au  seigneur  de  Brie.  Nous  en  avons  lait  déjà  la  cons- 
tatation (v.  p.  i^îg).  Les  lettres  d'Innocent  IV,  en  I2ri2.  donnent 
«  aux  l'rércs  de  la  Maison-Dieu  de  Brie  l'autorisation  d'élever 
une  chapelle  dans  leur  maison  et  d'avoir  une  cloche,  en  don- 
nant mission  à  l'cvêque  de  Paris  de  nommer  un  chapelain.  » 


LE    PLUS    VIEUX    BATIMENT    1 

^Cliché  [<ù  à  l'obligcincc 


iRDE-FOURNIER 

il  Petit), 


maison  de  Dieu,  ne  parle  pas  des  frères  attachtis  àcet  établis- 
sement hospitalier.  Il  scmbl  rait  de  la  sorte,  qu'entre  1207 
cl  I2?2.  il  se  produisit  un  changemcntdansson  organisation 
et  son  administration.  Robert  II,  aurait-il.  par  donation  ou 
Il  est  vrai  qu'en  1207,  Innocent  Kf,  en  accordant  à  Robert  II 
de  Dreux  la  permission  d'élever  une  chapelle  dans  la  même 


412  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

par  voie  testamentaire,  réglé  la  situation  de  la  Maison-Dieu 
en  lui  laissant  toute  son  indépendance  ?  Y  eut-il,  sur  ce  point. 
entre  Robert  III  et  les  habitants  de  Brie  un  accord  particu- 
lier ?  Rien  ne  nous  est  resté  de  cette  époque,  en  ce  qui  touche 
la  Maison-Dieu.  Si  ses  archives  avaient  conservé  les 
documents  de  sa  fondation  et  de  ses  transformations,  elles 
disparurent,  anéanties,  lors  de  la  prise  de  la  ville  de  Brie, 
en  1649,  par  l'armée  royale  sur  les  Frondeurs  de  Paris.  Ce 
qui  est  certain,  c'est  qu'en  1262,  l'administration  de  la 
Maison-Dieu  était  entre  les  mains  de  frères  qui  semblent 
avoir  été  jusque-là  fort  indépendants  puisqu'on  leur  impose, 
à  dater  de  ce  moment  seulement,  un  chapelain  nommé  par 
révoque  de  Paris. 

D'ailleurs,  dans  un  Mémoire,  dont  j'ai  déjà  parlé,  adressée 
l'archevêque  de  Paris,  en  1781,  sur  l'hôpital  de  Brie-Comte- 
Robert,  on  lit  ce  qui  suit  :  «  Quoique  de  foute  ancienneté, 
l'administration  de  l'Hôtel-Dieu  eût  appartenu  aux  habitants 
delà  ville,  néanmoins  en  1647,  ^^  grand  aumônier  de  France, 
confondant  cet  hôpital  avec  la  Maladrerie  de  Saint-Lazare, 
établie  aux  faubourgs,  prétendit  avoir  droit  de  nommer  une 
personne  pour  administrer  le  dit  Hôtel-Dieu.  Les  cardinaux 
Richelieu  et  Rarbarin,  successivement  grands  aumôniers, 
nommèrent  chacun  une  religieuse  lesquelles  administrèrent 
cet  Hôtel-Dieu  seulement  pour  l'hospitalité  des  pauvres  men- 
diants et  passagers,  sans  que  les  habitants  de  Brie  fussent  pour 
cela  privés  de  V administration  du  temporel.  L'arrêt  du  Conseil 
du  6  mai  1680  a  jugé  que  cet  Hôtel-Dieu  n'est  pas  une  simple 
maladrerie  mais  bien  un  hôpital  municipal,  etc.  etc.  » 

Il  demeure,  donc,  à  peu  près  certain  que  dès  le  i3*  siècle, 
à  tout  le  moins,  l'Hôtel-Dieu  était  administré  par  les  habi- 
tants, c'est-à-dire  que  le  temporel  était  entre  leurs  mains  et 
qu'ils  payaient,  sur  les  revenus,  des  frères  ou  soeurs  chargés 
spécialement  des  soins  à  donner  aux  hospitalisés.  C'est,  en 
somme,  ce  qui  se  passe  de  nos  jours  encore.  L'évèque  nom- 
mait le  chapelain  de  l'établissement,  ainsi  que  le  prescrivent 
les  lettres  d'Innocent  IV,  et  était  qualifié  de  premier  admi- 
nistrateur-né de  l'hôpital,  c'est-à-dire  qu'il  gardait  la  haute 
main  sur  la  gestion,  sur  les  soins  à  donner  aux  pauvres  men- 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  4l3 

diants  et  passagers.  C'était,  du  reste,  un  des  droits  que 
défendirent  le  plus  jalousement  les  évêques.  (i)  A  leur  avis, 
cr  renseignement  du  Christ  avait  fait  germer  des  idées  de 
charité  inconnues  au  monde  païen  ;  la  religion  chrétienne 
inspirait  à  ceux  qui  consacrent  leur  vie  au  soin  des  pauvres 
et  des  malades  Tesprit  de  dévouement  et  de  sacrifice  ;  il  était 
donc  naturel  que  l'Eglise  conservât  la  direction  d'un  courant 
qu'elle  même  avait  fait  naître.  » 

Quel  que  soit,  cependant,  le  modusvivendi  qui  s'établit  pour 
la  gestion  des  hospitalisés,  et  l'administration  des  biens  de 
l'hôpital,  il  est  clair  que  le  seigneur  n'avait  depuis  le  i3* 
siècle  aucune  part  ni  à  l'une  ni  à  l'autre.  De  là,  la  nécessité, 
pour  la  reine  Jeanne  d'Evreux,  de  créer,  en  vue  de  son  service 
particulier,  la  \Maison  aux  \Malades;  mais  cette  affectation 
spéciale  de  l'immeuble,  qu'elle  acheta  au  petit  presbitaire,  fut 
de  courte  durée. 

Tout  ce  que  je  viens  de  dire  touchant  l'Hôtel-Dieu  laisse 
entendre  que  Tévêque  de  Paris  ne  se  désintéressa  pas  de 
l'HOtel-Dieu  de  Brie,  pas  plus,  du  reste,  que  de  toutes  les 
maisons  hospitalières  de  son  diocèse.  Ne  pouvant  s'occuper, 
lui-même,  du  détail  de  la  gestion  des  hôpitaux,  il  semble  qu'il 
confia  ce  soin,  d'abord,  auxarchidiacres  qui  visitaient  alors  les 
établissements  hospitaliers  en  même  temps  que  la  paroisse  ; 
tf  puis,  dit  M.  Léon  Legrand,  l'évèque  prit  le  parti  de  déléguer 
un  visiteur  spécial  chargé  de  l'inspection  et  de  la  correction 
des  établissements,  ainsi  que  de  l'audition  des  comptes.  » 
Le  consciencieux  érudit  auquel  j'emprunte  ces  lignes  a  publié 
récemment  le  registre  de  l'un  de  cq^  visiteurs.  (2) 


(ij  Les  frères  de  l'Hôtel-Dieu  de  Brie  essayèrent-ils  de  s'affranchir  de  la  tutelle  de  révê- 
que  ?  Les  habitants  voulurent-ils  contester  le  droit  que  s'arrogeait  le  prélat  ?  Peut-être  la 
lettre  d'Innocent  IV,  en  imposant  un  chapelain  nommé  par  l'évéque  mit-elle  fin  à  quelque 
conflit  de  cette  nature.  Ce  qui  est  certain,  c'est  qu'-au  cours  de  ce  siècle,  il  dut  y  avoir  des 
démêlés  semblables  sur  plusieurs  points,  car  on  trouve  dans  Guérard  (Cart.  de  N.-D.  1, 
184)  le  jugement  rendu  par  un  conseil  convoqué  par  l'abbé  de  Saint-Denis,  régent  du 
royaume,  pour  juger  un  semblable  différend  où  il  est  dit  :  «  Quia  domus  leprosorum  et 
domus  dci  sunt  in  protectione  et  custodia  episcopi,  et  curam  earum  régit  tam  in  spiritualibus 
et  temporalibus...  » 

f2)  a  Les  premiers  visiteurs  dont  on  ait  conservé  les  noms  pour  le  diocèse  de  Paris,  dit 
M.  Legrand.  sont  messire  Thierry  et  messire  Jean  de  Saint-Josse,  qu'on  trouve  en  fonctions 
en  1528,  puis  Ainieri  Vigier  qui  portait  ce  titre  des  154?  et  l'avait  encore  en  1350.  Enfin  en 
1351  fut  nommé  Jean  de  Villescoublain,  rédacteur  du  registre  qui  fait  l'objet  de  la  présente 
étude.  » 


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nôtre  ville  c:  pâr:;cul:cr:;-T:cn:  iarir^  1' -xr»  r?» 
hospitalier. 


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visitacton:^  «  in. tn;   fratres    et 

cooi>.  cpî-^copi  îuni  F^**r:'Lias:^ 
suh   Tij   marni   anco    •.»■.  .-. ^:.   :::, 
dominum    ^e*rL;m     ".e    ^.urt:.:-. 
prc-  hi  ta  ru  rr*    Bi  ^  un  :  :  r.  en  : .  -    d  :  - 
ct<i<,  fratrem. 

ïtcm  pcr  littcra-  doTtir..  Au- 
docnii  soh  '.  ij  die  '^:!  i-r>.  îinn  v 
«(C'':^ifiJt,  ipsum  d'jrri:r.i:rr;  f'e- 
trom.  maîfi^trurn. 

Ifern.  per  !;rî'jr;j-  :-:^';;rjr., 
f'ctri,  Pansîcr.-:^  n'jr.-  e:^!-^ :;»:... 
5uh  fiono  pie^e/it:  -^"r  -îti  r.  -: 
oct?iHa^  esfivaiis  San.::  Martini, 
Svnrioncm  Douvn.  fratrem  et  1  >- 
hannarn  eju-.  uxorcm.  ^or  ^rem 
dicte  dornu-;. 

Item,  ut  dijilur.  Sabiliam  fiur- 
Kondcrn,  sororem,  ahscnlcm. 

Non  plures. 

Item,  ut  dicitur.  dominum  An- 
drcarn.  nunc  curatum  de  \'ero 
Ala^no,  cjui  propter  curam  suam 
résignasse  videtur  fraternati  sue. 

Item,   ut    dicitur.    Vsahelatam 

"e    Colomensis    quandam    soro- 

1,   que,   ut  dicitur,  resignavit 

ç   fraternitati  sue  voluntarie. 


r^e  ::  1.11  anche  deu  v    ictocrr  i 

p.:-!.'-  .c  -isiter  ec  -e    trouTai  les 

f":n:    .     Pierre    de^     C:.a^îi^§, 
^.- -._-.w>e    ^e  oesançac 

r'rêre  dc-.ignc  par  lettres  de  Focl- 
:;^e-.  a!  r-j  c-.c^ue  de  Pans,  en 
da*e   du  : 2   marâ  i  3  4^. 

/:.;  î.  l'j  mcme  Pierre,  nomme 
r:..?:.:re  par  lettres    d'Aud oin.  en 

--e  -iu  7  :-::-.bre  13.19. 

/.v-i;.  S. min  Djuyn.  frère,  et 
Jeanne,  -«a  îemme,  >*t:ur  de  la 
c.te  iTiai-îOn.  investis»  par  letlres 
de-j  '.  icaire^  de  Pierre,  en  ce  mo- 
ment êvc:|ue  de  Paris,  en  date 
du  samedi  après  l'o^rtave  de  la 
Saint  Martin  dèlè  (16  juillet), 
année  présente  h  3^1). 

//e;;?,  comme  il  (nous)  est  dit. 
SihilieBjurgogne.sœur  absente. 

Il  n'y  en  a  pas  d'autres. 

Ilem,  comme  il  (nous)  est  dît, 
•André,  maintenant  curé  de  \'ert- 
le-Grand,  qui  paraît  avoir  re- 
noncé à  la  fraternité  pour  prendre 
possession  de  cette  cure. 

Item,  comme  il  (nous)  est  dit, 
Isabelle  de  Coulmier-,  précé- 
demment sceur,  qui,  ainsi  qu'on 
nous  l'apprend,  renonça  volon- 
tairement à  la  fraternité. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT 


A^^ 


'L'ênumération  de  ce  personnel  semble  indiquer  que  les 
frères,  les  sœurs  de  la  maison  de  Dieu  de  Brie-Comle-Robert, 
n'avaient  aucun  caractère  religieux  et  qu'ils  étaient  simple- 
ment unis  par  une  volonté  commune,  toujours  révocable,  de 
se  consacrer  aux  soins  des  passagers  et  des  pauvres  men- 
diants.) 


'Possessionnes  seu  immobilia,  ejus 

\x^^  arpenta  terre  in  diversis 
locis  de  quibus  pro  blado  xxxij 
arpenta  et  pro  marcessiis  de  xlvj. 
residua  in  jacheris,  xij  arpenta 
vinearum  tailiatarum,  iiij  arpenta 
pratarum  ;  item  medietatem  unius 
molendini  apud  Bouciacum,  va- 
leutem  c  solidos  redditus  ;  item 
plures  domos  quorum  major  pars 
vacua,  tamen  in  locagiis  moder- 
nis  aliquarum  viij  1.  ;  si  omnes 
locale  essent  redderent  xx  1.  vel 
xviij  1.;  item  apud  Sanctum  An- 
dream  de  Bouci  minuti  census 
olim  circiter  ix  s  .  nunc  circiter 
iiij  s.  vj  d  ;  item  in  decimio  bladi 
et  avene  circiter  Evris,  nunc  maie 
solutis,  nuncque  non  excentibus 
V  vel  vj  sextaria  grani. 


Mohilia  dicte  domus  : 

xij  culcitre,  xij  pulvinaria,  xij 
cooperture  pro  peuperibus  seu  in 
hospitalitate  et  viij  auricularia  ; 


Propriétés  ou  immeubles 
de  la  dite  maison 

Cent  vingt  arpents  de  terre  en 
divers  lieux,  dont  trente-deux 
arpents  en  blé  et  quarante-six  en 
marais,  le  restant  en  jachère, 
douze  arpents  de  vignes,  quatre 
arpents  de  prés  ;  item  la  moitié 
d'un  moulin  auprès  de  Boussy 
(Boussy-Saint-Antoine,  cant.  de 
Boissy  St-Léger.  Seine-et-Oise) 
valant  cent  sols  de  revenu  ;  item 
plusieurs  maisons  dont  la  ma- 
jeure partie  est  vacante,  mais 
cependant  rapportant  pour  la  lo- 
cation, récemment  faite,  de  quel- 
ques unes  huit  livres  ;  si  toutes 
étaient  louées  elles  rapporteraient 
vingt  livres  ou  tout  au  moins 
dix-huit  livres  ;  iiem  auprès  de 
Saint-And  ré  de  Boussy  des  menus 
cens,    valant     autrefois    environ 

neuf  sols,  et  maintenant  environ 
quatre  sols  six  deniers  ;  item  sur 
la  dime  de  blé  et  de  l'avoine  des 
environs  d'Evry  (Evry-les-Châ- 
teaux,  cant  de  Brie-Comte-Ro- 
bert), actuellement  mal  payée, 
mais  n'excédant  pas,  dans  les 
temps  présents  ;  cinq  ou  six  sep- 
tiers  de  grains. 

Objets  mobiliers  de  la  dite  maison 

Douze  couches,  douze  matelas, 
douze  couvertures  pour  les  pau- 
vres ou  pour  ceux  qui  reçoivent 


4ib 


HISTOIRE  DE   LA   VILLE 


item  per  domum  in  cameris  et 
apud  Hersas,  x  calcitre.  x  pulvi- 
naria,  x  cooperture  ;  item  in 
caméra  una  ad  partem  xiij  culci- 
tre.  vj  pulvinaria,  iifj  cooperture  ; 
item  in  caméra  magistri  iij  sargie 
et  una  calcitre  picta  ;  item,  xj 
auricularia,  xj  capitegia  ;  item 
vj"  lintheamina  pro  hospitalité 
et  per  domum  xxiiij  lintheamina, 
et  in  huchicis  et  coffris  in  pluribus 
cameris  Ix  lintheamina. 


xviij  mappe.  xx  manutergi,  vj 
poti  dscupro,  vj  patelle  caudam, 
una  lechefrita,  ij  candelabra,  una 
patella  ferri,  iij  calderie,  ij  alie 
magne  caJderie,  una  magne 
patella  ad  freandum.  unus  cacra- 
bus,  ij  pelves.  quorum  unus  est 
lavatorius,  ij  calfoerie,  xij  pinte, 
iij  plati.  xvj  magne,  xiij  parve 
scutclle  de  stanno.  ij  ciphi  madrei, 
ij  gobeleti  et  viij  cocltaria  argenti, 
iiij  coffri,  iiij  arche,  iiij  tabule, 
pluresformuie  cathedre,  scanma, 
prave  arche  seu  huchie  et  res  alie 
plures,  iiij  cuppe  ad  foulendum, 
iiij  balneriœ  et  unus  caserius, 
plura  vasa  muscarum. 


l'hospitalité  et  huit  oreillers  ; 
i7e/;t.dans  la  maison,  en  diverses 
chambres  (i)  et  aux  Ilarces(2),dix 
couches,  dix  matelas,  dix  couver- 
tures ;  iiem^  dans  une  chambre  (à 
part)  treize  couches,  six  matelas, 
quatre  couvertures  ;  item,  dans 
la  chambre  du  maître  quatre 
(rideaux  de)  serge  et  une  couche 
peinte  ;  item  douze  oreillers, 
onze  couvre  chef  (3)  ;  item  cent 
vingt  draps  de  lit  pour  le  service 
de  l'hospilalité  et  pour  la  mai- 
son vingt-huit  draps  de  lit  et 
dans  les  armoires  et  coffres,  en 
plusieurs  chambres,  soixante 
draps  de  lit. 

Dix-huit  nappes,  vingt  essuie- 
mains,  dix  pots  de  cuivre,  six 
casseroles  à  queue,  une  lèchefrite, 
deux  candélabres,  une  casserole 
en  fer,  trois  chaudrons,  deux 
autres  grands  chaudrons,  un 
grand  bassin  à  broyer  (4)  une 
marmite,  deux  bassins,  dont  un 
pour  laver,  deux  chauffoirs. douze 
pintes,  neuf  chopines,  trois  plats, 
seize  grandes  et  treize  petites 
écuelles  d'étain  deux  vases  de 
madré,  deux  gobelets  et  huit 
cuillères  d'argent  quatre  coffres, 
quatre  armoires,  quatre  tables, 
plusieurs  cadres,  chaises,  esca- 
beaux,      petites     armoires      ou 


(l)Nous  avons,  là.  la  preuve  que  l'Hotel-Dieu  au  14'  siècle  ne  se  réduisait  pasà  la  salle  dont 
j"ai  déjà  parlé,  dont  j'ai  même  donné  des  plans  et  dont  la  façade  snr  la  rue  Graterie  (des  Halle> 
nous  est  conservée   ;  létablisNemcne.  on   le  verra  parla  suite,  avait  une  tout  aufre  importance. 

C2)  I.cs  Herces  étaient  une  l'ernie  sur  le  territoire  de  Bric-Comte-Robert  située  sur  le  chemin 
de  Périgny.  (^omme  beaucoup  d'autres,  il  nen  reste  rien,  pas  même  le  souvenir.  J'aurai  a  en 
reparler  par  lasnite.  Dans  une  déclaration  des  biensde  l'Hôtel-Pieu,  de  1554.  je  lis  :«  La  maison 
et  ferme  des  Harces.  court,  granges,  étables.  masures,  jardin  et  tout  le  lieu  et  pourpris  ainsi  qu'il 
se  comporte  assis  près  de  Braye  qui  se  consiste  et  contient  deux  arpens  de  terre  ou  environ  » 

(5)  Peut-être  de  simples  bonnets  de  nuit. 

(4)  Peut-être  un  mortier. 


DE    BRIE-COMTE-ROBERT 


417 


iiij  equi.  unuspoulanus,  ij  qua- 
drige, ij  tumbarelli,  iij  rote, 
ij  carruce  bone  cun  harnesiis 
carum,  alie  prave  carruce 


Item,  apud  Herses,  iiij  "*  vaccc, 
ij  genicie  ix  porci,  ij  suas,  vij*'' 
bidentes  ad  lanam  ;  item  circiler 
XX  libras  filii  lini  ad  faciendam 
telam.  Item  circiter  x  libras  ca- 
napis  ad  laborandum. 

In  f^ranchia^  et  orreis  al  celano  : 

Unus  lardus  cum  dimidio.  Cir- 
citer quatuor  sextaria  bladi  fla- 
gellati  pro  seminando  ;  circiter, 
iiij  minas  fabarum,  iiij  ^^  qua- 
drigatas  feni  ;  circiter  x  arpenta 
terrarum  seminatarum  in  blado, 
et  de  feno  pro  equis. 

In  f^ranchia  de  Ilerches 

de  ptrtinenciis  dicte  domus  : 

Circiter,  prout  per  aspeccionem 

gerbarum     potuit   estimari,    iiij 

modia   bladi,  iiij  modia  avene,  ij 

choiselli   (i)  plein  gerbis   vecie, 


huches  et  plusieurs  autres  choses, 
quatre  cuves  à  fouler,  quatre 
baignoires  et  un  caserel  (i),  plu- 
sieurs ruches  d'abeille  (2). 

Quatre  chevaux,  un  poulain, 
deux  chariots  à  quatre  chevaux, 
deux  tomberaux,  quatre  chars, 
deux  voitures  à  quatre  roues 
bonnes  avec  leur  harnaie.  une 
autre  en  mauvais  état. 

HenK  aux  Herses,  quatres  va- 
ches, deux  génisses,  neuf  porcs, 
deux  truies,  cent  quarante  ani- 
maux à  laine;  //em, environ  vingt 
livres  de  fil  de  lin  pour  faire  de 
a  toile.  Item  environ  dix  livres  de 
chanvre  à  travailler. 

DansLi  grange,  dins  les  greniers, 
dans  le  cellier  : 
Un  lard  avec  la  moitié  (d'un 
autre).  Environ  quatre  seiiers 
de  blé  battu  pour  ensemencer  ; 
environ  quatre  mines  de  fève, 
quatre  charretées  de  foin;  environ 
dix  arpents  de  terre  semés  en  blé, 
et  de  foin  pour  les  chevaux. 

Dans  la  grange  de  Herses. 

des  dépendances  de  la  maison  : 

Environ,  et  selon  que  l'on  peut 

l'estimer   à    la   vue   des   gerbes, 

sept  muids  de  blé,  quatre  muids 

d'avoine,  deux  chais  (3)  (?)  pleins 


I)  Jf  propose  Ciserel  pour  traduire  caserius.  \.c  caserel  est  une  forme  en  paille  ou  petite  boite 
en  fer.  percée  de  trous,  pour  faire  égoutter  le  fromage. 

2  Je  n'entrevois  que  cette  explication  qui  n'a,  du  reste,  rien  d'inacceptable  pour  vdsû  minca- 
rum,  dont  la  traduction  littérale  est  vdj«rf<r  mousches. 

?)  On  ignore,  dit  M.  Legrand,  le  sens  précis  de  ce  terme.  Carpentier.  dans  ses  additions  à 
1  )u  ('ange,  cite  à  propos  de  ce  mot  le  texte  du  registre,  duquel  est  extrait  le  présent  procés- 
verbal.et  suppose  qu'il  s'agit  de  quelque  véhicule  (Du  Cangc,  éd.  Didot,  II,  333).  Cette  interpré- 
tation, ajoute  M.  Legrand.  nous  semble  assez  hypothétique. 

Il  semblerait,  à  mon  avis^  qu'il  s'agit  plutôt  ici  de  remises  ou  greniers  et  je  proposerai  le  sens 
«je  chai  chah  (magasin  au  raz  de  terre)  de  caiam,  cayos,  Diez  s'est  demandé  pourquoi  de  ce* 
formes,  le  français  n'aurait  pas  conservé  un  mot  chai  ;  il  existe  mais  en  langage  spécial,  c'est  au 
reste  un  similaire  de  quai. 


27 


4i8 


HISTOIRE   DE   La   VILLE 


ij  alii  pleni  feno  ;  modicumordei. 

V  dolia,  ij  caude  in  basso  cela- 
rio,  iij  caude  in  alto  celario,  viai 
Qovi  ;  item,  in  altéra  cavariafere, 
una  cauda  vint  veteris  ;  in  ipsis 
locis,  ij  caude  vini  renovati,  ij 
dolia  et  très  caude  dispense. 


Res  cappelle  : 
Unus  calix  cum  patena,  aureati, 
de  argento>  ij  missales,  unus  an- 
tiphonarius  notatus,  ij  gradalia 
notata  ;  unus  magnus  breviarius 
notatus,  unus  manuelis  et  pro 
aqua  benedicenda  ;  alius  brevia- 
rius notatus,  quam  attulit  dictus 
magister,  plura  corporalia,  ij  ma- 
gna vestimenta  pro  presbitero, 
iij  superlicia,  ij  custodes,  plures 
reliquie  sanctorum  ignotorum, 
ij  burete,  una  cuppa  cupri  ubi 
requiescit  corpus  Christi,  x 
mappe  pro  altari,  unus  breviarius 
ad  usum  Suessionensem,  unum 
psalterium  optimum,  alius  bre- 
viarius ad  usum  Bisontinum  ; 
aliud  psalterium  antiquum  cum 
commun!  Sanctorum  ;  alius  bre- 
viarius notatus  ad  usum  Pari- 
siensem. 

Domus  sunl   in   bono  statu  et 
edificia  nova  liunt  ibi. 


de  gerbes  de  vesce,  deux  autres 
pleins  de  foin  ;  un  peu  d'orge. 

Cinq  tonneaux,  deux  queues  de 
vin  nouveau  dans  le  cellier  du 
bas  et  trois  dans  celui  du  haut  ; 
item,  dans  un  autre  vaisseau  à 
peu  prôs  une  queue  de  vin  vieux  ; 
dans  les  mêmes  lieux,  deux 
queues  de  vin  nouveau,  deux 
tonneaux  et  trois  queues  de  vin 
mélangé. 

Objets  de  la  chapelle  : 
Un  calice  avec  sa  patène  en 
argent  doré  ;  deux  missels,  un 
antiphonaire  noté,  deux  graduels 
notés,  un  grand  bréviaire  noté, 
un  manuel  pour  bénir  Teau  ;  un 
autre  bréviaire  noté  qui  fut  ap- 
porté par  le  dit  maître  (Pierre 
des  Courtils).  plusieurs  corpo- 
raux,  deux  grands  vêtements  pour 
le  prêtre,  deux  surplis,  deux 
custodes,  plusieurs  reliques  de 
saints  inconnus,  deux  burettes, 
une  coupe  de  cuivre  où  repose  le 
corps  du  Christ,  dix  nappes  d'au- 
tel, un  bréviaire  à  l^usag^e  (du 
diocèse)  de  Soissons,  un  psautier 
excellent,  un  autre  bréviaire  à 
l'usage  (du  diocèse)  de  Besançon  ; 
un  autre  vieux  psautier  avec  le 
commun  des  Saints  ;  un  autre 
bréviaire  noté,  à  l'usage  (du  dio- 
cèse) de  Paris  ;  un  vieux 

Les  bâtiments  sont  en  bon  état 
et  on  en  construit  de  nouveaux. 


(]c  dr)cumcnt  nous  fournit,  pris  sur  le  vif,  Tétat  dans  lequel 
se  trouvait  rH(')tel-l)ieu  à  cette  époque.  Son  mobilier  hospi- 
talier était,  à  ce  qu'il  semble,  aussi  complet  que  possible, 
dans  tous  les  cas  autrement  entretenu  qu'il  ne  le  fut  dans  les 
siècles  postérieurs,  comme  nous  le  verrons  par  la  suite. 
Quantau  domaine  foncier  qui  s'accrut  encore,  son  importance 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT 


419 


n'échappera  à  personne.  Le  fléchissement  de  certains  revenus 
constaté  par  Jean  d'Escoublain,  au  cours  de  son  inspection, 
s'explique  par  Tétat  du  pays,  (i35i)  déjà  éprouvé  par  les 
premiers  malheurs  de  la  guerre  de  Cent  Ans. 

Jean  d'Kscoublain  nous  fournit  aussi  des  renseignements 
précieux  sur  la  léproserie  de  Saint-Lazare  (i),  dont  j'ai  plus 
haut  signalé  l'ancienne  existence (2).  Son  registre  de  visite  con- 
tient sur  cet  établissement  hospitalier  la  description  suivante: 


DOMIS  LEPROSARIE   DE  BrAYA 

Die  secunda  in  sero  et  die  lertia 
mensisoclobris,  fui  ibi.  visitando, 
et  ioveni  fratres  et  sororcs  ut 
inferius  coutinetur. 

Lt  primo,  dominum  Johannem 
Theobaldi.  presbiterum,  provi- 
soremseu  magistrum  dicte domus 
et  non  fratrem,  per  litteras  vica- 
riorum  domini  A(udonei).  tune 
episcopi  Parisiensis,  sub  xvj  die 
octobris  anno  MCCCL 

Item  Girardum  de  Varet  quon- 
dam  clericum,  nuncpresbiterum, 
donatum  et  fratrem  per  litteras 
domini  G.  quondam  Parisiensis 
episcopi,  sub  die  veneris  post 
sanctum  Barnabum  apostolum 
anno  M  CCCXIUI  (3). 

Item  per  litteras  vicariorum 
domini  G.  quondam  Parisiensis 
episcopi  sub  die  veneris  sancta 
anno  M  CGC  XXXIX  Géraldum 
de  Arboretto  fratrem,  nunc  de- 
functum. 

Item  dominum  Johannem  de 
V'iridi  Montanca,  presbiterum. 
absentem  (est  magister  Filiarum 
dei)   fratrem    et    donatum  dicte 


Maison  de  la  Léproserie  de  Brie 

Le  deuxième  jour,  au  soir,  et 
le  troisième  jour  d'octobre,  je 
me  rendis  en  ce  lieu  pour  le 
visiter,  et  j'ai  trouvé  les  frères  et 
sœurs  comme  il  suit  : 

Et,  premièrement,  Jean  Thi- 
baud,  prêtre,  curateur  ou  maître 
de  la  dite  maison  et  non  frère 
(nommé)  par  lettres  de  Audoin, 
alors  évoque  de  Paris,  en  date 
du  seize  octobre  1350. 

//em,  Girard  de  Varet.  précé- 
demment clerc,  maintenant  prê- 
tre, frère  (nommé)  par  le  très  de 
G.  autrefois  évêque  de  Paris,  en 
date  du  vendredi  après  Saint- 
Barnabe,  apôtre  (14  juin^  i3i4« 

//e/n,  Géirald  de  Arbret  frère, 
maintenant  défunt,  (qui  avait  été) 
nommé  par  lettres  des  vicaires 
de  G.  autrefois  évêque  de  Paris, 
en   date  du   vendredi    saint  (14 

'339) ('340  n.  s.) 

//ew,  Jean  de  Vermont,  prêtre 
absent  (il  vient  d'être  nommé 
maître  des  Filles  de  Dieu)  quand 
il  était  présent  frère  et  venu  à  la 


(1)  C'est  aujourd'hui  la  propriété  de  M.  Thibaud. 

(2)  V.  p.  150. 

,3)  En  marge  :  %*  Defunctus  est  ».  Il  est  décédé. 


420 


HISTOIRE   DE   LA   VILLE 


domus,  se  et  xxx  libtas,  per 
itteras  domini  Guillelmi  tune 
episcopi  Parisiensis.  subxviij  die 
septembris  M  CGC  XL  primo. 

Item  et  Petroaillam  dictam 
La  Chèvre,  absentem  ; 

Item  et  Âsselinam  de  Barra, 
absentem  ; 

VMlle  de  prisia  dicte  domus  : 
Brayam  et  Servonem. 


dite  maison  avec  trente  livres, 
nommé  par  lettres  de  Guillaume 
alors  évoque  de  Paris  en  date 
du  treize  septembre  1341. 

Item,  Petronille,  dite  La  Chèvre 
absente. 

Ilem  Âsselinede  Barre,absente 

Ville  de  prise  (i)  de    la  dite 
maison  :  Brie  et  Servoa. 


Immohilia  et  possession  nés  reriim 
immobilitim  ejus  : 

Circiter  xiij"  vj  arpenta  terre, 
quorum  pes  blado  yvernali  xliiij 
arpenta,  pro  marceschiis  Ixiiij  et 
residuum  in  jacheriis  et  variis  ; 
circiter  viij  arpenta  vinearum 
talliatarum  et  unum,  diu  est 
in  frichio,  de  novo  traditum 
ad  faciendum  ;  circiter  sex  arpenta 
pratorum,  xxxvj  arpenta  nemo- 
rum  et  usagium  in  alio  nemore 
quod  dicitur  de  Chevri,  capiendo, 

si  placet  qualibet  ebdomada,  ij 
quadrigatas  sine  vendenda  ;  item 
habet  domui  unam  decimam  in 
territorio  de  Braya  inter  duos 
cheminos,  nune  pro  tribus  annis 
traditam  pro  xiiij  sextariis  bladi 
et  avene. 


Item  redditus  grani  :  super 
matriculariis  de  Combis  unum 
sextarium  bladi  et  unum  sexta- 
rium  avene  ;  apud  Brayam  super 
decimam   Sancti    Victoris  unam 


Immeubles  et  possessions  des  choses 
immobilières  de  la  maison    : 

Environ  cent  soixante-six  ar- 
pents de  terre,  desquels  (il  y  a), 
en  blé  d'hiver,  quarante-quatre 
arpents  en  marais  soixante  trois, 
et  le  reste  en  jachères  ou  diverses 
cultures  ;  environ  huit  arpents  de 
vigne  et  un  arpent  aujourd'hui  en 
friche  mais  qui  va  incessamment 
être  remis  en  travail  ;  envi- 
ron six  arpens  de  prés,  trente 
sept  arpents  de  bois  et  un  droit 
d'usage  dans  un  autre  bois  qui 
est  dit  de  Chevry,  où  l'en  peut 
prendre  à  son  gré,  chaque  se- 
maine, quatre  charretées,  sans 
pouvoir  les  vendre  ;  item  la  mai- 
son possède  une  dime  dans  le 
territoire  de  Brie  entre  deux  che- 
mins, et  qui  est  engagée  pour 
trois  ans  pour  quatorze  setiers 
de  blé  et  d'avoine. 

Item  les  revenus  en  grain  (de  la 
maison)  :  sur  les  marguilhers  de 
Combes,  (2)  un  setier  de  blé  et  un 
d'avoine  ;  auprès  de  Brie,  sur  la 
dîme    de    Saint-Victor    (3)     une 


(I)  O  qui  veut  dire  que  Servon,  village  voisin  de  Brie-Comte-Robert,  était  compris  dans  la 
prise  ou  circonscription  de  la  léproserie  de  cette  dernière  localité. 
^2>  ('ombs-Ia-Ville,  à  5  kil.  de  Brie-Comte-Robert. 
\'i.  li  Villeinencux. 


bË   BRIÊ-dOMtÊ-I^ÔBËRr 


411 


minam  bladi,  aliam  avene  ;  et 
super  decimam  abbatie  de  Jardo 
in  Braya  unum  sextarium  bladi 
et  UDum  avene. 

Redditus  in  pecunia  a  pluribus 
personis  in  festo  Sancli  Remigii 
in  ipsamet  domo  afferendi  :  viij  s 
iiij  d.  minuti  censuset  oblaciones 
cappelle,  modicum  modo  valent. 


Res  cappelle  : 
Quidam  calix  cum  patena  de 
argento  albo,  unus  missalis  no- 
tatus.  unum  gradale  et  unus  pro- 
sarius  notati,  unus  brevianus  de 
Sanctis,  sine  nota,  antiquus.  Alius 
de  minuta  littera  cum  nota  faciens 
médium  tempus,  scilicet  a  Trini- 
tate  usque  ad  Adventum,  cum 
communi  Sanctorum.  Quidam 
antiquus  notatus  antiphonarius, 
unum  psalterium  feriale  cum 
ymnis,  plura  corporalia,  una 
pixidis  de  ebore,  iij  paria  vesti- 
mentorum  pro  sacerdote  furnita, 
et  una  antiqua  casula,  iij  super- 
licia  et  una  almucia,  xv  mappe 
pro  altari,  una  curtina,  ij  custodes 
prave,  duo  auricularia  pro  altari, 
reliquie  Sancti  Fiacri  in  uno  vase 
et  alie  res,  vas  cupri  fractum  pro 
aqua  benedicta. 

Mrbilia  dicte  domus  : 
Quatuor   equi    cum    hernesio 
toto  eorum,  ij  quadrige  et  unus 
tumberellus,  cum  iiij  ^^  rôtis  fer- 


mine  de  blé  et  une  d'avoine  ;  et 
sur  la  dîme  de  l'abbaye  du  Jard 
en  Brie  (  i  ),  un  setier  de  blé  et  un 
d'avoine. 

Revenus  en  espèces  dûs  par 
plusieurs  personnes  qui  doivent 
les  porter  à  la  maison  même,  à  la 
fête  de  Saint-Remy  :  huit  sols 
quatre  deniers  de  menus  cens  et 
les  offrandes  de  la  chapelle; 
seulement  elles  valent  peu  de 
choses. 

Ohjeis  de  la  chapelle  : 
Un  calice  avec  sa  patène  d'ar- 
gent blanc,  un  missel  noté,  un 
graduel  avec  les  proses  notés,  un 
bréviaire  des  Saints,  sans  notes 
et  vieux.  Un  autre  d'une  écriture 
fine,  avec  notes,  pour  le  temps 
moyen,  c'est-à-dire  depuis  la  Tri- 
nité jusqu'à  l'Avent,  avec  le  com- 
mun des  Saints.  Un  antiphonaire 
ancien,  noté,  un  psautier  pour  les 
jours  fériés  avec  les  hymnes, 
plusieurs  corporaux,  un  bassin 
d'ivoire,  trois  paires  de  vêtements 
pour  le  service  divin,  et  une 
vieille  chasuble,  trois  surplis  et 
une  aumusse,  quinze  nappes  d'au- 
tel, une  courtine,  deux  custodes 
en  mauvais  état,  deux  coussins 
pour  l'autel,  des  reliques  de  Saint 
Fiacre  dans  un  reliquaire  et  d'au- 
tres choses,  un  vase  de  cuivre, 
fêlé,  pour  l'eau  bénite. 

(Mobilier  de  la  d-te  maison  : 

Quatre  chevaux  avec  leur  har- 
nais complet,  deux  chars  et  un 
tombereau  à  quatre  roues  ferrées, 


(i)  Le  Jard.  ancien  château  des  Capétiens,  où  Philippe-Auguste,  d'après  quelques  historiens, 
serait  né  ;  transformé  en  abbaye  royale  par  la  veuve  de  Louis  VII,  le  Jeune,  (tctc  du  comte 
Robert,  de  Dreux,  seigneur  de  Brie.  Aujourd'hui  château  moderne  appartenant  à  M»*  Renard. 
(Commune  de  Voisenon,  cant,  nord  de  Melun). 


422 


rilSTÔIRÈ   DE   LÀ   VILLK 


ratis,  iij  carrucis  munitis.  iij  vace, 
une  genicia  et  unus  tauiellus, 
XXX  porci,  ix^'^x  bidentesad  lanam 
et  volatilia  ;  item  xvj  culcitre, 
xiiij  pulvinaria,  ij  auricularia,  vj 
tapeti  de  lana,  iij  culcitre  picte, 
una  sargia,  xl  lintheamina  quo- 
rum major  pars  prava,  ij  operate, 
ix  alie  plane,  tam  bone  quam 
prave,  mappe,  x  manutergie  ; 
item  xij  poti,  vj  plati,  xxij  magne, 
xij  parve  scutelledestanno,  unus 
pelvis,  una  calfoeria,  unum  lava- 
torium  de  cupro,  ij  cacabi,  ij 
calderie,  vj  poti  cuprei.  iiij  co- 
clearia  argenti,  iij  tripedes  una 
craticula,  una  magrra  ad  frean- 
dum,  iij  alie  patelle  eris,  ij  cani- 
culi  de  ferro,  iiij  ^""candelabra  de 
cupro. 


Item,  iiij  ^^  cuppe  ad  foulen- 
dum,  ij  parve  et  ij  balnerie  ad 
trahendum  vinum,  iij  tonne  pro 
vino  ponendo,  unus  larderius, 
plures  tabule,  formule,  huchieet 
coflri. 

ix  caude  vini  novi,  aliud  vêtus 
vinum  et  una  tonna  plena  dis- 
pense. Circiter  unum  modium 
grani  bladi  flagellati,  et  unum 
modium  in  xvj  arpentis  terre  sé- 
minale :  item  et  ab  augusto  in 
comedendo  et  in  vendendo  cir- 
citer ij  modia  et  v  sextaria  ex- 
pcnsa. 


trois  chars  couverts,  trois  vaches, 
une  génisse  et  un  taureau,  trois 
porcs,  cen'  quatre-vingt-dix  b6tes 
à  laine  et  des  volatiles  ;  item 
seize  couches,  quatorze  matelas, 
deux  oreillers,  six  tapis  de  laine, 
quatre  couches  peintes, une  serge, 
quaran*e  draps  de  lit  dont  la 
plus  grande  partie  est  en  mauvais 
état,  deux  nappes  ouvrées,  neuf 
autres  unies,  les  unes  bonnes,  les 
autres  mauvaises,  dix  serviettes  ; 
item  douze  pots,  six  plats,  vingt- 
deux  grandes  et  douze  petites 
écuelles  d'étain,  une  pelle,  un 
chauffoir,  un  bassin  à  laver  en 
cuivre,  deux  marmites,  deux 
chaudrons,  six  pots  de  cuivre, 
quatre  cuillères  d*argeat,  trois 
trépieds,  un  gril,  un  grand  (bas- 
sin) pour  broyer,  deux  autres 
d'airain,  deux  chandeliers  de  fer, 
quatre  candélabres  de  cuivre. 

Item  quatre  bassins  à  fouler, 
deux  petites  et  deux  pour  tirer  le 
vin,  trois  tonneaux  pour  contenir 
le  vin,  un  lardier  (saloir),  plu- 
sieurs tables,  cadres,  huches  et 
coffres . 

Neuf  queues  de  vin  nouveau, 
une  autre  de  vin  vieux  et  une 
tonne  pleine  de  vin  mélangé. 
Environ  un  muid  de  blé  en  grain 
battu  et  un  muid  semé  en  seize 
arpents  de  terre  (  i  )  ;  i/em, depuis  le 
mois  d'août,  deux  muids  et  deux 
setiers  de  blé  environ  consommés 
dans  la  maison  ou  vendus. 


In  orafichîJs,  in  gerbis  :  Dans  les  granges,  en  gerbes: 

Circiter  X  modia  bladi,  X  modia  Environ  dix    muids  de  blé  et 


M;  Le  muid  de  Paris  valait  1875  litres,  pour  le  blé,  on  sème,  aujourd'hui,  de  100,  à  I2Ç  litres 
par  arpent,  ce  qui,  pour  seize  arpents,  donne,  respectivement,  ou  1600,  ou  2000  litres.  On  voit 
qu'il  n'egt  rien  de  changé  dans  les  ensemencements  du  blé. 


bE   BRIÊ-COMTÈ-ROBERT  42^ 

avene,  iij  sextaria  ordei,  modi-  dix  muids  d'avoine  ;  trois  setiers 
cum  fabarum  pro  vivere  suo,  de  d'orge,  quelque  peu  de  fèves 
vecia  pro  equis.  pour  la  consommation  courante 

et  autant  de  vesces  pour  les  che- 
vaux. 
Domussunt  in  satis  bono  statu.  Les  bâtiments  sont  en    assez 

exceptis  aliquibus  indigentibus  bon  état,  excepté  quelques  toitu- 
cooperturis  et  magna  parle  cap-  res  qui  ont  besoin  de  réparations 
pelle  que  corruit.  et  une  grande  partie  de  la  chap- 

pelle  qui  tombe  en  ruines. 

La  dernière  phrase  de  ce  procès-verbal  de  visite  indique 
suffisamment  Tancienneté  des  bâtiments  et  est  une  nouvelle 
preuve  de  ce  que  j'ai  avancé  plus  haut  à  ce  sujet.  On  voit,  en 
même  temps  que  la  mesure  prise  en  1201  —  et  dont  j'ai 
parlé  —  qui  centralisait  à  Melun  et  à  Corbeil  les  lépreux  des 
maladreries  instituées  dans  ces  châtellenies  et  particulière- 
ment de  Brie-Comte-Robert  (i),  avait  certainement  été  rap- 
portée, au  moins  en  ce  qui  concernait  Brie.  Peut-être,  lorsque 
Brie-Comte-Robert  fut  érigée  en  châtellenie,  à  la  fin  du  i3* 
siècle  ou  au  commencement  du  14*,  sa  léproserie  fut-elle 
admise  à  recevoir  de  nouveau  des  malades.  Quoiqu'il  en  soit, 
elle  fonctionnait  lorsque  Jean  de  Villescoublain  visita  l'éta- 
blissement en  i3bi,  et  elle  devait  être  en  exercice  depuis  un 
certain  nombre  d'années  puisque  on  y  trouve  des  objets 
mobiliers,  tels  par  exemple,  que  les  draps  de  lit  ou  des 
nappes  pour  la  plupart  en  mauvais  état. 

Ce  document,  si  intéressant  qu'il  soit  au  sujet  du  mobilier 
garnissant  la  léproserie  ou  des  immeubles  qui  en  font  la 
richesse,  n'est  heureusement  pas  le  seul  qui  nous  soit 
parvenu.  Il  en  est  d'autres  et  particulièrement  celui  dont  j'ai 
donné  les  premières  lignes  (2)  qui  nous  fournit  sur  la  mala- 
drerie  du  14''  siècle  des  détails  topographiques  précieux  à 
recueillir,  d'autant  que  la  disposition  des  bâtiments  a  singu- 
lièrement changé  depuis.  Je  crois  nécessaire  de  reproduire 
ici,  en  son  entier,  cette  pièce  qui  est  datée  du  24  juillet  i3g4. 


(1)  A  cette   époque,  ainsi  que  je  l'ai  déjà  expliqué,   Bric  faisait  partie  de  la  châtellenie  de 
Corbeil. 

(2)  V.  p.  150. 


4M 


Histoire  de  la  ville 


Cum  habitantes  ville  de  braya 
comitis  roberti,  ac  matricularii 
ecclesie  sancti  stephani  ejusdem 
ville  nobis  exponi  fecissent  quod 
licet  per  habitantes  ville  pre- 
dicte  dudum  domus  leprosarie 
prope  et  extradictam  villam  exis- 
lens  pro  recipiendis  ibidem  illis 
dedicta  villa,  vel  ipsiussuburbiis, 
qui  morbo  lèpre  forent  infecti 
fundata  et  per  ipsos  competenii- 
bus  edificiispro  dictis  intirmis  ac 
magistro  et  administratore  do- 
mus predicte  sépara  tisabinvicem, 
sub  uno  tamen  circuitoseu  pour- 
prisio  facta  et  constructa  fuerit 
sic  quod  non  sani  a  sanis  et  eorum 
societate  ommino  commorari  po- 
terant  atque  possunt  in  eadcm 
separatim  competenter  et  secrète. 


Et  in  eodcm  statu  permanserit 
predicta  domus,  a  dicte  fundacio- 
nistempore,absquehocquod  raa- 
giste»-  seu  administrator  ejusdem, 
gente^,  equos  vel  alia  animalia 
in  eadem  hospitare,  ant  in  do- 
mum  sive  habitationem  intirmo- 
rum,  queclausa  remanere  débet, 
aperturam  fecere,  quominus  edi- 
ficia  ad  mansionem  dictorum 
intîrmorum  pertinentia,  curtis 
et  orti  et  eorum  omnino  sepa- 
rati  remaneant  a  dicti  magistri 
seu  administratori  et  serviiojum 
suorum  ac  familiarium  habita- 
tione  tencatur  que  sapradictc 
domus  gubernator,  editicia  et 
clausuras  ejusdem  in  statu  an- 
tiquo  tenere  et  ea  reparare  ac 
sufficenter  susiinere  dum   casus 


Les  habitants  de  la  ville  de 
Brie-Comte  Robert  et  les  mar- 
guilliers  de  l'église  Saint  Etienne 
de  la  ville  nous  ont  fait  exposer 
qu'il  existe, depuis  fort  longtemps, 
près  et  en  dehors  de  la  dite  ville, 
une  maison  de  léproserie  fondée 
par  les  habitants,  et  de  leur 
consentement,  pour  recevoir  ceux 
qui,  soit  de  la  dite  ville,  soit  des 
lieux  environnants,  seraient  infec- 
tés de  lépre  ;  que  cette  maison 
fut  élevée  et  construite  par  leurs 
soins  et  composée  de  bâtiments 
appropriés  au  logement  des  dits 
malades  et  de  l'administrateur 
et  maître  de  la  dite  maison, 
séparés  les  uns  des  autres  mais 
réunis  dans  une  seule  enceinte. 
ou  pourpris  de  telle  façon,  que 
les  malades  tout  en  demeurant  à 
côté  des  personnes  saines,  sous 
le  même  toit,  en  fussent  convena- 
blement isolés. 

La  dite  maison  était  demeurée 
dans  le  même  état  depuis  sa 
fondation.  Mais  voilà  que  Jean 
de  Paicn.  soit  qu'il  fut  maître  et 
administrateur,  soit  qu  il  agit 
pour  le  maître  et  l'administrateur 
de  la  maison,  soit  son  fermier. 
soit  son  admodiateur  tant  pour 
la  maison  ou  les  édifices  réservés 
aux  malades  depuis  l'origine  de 
la  maison»  tant  pour  la  portion 
de  limmeublc  qui  en  est  séparée, 
a  voulu  loger  dans  la  maison  des 
étrangers,  des  chevauxet  d'autres 
animaux  ;  il  a  fait  faire  une  ou- 
verture dans  la  maison  ou  hôtei 
des  malades,  portion  qui  devait 
rester  clôturée,  et  ainsi  la  de- 
meure des  dits  malades,  leur 
cour,    leurs   jardins  ne  sont  plus 


bË  BRIÈ-dOMtE-ROBERT 


42i 


exigit.  absque  forme  antique 
ipsius  imminutione,  hiis  tamen 
non  obstantibusjohannes  Pagani 
pro  magistro  et  dicte  domus 
administratore  se  gerens,  aut 
cjus  lirmarius,  vel  amodiatorpro 
ipsa  edilicia  et  habitationem 
domus  predicte  prodictisinfirmis 
ab  olim  ordinata,  sive  disposata 
pro  parte  rescindi  fecerat  ;  ac 
quandanm  mulierem  infirmam 
ibidem  existentem  strute  in  mo- 
dica  portione  antiqui  edificii, 
quam  pro  caméra  sibi  ordinave- 
rat  ;  posuerateandem  et  reliquam 
partem  in  stabulis  equorum  et 
animalium  que  in  dicta  domo, 
per  modum  hospitalarie  ac 
etiam  omnes  transeuntes  tan- 
quam  in  hospicio  publico  et 
taverna,  tam  de  die  quam  de 
nocte,  contra  ordinacionem  fun- 
dacionis  dicte  domus,  recipie- 
bantur  indistinte,  disposuerat. 


Et  insuper  quamvis  infîrmi 
commorantes  in  domo  predicta 
et  separatim  ab  omni  tempore 
manere  consuevissent,  dictus 
lamen  Pagani  aut  ejus  fîrmarius 
predictus,  clausuram  et  muros 
jardini  dictorum  infîrmorum 
dirui  fecerat  et  unam  aperturam 
atque  porta  a  parte  camporum 
ad  oppositum  principalis  domus 
fieri  per  modum  predictorum 
infirmorum  transeundo. 


complètement  séparés  de  Thabi- 
tation  du  maître  ou  administra- 
teur,   de   ses   serviteurs   ou  des 
gens   de    sa  famille.  De  plus,  le 
gouverneur   de   la    maison  était 
tenu   de    maintenir    dans   Tétat 
ancien   les   bâtiments  et  les  clô- 
tures de  la  maison,  de  les   répa- 
rer   et   de    les  entretenir   d'une 
façon  convenable  quand  les  cir- 
constances   l'exigeaient  à  moins 
que  l'état  de  ruine  de  ceux-ci  n'y 
fit  obstacle.  Or,  Jean    de   Païen 
ayante  loger  une  femme  infirme, 
depuis     longtemps    hospitalisée 
dans  la  maison.  Ta  reléguée  dans 
un   réduit   du    plus  ancien  bâti- 
ment  qu'il    lui    h  donné  comme 
chambre  ;  il  a  disposé  le  restant 
du  bâtiment  réservé  autrefois  à 
rhospitalisation   en   écurie  pour 
les  chevaux  et  autres  animaux  et  il 
reçoit  tous  les  voyageurs  sans  dis- 
tinction, comme  si  la  maladrerie 
était  une   auberge  ou  une  taver- 
ne, logeant  tant  à  la  nuit  qu'à  la 
journée,  le  tout  contre  la   pensée 
et    le   but   des   fondateurs  de  la 
maison . 

En  outre,  quoique  les  malades 
aient,  de  temps  immémorial,  été 
logés  dans  la  dite  maison  mais 
séparément,  le  dit  de  Paien,  ce- 
pendant, ou  son  fermier  susdit  a 
fait  détruire  la  clôture  et  les 
murs  du  jardin  des  dits  malades 
et  a  fait  faire  une  porte  du  côté 
des  champs  à  Topposé  de  la  porte 
principale  de  la  maison,  trans- 
gressant ainsi  les  précautions 
prises  pour  les  dits  malades. 


Quiaymofructus  et  emolimenta  Bien  plus,  appliquant  à  son  uti- 

dicti    loci   sibi   et   ad  suam  uti-      lité  personnelle,    les   revenus  et 


I 


426 


HiSTomÈ  DE  La  Ville 


lilatem  aplicando  dicte  domus 
edificia  et  clausuras  ruiinosas 
devenire  permittebat.  adeoquod 
plures  imminebant  necessarie  ré- 
parations faciende  in  magnum 
dictorum  exponentium  atque 
etiam  domus  sepedicta  prejudi- 
cium  atque  damnum  ut  dicebant 

Etobhoc  certas  a  nobis  litleras 
sub  predictorum  narratione  pri- 
mo servienti  nostro  super  hoc 
requisito  directas  obtinissent  per 
quas  intercetera  dicto  Johanni 
Pagani  precipi  mandabatur  et 
injungi  quatinus  dictam  domum 
et  antiqua  ejus  edificia  pro  dictis 
ut  pcrmittitur  infirmis  ordinata 
ac  etiam  habitationcmcorumdem 
in  pristinum  et  antiquum  statum 
reponeret  aut  faceret  reponi  per- 
mittendo  infirmos  de  ipsis  uti 
et  gaudere.  et  a  premissisomnino 
cessando  abque  desistando  ad  id 
que  per  suorum  bonorum  deten- 
tionem  etomnibus  aliisviislicitus 
compelleretur. 

Quorum  exemtioni  predictus 
Johannes  se  opposuerat,  qua 
propter  eidem  dies  coram  piC- 
posito  parisiensi  juxla  dictarum 
litterarum  seriemet  tenorem  pre- 
dictis  habitantibus  et  mairicu- 
lariis  super  premissis  responsuro 
et  alias,  ut  foret  rationis  procès- 
suro,  extiterat  assignata,  et  deinde 
ad  requestam  dilecti  et  fidelis 
consiliarii  nostri  episcopi  pari- 
siensis,  cum  dicto  Johanne  ad- 
jungere  volentis,  ut  dicebat.  causa 
predicta  ad  uostram  parlamenti 
curiam  fuerai  devoluta. 

Constitutis  igitur  in  eadem 
curia  nostra  partibus  supradictis 


émoluments  du  dit  lieu,  il  a  laissé 
les  bâtiments  et  clôtures  de  la 
dite  maison  tomber  en  ruines,  i 
ce  point  que  beaucoup  exigent 
d'urgentes  réparations,  et  ce  au 
grand  préjudice  et  dommage 
des  exposants  (les  habitants)  et 
de  la  dite  maison,  comme  ils  ont 
dit. 

Et  pour  cela,  sur  leur  exposé, 
les  susdits  préopinants  avaient 
obtenu  de  notre  premier  officier, 
sur  ce  requis,  certaines  lettres  par 
lesquelles,  entre  autres  choses, 
il  était  ordonné  et  enjoint  à  Jean 
de  Païen  précité,  puisque  la  dite 
maison  et  ses  anciens  bâtiments 
avaient  été  disposés  pour  les 
dits  malades,  de  remettre  ou  de 
faire  remettre  le  tout  dans  son 
précédent  et  ancien  état  afin  de 
permettre  aux  malades  d'en  user 
et  d'en  jouir,  et, débouté  complè- 
tement, le  dit  (Jean  de  Païen) 
serait  contraint  par  la  saisie  de 
ses  biens  et  par  toutes  autres  voies 
de  droit. 

Le  dit  Jean  fît  opposition  à 
cette  décision  parce  que  le  même 
jour  il  avait  assigné  les  habi- 
tants et  marguilliers  susdits  pour 
répondre  devant  le  prévôt  de 
Paris  au  sujet  du  contenu  de 
leur  demande  et  d'ailleurs  que  le 
différend  ressortissait  de  cette 
juridiction  ;  ensuite  à  la  requête 
de  notre  cher  et  fidèle  conseiller, 
lévéque  de  Paris,  qui  demandait 
de  joindre  sa  cause  à  celle  du  dit 
Jean,  comme  il  a  dit;  le  différend 
susdit  fut  porté  devant  la  cour  de 
notre  parlement. 

Les  parties  ont  été,  en  consé" 
quence,  convoquées  devant  notre 


DE    6RIÈ-C0MTE-R0BÈRT 


427 


premissis  que   per   dictos  habi- 
tantes et  matricularios  ad  factum 
reducere      ultçrius      proponebat 
quod    supradictus    firmarius  per 
dictum   Johanûem   ad   guberna- 
tionem  dicte  domus  commissus 
vir  erat  inhoneste  vite   et    maie 
famatus,    quia    patria   unde  erat 
oriundus     propter     suspicionem 
cujusdam     homicidii     recesserat 
ac  nullum  in  capella  dicte  domus 
servicium  divinum  fieri  faciebat, 
dormitorium  que  infirmorum  in 
stabulum     converterat     et    licet 
ab    antiquo    super    porta  domus 
signum  Lazariextitisset.  illud  re- 
moverat,et  signum  Crescentis  ac 
circulum  taberne  ponifecerat  nec 
non  quandam   mulierem  morbo 
lèpre  infectam  ob   defFectum  ne- 
cessaiiorum  perire  et  mori  per^ 
misserat  et  in  tali  statu  posuerat 
domum  predictam  quod  quidam 
infirmus,  morbo  predicto  de  villa 
oriundus  in  ea  recepi  non  poteant, 
nec   suam   prout  debebat,   inibi 
mansionem  habere. 


Quare  premissis  attentis,  litte- 
ris  nostris  predictis  obtempe- 
rando,  predictum  Johannem 
Pagani  domum  supradictam  in 
stati:  suo  antiquo  reponcre  debere 
dici  et  pronuntiari  atque  ad  id 
faciendum  pro  infîrmorumibidem 
recipiendorum  sustentationne 
cessandum  que  a  premissis  con- 
dempnari  et  compelli,  et  quod  in 
eorum  expensis  coadempnaretur 
supradicii  habitantes  et  matricu- 
larii  petebant  ac  etiam  conclu- 
debant. 


cour.     Aux  faits   ci-dessus,     les 
habitants  et  les  marguilliers  (de 
Brie)  ajoutèrent   que   le  fermier, 
dont  il  est  question   plus   haut, 
commis  par  le  dit  Jean  (de  Païen) 
au    gouvernement    de     la     dite 
maison  était  un  homme  mal  famé, 
menant  une  vie  malhonnête,  qui 
s'était  enfui  de  son  pays    natal 
parce  qu'il   était  soupçonné  d'un 
meurtre  ;  et  qu*il  ne  faisait  faire 
aucun  service  divin  dans  la  cha- 
pelle  de  la    dite   maison  ;    qu'il 
avait  converti  le  dortoir  des  ma- 
lades en   étable,    et    qu'il    avait 
enlevé  l'enseigne  de  Lazare  placé 
de  toute  antiquité,  suivjnt  l'avis 
commun,  au-dessus  de  la  porte 
d'entrée  de  la  dite  maison  pour  y 
substituer  l'enseigne  du  Croissant 
et  y  apposer  le  cercle  signe  d'une 
taverne  ;  qu  il  avait  laissé  dépérir 
et  mourir  une  femme,  infectée  de 
la  lèpre,  par  manque  des  choses 
nécessaires  ;  qu'il   laissait    enfin 
la  dite  maison  dans   un   tel   état 
qu'un  malade,  atteint  de  la  lèpre, 
natif  de  la  ville,  n'avait  pu  y  être 
admis,  et  ne  pouvait  y  trouver  le 
refuge  qui  lui  était  dû. 

C'est  pourquoi  et,  attendu  les 
choses  susdites,  se  basant  sur 
nos  précédentes  dites  lettres,  les 
dits  habitants  et  marguilliers  (de 
Brie)  demandaient,  en  forme  de 
conclusion,  que  le  dit  Jean  de 
Païen  fut  obligé  et  qu'il  lui  fut 
enjoint  de  remettre  la  dite  maison 
dans  son  état  primitif,  qu'il  fut 
condamné  et  contraint  de  rece- 
voii  les  malades  et  d'assurer  leur 
alimentation  et  condamné  à  tous 
les  dépens. 


428 


HISTOIRE   DE  LA  ViLLË 


Cumque  predictus  consiliarius 
noster  episcopus  parisiensis  qui 
prediclum     Johannem   ad    dicte 
domusadministrationem  pereum 
commissum    boni    et    ydoneum 
fore     administratorem    beneque 
régisse   dictam   domum    et  eam 
reparasse,  atque  servicium   divi- 
num,  quod  ibi  fieri    non  solebat, 
multaque  ad  ipsius  domus  utili- 
catem  fecisse  et  fieri    percurasse 
per  tempus  quo  supra  locum  re- 
manserat,    et    postea    quemdam 
fîrmarium  et  ejus  uxorem  qui  se 
et  sua  dicte  domui   dedecunt,  et 
qui    boni    erant    laboratores    et 
agricole,  posuerat  diligentissime 
domui    utilitatem  facientes,    ab- 
sente dicto  Johanne  Pagani,  pio- 
ponebat  ;  inter  certa  cause  pre- 
dicte  cognitionem  ad  eum  perti- 
nere  sibi  et  coram  eo  remitti,  ac 
sic  fieri  debere  petiissct  pluribus 
per   eum    super    hoc  racionibus 
allegatis. 

Et  ex  adverso,  carissimus  ger- 
manus   noster  locum    predictum 
sub   sua    juridictione  situm  fore 
dictum    que    Johannem    agaPni 
suum  subditum   et  ejus  familia- 
rem  atque  purum  laicum  nullum 
que  de  correctione  morum  suo- 
rum  sed  solum  de  loci  reparacione 
moveriquestionem,  remissionem 
predictam      pluribus     causis     et 
racionibus  in  contrarium  propo- 
sitis   sibi    fiendam   et   non  dicto 
consiiiarionostro  proponi  fecisset 
ipsis  que  et  dictis  habitantibus 
super    hoc     auditis    per    dictam 
curiam  nostram  ordinatum  fuisset 
quod    absque    prejudicio    cujus- 
cumque     per    manum     nostram 
tanquam  superiorem. 


L'évoque   de  Paris    notre  sus- 
dit    conseiller,     soutenait,  ledit 
Jean  de  Païen  étant  absent,  que 
le   dit  Jean  (de  Païen)  placé  par 
lui   à  la  tète  de  fadministration 
de   la   dite  maison   était  réputé 
homme  de  bien  et  administrateur 
idoine  ;  qu'il  la  régissait  fort  bien; 
qu'il  y  avait  fait  des  réparations; 
que,  quand    au  service  divin,  on 
n'avait  pas  1  habitude  de  le  célé- 
brer et  que  du  temps  cù  il   habi- 
tait lui-même  la  dite  maison,  il 
avait  exécuté  ou  veillé  à  l'exécu- 
tion de  nombre  de  choses   utiles 
à   la   dite   maison  ;    après  lui,  il 
avait  établi  un  fermier  et  sa  fem- 
me  qui     déconsidèrent    la    dite 
maison    mais  qui    sont  des  tra- 
vailleurs et   de  bons  laboureurs 
étant   par   leur  travail  utiles  à  la 
maison  ;  l'évéque  demandait  que 
la    connaissance  de   cette  cause 
lui  fut  déférée  et  que  le  différend 
devait   être     évoqué    devant  lui 
pour  les  raisons  indiquées. 

Et,  au  contraire,  notre  très 
cher  frère,  arguant  que  le  lieu 
susdit  est  soumis  à  sa  juridiction, 
que  le  dit  Jean  de  Païen  est  son 
sujet  et  serviteur,  qu'il  est  laïque, 
qu'il  n'est  nullement  question  de 
la  correction  de  ses  mœurs  mais 
uniquement  des  réparations  à 
exécuter  au  dit  lieu,  soutenait 
que  l'affaire  devait  lui  être  ren- 
voyée et  non  pas  évoquée  devant 
notre  conseiller,  mais  qu'il  était 
préférable,  les  habitants  et  plai- 
gnants entendus  à  ce  sujet,  qu'elle 
fut  jugée  par  notre  cour  eomme 
ayant  une  autorité  supérieure. 


DE  BRIË-COMTE-ROBER 


429 


Certi  commissaiii,  a  predicta 
curia  nostra  deputati  habitantibus 
et  matriculariis  prediclis  vocatis 
et  etiam  dicto  Johanne  Pagani 
domum  et  leprosariam  supra 
dictam  atque  terras,  vineas  et 
labores  ad  eam  pertinentes  visi- 
tèrent seu  visitari  facerent  et  de 
regimine  dicti  Johannis  ac  ejus 
administracione  ipsi'jsque  negli- 
gencia  seu  deffectibus  in  dicto 
regimine  se  informarent,  qua 
informatione  facta  et  eidem  curie 
nostre  reportata  jus  fieret  presen- 
tibus  antedictis,  aut  alias  per 
eandem  curiam  ordinaretur  ut 
esset  racionis. 

Predictus  Johannes  qui  tempore 
dicti  appunctamenti  absenserat, 
informacionem  etiam  super  de- 
fencionibus  suis  per  eum  in 
scriptis  pênes  dictos  commissa- 
riostrjtdendis  fieri  petiisset,  per 
quasinter  cetera  proponebatquod 
dicte  domuis  sive  leprosarie  col- 
latio  ad  prefetum  consiliarium 
nostrum,  ac  etiam  in  guberna- 
torem  ponere  vel  administrato- 
rem  pertinebat  et  quod  ipse  Jo- 
hannes erat  homo  bone  fama  et 
conversationis  honeste,  bonique 
regirainis,  de  quibus  débite  prc- 
libatis  consiliarius  noster  infor- 
matus  eundem  Johannem  ad  regi- 
men  et  administracionem  dicte 
leprosarie  cujus  domus  et  edi- 
liciapromajoriparteerant  ruinosa 
et  inhabitilia  etprœsertimcapella 
in  qua  nullus  audebat  inhabitare 
ac  etiam  grangia  que  penitus  erat 
demolita,  atque  colombarium  et 
stabula  necnon  hospicium  seu 
domus  de  Bordis  ad  eandem  per- 
tinens   ad    maximam   et   tantam 


Certains  commissaires  dési- 
gnés par  notre  cour  susdite,  après 
avoir  convoqué  les  habitants  et 
marguilliers  susdits,  ainsi  que  le 
dit  Jean  de  Païen,  visitèrent  ou 
firent  visiter  la  maison  et  la  lépro- 
serie dessus  dite  les  terres, 
vignes  et  labou '•s  et  procédèrent 
à  une  enquête  sur  la  direction  et 
l'administration  du  dit  Jean  et 
sur  sa  négligence  ou  les  manque- 
ments dans  sa  direction  ;  cette 
enquête  terminée,  rapport  en  fut 
fait  à  notre  cour  afin  qu'il  fut  fait 
droit  entre  les  parties  présentes 
et  qu'il  en  fut  ordonné  par  la 
même  cour  comme  de  raison. 

Le  dit  Jean,  qui  à  l'époque  du 
précédent  appointement  était  ab- 
sent, demandait  sur  la  dite  infor- 
mation de  présenter,  à  la  conve- 
nance des  dits  commissaires,  ses 
moyens  de  défense.  Il  y  soutenait 
entre  autres  choses  que  la  colla- 
tion de  la  dite  maison  ou  lépro- 
serie dépendait  de  notre  conseil- 
ler sus  indiqué  (Tévêque)  auquel 
il  appartenait  de  nommer  un 
gouverneur  ou  un  administra- 
teur ;  que  lui,  Jean,  était  un 
homme  jouissant  d'une  bonne 
réputation,  de  relations  honnêtes, 
et  d'une  bonne  conduite  ;  que  sur 
ces  points  rapidement  indiqués, 
notre  conseiller  (l'évèque), suffi- 
samment et  dûment  informé, avait 
confié  à  ce  même  Jean  la  direc- 
tion et  l'administration  de  la  dite 
léproserie  ;  que  l'hôtel  et  bâti- 
ments de  celle  ci  étaient,  pour  la 
majeure  partie  en  ruine  et  inha- 
bitables, particulièrement  la  cha 
pelle  dans  laquelle  personne 
n'osait  pénétrer  et  se  tenir  ;  que 


43o 


HISTOIRE  DE   LA  VILLE 


^éventant  ruynam  quod  penitus 
erant  inutiles  et  quod  aliquis  in 
ipsis  non  audebat  conversari, 
constiluerat  et  ordinaverat. 


Quodque  vineeetarrables  terre 
que  magnis  sunt  reddilibus  one- 
rate  eo  tempore  quo  fuerat  ad 
dictum  regimen  assumptus  fue- 
rant  et  remanseranl  inculte,  pre- 
fate  que  domus.  ustensilia  atque 
capelle  ornamenta  pluribus  ven- 
dita  dissipata  et  pignori  iradita, 
ac  eandem  domum  diversis  obli 
gatamcrediloribus  ultra  summam 
nonaginta  librarum  parisiensium 
repererat,  ac  etiam  jardinorum 
muros  pro  maxima  parte  cor- 
ruisse  unde  dicta  leprosarie  do- 
mus quasi  penitus  destructa  erat 
et  desolata,  que  omnia  cum  ma- 
gnis sumplibus  et  laboribus  atque 
cameram  novam  pro  hahilatione 
cujusdem  leprose  ibidem  exis- 
tentis  fecerat  reediHcari,  conslrui 
et  reparari,  servicium  que  divi- 
num  in  dicta  lieri  capella  et 
inlulam  ac  multa  domus  usten- 
silia redemerat  atque  plura  de 
novo  necessai  la  emerat. 


In  quibus  et  aliis  ibi  necessa- 
riis  ultra  summam  quingentorum 
francorum  expenderat  quamvis 
tamen  magne  sustenlacionis  exis- 
tât et  super  ipsius  functibus  sus- 
tentncioncm    domorum  et  edifi- 


le  colombier  et  les  étables  et  aussi 
la  maison  des  Bordes  apparte- 
nant à  la  même  léproserie  tom- 
baient si  complètement  en  ruines 
qu'ils  étaient  complôtement  hors 
de  service  et  que  personne  n*osait 
y  habiter. 

Que  les  vignes  et  terres  arables 
qui  sont  chargées  de  g^rosses  ren- 
tes étaient,à  l'époque  où  il  (Païen) 
fut   appelé    à  la   dite    direction, 
incultes  ;  que  les  ustensiles  de  la 
dite  maison  et  les  ornements  de 
la  chapelle  avaient  été  vendus  à 
plusieurs,    dissipés    ou    mis    en 
gage  ;  que  la  maison  était  enga- 
gée envers  divers  créanciers   au 
delà   de  la    somme    de    quatre- 
vingt-dix  livres  pari  si  s  ;  que.  sur 
leur  plusgrandcétendue, les  murs 
des  jardins  étaient  démolis  ;  que, 
d'après  ce  tableau,    on    se    rend 
compte    que    la    maison     de    la 
léproserie  était  presque  entière- 
ment   détruite   et    abandonnée  ; 
qu'avec  beaucoup  de  travail  et  à 
grands    frais,    il    avait     rééditié, 
construit    et    réparé     toutes   ces 
choses  ;  qu'il  avait  fait  une  cham- 
bre nouvelle  pour  l'habitation  de 
la  lépreuse  trouvée  par  lui  dans 
la    maison  ;   qu'il    avait    racheté 
bien   des    ustensiles    de    la    dite 
maison,  et   les  ornements  néces- 
saires   pour    la    célébration    du 
service  divin   dans  la  chapelle  et 
qu'il  avait  acheté,  en   outre,  plu- 
sieurs choses  nécessaires. 

Pour  lesquelles  choses  et  d'au- 
tres nécessaires  le  dit  Jean  dé- 
pense une  somme  qui  excéda 
cinq  cents  francs  et  quoique 
elle  témoigne  de  1  importance  de 
son  concours,  il  lui  fut  cependant 


DE    BRIE-COMTE-ROBERT 


43 1 


ciorum  necesse  sit  querere  ut 
dicebat,  et  insuper  quod  locum 
et  habitacionem  dicte  leprosaria 
scientibus  habitantibus  supre- 
dictis  et  ipsuis  amicis  fecerat  per 
visitatorem  ad  id  per  dictum  epis- 
copum  ordinalum  visitari  per 
quos  dictam  informam  compe- 
tenter débite  collocatum  repertum 
extiterat.  et  ad  hue  premissis, 
sicut  premititur,  factis,  et  per 
eum  supra  locum  tune  manentem 
repererat  quendam  Petrum  Mai- 
ret,  matrieularium,  et  ejus  uxo- 
rem,  hominem  bone  vite  et 
conversationis  bonum  que  agri- 
eultorem  et  vittieolam  ;  in  dicta 
domo  aliquid  fuerat  immutatum, 
per  quod  si  plures  supcrvinercnt 
infirmi  ipsi  impedircntur  ibidem 
eommorari,  vel  satim  quin  de 
faeili  pro  eorum  mansione  valeret 
ordinari,  sed  dicti  habitantes  ad 
instigationem  nonullorum  hospi- 
tum  in  predicta  villa  commoran- 
tium  quod  in  dicta  domo  aliquo- 
ciens  vinum  vendiderat,  de  quo 
alias  fieri  non  poterat,  ejusdem 
domus  utilitas.  vel  aliquos  trans- 
euntes  hospitaverat,  premissa  in 
prejudicium  domus  supra  dicte 
Heri  fecerant   atque  procurabant 


Et  ex  prœmissis  quod  suffi- 
cienier  dictam  domum  guberna- 
verat  et  remerat  pro  tempore  quo 
ipsis  habuerat  administracionem 
et  a  dictorum  habitantium  et  ma- 
triculariorum  impetitione  absol- 
veretur  dici  et  pronunciari,  ac 
quod  in  ipsius  expensis  condemp- 
narentur  petebal  et  ad  hoc  con- 
cludebat. 


nécessaire  de  recourir  encore  à 
sa  bourse  pour  l'entretien  des 
bâtiments  et  édifices  de  la  mai- 
son ;  de  plus  le  dit  Jean,  au  vu  et 
au  su  des  habitants  susdits  et  de 
leurs  amis,  construisit  le  local  et 
habitation  de  la  dite  lépreuse  et 
par  le  visiteur,  désigné  pour  cela 
par  l'évêque,  il  est  établi  que  la 
dite  malade  était  convenable- 
ment et  dûment  installée  ;  et  ceci 
encore  bien  affirmé  comme 
cela  l'avait  été  auparavant,  le  dit 
Jean  de  Païen  établit,  en  son  lieu 
et  place  un  certain  Pierre  Mairet, 
marguillier,  et  sa  femme  ;  c'est  un 
homme  de  bonne  vie  et  de  bonnes 
relations,  excellent  agriculteur  et 
viticulteur.  Il  y  eut,  en  effet, 
quelques  changements  dans  la 
maison  parce  que  les  circonstan- 
ces empêchèrent  d'y  loger  les 
malades  ou  du  moins  rendirent 
difficile  d'établir  leur  habitation. 
Alors  les  habitants  (de  Brie)  à 
l'instigation  de  quelques  hôtes 
demeurant  en  la  ville,  de  ce  que 
quelquefois  Pierre  Mairet  a 
vendu  du  vin  dans  la  dite  maison, 
dans  l'impossibilité  de  tirer  un 
meilleur  parti  de  cette  maison, 
de  ce  qu'il  a  logé  quelques  voya- 
geurs, lui  en  ont  fait  grief  et  ont 
déclaré  qu'il  avait  considérable- 
ment porté  préjudice  à  la  dite 
maison. 

Et,  par  ce  qui  précède,  comme  il 
est  établi  qu'il  a  au  mieux  gou- 
verné et  rétabli  la  dite  maison,  du 
temps  qu'il  en  avait  la  direction,  le 
dit  Jean  demande  et  conclut  d'être 
déchargé  des  accusations  portées 
contre  lui  par  les  habitants  et 
marguilliers  de  Brie,  et  que  ceux- 
ci  soient  condamnés  aux  dépens. 


432 


HISTOIRE   DE   LA   VILLE 


Predictis  igitur  racionibus  et 
aliis  per  dictos  etiam  habitantes 
et  matricularios  in  contrarium  ex 
ordinacione  dicte  curie  nostre 
pênes  commissarios  ab  ea  dépu- 
tâtes traditis  in  scriptisdiiigenter 
attentis,  visis  etiam  informationi- 
bus  per  commissarios  supradictos 
hinc  inde  factis,  ac  eorum  audita 
relatione,  omnibus  que  conside- 
randisconsideratis.  et  que  dictam 
curiam  nostram  in  hac  parte 
movere  poterant  et  debebanl, 
perarrestumejusdem  curia  nostre 
dictum  fuit  : 

Quod  intersignum  Lazari, 
quod  ante,  vel  supra  portam 
domus  dicte  leprosarie  olim  esse 
solebat,  relicieturet  ibi  reponetur  ; 

Intersignum  vero,  quod  de 
presenti  ibidem  exstitit.  ut  hujus 
litis  moti  tempore  existabat, 
removebilur. 

Necnon  quod  dormitorium  in- 
firmorum  in  statu  docenti  repo- 
netur, et  ab  inde  removebilur 
dispositis  stabulorum  in  eo  facta  ; 

Keparabuntur  que  et  in  conve- 
nienti  statu  ponentur  puteus, 
jardinus.  ac  etiam  laterc  domus 
predictorum  inlirmorum  habita- 
tione  : 

El  insuper  dicium  fuit  per 
idem  arrestum  quod  leprosus  in 
dicta  domus  cxistens  de  presenti 
et  etiam  illi  qui  supervenient  de 
ceteroregenturet  lustentabuniur 
secundum  tenorcm  et  formam  in 
quodam  instrumento  de  consensu 
dictarum  partium  facto  et  passato 
contenlam,  nisi  aliud  lleri  debere 


En     conséquence,      tous    les 
arguments    ci-dessus     et     ceux 
avancés  par  les  habitants  et  mar- 
guilliers   déposés    par     écrit    et 
attentivement  examinés    par  les 
commissaires   nommés    pour  ce 
par  ordonnance   de  notre    cour, 
ceux-ci   ayant  procédé  à  une  en- 
quête et  visité  les   lieux,  vu  leur 
rapport  toutes  choses  bi«  n  consi- 
dérées qui  pouvaient  et  devaient 
mouvoir     notie     cour     en    celle 
affaire,  par  arrêté   de  notre  cou- 
il  ^ut  dit  : 

Que  renseigne  de  Lazare  qui 
auparavant  et,  depuis  bien  long- 
temps, était  placée  sur  la  porte  de 
la  maison  de  ladite  léproserie 
serait  refaite  et  replacée. 

Quant  à  l'enseigne  qui  pré- 
sente existe,  comme  elle  existait 
au  temps  où  ce  procès  fut  engagé. 
elle  sera  enlevée. 

De  plus,  que  le  dortoir  des 
malades,  soit  rétabli  dans  un 
état  convenable  et  qu'il  en  soit 
enlevé  les  arrangements  en  étable 
qui  y  avaient  été  pratiqués. 

Que  le  puits,  le  jardin  ainsi 
que  la  maison  à  côte  servant 
d'habitation  aux  malades  soient 
réparés    et  remis  en  parfait  état. 

Ht  en  outre,  il  fut  dit,  par  le 
mcme  arrêt,  que  le  lépreux  qui. 
de  présent,  est  dans  la  dite  mai- 
son et  ceux  qui  peuvent  y  être 
admis  seraient  administrés  et 
entretenus  selon  la  teneur  et  la 
forme  d'un  accord  passé  entre 
les  parties  à  moins  que  les  titres 
de  fondation  et  les  anciens  règle- 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT 


433 


ex  fundacione  et  antiquis  ordina- 
cionibus  prefate  domus  consti- 
terit. 

Per  idem  etiam  arrestum  dic- 
tum  fuit  quod  hostellaria  atque 
taberna  ab  eadem  domo  reno- 
vabuntur.  proviso  tamen.  quod 
magistro  dicte  domus  vel  firma- 
rio  vina  vel  blada  ex  ejusdem 
domus  revenutis  ia  eadem. domo 
si  voluerit  vendere,  licebit. 

Pronuntiatum  xxiij^*  die  julii 
nonagésimo  quarto. 

BOSCIIET. 


ments  de  la   maison  ne  contien- 
nent d  autres  prescriptions. 

Par  le  même  arrêt,  enfin,  il  est 
dit  que  Thôtellerie  et  la  taverne 
établies  dans  la  même  maison 
disparaitront,  avec  cette  réserve 
toutefois  que  le  maître  de  la  dite 
maison  ou  sph  fermier  pourra, 
s'il  le  veut,  vendre  dans  la  dite 
maison  les  Vins  ou  blés  prove- 
nant des  récoltes  delà  maison. 

Prononcé  le  23  juillet  1394- 
BOSCHET  u). 


Cet  arrêt  (2),  si  clair  dans  sa  teneur,  se  suffit,  je  crois,  à 
lui-même  comme  explications.  Il  faut  bien,  cependant,  en 
tirer  quelques  remarques  indispensables. 

Tout  d'abord  comme  procédure.  C'est  un  arrêt  d'appel  ; 
cela  est  d'ailleurs  dit  très  clairement  dans  l'exposé  oui  pré- 
cède  le  dispositif. 

Le  premier  juge  avait  admis  les  doléances  des  habitants  et 
ordonné  à  Jean  de  Païen  de  rendre  la  maladrerie  à  sa  véri- 
table destination,  mais  il  semble  être  resté  muet  sur  la 
question  de  l'enseigne.  Jean  de  Païen  crut  devoir  faire  appel. 
Il  est  vrai  qu'il  y  était  poussé  par  l'autorité  ecclésiastique. 
C'était  l'évêque  qui  lui  avait  confié  l'administration  de  Saint- 
Lazare  ;  il  est  à  peu  près  probable  que  si  l'affaire  fut  venue, 
devant  son  tribunal,  comme  le  demandait  le  prélat,  comme 
le  demandait  aussi  Jean  de  Païen,  la  cause  pendante  aurait 
eu  un  autre  sort. 

L'arrêt  précité  a  donc  un  intérêt  général  en  ce  sens  qu'il 
res^e  comme  un  monument  de  l'action  continue  du  pouvoir 
civil  dans  sa  lutte  incessante  contre  la  tutelle  du  pouvoir 

(1)  Boschet  est  le  nom  du  président  du  conseil  qui  rendit  l'arrêt. 

(2)  Cet  arrêt  reproduit  les  conclusions  du  conseiller  rapporteur,  |.  de  Saint-Verain.  Son  rap- 
port fut  lu  le  26  mai  1394 (A.  N.  —  Xix  1477  f»  414).  Un  premier  exposé  de  l'afTaire  se  trouve  au 
mémr  registre  (f»  296).  Pi«rre  Mairet,  le  fermier  placé  parjean  Païen  à  St-Lazare  n'y  est  pas 
nommé,  comme  dans  l'arrêt  ci-dessus,  mais  il  est  dit  qu'il  est  Bourguignon.  Je  n'ai  pas  cru  devoir 
reproduire  ces  documents  qui,  en  tout  ou  en  partie,  sont  répétés  dans  l'arrêt  que  j'ai  transcrit. 

28 


434  HISTOIRE   DE   LA   VILLÊ 

religieux  (ri.  Au  point  de  vue  spécial  à  Brie,  il  nous  montre 
les  juridictions  légales  en  conflit  et  se  disputant  le  droit  de 
juger  le  différend.  L'évêque  de  Paris  le  réclame  à  sa  barre 
comme  émanant  de  son  autorité  ;  le  seigneur  de  Brie,  c'est- 
à-dire  Louis  d'Orléans,  frère  du  roi  Charles  VI,  et  investi 
depuis  la  mort  de  Blanche  de  France,  de  la  seigneurie  de 
Brie,  prétend  que  Saint-Lazare  et,  par  conséquent,  l'adminis- 
trateur de  la  maison  est  son  justiciable  et  qu'il  ne  saurait 
ressortir  de  Tévêque  parce  que,  laïque  ;  enfin  le  roi  par  son 
prévôt  d'abord,  et  sa  cour  de  Parlement  ensuite,  sur  la 
demande  des  habitants  et  marguilliers  plaignants,  retient 
l'affaire  en  établissant  que  sa  juridiction  est  supérieure  aux 
autres. 

En  dehors  de  ce  règlement  de  juges,  nous  saisissons,  par 
cet  arrêt,  la  justice  civile  en  plein  fonctionnement.  Les  dires 
des  parties  sont  publiquement  exposés,  une  enquête,  qui  va 
jusqu'à  une   véritable   descente   de   justice,  est   ordonnée, 
garanties  réciproques  des  justiciables.  11  n'est  pas  jusqu^àla 
complète  indépendance  des  magistrats  à  l'endroit  de  Tévèque 
qui  ne  doive  être  soulignée.  Non   seulement,  ils    écartent 
délibérément  ses  prétentions  à  connaître  de  l'affaire,  ce  qui 
dans  une  certaine  mesure  était  faire  leur  cour  au  pouvoir 
royal,  mais  ils  y  traitent  assez  dédaigneusement   ses  asser- 
tions et  son  témoignage  en  faveur  de  l'administrateur  dont 
il  se  constitue  le  défenseur.  L'enquête,  consciencieusement 
menée,  est  loin  d'être  favorable  à  Jean  de  Païen,  malgré  les 
dires  de  l'évêque  lui-même. 

On  ne  m'en  voudra  peut-être  pas  d'indiquer  rapidement 
au  passage  ces  points  généraux  d'une  affaire  grâce  à  laquelle, 
il  nous  est  donne  d'avoir  quelques  détails  sur  l'établissement 
qui  wms  occupe.  La  description  de  la  léproserie  nous  montre. 


(l;«  A  mesure  que  l'autorité  royale  >e  sentit  plu^.  forte,  elle  chercha  à  supplanter  l'in- 
fluence cpiscopale  sur  ce  point  (la  surveillance  des  établissements  hospitaliers).  A  partir  Jj 
XlV'f  siècle  surtout,  la  prétention  élevée  par  laumônier  du  roi  d'étendre  sa  juridiction  sir 
tous  les  hopiiaux  et  léproseries  de  fondation  royale  ou  réputés  tels,  vint  menacer  dangereuse- 
ment le  droit  immémorial  des  évoques.  Ceux-ci  résistèrent  énergiquement.  la  lutte  fut  longue 
et  dura  jusqu'au  XVI'  siècle,  au  cours  duquel  le  pouvoir  civil  singera  définitivement  dins 
la  surveillance  de  l'administration  hospitalière,  o  Léon  Legrand  (op.  cit.) 


De  BRIE-COMTE-ROBERT  435 

en  effet,  Tétat  des  lieux  d'une  façon  sommaire,  il  est  vrai, 
mais  parfaitement  tangible. 

Comme  aujourd'hui,  Saint-Lazare  était  en  entier  clos  de 
murs.  Un  plan,  relevé  par  Camille  Bernardin  sur  un  croquis 
informe  du  i8''siècle(i)  donne  quelque  idée  de  ce  «pourpris», 
de  cette  enceinte.  Telle  qu'elle  se  présente,  après  des  siècles 
d'existence,  celle-ci  était  certainement  demeurée  à  peu  près  la 
nnème.  De  distance  en  distance  devaient  s'élever  des  tourelles 
dont  il  reste  l'indication  visible  sur  le  plan  en  question.  Au 
i8*  siècle  la  majeure  partie  de  ces  tourelles  avait  dû  dispa- 
raître (-2). 

L'arrêt  nous  dit  que  le  pourpris  était  divisé  en  deux  parties 
bien  distinctes  :  celle  du  fermier,  celle  des  lépreux.  Sur  le 
plan  relevé  par  Bernardin,  ces  deux  parties  ne  se  retrouvent 
plus.  Il  n'y  a,  en  effet,  entre  les  deux  cours  E,  E,  aucune 
solution  de  continuité.  C'est  moi-même  qui  ai  ajouté  la  ligne 
pointillée  a,  a  parce  qu'il  me  semble  assez  probable  que,  là, 
existait  autrefois  le  mur  de  séparation  entre  le  logement  du 
fern^ier  et  celui  des  lépreux.  C'est  la  division  rationnelle  que 
commande  le  plan  lui-même.  Or,  il  est  dit  dans  l'arrêt  que 
Jean  Païen  fit  percer  une  ouverture  du  côté  de  la  campagne 
à  l'oppose  de  la  porte  d'entrée,  qui  est  en  A,  et  qu'on  traver- 
sait ainsi  les  locaux  réservés  aux  malades.  C'est  la  meilleure 
preuve  en  faveur  de  ma  thèse.  Dès  lors,  la  cqur  antérieure  E 
était  réser\'ée  au  maître  ou  au  fermier  ;  son  logement  s'y 
dressait  en  C,  comme  il  s'y  trouvait  au  iS*"  siècle.  Ce  serait, 
par  suite,  en  G,  indiqué  sur  le  plan  comme  hangar,  qu'était 
le  dortoir  des  malades.  Il  ne  faut  pas  oublier,  en  effet,  que 
l'on  reprochait  à  Jean  Païen  d'avoir  transformé  ce  dortoir  en 
écurie  ;  il  était  donc  placé  au  rez-de-chaussée.  Où  mangeaient 
ces  malheureux  ?  Où  se  tenaient-ils  dans  la  journée?  La  ques- 
tion reste  sans  réponse.  Peut-être  le  dortoir  leur  servait-il  à 


(1)  Arch.  départ,  de  Seine-et-Marne. 

(2)  Cctait  l'habitude  de  jalonner  les  murs  des  parcs  ou  des  vastes  enceintes,  de  tourelles. 
Nous  avons  vu  qu'il  y  en  avait  aux  grands  jardins  du  Château  par  lei  mémoires  des  entrepre- 
neurs ;  le  parc  de  Pamphou  en  possédait  aussi  ;  le  nom  nous  en  est  rejté  dans  un  lieu  dit  «*  Les 
toumçlles  de  Pamphou  ». 


436 


HISTOIRE   DE   LA   VILLE 


tous  ces  usages.  La  cour  E  (du  côté  de  la  campagne)  leur  était 
réservée  à  coup  sûr,  et,  fort  probablement  aussi,  le  verger  H. 
Celui-ci  serait  le  jardin  dont  il  est  parlé  dans  Tarrêt  ;  dans  ce 


PLAN-CROQUIS  DU  iT'  SIÈCLE  DE  SAINT-LAZARE. 
Conservé  aux  Arch.  Départ. 

cas  l'ouverture  indiquée  allant  de  ce  verger  à  la  co*iranté 

ri:ure  n'existait  pas,  ou  bien  la  séparation  A,  .4,  se  pour 
suivait-elle  coupant  en  deux  le  verger  II.  Quant  au  puits,  don 


bÈ   ÔfelE-dOMTÈ-kÔBÈRt  4^7 

l'arrêt  fait  mention,  on  ne  saurait  le  voir  en  B,  tel  qu'il 
est  indiqué  sur  le  plan.  Ce  puits  B  était  le  puits  de  la  ferme, 
mais  il  devait  y  avoir  très  certainement  un  puits  spécial  aux 
malades.  On  sait,  en  effet,  que  parmi  les  mesures  prises 
contre  la  contagion  de  la  lèpre  figuraient  en  première  ligne 
les  précautions  pour  prévenir  la  contamination  des  eaux  du 
pays.  11  est  à  remarquer,  du  reste,  que,  en  transformant  la 
léproserie  en  hôtellerie,  Jean  de  Païen  avait  dû  s'efforcer  de 
condamner  le  puits  des  malades  puisqu'il  est  condamné  à  le 
rétablir  dans  son  précédent  état.  A  coup  sûr,  lorsque  Saint- 
Lazare  cessa  d'être  léproserie,  le  premier  soin  fut  de  combler 
le  puits  des  malades  ;  celui-ci  devait,  probablement,  se  trouver 
dans  l'arrière  cour  E. 

L'enseigne  du  Ladre  ou  Lazare  était  placée  sur  la  porte  A. 
Jean  de  Païen  ou  son  fermier  lui  substituèrent  le  Croissant, 
qu'ils  furent  du  reste,  par  l'arrêt  précédent,  obligés  d'enlever. 
Chose  curieuse  cet  enseigne  du  Croissant  se  retrouva  quelques 
années  plus  tard,  à  peu  près  au  même  lieu,  appendue  à  une 
hôtellerie. 

Dans  un  aveu  —  auquel  j'ai  déjà  fait  allusion  —  rendu  le 
lo  octobre  i5o5  par  Martin  Le  Picart,  il  est  dit  :  «...  le  flef  de 
l'Epinelle,  séant  aux  faubourgs  de  Braye,  en  la  rue  de  Paris, 
où  sou  lait  pendre  pour  enseigne  le  Croissant  » ,  11  est  dit,  par 
ailleurs,  dans  l'énumération,  devant  la  Chambre  des  comptes, 
des  arrière-fiefs  de  la  terre  de  La  Grange  :  «  Le  huitième  fief  est 
celui  de  TEpinelle  qui  consiste  en  trente  huit  arpens  de  terre 
et  la  maison  qui  sert  à  présent  d'hostellerie...  » 

C'est  donc  au  i5*  siècle  que  l'Epinelle  devint  une  hôtellerie 
et  arbora  l'enseigne  du  Croissant  placée  auparavant  sur 
les  bâtiments  de  Saint-Lazare.  Il  est  à  croire  que  Jean  de 
Païen  ou  son  fermier  obligés  de  fermer  leur  hôtellerie  ins- 
tallée dans  les  bâtiments  de  la  maladrerie,  transportèrent  un 
peu  plus  loin,  à  l'Epinelle,  leur  industrie  en  lui  conservant 
son  enseigne  sans  doute  avantageusement  connue  à  la  ronde. 

La  portion  du  pourpris  de  Saint-Lazare  réservée  au  maître 
ou  gouverneur  offrait  l'aspect  d'une  ferme  ordinaire  «  avec  sa 
maison  d'habitation  destinée  au  personnel  sain,  sa  grange 
remplie  de  grain  battu  ou  en  gerbes,  ses  étables  abritant  les 


4^8  HStOIRÈ   DÉ   LA   ViLLÈ 

vaches  et  les  chevaux,  sa  bergerie,  son  toit  à  porcs,  son 
colombier  (i)  ;  âeule  la  chapelle  qui  s'élevait  près  de  là  rappe- 
lait qu'on  était  en  maison  de  religion.  »  M.  Legrand  auquel 
j'emprunte  la  citation  ci-dessus,  ajoute  :  «  Tel  était  l'état  des 
lieux  à  Brie-Comte-Robert,  et  il  est  à  présumer  que  les  traits 
de  ce  tableau  pourraient  aussi  bien  s'appliquer  aux  autres 
léproseries  des  campagnes,  celles  du  moins  qui  olTraient 
quelque  importance.  »  La  chapelle  qui  est  sur  le  plan,  en  N 
et  qui,  fort  probablement,  ne  changea  pas  de  place,  mesurait, 
nous  dit  un  procès- verbal  du  3  septembre  167 1,  six  toises 
environ  de  long  sur  quatre  de  large.  Elle  était  orientée  du 
S.-O.  au  N.-E. 

On  a  pu  voir,  par  l'arrêt,  que  lorsque  Jean  de  Païen  fut 
appelé  à  administrer  Saint-Lazare,  il  s'y  trouvait  une  seule 
malade,  une  femme  atteinte  de  la  lèpre  que  Païen  avait,  au 
dire  des  habitants,  reléguée  dans  un  coin  du  pourpris  et  où 
elle  était  morte  faute  de  soins.  De  môme,  au  moment  où  fut 
prononcé  Tarrèt,  il  se  trouvait  encore  un  seul  malade  dans 
l'établissement.  On  prévoyait  cependant  qu'il  en  pût  entrer 
d'autres.  Quel  était  le  nombre  d'hospitalisés  que  pouvait 
recevoir  Saint-Lazare  ?-•  Un  document  du  12  avril  1 584  nous 
donne  une  indication  à  cet  égard. 

«  Autre  déclaration  du  revenu  temporel  de  la  maladrerie 
de  Brie-Comte-Robert,  baillée  par  Hugues  Barbier,  maître 
et  administrateur  de  la  dite  maladrerie.  Le  revenu  de  cette 
maladrerie,  d'après  cette  déclaration,  s'élève  à  la  somme  de 
365  livres  tournois  par  chascun  an.  Sur  tout  lequel  revenu, 
le  dit  administrateur  est  tenu  bailler  et  payer  à  cinq  malades 
de  lèpre  et  a  chascun  d'eux  la  somme  de  35  livres  tournois 
suivant  l'arrest  de  ALM  de  la  Cour  du  Parlement  et  outre,  de 
loger  les  malades  de  lèpre  qui  viennent  du  diocèse  de  Sens 
en  ceste  ville  de  Paris,  plus  les  réparations  et  service  divin  *. 
Nous  venons  de  voir  cr)mment  était  établi,  à  Brie,  le  service 


ri)  I.'arrét  de  13^)4  parle,  en  cfl'et.  d'un  colombier,  ce  qui  laisserait  entendre  un  colombier  a 
pied.  Mais,  dans  un   bail  passé   le  28  février  1682  devant  Desloges,  notaire  à  Brie  (Arch.  net 
de  M.  Camus  a  Bric-Comle-Robert^  il  est  question  d'un  «  voUet  a  pigeons  «seulement.  11  peut 
se  fuire  toutefois  que  le  colombier,  a  cette  date,  ait  été  détruit  et  remplacé   par  le   voUei 

ndiqué  au  17*  siècle. 


bE  r!f*ii:-d6\lTe-r*6Bt-!iif  4%) 

de  l'hospitalité  au  XIV°  siècle.  D'une  part,  IHôtel-Dieu  nous 
a  paru  en  parfait  état  de  fonctionnement  ;  de  l'autre,  grâce 
aux  habitants,  la  léproserie  était  rendue  à  sa  destination 
première  et  au  service  des  malades  pour  lesquels  elle  avait 
été  créée.  II  nous  reste  a  parler  du  centre  religieux  de  Brie- 
Comte-Robert,  de  son  église  paroissiale,  dont  l'existence 
s'est  maintes  fois  révélée  dans  les  documents  qui  précédent. 
et  â  laquelle  il  devient  nécessaire  de  consacrer  quelques 
pages. 


MOTIF  CENTRAL 


SAINT-ÉTIENNE 


Comment,  Ici,  ne  pas  citer  l'abbé  Lebeuf?  C'est  de  nos 
historiens  locaux,  celui  qui  consigna  le  premier  ses  obser- 
vations sur  l'église,  celui  qui  nous  en  a  laissé  la  première 
description.  Voici  comment  il  s'exprime  sur  un  sujet  qui  lui 
était  particulièrement  cher  et  connu  : 

L'église  de  Bric-Comte-Robert  est  sous  le  titre  de  Saint  Etienne, 
premier  martyr. 

C'est  un  vaisseau  dont  ta  plus  grande  partie  est  du  XIII'  sidcie  ;  il 
est  accompagné  de  collatéraux.  Le  tout  solidement  bâti,  élevé, 
éclairé,  orné  de  galeries  délicatement  travaillées. 

Le  fond  n'est  pas  à  rond-point,  mais  se  termine  en  quarrC  ;  il  est 
orné  d'un  grand  vitrage  rond  en  couleur  rouge,  comme  ceux  de  la 
Sainte  Chapelle  de  Paris,  et  supporté  par  deux  autres  fenêtres 
oblongues  également  de  la  même  couleur. 

La   tour  est  placée  au  bout  occidental   de  l'église  Â  l'angle  du 


440  HISTOIRE   DÉ   LA   VîLLÈ 

Septentrion*  à  peu  pr6s  comme  celle  de  Saint-Victor  à  Paris,  sinon 
qu'elle  touche  au  corps  de  Téglise.  Elle  e«t  aussi  du  Xili*  sidcle.  Le 
défaut  de  Tédifice  est  qu'on  ne  peut  tourner  autour  du  sanctuaire.  Le 
bas  du  portail  est  aussi  du  m 'me  siècle,  mais  le  haut  ae  parait  avoir 
que  cent  ans  ou  environ  de  structure  (i)  aussi  bien  que  quelques 
pilastres  ext'irieurs  des  vitrages  de  la  nef. 

La  tradition  porte  qu'une  reine  de  France  a  hii  faire  quelques 
travées  de  la  voûte  de  cette  église  (2). 

11  y  a  quelques  vitrages  de  chapelles  du  XV'l*-*  siècle  qui  sont  re- 
marquables par  leur  coloris.  Le  dedans  de  cette  église  est  fort 
embelli  L'anniversaire  de  la  dédicace  s'y  célèbre  le  di  nanche  après 
la  Quasimo'io, 

Après  Lebœuf,  Guilhermya  dit  de  l'église  de  Brie-Gomte- 
Robert  : 

L'église  paroissiale  seule  a   traven^è  une  longue  suite  danoèes 
sans  avoir  beaucoup  à  souffrir  des  injures  du  temps  ou  du  vanda- 
lisme des  hommes.  Les  parties  les  plus  anciennes  de  ce  remarquable 
monument  remontent  au  commencement  du  XllI*  siècle  ;  les  trois 
siècles  suivant  y  ont  apporté  Uur  contingent.  Tel  qu'il  est  cependant, 
il  a   g^rdé  dans  l'ensemble,  sinon  dans  les  détails,  son    caractère 
primitif  de  majestueuse  unité.  Le  mur  oriental  (le  chevet)  est  encore 
percé  dune  éclatante  rose  à  compartiments  dont  les  vitraux  à  peu 
près  contemporains  de  ceux  de  la  Sainte-Caapclle  à  Paris,  repré- 
sentent le  Christ,  les  apôtres  et  les  occupations  des  douze  mois  de 
l'année.   D'autres  verrières  placées  dans  les  chapelles  latérales  sont 
l'œuvre  du  XV^l'  siècle.  Cette  belle  église  de  Brie  ne  parait  avoir  été 
jamais  riche  en  monuments  épigraphiques. 

Ces  deuxcitationsempruntées,  l'une  à  une  historien,  Tautre 
à  un  archéologue,  deux  érudits  écrivant  à  plus  d'un  siècle 
de  distance,  se  corroborent  si  bien  l'une  l'autre  qu'il  m'a  paru 
utile  de  les  rapprocher.  L'historien,  plus  sobre  dans  ses 
appréciations,  l'archéologue  se  laissant  aller  à  son  admiration 
conviennent  tr)us  les  deux  à  appeler  l'attention  sur  cet  éditîce 
relativement  bien  conservé  qui  nous  reste  comme  un  témoi- 
gnage de  l'art  au  moyen  i\ge. 

I/égli-se  Saint-Ktienne  de  Brie  ne  nous  apparaît  pas  comme 
d'autre,  véritables  dentelles  de  pierre,  où  le  ciseau  du 
sculpteur  elïace  presque  l'œuvre  de  l'architecte,    tant    son 


(I;  Lcbeuf  écrivait  en  1745. 

'2/  Lebeuf  fait  ici  allusion  à  la  reine  Jcann«  d'Evreux. 


bÈ  BRlfe-COMffe-kOBÈRt  44  î 

œuvre  éblouissante  accapare  les  regards  et  ravit  d'étonne- 
menl.  C'est  une  œuvre  architecturale  par  excellence,  peut- 
être  un  des  p-oduits  les  plus  purs  de  Técole  de  Tlle  de 
France  cette  terre  «  où  nos  premiers  artistes  ont  puisé  leurs 
plus  hautes  aspirations.  »  Par  une  irrégulière  bonne  fortune, 
comme  le  fait  très  justement  observer  Guilhermy,  l'église  de 
Brie  a  gardé,  dansTensemble,  son  caractère  primitif  de  majes- 
tueuse unité. 

C'est  là  ce  qui  frappe  au  premier  aspect  Soit  à  Textérieur, 
soit  à  l'intérieur,  la  conception  première  de  l'édifice  se  révèle 
d'abord  avec  sa  grandiose  simplicité  et  sa  merveilleuse  combi- 
naison des  lignes.  La  main  des  siècles  subséquents  se  retrouve 
lorsqu'on  en  étudie  les  détails,  mais  Ton  sent  que  la  pensée 
primitive  de  Tartiste  régna  toujours  en  maîtresse,  même  alors 
que  les  formules  des  nouveaux  constructeurs  tendaient  à 
s'en  éloigner  le  plus. 

On  conçoit  que  je  ne  veuille  pas-faire  ici  une  description 
architecturale  que  d'autres  ont  d'ailleurs  tentée  non  sans 
succès.  MM.  Aufaure  et  Fichot,  en  i858,  plus  récemment 
M.  Blondeau,  architecte  des  monuments  historiques,  ont,  à 
ce  point  de  vue  technique,  étudié  |e  monument  dont  s'en- 
orgueillit la  ville  de  Brie-Comte-Robert.  Je  n'aurai  garde  de 
les  suivre  sur  un. terrain  qui  leur  est  particulièrement  fami- 
lier me  pronlettant  bientoutefois  de  recourir  le  cas  échéant, 
à  leurs  intéressantes  observ^ations  (i). 

Il  semblerait,'à  lire  les  chapitres  qui  précèdent,  que  l'église 


(i)  Je  sais  que  Ni.  Danjoy,  architecte,  eut  l'intention  de  faire  un  travail  sur  l'église  de 
Brie-Comte-Robert.  M.  Camille  Bernardin,  me  communiqua,  à  cet  égard,  en  1894,  la  corres- 
pondance suivante  : 

«Je  m'occupe,  en  ce  moment,  d'un  travail  sur  l'église  de  Brie-Comte-Robert,  écrivait 
M.  Danjoy  en  mari  1874  à  M.  Camille  Bernardin,  pour  le  compte  de  la  commis^lon  des  monu- 
ments historiques.  J'aurais  désiré  faire  une  notice  sur  l'historique  de  cette  église  en  mention- 
nant les  phases  architecturales  par  lesquelles  elle  a  passé.  J'ai  cru  pouvoir  compter  sur  votre 
bon  vouloir  pour  m'indiquer  dans  quel  ouvrage  je  pourrais  puiser  quelques  renseignements....  a 

«  Les  renseignements  les  plus  complets  sur  l'architecture  de  l'église  de  Brie,  répondit 
M.  B  rnardin.se  trouvent  dans  le  grand  in-folio  intitulé  les  Mê-yaments  de  Srine-et-Murne  par 
Amédéc  Aufaure  et  Charles  Fichot  (pages  47  à  54)...  Vous  pouvez  consulter  aussi,  en  même 
temps,  VHiitoire  du  Diocèse  de  'Paris  par  l'abbé  Lebeuf...  Ces  documents  les  pluscomple  s  sont 
très  courts  et  contiennent  bien  des  omissions  et  des  erreurs  historiques  que  j'ii  pu  facilement 
contrôler....  » 

O  voit  que,  même  en  ces  dernières  années,  rien  n'était  venu  ajoutera  l'étude  si  substan- 
tielle, en  vérité,  faite  par  l'abbé  Lebeuf  au  cours  du  i8«  siègle, 


44^  HJStOIRÈ  DE  LA  ViLLË 

Saint-Etienne  n'existât  pas  aux  siècles  antérieurs,  car  je  n'en 
ai  point  parlé  jusqu'ici.  Je  me  suis  borné,  en  reproduisant 
des  documents  intéressant  Thistoire  de  Brie,  à  mentionner  la 
présence  de  deux  curés  et  par  conséquent  de  deux  cures  (i). 
J'ai  été  ainsi  amené  à  établir  l'existence  de  deux  monuments 
religieux,  à  étudier  leur  emplacement,  et  à  désigner  leur 
vocable  respectif.  Celui  de  Téglise  Notre-Dame,  la  petite 
église,  comme  on  l'appelait,  était  resté  jusqu'à  présent 
inconnu.  Ni  l'abbé  Lebeuf,  ni  Félicien  Pascal,  ni  Michelin  ne 
l'avaient  cité.  Entin,  en  publiant  les  comptes  de  la  reine 
Jeanne,  il  a  fallu  s'arrêter  sur  ce  point  que,  au  XIV*  siècle, 
les  deux  églises  de  Brie  se  distinguaient  aussi  par  les  appel- 
lations :  «  l'ancienne  et  la  nouvelle  église  »  et  il  ne  m*a  pas 
été  difticile  de  prouver  que  la  petite  ou  ancienne  église  ne 
faisaient  qu'une  tandis  que  le  qualificatif  de  nouvelle  église 
était  donné  à  la  grande  ou  à  Saint-Etienne, 

Il  est  clair  que  le  vaisseau  de  cette  dernière  fut  reconstruit 
ou  agrandi  puisqu'au  XIV^  siècle,  cette  église  était  qualifiée 
de  neuve  par  opposition  avec  l'autre  dénommée  le  viez  mous- 
fier. 

Quel  était  le  monument  qui  précéda  celui  que  nous  avons 
sous  nos  yeux  ?  Où  était-il  situé  ?  Telles  sont  les  premières 
questions  qui  se  posent  en  interrogeant  le  passé  de  Brie. 

Je  prie  le  lecteur  de  se  reporter  à  ce  que  j'avançais  dans  un 
chapitre  précédent  au  sujet  de  l'évangélisation  de  nos  con- 
trées (2),  On  en  inférera  que  l'église  Saint-Etienne  devait  être 
placée,  dès  cette  époque,  non  loin  du  sanctuaire  dédié  à 
Notre-Dame  et  à  mon  avis,  en  effet,  l'édifice  qui  fut  remplacé 
par  Tégiise  actuelle  s'élevait  sur  tout  ou  partie  de  rempla- 
cement de  celle-ci,  Peut-être  y  eut-il  sur  ce  point  auparavant 
une  construction  primitive,  qui  aurait  vu  le  miracle  dont 
parle  Saint  Kortunat.  et  qui,  au  temps  de  désolation  des  9* 
et  K>'  siècles,  aurait  été  ruinée.  De  celle-ci,  si  elle  exista,  rien 
ne  nous  est  resté.  Avons-nous  quelques  traces  de  l'église, 


Jj>  V.  p.  174  et  175. 
2,  V.  p.  12  ot  «.uivante», 


t)Ê   BRiË-dOMTË-RÔBËRT  44^ 

dont  Texistence  avant  Téglise  actuelle  ne  saurait  faire  doute  ? 
Je  réponds  que  ce  ne  serait  pas  improbable. 

Il  est  une  remarque  à  faire.  Sur  la  façade  occidentale  de 
Téglise,  à  droite  de  la  porte  principale,  est  une  tour  à  pans 
coupés  et  dont  les  matériaux  à  la  base  paraissent  très 
anciens.  Cette  tour  ou  clocheton,  qui  n'a  du  reste  pas  son 
pendant,  sur  la  façade  en  question,  était  autrefois  désignée 
sous  le  nom  de  tour  ou  clocher  Saint- Etienne,  On  conviendra 
qu'il  est  au  moins  curieux  que  le  nom  du  patron  de  Téglise 
ait  été  ainsi  donné  à  une  tourelle  *<ans  utilisation  autre  que 
de  servir  d'accès  à  la  tribune  de  l'orgue  et  aune  galerie  du 
triforium.  Et  la  question  se  pose  ainsi. 

Pourquoi,  à  Brie,  en  construisant,  de  toutes  pièces,  une 
église  neuve  n'a-t-on pas,  commeailleurs,  placé  le  clocher  sur 
la  façade  occidentale  en  utilisant  son  escalier  nécessaire  pour 
accéder  aux  tribunes  et  galeries  ?  Pourquoi  le  clocher  a-t-il 
été  placé  à  l'angle  des  deux  façades  septentrionale  et  orien- 
tale ?  Pourquoi  aurait-on  placé,  en  même  temps,  contraire- 
rement  â  ce  qui  se  faisait  d'habitude,  un  clocheton  sur  la 
façade  occidentale  uniquement  pour  monter  aux  tribunes  > 

Il  est  bien  difticile  de  répondre  à  ces  questions  qui,  forcé- 
ment, se  posent  néanmoins  lorsqu'on  examine  le  monument. 

Je  propose  une  solution  à  ces  difficultés  avec  toutes  les 
reserves  possibles,  avec  le  seul  désir  surtout  que  mes  ré- 
flexi  ^ns  puissent  aider  à  faire  la  lumière  sur  les  singularités 
que  j'ai  énoncées. 

Si,  par  exemple,  la  tour  ou  clocher  Saint- Etienne  —  tour  qui 
est  sur  la  façade  occidentale  -^  existait  au  moment  où  on 
commença  îi  bâtir  le  monument  actuel,  on  pourrait  peut-être 
s'expliquer,  en  grande  partie,  la  pensée  à  laquelle  a  obéi  le 
constructeur.  Or,  il  ne  serait  pas  impossible  que  cette  tour, 
Jite  Saint-Etienne,  fût  antérieure  à  l'église  actuelle.  Qu'on  ne 
se  méprenne  pas,  ici,  sur  ma  proposition.  Il  est  bien  entendu 
que  je  ne  soutiens  pas,  contre  toute  évidence,  que  cette 
tourelle  fut  debout,  à  cette  époque,  telle  que  nous  la  voyons 
aujourd'hui  dans  toute  sa  hauteur.  Si  le  constructeur  l'a  uti- 
lisée, il  ne  Ta  fait  qu'en  la  réédifiant  sur  sa  base  ancienne,  et 


444  histomfe  DE  LA  ViLLÈ 

ce  serait  cette  base  que  j'estimerai  être  antérieure  à  Tédifice 
actuel. 

Je  tenterai  d'avancer  que  cette  tourelle  était  le  clocher  de 
Téglise  Saint-Etienne  remplacée  par  celle  entreprise  au  XIIl* 
siècle.  Cela  expliquerait  pourquoi  le  nom  de  tour  Saint- 
Etienne  lui  serait  resté.  Précisément,  je  trouve,  non  loin  de 
Brie,  à  Jarcy,  une  disposition  à  peu  près  semblable.  Sur  la 
façade  occidentale  de  la  chapelle  de  Jarcy,  à  côté  de  la  porte 
d'entrée,  se  dressait  aussi  une  tourelle,  à  pans  coupés,  d'un 
diamètre  et  d'une  construction  similaire  à  la  notre.  N'y  a-t-il 
pas  là  un  rapprochement  à  faire  (r)  ? 

Il  paraîtrait  assez  admissible  que,  là  même,  s'élevait  la 
précédente  église  Saint-Etienne.  Elle  n'avait  pas  les  propor- 
tions de  l'église  actuelle  et  tenait,  à  coup  sûr,  beaucoup  plus 
d'un  modeste  oratoire  que  du  majestueux  monument  qui  lui 
a  succédé.  Mais  ses  dimensions  modestes  étaient  en  parfaite 
harmonie  avec  la  densité  de  la  population,  à  l'époque,  étant 
donné  qu'il  existait  à  côté  un  autre  oratoire,  celui  de  Notre- 
Dame,  et  un  peu  plus  loin  sur  l'îlot  qui  devait,  plus  tard, 
porter  le  château,  le  baptistère  de  Saint-Jean,  transformé  en 
chapelle,  Je  mentionnerai  qu'en  creusant  récemment  pour 
établir  un  calorifère  sous  l'église  actuelle,  on  a  trouvé  des 
ossements  humains  assez  avant  sous  le  sol  de  la  nef,  méri- 
dionale au  droit  du  clocheton  ou  tour  Saint-Etienne  ;  indice 
évident,  d'un  cimetière  qui  venait  probablement  toucher  le 
chevet  de  la  première  église  Saint-Etienne.  J'irai  même 
jusqu'à  me  demander,  dans  cet  ordre  d'idées,  si  la  porte  qui 
ouvre  sur  la  façade  méridionale  de  l'église  actuelle,  ne  faisait 
pas  partie  de  l'édifice  antérieur.  Elle  détonne,  dans  tous  les 
cas,  singulièreriient  avec  celles  des  autres  façades  et  son 
aspect  semblerait  militer  en  faveur  de  mon  hypothèse. 

Si  on  souscrit  à  Celle-ci  et  qu'on  veuille  bien  admettre  que 
la  précédente  église  Saint-Etienne  fût  placée  là  où  s'élève  le 

(  I  )  l.abbé  Lebeuf.  parlant  de  Jarcy,  dit  que  le  comte  de  Toulouse  et  son  frère  traitèrent  avec 
Etienne  Tempier.  évêque  de  Paris,  avec  l'archidiacre  de  Brie  et  le  curé  de  Gercy  pour  que  le 
couvent  (de  Jarcy;  fut  établi  proche  l'église  de  la  paroisse  et  que  cette  igliie  devint  celle  df  l'ab^re  Cet 
accord  est  de  1260.  L'église  de  Jarcy  existait  donc  avant  cette  date  et  était  certainement  fort 
ancienne.  L'abbé  Lebœuf  établit,  en  effet,  que  la  paroisse  de  Jarcy  existait  certainement  «u  XU' 
siècle,  et  même  avant, 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  445 

clocheton  dont  je  viens  de  parler,  ce  qui,  en  soi,  n'a  rien 
d'improbable,  il  est  facile  de  comprendre  ce  qui  a  pu  se 
passer  lorsque  fut  décidée  la  construction  de  Téglise  nouvelle. 
La  première  pensée  fut  certainement  d'englober  dans  celle-ci 
l'édifice  déjà  existant.  Ce  faisant,  il  fallait  le  conserver  debout, 
pour  les  exercices  pieux,  jusqu'à  ce  que  le  service  divin  pût 
être  célébré  dans  l'autre.  De  là,  première  nécessité  de  ne  pas 
y  toucher,  tandis  que,  plus  loin,  commençaient  les  travaux 
de  l'église  nouvelle.  Ce  fut,  peut-être  cette  considération  qu^ 
fit  placer  le  clocher  de  l'église  là  où  il  est.  J'ajoute  qu'il  ne 
serait  pas  impossible  aussi  que  l'architecte  ait  eu  la  pensée 
d'utiliser  les  substructions  de  quelque  ancien  ouvrage 
romain  ou  gallo-romain  dont  la  présence  en  cet  endroit  ne 
serait  en  rien  extraordinaire.  Au  surplus,  Téglise  de  Brie 
n'offre  pas  l'unique  exemple  du  clocher  placé  comme  nous 
le  voyons.  Sans  parler  de  Melun  dont  les  deux  clochers 
enserrent,  en  quelque  sorte,  l'entrée  du  chœur,  comme  cela 
existait  à  Saint-Germain-des-Prés,  la  disposition  que  nous 
observons  à  Brie  se  retrouve  ailleurs.  A  Gonesse,  à  Longju- 
meau,  à  Wissous,  ainsi  qu'à  Saint- Victor-de-Paris,  pour  ne 
citer  que  ces  églises,  il  en  est  de  même.  Cette  ordonnance 
architecturale  paraît  ainsi  moins  surprenante,  soit  qu'elle 
ait  été  commandée  par  les  circonstances,  soit  qu'elle  fût 
regardée,  à  ce  moment,  comme  classique. 

Il  est  donc  parfaitement  certain  que  l'ancienne  église  Saint- 
Etienne,  devenue  trop  petite  ou  peut-être  menaçant  ruine, 
on  ait  songé  à  la  remplacer  par  un  édifice  plus  vaste  Lorsque 
Brie  parvint  en  des  mains  de  seigneurs  appartenant  à  la 
famille  royale,  l'ancien  oratoire  dût  paraître  peu  en  harmonie 
avec  la  situation  nouvelle  du  pays.  D'autre  part,  l'accroisse- 
ment  indéniable  de  la  population,  l'extension  de  la  ville, 
extension  dont  j'ai  donné  plusieurs  preuves,  expliquent  très 
aisément  la  nécessité  qui  s'imposa  d'édifier  une  nouvelle 
église. 

Les  travaux  durent  commencer  dès  les  premières  années 
du  XIII''  siècle  :  mais  ils  furent  à  coup  sûr  menés  avec  une 
extrême  lenteur.  Il  est  certainement  très  difficile  d'assigner 
une  date  exacte  à  la  mise  en  œuvre  du  monument.  On  ne 


446  Histoire  de  la  ville 

peut  faire  là-dessus  que  des  suppositions  Mais,  comme 
l'indique  la  construction  elle-même,  comme  il  était  d'habitude 
du  reste  de  le  faire,  c'est  dû  côte  du  chevet  et  par  la  tour  du 
clocher  que  Ton  commença.  Il  ne  peut  y  avoir  à  cet  égard 
aucun  doute.  Les  piliers  du  chœur,  leur  base,  ornée  des 
quatre  g  ides  symptorriatiques,  leurs  chapiteaux  vigoureu- 
sement traités,  mais  dont  les  crochets  n'ontpas,  encore  la 
hardiesse  des  années  postérieures  et  nedépassent  pas,  ou  ne 
dépassent  que  de  peu,  la.  bande  du  tailloir,  sont  caractéris* 
tiques.  Nous  sommes,  là,  dans  les  premières  années  du  XIII* 
siècle. 

Les  motifs  d'ornementation  des  chapiteaux,  empruntés  à 
la  flore  locale,  particulièrementà  la  vigne, au  trèfle,  â  i'ancolie 
ou  même  à  des  plantesaquàtiques,  comme  le  nénuphar,  nous 
sont  une  indication  de  plus  à  cet  égard.  Je  n'insiste  pas 
autrement  sur  des  détails  d'architecture  qui  ont  fait  ou  feront 
l'objet  d'études  spéciales  des  hommes  de  l'art,  (i) 

Je  relève  seulement,  au  point  de  vue  historique,  la  date 
probable  à  laquelle  commença  la  construction  de  i'édiliceet 
je  poursuis  en  émettant  cette  proposition  que  l'on  dut,  tout 
d'abord,  par  les  fondations  et  les  premières  assises,  tracer 
le  quadrilatère  qu'il  devait  occuper.  Il  semble  même  que 
l'architecte  ait  voulu  jeter  sur  le  sol  son  plan  général,  sauf  à 
en  exécuter  les  diverses  parties,  en  élévation,  plus  tard.  En 
elTet,  les  bases  des  piliers  du  vaisseau  sont  également  à  griffes. 
comnie  celles  du  ohœur  et  portent  comme  elles  l'empreinte 
bien  caractérisée  du  XiIT'  siècle.  M.  Blondeau  (2),  qui  a  été 
frappé,  comme  moi,  par  cette  particularité,  estime  que  les 
piliers  dressés' sur  ces  bases,  «  devaient  faire  suite  à  ceux  du 

I 

chœur  et  ont  été  refaits  ou  réparés.  »  Je  crois,  pour  ma  part, 
que  l'architecte  jeta  du  premier  coup  le  tracé  de  tout  son 
édifice,  qu'il  attaqua  le  clocher  et  le  chœur,  ainsi  que  cela  se 
pratiquait  habituellement  et  que,  postérieurement  et  aux 
époques  successives,  les  constructeurs,  dont  quelques-uns 
témoignent  une  main  peu  habile,  bâtirent  sur  ces  premières 


(1)  Bulletin  de  la  société  d'histoire  et  d'archéologie  de  Brie-Comte-Robert. 

(2)  Bulletin  de  la  Société  d'histoire  et  d'archéologie  de  Bric-Comtc-Robert. 


bE  BRI1>C0MTE-R0BER  447 

assises,  soit  en  copiant  ce  qui  avait  été  fait,  soit  en  obéissant 
aux  idées  nouvelles  en  architecture,  mais  en  se  trouvant 
obligé  de  les  plier  à  l'ensemble  général. 

C'est  même  là  je  crois,  ce  qui  a  donn  )  à  l'église  de  Brie- 
Comte-Robert  cette  apparence  d'unité  majestueuse,  dont 
parle  Guilhermy,  mg^jgré  rapf)ort  architectural  de  trois 
siècles,  aux  tendances;  assez  éloignées  les  unes  des  autres. 

Une  question  se  pose,  ici,  sur  laquelle  M.  Blondeau  a  très 
justement  attiré  l'attentjondeses  lecteurs,  malheureusement 
sans  y  répondre.  «  Lp  chevet  (de  l'église  de  Brie-Comte- 
Robert),  dit-il,  par  une  irrégularité  qui  serait  intéressante  à 
chercher,  se  termine  par  un  prgnon  droit,  tandis  que  dans 
les  autres  églises  contemporaines,  les  chevets  formant  le 
chœur,  sont  généralement  de  forme  circulaire.»  Il  se  pourrait 
peut-être,  que  primitivement,  l'architecte  ait  eu  l'intention 
de  faire  un  chevet  circulaire  et  que  son  plan  ait  été  modifié 
par  la  suite,  soit  par  raison  d'économie,  soit  faute  de  place. 
Cependant,  est-il  constant  que  l'habitude  fut  à  l'époque  de 
faire  des  chevets  circulaires  ?  On  pourrait,  au  contraire,  citer 
plusieurs  églises  de  l'époque  qui  se  terminent  par  un  mur 
droit.  Je  citerai,  au  hasard,  l'église  de  Champagne,  celle  de 
Beaumont-sur-Oise,  qui,  toutes  deux,  se  rapprochent  beau- 
coup de  l'église  Saint-Etienne  et  dont  les  architectes  sem- 
blent s'être  inspirés  de  N.-D.  de  Paris,  les  églises  de  Saint- 
Gernîain-de-Charonne,  de  Wissous,  de  I  on'gjumeau.  Ce 
n'était  donc  pas  une  règle  absolue  pour  les  constructeurs  du 
XIIP  siècle  de  terminer  le  chœur  en  abside  avec  rond-point. 
J'ajoute  que,  peut-être,  l'architdcte  qui  traça  Je  monument 
obéit,  en  adoptant  cette  disposition,  à  une  pensée  que  pro- 
voque l'aspect  de  l'égliue.  La  nef,  malgré  ses  harmonieuses 
proportions,  laisse  échapper,  déjà,  son  peu  de  largeur  qui 
donne  d'ailleurs  à  la  voûte  un  remarquable  et  gracieux  élan- 
cement. La  terminaison  circulaire  eut,  à  coup  sûr,  rompu 
l'harmonie  générale  de  l'édifice  en  amincissant,  par  la  pers- 
pective, la  largeur  du  vaisseau  central,  et  en  imprimant 
ainsi  à  l'ensemble  un  caractère  grêle  qu'il  n'a  pas.  Du  reste, 
nous  ne  saurions  regretter  le  mur  droit  du  chevet,  surtout 
s'il  était  remis  en  l'état  où  l'avait  imaginé  l'architecte  primi. 


42f8  HISTOIRE   DE  LA  VILLE 

tif.  Avec  SCS  trois  fenêtres  du  bas  (i),  la  galerie  à  jour  de 
1  étage  supérieur  (2)  et  sa  magnifique  rosace  par  dessus,  ce 
pignon  devait  être  un  véritable  éblouissement  de  tons  chauds, 
comme  un  embrasement  qui  devait  splendidement  irradier 
l'édifice  entier  (3)  et  en  faire  jaillir  les  lignes  dansune  flamme 
d'ardente  poésie,  cette  sœur  aînée  de  la  prière. 

Je  disais,  plus  haut,  à  propos  de  Notre-Dame  de  Paris,  que 
l'érection  de  tels  monuments  ne  p-  »uvait  se  faire  uniquement» 
comme  on  le  croit  dans  le  vulgaire,  avec  le  travail  purement 
mécanique  des  serfs  et  des  corvées.  Les  faits  sont  là  qui  le 
prouvent.  Le  long  temps  généralement  mis  à  construire  ces 
édifices  merveilleux  est  la  preuve  des  difficultés  matérielles 
que  l'on  rencontrait  et  la  principale  était  la  question  d'ar- 
gent. Combien  ce  que  j'avançai  pour  l'église  Notre-Dame 
doit  être  vrai  pour  Téglise  de  Brie-Comte-Robert.  A  Paris,  la 
munificence  royale,  celle  des  riches  bourgeois  et  le  concours 
assurément  très  large  du  Chapitre  ne  permettaient  pas  de 
construire  la  métropole  en  moins  de  trente  ans.  On  mettait 
ailleurs,  comme  à  Chartres,  des  cinquante  ans  à  ériger  un 
monument  de  cette  nature,  cela  dans  des  centres  riches  ou 
aisés. 

A  Brie,  avec  des  ressources  moindres,  avec  des  moyens 
plus  restreints,  la  construction  devait  marcher  bien  plus 
lentement.  Nous  en  avons  la  preuve  en  rapprochant  la  date 
de  la  mise  en  place  des  premiers  matériaux  et  celle  de  la 
dédicace.  Je  ne  veux  pas.  dire  qu'au  point  de  vue  rituel,  la 
dédicace  fut  absolument  nécessaire  pour  célébrer  dans  l'é- 
glise, nouvellement  construite,  le  service  divin  ;  cette  consé- 
cration, pourtant,  marque  une  sorte  de  terminaison  dans  les 
parties  principales  de  l'édifice.  Du  reste,  une  preuve  écrite 


(I)  Malheureusement  aveug'èes  depuis  la  fin  duiS'  siècle. 

{2}  Les  vitraux  de  cette  galeiie  ne  sont  point  parvenus  jusqu'à  nous.  Une  restauration  qui 
ne  semble  pas  s'être  suffisamment  inspirée  des  tons  éclatants  de  la  rosace  a  mis  a  la  place  de 
vitraux  sans  beaucoup  d«  valeur,  paraît-il.  une  sorte  de  grisaille  colorée  qui  ne  produit  pas 
le  plus  heureux  effet.  Il  serait,  dans  tous  les  cas,  utile  puisque  on  se  proppse  de  créer  un  musée 
à  Brie  d'y  placer  les  vitraux  descendus  de  cette  galerie  en  les  plaçant  à  l'exposition  la  plus 
favorable.  Les  caisses  de  ces  vitraux  sont,  m'a-t-on  dit,  au  presbytère.    . 

(3)  M  ne  faut  pas  oublier  que  le  plan  primitif  ne  comportait  pas  de  chapelles  latérales  dans 
les  bas-côtés.  CeuX-ci  auraient  du.  alors,  uniquement  être  éclairés  par  des  petites  fenétrrs  lan- 
céolées dont  il  nous  reste  un  type. 


DE    BRIE-COMTE-ROBERT  449 

nous  dit  que  l'église  Saint-Etienne  était  considérée  comme 
neuve,  comme  récente,  dans  la  seconde  moitié  du  XIV**  siècle. 
Cette  preuve,  je  l'ai  administrée,  au  cours  de  l'examen  des 
comptes  de  la  reine  Jeanne.  C'est  là  une  expression  dont 
nous  devons  tenir  compte  dans  la  question. 

Ces  données  me  conduisent  à  croire  que  l'église  Saint- 
Etienne  fut  plutôt  l'œuvre  de  la  bourgeoisie  et  de  la  population 
briarde.  Sans  doute,  les  seigneurs  du  pays  durent  concourir 
a  ce  travail,  mais  l'elTort  principal,  TelTort  continu  me  parait 
avoir  été  fait  uniquement  par  les  habitants.  Absolument 
rien,  d'ailleurs,  ne  nous  est  resté  d'une  participation  quel- 
conque  du  seigneur  dans  les  dépenses  engagées.   Même 
dans  les  comptes  de  la  reine  Jeanne,  il  ne  se   trouve  pas 
une  ligne,  pas  un  article  ayant  traita  une  coopération,  voire 
temporaire,  à  l'œuvre  commune.  Nous  aurons  plus  loin,  il 
est  vrai,  à  parler  de  ses  dispositions  testamentaires  envers  la 
fabrique,  mais  il  n'y  a  là  que  l'institution  d'un  service  reli- 
g-jeux  dont  elle  assure  l'exécution  par  une  rente  appropriée. 
Je  crois  bien,  toutefois,  que  des  dons,  des  libéralités  furent 
faites  par  les  seigneurs  pour  aider  à  l'érection  du  monument. 
II   me   paraîtrait   invraisemblable  qu'il  en   fût  autrement. 
Cependant—-  et  j'insiste  sur  ce  point  —  la  construction  de 
l'église  Saint-Etienne  fut  entreprise  et  menée  à  bonne  lin  par 
la  population.  C'est  là,  à  mon  sens,  ce  qui  explique  la  lenteur 
des  travaux,  mais  c'est  aussi,  je  crois,  une  des  causes,  en 
dehors  de  celle  que  j'ai  énoncée  plus  haut,  qui  lit  l'unité  rela- 
tive qui  présida  à  leur  exécution  et  à  leur  achèvement,  de 
siècle  en  siècle.  Le  corps  des  marguilliers,  dépositaire  certain 
du  plan  primitif,  devait  en  maintenir,  jalousement,  la  tradi- 
tion contre  les  novateurs. 

Nous  savons  la  date  exacte  de  la  dédicace  de  l'église.  Elle 
eut  lieu  le  dimanche  après  la  Quasimodo  (c'est-à-dire  le 
deuxième  dimanche  après  Pâques)  l'an  i363.  Lebeuf  dit 
d'ailleurs  que  «  l'anniversaire  de  la  dédicace  s'y  célèbre  le 
dimanche  après  la  Quasimodo  ».  Il  nous  reste,  d'ailleurs,  un 
monument  de  cette  solennitéc  On  le  trouve  dans  un  Inventaire 

29 


4X)  HISTOIRE  DE   LA  VILLE 

des  titres  de  Véglise  Saint-Etienne  (i),  dont  je  parlerai  en  son 
lieu,  sous  forme  de  Lettres  dont  voici  la  teneur  : 

f. étires  Je  la  déJicasse  et  les  pardons  et  indulgences  de  la  dicte  église 

données  par  notre  satnct  père. 

Item  unes  lectres  faictes  et  passées  sous  le  scei  de  la  prévosté  dn 
dit  brave  le  mercredi  vingt  deuxiesme  jour  du  mots  dt  febvrier  mil 
trois  cens  soixante  et  dix  neuf  signées  J.  Bonté,  ea  quoy  appert  Racal 
Picart  ei  Gillette  sa  femme,  bourgois  du  dit  braye,  à  nous  recognat 
comme  feu  GodcfTroy  Piquart,  père  du  dit  Raoul,  meu  de  dévocion 
cust  faict  dédier  la  dite  église  mons.  Sainct  Estienne  et  fait  constituer 
en  la  dite  église,  confrarie  de  la  Dédicacion  en  Ihoaneur  de  Dieu,  de 
sa  benoiste  mère  et  mons.  Sainct  Estienne  patron  de  la  dite  église,  et 
icelle  confrarie,  le  dit  Godeffroy  Piquart  cust  voulu  fonder  et  dooer 
la  some  de  quatre  livres  parisis  de  rente  à  tousjours.  selon  certaine 
institucion  et  ordonance  faicte  par  le  dit  Godeffroy  rédigez  es  dictes 
lettres  en  quoy  aussi  appert  que  les  pardons  et  indulg-ences  dessus 
declairez  donées  par  le  Pappe  Innocent  sur  larticle  inventorié  U) 
furent  publiées  en  la  dite  église  mons.  Sninct  Estienne  par  Messire 
Jehan  de  Meullanc.  evesque  de  Pais,  par  levesque  de  Carpentras, 
son  vicaire,  lan  mil  trois  cens  soixante  et  trois  le  dimanche  de  •5\fw- 
r/co;(fij  tA;/;/////  (j),  auquel  jour  la  dite  église  fui  dédiée  et  ordona 
icelle  dédication  estre  célébrée  au  dit  jour  et  dona  quarante  jours  de 
vray  pardon  et  lict  les  ordonances  cl  con*^titution  dicelle  confrarie  à 
linstancc  du  dit  Ciodciïroy  applain  declairez  estre  lettres  en  quoy, 
entre  aultres  choses,  appert  que  les  curez  de  la  dicte  église  le  len- 
demain de  la  feste  de  la  dcdicacion  feront  cellebrer  une  messe  de 
'hiejjuirm  pour  le  salut  de  lame  messire  Estienne  de  la  Fontaine,  jadiz 
curé  du  dit  braye.  qui  les  dits  pardons  et  indulgences  impétra  du  dit 


(1)  Conservé  aux  Archives  commun.Tics  de  Brie-Comte-Robert. 

(2)  Larticle  inventorié  dont  il  est  parlé  ici  est  celui  qui.  dans  Y  Inventaire,  précède  immédia- 
tement \*">  Lettrei  de  la  didiiace.  Il  e^t  ainsi  conçu  :  «  Letlrc^  des  pardons  tt  induls^ences  donees  pcr 
notre  sainct  père  le  pape.  —  Item  unes  lettre>  et  bulles  donées  en  Avignon  sous  les  sceaulx  du 
saint  siet;e  apostolique,  en  quoy  appert  le  pape  Innocent  avoir  donné  et  relâché  à  tous  vrav> 
confis  et  reppent;«ns  qui  visiteront  dévotement  la  dicte  église  mons.  Sainct  Estienne  de  Brave 
(2omte  Robert  et  donneront  de  leurs  biens,  le  jour  de  la  Nativité  Nostre  Seigneur,  de  la  Cir- 
concision, le  jour  des  Roys.  de  lApparition.  delà  glorieuse  résurrection,  de  la  sumption  delà 
Penthecoste,  toutes  les  Testes  de  Nostre  Dame,  de  Sainct  Michel,  de  Sainct  Jehan  baptiste  de 
Sainct  Pierre  et  Samct  Pol.  de  Sainct  Jehan  appostre  et  évangélistc.  de  Sainct  Jacques  de 
Sainct  Hstienne.  de  Samct  Marc,  de  Sainct  Martial,  de  Sainct  Nicolas,  de  Sainct  Liénard  de 
la  dedicas»ie  de  la  dicte  église,  de  la  teste  de  Toussains  et  le  jour  du  grand  vendredi  un"  an 
et  quarante  jours  de  leurs  p-nitences  enjoinctes  par  chascun  jour  des  dictes  festes. 

fV  Mtscncord'a  domini  sont  les    premiers  mots  de  Vlntroït  de  la   messe   du   dimanche  après 
(luasimodo.  On  sait  ijue  les  dimanches  qui  précédent  et  suivent  ceux  de  la  Passion  et  de  Pâques 
«ou  a  n>i  désignes..  Le  dimanche  avant  la  Passion  est  Latare  ;  celui  qui    le    précède  OcvlU 
c?lui  qu    suit  Pâques  Qit.nirrxodo,  etc..  etc.   Misericordia  domini  est  donc  \c  second  dimanche  «près 
Pa  ]ies. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  46 1 

papp:  Innocent,  son  maistre  (i),  et  aussy  pour  les  âmes  des  frères  et 
conseurs  de  la  dite  confrarie  trespassez.  En  quoy  aussy  appert  le  dit 
GodefTroy  avoir  ordonné  une  messe  estrc  cellebrée  chascune  sepmaine 
au  jour  du  lundi  à  perppétuité  au  grant  autel  de  la  dite  esglise  pour 
le  salut  de  son  âme,  de  ses  père  et  mère,  des  confrères  et  des  conseurs 
de  la  dite  confrarie  laquelle  messe  seroit  et  est  fondée  de  quatre  livres 
parisis  de  rente  annuelle  et  perpétuelle  à  prendre  chascun  an,  cest 
assavoir  tant  sur  une  meson  assise  de  les  la  dicte  esglise  tenant  dune 
p.irt  à  la  meson  feu  Arnoul  Foulcher,  chargée  de  quatre  deniers 
parisis  de  cens  et  de  quatre  livres  parisis  de  rente,  decquelz  quatre 
livres  les  maistres  et  proviseurs  de  la  dite  confrérie  en  pourront 
prendre  vingt  solz  après  le  dit  fons  de  terre,  comme  sur  dix  arpens 
de  terre  scituez  et  assis  de  les  le  chemin  qui  tend  du  dit  brave  conte 
robert  au  Breil  (2)  tenant  dune  part  aux  terres  maistre  Jehan  de  Beau- 
rouvre,  clerc,  et  aux  terres  Symon  de  Verneil,  escuier,  lesquelz  dix 
arpens  de  terre  le  dit  Godefroy  avoit  faict  admortir  lesquelz  furent 
prisiez  à  pris  de  terre  à  la  valleur  de  soixante  solz  parisis  par  an  et 
que  iceu'x  dix  arpens  seroient  baillez  par  les  maistres  et  proviseurs 
de  la  dite  confrarie  po ar  et  ou  prouffict  dicelle  comme  au  plus  offrant 
et  dernier  enchérisseur,  et  lesquelz  dix  arpe  s,  après  le  décès  du  dit 
Godeffroy  Picquart,  avoient  esté  délaissés  à  la  dite  confrarie  par  le 
dit  Raoul  Picquart  pour  la  dite  somme  de  soixante  solz  parisis  en 
as-iette  de  terre,  par  lesquelles  lettres  aussy  appert  avoir  esté  ordoné 
que  les  maistres  et  proviseurs  de  la  dite  confrarie  rendront  compte 
aux  confrères  et  conseurs  dicelle  des  debtes  et  estât  de  la  confrarie 
et  que  sil  y  a  aulcun  résidu  quil  sera  converty  et  employé  an  prouf- 
fict de  la  dite  église. 

Nous  avons,  par  le  document  qui  précède,  la  date  certaine 
de  la  dédicace,  au  moins  quant  à  l'année.  L'inventaire  de 
1774,  auquel  j'ai  déjà  fait  des  emprunts,  prétend  que  cette 


'  i)  Il  sagit,  ici.  du  pape  Innocent  VI  qui  fut  élu  pape,  a  Avignon.  le  18  décembre  13^2.  Il 
s'appelait  Ftienne  Aubert,  et  était  né  â  Beissac,  prés  de  Pompadour,  dans  le  Limousin.  II  occu- 
pait avant  son  élévation  au  pontificat,  la  chaire  de  droit  civil  à  Toulouse,  puis  l'évéché  de 
Noyon  et  c  lui  de  Clennont.  Il  mourut  «  consumé  de  vieillesse  et  de  maladie  »,  le  12  septem- 
bre i^i2.  Il  protégea  les  gens  de  lettres  et  favorisa  quelques  uns  de  ses  parents  qui,  du  moins, 
honorèrent  son  choix.  Os  reiLseignements  nous  permettent  d'établir  que  Etienne  de  la  Fon- 
taine était  mort,  curé  de  Brie,  entre  13^2  et  1562.  Il  n'y  aurait  rien  d'impossible,  aussi,  à  ce 
qu'ttienne  de  U  Fontaine  .ippartint  à  la  famille  d'où  sortit,  trois  siècles  plus  tard,  l'illustre 
fabuliste.  On  sait  que  ce  dernier  était  de  Château-Thierry.  Si  Etienne  de  la  Fontame  était 
originaire  de  ce  pays,  il  se  pourrait  fort  bien  qu'il  ait  pu  être  remarqué,  encouragé  par 
Etienne  Aubert.  alors  évéquc  de  Noyon.  Peut-être,  ce  dernier    lui  servit-il  de  parrain. 

1,2)  C'est  le  chemin   qu'on  appelait  au   XIII«  siècle  l'ancien  chemin  du  Breiul  (V.  p.  190)  et  qui 
nous  est  resté,   à    peu    près,   sous  le  nom  de  chemin  de  Lagny  ou  de  Ferrolles.  C'est  là,  en 
effet,   que  se  trouvait  le  fonds  de  terre  appelé  la  Dédicace  ou   la  dianti  de   Gloriette  (à  la  cure), 
entre  le  chemin  de  Lagay  et  celui  de  Lasigny. 


4^2  HISTOIRE   DE   LA    VILLE 

cérémonie  eut   lieu  le  dimanche  des  rameaux,  au  lieu  du 
deuxième  dimanche  après  Pâques.  Voici,  du  reste,  comment 
il  s'exprime  :  «  liem  un  vieil  inventaire  qui  n'a  ny  commen- 
cement ni  fin  et  qui  constate  néantmoins  que  lan   i363  le 
dimanche  de  mars  jour  des  Rameaux  fut  fait  la  dédicace  de 
Téglise  de   Brie-Gomte-Robert  par  Mgr  Jean   de  Meulan, 
évêque  de  Paris  et  Mgr  l'évêque  de  Carpentras  son  grand 
vicaire  auquel  jour  furent  publiées  des  indulgences  accordées 
à  la  ditte  Eglise  en  faveur  de  la  ditte  dédicace  et  en  Ihonneur 
des  apôtres  pour  laquelle  confrérie  fut  donné  quatre  livres 
parisis  de  rente  et  les  dittes  indulgences  accordées  par  le 
pape  Innocent  VI  à  Rome  lan  1451  le  douze  juillet.  »  A  vrai 
dire,  les  assertions  de  cet  inventaire  me  paraissent  entachées 
d'erreur.  D'abord  les  lettres  datées  du  12  juillet  1451,  dont 
je  parlerai  par  la  suite,  sont  indiquées  dans  l'inventaire  de 
i5o7  comme  ayant  été  délivrées  par  «  plusieurs  cardinaux  ». 
D'autre  part,  les  indulgences  délivrées  en  1451  ne  pouvaient 
être  signées  par  Innocent  VI,  ce  pape  étant  mort  en  i362.Il 
ne  saurait  y  avoir  erreur  sur  le  millésime,  car  si  une  erreur 
avait  fait  lire  14^1  pour  i3?i,  les  lettres  de  pardon  susvisées 
ne  sauraient  être  attribuées  à  Innocent  VI  qui  ne  fut  élevé  à 
la  tiare  qu'en  i352.  Le  rédacteur  de  l'inventaire   de  1774  a 
évidemment  mal  lu  et  mal  rapporté  le  document  qu'il  avait 
sous  les  yeux  et  qui,  d'ailleurs,  ala  peinturequ'il  nous  en  lait 
devait  être  en  très  mauvais  état  et  incomplet.  C'est  peut-être 
à  une  erreur  semblable  qu'il  faut  attribuer  l'assertion  qui 
place  le  dédicace  de  TEglise  de  Brie  au  jour  des  Rameaux. 
Je  m'en  tiens,  p(jur  ma  part,  au  jour  que  j'ai  indiqué  pour 
deux  raisons   :   la  première  est  que   l'introït  du  deuxième 
dimanche  après  Pâques  (rituel  romain.)  commence  bien  par 
ces  mots  Misericordia  divini  que  nous  rapporte  l'inventaire 
de  ixj'j  :  la  seconde  est  que  le  jour  ainsi  désigné  est  précisé- 
ment celui  auquel  on  célébrait  l'anniversaire  de  la  dédicace, 
â  ce  que  nous  aftirme  l'abbé  Lcbœuf,  qui  sur  de  tels  points 
était  parfaitement  renseigné. 

Au  surplus,  j'estime,  malgré  la  difficulté  que  je  signalais 
plus  haut,  qu'il  n'est  pas  impossible  de  déterminer,  à  un  très 
petit  nombre  d'années  près,  l'époque  â  laquelle  fut  décide 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  453 

et  commencé  l'agrandissement  de  l'ancienne  église  Saint- 
Etienne.  Selon  moi,  il  faudrait  placer  ce  fait  vers  1249.  C'est 
encore  Y  Inventaire,  ci-dessus  visé,  (i)  qui  me  permet  d'énoncer 
cette  hypothèse.  J'y  trouve,  en  effet,  l'article  suivant,  le 
premier  d'ailleurs  du  document,  qui  est  présenté  sous  ce 
titre  :  «  Ung  messel  auquel  est  contenu  la  déclaration  des  saincles 
reliques  de  cette  église.  » 

Et  premièrement,  ung  viel  et  ancien  messel,  couvert  de  cuir  blanc 
lequel  se  comence  ou  premier  fueillet  dominus  vobiscum,  et  puis  après 
liber  generalionis  et  finissant  qiiod  unquam  deseras  lue  genlis  amen  en 
la  prose  gaiide  sion  ouquel  messel  mesmes  ou  calendrier  dicelluy  ou 
moys  de  janvier  sur  la  marge  estoit  escript  ce  qui  après  ensuit. 

He  sunt  reliquie  quos  attulit  fraie r  Robertus  de  Braye  ordinis  fratro^ 
rum  minorum  parisiensis  atris  marinis  part^bus  et  dédit  ecclesie  de 
Braya.  Ce  sont  les  reliques  que  Robert  de  Brie  de  l'ordre  des  frères 
mineurs  du  diocèse  de  Paris  apporta  des  lointaines  régions  marines  (2) 
et  qu'il  donna  à  l'église  de  Brie. 

Quamdam  spinam  de  corona  domini  et  de  herba  de  qua  Juit  ligaia 
corona  domini.  Une  épine  de  la  couronne  du  Seigneur  et  de  l'herbe 
avec  laquelle  fut  liée  cette  couronne. 

De  ligno  dominice  crucis.  Du  bois  de  la  croix  du  Seigneur. 

De  vestimento  Sancle  Virginis,  (Un  morceau)  du  vêtement  de  la 
Sainte  Vierge 

De  cingulo  ejus.  De  sa  ceinture  (de  la  Sainte  Vierge). 

De  unguibus  Sancti  Francisai.  Des  ongles  de  Saint  François. 

Pars  maxillare  Sancti  Slephani  cum  una  dente.  Une  portion  de  la 
mâchoire  de  Saint  Etienne  avec  une  dent. 

De  osse  Sancte  Catherine.  Des  ossements  de  Sainte  Catherine. 

De  oleo  quod  manat  de  corpore  ejus.  De  l'huile  qui  déco.ule  du  corps 
(de  Sainte  Catherine). 

De  Sancto  Simone,  appostolo.  (Des  reliques)  de  Saint  Simon, 
apôtre. 

(  I  )  Cet  inventaire,  qui  nous  fournira  d'utiles  renseignements,  est  un  manuscrit  in-quarto  sur 
parchemin,  relié.  On  lit,  à  la  fin  du  volume  la  note  suivante  : 

a  Le  présent  manuscrit  a  été  donné  à  la  fabrique  de  la  Paroisse  Saint-Etienne  de  Brie-Comtc- 
Robert  par  M"  Laborie  qui  en  étaient  les  propriétaires  par  l'adjudication  judiciaire  qui  leur  en 
a  été  faite  à  l'inventaire  de  M.  Guéret,  curé  de  Saint-Paul.  »  (à  Paris).  A  la  suite  de  cette  note 
sont  les  deux  lignes  suivantes  : 

a  Manuscrit  appartenant  à  M.  Pascal,  docteur  médecin  à  Brie-Comte-Robert,  b 

{2)  Ce  passage  ne  saurait  étonner.  On  sait  que  François  d'Assise  —  de  son  vrai  nom  Jean 
Bernardone  —  fonda  l'ordre  des  Frères  mineurs,  connu  aussi  sous  le  nom  de  Franciscains  ou 
de  Cordeliers,  vers  12 lo.  mais  qui  ne  tut  définitivement  approuvé  par  bulle  papale  que  le  29 
novembre  1223.  François  d'Assise  envoyait  les  frères  en  mission  jusque  dans  les  pays  les  plus 
lointains.  Robert  de  Brie  revenait  probablement  d'une  mission  semblable  quand  il  rapporta 
tes  reliques  dont  il  est  question. 


464  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

De  Sanc'o  Thomas,  appostolo.  (Des  reliques)  de  Saint  Thomas, 
apôtre. 

De  Sanclo  "Philippo^  appostolo.  (Des  reliques)  de  Saint  Philippe, 
apôtre. 

De  Sancto  Dionisio.  (Des  reliques)  de  Saint  Denis. 

De  captte Sanctt  Blasii.  De  la  tête  de  Saint  Biaise. 

De  Sancta  Mena^  martire.  (Des  reliques)  de  Sainte  Madeldne  (i)  (>) 
martyre. 

De  Sancta  Anasthazia^  virgine  et  martire.  (Des  reliques)  de  Sainte 
Anaslasie.  vierge  et  martyre. 

De  rupe  uhi  sedet  ritbens  in  qiin  appantit  Dominus  Moisy,  De  la 
roche  où  était  le  buisson  ardent  au  milieu  duquel  le  Seigneur  apparut 
à  Moïse. 

Has  omnes  reliquas  dédit  et  concedit  frater  Robertiis  anno  T>omino 
i2jfr^  circa  festam  piirificationis  béate  marie.  Le  frère  Robert  donna  et 
concéda  ces  reliques  (à  l'église)  l'an  du  Seigaeur  1249  vers  la  fête  de 
la  purification  de  la  Vierge  (2  février). 

L'importance  et  le  nombre  de  ces  reliques  laissent,  je  crois, 
l'impression  qu'elles  étaient  destinées  à  une  église  impor- 
tante. On  peut  les  considérer  comme  le  fonds  du  sanctuaire, 
restauré,  agrandi,  établi  enfin  sur  des  proportions  nouvelles. 
Et  je  ne  m'étonne  pas  de  trouver,  ici,  comme  donateur  de  ces 
restes  précieux  pour  les  âmes  religieuses,  trésors  qui  de- 
vaient, dans  sa  pensée,  donner  un  éclat  et  une  illustration 
singuliers  à  Saint-Etienne,  Robert  de  Brie,  appartenant, 
évidemment,  à  cette  vieille  famille  autochtone  que  nous 
retrouvons  toujours,  à  travers  les  siècles.  Il  est  donc  logique 
de  supposer  que,  dès  celte  époque  '  12491,  l'église  Saint- 
Etienne  était  en  voie  de  reconstruction. 


(  !)  Je  traduis  Mena  par  MadaUna.  d'après  le  r  igné  abréviatif  qui  surmonte  le  nom  de  la  Sainte. 
Il  s'agirait  alors  de  Sainte  Marie-Vadoléne  dont  parle   l'Evangile.  Quelques  auteurs  grecs  du 
7*  siècle  la  font  aller  à  hphese  après  l'Ascension  de  Jésus-Christ  et  assurent  qu'elle  y  mourut 
et  fut  enterrée  en  l'an  90.  L'empereur  I.éon-lc-Philosophe  fît  transporter  ses  reliques  à  Cons- 
tantinople.  Fn  1216.  le  pape  Hononus  III.  qui  les  tenait  vraisemblablement  des  croisés  les  fît 
enfermer  a  Saint-Jean-de-l.atran  à  Rome.  Cette  Madelene  ne  serait  autre  que  la  fameuse  péche- 
resse de  l'Hvangile.  11  est  a  remarquer  que  l'inventaire  ne  lui  donne  pas  le  titre  de  a.  viereeet 
martyre  »  comme  à  Sainte  Anastasic.   qui  suit.  J'avoue,   d'ailleurs,  que    le  titre    de  martyre 
accordé,  ici,  a  Sainte  Madelene  me  déroute  un  peu.  Je  ne  crois  pas  qu'elle  ait  été  niartvrisée. 
car  sa  fête  aux  .Missels  est  inscrite  au  22  juillet  sous  la  rubrique  :  .S.  Maria  MagdaUnée  Pétnit.  11 
faut  bien  se  dire  aussi  qu'.i  cette  époque  tout  saint  ou  sainte  était  considéré  comme  ayant 
soufieit  le  ni.iilyr  p.nr  le  commun  des  fidèles.  Combien  de  ceux-ci.  même  de  nos  jours,  sont 
renseignés  sur  ces  points  d'exégèse  religieuse  r 


bÈ  Bl^IÈ-COMTE-ROBERT  45S 

S'il  reste  encore  quelques  incertitudes  sur  ce  sujet,  il  n'en 
saurait  être  de  même  pour  la  fondation  de  deux  chapelles,  les 
plus  anciennes  certainement  de  toutes  celles  qui  furent,  à 
leur  instar,  construites  en  addition  du  mur  de  clôture  des 
bas-côtés.  Il  est  à  remarquer  que  toutes  deux  se  faisaient 
vis-à-vis,  en  face  la  première  travée  du  chœur,  ainsi  que  l'in- 
dique un  plan  de  distribution  annexé  à  un  Inventaire  de 
l'église  du  28  octobre  1774.  La  première  en  date,  dédiée  à 
Sainte  Marguerite,  était  située  dans  le  bas-côté  septentrional, 
la  seconde,  dédiée  à  Saint  Jean,  dans  le  bas-côté  méridional. 

La  plus  ancienne  fait  l'objet  d'un  diplôme  de  Charles  IV  qui 
venait  d'épouser,  en  troisièmes  noces,  Jeanne  d'Evreux,  dame 
de  Brie-Comte-Robert.  Guérard  a  mentionné  ce  diplôme  ainsi 
que  les  lettres  d'amortissement  et  de  donation  dans  le  Cartu- 
laire  de  N.-D.  de  Paris  (i). 

«  Charles  IV,  roi  de  France  et  de  Navarre,  confirme,  sur  la 
demande  d'Agnès  la  Vannière,  dame  de  Bien-Assise  (2),  la 
fondation  par  elle  faite  d'une  certaine  chapelle  dans  l'église 
de  Brie  et  dit  que  les  biens  situés  sur  le  territoire  de  cetie 
ville,  aflectés  par  la  fondatrice  au  chapelain  de  la  dite 
chapelle  seront  possédés  gratuitement  par  celui-ci  en  main- 
morte. Ce  diplôme  est  daté  de  Paris,  du  mois  de  janvier 
i326  (i327  n.  s.). 

«  Le  i3  février  de  la  même  année  (vendredi  après  l'octave  de 
la  Chandeleur)  Agnès  la  Vanière,  dame  de  Bien-Assise,  em- 
ploie à  la  fondation  d'une  chapelle  «  dédiée  à  la  Vierge  (3i  » 
dans  l'église  de  Braie  les  immeubles  et  rentes  amortis,  plus 
d'autres  immeubles  situés  en  territoire  de  Braie  d'un  revenu 
de  sept  livres  parisis.  » 


(1)  Op.  cit.  t.  111.  pp.  185.  186. 

(2)  Il  s'est  établi,  parfois,  quelque  confusion  entre  Bien-Assise  et  Belle-Assise.  Celui-ci  est 
le  fief  sis  à  Villemeneux  dont  j'ai  parle  plus  haut  ;  lautre  a  '»partient  à  la  commune  de  Jossi- 
gny  (cant.  de  Lagny,  arrond.  de  Meaux).  o  Dans  les  écarts  de  cette  paroisse  (Jossigny;,  écrit 
l'abbé  Lebccuf.  le  lieu  qui  paraît  le  premier  connu  est  Belle-Assise,  où  il  y  a  un  château  sur 
une  éminence,  suppose  qu'il  soit  le  même  que  Bien-Assise,  ce  que  je  crois,  puisqu'on  le  pro- 
nonce Bien-Assise.  Ce  qui  dénote  l'antiquité  de  Bien-Assise  est  qu'une  dame  de  ce  lieu  fonda 
en  1526  une  chapelle  de  Sainte  Marguerite  a  Brie-Comte-Robert,  donnant  pour  cela  des  biens 
situés  aux  environs,  à  Centeny,  etc..  » 

(3)  11  y  a  là  une  erreur  difficile  à  s'expliquer.  La  chapelle  Sainte-Marguerite  est  bien  la  plus 
ancienne  fondée  dans  l'église  de  Brie-Comte-Robert. 


456  HISTOIRE  DE  LA  VILLE 

Les  immeubles  et  rentes  précédemment  donnés  avaient  été 
amortis  ainsi  qu'en  témoigne  l'acte  suivant,  cité  par  Guérard  : 

«  Frère  Lyénard  de  Thibaites,  visiteur  général  de  ça  les 
monts  de  Tordre  de  Saint-Jean-de-Jérusalem,  amortit  au 
profit  d'Agnès,  veuve  de  Henri  le  Vanier,  chevalier,  moyen- 
nant vingt  sols  parisis  de  cens  annuel  et  perpétuel,  onze 
arpens  trois  quarts  de  terre  labourables,  demi  arpent  de 
vigne,  un  arpent  et  demi  de  pré  et  onze  sols  de  rente  que  la 
dite  dame  possédait  dans  la  censive  de  la  Commanderie  de 
Genteny,  appartenant  autrefois  à  l'Ordre  du  Temple. . .  Donné 
à  Paris  en  notre  général  chapitre  le  mercredi  après  la  fête  de 
Saint-Barnabe,  apôtre,  Tan  i326  (juin).  » 

La  fondation  de  la  chapelle  Sainte-Marguerite  remonterait 
donc  au  premier  quart  du  XIY*  siècle,  et  comme  elle  fut  cons- 
truite en  perçant  la  maçonnerie  qui  formait  la  clôture  des  bas- 
côtés,  il  faut  bien  admettre  que  cette  clôture  existait  à  ce 
moment.  11  n'est  pas  possible,  en  effet,  de  croire  un  seul 
instant,  que  la  baie  d'éclairage  de  la  chapelle  en  question  soit 
contemporaine  du  mur  de  clôture  ;  je  parle  ici  uniquement 
au  point  de  vue  de  la  construction  qui  atteste,  tant  dans 
l'exécution  que  dans  les  matériaux  employés  pour  le  mur  de 
l'église  et  pour  celui  de  la  chapelle,  une  différence  notable. 
Cette  observation  corrobore  ce  que  dit  M.  Blondeau  au  sujet 
des  bas-côtés 

«  Primitivement  clos  par  une  maçonnerie  percée  dans 
chaque  travée  d'une  petite  baie  en  ogive,  la  décoration  de  ces 
bas-côtés  a  été  ordonnée  de  la  manière  suivante.  En  face  de 
chacun  des  piliers  de  la  nef,  et  adossé  au  parement  du  mur 
intérieur,  est  un  accouplement  de  colonnes  jumelées  avec 
bases  et  chapiteaux  sculptés,  recevant  la  retombée  des 
nervures  d'arêtes  et  d'arcs  doubleaux  soutenant  les  voûtes. 
Ces  dernières  (colonnes)  daîis  le  style  du  XIIP  siècle  seraient 
encore  probablement  conservées  presque  intactes  sans  l'addi- 
tion postérieure  des  chapelles  latérales.  » 

Ainsi,  d'une  part,  l'observation  architecturale,  de  l'autre, 
la  preuve  documentaire  établissent  avec  certitude  que  l'en- 
ceinte, sinon  le  vaisseau,  de  l'église  Saint-Etienne  existait  au 
commencement  du  XIV*  siècle.  Le  don  de  reliques,  fait  en 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  467 

1249  par  Robert  de  Brie,  laisse  parfaitement  supposer  qu'à 
cette  date,  l'église  Saint-Etienne  était  en  voie  de  considérable 
accroissement.  Il  n'y  aurait  donc  aucune  difficulté  à  admettre 
que  la  première  pierre  de  la  nouvelle  église  ait  été  posée 
sous  Robert  II,  de  Dreux,  dans  les  dernières  années  de  sa 
vie,  ou  sous  Robert  III,  son  fils,  qui  donna  aux  bourgeois  de 
Brie  leur  première  charte. 

Tels  sont  les  enseignements  que  l'on  peut  retirer  de  la 
fondation  de  la  chapelle  Sainte-Marguerite  Quant  à  sa 
description  elle  est  tout  entière  renfermée  dans  ces  quelques 
lignes  empruntées  à  un  article  que  publiait,  en  1867,  M.  C. 
Bernardin  dans  un  journal  de  Melun. 

ce  L'église  Saint-Etienne  de  Brie-Comte-^obert  est  un  des 
monuments  historiques  les  plus  importants  de  notre  dépar- 
tement. Cet  édifice  remarquable,  remontant  à  une  haute 
antiquité,  renferme  dix  chapelles  latérales  qui  sont  presque 
toutes  de  fondations  particulières,  c'est-à-dire  qu'elles  ont 
été,  en  grande  partie,  construites  et  pourvues  de  rentes  par 
plusieurs  seigneurs  sous  certaines  conditions  ou  charges. 

a  Une  de  ces  chapelles,  celle  qui  se  trouve  la  plus  rappro- 
chée de  l'autel  de  la  Vierge  (i),  a  été  dédiée  à  Sainte-Margue- 
rite depuis  les  temps  les  plus  éloignés.  Elle  avait  été  érigée 
en  bénéfice  par  le  fondateur  qui  avait  donné  onze  arpents  de 
terre,  situés  au  terroir  de  Brie  à  la  charge  de  six  messes  par 
an  pour  le  repos  de  son  âme  dans  l'église  Saint-Etienne  de 
Brie-Comte-Robert.  Cette  chapelle  est  bien  conservée  à  Tinté- 
rieur.  Ce  qu'il  y  a  de  plus  remarquable,  ce  sont  les  quatre 
figurines  qui  sont  en  bas  des  ogives  et  l'écusson  seigneurial, 


(I)  M.  C.  Bernardin  parle  ici  du  moment  présent.  La  chapelle  de  la  Vierge  actuelle  se 
trouve  en  effet  aujourd'hui  sous  la  tour  du  clocher,  l'autel  étant  adossé  au  mur  oriental  de 
l'église  sur  l'alignement  du  maître  autel.  Le  plan,  dont  j'ai  déjà  parlé  et  qui  était  annexé  à 
V Inventaire  de  1774  place  la  chapelle  de  la  Vierge  ou  de  Notre-Dame,  après  la  chapelle  Saint- 
Jean,  dans  le  bas-côté  méridional.  Elle  était  ainsi  en  face  la  chapelle  des  Apôtres,  à  côté  de 
ce  que  l'on  appelait  alors  0  la  fausse  chapelle  »  où  est  aujourd'hui  la  statue  de  Saint-Roch.  La 
travée  du  bas-côté  septentrional,  sous  la  tour  du  clocher,  était  séparée  de  l'église.  El'e  faisait 
pendant  à  la  travée  correspondante  du  bas-côté  méridional  qui  servait  de  sacristie.  Là  où  est 
aujourd'hui  la  chapelle  de  la  Vierge,  on  sonnait  les  cloches.  Mais  contre  le  mur  qui  séparait 
cette  travée  de  la  basse  nef  septentrionale  était  adossée  une  chapelle  qui  portait  le  nom  de 
chapelle  du  Saint-Rosaire.  Le  banc  de  Saint-Roch  était  entre  la  chapelle  Sainte-Marguerite 
et  la  chapelle  du  Saint-Rosaire.  Il  y  a  lieu  de  retenir  ces  indications  pour  plus  tard. 


« 

4.^8  HISTOIRE   DE   LA   ViLL<^. 

à  demi  mutilé,  qui  se  trouve  à  la  clef  de  voûte.  A  Textérieur, 
la  fenêtre  ogivale  et  le  mur  sont  en  mauvais  état...  » 

Après  la  chapelle  Sainte-Marguerite,  fut  fondée  la  chapelle 
Saint-Jean.  Le  titre  de  fondation  est  accordé  par  Foulques, 
évoque  de  Paris,  à  Jean  Cordier,  bourgeois  de  Brie-Comte- 
Robert  qui  voulait  élever,  dans  l'église  de  Brie-Comte-Robert, 
une  chapelle  in  honorem  deiet  frloriose  Virginis  Marie  et  beati 
Johannis  baptiste.  Trois  messes,  dont  une  du  Saint-Esprit,  une 
autre  de  la  bienheureuse  Marie,  devaient  être  célébrées  par 
semaine  dans  cette  chapelle. 

Les  Archives  nationales  (i)  nous  ont  conservé  la  charte 
d'amortissement  que  le  fondateur  obtint,  à  propos  de  cette 
fondation,  de  la  reine  Jeanne. 

Jehanne.  par  la  grâce  de  Dieu,  royne  de  France  et  de  Navarre. 
savoir  faisons  à  tous  présens  et  à  venir  que  comme  nostre  am6  Jehan 
le  Cordier  (21  maistre  bourgeois  de  braye  conte  robert  et  Jchanoe  sa 
femc  nous  eussent  humblement  supplié  que  pour  la  fondation  d'une 
chappellenie  qu'ils  avaient  devocion  de  fonder  à  tousjours  et  perpé- 
tuellement dans  lesglise  parrochial  de  Saint-Pticnne  de  braye  pour 
eulx,  pour  leurs  amis,  nous  leur  vouloissions  admortir  les  terres. 
droitures,  champars,  cens  et  autres  choses  cidessous  spécifiées  et 
devisées  en  voulant  nous  et  noz  filles  accompaigner  par  espécial  es 
messes  et  biens  faiz  qui  seroient  faiz  en  la  dite  chapelle  et  nous 
voulans  savoir  quelle  grâce  nous  fcrionz  aux  diz  mariez  se  nous  nous 
assenti'^ns  à  leur  supplication,  eussions  commis  par  noz  lettres  & 
Jehan  le  Tourneur,  nostre  prévost  de  braye  et  à  Pierre  François, 
nostre  chastellain  illec,  comme  appelez  avecques  eulx  quatre  ou  trois 
prudhomes  saiges  et  cognoissans  en  lelez  choses  ilz  sceussent  où  les 
choses  que  les  diz  mariez  nous  rcqueroient  estre  admorties  seoient, 
la  value  dicelles,  quel  dommage  nous  pourrions  avoir  se  nous  nous 
assentions  à  ce  et  de  toutes  les  circonstances  à  ce  appartenans  et  que 
ce  que  treuve  en  sauroient,  nous  rapportassent  particulièrement, 
ordenement  et  par  escript  afin  que  sur  ce  nous  peussions  taire  et 
ordoner  ce  qu'il  nousplairoit  lez  quellz  nos  prévôt  et  chastellain  nous 
ont  fait  sur  ce  relacion  et  sous  leurs  seaux  et  rapporté  la  value  des 
dites  choses  et  où  elles  sont  assises  à  la  manière  qui  sensuit  : 

Et  premièrement,  que  les  diz  mariez  avoient  dix  arpens  de  terre 

(II.  424. 

(2)  Jehan  If  ('ordier  ost  cité  souvent,  comme  on  a  pu  le  voir,  dans  les  comptes  de  la  reine 
Jeanne.  Il  e>t.  particulièrement,  désigné  comme  receveur  des  finances  de  la  reine  dans  le 
premier  compte  que  j'ai  publié  et  qui  est  aflerent  à  l'année  1328. 


bÈ    BRIÈ-COMTE-ROBERT  489 

^^antès  lieux  ci  après  devisez,  c'est  assavoir  :  Cinq  arpens  de  lez  le 
^^ant  ourme  le  lonc  le  chemin  qui  va  à  Fourcilles  (  i  )  tenant  dune  part 
^  Symon  de  Laval,  dautre  part  aux  terres  Saint  Ladre  (2). 

hem,  trois  arpens  de  terre,  assis  en  la  voie  du  parc  (3)  tenant  dune 
part  à  Symon  de  Laval,  et  dautre  part  aux  enfans  Colin  Fouacier. 

//e;«,  un  arpent  de  terre  assis  dautre  part  de  la  voie  des  trois  arpens 
dessus  ditz  tenant  dune  part  à  Symon  de  Laval  et  dautre  part  à  la 
meson  Dieu  de  Paris. 

//e/;i,  un  arpent  de  terre  assis  au  dessus  de  Saint-Ladre  en  la 
voie  de  Paris  tenant  dune  part  aux  terres  de  Saint-Ladre  et  dautre 
part  à  Jehan  le  Cordier,  bourgois  de  Paris  (4). 

Chascun  arpent  de  ces  diz  arpens  dessus  ditz  prisiez  douze  sols 
larpent,  valant  vj  livres  parisis  de  rente. 

Derechief,  cinq  droitures  à  la  mesure  de  Corbueil,  desquelles 
Guillaume  Morvilliers  à  cause  de  sa  famé  en  doit  deux  et  demie  pour 
cause  dune  maison  et  jardins  en  Laval  (5)  et  de  sept  quarts  de  terre 
assiz  en  la  haie  au  leurier  et  aboutissant  ou  chemin  qui  va  aus  moulins. 

//em,  une  droiture  que  Jehan  Lescot  doit  pour  un  arpent  de  terre 
jouign:;nt  aux  dites  mesons  et  jardins  du  dit  Guillaume  de  Mor- 

villers. 

Item.  Estienne  Rougel,  demie  droiture  pour  demi  arpent  de  terre 
tant  en  saussoie  comme,  en  terre,  assis  en  Laval  sur  les  terres  tenant 
à  Jehan  Lescot. 

//e/r,  une  droiture  que  Pierre  le  Fournier,  autrement  dit  Picquart, 
doit  pour  un  arpent  de  terre  séant  au  chemin  de  Gragi,  aboutissant 
au  petit  chemin  si  comme  len  va  es  vignes  du  Petit  Val  (6)  et  joui- 
nant  à  Jehan  le  Charron. 

Chascune  droiture  prisiée  douze  sols  parisis,  valent  ces  cinq  droi- 
tures soixante  sols  parisis  de  rente. 

Derechief  les  champars  de  cinq  arpens  et  trois  quartiers  ou  environ 
de  terre  desquels  Jehan  Eschambaut  à  cause  de  sa  feme  en  tient 


(1)  Chemin,  dit,  aujourd'hui,  de  Brie  à  Lésigny. 

(2)  La  léproserie  Saint-Lazare. 

(?)  La  voie  du  Parc,  c'est-à-dire  le  chemin  du  bois  du  parc  ;  il  portait  au  iS»  siècle  le  nom 
de  chcm'n  de  la  Masure  et  a  été  supprimé  par  la  route  de  Tournan. 

(4)  QujI  ne  faut  pas  confondre  avec  Jehan  le  Cordier.  bourgeois  de  Brie. 

(5)  J'ai  déjà  dit  que  ce  nom  était  donné  à   une   portion  de  la  rue  que  nous  appelons  du 
Martinet.  C'était  la  rue  à  l'aval  de  Brie  dans  le  vallon  du  Cornillot. 

<6)  Cette  pièce  de  terre  serait,  par  suite,  occupée  en  partie  aujourd'hui  par  la  ferme  de  M 
Villeron,  cultivateur,  U  route  de  Melun  et  les  maisons  qui  bordant  la  route,  en  face  de  M. 
ViUeron,  touchent  à  la  propriété  de  M.  Thibaut. 


460  HISTOIRE   DE   LA  VILLE 

arpent  et  demy  séant  en  rouge  terre  (i)  tenant  dune  part  à  Jehan 
Martin  et  dautre  part  à  Jehanne  de  Sansalle  (2). 

Item,  Jehan  le  Drapier  demi  arpent  assis  derrière  le  marché  (3) 
de  Bougny  tenant  à  Guillaume  Morel. 

//em,  Symonnet  le  Févre,  fils  de  Robert  le  Fèvre»  demi  arpent  séant 
sur  la  voie  des  minières  (4)  et  de  petite  fontaine  (5),  tenant  à  Lyénard 
lescuier. 

//em,  Guillermy  le  Barbier  trois  quartz  assis  en  rouge  terre  tenant 
dune  part  à  Jehan  Belorin  et  dautre  part  à  Jacques  le  Févre. 

//ew,  Jehan  Chevry  à  cause  de  sa  famé  trois  quartiers  séans  en 
Jussy  0). 

//em,  Mons.  Durant,  curé  de  braye,  un  quartier  séant  au  marchais 
de  beugny  (boigny)  tenant  aux  hoirs  feu  Chevalier. 

//em,  le  dit  mons.  Durant  demy  arpent  séant  en  rouge  terre. 

Prisiez  les  ditz  champars  deux  sestiers  (de  grain)  de  rente  par  an 
chascun  sestier  prisié  cinq  sels,  valent  dix  solz  parisis  de  rente  par 
an. 

//e;;i,  vint  et  deux  solz  parisis  de  cens  ou  environ  portant  ventes 
tant  seulement  et  pevent  valoir  par  an  pour  les  ventes  qui  y  peveni 
escheoir  trente  solz  parisis  de  rente  par  an. 

Toutes  lesquelles  choses  dessus  escriptes  nomément  sont  tenues 
de  nous  et  font  en  somme  toute  onze  livres  paiisis  de  rente. 

Et  nous,  veu  le  rapport  à  nous  fait  par  escript  sur  les  seaulx  de 
nos  ditz  prévost  et  chastellain,  considérant  la  dévocion  que  les  diz 
mariez  ont  à  la  fondation  de  la  dite  chappellenie  et  aussi  que  nous  et 
nos  filles  sommes  acompaingnées  es  messes  et  biens  faiz  qui  faiz 
seront  en  la  dite  chapelle  pour  le  désir  que  nous  avons  a  laugmen- 
tacion  et  accroissement  du  service  divin  de  grâce  espéciale  et  certaine 


Ci  )  Ce  lii-u  dit  existe  encore  :  Terre  rouge  est  entre  la  plaine  de  Sansalle  et  la  Vallée  des  Peiitt:- 
Fontaines,  le  long  de  la  route  de  Coubert.  avant  d'arriver  au  ruisseau  de  la  Barbançonne. 

(2)  ("/est  la  première  fois  que  dans  les  documents  de  l'époque  apparaît  ce  nom  qui  pourtant 
était  celui  dun  fief  dont  j'aurai  à  m'occupcr  dans  les  chapitres  suivants.  Ce  fief  présente  cette 
particularité  qu'il  commandait  le  débouché  de  la  route  de  Bourgogne,  laquelle  franchissait 
l'Yerres  sur  un  pont  qui  existe  encore.  C'est  aujourd'hui  une  ferme  de  la  commune  de  Brie. 
appartenant  a  M    le  baron  de  Cholet  et  aflermée  à  M.  Orsat-Petit. 

;  5)  Marché  doit  s'entendre  comme  marihaii,  c'est-à-dire  marais,  lieu  où  l'on  cultive  des  légu- 
mes. Apris  ce  que  j'ai  dit  de  Bo'gny  ou  Bougny.  à  l'article  des  fiefs,  on  pourrait  croire  que  le 
marchais  de  Bougny  fut  situe  aux  environs  de  la  gendarmerie  actuelle,  sur  la  rue  Saint- 
Christophe.  Il  n'en  est  rien.  Le  marchais  de  Boigny  est  un  lieu  dit  du  territoire  de  Brie,  situé  du 
côté  opposé  de  la  ville,  à  l'angle  de  l'ai  ciennc  route  de  Paris  à  Provins  et  de  l'ancienne  avenue 
de  Meunières  —  à  proximité  du  pont  qui.  aujourd'hui,  franchit  la  voie  ferrée  allant  de  Brie* 

Vcrncuil. 

(4;  Appelé  autrefois  aussi  avenue  de  Meunières  :  Elle  conduit  a  la  ferme  ^disparue)  de  .Meu- 
nières et  à  celle  du  Ménil. 

5;  C'est-.i-dirc  au  point  où  commence  la  grande  avenue  de  Villemain, 


DE    BRIE-COMTE-ROBERT  46 1 

science  nous  consentons  expressément  à  la  fondation  de  la  dite 
chappellenie  et  avons  octroyé  et  octroyons  que  les  chappelains  qui 
ores  ou  ou  temps  à  venir  seront  instituez  en  la  dite  chappelle  puis- 
sent tenir  paisiblement  et  a  tousjours  mais  perpétuellement  toutes 
les  terres,  droitures  et  champars  deus  et  autres  ci  dessus  nommées... 
Donné  à  Crécy-en-Brie  (i),  lan  de  grâce  mil  CGC  trente  huit,  ou 
mois  de  septembre. 

Cette  charte  d'amortissement  nous  indique  un  des  genres 
des  libéralités  que  la  reine  Jeanne  faisait  à  l'église.  Dans 
Tespéce,  elle  s'associe  à  la  fondation  de  Jean  le  Cordier  en 
amortissant,  c'est-à-dire  en  renonçant  à  la  rente  qui  lui  était 
due  par  le  dit  Cordier  pour  les  terres  et  biens  qu'il  donne  à 
la  chapelle.  L'acte  spécifie,  du  reste,  le  sacrifice  fait  par  la 
reine  ;  il  lui  coûtait  onze  livres  parisis  de  rente  par  an. 

On  peut  reporter  à  la  date  de  i363  —  c'est-à-dire  à  la  célé- 
bration de  la  dédicace  de  l'église  Saint-Etienne  —  la  fondation 
d'une  troisième  chapelle,  fort  ancienne,  et  au  sujet  de 
laquelle  l'abbé  Lebeuf  s'exprime  ainsi  :  «  Il  y  a  dans  la  même 
église  paroissiale  une  troisième  chapelle  qu'on  nomme  des 
Apôtres  et  la  fabrique  jouit  actuellement  (1740  ou  environ) 
d'un  lot  de  terres,  appelé  te?'re  des  apôtres,  ce  qui  fait 
présumer  que  ce  revenu  a  été  uni  à  cette  fabrique  ou  plutôt 
donné  à  condition  de  bâtir  la  chapelle  en  l'honneur  des 
saints  apôtres.  » 

Or,  l'inventaire  de  1774  —  qui,  s'il  peut  contenir  quelques 
erreurs  en  reproduisant  des  extraits  de  chartes  anciennes 
informes,  est  à  coup  sùrexact  lorsqu'il  fait  la  topographie  de 
l'église  —  dit  ce  qui  suit,  à  propos  de  la  dédicace  :  «  ...  (Des 
indulgences)  furent  accordées  à  la  ditte  Eglise  en  faveur  de  la 
ditle  Dédicace  et  en  rhojineur  des  apôtres  pour  laquelle  confré- 
rie fut  donné  quatre  livres  parisis  de  rente...  A  laquelle 
confrérie  est  actuelletnent  une  chapelle  de  ce  nom  dans  la  ditte 
église,  désignée  singulièrement  par  les  vitrages  (2)  et  une 
pièce  de  terre  appelée  la  terre  des  apôtres...  » 


(i)  Chef-lieu  de  canton  de  l'arrondissement  de  Meaux. 

(2)  Cette  pariicularité  est  à  signaler  au  moment  où  on  s'occupe  de  la  restauration  des  vi- 
traux de  l'église  Saint-Etienne  et  particulièrement  de  ceux  des  chapelles  Saint-Jean  et  des 
apôtres. 


462  HISTOIRE   DE  LA  VILLE 

Il  semblerait  donc  que  la  chapelle  des  apôtres  et  celle  de 
la  dédicace  fussent  une  seule  et  même  chose,  d'où  cette 
conclusion  que  la  fondation  de  cette  chapelle  peut  remonter 
à  i363,  date  de  la  dédicace.  Elle  ne  saurait  remonter  plus 
haut  puisque  la  conlrérie  qui  l'occupait  jouissait  exactement 
de  la  rente  amortie,  à  cette  date,  par  Godefroy  Piquart  ainsi 
que  nous  l'avons  vu  plus  haut.  En  réalité,  la  construction  de 
cette  chapelle  peut  être  li.xée  vers  1379,  lorsque  Raoul 
Piquart  lit  établir  devant  la  prévôté  de  Brie  la  reconnaissance 
officielle  de  la  fondation  de  son  père.  I^  chapelle  put  prendre 
le  nom  des  apôtres,  à  la  suite  des  lettres  du  1-2  juillet  uri 
qui  accordaient  des  indulgences  à  ceux  qui  visitaient  l'église 
Saint-Etienne,  à  diverses  fêtes  et  notamment  o  aux  festcs  des 
appostres  et  quatre  evangelistes  ». 


Cl-F.K  DK 


niaitrc-iutH  dr 
Saint.biirnnr 


11  est  fort  pn)babk-  que,  malgré  le  silence  des  comptes 
de  sa  maison.  Jeanne  d'Evreux  dut  venir  en  aide  de  plusieurs 
manières  à  la  construction  de  l'église.  Sa  piété,  rattachement 
quelle  avait  pour  Brie-Comte- Robert,  les  souvenirs  de  s-in 
enfance  devaient  l'inciter  â  contribuer  à  l'érection  de  ce  mn- 
numenl  dit  à  la  piété  commune.  H  est  plus  que  probable  que 
la  tradilinn,  rapportée  par  Lebeul".  repose  sur  des  faits  vrais. 
acquis,  dont  la  trace,  perdue,  se  retrouvera  peut-être  un 
jour,  et  on  peut  presque  soutenir  que  Jeanne  d'Evreu,\tit 
faire  «  quelques  travées  de  la  voûte  de  cette  église  ».  On  peut 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  468 

même  avancer  qu'elle  fit  construire  la  partie  supérieure  du 
chœur  pendant  que  Agnès  la  Vanière  et  Jehan  le  Cordier 
élevaient  les  chapelles  dont  nous  venons  de  parler. 

Une  découverte  inattendue,  dont  je  ne  m'exagère  cepen- 
dant pas  rimportance,  me  paraît  devoir  justifier  cette 
opinion.  Frappé  par  Taspect  tout  particulier  de  la  clef  de 
voûte  de  la  dernière  travée  du  chœur,  celle  qui  s'appuie  sur 
le  pignon  du  chevet,  j'avais  prié  un  de  nos  concitoyens,  M. 
Paul  Petit,  de  m'en  obtenir  une  épreuve  photographique. 
L'opération,  si  difficile  qu'elle  fût,  réussit  avec  un  plein 
succès  et  je  donnais  une  reproduction  de  l'épreuve  ainsi 
recueillie  dans  le  Bulletin  de  la  Société  d'Archéologie  et  d'His- 
toire de  Brie-Comte-Robert,  en  m'elTorçant  d'en  tirer  une 
indication  sur  la  date  de  la  construction  de  l'église  et 
en  particulier  de  l'achèvement  du  chœur.  Il  est  toujours  bon 
de  confesser  une  erreur,  et  c'est,  ici,  mon  cas. 

Cette  clef  de  voûte  est  restée,  jusqu'à  présent  énigmatique. 
Telle  qu'elle  se  présente  on  y  voit  deux  bustes  qui  semblent 
devoir  être  de  grandeur  naturelle,  à  en  juger  parleurs  dimen- 
sions apparentes  ;  opposés  l'un  à  l'autre  par  la  base  qui  se 
perd  dans  un  bouquet  épanoui  de  marguerites,  leur  axe  suit 
Torientation  de  la  nef.  L'un,  buste  de  femme,  est  à  l'Ouest, 
regardant  l'Est,  l'autre  qui  est  évidemment  celui  d'un  homme 
est  le  plus  rapproché  du  chevet.  Il  occupe  la  place  d'honneur. 
L'aspect  seul  de  ces  deux  figures  indique,  à  défaut  de 
la  situation  privilégiée  qu'elles  occupent,  qu'on  a  voulu 
représenter,  là,  des  personnages  de  marque. 

Ecartant  Topinion  qui  avait  été  émise  que  ces  bustes  pou- 
vaient être  ceux  de  Philippe  VI  de  Valois  et  de  Blanche  de 
Navarre,  sa  deuxième  femme,  dont  les  noces  furent  célé- 
brées à  Brie-Comte-Robcrt,  j'avais  proposé,  dans  l'étude  à 
laquelle  j'ai  fait  allusion  ci-dessus,  voir  dans  ces  figures  les 
portraits  de  Pierre  de  Dreux  et  de  sa  femme  Marguerite. 
Entraîné  par  cette  sorte  de  vertige  qui  nous  porte  trop  sou- 
vent à  attribuer  aux  restes  du  passé  la  plus  haute  antiquité 
possible,  infiuencé  par  les  marguerites  qui  forment  la  partie 
centrale  de  ce  motif  de  décoration,  j'avais  attribué  au  XIII* 
siècle  ce  qui  appartient,  je  le  crois  maintenant,  au  XIV**  et 


464  HISTOIRE   DE   La   VILLE 

proposé  pour  cette  clef  de  voûte  cent  ans  de  plus  d'existence 
qu'elle  n'a  réellement.  Un  hasard,  du  reste,  m'a  amené  à  mo- 
diller  ma  première  manière  de  voir. 

Le  dessin  ci-dessus  est  la  reproduction,  agrandie  trois  fois, 
de  l'épreuve  photographique  que  M.  Paul  Petit  voulut  bien 
m'établir.En  étudiant  attentivement  le  dessin  ainsi  développé , 
je  vis,  —  et  le  lecteur  peut  faire  comme  moi  —  à  droite  du 
buste  de  femme,  une  ombre  ayant  l'aspect  régulier  d'une 
inscription.  Il  ne  me  fut  pas  difficile  de  me  rendre  compte  que 
mon  observation  était  juste,  et  je  pus  lire  ces  mots  écrits  sur 
deux  lignes  : 

J  E  H  A  N  N  E 

D  E  V  R  E  V  X 

A  la  vérité,  dans  le  dessin,  l'X  du  mot  EVREVX  n'apparait 
pas,  parce  que  cette  lettre  est  cachée  par  la  nervure  de  Tare 
doubleau,  mais  lorsqu'on  examine,  avec  une  bonne  jumelle, 
ce  coin  de  la  voûte,  TX  apparaît  distinctement,  plus  distinc 
tement  même  que  les  autres.  La  raison  en  est  simple. 

On  trouvera  aux  pages  874  et  38i,  la  reproduction  consi- 
dérablement ampliliée  des  deux  bustes  en  question.  Si  on 
jette  un  coup  d'œil  sur  la  ligure  de  la  page  874,  on  verra 
que  le  mot  JEIIAXXE,  de  Tinscription,  sauf  la  lettre  J  est 
presque  en  entier  elïacé.  Dans  les  mots  DEVREVX,  les 
lettres  du  milieu  particulièrement,  sont  fortement  atteintes, 
tandis  que  celles  de  chaque  extrémité  de  la  ligne  sont  beau- 
coup plus  accusées.  J'attribue  ces  singularités  fortuites  aux 
couches  de  badgeon  qui  ont  été  données,  dans  la  suite,  à 
Fensembie  du  monument.  Le  pinceau  de  l'ouvrier  a  été 
arrêté  par  la  nervure  de  la  voûte  d'un  côté  et  par  le  relief 
considérable  du  buste  de  l'autre.  La  lecture  de  l'inscription 
n'en  reste  pas  moins  relativement  facile.  On  a  voulu  bien 
nettement  indiquer  que  le  buste  de  femme  de  la  clef  de 
voûte  est  celui  de  Jeanne  d'Evreux,  et  que,  conséquem- 
ment,  le  buste  qui  lui  est  opposé  est  celui  de  Charles  le  Bel. 

La  toulïe  de  marguerites  qui  les  sépare  s'explique  d'elle- 
même.  La  mère  de  Jeanne  d'Evreux  n'était-elle  pas  Margue- 
rite d'x\rtois,  morte  en  i3i  i  r 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  405 

On  pourrait  objecter  la  valeur  de  l'inscription  qui  n'a,  en 
réalité,  aucun  caractère  exégétique.  Est-elle  seulement  con. 
temporaine  de  la  clef  de  voûte  ?  Je  ne  méconnais  en  rien  la 
force  de  ces  observations,  mais  cette  inscription,  certainement 
très  ancienne,  —  si  elle  ne  date  pas  du  XIV'' siècle,  elle  peut- 
être  Tœuvre  d'un  ouvrier  de  passage  —  est  tellement  d'accord 
avec  la  tradition  rapportée  par  Lebeuf  que  Ton  ne  saurait, 
hésiter,  à  mon  sens,  à  voir,  dans  les  deux  bustes  de  cette  clef 
de  voûte,  Timage  de  Jeanne  d'Evreux  et  de  son  mari  Charles- 
le-Bel.  A  coup  sûr,  cette  sculpture  n'est  point  l'œuvre  d'un 
artiste.  L'ensemble  paraît  assez  grossièrement  travaillé  sauf 
cependant  la  touffe  de  marguerites  qui  semble  délicatement 
traitée.  Il  ne  serait  pas  impossible  toutefois  que  le  travail  du 
sculpteur  fut  plus  véridique  que  les  portraits  officiels  des  deux 
souverains  qui  décoraient  leur  tombeau  à  Saint-Denis. 

Si,  ce  qui  paraîtra,  à  beaucoup,  très  vraisemblable,  cette 
clef  de  voûte  représente  Jeanne  d'Evreux  et  le  roi  Charles,  elle 
nous  indique  la  date  la  plus  lointaine  à  laquelle  fut  terminée 
cette  partie  de  l'édifice.  Ce  ne  saurait  être  avant  i325,  puisque 
le  mariage  de  Charles  et  de  Jeanne  eut  lieu  au  cours  de  cette 
année.  A  moins,  toutefois,  que  l'on  n'ait  appliqué,  rapporté 
si  l'on  veut,  sur  une  première  clef  de  voûte,  représentant  une 
touffe  de  marguerites,  les  deux  bustes  en  question.  Cette 
hypothèse  expliquerait  la  différence  manifeste  entre  la 
manière  dont  sont  traités  les  bustes,  d'une  part,  les  margue- 
rites, de  Tautre.  Dans  ce  cas,  cette  partie  de  la  voûte  aurait  été 
exécutée  du  vivant  de  Marguerite  d'Artois,  c'est-à-dire  de 
1280  à  i3io,  ou,  après  sa  mort  (i3i  i),  au  moyen  de  quelques 
libéralités  testamentaires. 

Je  crois,  d'ailleurs,  que  l'on  pourrait  peut-être  reporter  aux 
environs  de  Tannée  1842  l'exécution  et  la  mise  en  place  de  ce 
motif  de  décoration,  et  cela,  parce  qu'au  mois  de  juillet 
1841  Jeanne  faisait  donation  de  vingt  livres  seize  solsparisis 
de  rente  à  l'église  Saint-Etienne  en  échange  d'un  service 
funèbre  à  célébrer  tant  pour  le  repos  de  l'âme  de  son  époux 
que  pour  elle,  au  jour  de  sa  mort. 

Dans  Y  Inventaire,  auquel  j'ai  emprunté  les  renseignements 

30 


466  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

sur  la  dédicace  et  les  reliques  que  possédait  1  église,  figrurela 
pièce  suivante. 


Lettres  scelées  soubz  laz  de  soye  à  cire  vert  données  lan  de  grâce 
mil  trois  cens  quarante  et  ung  ou  moys  de  juillet,  en  quoy  appert  : 

Jehanne,  par  la  grâce  de  Dieu  royne  de  France  et  de  Navarre, 
pour  la  dévocion  quelle  avoit  au  glorieulx  prothomartir  mons. 
Saint  Estienne  dés  piéça  avoit  ordonné  par  son  testament  en  leglise 
mondit  seigneur  Saint  Estienne,  fondée  ou  dit  Braye  conte  Robert, 
certains  services  et  anniversaires  estre  faiz  chascun  moys  de  lan 
pour  le  salut  des  âmes  de  nostre  très  chier  seigneur  le  Roy  Charles 
que  Dieu  absoille  jadiz  espoux  de  la  dite  dame  et  ses  amys  et  pour 
ceste  cause  avoir  donné  et  ausmoné  aux  curez  (i)  de  la  dite  église 
et  autres  dénommez  esdites  lectres,  vingt  livres  seize  sols  parisis 
de  rente  pour  les  avoir  et  prendre  sur  le  revenu  de  la  chastellenie  de 
Braye  et  par  espécial  sur  le  prouflict  et  esmoullumens  des  fours 
baniers  de  la  dite  ville  au  temps  advenir  jusques  à  ce  que  leur  ait 
esté  baillé  et  assis  autre  part  de  fait  tout  admorti.  Et  avoir  esté 
ordoné  par  la  dicte  dame  la  dicte  rente  estre  receue  par  les  marre- 
glicrs  de  la  dicte  église  à  deux  termes,  c'est  assavoir  à  lascencion  et 
tous  saints  pur  moictié  en  contraignant  par  la  main  diceux  marre- 
glicrs  de  leur  auctorilé,  sans  requérir  prévost,  sergent  ne  autres 
officiers  ceulx  qui  les  dits  fours  tiendront,  se  défaillans  estoient  de 
paier  aux  termes  a  coustumez  et  des  paicmens  quils  en  feront  audilz 
marregliers  ou  noms  que  dessus,  demoureront  quictes  corne  sils 
avcient  paie  auz  gens  de  la  dicte  dame,  en  voulant  que  ses  recepveurs 
baillent  les  diiz  fours,  en  faisant  le  bail  des  fermes  et  marchez 
dicelle  dame,  chargez  des  dictes  vingt  livres  seize  solz  parisis  de 
rente  et  que  les  ditz  recepveurs  ny  puissent  aucune  chose  prétendre, 
jusques  ad  ce  que  les  ditz  marregliers  ayant  premièrement  et  entiè- 
rement reccu  les  dictes  vingt  livres  seize  sols  parisis  pour  la  fonda- 
tion de  douze  services  par  chascun  moys  de  lan  aux  jours  applain 
conlenuz  au  marthologe  de  la  dicte  église  cest  assavoir,  à  chascun 
diceulx  services,  vigillcs  des  mors  à  nocle,  le  landemain  comman- 
dacions  et  messe  so'empnelle. 


Je  poursuis   ici  le  dépouillement  du  même  inventaire  et  je 
trouve  dans  le  dossier  de  cette  donation,  jalousement  con- 


(l)  V.  ce  que  j'ai  dit  à  ce  sujet,  p.  176  et  suiv. 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  467 

serve  dans  les  archives  de  l'église  jusqua  la  Révolution  (i) 
les  pièces  suivantes  : 

Tout  d'abord  des  «  lettres  scellées  soubz  laz  de  soye  et  cire 
vert  données  à  Paris,  au  moys  de  septembre  lan  mil  trois 
cens  soixante  et  quinze,  signées  sur  le  repply  Ajaillart  »  par 
lesquelles  Blanche,  «  lille  de  roy  de  France  et  de  Navarre, 
duchesse  d'Orléans,  comtesse  de  Blovs  et  de  Beaulmont  », 
déclare  qu'elle  approuve  la  donation  de  sa  mère,  la  reine 
Jeanne  d'Evreux,  et  certilie  «  que,  de  la  linance  des  dits 
acquetz  et  de  tout  ce  qui  pour  ceste  cause  en  pouvoit  estre 
deu  et  appartenir  à  la  dite  dame,  elle  en  seroit  tenue  pour 
contente.  » 

Nous  avons  vu  que  Blanche  d'Orléans,  dame  de  Brie- 
Comte-Robert,  avait  cédé  au  roi  Charles  V  cette  châtellenie 
le  '2b  septembre  iSyO  (2)  et  qu'elle  mourut  le  7  février  i3()2 
(  1393  n.  s.).  Presque  immédiatement  après,  le  roi  Charles  VI 
donnait  à  son  frère  Louis,  avec  d'autres  apanages,  la  sei- 
gneurie de  Brie.  Aussi,  dès  le  6  avril,  en  prenant  possession 


(i;  Si  jalousement  conserve  que  dans  un  inventaire  bien  postérieur,  que  j'ai  déjà  cité,  et 
portant  la  date  du  2Q  octobre  1774,  ce  dossier  est  inventorié  en  première  ligne. 

a  Première  liasse  de  sept  cottes  contenant  les  titres  et  pièces  des  rentes  perpétuelles  à 
prendre  sur  les  revenus  du  Roy. 

**  Premièrement,  huit  pièces,  attachées  ensemble. 

a  l.a  première  est  une  charte  ou  donation  scellée  de  cire  verte  avec  lacet  de  soie  rouge  et 
verte  donnée  au  mois  d'août  mil  trois  cens  qvarante  un  par  laquelle  Madame  la  reine,  Jeanne 
d'Hvrcux,  épouse  jadis  et  troisième  femme  de  Charles  six  (sic)  dit  le  Bel,  a  donné  et  aumône 
aux  curez,  marguillers  de  la  dite  église  et  autres  personnes  servants  à  loffice,  vingt  livres 
seize  sols  parisis  de  rente,  valent  vingt-six  livres  tournois,  à  prendre  spécialement  sur  les 
fours  du  dit  Brie  et  a  fondé  en  la  dite  église  douze  messes  dont  sera  parlé  cy  après  à  l'arti- 
cle des  fondations. 

«  La  seconde,  huitième  et  quatrième  liasse  sont  égallement  des  chartes  en  parchemin  don- 
nées par  la  dite  reine  Jeanne,  par  le  roy  Charles,  etc.,  etc.  n 

Et  linventairc  porte  à  la  suite  de  l'énumération  d'autres  pièces,  concernant  la  même  fon- 
dation, pièces  dont  j'aurai  à  pailer  plus  tard,  la  note  suivante  : 

«  La  tradition  nous  apprend  que  cette  reine  (Jeanne  d'Evreux)  est  morte  en  son  château 
de  Brie-Comte-Robert,  et  le  dictionnaire  de  Morery  qu'elle  fut  inhumée  à  Saint-Denis  en 
France  environ  vers  la  mye  mars  1370.  » 

L'Inventaire,  d'ailleurs,  à  l'article  des   fondations  (neuvième  liasse)  dit  «  qu'il  en   sera  fait 
•  un   nécrologe   à  la  suite  du  présent.  ».  Malheureusement  le  lundi  v>  octobre  1773  il  fut  inter- 
rompu, et  quand  le  28  octobre  1774,  on  voulut  le  reprendre,  il  fut  décidé  que  «  l'inventaire  des 
vases  sacrés  coutterait  beaucoup,  que  d'ailleurs  cet  inventaire  est  inutile  puisquon  scait  ce  que 
U  fabrique  a  d'argenterie  et  d'autres  eftèts,  pourquoy  le  dit  inventaire  demeurera  clos  et  finy.  » 

Nous  n'aurions  pas.  de  la  soi  te,  le  dossier  complet  de  la  donation  de  1341,  si  deux  marguillers, 
Jean    de  Villemeneux,  l'aîné,  et  Pierre  Noël,  ne  se  fussent  avisés,  en  1507,  de  requérir  le  lieute- 
nant de  bailli    de  Brie   de  faire  dresser  un  inventaire  complet  de  ce  qui  appartenait  alor^  à 
l'église. 

(2j  V.  p.  355  et  suiv. 


^68  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

de  son  nouveau  domaine,  Louis  d^rléans  ratifie  à  son  tour 
la  donation  de  la  reine  Jeanne  (i)  par  lettres  du  6  avril  iSgS. 
Ici,  j'emprunterai  à  une  autre  source  le  document  susvisé 
qui  est  brièvement  analyse  au  cours  de  VInveniaire  dans  les 
termes  suivants  : 

Leclres  scellées  soubz  laaz  de  soyc  et  cyre  vert  données  à  Paris  le 
sixicbme  jour  du  moys  davril  mil  trois  cens  quatre  vingt  et  treize, 
signées  sur  le  reply  Ilunigant,  en  quoy  appert  : 

Loys,  fils  de  roy  de  FVance  et  duc  d'Orliens  et  de  Valloys  par 
esquelies  sont  incorporées  les  dites  lectres  dessus  mencionnées  en 
quoy  appert,  le  dit  seigneur,  duc  d'Orliens  et  de  Valloys,  avoir  eu 
pour  agréable  le  don  dessus  mencionné  et  admortissement  pour  ce 
fait  et  lavoir  loué,  gréé,  ratiffié  et  approuvé  en  tant  comme  à  luy 
touchoit. 

A  la  suite  de  cette  lettre  et  d'une  autre,  en  date  du  21 
novembre  iImjS,  signée  de  Louis  d*(.)rléans,  enjoignant  à  son 
receveur  de  Brie  de  payer  la  rente  de  26  livres  16  sols  parisis 
aux  curés  et  marguilliers  de  l'église  Saint-Etienne,  Vlnven- 
taire  ajoute  : 

Extraict  escripi  en  parchemin  contenant  deux  fueilletz  non  signés 
en  quoy  est  applain  mencionné  la  fondacion  des  ditz  services  et  en 
la  fin  du  dict  extraict  cstoit  escript  : 

Cy  après  ensuit  les  jours  des  moys  esquelz  len  doit  faire  les  dits 
services,  cest  assavoir  :  le  unziesme  aoust.  le  quatriesme  septembre, 
le  dixiesme  jour  doctobre.  le  dix  huicliesme  novembre,  le  quatriesme 
décembre,  le  troisiesmc  janvier,  le  cinquiesme  fcbvrier,  le  treiziesme 


f  I  (lliarles  VI  avait,  déjà,  ratifie  la  dite  donation  par  l'acte  suivant  reproduit  dans  T/nirs- 
tatre  :  ^^  Lectres  contenant  deux  peaulx  de  parchemin  scellées  du  grant  scel  royal,  soubz  laz 
de  soye  et  cire  vert,  données  à  Paris  le  septiesme  jour  du  moys  doctobre  mil  trois  cens  quatre 
vingts  et  onze,  sii^nées  sur  le  reply  Blancliet,  en  quoy  appert  :  Philippe  (Philippe  VI)  jaria 
grâce  de  Dieu,  roy  de  France,  avoir  octroyé  à  ma  dame  la  royne  Jehanne,  rovne  de  France  et 
de  Navarre,  jadiz  compaigne  de  nostre  très  cher  seigreur  le  roy  Charles  que  Dieuabsoille  de 
grâce  espéciale  de  povoir  acquérir  es  fiefs  et  arrière  tiefs  du  dit  seigneur  ju^ques  à  la  somme  de 
cinq  cens  livrt  s  de  rente  annuelle  et  perpétuelle  et  que  icellc  rente  elle  peut  donner  et  ausino- 
ner,  translater  et  deviser  ensemble  ou  par  parties  pour  le  prouffictet  salut  de  same  et  de  ceuh 
quelley  vouldroit  a  compaigner  à  quelz  conques  églises  ou  personnes  dêglise  religieux  ou  au- 
tres. Icelluy  octroy  et  auctorité  donné  à  Paris  lan  de  grâce  mil  trois  cens  trente  îiuitlequin- 
ziesmejour  du  moys  de  féviier.  Par  lesquelles  aussy  appert  :  Charles  (Charles  V),  par  la  grâce 
de  Dieu,  roy  de  France  que  Dieu  absoille.  avoir  loué,  gréé,  ratiffié  et  approuvé  les  grâces  et 
octroiz  dessus  dicts  pour  la  fondacion  des  ditz  services  et  que  les  curez  et  marregliers  de  la  dite 
église  et  fabrique  mons.  Sainct  Fsti»  nne  puissent  tenir  la  dicte  somme  de  vingt  livres  seize  sols 
parisis  pour  la  fondacion  des  ditz  services  mentionnez  en  larticle  précédent,  et  pareillement 
cstre  comme  admortiz  sans  estre  contraincts  les  mectre  hors  de  leurs '/»ain$  ne  p«ur  cç 
paier  aucune  finance  ou  temps  advenir,  v 


bE   BRIE-COMTE-ROBÉRT  469 

mars,  le  vingt  huictiesme  avril,  leseiziesme  may.  le  vingt  et  uoiesme 
)uin  et  le  sixiesme  jour  de  juillet. 

On  voit,  d'après  ce  qui  précède,  que  V Inventaire  ne  fait  que 
mentionner  l'existence  de  deux  feuillets  en  parchemin  sans 
nous  donner  un  mot  de  leur  contenu.  Cependant  celui-ci  nous 
a  été  conservé  grâce  à  une  expédition  faite  le  6  août  1668  sur 
l'original  «qui  est  entre  les  mains  de  M.  de  la  Jarrie  ».  Cette 
pièce  «  collationnée»  est  aux  Archives  de  la  famille  d'Orléans 
où  Camille  Bernardin  put,  le  27  octobre  iBSy,  en  prendre  copie. 
C'est  celle-ci  que  je  transcris,  ici.,  de  son  manuscrit  (i). 

Copie  collationnée  des  lettres  du  duc  d'Orléans  du  6  avril  lyyy  qui 
approuvent  la  donation  faite  par  la  reine  Jeanne^  comtesse  de  Brie- 
Comte-Robert  (2)^  du  mois  de  juillet  1J41,  de  20  livres  16  sols  parisis 
de  rente  faite  et  ausmonée  à  l'église  de  Brie  à  prendre  spécialement  sur 
les  fours  banaux  (3). 

Louis,  fils  de  roy  de  France,  duc  d'Orléans,  comte  de  Valois  et  de 
Beaumont,  savoir  faisons  à  tous  présents  et  advenir.  Nous  avons  receu 
les  lettres  de  notre  très  chère  et  améedame  la  reine  Jeanne,  dame  de 
Brie,  contenant  la  forme  que  s'ensuit. 

Jeanne,  par  la  grâce  de  Dieu,  reine  de  France  et  de  Navarre  à  tous 
ceux  qui  ces  pré-fentes  verront,  salut 

Comme  pour  la  dévotion  que  nous  avons  au  glorieux  protomartyr 
Monsieur  Saint  Estienne,  nous  avons  ordonné  par  notre  testament 
que,  en  l'église  qui  en  l'honneur  de  lui  est  fondée  en  notre  ville  de 
Braye  Conte  Robert,  des  services  anniversaires  seraient  faits  chascun 
mois  perpétuellement  pour  le  salut  des  âmes  de  notre  cher  seigneur 
époux  le  roi  Charles  que  Dieu  absolve,  de  nous,  des  amis  et  de  ceux 
que  nous  y  entendons  accompagner  en  la  forme  et  manière  ci-dessous 
désignée, 

Sachent  tous  que,  nous,  désirant  notre  dite  ordonnance  entretenir 
et  accomplir  en  notre  vivant,  avons  pour  la  dicte  cause  donné  et 
aumosné,  donnons  et  aumosnons  par  donation  entre  vifs  aux  curez 
de  l'église  de  notre  dite  ville  et  aux  autres  personnes  ci-dessous  nom- 
mées, présent  et  advenir,   vingt  livres  seize  sols  parisis  de  rente 


(i)  Conserve  aux  Archives  départementales  de  Seine-et-Marne. 

(2)  Ces  mots  ont' été  arbitrairement  ajoutés  par  le  copiste  dans  son  résumé  ;  ils  ne  figurent 
dans  aucun  des  originaux. 

(3)  Il  est  bien  entendu  que  le  texte  qui  va  suivre  n'a  pas  respecté  l'orthographe  du  14*  siè- 
cle, niinéme  certains  tours  de  phrase.  Je  transcris  du  reste  exactement  la  copie  faite  par  C. 
Bernardin. 


47^  HSTOIRÈ  DE  LA  VILLE 

lesquels  nous  avons  ordonné  et  ordonnons  à  prendre  sur  les  revenus 
de  nostre  châtellenie  de  Braye  Conte  Robert  et  spécialement  sur  les 
proficts  et  émoluments  de  nos  fours  banniers  de  la  dite  ville  en 
quelque  lieu  que  iceux  fours  soient  assis  ou  temps  advenir  ju^quesà 
tant  que  nous  leur  ayons  autre  part  baillé  et  assis  de  fait  tout  admortis. 

Laquelle  rente  nous  avons  ordonné  et  ordonnons  estre  receue  par 
les  marguilliers  qui  pour  le  temps  seront  en  la  dite  église,  en  deux 
termes,  c'est  assavoir  :  moitié  à  l'Ascension  et  moitié  à  la  Toussaint. 
Donnant  par  ces  mêmes  lettres,  authorité  et  plains  pouvoirs  aux  dits 
marrigliers  à  leur^  successeurs  de  ycelle  rente  demander  requérir  et 
recevoir  au  nom  dessus  dit  en  les  commettant  de  contraindre  par 
leur  main  et  de  leur  propre  authorité  sans  requérir,  prévôt,  sergent 
ni  autre  de  nos  officiers  ceux  que  les  dits  fonds  tiennent  et  tiendront 
si  défaillants  estoient  de  payer  aux  termes  accoustumés  et,  des  paye- 
ments qu'ils  en  feront  aux  dits  marguilliers  au  nom  que  dessus,  nous 
les  quittons  dés  maintenant  tout  aussi  comme  si's  eussent  payé  à  nos 
gens  et  ordonnons  que  toutes  les  fois  que  les  recepveurs  de  nous  ou 
de  nos  successeurs  rendront  nos  fermes,  ils  baillent  toujours  les  dits 
fours  chargés  des  dites  vingt  livres  seize  sols  parisis  de  rente.  Et,  n'y 
pourront  les  dits  recepveurs  rien  prendre  jusqucs  à  tant  que  les  dits 
marguilliers  aient  tout  premièrement  et  entièrement  reçeu  au  nom 
que  dessus  les  vingt  livres  seize  sols  parisis.    Et,  quant  aux  choses 
ci-dessus  dites  tenir  et  fermement  accomplir  nous  obligeons,  nous, 
nos  biens,  et  ceux  qui  de  nous  auroicnt  cause,  et  spécialement  nos  dits 
fours  et  ceux  qui  les  tiennent  et  tiendront  de  nous  et  de  nos  dits  suc- 
cesseurs ;  que  toutes  les  fois  qu'il  plaira  à  nous  ou  à  nos  successeurs 
bailler  et  asseoir  convenablement  autre  part  la  dite  rente  en  lieu  suffi- 
sant, nous  ou  nos  successeurs  le  puissions  faire  sans  aucun  débat  ny 
contredit  et  que  pour  ce  nos  dits  fours  et  châtellenie  de  Braye  en 
demeurent  quittes  et  deschargés  ;  et,  au  cas  que  si  nous  trépassions 
avant  que  nous  leur  eussions  assis  ailleurs  la  dite  rente  admortie, 
aucun  empeschemcnt  ne  leur  y  serait  mis  par  nos  héritiers  ou  succes- 
seurs par  quoy  ils  en  puissent  paisiblement  jouir  et  par  leur  main 
comme  devant. 

Nous  voulons  et  ordonnons  et  de  certaine  science  accordons  que 
les  dits  marguilliers  puissent  vendre,  aliéner,  transporter  par  leurs 
mains  tous  les  profits  et  émoluments  dessus  les  dits  fours,   que  du 
prix  de  ce  que  vendu  en  auront,  ils  puissent  avoir  les  dites  vingt  livres 
seize  sols  parisis  de  rente  admortie  et  puissent  donner  lettre  aux 
acheteurs  de  la  dite  rente  et  obliger,  quant  à  eux,  en  cas  de  garantie 
tous  les  biens  et  rentes  de  nostre  chastel   et  chaslellenie  de  Braye 
Conte  Robert  en  la  forme  et  manière  que  nous  le  pourrions  faire  si 
nous  faisions  la  rente  en  notre  propre  personne,  dételle  manière  que 
des  deniers  d'icelle  rente,  les  dits  marguilliers  seront  tenus  d'achcplcr 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  47 1 

et  achepter  au  plus  tôt  qu'ils  le  pourront  autre  part  les  dites  vingt 
livres  seize  sols  de  rente  admortie  pour  faire  les  dits  services  et  autres 
choses  ci-dessous  dites,  sans  ce  qu'ils  puissent  tourner  ni  convertir 
les  dits  deniers  en  autre  usage,  promettant  loyamment  en  bonne  foy 
ce  don  et  octroy  garder,  entretenir  et  accomplir;  laquelle  rente  nous 
avons  ordonné  et  aumosné  pour  faire  perpétuellement  en  l'église  de 
Braye  les  services  et  autres  choses  qui  s'ensuivent,  c'est  assavoir. 

Que  les  dits  curés  et  autres  personnes  ci-aprés  nommées  sont  et 
seront  tenues  de  chanter  pour  nous  dorénavant  tant  comme  nous 
vivrons,  en  six  mois  de  l'an  aux  jours  contenus  es  escriptures  au 
marterologe  de  la  dite  église  six  messes  anotiées  solennellemeni, 
l'une  du  Saint-Esprit,  l'autre  de  Notre-Dame  et  l'autre  de  mons. 
Saint-Etienne  et  sera  fait  en  chacune  des  dites  six  messes  propre 
oraison  des  morts  pour  Tasme  de  notre  cher  seigneur  et  espoux,  le 
roi  Charles,  que  Dieu  absolve.  Et  es  autres  six  mois  de  l'an,  ils 
feront  et  seront  tenus  de  faire,  aux  jours  que  semblablement  sont 
escripts  au  dit  marterologe,  le  service  des  morts  pour  nostre  dit 
seigneur,  c'est  assavoir,  vigile  des  morts  anotlé  et  lendemain 
commandations  à  la  messe  sollennellement  ésquelles  messes  sera 
aussi  fait  propre  oraison  pour  nous  du  Saint-Esprit  et  Nostre-Dame 
tant  comme  nous  vivrons  et  feront  toujours  les  commandations  et 
messes  tant  de  morts  comme  de  vifs  dits  aux  jours  contenus  au  susdit 
marterologe  tantost  après  dernière  messe  que  l'on  chante  chacun 
jour  en  la  dite  église,  et  chantera  ;  aussitôt  les  autres  messes  que  Ton 
y  ait  coutume  de  chanter  que  les  dits  services  pour  notre  dit  seigneur 
et  pour  nous  puissent  être  faits  à  premier  jour  ;  et  est  notre  entente 
que  quand  l'on  aura  fait,  l'un  des  mois,  le  service  des  morts  pour  le 
dit  seigneur,  l'on  fasse  l'autre  mois  continuellement  ainsi  le  service, 
pour  nous.  Mais,  après  notre  décès  tous  les  dits  douze  services 
seront  des  morts  au  jour  môme  quesont  contenus  au  dit  marterologe 
pour  nostre  dit  seigneur  et  pour  nous  conjointement  fait  à  chacun 
vigille  des  morts  anotté  et  lendemain,  commandations  et  messes 
solennellement. 

Et  aura  chacun  des  deux  curés  (i)  s'ils  y  sont  présents  en  leur 
personne  à  chacun  service,  six  sols  parisis,  c'est  assavoir  :  aux 
vigilles,  deux  sols  et  quatre  sols  à  la  messe. 


(I)  C'est  ce  passage  du  règlement  institué  par  Jeanne  d'Evreux.  pour  les  services  fondes 
par  son  testament,  qui  a  fait  dire  à  labbé  Lebeuf  :  «  Jeanne  dEvreux  fonda,  par  son 
testament,  un  service  à  Brie,  pour  la  rétribution  des  deux  curés  qui  y  sont  et  celle  des  mar- 
guilliers  des  deux  cura  et  cela  vers  1370.  »  L'abbé  Lebeuf  fait  une  légère  erreur  de  date,  mais 
n'en  est  pas  moins  fort  exact  en  ce  qui  touche  le  fait.  Il  m'a  été  possible  de  démontrer  que 
les  deux  curés  existaient  déjà  en  1235  et  que,  dès  cette  époque,  existaient  aussi,  naturelle- 
ment, les  deux  cures.  On  remarquera,  j  insiste  sur  cz  point  et  on  verra  pourquoi  aus  chapitres 
suivants,  qu'il  n'est  pas  encore  question  de  cure  de  dextrt  et  de  seneitre  portion. 


47^  Histoire  de  la  ville 

Item.  Chacun  des  deux  chapelains  (i)  qui  aux  dits  services  étaient 
en  la  dite  église,  auront  chacun  dix  huit  deniers  parisis, c'est  assavoir 
six  deniers  aux  vigilles  et  douze  à  la  messe,  et  autant  auront  les  deux 
chapelains  du  chastel  (2),  sy  présents  y  sont. 

Ilem^  le  clercq  de  la  dite  église  aura  pour  faire  sonner  ses  coûts 
tant  comme  l'on  chantera  les  vigilles  et  les  commandations  à  la  messe, 
et  pour  être  aux  dits  services,  quatre  sols  parisis. 

//em,  avons  ordonné  que,  à  chacun  des  dits  services  soient  six 
enfants  clercs  comme  les  dits  curés  et  marguilliers  eslirontque  ledit 
service  ayderont  à  faire  lesquels  auront  chacun  six  deniers  parisis, 
c'est  assavoir  :  deux  deniers  aux  vigilles  et  quatre  à  la  messe. 

lieni^  Avons  donné  et  donnons  soixante  sois  parisis  de  rente  pour 
faire  le  luminaire  qui  faudra  continuellement  aux  vigilles  et  à  la 
messe  toutes  fois  que  Ton  fera  les  dits  services. 

Et,  sera  le  dit  luminaire  gardé  sous  les  clefs  des  dits  marguilliers 
sans  estre  allumé  hors  aux  services  des  susdits  et  quand  on  renou- 
vellera le  dit  luminaire,  Ton  le  diminuera  de  ce  qui  sera  demeuré  de 
l'autre  de  devant  et  pour  ce  que  cire  pourra,  sy  Dieu  plaise,  venir  à 
meilleur  marché  au  temps  advenir  qu'elle  n'est  à  présent,  avons  or- 
donné et  ordonnons  que  tous  les  susdits  soixante  sols  que  nous 
avons  donnés  pour  le  dit  luminaire  soient  toujours  entièrement 
convertis  en  cire  et  que,  de  ycelle  cire  tout  ce  que  demeurera  des 
luminaires  qui  auront  été  de  devant,  cierges  soient  faits,  et  si,  la 
diminution  de  la  dite  cire  estoit  telle  et  si  grande  qu'avec  les  dits 
services  elle  puisse  souffire  et  faire  telle  luminaire,  qu'il  fut  allumés 
tant  aux  dits  services  comme  aux  quatre  festes  de  Notre-Dame  et  à 
la  feste  du  saint  de  l'Eglise,  aucune  d'ycelle  selon  ce  que  durer 
pourrait,  nous  avons  ordonné  et  ordonnons  allumer  aux  autres 
messes  de  la  dite  église. 

Item,  avons  donné  et  donnons  vingt  sols  parisis  de  rente  pour  ce 
que  les  dits  marguilliers  présents  et  advenir  soient  plus  diligents  de 
faire  leur  devoir  du  dit  luminaire,  faire  et  garder,  et  allumer  et  aussi 
de  recepvoir  la  dite  rente  que  nous  avons  donnée  et  aumosnée  pour 
faire  les  services  et  autres  choses  susdites. 

Et,  semblablement,  de  ycelle  rente  distribuer  en  la  manière  que 
dit  est,  à  chacun  des  dits  services,  nous  avons  donné  et  donnons  aux 


(i)Ces  deax  chapelains  me  semblent  devoir  être  :  celui  de  la  c\apelle  Sainte-Margu^i"'^*' 
fondée  en    1326.  comme  nous  l'avons  vu,  et  celui  de  la  chapelle  Saint-Jean,  fondée  en  \})^-  ' 
n'y  avait  pas  à  ce  moment  (1341)  d'autres  chapelles  dans  l'église  Saint-Etienae.  La  chap-"^ 
de  la  dédicace  ou  des  Apôtres  ne  fut  fondée  qu'en  1363  au  plus  tôt. 

(2)  Ce  passage  vient  corroborer  ce  que  j'ai  dit  plus  haut  de  l'existence  simultanée  de  deu* 
chapelles,  dans  la  tour  Saint-Jean  du  château  :  l'une  la  chapelle  Saint-Jean,  excessivement 
ancienne,  contemporaine  des  premiers  âges  de  Brie  ;  l'autre  la  chapelle  Saint-Denis,  dont  un 
mémoire  d'entrepreneur,  emprunté  aux  comptes  de  la  reine  Jeanne,  nous  t, indiqué  la  cons- 
truction. 


bE  BRIE-COMTE-ROBÈRT  47^ 

^^ts  marguilliers  présents  et  advenir,  pour  leur  peine  de  ce  faire,  trois 
•^ïs  parisis,  chacun  mois. 

Elt  avons  ordonné  et  voulons  que  si  les  dits  curés,  chapelains, 
^^fcs  enfants  étoient  aux  dits  vigilles  et  non  à  la  messe,  ou  à  la 
^^îsse  et  non  aux  dits  vigilles,  ils  ne  prendront  rien,  que  pour 
'^^ure  que  y  auront  esté  selon  l'ordonnance  dessus  dite,  et  s'ils 
^  ^îstoient  ni  aux  vigilles,  ni  à  la  messe,  ils  ne  prendront  rien  et 
^'^^^ndraient  à  l'oraison  les  dits  marguilliers  au  proffit  de  l'église  tout 
^  que  les  dits  susnommés  eussent  pris  s'ils  avaient  été  entière»Tient 
^Vix  dits  services. 

Et  si  les  sonneurs  étoient  défaillants  de  sonner,  comme  dit'est^ 
prendront  les  dits  marguilliers  à  leur  proffit  la  somme  que  les  susdits 
donneurs  eussent  pris  si  sonné  eussent  et  devraient  yceux  marguil- 
Uers  sonner  à  leurs  coûts,  en  la  manière  dessus  dite. 

Et  si  ainsy  estoit  que  les  dits  curés  ou  l'un  d'eux  ne  fussent  au 
temps  advenir  en  leur  personne  résidents  en  la  susdite  église  les  dits 
marguilliers  prendront   la  somme  que  les  dits  curés  pris  eussent  si 
résidents  fussent  et  présents  au  dit  service  à  faire,  dont  la   moitié 
tournera  au  profit  ds  la  dite  église  et,  de  l'autre  moitié,  les  dits  mar- 
guilliers feront  chanter  messes  par  les  chapelains  de  la  susdite  église 
ou  autres  pour  les  âmes  de  nostre  dit  seigneur,  de  nous  et  de  nos 
amis,  et  quand  aux  dits  marguilliers,  chacun  an,  des  choses  appar- 
tenant à  1  olfice  de  marguillier,  ils  seront  aussi  tenus  de  compter,  à 
ceux  qui  auront  le  dit  compte  pour  la  dite  église,  la  rente  qu'ils  au- 
ront pour  les  causes  dessus  dites  receus   et  des  distributions  qu'ils 
auront  faites. 

Ordonnant  les  dits  curés  faire  les  dits  services,  en  ce  présent  mois 
d'août,  lan  1341,  lequel  présent  service  ils  feront  célébrer  pour  mon 
dit  seigneur  (i),  le  onziesme  jour  d'août  et  de  cette  ordonnance  sont 
faites  deux  paires  de  lettres  d  une  même  forme,  dont  les  unes  sont 
données  par  devers  nous,  les  autres  par  devant  les  marguilliers. 

Toutes  lesquelles  choses  et  chacune  d'elles,  en  la  manière  qu'elles 
sont  expliquées,  nous  voulons  être  gardées  perpétuellement  sans 
enfreindre  et  pour  que  ce  soit  chose  ferme  et  stable,  nous  avons  fait 
mettre  notre  scel  en  ces  présentes  lettres  données  l'an  de  grâce  1341 
au  mois  de  juillet. 

—  Et  il  en  soit  ainsy  depuis  que  le  don,  bail,  cession  et  transport 
ainsy  fait  par  nostre  dite  dame  en  ses  lettres  aux  dits  marguilliers, 
curés,  chapelains  et  autres  personnes  ci-dessus  nommées  des  dites 
rentes  montant  à  la  somme  de  vingt  livres  seize  sols  parisis,  notre 
chère  et  amée  tante  la  duchesse  d'Orléans  (2),  dont  Dieu  ait  lame, 
comme  héritière  et  ayant  cause  de  notre  dite  dame  et  ay  fait  admortir 

(1)  Feu  le  roi  Charles  IV,  le  Bel. 

(2)  Blanche  de  France,  fille  de  Jeanne  d'Evreux. 


474  Histoire  de  la  ville 

par  monsgn.  le  Roy  selon  qu'il  nous  est  apparu  toutes  quelles  rentes 
et  choses  et  dons  ont  jouy  paisiblement  et  usés  les  dits  curés  et  mar- 
guilliers  et  autres  ci  dessus  nommés  jusques  au  trespassement  de 
nostre  dite  tante  par  lequel  trespassement  et  par  le  don  et  transport 
fait  à  nous  par  mondit  seigneur  le  roy  pour  notre  appanage  des 
terres,  rentes  et  autres  choses  que  tenoit  et  possédoit,  en  son  vivant, 
nostre  dite  tante,  laquelle  longtemps  avant  ledit  admortissement  fait 
des  rentes  déclarez  es  lettres  dessus  transcriptes  transporta  à  monsei- 
gneur le  Roy  la  propriété  des  dites  terres,  rentes  et  autres  choses, 
nous  disons  et  maintenons  les  dites  rentes  ainsi  données  et  trans- 
portées par  nostre  dite  dame  aux  marguilliers  dessus  dit  à  nous 
appartenir. 

Pour  quoy  nous  eust  été  humblement  supplié  et  remontré  de  la 
part  des  dits  exécuteurs  du  testament  de  notre  dite  tante  que  des  dites 
rentes,  à  ce  que  la  fondation  d'icelles  nostre  dame  peut  avoir  et  sortir 
son  effet,  volussions  les  dits  marguilliers,  curés  et  autres  dessus 
nommés  toujours  et  paisiblement  jouir  et  user  comme  admorties. 

Pour  quoy,  nous,  considérant  la  bonne  et  vraie  amour  et  affection 
que  nous  savons  que  notre  dite  dame  et  tante  ont  toujours  eu  pour  la 
couronne  de  France,  à  nostre  très  cher  seigneur  et  père,  que  Die>i 
absolve,  et  à  tous  ceux  de  son  sang,  voulant  et  désirant  le  proffit  ^^ 
salut  des  âmes  d'iceux,  inclinant  pour  ce  à  la  supplication  des  di^^ 
exécuteurs  en  faveur  et  augmentation  du  dit  service  et  approuvant  ^^ 
bon  et  louable  propos  de  notre  dite  tante,  le  don.   bail,  cession    ^^ 
transport  par  elle  fait  des  dites  rentes  aux  curés,  marguilliers,  cha^' 
pelains  et  autres  dessusdits  et  l'admoriissement  sur  ce  fait  par  mC^^ 
dit  seigneur  le  roy,  sy  donnons  en  mandement,  par  ces  présentes,       ^ 
nos  amés  et  féaulx  gens  de  notre  conseil  et  de  nos  comptes  et  à  toi— ^^ 
autres  justiciers,  et  officiers  que  les  vingt  livres  seize  sols  parisis  c^^ 
rente  dessuz  mentionnez  que  les  curés  et  marrigliers  de  Téglise  mon  ^• 
Saint-Estienne  du  dit  braye  ont  a  coustumé  de  prendre  et  percevo  i  r 
par  chacun  an  sur  la  recepte  du  dit  lieu  à  cause  du  don  et  octroy  cM  ^ 
feue  ma  dame  la  royne  Jehanne  d*Evreux  soient  paiées  aux  dits  cur^  ^ 
et  marrigliers  aux  termes  et  en  la  manière  a  coustumée. 

Donné  à  Paris  le  sixiesme  d'avril  Tan  de  grâce  1393. 

Il  n'est  point  dit,dans  l'acte  qui  précède, que  Jeanne  d'EvreuX 
donna,  en  outre,  à  Téglise  Saint-Etienne  les  ornements  sacer- 
dotaux pour  le  service  funèbre  qu'elle  fondait,  mais  cela  se 
devine.  Dans  tous  les  cas,  nous  retrouvons  ces  ornements 
dans  des  inventaires  subséquents.  «  En  ung  autre  colTre, 
avecques  les  grans  aulmoires...  fut  trouvé  ung  vestemcnt  de 
veluet  noir,  chasuble,  aube,  estoUe  et  fanon,  »  (Inventaires 
de  1435  et  1436)  «  une  chappeetune  chasuble  de  veloux  noir 


bË   BRIÈ-dOMTE-feOBÈRT  475 

?"'  sont  pour  le  service  du  roy  Charles,   garniz  d'estole  et 
P'^^non  dudit  veloiix.  »  (Inventaire  de  14S4). 

*-es  prescriptions  méticuleuses  ordonnées  par  la  reine 
J^^^nne  pour  le  luminaire  devaient  être  rigoureusement 
^^t>servées,  car  l'inventaire  de  1436,  presque  cent  ans  après  la 
••^ndation,  dite  du  roi  Charles,  contient  cet  article  :  «  viij 
vierges  du  roy  Charles  pesant  xij  livres.  » 

Jl  est  constant,  d'ailleurs,  que  l'église  de  Brie  a  conservé 
jusqu'à  la  Révolution  le  souvenir  très  net.  presque  reconnais- 
sant, des  bienfaitsde  la  reine  Jeanne,  ce  qui  explique  trèsl:)ien 
Ja  phrase  de  l'abbé  Lebœuf  touchant  la  tradition  qui  lui 
attribue  la  construction  de  quelques  travées  de  la  nef,  et  aussj 
la  clef  de  voûte  dont  j'ai  parlé.  De  cet  ensemble  de  faits  se 
dégage  assez  bien  la  sensation  que  les  travaux  de  l'église, 
menés  d'abord  avec  une  extrême  lenteur,  ne  furent  sérieuse- 
ment avancés  que  dans  les  premières  années  du  XIV*'  sic'ie 
et  que  la  reine  Jeanne  dut  contribuer  dans  une  large  mesu/e 
à  l'achèvement  du  chœur.  C'est  peut-être  à  elle  que  l'on  doit 
la  magnifique  rosace  du  chevet. 

A  cet  égard,  il  est  une  remarque  au  moins  curieuse  à  faire. 
«  Cette  rose  éclatante,  dit  Guilhermy,  est  à  compartiments 
dont  les  vitraux,  contemporains  de  ceux  de  la  Sainte  Chapelle 
à  Paris,  représentent  le  Christ,  les  Apôtres  et  les  occupations 
des  douze  mois  de  l'anfiée.  »  Or,  à  la  bibliothèque  nationale,  il 
existe  un  livre  d'heures,  ayant  appartenu  à  la  reine  Jeanne 
d'Evreux  (i)  dont  les  premiers  feuillets  forment  un  calendrier 
complet.  Chaque  mois  de  l'année  occupe  le  rer^o  d'un  feuillet 
et  le  recto  du  feuillet  suivant.  En  tête  du  mois  est  une  minia- 
ture enluminée  richement,  avec  applications  d'or  et  d'argent, 
représentant  les  occupations  de  ce  mois  (2).  Par  une  coïnci- 


(O  Mss.  Nouv,  acquis.  F.  F.  n»  4412. 

(2)  Le  manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale  parait  avoir  été  rédigé  pour  le  diocèse  de 
Tournai  ;  du  moins  la  fête  de  la  dédicace  de  l'église  de  cette  ville  est-elle  inscrite  dans  le 
calendrier  à  la  date  :  13  mai.  Chose  bizarre,  alors  que  l'année  commençait  à  Pâques,  le  calen- 
drier débjte  par  le  mois  de  janvier,  ainsi  qu'il  suit  :  «  Le  Janvier  ha  XXXI  jours,  la  lune 
XXX,  la  nuit  ha  XVI  heures  et  H  jours  )CII1.  »  La  miniature  qui  accompagne  ce  mois  repré- 
sente un  homme,  le  chaperon  sur  la  tête,  assis  sur  un  siège  et  présentant  ses  deux  mains  et 
son  pied  droit  à  un  grand  feu  allumé  dans  une  cheminée  à  droite.  Ce  dessin  enluminé  se 
détache  sur  un  fond  or  semé  de  petites  croix  bleues  et  rouges.  La  miniature  est  un  carré 
d'environ  J  centimètres  de  côté. 


:=r  et  au   mois   de 


DE   BRIE-COMTE-ROBERT  477 

février.  Pour  le  premier,  le  manuscrit  fait  voir  un  homme  se 
chauffant  au  coin  d'un  bon  feu,  tout  comme  celui  qui,  dans 
notre  rosace,  présente  ses  mains  à  un  foyer  ardent  auprès 
duquel  se  tient  un  chat. 

Le  personnage  à  triple  visage  assis  à  une  table,  garnie  de 
mets,  se  retrouve  dans  le  manuscrit  comme  dans  notre 
rosace.  Dans  le  manuscrit,  cette  miniature  est  en  tête  du  mois 
de  février,  avec  une  très  légère  variante.  La  scène  de  la 
rosace  montre  le  personnage  à  trois  tètes  mangeant  à  droite 
et  buvant  à  gauche  ;  dans  celle  du  manuscrit,  le  personnage 
porte  une  coupe  aux  lèvres  de  la  tète  du  milieu.  Le  symbole 
reste  le  même.  Mais  la  disposition  des  deux  scènes,  dans  la 
rosace  de  Brie,  est  l'inverse  de  celles  du  manuscrit.  Comme 
les  tableautins  symbolisant  chaque  mois  se  déroulent  indis- 
cutablement —  comme  nous  allons  le  voir  —  de  gauche  à 
droite,  il  faut  admettre  ou  bien  que  le  personnage  tricéphale 
indique  le  mois  de  janvier  ou  bien  que,  pour  une  cause  qui 
nous  échappe,  il  y  a  eu  inversion  entre  les  deux  cartouches. 
11  peut  se  faire,  par  exemple,  que,  postérieurement,  à  son 
exécution  les  vitraux  aient  été  descendus,  afin  de  permettre 
certaines  réparations  indispensables,  et  que  l'ouvrier  ait 
maladroitement  remis  l'un  à  la  place  de  l'autre.  11  semble  peu 
probable,  en  effet,  que  l'on  ait  voulu  représenter,  à  Brie,  le 
mois  de  février  par  un  homme  se  chauffant  au  coin  du  feu  ; 
cette  figure  paraît  s'appliquer  bien  mieux  au  mois  de  jan- 
vier, (i) 

Le  personnage  tricéphale  pourrait  plus  logiquement,  au 
contraire,  représenter  le  mois  de  février,  ainsi  que  l'indique 
le  manuscrit.  Il  serait  possible  d'y  voir  une  image  des  orgies 
du  carnaval  (2). 


{ I  )  Cependant,  un  exemple  semble  syniboliser  le  mois  de  février  par  un  homme  qui  se 
chauffe.  I.e  portail  principal  de  l'église  Saint-Etienne  de  Sens  présente  aussi  —  mais  en  sculp- 
ture —  un  calendrier  rural.  Or,  le  premier  mois  de  cette  série,  le  mois  de  janvier,  est  indiqué 
par  «*  une  figure  inconnue  portant  un  manteau  »  ;  le  second,  le  mois  de  février,  montre  *  un 
homme  couvert  d'un  manteau  et  se  chauffant  >♦.  Cette  'particularité  est  d'autant  plus  à  noter 
que  le  climat  de  iiens  et  celui  de  Brie-Comte-Robert  sont  à  très  peu  près  semblables.  Il 
faudrait  donc  admettre  qu'au  \y  siècle,  le  mois  de  février  était  réputé  le  plus  froid  de  l'année^ 

(2)  D'autre  part,  si  l'homme  à  trois  têtes  banquetant  figure  le  mois  de  janvier,  cette  image 
rappellerait  peut-être  —  mais  l'assertion  me  parait  bien  risquée  —  la  fête  des  fous  que  l'on  celé 
l)rait  le  i"  janvier  dans  quelques  églises  de  France  et  qui  fut  supprimée  dans  le  XVI*  siècle. 


HJ^TliBS.  !£. 


ti,,:t 


C. 


^  'T-irr^ii',    z  vcAi'^'jTr    i*_nr  hl   "^rrr  or  zr  jj-nvin-  que  ûe 


TîTiTi^r^rrt^ 


il'-    ir   r'^Iil*  *i^  Ht  rrdr  lUTlT'i^. 


r^îiiiciii  r   Or  rîr^  arnr  ^'ii^ai: 


X  :fT    Tir53£:  paS  ÎDC»ÎÎÎ5 


i-iToruiirrî^ 


'^■r  Ji-^  Zx*z  ZT  »::r.  1  ^_:  ri^pi^f  :-eij  «iLDtL.  r-r  stm-bjc,  qu'elle 


Zz  li^   l'Jj  *^:^izfVJz-^Z^    C   3z  IL^  ^ 


>.  "::rF:  ::"v~âatr:*- 


j.  •— ^: 


'er^ïen:  v.'»ulu 


p'.*^;^j  c  âcr  r-:'!^!^   ôsjn?'  rbâ::^i:  ior->r  jz  r«r.«*.Trni  d'une 


p-rt^-t  I  -ir:'  dr  l'v-bser-raie.-r.  '=  ^rr^i-il  pas  adrr^ssîMe  que 
l  kS'à^jz  'cttl  c.  u>c  af-i-f:  rv:*ur  :r:.r:':rr  z  ]i  rx^nir  sur^erieure  de 

plsiu:  d'h'/rr.ei:r  leî-  sceres  rrprrse::ia~:-  dune  pan.  Juillet. 
a'.cc  la  mv>^.  n-  d'autre  rsan.  A*:«u:-  â\"ec  k-  baiia^e  des 
ifraln^.  c\:bl'a.  dire  k  syrr.b-  le  dr  ^^i  richesfsr  de  ]a  îerre  de 
Br:v',  î?i  admirable  dans  sa  :Vj- r.diic  r  N'y  a-î-îl  pas  la  un 
homms^i:  vou'u  au  iravaii  agrij-:-e  vju;  fait  ]a  repuiaiion  de 
ot  pavfï  et  le  le^:t:n^e  orgueil  de  ses  habiianis  ? 

I>eh  compartiments  suivants  présentent  moins  de  difU- 
cu!tés  d'adaptation,  parce  qu'i!s  s»>nt  a  leur  place  et  se 
suivent  reg^ulieremenl.  sans  présenter  la  singulière  inversion 
des  deux  prccc dents.  <  1  » 


<\  I.es  autre<i  figures  àxi  cairr.dnrr  rjral  àr  S«pr:s  5^  àer^>u>r.t  comme  il  suit  .  Vin.  un 
homme  coupant  du  bois  :  Ai'.l.  un  homme  couvert  ^'un  iorj  manteau  et  paraissant  semer: 
Mai,  un  homme  a  cheval  ayant  jp.  bras  ie-.e  Peut-<rlre  y  ava:t-il  «ir  cr  bras  un  faucon; 
c'est,  dans  tous  les  cas  le  nie  m'  geste  v3i;e  1  homme  de  BHe  ou  celui  du  manuscrit  de  Tournai) 
Juin,  un  homme  fauchant  :  Ji/.ft.  un  homme  portant  des  gerbes  :  AvLt^  un  homme  battant  en 
grange  ;  SepUmbre.  des  vendangeurs  .  0::z'Tre.  un  homnîe  entonnant  du  vin  :  Sonttmhre.  un 
homme  cueillant  du  gland  :  Déambre.  un  homme  a  cheval  sur  un  porc.  On  peut  rapprocher  ces 
scènes  de  celles  de  la  rosace  de  Brie  ou  du  manuscrit  de  Tournai. 


DE   BRIE-COMTE- ROBERT 


479 


Mars  est  traité  dans  la 
rosace  de  Brie,  comme 
dans  le  manuscrit  de  la 
reine  Jeanne  ;  la  seine  est 
léme,  bien  que  beau- 
coup plus  mouvementée 
dans  le  manuscrit  où  un 
homme  et  une  femme  pra- 
tiquent la  taille  des  arbres. 
L'instrument  dont  ils  se 
servent  est  le  même,  d'ail- 

;  celui  dont  se  sert  la  femme  que  nous  voyons  dans 

itin  de  la  rosace. 

itrième  compartiment 

;i  représente  à  n'en 
:v  le  mnis  d'avril,  (^cst 

du  calendrier  républi- 
isc  curieuse,  le  calen- 
nanuscrit  ayant  appar- 

reine  Jeanne  n'a  pas 
ure  pnLn"ce  mois,  bien 
ire  piiLir  la  remplir  ait 

It  n'y  a  donc  aucunu 
Sun  pnssiblc  entre  le 
t  et  la  rosace  de  Hrie. 

Le  mois  suivant,  mai,  tel 
que  le  représente  la  rosace 
de  Brie,  oll'reavec  la  miniature 
du  manuscrit,  une  analogie 
semblable  à  celle  des  mois 
précédents, 

A  Brie,  c'est  un  homme 
a  cheval,  la  léte  tournée  à 
drnite.  tenant  sur  la  main 
gauche  le  faucon  qu'il  va  lan- 
cer. Dans  le  manuscrit,  la 
disposition    est  absolument 


4^0  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

inverse,  bien  que  traitant  le  même  sujet.  Ici,  la  tète  re- 
garde à  gauche  et  le  cavalier,  tenant  les  rênes  de  la  main 
droite,  porte  le  faucon  sur  le  poing  gauche.  Il  est  une  dilTé- 
rence  à  signaler  dans  l'ensemble  de  la  tigure.  Le  cavalier, à 
Brie, parait  chasserdansunpaysaccidcntéetforesticr;ii  retient 
Sun  cheval  par  un  mouvement  très  naturellement  traité  par 
l'artiste.  I.c  cavalier  du  manuscrit  traverse  une  plaine  nue, 
laissant  la  bride  sur  le  cou  de  sa  monture  qui  parait  marcher 
au  petit  trot. 

Il  y  a  là  une  premièredivergenc-j,  sinon  quant  à  l'acti'.in, 
du  moins  quant  au  milieu  où  elle  se  produit.  Les  mois  sui- 
vants vont  l'accentuer.  Le  mois  de  juin,  dans  la  rosace  de 
Hric,  nous  montre  un  faucheur,  en  train  d'c.ipùrer  dans  une 
prairie  plantée  d'arbres  et  légère- 
menl  montueuse.  Dans  le  ma- 
nuscrit la  miniature  allerente  à  ce 
même  mois  représente  un  homme 
assis  tenant  un  agneau.  11  n'y 
aurait  aucune  assimilation  pos- 
sible, si  le  manuscrit  ne  nous 
montrait  le  faucheur  dans  la  minia- 
ture placée  en  télé  du  mois  de 
juillet.  Les  deux  fauchcui-s.  par 
exemple,  tiennent  leur  instrument 
d'une  fao'ii  opposée.  Tandis  que  celui  de  Brie  —  on  le  \-'ii 
par  le  dessin  ci-contre  —  a  la  main  dmite  â  la  poijrnOe  placée 
au  milieu  même  du  manche,  celui  du  manuscrit  tient  ce  der- 
nier par  celle  poignée.  la  main  droite  a  lexlrémitê.  Le  faucheur 
du  manuscrit,  c.  imme  le  cavalier  ci-dessus,  se  trouve  dans  une 
prairie  plate,  dénuée  du  moindre  arbre.  D'ailleurs,  il  opère 
au  mois  de  juillet,  tandis  que  celui  de  la  rosace  de  Brie 
accomplit  sa  besoirnc  au  mois  de  juin.  Il  faut  n<-ius  rappeler. 
poi;r  expliquer  cette  dilTerence.  que  le  manuscrit  parait 
appartenir  au  dtoce.-^e  de  Tournai  ;  a  cause  du  climat,  les 
U'avaux  airricoles  dv'ivent  subir  sans  dôute  dans  le  Brabant 
im  relard  sensible  sur  Ceux  qui  sefi'ni  dans  la  région  de  Brie. 

Ce  relard  s'accuse  eno  -iv  pour  le  mois  suivant.  La  moisson. 
clairement  indiquée  par  le  travailleur  qui  scie  les  blesavecsa 


r>E    BRI  E-COMTE- ROBERT 


4SI 


laiiciliL-,  symbolise,  dans  la  rosace  de  Bric,  le  mois  de  juillet. 
Dans  le  manuscrit  de  la  reine  Jeanne,  la  mcmeactiim  fait  le 
sujet  de  la  miniature-  placée  en  télé  du  mois  d'août, 

Ce  dernier  mois,  dans  la  rosace  de  Brie,  est  exprimé  par 
ri.pération  du  battatîe  des  y:rains  avec  le  tléau.  L'artiste,  en 
mettant  à  côté  de  son  persunnaye  un  arbre  avec  luus  ses 
rameaux,  a  bien  voulu  indiquer  que  l'opération  du  battage 
se  fait  en  plein  air  et  non  dans  une  gran^je  comme  cela  se 
pratique  en  hiver.  Du  reste,  c'est  bien  la  le  grain  battu  pour 
les  semailles,  et  l'on  s'étonne  peu  alors  que  le  manuscrit  de 
la  reine  Jeanne  nous  fasse  voir  le  mois  de  septembre  sous 
l'aspect  d'un  cultivateur  en  train  de  semer. 

Dans  la  rosace  de  lîrie,  le  mois  de  septembre  se  rapproche 
de  Fnicti'iior,  du  calendrier  républicain.  C'est  un  homme  qui, 
dans  un  véritable  vei-ger,cueille  des  fruits  de  diverses  natures, 
ce  que  semble  avoir  bien  voulu  marquer  l'artiste  qui  des- 
sina cette  ligure. 

.\vec  octobre,  nous  avons  le 
Vcniit.'>iiijirc  du  calendrier  répu- 
blicain, fi  les  vendanges  qui 
ont  lieu  de  septembre  en  octo- 
bre 11,  Comme  s'expi'imaitl'abre 
d'KglantiriC  dans  son  rapport  à 
la  cYmventiim  en  date  du  (>  octo- 
bre i7<p. 

.\  vrai  dire  le  sujet  est  plus 
clairement  traité  dans  le  manus- 
crit qui  me  sert  de  point  de 
comparaison  que  dans  la  rosace 


^82  HISTOIRE  DE  LA  VILLE 

de  Brie.  Là  deux  personnages  occupent  la  scène  :  l'un  au 
premier  plan  dépouille  un  ceps  de  vigne  l'autre,  nu,  debout 
dans  un  tonneau,  foule  la  vendang-e. 

Dans  la  rosace  de  Brie,  la  scène,  comme  toutes  du  reste, 
ne  met  en  relief  qu'un  seul  individu  qui,  tenant  de  la  main- 
gauche  un  broc,  avec  lequel  il 
verse  évidemment  du  vin  dans 
unentonnoirplacé  sur  une  cuve, 
porte  de  la  main  droite  une 
grappe  de  raisin  A  sa  bouche. 
L'action  encore  parait  se  passer 
en  plein  air  puisque  on  voit  un 
arbre  à  droite,  ce  qui  ne  peut 
laisser  aucun  doute  à  ce  sujet. 
Il  n'existe  plus  aucun  rap- 
prochement possible  entre  le 
manuscrit  et  la  rosace  de  Bric 
pour  les  deux  derniers  mois  de  l'année.  On  sent  peut-être 
mieux  encorda  dilïérence  entre  les  deux  climats  de  la  région 
où  se  déroulent  les  scènes  gui  sont  mises  sous  nos  yeux. 
Dans  le  manuscrit,  lespersonnaj^cs  n'agissent  plus  quctians 
l'intérieur  des  maisons  ;  dans  la  rosace  de  Brie,  ilsrestt-Tilen 
plein  air.  Les  premiers  s'nccupent  de  travaux  sédentaires: 
les  secnnds  se  révèlent  à  nous  comme  des  chasseurs. 

Le  mois  de  novembre,  par  exemple,  fournit  au  manuscrii 
de  la  reine  Jeanne  l'occasi'm  de  mettre  en  scène  un  homme 
égorgeant  un  porc  dont  une 
femme,  à  ses  cotés,  recueille  le 
sang.  Au  mois  de  décembre, 
le  miniaturiste  a  dessiné  un 
individu  menant  au  four  des 
gâteaux,  allusion,  pcul-élre,  au 
réveillon. 

Dans  ta  rosace  de  Brie,  nous 
voyons,  en  novembre,  un  per- 
sonnage combattre,  FépiL'U  à  la 
main,  un  sanglierqui  sort  de  sa 
bauge.  Il  y  a  là,  évidemment, 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT 


4«3 


une  1res  vague  analogie  avec  l'idée  qui  a  dicté  le  tableautin 
du  manuscrit.  Pour  le  mois  de  décembre,  la  rosace  de  Brie 
mcmlrc  une  chasse  à  l'ours  très  nettement  caractérisée.  La 
neige  couvre  le  sol  et  les  arbres  ne  se  présentent  plus 
:  que  sous  la  forme  de  pins,  dans  un  pays  plutôt  montagneux. 
Le  chasseur,  particularité  à 
nmv.  n'est  armé  que  d'une 
hache,  mais  il  est  visiblement 
défaidu  contre  le  froid  par  une 
fourrure  embrassant  le  col  et  se 
croisant  sur  la  poitrine,  comme. 
dureste,  le  chasseur  au  sanglier 
qui  symbolise  le  mois  de  no- 
vembre, 

l^es  différences,  aussi  bien 
dans  les  détails  que  dans  les 
cadres  de  la  vie  courante,  sont 
"1  lémoignage  de  la  vérité,  du  réalisme,  si  nn  peut  s'exprimer 
^"isi.  apporté  par  l'artiste  dans  son  iLUvre.  A  supposer  que 
'^vitrier  de  Brie  se  fût  inspiré  du  miniaturiste  de  Tournai, 
''^J  rccipn)quemcnt.  l'un  et  l'autre  nnt  toutelnis  modilié, 
^■'«fiî  le  milieu  où  ils  se  trouvaient,  le  modèle  qu'ils  pouvaient 
^Wiir  sous  les  yeux. 

H  semblera  fort  probable  après  les  rapprochements  que  je 
^icns  de  faire  qu'il  y  ait  eu  entre  l'ieuvre  de  l'un  et  celle 
•^e  l'autre  quelque  inspiration  commune,  d'où  cette  déduction 
4ue  la  rosace  de  l'église  Saint-ICtiennc  de  Brie  peut  fort  bien 
avoir  été  exécutée  sur  l'ordre,  sur  les  indications  peut-être, 
3c  la  reine  Jeanne  d'Evreux  ou  peut-être  de  sa  mère  Margue- 
-ite  d'Artois  (i). 

La  rosace  de  Brie  serait,  alors,  des  derniètes  années  du 
*CI1I"  siècle  ce  qui  la  rendrait  bien  à  peu  près  contemporaine 
les  verrières  de  la  Sainte-Chapelle. 

I^es  tableaux  de  la  vie  de  l'époque,  de  l'emploi  du  temps. 


4^4  HISTOIRE  DE  LA  VILLE 

nous  sont,  dans  tous  les  cas,  précieux  parce  qu'ils  nous 
initient  aux  habitudes  de  la  société  d'alors  ;  il  importe  cepen- 
dant d'observ'er  que,  plus  peut-être  que  les  miniatures  du 
manuscrit  de  Tournai,  les  scènes  offertes  par  la  rosace  de  Brie 
sont  la  représentation  des  occupations  des  seigneurs  du 
terroir  ;  le  calendrier  rural  qui  s'y  déroule  nous  les  montre 
partagés  entre  la  direction  des  travaux  agricoles  et  la  chasse. 
plaisir  noble  par  excellence  réservée  à  la  noblesse  seule. 

Mais,  ce  qu'on  ne  saurait  trop  dire,  c'est  le  bel  effet  que 
produit  l'ensemble  de  cette  verrière  aux  tons  chauds,  et  en 
même  temps  d'un  éclat  remarquable.  C'est,  évidemment, 
une  page  d'art,  une  des  meilleures  que  nous  ait  laissées  le 
XIII"  siècle,  car,  il  n'est  pas  douteux,  à  supposer  que  l'exé- 
cution de  la  rosace  de  Brie,  date  du  commencement  du  XIV* 
siècle,  que  le  dessin,  le  coloris,  la  tonalité  et  l'expression 
artistiques  ne  soient  directement  inspirés  par  l'école  du  XIV» 
si  simple,  si  sobre  et  pourtant  si  prodigieusement  forte  dans 
sa  conception  et  dans  ses  œuvres. 

On  ne  saura  m'en  vouloir  de  passer  de  l'art  à  la  littérature, 
cette  autre  richesse  intellectuelle  d'un  pays.  Aussi  bien,  nous 
avons  déjà  vu  un  seigneur  de  Brie,  occuper  parmi  les  écri- 
vains de  son  temps  une  place  particulière  Je  veux  parler  de 
Pierre  de  Dreux,  dit  Mauclerc  ;  j'ai  donné  dans  un  chapitre 
précédent  (i),  un  fragment  de  l'un  de  ces  poèmes.  J'ai  aussi 
signalé  les  goûts  littéraires  de  la  reine  Jeanne  d'Evreux  en 
reproduisant  quelques  lignes  d'une  oraison  qui  sembleavoir 
été  écrite  par  elle  (2). 

Mais  ce  ne  sont  là  que  des  auteurs  se  rattachant  indirec- 
tement à  Brie-Comte-Robert.  Il  semblerait,  au  contraire,  qu^ 
cette  ville  ait  donné  le  jour  à  un  écrivain, dont  une  œuvre,  au 
moins,  nous  aurait  été  en  partie  conservée.  Voici,  à  son 
sujet,  comment  s'exprime  l'abbé  Lebœuf. 

«La  ville  de  Brie  a  produit  quelques  personnages  qu  on 


(1)  V.  p.  1(10. 

(2)  Une  preuve  que  Jeanne  d'Hvrcux  occupa  parmi  ses  contemporains  une  place  cstini<^' 
dans  les  lettres  est  que  des  auteurs  du  temps  lui  dédièrent  quelques-uns  de  leurs  ouvrage*- 
Le  musée  britannique,  parmi  ses  manuscrits  nouvellement  acquis,  possède  :  «  L(  '"^'"•^ 
mirouer  des  dames,  dédié  à  Jeanne  reine  de  France  et  de  Navarre.  (Bibl.  de  l'école  des Ctiirt'^ 
t.  XLIII.  année  1882.  p.  424-450), 


bÉ   BRIE-COMTE-ROBERt  485 

t  distinguer  du  commun.  Nicolas  de  Braie,  dont  le  nom 
t  être  traduit  par  Nicolas  de  Braye,  est  celui  qui  a  écrit  en 
•s  hexamètres,  au  XIII®  siècle,  la  vie  et  les  actions  de  Louis 
H,  père  de  Saint-Louis,  qu'il  dédia  à  son  évèque  Guillau- 
i  d'Auvergne,  qui  fut  assis  sur  le  siège  épiscopal  de  Paris, 
.  1228.  Son  ouvrage  est  imprimé  dans  le  V*  tome  de 
jchêne  ». 

Il  faut  cependant  noter  que  l'assertion  de  Tabbé  Lebœuf 
'est  pas  regardée  comme  probante. Dom  Brial,qui,  en  1818, 
fait  réimprimer  le  poème  de  Nicolas  de  Braye  semble  lai- 
2r  entendre  que  celui-ci  serait  plutôt  originaire  de  Braye 
n  Champagne,  Braye-sur-Seine. 

«  On  ne  sait,  écrit  M.  Petit-Radel(i),  concernantla  personne 
ece  poète,  rien  de  plus  ce  positif  queque  dom  Brial  en  a  dit 
ans  Tavant-propos,  placé  en  tète  des  Gesta  Ludovici  VIII 
\ï\l  a  fait  réimprimer,  en  1818,  dans  le  XIIP  volume  des 
istoriens  des  Gaules  et  de  la  France.  Il  lui  a  paru  que  ce 
oète  est  le  même  personnage  que  le  Nicolas  de  Braïa,  doyen 
u  chapitre  collégial  de  ce  nom  en  Champagne,  dont  le  P. 
lontfaucon  a  cité  une  lettre  existant  sous  la  date  de  l'an 
202,  dans  le  cartulaire  des  comtes  de  Champagne.  » 
Petit-Radel  appuie  son  dire  par  la  reproduction  de  cette 
harte  qui  porte,  en  effet,  la  date  du  mois  de  janvier  1202. 
-ette  pièce  vise  bien  le  chapitre  de  Bray-sur-Seine,  car  elle 
évèle  un  accord  passé  entre  la  comtesse  palatine  de  Troyes, 
ominssam  trecensem  palatinam  (2)  et  le  doyen  du  chapitre. 
'Ile  débute  ainsi  :  «  Ego  Nicholaus,  decamis  ecclesix  Braia- 
-nsis,.,  »  Dom  Brial  a  parfaitement  raison  de  voir  dans  ce 
srsonnage  le  doyen  de  Téglise  de  Bray-sur-Seine,  puisqu'il 
'  qualifie  tel  et  que  l'église  en  question  dépendait  de  la 
imtesse  de  Troye's.  Mais,  je  cherche  en  vain  pourquoi  ce 
icolas,  doyen  de  Téglise  de  Brie  et  Nicolas  de  Brie  ne  furent, 
^cessairement ,  qu'une  seule  et  même  personne. 
Dans  les  Actes  de  Louis  VIII,  dont  Nicolas  de  Braie  est 


î)  Histoire  littéraire   de   la  France,  t.  XVIII,  p.  63  (Article  Nicolas  de  Brai  ou  de  Braîa.  poète 

roïque. 

l)  Cette  comtesse,  dit  Petit-Radel,  est  la  même   qui    s'intinnle    :   Ego   Blancha   campanile 

itina,  dans  une  charte  de  Tan  1327  qui  es:  cité  dans  la  Gallia  ehristiana,  t.  IX,  p.    106. 


4^>  HtSTOIRE  DE  LA  VILl.K 

lauteur,   ce  dernier  parle  de  lui-même,  au  vers  24.  S'adrc  - 
sant  à  Guillaume  d'Auvergne,  il  dit  : 

Prœsidio  que  tuî  Braiœ  Nicolaus  alumnus 
Gaudeat. . .. 

Il  me  semble,   pour  ma  part,  voir  une  certaine  différence 
entre  V  «  E^oecclesix  Braiacensis  cité  parMontfaucon  »  et/e 
«  Ih'aix  Nicolaus  »  du  poème  publié  par  Duchène.  La  tra- 
duction littérale  Nicolas  doyen  de  léglise  de  Draie  et  \\icobs 
de  Braie  accuse  entre  les    deux  expressions  une    nuance 
dont  il  faut  peut-être  tenir  compte. 

(]ette  nuance  s'accentuera  si  l'on  examine  attentivement 
les  déductions  suivantes  que  Petit-Radel  a  cru  devoir  tirer  du 
poème  lui-même. 

«En  dédiant  son  poème  à  Guillaume  d'Auvergne,  arche- 
vêque de  Paris,  écrit  le  critique  érudit,  dont  la  prélature est 
marquée  entre  les  années  1228  et  1248,  le  poète  fait  connaitrc 
que  c'est  dans  cet  espace  de  temps  que  les  copies  de  son 
poème  ont  dû  se  répandre.  Or,  cela  marquerait  une  époque 
postérieure  à  celle  de  la  mort  de  Louis  VIII  ;  et  ce  n'est  pas 
dom  Brial  qui  nous  a  suggéré  cette  observation,  mais  seu- 
lement la  lecture  du  5"  vers  du  poème  où,  parlant  de  cette 
mort,  le  poète  s'exprime  ainsi  : 

. . .  Gui,  ni  natales  fîliae  sorores 
Tain  cîtû  rupisseat  vitae,  florente  juventà,  etc. . . 

Louis  VIII  étant  mort  dans  sa  41' année,  le  3  novembre 
122^,  il  paraîtra  sans  doute  probable  qu'à  la  date  de  la  com- 
position de  son  poème,  Nicolas  devait  avoiv  60  aiis  el  même 
plus,  car  il  faut  bien  supposer  au   poète   cet  âge   avance, 
pour  qu'il  ait  pu  traiter,  de  jeunesse  florissante,  Tâge  mûr 
d'un  h<)mmedc4oans.  Un  poète,  âgé  de  3oaris,  se  seraitsans 
doute  exprimé  différemment.  Si  l'on  admet  ces  conjectures. 
Nicolas  serait  né  vers  l'an  iiGo;  il  aurait  atteint  l'iige  de  4- 
ans  à  la  date  de  1202  qui  est  celle  de  la  charte  du  Nicolas  de 
Braïa  dont  on  cite  l'existence  au  cartulaire  de  Champagne, 
et  Von  voit  qu'a  cette  date  le  poète  aurait  eu  Tâge  compétent 
pour  stipuler  des  intérêts  au  nom  de  son  chapitre.  Il  suivrait 
de  ces  diverses  combinaisons,  que  le  chantre  de  Louis  VIII 


bE    BRIE-COMTE-ROBERT  487 

t  été  contemporain  d'Adam,  chanoine  de  Saint-Victor.  » 
dois  avouer  que  ni  «  les  conjectures  »,  ni  les  «  combi- 
ns  jo  de  Petit-Radel  n'ont  eu  le  don  de  me  convaincre. 
rait-ce  que  la  prétention  de  faire,  en  littérature,  le  con- 
orain  d'un  homme  que  Ton  fait  naître  en  iiôod'un  autre 
îst  mort  en  1177,  cela  suffirait  seul  à  éveiller  mon 
lion. 

:it-Radel  estime  que  Nicolas  de  Braie,  celui  du  poème 
lort  vers  i23o,  âgé  suivant  luide  70  ans  ou  environ.  A 
date,  Guillaume  d'Auvergne  venait  à  peine  d'être  élevé 
âge  épiscopal  de  Paris  (i).  Ce  prélat  est  mort  en  1248. 
dire  qu'en  1228,  il  ne  pouvait  guère  avoir  moins  de  70 
3PS  lui-môme,  ce  qui  le  ferait  mourir  à 90  ans  ou  cente- 
,  limite  de  la  longévité  humaine.  Donc  au  calcul  de  Petit- 
I,  lui-même,  en  1228,  Guillaume  d'Auvergne  eut  été 
sment  du  même  âge  ou  peut-être  de  dix  ans  plus  âgé 
icolas  de  Braie.  Comment  expliquer  alors  ces  vers  dans 
1  Nicolas  de  Braie  détermine  si  exactement  sa  situation 
vis  de  Guillaume  d'Auvergne  : 

Prœsidio  que  tuî  Braia  Nicolaus  alumnus. 

Jicolas  de  Braie,  élevé  par  tes  soins  »,  ou,  si  Ton  aime 
jc  «  Nicolas  de  Braie,  ton  élève  ». 

st-ce  pas  là,  par  le  témoignage  môme  de  l'auteur, 
ant  été  Télève  du  prélat,  Guillaume  d'Avergne,  il  devait 
►ir  entre  eux  deux  une  différence  d'âge  très  sensible.  Je 
3  une  autre  invraisemblance  dans  les  «  conjectures  de 
•Radel.  »  Il  n'est  pas  douteux  que  le  Nicolas  de  Braie- 
ir  du  poème  sur  Louis  VIII  ait  participé  au  siège  d' Avi- 
quicommençaleô  juin  1226.  Parlant  de  cette  campagne, 
it  : 

quoque,  jam  memini,  volitans  per  inaae  sagitla 

lit  ;  at  gentes  egi,  non  corpore  lœso. 

loi  aussi,  je  m'en  souviens,  je  fus  menacé  par  une  flèche  volant 

'ers  l'espace  ;  mais  je  ne  reçus  aucune  blessure  bien  que  je   fus 

ète  des  troupes  ». 


Lu'on  me  permette  de  relever  cette  étrange /apsus de  Petit-Radel  qui  fait,  entJsS,  de 
ime  d'Auvergne  un  archevêque  de  •'Paris.  Paris  n'avait,  à  es  moment,  que  des  évéques 
ants  de  l'archevêché  de  Sens. 


Histomfe  ofe  u^  ^^'^''^ 


t 
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.'Il 


*^  •     «vec  raison  ••«  «-^^    .   ^^nstaten"  -«- 

t  surtout  Vcxpression  ^^  nne  a  ..^i^ 

il  ^^^''frto^sreX  «'-PP^^'t  mort  de  Louis  ML» 
Peiiv-Radel,  il  ^^^    ...rivant  sur  la  mor  ^  ^^  roi  fd 

,   -  de  Brie,  ou  ^'^"^'^  ,  .  :-ai  cité  plushaui-  , 

î^icolas  de  assage  que  )  ^  jeunesse.  »  »^o"  ^     . 

poète  dit  dans  un  P  ^^  ^.rissante  ^^  ^^  ^^^te  ,  S 

Cession  ne  s^g";^;'J, ^ admettre  qu  en  ^^;  '  ^^  ^raie  attev- 
Tnut  cela  me  conduit  .^      e,  N^^oia  -^^pUque 

sonptme^^C.uiiUt;f;^,,^  au  si.ge 

'naU  ou  ^^^''""''Zlo  de  3B  ans  ait  suivi  ^^  ^^^^^,  ,a 
nisCmenKl""  „,.^_  comme  ■"'»'  ,i,ément  q"  "  ■*  ,  „ 
L„c  vme  *«",  ,    on  S-CKPI*'!"^       Te  paris,  âgée  alors 

'^r'lasdeBra,=  f  f         v,ua.son*^^^  ^^  3,,,,  3.x 

:r^-= ^-°"::f;r    ,.„.danss>co,asde 

,-,,.  wrw  q""  "       „me  \avance  l  au  petu-Radel  et 

Rrae  ""  »*''r"ue  réft^cWr  dom Bn^.       .^^  y„g„- 

«'■"'"'nd«l   !"-"'«""■  ''"'  de"deuK  premiers-  Or.  la 
phique  ne  -  ;,é  en  de  trieuse  eonsio 


490  •  HISTOIRE  DE   LA   VlLLli! 

mouvoir  la  vie  briarde,  est  tout  tracé.  Les  obscurités  de  la 
première  heure  se  sont  peu  à  peu  évanouies.  Le  domaine  du 
seigneur  a  nettement  apparu  en  même  temps  que  se  dessinait 
avec  une  clarté  suffisante  la  distribution  des  liefs  aux  alen- 
tours. La  bourgeoisie  commence  à  poindre,  un  peu  indis- 
tincte, il  est  vrai,  mais  déjà  l'on  pressent  qu'on  va  la  retrouver 
en  pleine  activité  dans  les  rues  qui  se  bâtissent,  dans  les 
faubourgs  dont  l'existence  ancienne  ne  fait  plus  de  doute. 

C'est  précisément  parce  que  tout  cet  ensemble  est  établi  à 
la  fin  du  XIV'  siècle  que  j'ai  arrêté,  là,  la  première  partie  de 
ce  travail,  parce  qu'elle  présente  un  caractère  spécial  de 
lente  agrégation  des  éléments  de  la  vie  briarde.  Mais  avant 
de  quitter  ce  siècle  si  fertile  en  renseignements  multiples  sur 
la  vie  de  cette  époque,  on  jettera  un  coup  d'œil  de  regret  sur 
ces  établissements  agricoles  prospères,  sur  ces  fiefs  dont 
l'importance  se  devine,  sur  cette  campagne  fortunée,  sur  les 
richesses  accumulées  dans  l'église  paroissiale  sortie  toute 
neuve  du  vieux  sanctuaire  de  Saint-Etienne.  Tout  cela  va_ 
être,  en  effet,  saccagé,  pillé,  ruiné  pendant  la  funeste  période 
de  la  guerre  de  Cent  ans,  où  les  Français,  divisés  en  Arma- 
gnacs et  en  Bourguignons,  ajouteront  aux  désastres  de  l'occu- 
pation étrangère  les  douleurs  de  la  guerre  civile. 

A  Brie,  comme  dans  le  reste  de  la  région,  durant  l'ère 
pacifique  qui  avait  succédé  à  plusieurs  siècles  de  sanglantes 
convulsions  et  de  calamités  innombrables,  les  forces  intel- 
lectuelles, artistiques  et  économiques  du  pays  s'étaient 
épanouies  dans  la  culture  des  lettres,  dans  l'architecture 
religieuse  comme  dans  l'architecture  civile,  dans  le  dévelop- 
pement de  l'agriculture  et  l'accroissement  du  commerce. 
Pour  n'avoir  pas  eu  tout  l'éclat  que  cette  floraison  du  moyen 
âge  a  eu  ailleurs,  elle  n'en  a  pas  moins  été  assez  marquée 
pour  que  son  importance,  jusqu'ici  un  peu  négligée,  méritât 
d'être  mise  en  lumière. 


Olil-:i,<iUl-:S  MASCARONS  DES  CHAl'ITtACX 

s.u,>p'Ji*faol  les  rttombées  de  la  voûte  principale  de  Saint-Elienn( 


TABLE  DES  MATIÈRES 


SOMMAIRES  DES  CHAPITRES 


(Pc 


iode  .inlérieine 


CHAPITRE  I. 

ziéme  siéclej.     . 


8  à  55. 


Les  autochtones,  p.  7,  —  La  rdgion  de  Brie  au  7'  siècle  avant 
J,-C  ,  p.  8.  —  Pierre  Marchande,  p.  9.  —  Brie,  centre  d'échanges, 
p.  1  r.  —  Evangélisalion  de  la  contrée,  p.  i).  —  Médailles  romaines, 
p.  18.  —  Nécropole  ancienne,  p.  24,  —  Convergence  des  voies  mar- 
chandes, p  29  —  B':i.-/ci.i.  p.  j  I .  —  Fortunai  et  le  miracle  de  Saint- 
Germain,  p.  îj.  —  Passage  des  Francs,  p.  37-  — Chalemaison,  p.  38. 
—  Villcmain,  p  39  —  Les  campagnes  abandonnées,  p.  43.  —  Les 
fontain';s  de  Brie,  p.  44.  —  L'iiot  «  Saint-Jean  i),  p.  4;.  —  Les  Va- 
renne?;,  p.  49.  —  Les  souterrains  de  Brie,  p,  50.  —  Voies  de  commu- 
nication, p.  52.  —  Les  //.lies  de  Brie,  p.  jj. 


ciiAPin<n;ii. 

(Dou-Mme  iiéde) ;;  à    m4 

Divisions  administratives  anciennes,  p.  57.  —  Les  feudataires, 
p.  qg.  —  Les  comtes  de  Paris,  p.  60 .  —  Le  duché  de  France,  p .  6a . 
—  La  politique  de  Hugues  Capct,  p.  6}-  —  Les  Capétiens,  p.  63. — 


49î^  HISTOIRE    DE   LA  VILLË 

La  châtellenie  de  Corbeil,  les  vassaux  du  roi,  p.  65.  —  Thomas  de 
Brie,  p  66.  —  Cession  de  la  terre  de  Brie  à  Louis  VII,  le  Jeune,  p.  67. 
—  Robert  I,  de  Dreux,  p.  68.  —  La  famille  de  Brie,  p.  71 .  —  Brie, 
possession  de  l'Eglise  de  Paris,  p.  7>-  —  Etienne,  comte  de  Paris, 
p.  76. —  Les  Moulins,  p.  77.  —  Le  rû  des  Moulins,  p.  79.  —  La 
Fosse  au  Conte,  p.  83.  —  La  prétendue  fondation  de  Brie  par 
Robert  I,  p.  85.  —  Robert  I,  de  Dreux,  contre  son  frère  Louis,  le 
Jeune,  p.  86.  —  Les  mariages  de  Robert  I.  de  Dreux,  p.  87.  —  Fon- 
dation du  Chapitre  Saint-Thomas,  de  Cantorbery,  p.  88.  —  Robert  I, 
de  Dreux,  et  Thomas  de  Cantorbery,  p.  90.  —  Robert  I,  de  Dreux, 
et  les  moines,  p  91.  —  Le  miracle  de  Braine,  p.  92.  —  Le  massacre 
des  Juifs  à  Brie,  p.  93.  —  Agnès  de  Beaudimont,  troisième  femme 
de  Robert  I,  de  Dreux,  p.  98.  —  Etat  de  Brie,  au  12°  siècle,  p  100.  — 
Le  fiel  du  seigneur  et  le  fief  de  l'Eglise,  p.  103. 

CHAPITRE  III. 
(Treizième  siècle) 1 04  à  1 96. 

Mort  de  Robert  I,  de  Dreux,  p.  105.  —  Philippe-Auguste,  p.  105. 
Robe'-t  II,  de  Dreux,  p.  106.  —  Yolande  de  Coucy,  femme  de  Ro- 
bert II,  de  Dreux,  p.  107.  —  Robert  II,  de  Dreux,  seigneur  de  Brie, 
p.  107.  —  La  Charte  de  1208,  préambule,  p.  109  ;  des  moulins  et 
de  la  mouture,  p.  109  ;  de  la  justice,  p.  1/2  ;  marchands  de  sel,  mer- 
ciers, regrattiers,  p.  113  ;  serment  de  fidélité,  p.  113  ;  franchise  de 
la  terre  de  1  Eglise,  p.  114  ;  vente  du  pain,  des  grains,  du  blé,  p.  114  ; 
mesures  de  capacité,  p.  114;  vente  des  animaux,  p.  115  ;  fraudes 
sur  les  droits  de  l'Eglise,  p.  116;  les  corvées,  p.  116;  la  borne  de 
séparation,  p.  117  ;  le  ban  de  vendange,  p.  118  ;  fortifications  de 
la  ville,  p.  118  ;  prises  d'armes,  p.  118  ;  les  obligations  du  seigneur 
de  Brie,  p.  119  ;  profits  de  l'homme  du  seigneur,  p.  119;  transport 
du  bois,  p.  119  ;  serment  de  fidélité  au  seigneur,  p.  120  ;  garde  de 
la  ville,  p.  120  ;  les  droits  de  poitevine  bur  la  vente  du  blé,  p.  120  ; 
mesure  du  vin,  p.  121  ;  des  étrangers,  p.  122  ;  manquement  aux 
présentes  obligations,  p.  122  ;  des  Juifs,  p.  122  ;  exemption  du  ban 
du  bois,  p.  123  ;  droits  perçus  en  nature  par  TEglise,  p.  123  ;  le 
marché,  sa  situation,  son  changement  prévu,  p.  123  ;  apposition  des 
sceaux,  p.  124.  —  Date  de  la  charte  de  1208,  p.  124.  —  Contestations 
entre  l'Eglise  et  le  seigneur,  p.  125.  — Etat  des  personnes  et  des 
propriétés  à  Brie,  p.  126.  —  Les  hôles  de  l'Eglise,  p.  126. —  Les 
commerçants  à  Brie,  p.  127.  —  Charte  transactionnelle,  p.  127.  — 
Le  mouvement  communal,  p.  129.  —  Ville-Commune, p.  129. —  La 
terre  du  seigneur,  la  terre  de  l'Eglise,  p.  130.—  Les  haies  du  sei- 
gneur, p.  130.  —  Le  Castrum  de  Rigord  et  de  Guillaume-le-Breton, 
p.  130.  —  Deux  marchés,  p.  131.  —  Place  de  l'Hôtel-de- Ville,  place 
du  Marché,  p.  131.  —  Le  Coin  Gantin,  p.  131.  —  Concurrence  entre 


DE  BRIE-COMTE-ROBERT  498 

l  ^s  marchés,  p.  132.  —  J^a  Maison  de  Dieu  de  Brie-Comte-Robert, 
I.  132  ;  lettre  du  pape  Innocent  III,  relative  à  la  chapelle  de  la  Maison 
le  Dieu,  p.  133  ;  fondation  de  la  Maison  de  Dieu,  p.  133  ;  quelle 
^ale  >  ;  nom  présumé  du  fondateur,  p.  134  ;  la  chapelle  de  rilôlel- 
I)ieu  p.  135  ;  grande  salle,  ditQ  hospiialïias,  p.  138  ;  l'inscription  de 
l'Hôtel  Dieu,  p  139  ;  lettre  d'Innocent  I\^,  au  sujet  de  la  chapelle 
de  rilôtel-Dieu,  p.  139  ;  emplacement  possible  d'un  IIôtel-Dieu 
antérieur,  p.  140  ;  date  de  la  construction  de  la  façade,  p.  141  ; 
les  bustes  qui  ornent  cette  façade,  p.  143  ;  essai  sur  leur  identi- 
fication, p.  144  ;  têtes  de  l'archivolte  de  la  façade,  p.  145  ; 
animaux  fantastiques  de  la  façade,  p.  147  ;  faune  et  flore  des 
ornements  d'architecture,  p.  148  ;  le  premier  étage  de  Tllôtel- 
Dieu,  p.  148.  —  La  léproserie  ou  Saint-Lazare,  p.  148  ;  répar- 
tition des  lépreux,  p.  150.  —  Mort  de  Robert  II  ;  épitaphe  de  sa 
tombe,  p.  151.  —  Appréciation  sur  son  passage  à  Brie,  p.  152.  — 
Mort  de  Yolande  de  Coucy,  p.  152.  —  Guillaume  seigneur  de  Brie, 
p  153.  —  Robert  m.  seigneur  de  Brie,  p.  1 54.  —  La  Charte  d'affran- 
chissement DE  1230,  p.  154;  préambule,  p  155  ;  les  corvées  de 
Brie,  p  155  ;  les  droits  de  gros  et  de  huitième  de  vin,  p.  155  ;  cor- 
vées de  charruage.  p.  1S5;  procès  aux  habitants  au  sujet  de  cette 
charte,  p.  1 56  ;  allégement  des  charges,  p.  i$6;  affranchissement  des 
serfs,  p.  157.  —  La  Charte  de  Moissy,  p.  157.  —  Bataille  de  Bouvines, 
p.  158.  —  Mort  de  Robert  lll,  de  Dreux,  p.  159.  —  Pierre,  dit  Mau- 
clerc,  seigneur  de  Brie,  p.  1 59.  —  Ses  productions  littéraires,  p.  160. — 
Caractère  et  portrait  de  Pierre,  de  Dreux,  p.  tôo.  —  Actes  de  Pierre 
de  Mauclerc,  sa  politique,  p.  162.  — Contestations  entre  Pierre,  de 
Dreux,  et  l'Eglise  de  Pans,  p.  165.  —  Jean-le-Roux,  p.  167.  —  Alix 
de  Bretagne,  dame  de  Brie,  p.  168.  —  Jean  de  Chàtillon,  seigneur 
de  Brie,  p.  168.  —  Brie  n'était  pas  encore  chûtellenie,  p.  168.  — 
Arrêt  du  conseil  royal  à  ce  sujet,  p.  169.  —  Jeanne  de  Chàtillon, 
dame  de  Brie.  p.  170.  —  Le  comte  d'Alençon,  seigneur  de  Brie, 
p.  170. —  Blanche  de  Bretagne,  dame  de  Brie,  p.  170.  —  Coup  d'xEil 
sur  le  territoire  de  Brie,  p.  171.  —  Les  archives  de  la  famille  d'Or- 
léans, p.  171.  —  Accroissement  des  biens  de  l'Eglise  de  Paris,  p. 
172.  — Dimcs  à  Egrenay,  p  173. —  Apparition  des  bourgeois  de 
Brie,  p.  174    — Raoul  de  Chevry,  p.  175.  —  L'Eglise  de  Brie,  p.  175. 

—  Les  deux  curés  de  Brie,  p.  176.  —  Le  chapelain  de  Brie,  p.  178. 

—  L'église  paroissiale  et  les  chapelles  de  Brie,  p.  179.  —  Topogra- 
phie du  pays,  p.  180.  —  Le  Rù  Bertin,  p.  180.  —  Actes  de  l'Ilôiel- 
Dieu  de  Paris,  à  Brie,  p.  181.  —  Le  faubourg  Saint-Chrisfophe,  p. 
181.  —  Un  procès  de  mur  mitoyen  entre  TIIôtel-Dieu  de  Paris  et  un 
habitant  de  Brie,  p.  182.  —  Rue  Saint-Christophe  ou  rue  de  Chante- 
pie,  p.  186.  —  Contestation  entre  l'IIôtel  Dieu  de  Paris  et  trois 
Briards,  p.  188.  —  René  de  Brie,  prévôt  de  Brie,  p.  189.  —  Le  lieu 
dit  Villersy  p.  189  — Le  Fief  du  Breuil,  p.  190  — Le  système  féodal, 


494  HISTOIRE   DE   LA   VILLE 

p.  192.  —  La  terre  de  la  Bienheureuse  Marie,  p.  193  —  Les  r^  lî- 
gieux  de  Saint-Martin  des  Champs  p.  193.  —  Situation  territori  ^ale 
de  Brie,  p.  194.  —  Simon  de  Cossigny  et  Baudoin  de  Villers,  bai  X  lis 
de  Brie,  p.  19s.  —  Jean  de  Rochcfort,  prévôt  de  Brie,  p.  196. 

CHAPITRE  IV. 

(Quatorzième  siècle  :   Les  Seigneurs   de   Brie   et   leur 
domaine) 190  à  3 

Brie  devient  châtellenie,  p.  197.  —  On  donne  à  la  ville  le  nom 
Braya-Comiiis-Rohejti,  p.  198.  —  Marguerite  d'Artois,  dame  de  Br' 
Comte-Robert,  se  marie  avec  Louis,  frère  de  Philippe-le-Bel.  p.  i 

—  Les  enfants  de  Louis  d'Evreux  p.  199  —  Jeanne  d'Evreux,  da 
de  Brie-  Comte-Robert,  p.  200.  —  Coup  d*œil  sur  les  grands  évé 
ments  politiques  de  l'époque,  p.  200.   -  Nicolas  de  Bienfaite.  p.  2 

—  Attitude  de  Louis  d'Evreux   p.  201.  —  L'affaire  des  Templiec: 
p.  201 .  —  Templiers  Briards,  p.  202.  —  Persécution  des  juifs,  p.  2C 

—  Colonie  juive  à  Brie,  p.  204.  —  Le  cimetière  des  juifs,  à  Brs^ 
p.  206.  —  Les  Lombards  à  Brie,  p.    206.   —  Altération  des  mo 
naies,  p.  207.  —  f^a  légende  de  la   tour  de  Nesles,   p.   207.  — 
scandales  de  la  Cour,  p.   208.  —  Généalogie  de  Jeanne  d'Evre 
et  de  Charles  IV' le  Bel,  p.   210.  —   Mœurs  du   temps,  p.   211.  - 
F'acteur  politique  nouveau  :  les  Etats  généraux,  p.   213.  —  Maria^ 
de  Jeanne  d'Evreux  avec  Charles  IV,  le  Bel,   p.   214.   —  Couronn 
ment  de  Jeanne  d'Evreux.  p.  215.  —  Mort  de  Charles  IV,  p.  217. 
Jeanne  dEvrcux  accouche  d'une  tille,  p.  218.  —  Régne  de  Philip      "Z^      ^^ 
VI,  le  Valois,  p.  218.  —  Contestation  féodale  entre  Jeanne  d'Evre 
et  l'Evêque  de  Paris  au  sujet  de  la  terre  de  Brie,  p.   219.   —  Leti 
de  Jeanne  d'Evreux  au  sujet  de  cette  contestation,  p.  221 .  —  Lef^t:        ^^ 
de  l'évoque  de  Paris,  p.   222.  —   Les  comptes  de  la  reine  Jean-  ^^^e 
d'Evreux.  p.  223.  —  Recettes  pour  l'année  1328,  p.  223.  —  Dépen±5^^^ 
pour  l'année  1328,  p.  225.  —  Charges  à  vie,  p.  226.  —  Ouvrages  ^ 

Brie,  p    226    -    La  comptabilité  du  domaine  de  Brie,  p.    228. 

Examen  des  recettes,  p.  231.  —  Les  amendes,   aliment  de  recette^, 
p.  232.  —  Pourquoi  elles  furent  prononcées,  p.  23^.  —  Les  noms    * 
p.  233.  —  Amendes  pour  faux  appel,  p.  234.  —  Remises  d'amendes, 
p.  23>.  —  Droits  fiscaux,  p.  236.  —  Condamnation  d'un  filou,  p.  237- 

—  Faux  appel  contre  un  prévôt,  p  237.  —  Les  assises  du  prévôt  de 
Brie,  en  1333,  p.  238.  —  Le  prix  du  setier  de  froment  et  du  setier 
d'avoine  en  1329.  —  Complications  monétaires,  p.  242.  —  Prix  de 
^a  fenaison,  p.  243.  —  La  reine  Jeanne  à  Brie,  p.  244.  —  La  jonchée 
de  la  Saint-Jean,  p.  244.  —  Le  moulin  de  Cornilleau,  p.  244.— 
Mémoire  de  réparations  à  ce  moulin,  p.  244.  —  Estimation  du  Moulin, 
p.  245.  —  Réparations  à  la  bonde  des   moulins,  p.  246.   —  Répara' 


X 

re 


r 


D      BRIE-COMTE-ROBFRT  49O 


tions  au  canal  desservant  les  moulins,  p.  247.  —  Le  moulin  à  vent, 
ses  réparations,  p.  248.  —  Le  moulin  à  chevaux  pendant  la  guerre, 
P-    ^>  I.  —  Le  vieux  moustier,  le  moustier  neuf,   p    252.   —  L*église 
*>otr^-Dame,  p.  253.  —  Le  Boiilery,  p    254.  —  La  Qui  lier  ic,  p.  254. 
Contrat  d'échange  entre  la  reine  Jeanne  d  Evreux  et  le  chapitre  de 
^^  ^îs,  qui  cède  à  la  reine  ses  droits  sur  une  partie  du  territoire  de  la 
^^  *^^,  p.  255.  —  Le  Pressoir  banal,  p.  257.  —  Les  Malles,  p.  259.  — 
^^    rue  aux  savetiers,  p.  263.  —  La  halle  de  la  mercerie,  p.  265.  — 
*^^^^ce  des  Halles,  p.  268.  —  Rue  aux  Fripiers,  p.    268.  —  Les  mu- 
^^^  il  les  de  la  ville,  p  268.  -    La  clôture  de  1208  et  l'enceinte  du   14' 
^*^^ole,  p.   269.  —   La   XavMreric    p.    272.  —  Charles-le-Mauvais, 
F^  •     275.  —  Jean  de  Bienfaite,  Jean  d'Andresel,  p.  275.  —  Perceval 
Pommeuse   sa  condamnation,  p.  276.       Confiscation  des  biens  de 
-rceval  de  Pommeuse.  seigneur  de  Belle  Assise,  à  Villemeneux, 
F>      278.  —  Rôle  de  Jeanne  d'Evreux  pendant  laNavarreric,  p    279.  — 
ï— a  Jaquerie^  p.  280.  —    Construction  des  fortilications  de   la   ville, 
1>-    283.  —  Indications  sur  ces  fortifications   284.  —  Tracé  des  fortifi- 
cations, p.  285.        Les  portes  de  la  ville    p.  287.  —  Le  vieux  gué  et 
le  nouveau  gué.  p.  290.  —  L'étang  du  château,  les  rûs  de  Fubccuf  et 
^e   Vaudoy    travaux  d'aménagement,   p.   295.    —  Les  carrières  de 
"«"ie    p.  301.  -    Le  châtel  et  Ihùtel  de  Bric   p    303    -   Extension  de 
^3  ville,  p.  305.  -    Changements  dans  l'assiette  du  château,  p.  307. — 
^  ilôt  Saint- Jean,  p.  309.  —  Lhôtel.dc  la  reine  Jeanne    p.   315.  — 
^Ornpte  des  réparations  et  des  travaux  faits  à  l'hôtel  de  la  rtrine,  p.  316. 
Evaluation   des  dépenses    p.   327.    —   Distribution   intérieure  du 
'Manoir  seigneurial    p    329   —  Les  chapelles  du   château  de  Brie, 
P-    334.  —  La  chapelle  Saint-Jean     p.  335.  —  Fondation  de  la  cha- 
P^He  Saint  Denis,  p.    336.         La  peste  noire  de    1348,  p.  338.    — 
■'Mariage  de  Philippe  V'I,  le  X'alois  et  de  Blanche  d  Evreux,  célébré  à 
"''ie,  p.  340.  — Séjours  royaux  à  Brie-Comte  Robert,   p.    341.    — 
Passage  de  Philippe-le-Mardi,  duc  de  Bourgogne,  p.  342.   —  Mort 
^^  Jeanne  d'Evreux,  au  château  de  Brie,  p.  344.  —  Jeanne  d'Evreux 
^^  Charles  V  :  conformité  de  goûts,  p.   3^8.  —  Extraits  de  l'inven- 
taire  des  biens  meubles,   laissés  par  la  reine  Jeanne,   p.    350.  — 
*^}ets  laissés  par  Jeanne  dl^Aieux  à  Brie-Comte-Robert,  p.  355.  — 
*^nche  de  PVance,  dame  de  Bric,  p.  355.  —  Elle  cède  la  châtellenie 
^  ^rie  à  Charles  V,  p   3-^).  —  Mort  de  Blanche  de  l'rance,  duchesse 
-^ï'Itfans  p.  360.  — Teilament  de  la  duchesse  d'Orléans,  p.  361    — 
^^is.  duc  d'Orléans,  seigneur  de  Brie,  p.  362. 

CHAPITRE  V 

^"•^/orc/ème   siècle)    :     Les    lieis,    l'église   paroissiale, 
P^^'-sonxiages) 363  à  4 

^  t>E  Belle-Assi.^e,  p.  363  ;  sa  position,  p.  364  ;  Perceval  de 


plan  du  premier  él^ge  du  châieau i^-^ 

Fac-similé  de  ia  siRoa, Lire  de  Jeanne  d'Evreux.            ,  j^^* - 

PlandutiefSEtini-Denis 40         ' 

Plao-croquis  de  S/iînt-Lazarc  (du  17'SLécle)    ....  4îC* 


HORS-TEXTE 


Les  grands  jardins  du  château  de  Brie- Comte-Robert. 
Le  clos  de  la  Fleur  de  Lys 


49« 


HISTOIRE   DE   LA    VILM: 


IIJMSTRATIOXS 


Le  maiché  du  X'endrcdi  à  Brie-Comte-Rohcrt  (h.  t  ). 
Scel  et  contrc-scel  de  la  prévôté  de  I3ric-Comtc-Rohcrt 

au  I  s'"  siècle ... 

Vase  trouve  dans  une  nécropole  prés  de  Rrie. 
Ruines  du  Château  de  Brie-Comtc-Robert.  . 
Scel  et  contre-scel    de    Robert    I,   de  Dreux,   seigneur 

de  l^rie .... 

Façade  actuelle  de  l'IIôlel-Dieu  de  Brie- Comte-Robert 

(ht) 

Robert  I,  de  Dreux 

Agnès  de  Beaudimont.  3''  femme  de  Robert  I.  de  Dreux. 
Motif  d'encadrement  emprunté  à  la  tombe  de  Robert  II, 

de  Dreux 

Scel  et  contre-scel  de  Robert  il,  de  Dreux 

Sceau  de  Yolande  de  Coucy ... 

Façade  de  ran:icn    Hôtel-Dieu    de    Brie-Comte-Robcrt 

avant  la  démolition   du  premier  cta^^c.     ... 
Motif  d'encadrement  emprunté  à  la  tombe  de  Robert  111, 

de  Dreux . 

Bustes    placés  sur   la   façade  de  TIlntel-Dieu  de  R)rie- 

Comte-Robcrt .      .      . 

'J'ôtes  de  l'archivolie  d'extrémité  de  la  façade  de  l'IIôtcl- 

Dieu 

Animaux  fantastiques  placés  sur  la  façade  de  riLMel-Dieu. 
Partie  supérieure  de  la  porte  d'entrée  de  rilôlcl-Dicu. 

Robert  IK  de  Dreux .      .     .     . 

Autre  sceau   d'Yolande  de  Coucy. 

Robert    III,    de    Dieux .     .     . 

Pierre,   de   Dreux,  dit  Mauclerc 

Fragment  du  sceau  de  Jeanne  de  (^hâtillon 

Eglise  Saint-F.tienne  de  Brie  (façade  du  midi).     .     .     . 

—  (façade  occidentale)   . 

—  (façade   orientale).     .     . 

X'ieille  maison  de  Brie-Comte-Roberl. 

Entrée  de  Brie  par  la  route  de  .Melun 

Reconstitution  de  la  cour  intérieure  du  château  de  Brie. 


27 


6S 

81 

^9 
98 

105 
109 
124 

f  j^ 

14J-1  4$ 

<  l> 

147 

149 

'  >? 

<>4 
165 

170 

'77 
1S4 

I8s 

^97 

20^ 

212 


DE  BRin-f:OMTE-ROnERT  499 

Reconstitution  des  mnisons  ayant  appartenu  aux  Halles 

(côte  de  la  rue  de  l'IIglise) 216 

Reconstitution  des  maisons  ayant  appartenu  aux  Halles 

(côié  de  la   place  du  Marché) 220 

intérieur  de  l'église  de  Brie-Comte-Robcrt,  (nef  latérale 

méridionale)    (h.  t.) 22g 

La  reine  Jeanne  d'Evreux 23s 

Sceaux  de  la  reine  Jeanne  d'Evreux 249 

La  porte  du  moustier.    (Essai  de  reconstitution).     .     .  277 

Place  des  Minimes,   auparavant  des  Bienfaites.     .     .     .  300 

Pierre  tombale  trouvée  à  Brie  (face  antérieure)  (h.    t.)»  3^2 

—  —             (face  postérieure)  (h.  t.),  313 
Eglise  Saint  Etienne  de  Brie  (nef  principale^  (h.  t.)-     •  34S 

Sceau  de  ]31anche  de  France 358 

Pierre  tombale,  conservée  dans  l'Eglise  Saint-Etienne.  363 

Tête  d'une  clef  de  voûte  de  l'église  de  Brie 374 

—  —              3"  ' 

Le  plus  vieux  bâtiment  de  la  l^orde-P'ournier  ....  411 
Motif  central   de  la  rosace  du  chœur  de  l'église  Saint- 
Etienne  439 

Clef  de  voûte  de  l'église  Saint-Etienne 462 

Motifs  de  la  rosace  du  chevet  :  Les  mois  de  l'année  .     .  476 à 481 
Janvier  et  février,  p.  476  ;  mars  et  avril,  p.  477  ;  mai  et 
juin,  p.  478  ;  juillet  et  août,  p.  479  :  septembre  et  oc- 
tobre, p.  480  ;  novembre  et  décembre,  p   481 . 


'PLAXS  ET  CARTES 


J>c  sol  de  Bric  ù  l'époque  Gallo-I^omaine 2^ 

(>oupe  du  terrain  sur  lequel  est  bâti  Brie 29 

Carte  des  environs  de  Brie 46 

X'allon  du  Cornillot 78 

Le  Cirnnd  Moulin 79 

Plan  de  rilôtel-Dieu  de  Biie 136"* 37 

Plan  de  l'emplacement  occupé  aujourd'hui  par  la  place 

Gauthier 240 

Plan  de  l'emplacement  de"^  1  lalles 262 

Plan  de  la  porte  du  Moustici- 277 

Plan  des  murs  et  des  portes  de  Bric- Comtc-Robjrt    .      .  286 

Pi.m  d'ensemble  du  château  de  Bric  et  des  tossé^.      .      .  324 

Plan  du  rez-de-chaussée  du  château 332 


LIBRAIRIE  DES  MATMURINS 

DUJAKIUC  et  C-.tSwTiiiiM,    î».  Kuc   tics   Sniau-Peic 

Entrait  du  GatalogUe  Généra 


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^fote  de  CattH 


OURELIPei. 
IIEL'nEUEli 
HAURELU 
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